« Two Lovers » _ ou de l' »humanité » vraie du « care » dans le regard cinématographique de James Gray

— Ecrit le vendredi 21 novembre 2008 dans la rubriqueCinéma, Rencontres, Villes et paysages”.

Sur le bouleversant film « Two lovers » de James Gray, sur les écrans français depuis mercredi 19 novembre ;

et son « usage » sublime du « care » :

Je sors ébloui et ravi de la première séance (de 11 heures) du 4ème film de James Gray : « Two lovers« 

_ ou quelque chose, pour moi, comme « du care«  :

après trois œuvres déjà impressionnantes (de beauté) dans le genre « polar » de ce « très grand » James Gray : « Little Odessa« , en 1994 ; « The Yards« , en 2000 ; et « We own the night » (ou, en français, « La nuit nous appartient« , il y a tout juste un an), en 2007…

Déjà le titre

_ en dépit qu’au générique (celui de la v. o.) le titre « Two lovers«  suive immédiatement les noms des deux « premiers » interprètes : Joaquin Phœnix et Gwyneth Paltrow  ; s’agirait-il donc, quant à ces « two lovers« , des deux personnages _ Léonard, Michelle _ que ces deux acteurs-là, ainsi mis en relief, incarnent ?.. _,


déjà le titre _ « Two lovers« _, donc,

est ambigü ;

même si l’amour est d’abord, le plus visiblement _ bien sûr ! _, une relation duelle

(de deux corps…) ;

car dans ces relations
_ plurielles ! _ d’amour-là, dans ce film-ci, « Two lovers« , de James Gray,
la relation n’est,

apparait-il ici

_ et davantage, pourrait-on, donc, dire, que jamais ! : sublimement !!! _ ;

la relation n’est

jamais, en aucun de ces (divers) cas d’amour-là (de ce film), simplement

et uniment

duelle…

Pareille « ambiguïté« ,

si telle ambiguïté il y a bien

_ ou complexité de quelque chose comme une ambivalence au cœur même de l’amour, ou du désir (amoureux), éprouvé _ ;

pareille complexité (d’ambivalence) et ambiguïté

est-elle,

même,

profondément voulue _ jusqu’à en faire le cœur battant du titre de son film-œuvre _ ;

profondément voulue, donc, par l’auteur,

l’immense artiste qu’est James Gray ?..


Il nous faut, nous

_ chacun des « spectateurs«  (actifs

cf sur ce qu’est

« être vaiment » « spectator »

et « L’Acte esthétique« , de Baldine Saint-Girons ;

et « Homo spectator« , de Marie-José Mondzain) _;

il nous faut nous y interroger :

car c’est d’abord à cette énigme (fondamentale !)-là

de la relation (d’amour) entre deux êtres « humains«  : « non-inhumains« , veux-je dire

_ cf Bernard Stiegler en son « Prendre soin _ de la jeunesse et des générations » ;

je reviens toujours, forcément, aux mêmes fondamentaux de ma réflexion æsthétique _ et « humaniste » !.. : les deux sont viscéralement liés, conjoints ! ;

que ce film « tendre »

vient frontalement

et en _ et par _ son immense et terrible douceur _ à distance océanique du mélo !!! _

sublimement _ Baldine… _ nous confronter…


Nous sommes confrontés, tout en douceur et délicatesse, à,

et profondément émus, touchés et complètement remués et retournés, par
les permanentes ambivalences de l' »humain » le plus authentique, en cette ambivalente complexité même (de l’amour vrai), qu’il _ nous _ faut, en effet, nous _ « spectateurs » _, « assumer » : comme assez rarement au cinéma,
en une véritable (modeste en même temps, et sans esbroufe) « œuvre » (d’art) cinématographique.


De même que les personnages, eux aussi _ (l’amant _ the « lover« ) Léonard, (l’amante _ the « lover« ) Sandra, (l’amante _ the « lover« ) Michelle _, évoluent, changent, se métamorphosent,

à la fois lentement, quasi insensiblement, sans manœuvre brutale (= esbroufe) de la caméra, ni changement grossier (= vulgarité) du décor _ même si on change (et magnifiquement) de « quartier » (de New-York :

ô combien amoureusement la ville de James Gray est-elle ici filmée par cet enfant de Brighton Beach, à Coney Island, qu’est James Gray !) _,

tout est doux, tout se déploie sans brusquerie aucune, ni coup de revolver, pour une fois,

et sous le choc des « accidents » _ contingents _ qui les effleurent, touchent, blessent, jettent à terre, et, même, à l’occasion, presque les noient,

littéralement,

ces « personnages »…


qui ont

_ ou/et connaissent, ainsi :

et il leur faut un minimum de temps, forcément, pour essayer de « s’en remettre » _

leurs chutes de tension _ dé-préssurisation _, là, à terre…

Le personnage de Léonard Kraditor _ qu’incarne « magiquement », et magistralement dans sa quintessence (sublime) d' »humanité » !.. ; quel « acteur » !.. ;

en ses métamorphoses physiques,

de la balourdise la plus traînante (et courbure de dos, juste ce qu’il faut, pataude),

