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Plossu voyage (en Italie, et à Rome) avec Granet : une présentation-regard de l’aixois Alain Paire de l’Expo aixoise, au Musée Granet, « Italia discreta »…

02mai

Un charmant texte-regard de l’aixois Alain Paire sur l’Exposition aixoise, au Musée Granet, intitulée « Italia discreta« ,

et rassemblant des œuvres de François-Marius Granet et de Bernard Plossu,

deux arpenteurs tranquilles et passionnés _ et pudiques _ des mêmes discrètes beautés romaines…

Plossu voyage avec Granet

Petits formats, affnités et cousinages : sous les combles du musée d’Aix, un photographe intuitif croise un lointain précurseur de l’impressionnisme.

En préambule, on félicitera chaleureusement les conservateurs du musée, Pamela Grimaud et Bruno Ely qui ont inventé les séquences de cette exposition. L’équation n’était pas simple à résoudre, François-Marius Granet est le fls d’un maçon aixois qui découvre Rome en 1802. C’est un novateur discret, son goût pour les ruines et les vedute relève pour partie de l’Ancien Régime. Né en 1945, Bernard Plossu se considère comme un enfant de la Beat Generation et de la Cinémathèque de Paris. Pour ses apprentissages de jeune artiste, il cite Robert Bresson, Vittorio de Sica et Pasolini. Cette union libre n’était pas évidente, de grands écarts d’âge et d’époque séparent les protagonistes. L’insatiable passion qu’ils éprouvent pour les voyages et les séjours en Italie ne suffisait pas pour qu’ils dialoguent.

Avec ses poutres et ses découpes d’espaces inattendus, la structure de l’ultime étage du musée _ le Musée Granet _ de la rue Cardinale est propice. Ce dossier impliquait des rapprochements rigoureux, de l’élégance et de la précision, rien qui soit lourd et démonstratif. La surprise et l’enchantement sont au rendez-vous, les petits et les moyens formats se succèdent : souvent minuscules, une centaine de noirs et blancs accompagnent les teintes assourdies de vingt tirages Fresson _ qui me plaisent personnellement tant… Chez Granet, voici soixante lavis rehaussés de brun, des aquarelles et des dessins fnement encadrés. Dans les photographies, exception faite pour quelques silhouettes furtives – des jeunes femmes, les passagers d’un bus, l’apparition d’une robe de moine – les présences humaines sont _ comme le plus souvent dans l’oeuvre de Plossu _ infimes. La précarité, la ferveur ou bien la légèreté peuvent surgir. On est sur un col de haute-montagne, dans les jardins de la Villa Adriana, en Toscane, ou bien à Vérone. Une fois de plus, voici « ce qu’on ne peut toucher autrement qu’en prenant des photos », l’improbable « courant d’air doux » désigné par Denis Roche quand il commentait Le _ plossuien _ Voyage mexicain : Guillaume Geneste en est témoin, Plossu « dépose tous les jours… un peu plus qu’il ne prend ».

On chemine parmi les chemins de crête, les arrière-cours, les placettes et les ruelles de l’accrochage. On ne capte pas une totalité _ mais toujours des interstices _ : les strates, les réponses et les détails de ces miniatures sont innombrables. Les rênes du sismographe _ du cadrage _ sont fermement tenues, Plossu confesse les éventuelles lacunes de son inventaire : des interlocuteurs qu’il rencontrera plus tard, les Dolomites pris par la neige, Urbino qui l’a toujours fasciné, la ville natale de son arrière-grand-mère.

Pour mieux comprendre l’Italie, des livres et des peintures

L’Italie est captivante. Elle ne se donne pas immédiatement. Appréhender et traduire les particularités d’un territoire procède aussi de la lecture. En vitrine, confectionnée avec des livres modestes que Plossu affectionne, une bibliothèque intime se dévoile : on aperçoit des pages de garde griffonnées, Cesare Pavese, Vincenzo Consolo, ou bien Antonio Tabucchi en édition de poche, des ouvrages dont les titres et les maquettes suscitent immédiatement l’adhésion, Les routes de poussière de Rosetta Moy, Un hiver à Rome d’Elisabetta Rasy _ notre amie romaine _, La mer couleur de vin de Sciascia. Dans une seconde vitrine, des références picturales indiquent que la liberté la plus farouche, les décentrements et les impulsions natives n’empêchent pas une acculturation de tous les instants. Plossu connaît bien _ en effet _ la peinture métaphysique italienne avant Mussolini. Pas seulement Corot, Morandi ou De Chirico.

