Le diagnostic d’une impasse _ ou les dégâts de l’idéologie et de la démagogie électoralistes dans la « crise » universitaire _ par Marcel Gauchet

— Ecrit le jeudi 23 avril 2009 dans la rubriqueHistoire, Philo, Rencontres”.

Un constat d’expert _ particulièrement navré _ face au gâchis (à court, à moyen ainsi qu’à long terme, fort probablement !) de l’actuelle « mise en crise«  (et en « pourrissement« ) délibérée(s) de l’Université française ; et ce par une piètre « tactique » de démagogie électoraliste (populiste) ;

par Marcel Gauchet _ co-auteur de « Conditions de l’éducation« , en novembre 2008 ; et de « Pour une philosophie politique de l’éducation _ Six questions d’aujourd’hui« , en octobre 2003, avec Marie-Claude Blais et Dominique Ottavi _, ce jour dans « Le Monde » :

« L’« autonomie » veut dire la mise au pas des universitaires« 

Propos de Marcel Gauchet,

recueillis par Maryline Baumard et Marc Dupuis

_ et farcis, à mon habitude, de quelques commentaires…

LE MONDE | 22.04.09 | 10h11  •  Mis à jour le 22.04.09 | 15h08

Dans votre dernier livre, « Conditions de l’éducation« , vous mettiez _ le livre est paru au mois de novembre dernier _ l’accent sur la crise de la connaissance. Le mouvement actuel dans l’enseignement supérieur n’en est-il pas une illustration ?

L’économie _ conçue d’une certaine façon, du moins : pas au service des besoins des personnes _ a, d’une certaine manière, dévoré _ = détruit _ la connaissance. Elle lui a imposé un modèle qui en fait une machine à produire des résultats dans l’indifférence à la compréhension et à l’intelligibilité des phénomènes _ ce qui est particulièrement niais et grave. Or, même si c’est une de ses fonctions, la connaissance ne peut pas servir uniquement à créer de la richesse _ surtout financière; et pour quelques uns, surtout, en priorité. Nous avons besoin d’elle _ aussi et d’abord _ pour nous aider à comprendre notre monde _ en sa complexité à toujours déchiffrer… Si l’université n’est plus du tout en position de proposer un savoir de cet ordre _ de l’intelligence du réel : l’idéal des Lumières _, elle aura échoué. Or, les savoirs de ce type ne se laissent ni commander _ mécanico-technocratico-militairement _ par des comités _ que ce soient des « comités Théodule« , ou que ce soient, carrément, de l’ordre de la « nomenkatura«  des « soviets » _ de pilotage, ni évaluer par des méthodes quantitatives _ un point crucial de l’analyse de Marcel Gauchet.

N’est-ce pas pour cela que la question de l’évaluation des savoirs occupe _ dans le dispositif législatif (ou de « décret«  !) à mettre en place _ une place centrale dans la crise ?

Alors que les questions posées par les modalités de l’évaluation sont très complexes, puisqu’elles sont inséparables d’une certaine idée _ non neutre, non in-nocente ! et « qui commande«  tout !.. _ de la connaissance, elles ont été réglées _ par les modalités législatives (ou de « décret« ) :  » le diable se cache toujours dans les détails » _ de manière expéditive par l’utilisation d’un modèle _ mathématico-physique _ émanant des sciences dures _ championnes (et pour cause !) du réductionnisme au tout-« quantitatif » !.. Ces grilles d’évaluation sont contestées jusque dans le milieu des sciences dures pour leur caractère très étroit _ très peu fin _ et leurs effets pervers _ en cascade… Mais, hormis ce fait, ce choix soulève une question d’épistémologie fondamentale : toutes les disciplines de l’université entrent-elles dans ce modèle ? Il y a des raisons _ puissantes _ d’en douter.

