Le jeu de la leçon d’humour comme « résistance » citoyenne : l’affaire marseillaise du « Sarkozy, je te vois ! » à la gare Saint-Charles

— Ecrit le dimanche 5 juillet 2009 dans la rubriqueHistoire, Rencontres”.

Le journal (toujours « de référence » ! ne serait-ce que par de tels articles !) « Le Monde« 

publie, ce samedi 4 juillet 2009, un passionnant « Point de vue« 

(c’est sous cette rubrique, en effet, qu’il est proposé à lire par le quotidien du soir) :

« « Sarkozy, je te vois ! » : le protagoniste de l’affaire raconte son happening citoyen«  :

narrant avec un plus que remarquable talent d’intelligence et de clarté (de la part de son « héros/victime » qui en fait le récit)

la succession assez politiquement éloquente, tout un chacun va pouvoir en juger, des « épisodes«  (à rebondissements rien moins que « politiques« , en effet),

le jour même de l' »incident » _ le mercredi 27 février 2008 _, puis seize mois durant _ le jugement vient d’être rendu ce vendredi 3 juillet 2009 : « Le juge de proximité qui présidait le tribunal de police de Marseille chargé de juger cette affaire a estimé, vendredi 3 juillet, que le « tapage injurieux diurne troublant la tranquillité d’autrui » qui était reproché à l’auteur des propos n’était pas constitué » _, en ses « suites » policiario-judiciaires,

narrant la succession des « épisodes« , donc,

de son « aventure » politico-policiario-judiciario-médiatico, et enfin philosophico-pédagogique…

« Épisodes » d’abord subis :

en « croisant« , pour commencer (à sa descente de train, de retour d’Avignon : c’était le mercredi 27 février 2008), le « contrôle » par deux policiers,

dans l’espace d’arrivée (en permanence bondé d’une foule compacte et bigarrée) de l’immense et très long Hall de la très vaste gare Saint-Charles,

d’un éventuel « sans-papier«  ;

et en y « répondant« , lui, spontanément

_ car c’est bien d’une « réponse » (= de « résistance » « citoyenne » ! à ce qui a été ressenti comme rien moins qu’une effective « menace à la démocratie« ) qu’il s’agit là !.. _,

 et dans le mouvement même de sa marche,

par une double apostrophe de son cru (« Sarkozy, je te vois !.. Sarkozy, je te vois !.. »),

ludique, humoristique,

et courageuse, à la fois :

on le mesure à la lourdeur de l’engrenage policiario-judiciaire dans lequel ce « témoin« , non passif et non-mutique (à la différence de tant d’autres des citoyens) s’est trouvé « entraîné« ,

en commençant par les heures passées par lui aussitôt après « au poste » de police…

mais aussi, pour une très notable part, fort intelligemment « réagis » et même « conduits« ,

et cela, tant sur le moment que par la suite _ nous allons le découvrir ici en son détail _

de la part de ce très remarquable « témoin-citoyen« ,

pour les espaces de manœuvre qui se sont ouverts devant lui (voire qu’il a su « ouvrir » lui-même, assez « génialement » et courageusement),

à chacun des « épisodes » survenus et affrontés,

avec un sens de la « répartie« 

et de la « réaction » opportune efficace

assez rares…

_ Ou quand le sagace et vif  « Rouletabille« , le héros actif de Gaston Leroux (cf « Le Mystère de la chambre jaune« , « Le Parfum de la dame en noir« , « Rouletabille chez le tsar« , etc… : cf le collectif en deux volumes « Les aventures extraordinaires de Rouletabille reporter »…), prend la place d’un un plus emprunté « Joseph K.« , le protagoniste tétanisé, lui, du « Château » et du « Procès » de Kafka _ en pays de « kakanie« , il est vrai ; pas en république française ! _ ;

et cela _ et surtout ! _ « dans le réel » qui lui tombe dessus ; et pas « dans la fiction » seulement…

Voici le récit _ truffé, comme à l’accoutumé sur ce blog, de mes commentaires _ qu’en donne au « Monde » le « héros-victime » de cette « affaire« 

emblématique de la situation de notre belle France eu égard à l’état présent de sa « démocratie » de fait,