Une exposition dédiée à celle qui vient de partir _ Françoise…

Granet vécut en Italie pendant presque 25 ans. En son époque, Rome était une cité meurtrie et déclinante de 130.000 habitants qu’il parcourait à cheval ; les monuments antiques étaient envahis par les herbes et les troupeaux. Des vues de campagne, des tours crénelées, des couvents, des fragments du Colisée envahis par les arbres fgurent parmi ses motifs de prédilection. Avec davantage de liberté et de subjectivité, une attention _ voilà, et ses saisies au vol _ identique se manifeste chez Plossu. Ce qui le distingue de ses prédécesseurs, ce sont les accélérations et les coupes de son tempo, la rapidité-fugacité _ Kairos complice _  de ses intuitions : des jeux d’ombres et de rêve, la lumière et la mémoire transforment le réseau des apparences.

Une personne lui manque _ désormais _ infiniment. Pendant la visite de presse, ou bien au téléphone, Bernard Plossu raconte sobrement son déchirement et son immense chagrin. Sa compagne depuis 1980, Françoise Nunez, la mère de ses deux enfants, l’a quitté le 22 décembre 2021. Un cancer a précipité sa vie, elle avait 64 ans. Une complicité rigoureusement magique leur permettait de travailler ensemble. Plossu repérait parmi ses planches-contact les images qu’il fallait développer, Françoise Nunez dont on évoquera l’œuvre photographique dans un autre article, traduisait magistralement les nuances des tirages de Bernard : « Elle avait l’intelligence du gris » .

Alain Paire.

Jusqu’au 30 août, Italia discreta, musée Granet, Aix-en-Provence, ouvert du mardi au dimanche, de 12 h à 18 h,

Catalogue, éditions Filigranes, 29 euros.

Ce lundi 2 mai 2022, Titus Curiosus – Francis Lippa

La remarquable humanité profondément vraie du maire Bernard Mounier dans l’affaire de la tragédie des Plantiers (Gard)

15mai

Le traitement de l’affaire de la tragédie des Plantiers _ le meurtre de Luc Teissonnière et Vincent Guérin, puis la traque quatre jours durant de Valentin Marcone _ par les autorités locales,

soient

le maire de la commune des Plantiers, M. Bernard Mounier,

le procureur de la République de Nîmes, M. Eric Morel,

le général de Gendarmerie de la Région Provence-Alpes-Côtes d’Azur, M. Arnaud Browaeÿs,

la préfète du Gard, Mme Marie-Françoise Lecaillon,

a été tout particulièrement remarquable ; 

et tranche singulièrement _ au moins à mon regard _ avec bient des comportements politiciensd’un éhonté cynisme démagogique instrumentalisant _ auxquels nous ne sommes désormais hélas que trop bien habitués…

Pour ma part,

j’ai été très touché de l’humanité profonde et vraie _ telle que je l’ai ressentie _ de M. Morel, le procureur, et de M. Mounier, le maire,

tout spécialement,

et, bien entendu, chacun à sa place institutionnelle

_ mais transcendant aussi cette place institutionnelle et légale de tout le rayonnement de leur personne humaine…

De quoi ne pas désespérer de la fonction publique, au moins,

de notre présente République…

À mon jugement, 

le Procureur Morel a simplement été parfait ;

et le maire Mounier, admirable d’humanité profonde,

dans le moindre de ses mots et gestes : sobres, humbles, et surtout vrais.

Aussi ai-je désiré en apprendre un peu plus sur la personnalité et le parcours de vie de ce maire

de cette toute petite commune du Gard cévenol, qu’est le village des Plantiers _ dans le canton de Saint-André-de-Valborgne (Gard) _,

au flanc du Mont Aigoual, sur les confins des départements du Gard et de la Lozère

_ non loin du lieu où est décédée, au pied d’une falaise, côté Lozère, la fille de Bernadette Lafont, Pauline : les Lafont sont de Saint-André de Valborgne. Un haut pays de camisards et résistants.

Et là je suis tombé, sur le Net, sur le Discours de Réception à l’Académie de Nîmes, le 9 janvier 2004, de Bernard Mounier : admirable d’humanité déjà _ aux pages 10 à 32 de ce document accessible en entier : lisez-le !

Bernard Mounier est natif _ le 6 février 1955 _ de la ville minière de La Grand Combe, quelques kilomètres au nord d’Alès, dans le département du Gard.

