Rue de Tournon et découvertes discographiques du dernier « Baroque »…

— Ecrit le vendredi 29 août 2008 dans la rubriqueLittératures, Musiques, Villes et paysages”.

 Sur « L’Heure de la fermeture dans les jardins d’Occident » de Bruno de Cessole (aux Éditions de la Différence)

ainsi que 3 nouveautés discographiques :

« Missæ breves«  BWV 234 & 235, de Johann Sebastian Bach, par l’Ensemble Pygmalion : CD Alpha 130 ;

« Missa votiva » ZWV 18, de Jan Dismas Zelenka, par les Collegium 1704 & Collegium Vocale 1704, sous la direction de Václav Luks : CD Zig-Zag Territoires ZZT 080801 ;

et « La Primavera _ Cantate per una prima donna« , de Joseph-Martin Kraus, par Simone Kermes, et L’Arte del Mondo, sous la direction de Werner Ehrhard : CD Phœnix Edition 101

T’ai-je dit que j’étais en train de lire « L’Heure de la fermeture dans les jardins d’Occident« 
de Bruno de Cessole (à la Différence) ?

dont l’action (des conversations-déambulations _ philosophiques sur ce qui « s’annonce » dans « l’air du temps » _, pour l’essentiel) se déroule
du côté de la rue de Tournon

_ lequel, « Tournon » _ Camille, comte de Tournon (1778-1833) _, fut préfet de Rome (= du « département du Tibre« ) de 1809 à 1814
_ une expo (« Camille de Tournon : le préfet de la Rome napoléonienne (1809-1814)« ) lui fut consacré à la Bibliothèque Marmottan de Boulogne-Billancourt en 2001-2002 : avec de notables transformations urbaines romaines
_ que constata Granet (en bons termes avec Tournon à Rome ;
cf mon article « François-Marius Granet, admirable tremblement du temps, Aix, Paris, Rome » _ ;

dont celle, « transformation », par l’architecte-urbaniste Valadier, de la Piazza del Popolo : l’entrée
_ et Porte (d’apparat ! depuis l’arrivée somptueuse de la reine Christine : le 20 septembre 1655 ! Alexandre VII Chigi ayant chargé le Bernin de nouvelles décorations en cet honneur-là : d’une reine s’établissant à Rome, convertie du luthérianisme au catholicisme…) _ ;
et Porte, donc, du « chemin de France »…) _ ;

puis préfet _ l’institution ayant demeuré sous la Restauration _ de la Gironde (du 25 juillet 1815 au 4 février 1822, très exactement…)

_ existe un « Cours Tournon » à Bordeaux (dans le prolongement vers la « Place des Quinconces » de la « Place Tourny ») _,

et enfin préfet du Rhône, à Lyon (jusqu’au 22 janvier 1823) ; puis « Pair de France« ) ;

fin, ici, de l’incise « Tournon » _ ;

du côté de la rue de Tournon, donc, et du côté du Jardin du Luxembourg ;
enfin dans ton quartier de la rue Crébillon

( le siège et la boutique d’Alpha sont 3 rue Crébillon, à proximité de l’Odéon) :
je peux « suivre » leurs déambulations sur un plan déplié de Paris…

Un livre assurément intéressant

_ et significatif de ce qui peut « se creuser », en ce moment, dans quelques « recoins » de consciences contemporaines : ce serait-là un « signe » éditorial, en quelque sorte… _

que cette « Heure de la fermeture dans les jardins d’Occident«  ;
même si je trouve le passage _ le chapitre XVI, de la page 235 à la page 256 _ sur Rome

(avec « passage obligé », dès l’arrivée du voyageur, au Caffe Greco, via Condotti)

_ il y en a donc un aussi, de « passage » (sur Rome)… _
un peu convenu :

un peu trop « à la touriste pressé »…

_ je pense ici à ce mot d’Yves Michaud : « on est toujours le « touriste » d’ « un autre »… ;

« un autre » qui se pense, lui, un peu moins empêtré

dans les « clichés » « courant les rues » ;

Gœthe, lui-même, n’a-t-il pas mis plus de six mois

_ arrivé le 1er novembre 1786 (et parti pour Naples le 21 février de l’année suivante),

c’est à partir de son second séjour romain (du 8 juin 1787 au 14 avril 1788) qu’il commence à vraiment « voir » et comprendre (au-delà des clichés « importés ») Rome ! _ ;