Ce n’est pas un hasard si les sciences humaines ont été en pointe dans le mouvement. Il s’agit pour elles de se défendre _ bec et ongles… ; et « à mort«  _ contre des manières de les juger _ et « évaluer« , noter ; et « condamner » !.. _ gravement inadéquates _ eu égard à leurs spécificités, plus fines et « délicates«  L’exemple le plus saillant est la place privilégiée accordée aux articles dans des revues « à comité de lecture« , qui dévalue totalement la publication de _ vrais _ livres _ ouverts, eux, à l’appréciation (tous azimuts) d’un beaucoup plus large public cultivé ; et « hors côteries« , lui… ; ainsi, et d’abord, que de « pairs » : compétents ! ; et pas livrés à un jugement discrétionnaire, intéressé, et partisan : très « étroit« , en effet, lui ; et partiel, et partial… Or pour les chercheurs des disciplines humanistes _ et le qualificatif est bien à prendre « à la lettre » (celle qui sert « l’esprit«  ! et un « idéal » de « l’Homme«  : là-dessus, lire Alain…)… _, l’objectif principal et le débouché naturel de leur travail est le livre _ soit bel et bien une œuvre propre et singulière ; pas un simple (ou vulgaire) instrument de carrière : cf la vigoureuse et magnifique description on ne peut plus et on ne peut mieux « réaliste«  du régime éditorial « stalinien » dans la Hongrie d’après 1956 par Imre Kertész dans « Le Refus«  ; ou le monde (et la « novlangue« ) selon le « 1984 » du lucidissime George Orwell (en 1948)… On est en pleine impasse épistémologique. _ absolument : mais ces « décideurs »-légiférant-(ou-« décrétant« )-là s’en soucient-ils seulement ? eux qui ne pensent (machiavéliquement _ plutôt que machiavéliennement !) qu’au nombre de « ré-élections » qui les obsèdent (en se rasant quotidiennement la barbe ou la moustache le matin…) ?.. Et à ce compte, le champion (et « modèle« ) serait : un certain Berlusconi…

Toutefois, la source du malaise _ de cette « mise en crise » de l’université ; et de la place civilisationnelle du savoir, de l’enseignement ; et de l’apprentissage et de la transmission (sur-qualifiés à tours de bras de vilains « conservatismes« ) _ est bien en amont des textes de réforme qui cristallisent aujourd’hui les oppositions.

L’université souffre au premier chef de sa mutation démographique _ depuis, juste après 1968, la première « réforme Edgar Faure » de l’Université, pour ce qui concerne la France… Elle a mal vécu une massification _ en effet ; sans démocratisation authentique, hélas ; c’est-à-dire au mépris de la qualité ; et du « qualitatif« _ qui s’est faite _ quasi exclusivement _ sous le signe de la compression des coûts et qui s’est traduite par une paupérisation _ de l’Université (et ses acteurs). Il faut bien voir que nous sommes confrontés ici à un mouvement profond, qui relève de l’évolution des âges de la vie, et qui étire la période de formation _ au moins universitaire, de « jeunes » devenus aussi, à bien des égards, pour beaucoup (et « en masse« , générationnellement ; « bombardement«  des larges mass medias aidant), des « adulescents » de plus en plus longtemps « prolongés«  _ jusqu’à 25 ans. L’afflux vers l’enseignement supérieur est donc naturel _ dans les « normes sociales » en cours, c’est-à-dire « modernes«  !.. _, indépendamment du contenu offert _ bien sûr : on y a un peu moins « regardé« , le plus souvent, sans doute… Étant donné la « culture politique » française, dans l’imaginaire collectif _ et cela, depuis les rois Bourbon, probablement, et les édits « pacificateurs«  de Henri IV, dont l’édit de Nantes (le 30 avril 1598) _, l’université devient le prolongement naturel de l’école républicaine gratuite et presque socialement obligatoire _ en effet : d’où la formidable prégnance populaire encore de notre devise « Liberté – Egalité -Fraternité«  !.. Je ne crois pas plausible _ selon quels critères : de pragmatisme (de « besoins«  techniques des « métiers possibles« ) ? de fort resserrement des budgets (économiques) ? _ de maintenir le modèle de cette école républicaine jusqu’à 25 ans ; mais je comprends pourquoi _ de par cette histoire : et française, et républicaine _ les gens y croient. C’est même constitutif de notre pays _ oui : au moins depuis Henri IV ; ou François Ier ; ou plus en amont encore : qu’en disent les historiens du Moyen-Âge ?.. Mais cette spécificité en rencontre une autre _ tout aussi (et presque autant) « française«  historiquement… : ce que comprit fort bien l’habile Louis XVIII ; après Napoléon, lui-même… _, qui joue en sens inverse, à savoir l’existence d’un système à part _ de « distinctions » et « privilèges«  _ pour la formation des élites, celui des grandes écoles. Il s’ensuit que nos dirigeants, issus en général de ce circuit « d’élite« , sont peu intéressés par l’université, quand ils ne la méprisent pas _ certes.