Patrick Levieux,

« professeur de philosophie,

relaxé par le tribunal de police de Marseille le 3 juillet« ,

ainsi que celui-ci signe ce « témoignage-analyse des faits » donné au « Monde » :

« Je suis cet homme qui cria par deux fois « Sarkozy, je te vois ! ». Et, aujourd’hui, je suis très heureux du dénouement de cette affaire pour au moins deux raisons. D’une part, l’emballement médiatique a permis de ridiculiser la politique sécuritaire du président de la République. Nous savons tous maintenant que prononcer « Sarkozy, je te vois ! » peut nous amener devant les tribunaux. Après cet épisode, qui pourra encore contester que nos libertés individuelles ne soient sérieusement menacées par ce pouvoir ?

D’autre part, cette affaire a montré que le « storytelling« , cet art de raconter des histoires, n’est pas l’apanage des communicants des grands groupes capitalistes ou des campagnes électorales victorieuses _ ou pas : quand « règnent«  les « communiquants«  Un simple quidam peut détourner _ avec des trésors de ruse ! dans le labyrinthe des circonstances rencontrées _ le storytelling et raconter à son tour sa propre histoire _ mais c’est assez difficile, tant sont puissants les pièges à éviter et surmonter, tout de même !.. Dans son fameux livre _ « Storytelling, la machine à fabriquer des histoires et à formater des esprits » : le livre est paru le 13 novembre 2008 aux Éditions de La Découverte… _ consacré à ce sujet, l’essayiste Christian Salmon présente le storytelling comme une « machine à raconter » _ et faire croire _ qui _ on ne peut plus cyniquement _« remplace le raisonnement rationnel, bien plus efficace que toutes les imageries orwelliennes _ in l’indispensable « 1984«  _ de la société totalitaire ». L’affaire du « Sarkozy, je te vois ! » donne des raisons d’être plus optimistes, et montre que l’on peut _ aussi _ utiliser le storytelling à des fins citoyennes _ avec beaucoup d’habileté ainsi qu’un minimum de « chance« , aussi, dans l’assez impressionnant (et assez dissuasif, a priori) « jeu de piste«  de la (petite) « souris«  et des (gros) « chats«  : de la (grande) machine politico-policiario-judiciario-médiatique : a priori, on a un peu plus de chance de s’y retrouver « Joseph K.«  que « Rouletabille reporter »

Tout a commencé par un petit mensonge _ aux policiers du poste de police sur le statut social et la profession du trublion interpellé : y aurait-il eu « affaire«  sinon ?… Ce mercredi 27 février 2008, je reviens d’Avignon ; à l’époque je suis journaliste au mensuel alternatif « L’Âge de faire« . Après l’incident _ avec les policiers procédant à l’interpellation d’un suspect d’être « sans-papiers«  dans le Hall de la gare Saint-Charles _, interrogé au poste de police sur ma profession, je me présente comme étant allocataire du RMI. « Journaliste » est une profession beaucoup trop voyante. A 46 ans, un homme au RMI est forcément un pauvre gars, sans relations, fragile, impuissant, qui ne fera pas de vagues auprès de l’administration _ une « victime » née, si j’osais le commenter ainsi : un excellent « appât«  pour démarrer sinon une « affaire« , du moins une assez significative « histoire vraie«  : à « raconter«  par un journaliste ?..

Plusieurs mois après _ en 2008 encore, probablement… _, lorsque je suis à nouveau convoqué au commissariat de quartier pour être interrogé une seconde fois sur cet incident, je confirme être au RMI, même si, entre-temps, j’ai de nouveau rejoint _ à la rentrée de septembre ?.. _ l’Éducation nationale _ le statut social d’une personne n’est jamais sans conséquence pour sa « perception«  par les autres… Dans l’Éducation nationale, les syndicats sont puissants, les relais médiatiques nombreux, la procédure aurait pu alors ne pas se poursuivre _ ce qui aurait été « expérimentalement » dommage… Je voulais _ ce « jugé«  n’est certes pas passif _ rester un anonyme, dans toute la faiblesse de son état, sans passe-droit ni Rolex, et regarder la machine administrative tourner… _ voilà donc l’objet « de fond«  de l’« expérimentation«  en cours : explorer le déroulé du processus judiciario-médiatico-politique…