Gœthe n’a-t-il pas mis plus de six mois, donc,

à « découvrir vraiment » Rome ? on s’en rend assez bien compte quand on lit un peu « attentivement intensivement » son très, très riche (en détail passionnant, pour si peu qu’on s’y penche) Journal de « Voyage en Italie » ;

et c’est là une des grandes raisons du séjour prolongé

(trois ans ; puis deux ; combien de mois aujourd’hui ?)

des artistes « pensionnaires » de l’Académie de France à Rome ;

Granet, non « pensionnaire », a vécu vingt-sept ans à Rome ; Poussin, et Claude (le Lorrain) ont choisi, eux, de n’en plus partir… ;

à comparer à l’heure des week-ends (forfait « tout compris » !) par avion !!!

Fin de l’incise sur le « passage romain » de « L’Heure de la fermeture « …

Intéressant surtout pour l’excellent « portrait » du philosophe _ baptisé « Frédéric-Émile Stauff » ; et son angle de « vision » sur cette « heure de fermeture » des « jardins«  demeurant encore un peu,

tels des îlots que menace l’assez peu résistible « montée des eaux »

des océans du « réchauffement climatique »,

au cœur de nos cités d' »Occident« 

Ou ce qui change dans notre « air du temps« …

A part cela, j’ai écouté hier après-midi une première fois
3 disques :

missae-breves-big.JPG

_ les 2 messes brèves (« Missæ breves » BWV 234 & 235, par l’Ensemble Pygmalion : CD Alpha 130) de Johann Sebastian Bach ;

_ une messe votive (« Missa votiva » ZWV 18, par les Collegium 1704 & Collegium Vocale 1704, sous la direction de Václav Luks : CD Zig-Zag Territoires ZZT 080801) de Jan Dismas Zelenka ;

_ et un récital de cantates italiennes (de Métastase : « La Primavera _ Cantate per una prima donna« , par Simone Kermes, et L’Arte del Mondo, sous la direction de Werner Ehrhard : CD Phoenix Edition 101) de Joseph-Martin Kraus ;


ma curiosité s’étant d’abord portée sur le génie, trop chichement « servi » au disque, de Zelenka ;
dont tant d’œuvres (dont une collection de splendides messes, à Dresde) demeurent _ si étonnamment ! _ encore inédites discographiquement ! ;

si bien que je me suis dit (à part moi…), à propos du CD Alpha : « pourquoi encore Bach ?.. » ;
« et ne pas _ bien plutôt _ donner à découvrir les chefs d’œuvre de Zelenka ?!… »
_ ici, chez Zig-zag _ par d’excellents tchèques
enregistrés à l’église du Prytanée de La Flèche : telle était donc mon interrogation : je te la livre ici « telle quelle »…

Cela dit, si le CD Zelenka tient ses promesses (de splendeur) : quel immense musicien, catholique _ tchèque (= du royaume de Bohème) _ pour la cour du fastueux roi de Pologne

_ converti au catholicisme, lui, pour raison de condition sine qua non d’accession (par élection !) au trône polonais !… _,

à Dresde

_ capitale de l’électeur saxon (que le roi _ élu _ de Pologne demeurait aussi)… _

quel immense musicien que ce Zelenka ! Que de chefs d’œuvre (baroques) encore à « découvrir » de lui !.. ;


si le CD Zelenka tient ses promesses (de splendeur) _ je reprends l’élan de ma phrase _, le CD Bach ne lui cède rien en « beauté » :
lui aussi est « splendide » : en l’intimité même, toute de ferveur, de son interprétation _ intense _

par ces tout jeunes interprètes : on sent le souffle de leur passion…

Une très grande chose, à nouveau, cher maître d’œuvre !..

Et en plus, la notice, par le jeune chef (de Pygmalion), Raphaël Pichon, est passionnante,

à propos des pratiques de « parodies » de Bach…

Quelqu’un, ce jeune Raphaël Pichon, à suivre ; un nouveau, donc, de tes excellents « poulains », mon cher Jean-Paul… Bon boulot d’édition, donc ! aussi ; en plus du régal de cette interprétation-ci de pareille si belle musique !..