Notre université paie donc le prix d’une spécificité hexagonale ?

Ce partage universités/grandes écoles pèse très lourd. Partout ailleurs, le problème de l’université est vital puisqu’il y va de la formation des élites. Mais pas chez nous, la bourgeoisie française disposant d’un système ultra-sélectif de grande qualité pour la formation de ses rejetons, qui a de surcroît l’avantage unique d’être gratuit _ au nom du « mérite«  (et de la méritocratie). Mieux : on peut même y être payé pour apprendre : voir Polytechnique ou Normale Sup _ idem. L’université de masse, en regard, tend à être traitée comme un problème social _ et non, prioritairement, de formation (et accès) au savoir. Nos gouvernants viennent de découvrir qu’elle était aussi un problème économique _ pour le budget de l’État (et la charge des contribuables). Mais leur regard reste conditionné par le passé : ils veulent des résultats _ pré-formatés, à la façon d’un « plan«  de type « soviétique« , selon la responsabilité de « patrons » (des Universités), selon la logique plutôt uniforme (de rentabilité prévisionnelle) des « marchés«  _ pour pas cher.

C’est sur un terrain déjà bien miné qu’arrive le mot nouveau _ bien connoté (de « loi«  décidée « par soi-même« ) _ d' »autonomie » ?

Ce mot admirable _ en effet : cf ce qu’en dit Kant (en la « Critique de la raison pratique« , ou dans les « Fondements de la métaphysique des mœurs«  _ que personne ne peut récuser n’est _ en cette occurrence-ci ! _ qu’un mot _ d’orwelienne « novlangue«  Il est illusoire de croire que parce qu’on a le mot, on a la chose _ nous ne sommes pas dans le monde féérique des marques et « logos«  (cf « Propaganda _ comment manipuler l’opinion en démocratie« , d’Edward Bernays (neveu de Freud : le livre-pionnier parut en 1928 aux États-Unis ; ou « La Stratégie du désir _ une philosophie de la vente » de Dichter Ernest (en 1960; la traduction française parut aux Éditions Fayard en 1961) : bibles des imaginatifs communicants du « marketing«  Demandons-nous ce qui se cache derrière ses promesses apparentes _ d’« autonomie«  Pour avoir une autonomie véritable _ et non « illusoire«  _, il faut disposer de ressources indépendantes. Or, en France, c’est exclu, puisque le bailleur de fonds reste _ du moins pour le moment, provisoirement _ l’Etat. On peut certes développer des sources de financement autres. Elles font peur à un certain nombre de mes collègues, mais je les rassure tout de suite, ça n’ira jamais très loin : le patronat français ne va pas par miracle _ du fait de lourdes « pesanteurs sociologiques » historiques… _ se mettre à découvrir les beautés _ « pour la forme« , gratuites _ d’un financement qu’il n’a jamais pratiqué. Notre « autonomie à la française » ne sera donc qu’une autonomie de gestion _ administrative ! _ à l’intérieur de la dépendance financière et du contrôle politique final _ Ouf ! _ qui va avec. Le changement est moins spectaculaire _ et davantage « poudre aux yeux«  _ que le mot ne le suggère.

D’autres modèles étaient _ on remarque la formulation au passé _ possibles ?

Certains pays de l’Est comme la Pologne ont pris un parti radical dans les années 1990. L’État a opéré une dotation des universités en capital ; et elles sont devenues des établissements indépendants. A elles de faire fructifier leurs moyens et de définir leur politique. Si un tel changement était exclu _ toujours au passé ! nos « pesanteurs«  sont endémiquement lourdes (sur la plutôt « longue durée« , dirait peut-être Braudel) ; et la « rupture«  surtout matamoresque… _ chez nous, ce n’est pas seulement en raison du « conservatisme » français. C’est aussi et surtout que notre système n’est pas si mauvais _ tiens donc ! _ et que tout le monde le sait, peu ou prou. A côté de ses défauts manifestes, il possède des vertus cachées.