Et c’est au cours de ses années d’études à la Faculté libre de Théologie protestante, à Aix-en-Provence _ en 1979, il y présente son mémoire sur la pensée de René Girard : « Réflexion sur la violence, et recherche sur le bouc-émissaire«  : tiens, tiens… _ qu’il fait la connaissance de celle qui devient, le 5 juin 1977, aux Plantiers (dans le Gard), son épouse : Sylvette Bonfils _ les Bonfils y disposent d’une résidence secondaire…

De 1977 à 1984,

Bernard Mounier est pasteur, dans les Cévennes, à Sainte-Croix-Vallée-française (Lozère),

à une vallée de distance de Saint-André-de-Valborgne (Gard).

Jusqu’à ce que Bernard Mounier estime qu' »il ne suffit plus d’être croyants,

mais qu’il faut aussi devenir crédibles,

et entrer dans un chemin de risque« …

C’est ainsi que le 12 juillet 1987, Bernard Mounier crée une société de production audio-visuelle : Acor Vidéo Télévision.

Il a en effet remarqué que dès 1929 _ cf la publication en 1928 de « Propaganda _ comment manipuler l’opinion en démocratie« , le maîtrelivre du marketing, d’Edward Bernays, le neveu (devenu américain) de Freud ; cf par exemple mon article du 25 janvier 2013 : _, a commencé l’ère du marketing,

pour lequel « il faut communiquer pour faire désirer et acheter« …

D’où sa volonté de s’engager, dès lors, dans la vie de la société telle qu’elle se transforme ;

et adopter les langages qui vont devenir dominants,

afin d’être un peu compris de ceux auxquels on veut s’adresser un peu plus efficacement…

Etc. Etc…

Et c’est ainsi que le 15 mars 2020

Bernard Mounier est élu au premier tour des élections municipales aux Plantiers,

dont il va devenir le nouveau maire,

succédant au maire précédent, Francis Maurin.

La fonction publique de notre république a donc encore quelques beaux restes, bien vivants

là même où « le désert gagne« …

Ce samedi 15 mai 2021, Titus Curiosus – Francis Lippa

Bernard Plossu, photographe : sa rencontre avec Garrett List, musicien (1943 – 2019)

24oct

 

De l’ami Bernard Plossu,

en plus de son nouveau et très attendu « Tirages Fresson » (aux Éditions Textuel)

(cf mon article d’hier :  ),

aux Éditions Yellow now (que dirige Guy Jungblut),

paraît aussi maintenant « La Rencontre » _ quel beau titre ! _ ;

dont voici un beau texte de présentation,

de Marie-Pierre Lahaye _ épouse et veuve de Garrett List (Phœnix, Arizona, 1943 – Liège, décembre 2019) _ :

« Ce livre, c’est l’histoire d’une rencontre qu’une chanson de Garrett List délicieusement impertinente a provoquée. Écrite avec son ami poète Ed Friedman dans les années 1970 à New-York City, Fly Hollywood est parvenue aux oreilles d’un photographe français, un peu vagabond et au talent fécond, Bernard Plossu, qui lui aussi avait vécu sur deux continents _ Europe et Amérique. Il a fallu une galeriste liégeoise avertie _ et merveilleuse !_, Véronique Marit, pour que ces deux artistes qui partagent la même intuition poétique et la même façon d’être au monde se rencontrent enfin… puis un éditeur généreux autant que visionnaire _ oui _, Guy Jungblut, pour que l’idée de célébrer « la rencontre » prenne racine… mais il n’était pas prévu que celui qui nous avait réjouis avec sa musique s’éclipse avant que La Rencontre ait eu le temps de voir le jour. Ce livre tombe à point nommé. Fly Hollywood !!!« 

Rencontrer,

je veux dire rencontrer vraiment,

est chose assez rare, et infiniment précieuse,

en une _ passablement courte _ vie humaine.

Sur ce sujet,

cf mon article du 26 octobre 2016 :  ;

en réalité un texte rédigé en 2007,

et, en effet, retrouvé ! _ et auquel je tiens beaucoup.

La rencontre, la bonne rencontre, doit être (et instantanément !) perçue, ressentie,

et surtout saisie _ tout un art

tant de promptitude que de délicatesse ! _ :

sinon,

sous les auspices de l’immensément généreux, mais aussi terriblement impitoyable Kairos,

elle est _ irrattrapable ! _ à jamais enfuie ;

et néant pour toujours.

Vie, temps, mort, éternité,

vrai présent,

telles sont les harmoniques splendides de la rencontre.