Et combien le jeune librettiste-et-surtout-chef (de son Ensemble : « Pygmalion ») est fondé à « reprendre », page 12 du livret, le mot malheureux du vieux « médecin, théologien, organiste et musicologue Albert Schweitzer » _ c’est à ce genre de « décalage » temporel « culturel » que nous mesurons mieux, cher Jean-Paul, combien le temps (de l’Histoire) passe (pour tous…) ; et combien nous avons besoin de voir nos propres sens _ notre æsthesis _ toujours « ra-fraîchis » par de nouveaux enthousiasmes autrement (et, si possible, mieux) lucides !!! _ ;

est fondé à « reprendre », donc,

le mot qui qualifiait ces messes-là de « superficielles et dénuées de tout sens« , parce que « parodiques », et constituées de pièces empruntées à droite et à gauche (ou « de bric et de broc » : à telle ou telle de ses cantates : BWV 72, 102, 179, 187…) : comme quoi même une oreille aussi avisée que celle du vénérable « sage » de Lambaréné _ et auteur de «  »Jean-Sébastien Bach, le musicien poète » (publié aux Éditions Fœtisch, en 1904) _ pouvait avoir ses propres « tâches aveugles » (en l’occurrence « sourdes« ) _ selon le cliché « romantique », lui (et impropre au « Baroque »), des « chefs d’œuvre » (au compte-gouttes)… : la ferveur connaissant alors, surtout avec un Bach (ou avec un Zelenka), d’autres rythmes qu’un peu plus tard ; quand il faut, bientôt, même l' »enseigner », aux « Nathanaël » (des « Nourritures terrestres » : en 1897, dans le cas d’André Gide, alors âgé de vingt-huit ans _ 1869 – 1951)…

Mais tu m’avais prévenu, que ces jeunes-là _ « Pygmalion » et Raphaël Pichon devraient très vite se faire un nom… _ avaient un talent fou !..
En effet !

Une excellente découverte
_ et pour Alpha !
et pour la joie des oreilles
(et un peu, voire beaucoup, plus que cela) des mélomanes !..

Enfin, le CD Joseph-Martin Kraus est lui aussi _ mais nous ne sommes plus « à l’église » _ très beau ;
mais là, nous sortons
_ en plus de l’église, au « profit » du « concert » _
qui se « développe » au XVIIIème siècle (depuis l’ouverture, à Paris, du « Concert spirituel« , dans les années 20 de ce siècle : le privilège royal est du 22 janvier 1725, très précisément…) ;

mais là, nous « sortons », donc, aussi, du « dernier baroque » du XVIIIème siècle ;
et entrons (et nous trouvons) dans quelque chose d’assez proche _ en beauté aussi !!!

(et virtuosité : pour le gosier d’une rare agilité et hauteur _ « de vue », aussi  : le livret, page 10, parle de « difficulté inouïe des parties de soprano«  _ d’une « prima donna » (à la brève existence, elle aussi : Louisa Sofia Augusti (1756-1790 !) _ ;

nous nous trouvons, donc, dans quelque chose d’assez proche _ et en beauté d’abord ! _ de Mozart
_ dont Joseph-Martin Kraus (de vie tout aussi « brève » : Miltenberg am Main, en Bavière, 1756 – Stockholm, 1792, pour celui-ci) est le quasi contemporain (Salzbourg, 1756 – Vienne, 1791, pour celui-là, Mozart…).
Pour comparer :
Johann Sebastian Bach : Eisenach, en Thuringe, 1685 – Leipzig, 1750 ;
et Jan Dismas Zelenka : Louňovice pod Blaníkem en Bohême, 1679 – Dresde, 1745 : quasi contemporains l’un de l’autre, eux aussi (et qui se sont connus _ et appréciés _ à Dresde)…

Le livret de ce CD de cantates (italiennes) de Kraus rapporte (page 11) ce mot du compositeur, dans une lettre du « 2 août 1790 au secrétaire royal et directeur de théâtre, Abraham-Niclas Clewberg-Edelcranz à Paris, s’exprimant ainsi sur la perte de ce talent exceptionnel : « Si seulement notre pauvre Augusti _ « morte le 25 juin 1790 à Stockholm » (nous informe le livret, page 10) _ avait voulu nous laisser là ses cordes vocales, je m’en lamenterais moins : mais _ Mon Dieu ! Mes pauvres arias et toutes les superbes colorations !!!« 

