L’enchantement de l’océanique « Funérailles », Suite pour grand orchestre (1930), de Lucien Durosoir : un chef d’oeuvre de paix bouleversant

— Ecrit le lundi 11 novembre 2019 dans la rubriqueHistoire, Musiques”.

J’attendais depuis un certain temps d’écouter enfin

_ je n’avais pu me rendre à la première audition mondiale de l’œuvre à Pau, à l’auditorium du Palais Beaumont, le 19 novembre 2014, par l’Orchestre de Pau et des Pays de l’Adour dirigé par Fayçal Karoui (l’œuvre y avait été donnée aussi les 20, 22 et 23 novembre suivants) _,

Funérailles, Suite pour grand orchestre, de Lucien Durosoir,

 

que le compositeur lui-même considérait comme son grand œuvre !

_ et dont la composition, à Bélus, ce hâvre paisible, dura de 1927 à 1930.

Un hommage, dix ans après sa fin,

aux morts _ à tous les morts _ de la Grande Guerre.

Voici que le CD comprenant Funérailles

(avec Sous la pluie de feu, de Philippe Hersant _ une œuvre commandée en célébration des commémorations de la Grande Guerre de 1914 – 1918 ; et Philippe Hersant ayant assisté à la création de Funérailles à Pau le 19 novembre 2014 _

paraît :

ce CD Hortus 736 conclut ainsi en resplendissante beauté la collection « Les Musiciens et la Grande Guerre« , dont c’est là le volume 36 et dernier ;

et j’en suis ébloui !

et comblé !

Mieux qu’enchanté ! Transporté en quelque Eden de musique…

Funérailles est interprété

_ magnifiquement : quelle ampleur ! quel souffle ! quel extraordinaire rendu de la complexité des voix qui s’entrecroisent !

_ par le Taurida International Symphony Orchestra,

en résidence à Saint-Petersbourg, Russie,

et sous la direction de son chef Mikhail Golikov ;

l’enregistrement a eu lieu à Saint-Pétersbourg au mois de juillet 2017.

Une merveilleuse impression de paix

_ d’après la bataille, et le champ de ruines et de morts qui repose, après le fracas des armes et leur œuvre de destruction : à la Tolstoï de Guerre et paix _,

et de joie _ mais oui : la sérénité du travail du deuil ayant triomphé dans l’âme de celui qui se souvient, et compose cet hymne de reconnaissance et hommage _, s’en dégage,

en ces 40 minutes que dure cette Suite symphonique « pour grand orchestre« ,

avec une musique, comme toujours chez Durosoir, d’une incroyable _ profuse et lumineuse _ richesse, 

en l’entrecroisement complexe et pourtant suprêmement évident de ses voixinstrumentales _,

avec ses ruptures, ses surprises renouvelées permanentes,

et le profond sentiment de paix, proprement océanique

_ l’adjectif m’est plusieurs fois revenu pour rendre justice à l’idiosyncrasie de Lucien Durosoir ! _,

qui se dégage de ce maelstrom tellement paisible, ou mieux : apaisé, de musique-là.

Avec, aussi, une étrange et magnifique,

même si quasi imperceptible _ mais l’art de Durosoir est formidablement présent là… _

note, ici _ pour la première et unique fois en tout son œuvre, désormais accessible en CDs… _, que j’oserai dire _ iconoclastiquement, j’en ai conscience _ « américaine« , « jazzy » _ mais oui _, bienheureuse, conquise _ mais sans rien qui marque un effort… Le maelstrom de la paix conquise, en toute plénitude, règne, par-delà les chocs des flux qui le composent…

Et en contraste avec les citations de Jean Moréas (1856 – 1910)

_ cf ma seconde contribution au colloque Un musicien moderne né romantique : Lucien Durosoir (1878 – 1955), au Palazzetto Bru-Zane à Venise le 20 février 2011 :   _

placées en exergue de chacune des quatre parties de Funérailles :

_ « Roses de Damas, où sont vos parfums ?« 

_ « Je me souviens…« 

_ « Voix qui revenez... »

_ « Toc, toc, toc, le menuisier des trépassés…« 

Une merveille !

Quel compositeur est Lucien Durosoir !

Et quel singulier et rasséréné chef d’œuvre que cet océanique Funérailles

Il me faut encore ajouter aussi qu’à la toute première audition de ce CD,

j’ai été surpris de la succession de ces deux œuvres de Lucien Durosoir et Philippe Hersant, Funérailles et Sous la pluie de feu :

une Suite et un Concerto ;

j’ai bien eu conscience qu’un changement _ mais en quoi plus précisément ? _ venait de se produire,

et je me suis tout simplement demandé si la plage qui survenait alors

constituait une nouvelle partie de Funérailles, mais oui !

Même si j’avais bien conscience d’un certain allègement de la pâte orchestrale _ que je percevais, et qui venait ainsi, justement, me questionner… _ ;

toutefois la parenté musicale _ voilà ! _ des plages musicales qui se succédaient

me frappait tout autant !

et m’émerveillait même _ voilà…

Et je dois dire que Sous la pluie de feu, double concerto pour violon et violoncelle, de Philippe Hersant (2018)

_ une commande de Radio-France, de l’Orchestre de Pau Pays de Béarn et de l’Orchestre National de Lorraine _,

est aussi une œuvre splendide,

donnée ici en ce CD dans l’enregistrement-live (le 16 novembre 2018, à l’Auditorium de Radio-France) de sa création,

par Hélène Collerette, violon, Nadine Pierre, violoncelle, l’Orchestre Philharmonique de Radio-France, sous la direction de Pascal Rophé.

L’esprit de l’œuvre de Durosoir est en effet très sensiblement présent _ voilà ! continué, renaissant, à mon oreille… _ dans la création de Philippe Hersant ;

le violon, ici, étant celui de Lucien Durosoir lui-même,

et le violoncelle, celui de son camarade des tranchées Maurice Maréchal…

Quelle fécondité  musicale est ainsi celle de Lucien Durosoir ;

et alors même que Funérailles est d’une singularité

ultra-puissante

qui empêche de rattacher cet opus maximum à quelque œuvre musicale que ce soit !

À rien de connu jusqu’ici !

C’est un inouï absolu !

D’une totale, éblouissante et merveilleuse unicité !

 

Une pierre de touche essentielle de la création musicale du XXème siècle, donc,

vient ici de surgir et se révéler à nous.

« Un continent« , avais-je dit dès la première audition du CD Alpha 125 des 3 Quatuors à cordes de Lucien Durosoir, par le Quatuor Diotima _ cf mon article du 4 juillet 2008 : .

Je ne me déjuge certes pas !

Et maintenant,

voici ce chef d’œuvre absolu qu’est la Suite pour grand orchestre Funérailles :

quel immense cadeau fait là

à la musique universelle !

Ce lundi 11 novembre 2019, Titus Curiosus – Francis Lippa

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