Au passage,

un très amical salut à l’extraordinaire bonne fée liégeoise qu’est Véronique Marit _ quelle sacrée personnalité ! _ ;

ainsi qu’à Guy Jungblut _ l’excellent éditeur-concepteur des très belles Éditions Yellow Now _,

rencontré une première fois à Aix-en-Provence, à la galerie La NonMaison de la chère Michèle Cohen,

pour l’occasion de la parution du _ sublimissime ! _ « Plossu Cinéma« 

(cf mon article fouillé du 27 janvier 2010 :  ) ;

et une seconde fois à Bordeaux, à la Galerie Arrêt sur l’image, de la chère Nathalie Lamire-Fabre,

pour l’occasion de la parution des délicieux « À boire et à manger » et « À table !« 

(cf mon article du 9 février 2018 :  ) :

tous ces livres parus aux Éditions Yellow now. 

Fly Hollywood ! La chanson est bien là.

Ce vendredi 23 octobre 2020, Titus Curiosus – Francis Lippa

L’énigme de la renversante douceur Plossu : les expos (au FRAC de Marseille et à la NonMaison d’Aix-en-Provence) & le livre « Plossu Cinéma »

27jan

Ce week-end des 22 & 23 janvier, j’ai fait le voyage de Marseille et Aix-en-Provence pour découvrir les expos « Plossu Cinéma » du FRAC (1 Place Francis Chirat, à Marseille, dans le quartier du Panier : bravo Pascal Neveux !) _ pour la période 1966-2009 _ et de La NonMaison (22 rue Pavillon, à la périphérie du quartier Mazarin, à Aix-en-Provence : merci Michèle Cohen !) _ pour la période 1962-1965 _ ; et être présent à la « rencontre », « Le cinéma infiltré« , entre Alain Bergala & Bernard Plossu, en guise (luxueuse ! autant que simplissimement amicale !) de vernissage à la NonMaison de mon amie Michèle Cohen…

Couverture, Porquerolles 1963

Couverture, Porquerolles, 1963 © courtesy galerie La NonMaison, Aix-en-Provence

Il existe une énigme de la renversante beauté du Nonart _ comme il pourrait se penser (sans même le dire) à La NonMaison… _ de Plossu : sa clé étant peut-être l’impact du geste aimant photographique… En marchant et dansant, d’abord, probablement… C’est aussi une affaire de « rapport à » l’objet _ c’est-à-dire un « rapport à«  l’autre, autant qu’un « rapport au«  paysage ; les deux n’étant pas, non plus, dissociés : en tension douce ; et même d’une douceur extrême ; mais invisible, cependant, sinon par cet infime (et très rapide) geste à peine perceptible d’un photographier un instant effacé (instantanément) par ce qui suit, et reprend, et prolonge, poursuit, très simplement, la courbe (très douce) du mouvement précédent… Photographier fut à peine une parenthèse ; exquisément polie ; avec le maximum et optimum d’égards…

Ou le moyen tout simple qu’a bidouillé le bonhomme Plossu pour « être de plain-pied avec le monde et ce qui se passe« , ainsi que lui-même a pu l’énoncer _ cf le très bel article de présentation de Pascal Neveux, « Bernard Plossu /// Horizon Cinéma« , pages 6 à 9 de « Plossu Cinéma«  _ le livre, magnifique, est une co-édition FRAC Provence-Alpes-Côte d’Azur, Galerie La Non-Maison & Yellow Now / Côté photo _, avec ces mots de commentaire de Bernard Plossu : « En apparence mes images sont poétiques et pas engagées. Mais pratiquer la poésie, n’est-ce pas aussi résister à la bêtise ? La poésie est une forme de lutte souterraine qui contribue à changer les choses, à améliorer la condition humaine« 

Déjà, nous ne pouvons que prendre en compte, forcément _ face à ce (minuscule) fait (si discrètement) accompli ! _ la dimension temporelle _ cf ce doublement crucial « être de plain-pied avec » et « avec ce qui se passe« , ce qui advient et va (bientôt : tout de suite, instantanément) passer… _ du processus _ mais qui dure, qui ne s’interrompt pas, mais se poursuit, très simplement ; sans pose, ni pause… _ dont l’image photographique va, elle, (un peu) demeurer _ un peu plus longtemps, du moins… _ : quelque amoureuse trace sur une pellicule _ bande passante _ développée ; et voilà qu’il nous la donne _ on ne peut plus gentiment ! _ à regarder, et à partager, pour peu que cela, bien sûr, nous chante ; et nous enchante, alors !.. Quelle improbable joie ! et qui nous comble ! ainsi généreusement offerte et, en effet, partagée.