On pourrait même soutenir, de manière provocatrice, qu’il est « l’un des plus compétitifs du monde« , dans la mesure où il est l’un de ceux qui font _ financièrement, à la « débrouillardise«  _ le mieux avec le moins d’argent. C’est bien la définition de la compétitivité, non ? Dans beaucoup de disciplines, nous sommes _ culture d’une certaine « ingéniosité » aidant, peut-être… _ loin d’être ridicules par rapport à nos collègues américains, avec des moyens dix fois moindres.

Et vous pensez que le grand public _ soit le « peuple souverain« , qui vote ! mais de qui donc peut-il bien être le « public«  spectateur ?.. _ en a une vision déformée ?

Comment le connaîtrait-il ? L’image romantique _ éthérée _ du « chercheur » dissimule une réalité _ au quotidien des travaux _ très différente. La recherche est probablement le secteur le plus compétitif, le plus concurrentiel, le plus soumis à la pression _ rien moins ! _ de tous les secteurs de la vie sociale _ on peut en lire un compte-rendu féroce de la vie dans les laboratoires universitaires dans l’autobiographie de Paul Feyerabend, « Tuer le temps » (en traduction française aux Éditions du Seuil en 1996). C’est d’ailleurs l’un des motifs de la désaffection _ des postulants-étudiants _ pour les sciences. Il faut une vocation solidement chevillée au corps pour endurer cette vie de moine-soldat, où vous avez à vous battre tous les jours pour _ accrochez-vous bien ! _ rester dans le coup, obtenir des moyens, faire valider vos résultats, le tout pour un salaire sans aucun rapport avec ceux des cadres de l’économie _ commerciale, vendeuse. Il y a _ donc _ quelque chose de fou _ versant sadisme _ dans le besoin d’en rajouter une couche _ de la part des pouvoirs ! _ et de resserrer encore le contrôle, comme si les chercheurs n’étaient pas capables de détecter seuls _ par une autonomie de l’intelligence, cette fois _ les sujets porteurs _ de fécondité de leur ingéniosité _, comme s’ils étaient assez stupides pour aller s’embourber dans des domaines qui n’ont aucun intérêt pour personne. Qui donc fait preuve d’aveuglement, ignorance et incompétence, ici ?

Le pire à mes yeux pour l’avenir _ c’est lui qui est en balance, en bascule ; au bord de la ruine (par la « casse«  de ce qui marche !) _ est dans cette prétention à « programmer _ de points nodaux administratifs : de tout-puissants « présidents«  d’université ! _ la recherche« . Comme s’il pouvait exister des « méta-chercheurs » en position de piloter le travail des autres ! _ ainsi « subalternisés » et placés et maintenus « aux ordres » : en totale situation d' »hétéro-nomie« , pour le coup : par cette « caporalisation«  des structures de décision et pouvoir… La situation normale _ du point de vue de la saine raison, et de la légitimité (de droit) _ est celle du chercheur qui soumet _ en le proposant à un jugement et une discussion de viabilité _ un projet à des instances _ de conseil, à l’amiable ; chacun faisant entendre librement ses réflexions _ qui le jugent réaliste, ou prioritaire, compte tenu des moyens disponibles, exactement comme un banquier prend un risque _ qui engage sa responsabilité _ en prêtant de l’argent à une entreprise _ afin de soutenir et faire réussir l’ambition ainsi dessinée par le postulant. Mais l’idée _ même de la recherche à inventer et mener, et le programme des travaux qu’elle induit _ ne peut venir que du chercheur ! Autrement, le conformisme _ voilà le péril ; l’académisme au détriment de l’audace ! de l’originalité ! du « génie » !.. _ est garanti. C’est une machine à tuer l’originalité dans l’œuf _ voilà ! _ qui se met en place.

Quelles conséquences l' »autonomie » _ ainsi instituée _ aura-t-elle sur la vie professionnelle _ concrète, effective, « au quotidien«  _ des enseignants-chercheurs ?