Lorsque, le 20 avril _ 2009 _, un huissier de justice vient me remettre la citation à comparaître devant le tribunal _ ce sera le mardi 19 mai _ pour « tapage injurieux diurne« , je suis confronté à un dilemme. Soit je comparais comme un individu lambda _ ce qui avait été la « tactique » adoptée sur le champ, puis suivie scrupuleusement jusque là… _, perdu parmi les individus que la justice ordinaire juge chaque jour : je suis condamné ou relaxé, mais l’histoire _ « expérimentale« , donc… _ s’arrête là, avant même d’avoir pu commencer. Soit je pose un acte citoyen et saisis cette occasion _ et revoici notre cher ami Kairos ! _ pour montrer _ et exposer en pleine lumière sur la scène publique (et médiatico-politique, au premier chef)… _ les dérives de la politique sécuritaire du président de la République. Il s’agira de construire une histoire qui mette en scène la figure d’un quidam, d’un sans nom et sans visage qui interpelle en le tutoyant le signifiant-maître « Sarkozy » dans une société crispée _ et en voie d’accélération de « tétanisation« , apeurée ! terrorisée elle-même… _ par le rictus sécuritaire. Mais comment construire _ très effectivement, dans les rouages mêmes, tels qu’ils fonctionnent, du réel sociétal et des institutions judiciaires et médiatiques _ cette narration ? _ voilà l’état de formulation du « problème » tel qu’il se posait ce 20 avril 2009 au justiciable et citoyen Patrick Levieux…

On le sait _ depuis les travaux de narratologie : de Victor Chklovsky, Vladimir Propp (« Morphologie du conte« ), Tzvetan Todorov, Gérard Genette (in « Figures III« ), Umberto Eco (« Lector in fabula« ), Philippe Hamon, et d’autres… _, dans toute histoire, le personnage central ne reste jamais seul _ pour « survivre » (ou « réussir« ) dans l’intrigue… Il lui faut un personnage _ adjuvant, relais et catalyseur _ qui va l’aider à poursuivre son cheminement _ vers le succès dans le réel (de l’histoire) ; isolé, il demeure impuissant et voué à l’échec ! Même si j’avais parcouru les salles de rédaction en exhibant ma convocation et le procès-verbal, l’histoire _ médiatico-politique _ ne se serait pas écrite. Un anonyme n’a pas la crédibilité _ la vérité ne suffisant pas pour apparaître avec « évidence«  « crédible«  ! et, qui plus est, circonstance affaiblissante, quand elle dérange des « puissants«  ! _ pour porter _ en effet : c’est une affaire d’« autorité« , seule « porteuse« , reconnue par l’« opinion » en place : sans cette « reconnaissance« -là (de quelques uns, « faisant » de fait cette « opinion«  régnante), rien n’accède (vérité comprise !!!) à la visibilité (et évidence !) générale (de la plupart des autres _ via Reuter ou l’AFP)... _ pour porter _ donc _une telle histoire, même s’il a été journaliste _ et par là un peu de ce « sérail« -là : ils en sait la logique implacable du fonctionnement, au moins.

Toute « histoire«  a ainsi besoin d’un porteur suffisamment « crédible » pour elle ; et cela, dans un horizon de « réception« , d’« attente« , rien moins que favorable, neutre ou objectif : assez fermé qu’il est, majoritairement, à l’exigence même de vérité, entre tant d’intérêts (= l’« utile«  !) l’emportant (sur l’« honnête« ), de loin, au quotidien des « affaires«  courantes, sur son « souci« … La vérité nécessite par là qu’on se batte beaucoup, avec passablement de courage, mais aussi avec bien de tact, et même habileté, pour elle ! Que de vérités à jamais inconnues, car étouffées par la cruelle suffisance

_ à la Monsieur Homais (in « Madame Bovary«  de Flaubert ; cf aussi, de Flaubert, l’implacable « Dictionnaire des idées reçues«  ; en appendice à « Bouvard et Pécuchet« …) _

des opinions en place. Un beau sujet pour philosophes ; et professeurs (et élèves candidats bacheliers) de philosophie. C’est à se demander comment une telle discipline d’enseignement peut encore « exister » : en France, du moins…Est-ce là une « anomalie«  sociétale ?..