L’expression qui m’est venue est : « la renversante douceur Plossu » ; l’expression de mon titre _ elle m’est survenue à Aix, en repensant à tout cela, le soir (la nuit) du vernissage, dans ma chambre (noire ; nocturne) ; tout cela doucement continuant de me « travailler«  dans l’obscurité d’un penser comme un refrain

Col, “Train de lumière”

Col, « Train de lumière« , 2000 © courtesy galerie La NonMaison, Aix-en-Provence

Et voilà que je découvre _ au matin _ que, page 130 du livre « Plossu Cinéma« , son ami Gildas Lepetit-Castel, dit, lui _ et à son tour, et avec les guillemets ! _ : « l’inadmissible douceur » !

Mexico City

Mexico City © courtesy galerie La NonMaison, Aix-en-Provence

Je lis, c’est l’incipit de l’article : « Le regard de Bernard Plossu, beaucoup en ont parlé avec justesse, cherchant à percer le mystère de ces images _ les photos qu’il nous met sous les yeux… _ empreintes _ et en gardant le parfum, la trainée, d’autant plus prégnante que discrète _ d’une « inadmissible _ nous y voici ! _ douceur » » _ cette expression d’« inadmissible douceur«  est en effet empruntée à Denis Roche, en sa préface pour « Les paysages intermédiaires«  de Bernard Plossu, l’exposition et le livre (aux co-éditions Contrejour/Centre Pompidou), en 1988 ; elle a été mentionnée aussi, déjà, par Gilles Mora en son « Introduction« , page 12, au magnifique « Bernard Plossu : Rétrospective 1963-2006 » des Éditions des Deux Terres accompagnant l’exposition « rétrospective«  de même nom au Musée d’Art moderne et contemporain de Strasbourg, du 16 février au 28 mai 2007…

Et Gildas Lepetit-Castel d’ajouter, on ne peut mieux : « Bien sûr, ce n’est pas seulement la douceur qui rend ces images si singulières, c’est également la justesse _ et comment ! et combien ! en plein dans le mille ! comme la flèche de l’archer zen ! _, l’émotion, l’élégance _ magnifique, en sa fondamentale discrétion _, le refus de l’effet _ qui serait facile ; et vulgaire : jamais, au grand jamais, chez Bernard ; tout à fait comme dans le cinéma suprêmement élégant, lui aussi d’Antonioni (cf « L’Eclipse« ) ; et dans celui de Truffaut (« La Peau douce« )…

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Françoise, Toulouse 1982 © courtesy galerie La NonMaison, Aix-en-Provence

Et de poursuivre, encore : « autant de caractéristiques qui permettent de reconnaître son regard entre mille _ à coup sûr ! Certains n’y ont vu (sûrement par facilité _ en ce « ne… que« , en effet… _) que du flou _ le voici ! le fameux « flou Plossu«  _, car Bernard Plossu privilégie _ par fondamentale probité, en lui ! depuis son début, et toujours !!! sans jamais si peu que ce soit y déroger : c’est un juste ! _ l’authenticité à la netteté parfaite _ superficielle : sa « netteté«  à lui va plus loin ; elle est en vrai relief ! et condition de combien plus de « vérité«  !

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Phares, Ardèche 2005 © courtesy galerie La NonMaison, Aix-en-Provence

D’où cette « infiltration » cinématographique _ c’est l’expression (lucidissime !) d’Alain Bergala _ de sa photo ; selon la formule radicale de Gilles Deleuze, il s’agit bien de « L’image-Mouvement« , en la photo, de Plossu, donc, aussi ; pas que dans le cinéma… Et pour Bernard Plossu, il y a davantage de mouvement (ultra-sensible et immédiat : vif ! au comble de la vivacité ! même…) en sa photo qu’en (presque) tout le cinéma ! Là se trouve sans doute l’intuition originelle de Michèle Cohen (quant à l’œuvre-Plossu), intuition à la source même _ faut- il le souligner ?.. _ de tout ce « Plossu Cinéma« -ci

Et Gildas de continuer : « Ces images ne sont pas floues, mais portent en elles la vie _ en son tremblé-dansé… _, elles témoignent _ tout simplement, en effet, rien que _ du bougé _ voilà _ du photographe, de l’empreinte du geste _ un élément capital ! _ qui les fait naître, comme la touche du peintre marque la toile _ par exemple chez un Fragonard : la couleur multipliant ainsi la vibration du saisi… La fixation s’opère dans l’acte créateur _ voilà _, cette faculté de savoir retenir _ mais parfaitement délicatement… _ les sensations _ en une esthétique stoïcienne, si l’on veut faire savant… _, et non simplement dans un rendu figé«  _ mis à l’arrêt, bloqué ; page 130, donc : c’est magnifique de précision dans la justesse !

