L’art de dire et l’art de chanter : deux belles réussites

— Ecrit le vendredi 31 mai 2019 dans la rubriqueMusiques”.

Viennent de paraître en CD

deux admirables interprétations

des Zwölf Gedichte von Justinus Kerner

op. 35, de Robert Schumann (1810 – 1856) :

par  Christian Gerharer et Gerold Huber

_ soit le CD Sony 19075889192 _,

et par Matthias Goerne et Leif Ove Andsnes

_ soit le CD Harmonia Mundi HMM 902353.

L’un est un sublime

diseur de poésie ;

l’autre un sublime

chanteur de lieder…

Les deux fois,

l’enchantement de la grâce

est présente.

Voici ce qu’en dit _ absolument excellemment _ Jean-Charles Hoffelé,

en un article intitulé Lumière et ombre

de sa chronique Discophilia,

sur le site d’Artamag :

LUMIÈRE ET OMBRE



La voix de Schumann fut celle du baryton, registre médian qui venait se loger au cœur de son piano _ dont acte ! _ ; et les barytons aimèrent ses mélodies autant que celles de Schubert, qui les composa pourtant plus facilement dans l’aspect pratique d’une voix de milieu, leur ôtant le souci de transcrire. Alors que Schumann écrit pour le vrai baryton, allant même à le faire se souvenir de son registre d’enfance lorsqu’il le fait chanter en voix de tête dans l’élégie Stirb, Lieb’ und Freud !.


Fischer-Dieskau, Prey, Souzay, Kruysen furent ses hérauts, car à Schumann, il faut des chanteurs lettrés _ probablement ; mais n’est-ce pas là une loi universelle ? _ qui connaissent leur Kerner, leur Eichendorff, leur Heine, leur Rückert _ que de chanteurs très ignorants, alors… C’est Kerner qui est au centre _ en effet _ de deux albums parus en même temps : comparer les Zwölf Gedichte Op. 35 de Christian Gerhaher et de Mathias Goerne, est-ce raison ?


Non _ pas tout à fait. Gerhaher sur tout son disque Schumann _ mais c’est toujours le cas _ est la modestie même, la simplicité _ oui _ presque jusqu’à la naïveté _ non _, il met ici très peu de voix _ en effet _, et claire _ oui _ : les poètes chantent en quelque sorte avant lui _ et par lui. Admirable certainement _ absolument ! _, surtout dans des opus de la fin où tant auront pris un ton pathétique, mais ce chant discret, cette pudeur _ voilà : la plus sincèreère et vraie qui soit… _ qui en désarment tant, et probablement avec raison, me laissent un peu au bord du chemin _ ah ! bon… _, malgré le piano si suggestif de Gerold Huber, qui doit aussi pour entrer dans le jeu de son chanteur-diseur _ voilà ! _, se mesurer.


Alors que le couple formé d’un même souffle _ oui, et qui chante pleinement _ par Matthias Goerne et Leif Ove Andsnes, s’avance dans le sombre fleuve _ sans doute _ des Kerner d’un pas de Wanderer _ oui _, allant admirable jusque dans ses suspensions, ses repentirs, ses réflexions désabusées _ oui, c’est là parfaitement ressenti. Cette poésie de timbres si mariée entre eux – le velours du grain de voix de Goerne se tissant _ oui _ au velours du toucher d’Andsnes – est une osmose dans laquelle l’auditeur se laisse entraîner, un monde en soi, celui de Schumann absolument _ probablement, avec ses lisières de gouffres _, un crépuscule magicien _ oui, qui opère à plein _  qui s’étend aussi au Liederkreis Op. 24.


Puisque Matthias Goerne semble à l’orée d’un voyage chez Schumann, surtout qu’il ne change pas son pianiste comme il l’avait fait pour Schubert _ mais cela semble déjà fait : voir un premier CD Schumann, Einseimkeit, avec le pianiste Markus Hinterhaüser _, car ici, son art est indissolublement reflété dans celui de Leif Ove Andsnes.


LE DISQUE DU JOUR


Robert Schumann


(1810-1856)
Liederkreis, Op. 24
12 Gedichte von Julius Kerner, Op. 35

Matthias Goerne, baryton
Leif Ove Andsnes, piano


Un album du label harmonia mundi HMM802353



Robert Schumann


6 Gesänge, Op. 107
Romanzen und Balladen, Vol. II, Op. 49
Warnung (No. 2, extrait des 3 Gedichte, Op. 119)
3 Gesänge, Op. 83
12 Gedichte von Julius Kerner, Op. 35
4 Gesänge, Op. 142

Christian Gerhaher, baryton
Gerold Huber, piano


Un album du label Sony Classical 19075889192

Photo à la une : le baryton Matthias Goerne – Photo : © Marco Borggreve

Que de poésie !!!

dans ces interprétations

schumanniennes..



Ce vendredi 31 mai 2019, Titus Curiosus – Francis Lippa

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