L' »autonomie » entraîne le passage des enseignants-chercheurs sous la coupe _ un terme à bien mesurer ! _ de l’université _ via le « président » qui y est (et sera) élu _ où ils travaillent. L’établissement, à l’instar de n’importe quelle autre organisation ou entreprise, se voit doté d’une gestion de ses « ressources humaines«  _ on les connaît bien déjà ; on les voit fonctionner… _, avec des capacités de définition _ rigidifiée _ des carrières et, dans une certaine mesure, des rémunérations. C’est un changement fondamental _ de caractérisation du pouvoir de décision _, puisque d’un statut qui faisait de lui _ l’enseignant-chercheur _ un agent (indépendant) du progrès de la connaissance _ son objectif et sa priorité ! _, recruté par des procédures rigoureuses _ en effet ! _ et évalué par ses pairs _ enseignants-chercheurs indépendants (d’esprit) eux-mêmes _, il passe à celui d’employé _ plus que dépendant ! désormais : incité (le couteau sous la gorge) à la servilité ! _ de cet établissement.

Jusqu’où va ce « changement fondamental » ?

C’est un changement complet de métier _ rien moins ! Il est visible que la mesure de cette transformation _ d’abord idéologique (caporalière) ; et électoraliste _ n’a pas été prise _ par l’opinion, endormie face au pouvoir politique concepteur et signataire du décret (du 22 avril). L' »autonomie » des universités veut dire en pratique la mise au pas _ avec passage de la nuque et du col (et de toute la tête ; ainsi que le buste) sous les fourches caudines _ des universitaires. Toute la philosophie de la loi _ une jolie expression _ se ramène _ ah ! _à la seule « idée » _ c’est une philosophette _ de la droite en matière d’éducation, qui est de créer des « patrons de PME«  _ voilà !!! _ à tous les niveaux _ des ex-« services publics«  de l’Instruction-Enseignement-Éducation _, de la maternelle à l’université _ au service des seuls « besoins » (prévisibles) de la clientèle (électorale d’abord) des « parents-d’élèves » (souvent affolés, et à juste titre, par les graves incertitudes d’avenir de leurs enfants)… Ô Mânes d’Alain, soulevez-vous !.. Il paraît que c’est _ le « management«  de type-PME _  le secret de l’efficacité _ managériale… On peut _ de fait, sinon de droit : c’est une hypothèse d’école aimable… _ juger que le statut antérieur _ des « enseignants-chercheurs«  _ était archaïque et n’était plus tenable _ pragmatiquement _ à l’époque d’une université de masse ; mais encore fallait-il expliciter _ devant l’opinion publique (citoyenne), et en vue d’un débat honnête ! (= véritablement « démocratique«  !) _ les termes de cette mutation _ à mener, tambour battant et bannières au vent, au nom de la « modernité » « réformiste«  ; versus les « conservatismes«  « corporatistes«  de tous poils ; l’air est connu… _ et clarifier _ mais qui peut bien rechercher la clarté en matière de « machiavélisme » ?.. _ les conséquences à en tirer.

Ce statut _ la « bête«  à mettre à bas ! _ était un concentré de l’idée du « service public à la française« , avec ses équilibres subtils _ oui… : fruits d’une Histoire de compromis pacifiés (non sans secousses, ou embardées, d’ailleurs…) _ entre la méritocratie, l’émulation et l’égalité. Toutes les universités ne sont pas égales, personne ne l’ignore ; mais tout le monde est traité de la même façon. Il n’y a rien de « sacro-saint » là-dedans ; mais on ne peut « toucher«  _ au nom de quelque « rupture«  que ce soit ! : de quel côté est se cache ici l’idéologie ? _ à tels produits de l’histoire _ il faut en avoir suffisamment conscience ! _ qu’en pleine connaissance de cause _ c’est peut-être là un peu beaucoup demander ! ces derniers temps… _ ; et en mettant toutes les données sur la table _ sinon, gare aux conséquences des méfaits de « Gribouille«  : nous avons pu constater, cet automne, où ont mené les deux mandats flambants de George « W« . Bush !.. Tout le monde n’en a pas encore pris de la graine _ à part les slogans des communiquants (« Yes, YOU can«  !!!) : cherchez l’erreur !..

