Pour découvrir des compositeurs très discrets, 3 merveilles discographiques de derrière les fagots

— Ecrit le dimanche 31 mai 2015 dans la rubriqueMusiques”.

Parmi les CDs qui ne quittent pas mes platines,

3 CDs absolument merveilleux,

tant par les œuvres si magnifiques qu’ils donnent à découvrir,

que par des interprétations si parfaites

que ce serait une faute de ne pas donner à en partager si peu que ce soit de l’enthousiasme de leur écoute…

Dans l’ordre chronologique des siècles de composition des œuvres ainsi mises à notre portée aujourd’hui,

voici d’abord le CD Minoritenkonvent _ Manuscript XIV 726 / Vienna Praha Kromeriz, 1700 (CD MUSO mu-008),

par Aliquando, constitué ici de la violoniste Stéphanie Paulet et de l’organiste Elisabeth Geiger,

pour des Sonatas anonymes (elles sont au nombre de 5)

et de Heinrich Ignaz Franz Biber (2), Giovanni Buonaventura Viviani (1), Jan Ignac Frantisek Volta (1), Nikolaus Faber (1) et Johann Caspar Teubner (1),

toutes issues d’un même manuscrit (important) du Couvent des Minorites de Vienne ;

recueil que commente ainsi Stéphanie Paulet au début de sa présentation à la page 4 du livret, « du choix de l’Orgue Silberman des Sœurs grises de Haguenau comme unique instrument de continuo » dans cette réalisation pour ce superbe, et même sublime, disque :

« Le manuscrit du Couvent des Minorites de Vienne (Autriche), connu depuis de nombreuses années par les musicologues, se révèle aujourd’hui encore peu exploré par les instrumentistes ; à le lire tout entier, il surprend, par sa beauté, et atteste d’une activité florissante autour du violon dans la période de Biber (1644-1704).

Rien n’est précisé sur le caractère religieux de ces sonates, et bien que certaines le suggèrent, le libre choix de l’instrumentation pour la ligne du continuo était laissé ouvert.

Nées dans un contexte fortement religieux, encourageant les Arts, les sonates de ce recueil témoignent de multiples influences, et la musique apparaît tour à tour méditative, illustrative, ou de danse, appelant un continuo varié en timbres et en nuances. (…)

Ainsi, l’orgue riche de toutes ces possibilités (soient, par exemple, la capacité d’expression du caractère de l’intime, comme une prière, comme du caractère majestueux d’une passacaille ; la capacité de tenir un bourdon invitant à l’improvisation de longs mélismes méditatifs pour le violon ; la capacité d’évoquer par le jeu d’anches typé du Cromorne les danses de la Renaissance ; etc.), pouvait s’imposer comme un partenaire à part entière du violon, le faisant même apparaître parfois comme un registre supplémentaire du jeu de cordes.

Alliant la richesse d’un instrument de tribune et la douceur d’un instrument de continuo, l’orgue baroque d’André Silbermann  de l’église Sainte-Madeleine à Strasbourg (où se trouve maintenant déposé l’Orgue Silberman des Sœurs grises de Haguenau), par la beauté de ses timbres du passé, s’est imposé comme une évidence pour le choix de notre continuo, et a nourri en retour l’univers suggestif de ces sonates« .

Et quant à la nature de cet important « Manuscrit XIV 726 du Couvent des Minorites« ,

voici ce qu’en indique le Dr Greta Haenen aux pages 8 à 10 du livret de ce CD :