Bref de bien belles musiques, en cette fin de vacances d’été
et de « rentrée » pré-automnale : le temps est devenu splendide _ lui aussi… _ à Bordeaux et dans le Sud-Ouest…

Bien à toi,

Titus

Ps : la Belgique a-t-elle « précisé » la date de sortie du DVD de « Cadmus et Hermione » ?
L’extrait accessible sur Internet est superbe : Vincent Dumestre est, comme il nous y a habitués, en merveilleuse forme… Et cette « première » de la toute première « tragédie en musique » du « Surintendant » Lully (représentée sur scène, dans la salle du jeu de paume du Béquet, en mars ou avril 1673) suscite mon impatience…

Enfin une scandaleuse absence discographique (du fondateur de la tradition française de chant : pas moins ! dont les « rejetons » sont Rameau, Berlioz, Debussy, et bien d’autres…) « réparée » ! Et par un musicien, Vincent Dumestre (théorbiste merveilleusement fin et subtil : ce n’est pas pour rien qu’il a donné pour nom à son ensemble « Le Poème harmonique » !) particulièrement attentif à la finesse des sources _ idiomatiques _ de ce génie-ci, qui n’est ni italien, ni allemand ; et pas un « dix-huitiémiste », comme jusqu’ici ; et tant d’autres interprètes pas aussi « soigneux » _ ni aussi fins, ni aussi justes _, encore aujourd’hui…

La réponse, aux dernières nouvelles, à cette dernière question (sur la date de parution du DVD de « Cadmus« ) serait le 16 octobre prochain…

Titus Curiosus, ce 29 août 2008

Commentaires récents

Posté par bernard d'andernos
Le 30 août 2008

Grande luminosité de tes écrits, en matière musicale surtout. Des accents harmoniques passent dans tes phrases… Ce titre mes aïeux, « L’heure e la fermeture dans les jardins d’Occident »! Aussitôt, Lionel Bourg, poète stéphanois à lire. Et puis « Le jardin de bérénice » dans Barrès, seul passage du « Culte du moi » qui ne soit pas lassant. Notre soleil n’en finit pas de se coucher. Apocalypse en 2015, patience dans l’azur des gaz lacrymogènes.
La chatte aux brillants qui s’extasiait sur Napoléon ayant réduit l’empire de Rome à ces seuls mots : département : Tibre, chef-lieu : Rome. Extraordinaire pouvoir évocateur, pour une fois… de l’administration !

Posté par bernard d'andernos
Le 30 août 2008

Une fausse manoeuvre, et tout est effacé (« Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé »). Ton écriture est illuminante, lorsque tu parles de la musique. C’est de l’or fondu, ce sont les paillettes dans le tokay que ces musiques-là, si vibrantes, si bruissantes, exprimant les nuances de sentiments les plus subtiles, alors que Brahms parfois patauge dans le pathos. « Los patos » : « les canards ». Et ce titre nom de Zeus : « L’heure de fermeture dans les jardins d’Occident » ! A rapprocher de Lionel Bourg, poète contemporain stéphanois : « L’éternité sans faille où je vais cheminant », « immobile où je vais à grands pas »…
Chateaubriand glosant avec soupirs sur l’extraordinaire pouvoir créateur, démiurgique, de…l’administration – cet empereur qui d’un trait de plume règle le sort de Venise, et de l’empire de Romulus : « Département du Tibre, chef-lieu Rome ». Rien que ces mots, et l’éblouissement du néant créateur qui foudroie l’univers…
Ma découverte musicale s’appelle « On n’est pas des Indiens et c’est dommage », album de je ne sais plus qui. Chanson « Tante Elisabeth », mélopée en arménien je suppose, débit précipité, puis une plainte amoureuse « Tante Elisabeth », on ne comprend rien, mais accompagnement minimal, trombone tout doux et discrète batterie en déalage, et cette plainte un peu fausse au quart de ton, qui exprime tout l’amour, tout le tremblé, toute la désolation, tant de respect, et tu comprends que ces seuls mots suffisent à reconstituer l’itinéraire, le destin d’une femme dont tu ne connais que ces syllabes à demi brisées, dans le frémissement tragique d’une tendresse illimitée… Ecoute cela par internet, flaire, explore. C’est extraordinaire, envoûtant, cela sent à la fois la bouffée baudelairienne de parfum qui s’évente, et le Zyklon B… A bientôt Titus, le blog détrône la télé.

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