Daniel Mendelsohn : apprendre la liberté par l’apprendre la vérité : vivre, lire, chercher

— Ecrit le lundi 9 février 2009 dans la rubriqueLittératures, Rencontres”.

Avec le recul 1) de la lecture

2) de la re-lecture de « L’Étreinte fugitive« 

3) de l’écriture d’un article selon ma méthode d’attention intensive au détail de grands livres : mon article d’hier, 8 février : « Désir et fuite _ ou l’élusion de l’autre (dans le “getting-off” d’un orgasme) : “L’Etreinte fugitive” de Daniel Mendelsohn »

je puis affirmer le génie de Daniel Mendelsohn
:

fait d’un incroyable humour, d’un refus de tout didactisme grossier (alors que lui-même _ je veux dire, lui, Daniel Mendelsohn, l’hébergeur de ce génie d’auteur _ enseigne la littérature, de son métier) en son écriture
d’enquêtes patientes, infiniment patientes, culbutant les clichés et les mensonges et les mythes, tant familiaux que communautaires…

D’où, peut-être, un certain goût de sa part pour le pays de Montaigne, de La Fontaine, de Marivaux et de Proust…

Car pas plus que « The Lost » (= « Le Perdu« ) n’est un livre sur la Shoah,
« The Elusive Embrace » n’est un livre sur (ou à la gloire de) la communauté gay ; et de ses pratiques…

C’est un livre _ non didactique _ sur la recherche de la liberté (personnelle) par l’enquête patiente, obstinée et incorruptible de la vérité,
à travers les récits, les histoires, les points de vue toujours plus ou moins biaisés (voire, sinon menteurs, du moins mensongers) des uns et des autres…

Pour ce dernier livre,
on y apprend
que l’auteur n’a cessé de se chercher, et d’échapper aux pressions dominantes,
quittant l’étouffement d’un lieu (d’un ghetto)
pour la position un peu plus en recul, de côté, voire en léger surplomb, d’un autre,
mais mobile

Quitter un ghetto juif, quitter un ghetto gay ; et toujours selon une logique de recherche de vérité,
qui, aussi, forcément, fait « bouger » des positions et « chavirer », au moins un peu, quelques masques,
mais sans scandale, en se faufilant plutôt,
sur les ailes (portantes) de certains désirs…
et non sans audace, et courage.

Beaucoup d’humour, donc ; et nul didactisme (ni militantisme) là-dedans. Beaucoup de rythme dans le déplacement et le bouger, surtout.

La personnalité naît de désirs, en effet,
et elle surfe dessus (et avec)… En essayant d’être honnête. Mais pas comme Alceste ; plutôt comme Philinte (du « Misanthrope » de Molière, en 1666).

Je n’ai rien dit hier de la superbe prise de conscience par Daniel Mendelsohn _ aux pages 44 à 47 de « L’Étreinte fugitive » _,
de la présence en son propre nom « Mendelsohn »
des signifiants « men » et « de« 

qui caractérisent l’impulsion dominante de la langue grecque ancienne :

celle menant (la phrase) « d’un côté« , puis « d’un autre côté« ,


et son balancement à la fois agonique et conflictuel ; mais aussi tout un art de la nuance, de la composition ;
et d’un « compromis » à construire
_ telle une paix active, dynamique _, mais sans compromission, ni renoncement, défaite à plate couture, reddition sans conditions…

C’est cet art-là de la paix active, art présent chez Spinoza, comme chez Montaigne, comme chez Proust,
je veux dire la clé de leur œuvrer, et donc de ce qui demeure de plus actif et dynamiquement vivant en leur œuvre,
qui constitue aussi la démarche
et existentielle,
et d’auteur,
de Daniel Mendelsohn.