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Patrick Sainton 2000 © courtesy galerie La NonMaison, Aix-en-Provence

Et voilà qui agace bien des grincheux… Eux « résistant » (très) dur à cette terriblement puissante _ mais c’est un oxymore _ « douceur Plossu« .

De même que Barthes disant que « désormais, l’obscène est le sentiment«  (pas le sexe) !..

Car nous voici, nous, l' »homo spectator » _ je renvoie ici à l’indispensable livre de mon amie Marie José Mondzain : « Homo spectator » _ tenus d’opérer, en suivant, dans le mouvement même, dans la danse qui, à notre tour, nous requiert _ de bouger, de danser, nous mouvoir… _, ce ce que mon amie Baldine Saint-Girons qualifie, elle aussi si justement, d' »acte esthétique » _ en son indispensable, lui aussi, « L’Acte esthétique« 

Je me propose, ainsi,

afin de me confronter ici-même, en cet article, à cette douce énigme _ celle d’un indéfinissable style (ou Nonstyle !!!) Plossu ! en sa fondamentale et fondante « douceur«  !.. _,

de confronter un texte mien, la dédicace à Bernard Plossu d’un essai (inédit, en 2007) : « Cinéma de la rencontre : à la ferraraise«  ;

avec pour sous-titre _ ainsi que dans les essais américains : on aime là-bas ce genre de précision-ci ! _ : « un jeu de halo et focales sur fond de brouillard(s) : à la Antonioni« , parce qu’un des pôles de ses analyses de la rencontre (de personnes) est la séquence ferraraise _ testamentaire ! à propos d’un amour de jeunesse ; peut-être seulement fantasmé, même… cf « Quel bowling sul Tevere » (« Ce bowling sur le Tibre« , aux Éditions Images modernes, en 2004 : un texte très précieux pour l’exploration du génie antonionien à son jaillir… _ du dernier chef d’œuvre de Michelangelo Antonioni, en 1995 (et avec, un peu, Wim Wenders : pour, d’une part, assurer des « liens » entre les séquences ; et, d’autre part (et surtout), rassurer les producteurs : dans l’éventualité où l’hémiplégique qu’était devenu, depuis son ictus cérébral (survenu en décembre 1985), Antonioni, ne pourrait mettre le point final à ce film…) : « Al di là delle nuvole » (« Par-delà les nuages« ) ;

soit une clé de tout l’œuvre antonionien ! :

je me propose de confronter, donc,

cette dédicace mienne

au texte _ tout bonnement magnifique ! _ qu’Alain Bergala a conçu, ce mois de janvier-ci, pour un mur de La NonMaison aixoise de Michèle Cohen,

en présentation d’un « Passage de l’intime à l’abstraction« , ces années 1962-1965 :

celui, « passage« , allant

des toutes premières photos de Bernard Plossu, celles de son amie Michèle Honnorat, aux alentours de la cinémathèque, à Chaillot, en 1962,

à l’aventure du « Voyage mexicain« , en 1965…

« L’exposition à La NonMaison à Aix est donc _ d’où sa radicale importance en tant que la source de tout l’œuvre Plossu ! pas moins ! _ le début et la fin d’un désir _ de cinéma _, ensemble« .

Et « Michèle incarne _ oui : c’est le mot parfaitement juste ! _ tout cela sans le savoir« , commente Bernard Plossu lui-même,

en dialogue maintenant,

et en voiture, entre La Ciotat et Aix _ cela a aussi son importance… _

avec Michèle Cohen :

car « Je rencontre Michèle Honnorat au début des années 60, et je suis frappé _ voilà ! _ par sa beauté cinématographique naturelle _ sic : 

l’élégance, même si un peu plus plus tard (!), d’une Claude Jade (celle de « Baisers volés » _ en 1968 _ et de « Domicile conjugal » _ en 1970 _, de Truffaut, mâtinée, pour le regard profond et sombre, d’une Lucia Bosè, celle de « Chronique d’un amour » _ en 1950 _ et « La Dame sans camélias«  _ en 1953 _, d’Antonioni, dont Lucia Bosè était alors la _ « sidérante« , en effet !.. _ compagne ; avant la sublime, elle aussi, Monica Vitti) _ ;