« Le Manuscrit XIV 726 du Couvent des Minorites à Vienne, dont sont extraites les sonates du disque, est considéré comme le recueil le plus important de la musique pour violon soliste du Saint Empire Romain Germanique. Pour l’essentiel, il s’agit de pièces de la fin du 17e siècle. (…) La copie du Manuscrit qui nous intéresse dans cet enregistrement n’est pas datée, mais tout laisse à penser qu’elle a été réalisée dans la dernière décennie du 17e siècle. (…) Les pièces qui y sont recopiées sont toutes parues avant 1690. (…) Ce Manuscrit fut en son temps une source d’une importance considérable pour l’œuvre instrumentale soliste de Biber. (…) Hormis ces récollections rassemblées, le recueil présente aussi des œuvres soit anonymes, ou de compositeurs ayant tous un lien direct avec l’environnement esthétique de la cour de Vienne _ ainsi Schmelzer, Teubner, Viviani ou Bertali _, de Prague _ avec le médecin et violoniste Ian Ignac Frantisek Vojta (ca.1660 -ca.1725) _, ou de Kromeriz : Heinrich Ignaz Franz Biber y travailla plus longtemps qu’à Vienne, où l’on ne peut attester qu’un court « concert-invité » en 1677 ; Faber, lui, était probablement en lien avec un des musiciens de cette cour de Kromeriz. (…) Les œuvres anonymes, comme c’est le cas pour d’autres recueils, sont très probablement nées dans ce large environnement habsbourgeois (Vienne, Kromeriz ou Prague) de compositeurs de l’entourage amical des copistes. (…) Quelques sonates restées anonymes figurent exclusivement dans ce Manuscrit, sans concordance avec d’autres _ ce sont donc des hapax _, comme les sonates n°4 (piste 3), n°77 (piste 1), et n°87 (piste 2). Elles affichent clairement un contexte viennois : éléments de style italien, technique de violon locale, évocation certaine de musique de « violoneux » qui subsiste dans le répertoire du sud-est de l’Empire plus longtemps qu’en Italie ou en Allemagne du nord, et ceci sûrement pour des raisons socio-culturelles. En effet, la culture dans le nord est urbaine, la musique n’y a pas les mêmes fonctions qu’à la cour » ;

puis le CD « Farewell to the homeland » Polish Romantic Music (CD NIF CCD 104),

par le pianofortiste Tobias Koch,

pour des Polonaises (6), Nocturnes (2), Valses (1), Etudes (1), Rondos (1) et Mazurkas (9) de Frédéric Chopin (2), Michal Kleophas Oginski (1), Karol Kurpinski (5), Maria Szymanovska (6), Jozef Elsner (1), Ignacy Feliks Dobrzynski (1), Jozef Krogulski (1), Karol Mikuli (1), Karol Zaluski (1) et Ignacy Friedman (1).

Ces pièces, toutes brèves, sont en majorité antérieures _ c’est le cas des treize premières (n° 1 à 11 et n° 13-14) _ à la période de composition de Frédéric Chopin _ dont sont présentes ici 2 Mazurkas (la pièce n° 12, d’avant 1832, et la pièce n° 20, de 1849) _.

Seules deux Mazurkas (la pièce n° 15, de 1840, d’Ignacy Feliks Dobrzynski, et la pièce n° 16, de 1836, de Jozef Krogulski) sont contemporaines de la période de création de Frédéric Chopin.

Et trois dernières Mazurkas (la n° 17, de 1860, de Karol Mikuli, la n° 18, après 1849, de Karol Zaluski et la n°19, de 1912, d’Ignacy Friedman) sont postérieures à l’œuvre de Frédéric Chopin.

Merveilleusement interprétées par le pianofortiste Tobias Koch _ dont j’ignorais bien à tort l’existence jusqu’à ce jour : il faut vite réparer cette injustice ! _,

sur quatre magnifiques instruments anciens (un Erard de 1838, un Pleyel de 1848, un Erard de 1849 et un Pleyel de 1854) si judicieusement mis à profit par la formidable collection de CDs du Narodowy Institut Fryderyka Chopina _ cf mon article du 30-6-2012 Le sublime Chopin « en vérité » de Tatiana Shebanova _ in memoriamde Titus Curiosus _,

cette succession de pièces spécifiquement polonaises nous donne à très finement percevoir le très riche terreau polonais de l’œuvre si singulière de Frédéric Chopin…

Et c’est à l’infini que l’écoute de ce CD nous offre son enchantement…

;

et le CD « Complete piano works » de Gustave Samazeuilh (Grand Piano GP 669),

par le pianiste Olivier Chauzu.

 

Titus Curiosus, ce dimanche 31 mai 2015

 

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