La constitution toujours en chantier (artiste) d’une identité ouverte ;

et ouverte tant sur l’écheveau diapré des fils de sa propre filiation, en amont (de soi),

que sur la filiation, en aval, d’œuvres _ et/ou d’enfants : issus en partie de soi (ou par soi) ;

de soi comme passeur et transmetteur d’égards et de soins

eux-mêmes ouverts…

Avec un goût de la beauté, pas nécessairement tragique (et promise à une mort toujours trop précoce _ telle celle de sa grand-tante Ray, en 1923 : cf “Les Disparus“ et le chapitre « Mythologie » de “L’Étreinte fugitive“),

mais simplement mortelle parce que vivante ;

d’où le poids de vérité de l’inscription (page 43)

que le professeur Wlassics avait fait rechercher à ses étudiants,

parmi les tombes, dont certaines très anciennes, du cimetière de l’Université de Virginie, à Charlottesville,

du vers d’Eschyle :

« La vie est un campement bref« … Il est urgent de l’apprendre…

En tant que livre, cet opus de 1999 qu’est « The Elusive Embrace »
est sans doute un peu moins « achevé » _ lissé, peaufiné _ que « The Lost« , en 2006,
mais il est profondément émouvant,
à suivre, nous ses lecteurs, les découvertes
_ et beaucoup « par surprise » _ courageuses de Daniel Mendelsohn,
et son art de « rencontrer »
: et pas seulement des corps (ou des torses) sans visages, sans regards, sans mots à dire…


A la question _ « au lecteur » français, page 12 _ de qui l’a le plus « marqué »
en ses relations aux
(divers) autres,
il faut bien constater
, rétroactivement, que la part de (l’amie) « Rose« , et surtout du petit Nicholas, bébé encore en 1999,
n’est certainement pas la moindre _ même si cela est tout particulièrement discret sous la plume de Daniel Mendelsohn, et nécessite une certaine attention à la lecture ; qui peut ne pas s’y arrêter…

Bref,
un apprendre à vivre (libre)
par un apprendre à lire (vraiment)
en osant chercher (la vérité)
en ses relations aux autres
: leurs paroles, leurs regards, leurs peaux aussi (plus ou moins douces),
au milieu de leurs silences, mutismes, et même façons de raconter (ou se taire) jouant avec les perspectives…


C’est la même démarche courageuse de « mise à nu » de soi

que celle de Montaigne en ses « Essais« ,

ce livre (infiniment « ouvert ») « de bonne foi« 

_ « Je veux qu’on voie mon pas naturel et ordinaire ainsi détraqué qu’il est. Quand je danse, je danse ; quand je dors, je dors » _,

dans lequel est aussi semblablement recherchée une réciproque honnêteté du lecteur

_ qui doit sinon, dès l’ouverture _ de l' »Avis au lecteur » _ « quitter ce livre« …

Car seul « un parler ouvert ouvre un autre parler

et le tire hors,

comme fait le vin et l’amour« 

(« Essais« , Livre III, « De l’utile et de l’honnête« )…


Daniel Mendelsohn, donc :

un auteur magnifique qui honore l’écriture,
et mérite des lectures
(de la part de lecteurs)
de même recherche de vérité et liberté,
dans de tels rythmes _ « men« , « de« … _

que le sien,

afin de trouver

et « composer » ainsi, eux aussi, avec de l’altérité (rencontrée),

une identité « authentique » harmonieuse…

Voilà, pour compléter mon exploration (patiente et peut-être source d’impatiences) d’hier,
après deux journées pleines de lecture, puis re-lecture…

Bons « Disparus » !
Bonne « Étreinte fugitive » !


Titus Curiosus, ce 9 février 2009

Commentaires récents

Posté par collignon
Le 11 février 2009

Il m’arrive (bonjour, Titus) de disserter ainsi sur un livre que le destinateire n’a point lu. Drôle d’effet, mis à la boueh et en bouche, assurément. Mais aussi distance. Pour l’instant, relecture en détail d’un passage de l’Odyssée (le récit de Nestor à Télémaque), et lecture de Van Gullit, excellent policier où opèr ele juge Ti, en chone du VIIIe siècle. Pub à présent : conférence-interrogatoire se tiendr aua centre Yavnè, le 3 mars à 20h30, par votre serviteur, sur les Fêtes religieuses monothéistes. Zéboulon sera l’interviewer. J’ai hâte de m’acheter le Livre des Splendeurs, ke Zohar. A bientôt, Titus !

Le 14 juin 2009

[…] : “L’Etreinte fugitive” de Daniel Mendelsohn” &, commentant le précédent, “Daniel Mendelsohn : apprendre la liberté par l’apprendre la vérité : vivre, lire, chercher” … Il faut lire aussi le plus admirable encore (que “L’Etreinte […]

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