Pour _ réussir à _ continuer _ effectivement _ à écrire _ dans le réel sociétal (de 2009) _ cette histoire, il faut _ donc adjoindre _ un avocat, un orateur brillant, suffisamment alerte pour être capable d’affronter _ et surmonter _ le bruit médiatique sans être dupe _ non plus _ sur les dérives de la « société du spectacle« . C’est un ami, journaliste au quotidien « La Marseillaise » qui me trouve la perle rare : Philippe Vouland, spécialiste des questions des droits de l’homme. L’avocat est une institution _ sociétalement reconnue : elle en « impose«  _ dont on écoute _ tant judiciairement, bien sûr, que médiatiquement, aussi _ la parole, quand celle d’un anonyme est rarement entendue _ là-dessus, lire l’éloquent et très opportun « L’Invisibilité sociale » de l’ami Guillaume Le Blanc : « invisibilité«  (fruit d’une cécité) qui est plus encore une inaudibilité (fruit d’une surdité) sociale… Sans avocat, l’histoire ne serait pas écrite _ grand merci donc à lui !

L’avocat choisi, cinq jours avant l’audience du tribunal _ fixée au mardi 19 mai _, l’histoire pouvait être lancée _ le jeudi 14 mai, très exactement, donc ; et avec grand succès : cf le blog de maître Eolas, en plus de tous les grands médias nationaux _ sur la scène médiatique _ c’est l’objectif et le champ-de-bataille : il s’était de plus en plus clairement précisé… Un simple coup de fil au bureau marseillais de l’AFP _ voilà le retentisseur : formidable… _ suivi d’un courriel indiquant les coordonnées de mon avocat _ pour compléments utiles d’« information » qui soient dûment filtrés… _ suffiront à amorcer _ avec un remarquable succès, donc _ la machine _ médiatico-politique.


Dès lors se pose la délicate question de _ la préservation ou pas de _ l’anonymat _ du « témoin-victime-héros«  (de l’histoire) : le citoyen Patrick Levieux… Raconter une histoire audible _ c’est-à-dire, d’abord, digne de susciter quelque écoute que ce soit et la moindre curiosité : au lieu de la surdité générale ! _ signifie qu’il faut éviter que la narration se fragmente en autant de récits qu’il y a de journalistes _ selon le principe du « téléphone arabe » : la rumeur se diffracte… En m’exposant _ en tant que Patrick Levieux en pleine lumière _ sur un plan médiatique, l’histoire aurait pu tourner à la cacophonie _ tout se brouille et se perd. La question de la dérive sécuritaire dans notre société aurait pu laisser la place à celle plus anecdotique _ et avec « clichés« _ du _ petit _ personnage au centre de cette affaire _ et à la mise en cause suspicieuse de sa légitimité : est-ce un gauchiste ? Est-ce un provocateur ? Est-ce un personnage en quête de gloire ? C’est donc l’avocat Philippe Vouland qui affrontera _ et en le verrouillant, aussi, de toute sa compétence _ le bruit médiatique, en s’exposant _ lui seul _ devant les micros et les caméras _ en faisant écran, d’une part, à l’image (absente) de l’inculpé et, d’autre part, en préservant le mieux possible, ainsi « filtrée« , la « communication«  à diffuser des bruits parasites qui la tueraient. De mon côté, je refuse _ absolument _ d’être photographié et d’être interviewé par la télévision : même floutée, l’image continue à dire quelque chose comme la présence honteuse de quelqu’un qui se cacherait _ mieux vaut l’absence nette et carrée de l’image qu’un ambigü floutage…