C’est donc tout le fonctionnement de notre société qui _ par ricochets _  est interrogé là ?

Le problème universitaire est un bon exemple _ en effet : paradigmatique ! _  du problème général _ de fond : et posant des choix politiques fondamentaux _ posé à la société _ ou « Nation« , je ne sais (ou « le peuple« )… _ française, celui d’assurer l’adéquation à la « marche du monde«  _ dite « globalisation« _ de notre « modèle » hérité de l’Histoire ; et organisé autour de l’idée de République. Toute la difficulté _ et de tout Politique ! _ est de faire évoluer ce « modèle«  _ « français » (et antérieur, déjà à la « République » depuis 1789 _ sans brader notre héritage _ et ses valeurs _ dit « républicain« . Nous ne verserons pas d’un seul coup _ même par la vertu de quelque volontarisme bonapartien (de « rupture« ) !!! _ dans un modèle compétitif et privé _ ultra-libéral _, qui n’a jamais été _ de fait _ dans notre histoire _ comme quiconque a pu s’en pénétrer, même avec un cursus secondaire médiocre (ou pire). Comment intégrer davantage de décentralisation et d’initiative _ « girondines« , en quelque sorte… _, tout en maintenant un État garant de l’intérêt général _ s’il demeure un tel « idéal régulateur«  qui soit « voulu«  (= effectivement) par le « corps national«  _ et de l’égalité des services ? _ s’ils demeurent, aussi, en tant que vrais « services publics«  ?.. C‘est ce point d’équilibre entre les mutations nécessaires _ « globalisation » poussant à la roue (« de l’Histoire« ) _ et la persistance de son identité historique _ difficile à renverser ou rayer d’un seul trait de crayon magique (par décret !) _ que le pays recherche _ d’élection en élection ; à coup de changements de majorité… Il n’est pas « conservateur » : il est « réactif«  _ au quart de tour !.. Mais pour conduire ce genre d' »évolutions« , il faut procéder à découvert, oser le débat public _ et davantage de « vraie » démocratie (= honnête)…

Ce qui a été _ tactiquement _ absolument évité…

Le gouvernement a fait le choix d’une offensive éclair _ à la Bonaparte au Pont d’Arcole _, sur la base d’une grande méconnaissance _ par incompétence foncière (et mépris) _ du terrain universitaire. Probablement, ce sentiment d’urgence _ un des effets pervers de ce malheureux quinquennat ; renforcé d’une très dangereuse pente à la présidentialisation ; sans freins ; et un rabotage de la plupart des contrepouvoirs _ a-t-il été multiplié par le choc _ (très médiocrement !) médiatique seulement, hélas ! : c’est un indice du poids des « communiquants » parmi les conseillers du « Prince« , à la Cour… _ du « classement mondial des universités » fait par l’université de Shanghaï _ et un enseignant de Chimie ! _, qui a secoué nos élites _ si l’on peut s’exprimer ainsi… : « autoproclamées« , plutôt _ dirigeantes ; sans leur inspirer, hélas, le souci de se mettre _ effectivement !!! _ au courant. Si vous ajoutez à cela une image d’Épinal _ = un cliché ! _ de ce qu’est le système universitaire américain, aussi typique du sarkozysme _ hollywoodien _ que largement fausse ; plus l’idée que n’importe quelle stratégie de communication bien menée _ à la façon que décrit Machiavel : tantôt « en lion« , tantôt « en renard«  ; avec comme postulat la plus grande ignorance (et crédulité) possible(s) de à qui on s’adresse (cf « Gorgias » de Platon)… _ vient à bout de tous les problèmes _ principalement d’opinion (ou électoraux) _, vous avez les principaux ingrédients de la « crise » actuelle _ et de la situation, choisie tactiquement, de « pourrissement« .

Quelle « sortie de crise » imaginez-vous ?