à la grâce de la lumière, et de la danse, et de l’éclat _ de diamant _ de son regard, perçant et « droit »sous le velours d’un voile infinie de tristesse,

un plus qu' »évident » Joaquin Phœnix _ ;

le personnage de Léonard Kraditor, donc,
un trentenaire célibataire qui vit, loge, habite et travaille chez « papa et maman »,
est partagé,

sans compter la toute première fiancée partie, enfuie

_ présente en forme de photo encadrée au chevet de son lit, dans sa chambre _,

qu’il n’a pas pu

_ pour raison médicale (leurs enfants auraient été « porteurs malades » d’une maladie dont ces deux fiancés-là étaient et sont « porteurs sains ») _ ;

sans compter, donc, la toute première fiancée qu’il n’a pas pu

épouser ;

qui l’a quitté et mis au désespoir

en s’enfuyant,

et sans que, pour jamais, il puisse la « re-joindre »

_ d’où plusieurs tentatives de suicide

dont celle par noyade en ouverture, sublime, du film

_ tranquillement alentie :

juste avant, le convoyeur (de la blanchisserie paternelle, nous le découvrirons un peu plus tard) laisse glisser à terre, sur le ponton, ou pont-passerelle, l’étui à vêtements (nettoyés à sec) qu’il était chargé, donc, de convoyer à un client de la blanchisserie : se lit par dessus le porte-manteau du vêtement nettoyé : « we love _ avec un gros cœur rouge _ our customers« … _

dont celle par noyade en ouverture, donc,

du film, de depuis un ponton, ou un pont-passerelle, pour piétons : la scène, dans la douceur moite d’un crépuscule d’automne new-yorkais, est proprement « magique » ! ;

en plus de s’être tailladé les veines du poignet gauche ;
et de divers séjours à l’hôpital pour « troubles bi-polaires« … ;


le personnage de Léonard Kraditor, donc, est partagé

entre deux femmes qu’il aime

_ et aime aussi physiquenent, charnellement (à l’écran, dans ce que nous donne à voir, ou nous montre, de l’intimité ;

(sur cette « intimité » du personnage de Léonard,

je pense ici au magnifique « La Privation de l’intime » de Michaël Foessel ;

cf mon article « La pulvérisation maintenant de l’intime : une menace envers la réalité de la démocratie »  ;

ainsi qu’au très beau « Amitier » de Gilles Tiberghien :

cf mon article « L’acte d' »amitier » : pour une anthropologie fondamentale (du sujet actant)« ) ;

dans ce que nous donne à voir de l' »intimité »

_ = « des liens à » (d’autres sujets _ et non « objets » _ humains), nous a excellemment montré Michaël Foessel _,

de Léonard

et des autres _ au moins deux, si l’on en croit le titre : « Two lovers » _ des « lovers in love« ,

la caméra pudique

_ toujours superbe de puissance autant que de délicatesse, quant à ce qui secoue physiquement ces amants… _

du magnifique James Gray) :

la brune Sandra Cohen

_ qu’incarne l’excellente, toute de sobriété attentive et tendre (« care« ), Vinessa Shaw _

qui l’a « remarqué », lui, Léonard, à la boutique (de blanchisserie-teinturerie) où il traîne tant bien que mal sa dégingandée carcasse (et promène erratiquement, sans se fixer sur grand chose, ses yeux de velours) ;

et à laquelle il plaît (déjà) bien… ;

et que les deux familles (les Kraditor et les Cohen _ professionnellement alliés : en voie d’association) voudraient (bien) lui voir épouser ;

et Michelle, une intrigante superbe « voisine » blonde, tout récemment installée _ par un (riche) amant marié _, de l’autre côté de la cour de l’immeuble (de briques de couleur ocre) ;

tandis que ce personnage de Michelle

_ qu’incarne (avec beaucoup, beaucoup d’élégance, et de charme, et jamais trace d’hystérie) Gwyneth Paltrow _

ne parvient pas, « de son côté », à quitter

l’homme marié
_ riche, et d’une génération plus âgée que la sienne
(ce dernier, Ronald Blatt, confie à Léonard qu’il a lui-même un fils _ d’une trentaine d’années, vraisemblablement, lui aussi _ qui lui ressemble étrangement, en son allure quelque peu « empruntée »… _) ;

ne parvient pas à quitter l’homme marié, donc,

qui lui-même ne se décide décidément pas à quitter sa (propre) femme-épouse
pour épouser (et vivre complètement avec) sa maîtresse,
qu’il vient
,
quand débute le film,
d’installer (faire aménager), donc, dans le quartier _ un peu délabré : Brighton Beach, sur Coney Island, à New-York  _ où habite encore sa propre mère âgée…

Soit un portrait d' »humanité »,

notamment, et d’abord, de Léonard _ qu’incarne si magistralement Joaquin Phœnix (Chapeau !) ;

et de Sandra _ splendidement attentive et bienveillante (ou le « care » :

Sandra offre à Léonard une paire de gants protecteurs),

en ce qu’en donne la très belle, elle aussi, et non transparente, Vinessa Shaw ;

sans oublier la figure extraordinairement attentive de la mère, Ruth Kraditor, portée par une radieusement sobre et belle (et aimante) Isabella Rossellini

_ fille d’Ingrid Bergmann et Roberto Rossellini ;

à la formidable « humaine » présence…

Soit une œuvre (de cinéma) majeure _ sublime, oui ! _ de James Gray, que ce « Two lovers« ,

sur ce qui demeure, encore, un peu, de plus « humain » _ si vulnérable _ dans notre humanité de plus en plus inattentive (= « in-humaine« , barbare)…

Titus Curiosus, le 21 novembre 2008

Commentaires récents

Le 6 juin 2009

[…] le dernier film de James Gray _ cf mon article (admiratif !) du 21 novembre 2008 : ““Two Lovers” _ ou de l’”humanité” vraie du “care” dans le regard cinématographique d…” […]

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