L’un des ressorts du storytelling est de s’adresser à l’imaginaire collectif _ et ses clichés terriblement efficacement pénétrants. Pour cela, je laisse échapper une _ unique : on va, faméliquement, s’y précipiter _ petite précision en direction des journalistes sur ma profession, non celle qui était la mienne au moment de l’incident _ journaliste _, mais celle que j’exerce au moment où l’affaire éclate : professeur de philosophie. Et c’est ainsi que résonnent _ puissamment _, dans l’imaginaire collectif, les rapports énigmatiques entre le philosophe _ avec son aura d’idéalisme, de vérité (désintéressée), aussi, et de résistance, souvent, aux séductions et intimidations des pouvoirs en place… _ et les puissants avec des histoires déjà entendues _ et servant de références de « représentation«  _ où entrent en scène _ secourablement _ des personnages comme Diogène, Protagoras, Socrate…

A ce moment-là _ au mois de mai 2009 _, il s’agit de permettre à cette histoire de continuer à s’écrire _ tant institutionnellement que sociétalement, via les médias. Pour cela, il faut faciliter _ surtout quand on connait un peu, du dedans, le « sérail«  _ le travail _ de récit _ des journalistes. Un témoignage factuel _ très ciblé _ est _ alors _ envoyé au site d’information en ligne « Rue89 » ; celui-ci sera également distribué le jour de l’audience _ le mardi 19 mai, donc. Je donne _ voici la piste à suivre !.. (au-delà de l’« os à ronger« …) _ une justification : il s’agit d’« un geste pédagogique _ d’un professeur de philosophie ! _, un trait d’humour destiné à détendre l’atmosphère ». Le rire n’est ni de gauche ni de droite. L’humour doublé du geste pédagogique permet de toucher le public le plus vaste _ et d’avoir les rieurs, comme la didactique, « de son côté«  : en sympathie avec soi…

En réfléchissant _ avec le recul de seize mois supplémentaires _ à ce geste _ du 27 février 2008 _, je me demande aujourd’hui _ 3 juillet _ dans quelle mesure celui-ci n’est pas _ aussi, voire d’abord ! _ un geste artistique, un happening

_ tout à fait spontanément improvisé (et comme éventuel déclencheur, ludique, de « suites«  : « pour voir«  et « s’amuser » : « galéjer« …), en débarquant, ce 27 février, d’Avignon,

c’est-à-dire la ville du grand Festival de théâtre (celui-là même où le 28 juillet 1968, le « Living Theatre » de Julian Beck et Judith Malina se vit signifier l’interdiction municipale et préfectorale de jouer sa pièce-happening « Paradise Now« ) ;

en débarquant d’Avignon, donc,

dans le Hall bondé, remuant et passablement bruissant de la gare Saint-Charles ; cette gare Saint-Charles elle-même sise sur « les hauts« , assez ventés, de la ville de « Marius« , « Fanny« , « César« , et autres marseillais immortalisés de par le monde entier par le verbe « haut-en-couleurs« , lui-même, de Pagnol : ne voilà-t-il pas là une situation « guignolesque«  inspirant tout particulièrement et le jeu et le verbe d’un philosophe-et-journaliste « citoyen«  ?..

Le storytelling citoyen serait-il _ alors _ la dernière invention que les citoyens anonymes pourraient s’approprier _ théâtralement, artistiquement ! _ pour dénoncer ce que Voltaire _ assez théâtral lui-même : cf mon article du 28 octobre 2008, à propos de « Promenades sous la lune » de Maxime Cohen : « Sous la lune : consolations des misères du temps » : Maxime Cohen y consacrant un fort intéressant chapitre, très explicitement intitulé « Éloge vengeur du théâtre de Voltaire«  (aux pages 290 à 305) à cet aspect trop méconnu selon lui (« Mérope« , « Irène« , « Mahomet« , etc…) de l’œuvre d’Arouet… _ appelait en son temps « l’infâme » ? »


Patrick Levieux,

Professeur de philosophie, relaxé par le tribunal de police de Marseille le 3 juillet.

Ou le jeu de l’humour

_ en débarquant d’Avignon à Marseille _

comme leçon de « résistance » citoyenne,

en un pays dont l’hymne porte le nom de « Marseillaise« 

et où figure _ ce n’est tout de même pas rien !!! _ en préambule à la « Constitution » de la République

_ jusqu’à ce que le Congrès réuni à Versailles le « réforme« , le « modernise« , le « dé-ringardise » :

au nom du primat du désormais sacro-saint pragmatisme

et de ses servantes, les bienheureuses économies de budget ?.. _

la « Déclaration des droits de l’homme et du citoyen » de 1789…

Que voici, pour se rafraîchir _ cela fait toujours du bien ! _ la mémoire :

Article 1er : Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune.