Quelle que soit l’issue du mouvement _ de tensions _, le problème _ de fond _ de l’université ne sera pas réglé. Le pourrissement est (…) fatal, mais la question restera béante et resurgira _ « réforme« -t-on jamais par simples décrets ?.. Peut-on museler pour toujours la voix du peuple ? Si le gouvernement _ qui joue la tactique _ croit que parce qu’il a gagné une bataille, il a gagné la guerre, il se trompe. La conséquence la plus grave _ à court terme, du moins _ sera sans doute une détérioration supplémentaire de l' »image » de l’université, ce qui entraînera la fuite des étudiants qui ont le choix vers d’autres formes d’enseignement supérieur ; et ne laissera plus à l’université que les étudiants non sélectionnés ailleurs. De quoi rendre le problème _ social ; puis culturel ; et, in fine, civilisationnel _ encore un peu plus difficile.

Propos recueillis par Maryline Baumard et Marc Dupuis

Article paru dans l’édition du 23.04.09.

Marcel Gauchet :

historien et philosophe, directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales, Marcel Gauchet, 62 ans, a publié beaucoup d’articles, notamment dans « Le Débat« , revue dont il est rédacteur en chef. On lui doit aussi de nombreux ouvrages où la démocratie, le pouvoir et le politique sont centraux. La transmission est un sujet qui lui importe ; et il a co-signé, fin 2008, en collaboration avec Marie-Claude Blais et Dominique Ottavi, « Conditions de l’éducation«  (aux Éditions Stock, 2008) _ on se souvient aussi, par les trois mêmes, en novembre 2003, d’un excellent et nécessaire « Pour une philosophie politique de l’éducation _ Six questions d’aujourd’hui« 

A méditer

_ on pourra lire avec profit « Prendre soin 1 _ De la jeunesse et des générations«  de Bernard Stiegler ;

ainsi que consulter le site d’« Ars Industrialis« , qu’il dirige _ ;

et l’Histoire, qui prend toujours du temps _ et son temps (propre !) ; au delà des variations des opinions et des votes aux élections des électeurs _ jugera,

comme d’habitude…

Titus Curiosus, ce 23 avril 2009

Commentaires récents

Posté par KOHNLILI
Le 24 avril 2009

L’Histoire, cher Titus, ne jugera pas du tout. Comme le disait Péguy, elle sera déjà bien suffisamment engluée dans ses propres bouillasses contemporaines et, d’ici, parfaitement imprévisibles, sans encore aller s’empêtrer de nos vieilles histoires d’aujourd’hui. Mais trêve de scepticisme. L’article que tu commentes sans cesse entre les lignes (ce qui est très utile, ce qui explicite, au sens de « déplie », avec beaucoup d’exactitude, un propos dense et indigné)me tire, moi la taupe, de mon aveuglement, de mon ratatinement sur mes propres douleurs articulaires et sentimentales.
Je pensais qu’il ne s’agissait que d’une énième réforme de l’Université dans le droit fil quantitatif du rognement des connaissances. Mais cette fois-ci, je vois plus clairement qu’il s’agit d’une mutation qualitative, d’un bouleversement ontologique si je puis me permettre, de la fonction de « transmission », carrément obstruée. Chaque université devrait donc absorber une Grande Ecole, et insuffler budget et savoirs, quitte à décourager ceux qui « n’ont pas le niveau », mais qui n’en feraient plus une histoire d’honneur démocratique bafoué : je « n’ai pas le niveau » pour devenir champion de boxe poids lourds ou ténor international : et alors ? En quoi cela nuit-il à ma perception démocratique de moi-même ? Je me spécialiserai ailleurs, dans la lucidité mentale, et non dans la rancoeur. J’ai compris ! comme dirait Prévert, « j’ai inventé la balance à peser les balances » ! Mais retrêve de rescepticisme (c’est un jeu périodique ; j’ai besoin de jouer…): il faut que nous montions une fois de plus au créneau, comme Ovide assiégé dans son exil euxinien de Tomes (comprenne qui peut. Car en vérité, « ce n’est pas tant le bruit des bottes qu’il faut craindre que le silence des pantoufles » – c’est de qui ? Brecht ?
Alors, merci de m’avoir fait comprendre l’immensité de l’enjeu. J’en parlerai autour de moi, je soutiendrai le mouvement. Et bon Premier Mai, Messieurs du Pouvoir !

Le 28 avril 2009

[…] cf aussi mon précédent article du 23 avril 2009 : “Le diagnostic d’une impasse _ ou les dégâts de l’idéologie et de la démagogie électoraliste…“, […]

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