Michèle, Paris 1963

Michèle, Paris 1963 © courtesy galerie La NonMaison, Aix-en-Provence

je dis cinématographique parce qu’à l’époque j’allais

_ page 16 de ce livre « Plossu Cinéma« , Alain Bergala rapporte, aussi, cet éclairant auto-portrait-ci, aujourd’hui, de Bernard Plossu « en jeune homme«  de dix-sept-ans : « quand je fréquentais la Cinémathèque du Trocadéro : (j’étais) un peu de Truffaut, de Jean-Pierre Léaud et de Samy Frey« …  _

je dis cinématographique parce qu’à l’époque j’allais

tout le temps au cinéma _ d’une très grande qualité, alors _, et très souvent avec elle _ ce facteur-ci a lui aussi son importance.

Avec ma Rétinette Kodak, je n’arrêtais pas de la photographier. (…) Mon désir de la photographier me dévorait.

Dans ses regards, peu de sourires, une vraie beauté d’écran _ voilà !

Michèle, 1962

Michèle, 1962 © courtesy galerie La NonMaison, Aix-en-Provence

Une présence _ le terme capital ! _ incroyable _ tout l’art de Bernard Plossu est (ontologiquement !) une saisie (en quelque sorte : comme il le peut ! et il le peut !!!) de cette présence : « incroyablement« , en effet ; à nous « renverser«  !!! tel un Eugène Atget ! _ ; et moi je me sentais comme un petit garçon _ cela a-t-il fondamentalement changé, face au monde même, pour le grand Bernard Plossu ? _ avec juste mes 18 ans. Serais-je devenu photographe sans un tel modèle ? _ les questions de Michèle Cohen poussent loin, loin, l’introspection poïétique de Bernard Plossu, « entre La Ciotat et Aix-en-Provence« , et « entre août et octobre 2009« , et dans la voiture de Michèle, plus que probablement (cf page 176)…

Le travail de ce « Plossu Cinéma«  mène plus loin que jamais jusqu’ici l’analyse et la compréhension de l’œuvre-Plossu !!! Merci Michèle ! Je veux dire Michèle Cohen, ici…

En fait, avec elle

_ elle, Michèle Honnorat, en un mélange composé de quelque chose de Claude Jade et de Lucia Bosè ;

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Michèle, Trocadero © courtesy galerie La NonMaison, Aix-en-Provence

lui, Bernard Plossu, en un mixte et de François Truffaut et Jean Pierre Léaud (et, plus accessoirement, Sami Frey) :

Truffaut-Antonioni, voilà la boucle de mon « Plossu Cinéma«  à moi presque bouclée !.. _,

en fait, avec elle,

je me faisais mon film Nouvelle Vague à moi« , page 182 de l’« Entretien avec Bernard Plossu » de Michèle Cohen, qui court de la page 176 à la page 183 du livre « Plossu Cinéma« 

Ou comment passer de l’attraction du cinéma _ encore toute juvénile _ à la pratique passionnée (et vitale ! et artiste ! tout uniment ! les deux…) de la photographie !..

Ou, si l’on préfère, comment on devient le grand Plossu !

Avec cette question-clé, maintenant, que Bernard,

se faisant à son tour le questionneur,

se met à adresser à la questionneuse perspicace et tenace, dans toute sa (permanente) douceur, Michèle Cohen, page 178 _ soit l’arroseuse arrosée !

Michèle vient de dire : « Truffaut aussi séchait les cours pour aller à la Cinémathèque ; mais quand il est devenu réalisateur, il a séché la vie _ ce que Bernard n’était, n’est, et ne sera jamais, prêt à faire, lui !!! _ pour ne plus quitter les tournages de film.« 

Alors Bernard, piqué au vif, se fait le questionneur :

« Michèle, je te pose cette question : « Est-ce que, quand on arrive à la caisse d’un cinéma et qu’on achète son ticket, c’est pour la liberté ou l’esclavage ? » »

Michèle n’y répond pas ; esquive provisoirement la réponse… Celle-ci, cependant, affleure vite très peu plus loin, quand, page 179, Michèle déclare : « Dans le « Voyage mexicain« , tu écris que voyager, c’est crever les petits écrans du cinéma _ voilà ! _ pour rejoindre enfin _ voilà : de plain-pied ; sous son pas ; en marchant et cheminant ! _ les grands espaces… Voulais-tu tourner le dos au cinéma et à Paris ?« … Le jeu du questionnement commence à « brûler«  ; même si la voix de Michèle est très douce

Car Bernard répond, comme toujours !, sans barguigner : « Oui« .