Article 2 : Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l’Homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté, et la résistance à l’oppression.

Article 3 : Le principe de toute Souveraineté réside essentiellement dans la Nation. Nul corps, nul individu ne peut exercer d’autorité qui n’en émane expressément.

Article 4 : La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui : ainsi, l’exercice des droits naturels de chaque homme n’a de bornes que celles qui assurent aux autres Membres de la Société la jouissance de ces mêmes droits. Ces bornes ne peuvent être déterminées que par la Loi.

Article 5 : La Loi n’a le droit de défendre que les actions nuisibles à la Société. Tout ce qui n’est pas défendu par la Loi ne peut être empêché, et nul ne peut être contraint à faire ce qu’elle n’ordonne pas.

Article 6 : La Loi est l’expression de la volonté générale. Tous les Citoyens ont droit de concourir personnellement, ou par leurs Représentants, à sa formation. Elle doit être la même pour tous, soit qu’elle protège, soit qu’elle punisse. Tous les Citoyens étant égaux à ses yeux sont également admissibles à toutes dignités, places et emplois publics, selon leur capacité, et sans autre distinction que celle de leurs vertus et de leurs talents.

Article 7 : Nul homme ne peut être accusé, arrêté ni détenu que dans les cas déterminés par la Loi, et selon les formes qu’elle a prescrites. Ceux qui sollicitent, expédient, exécutent ou font exécuter des ordres arbitraires, doivent être punis ; mais tout citoyen appelé ou saisi en vertu de la Loi doit obéir à l’instant : il se rend coupable par la résistance.

Article 8 : La Loi ne doit établir que des peines strictement et évidemment nécessaires, et nul ne peut être puni qu’en vertu d’une Loi établie et promulguée antérieurement au délit, et légalement appliquée.

Article 9 : Tout homme étant présumé innocent jusqu’à ce qu’il ait été déclaré coupable, s’il est jugé indispensable de l’arrêter, toute rigueur qui ne serait pas nécessaire pour s’assurer de sa personne doit être sévèrement réprimée par la loi.

Article 10 : Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la Loi.

Article 11 : La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’Homme : tout Citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre à l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la Loi.

Article 12 : La garantie des droits de l’Homme et du Citoyen nécessite une force publique : cette force est donc instituée pour l’avantage de tous, et non pour l’utilité particulière de ceux auxquels elle est confiée.

Article 13 : Pour l’entretien de la force publique, et pour les dépenses d’administration, une contribution commune est indispensable : elle doit être également répartie entre tous les citoyens, en raison de leurs facultés.

Article 14 : Tous les Citoyens ont le droit de constater, par eux-mêmes ou par leurs représentants, la nécessité de la contribution publique, de la consentir librement d’en suivre l’emploi, et d’en déterminer la quotité, l’assiette, le recouvrement et la durée.

Article 15 : La Société a le droit de demander compte à tout Agent public de son administration.

Article 16 : Toute Société dans laquelle la garantie des Droits n’est pas assurée, ni la séparation des Pouvoirs déterminée, n’a point de Constitution.

Article 17 : La propriété étant un droit inviolable et sacré, nul ne peut en être privé, si ce n’est lorsque la nécessité publique, légalement constatée, l’exige évidemment, et sous la condition d’une juste et préalable indemnité. …

Avec, encore, pour conclure, cet avis d’un ami américain :

Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l’une ni l’autre, et finit par perdre les deux.

Ainsi que ce refrain d’une chanson

_ de 1958, avec des paroles de Maurice Vidalin sur une musique de Jacques Datin _

qu’a chantée naguère Colette Renard :

« Marseille, tais-toi Marseille,

Tu cries trop fort !

Je n’entends pas claquer

les voiles dans le port !« 

Titus Curiosus, le 5 juillet 2009

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