Et il explique, en racontant : « Une après-midi pluvieuse au Quartier latin, en sortant d’un western, j’ai enfourché mon vélo et je me suis dit : « Qu’est-ce que je fous là ? » C’était plus fort _ en terme d’intensité du ressentir, c’est-à-dire du « vivre« , tout bonnement ! _ d’être à _ et avec ! « de plain-pied«  _ Big Sur pour de vrai _ voilà ! _ que de le voir _ seulement des yeux _ au cinéma _ sur un écran toujours trop « petit«  !.. J’avais 25 ans. Je suis allé voir le monde en relief _ et le saisir sur la pellicule ultra-sensible photographique à bout de bras… Ce « relief« -là même du « flou Plossu« , qui tient à la marche en avant _ la plante des pieds au sol ! _ du photographe en son acte décidé (et hyper-sensible : un million de fois plus que la pellicule), « à vif«  et tellement léger à la fois !, de photographier… Le pied, le bras, le doigt suffisent ! C’est un art hyper-gestuel ! Tout y est geste ! Y compris, forcément, les opérations du cerveau ! En hyper-accélération !..

Bref, « les salles de cinéma, c’était l’enfermement«  : voilà donc la réponse !

La stagnation stérile…

« Et depuis que _ parce que « vivre, c’est tellement mieux que d’aller au cinéma » (en position de « spectateur » seulement…) _ je suis revenu en Europe, je suis souvent _ quand Bernard n’est pas « sur le terrain« , ou bien sur la route (ou en train), en « campagne » hyper-active (mais hyper-patiente et hyper-tranquille : hyper-attentive ! à l’imprévu !) photographique ! _ chez moi ; je ne « sors pas le soir » ; je lis _ voilà la nourriture plossuïenne. La lecture a remplacé le cinéma _ moins substantiel dorénavant pour lui : il n’y va quasiment plus.

Je lis beaucoup, à 80 % la littérature italienne _ Rosetta Loy (l’auteur de « La Première main« ) et Elisabetta Rasy (l’auteur d’« Entre nous«  et maintenant « L’Obscure ennemie« , sa très exacte suite), pour commencer !.. tellement sensitives ! ces deux Romaines magnifiques… _, les nouveaux écrivains de polars réalistes _ pour leur ontologie fruste (du réel!)… En voyage aussi je lis. Je prends le train exprès _ en effet ! _ pour lire !

Avec les paysages français, italiens ou espagnols _ cf son merveilleux « L’Europe du Sud contemporaine« , aux Éditions Images en manœuvres, en 2000 : un des chefs d’œuvre de Plossu !.. Cherchez-le ! _ qui passent à la fenêtre _ quel luxe, en effet ! qu’un tel défilement (de beauté de paysage) à portée de regard ! Parfait.« 

Voici donc,

après cette clé du « Cinéma » de Plossu, délivrée à la curiosité tranquille et douce, patiente, profonde et juste _ hyper-attentive elle-même, comme il se doit : c’est là le gisement à éveiller de sa création personnelle à elle… _, de Michèle Cohen,

voici ma dédicace (en 2007) à « Cinéma de la rencontre : à la ferraraise » ;

puis la suivra le texte du mur : magnifiquement intitulé, par Alain Bergala, « Le Sentiment de l’essentiel » _ qu’a (et qui possède) Bernard Plossu…

A Bernard Plossu, photographe
si juste,
dans ses photos comme dans la vie


qu’on peut dire
de ce qu’on peut identifier, instantanément,
d’une somptueuse et sans chi-chi évidence,
comme « son style« ,

instantanément et à la perfection « identifié », et reconnu de soi, en effet
_ d’où pareille stupéfiante « justesse » : on s’y arrête, on ne peut que l’approuver et même la « saluer »,
et bien bas,
d’une quasi imperceptible inclination du menton,
seulement,
tant elle est légère, délicate, discrète,
mais pas moins non plus ! _,

un « style » avec ce que d’aucuns,
le « pointant » en zigzaguant un peu de l’index,
seraient tentés, en balbutiant un peu aussi , de « baptiser »
_ selon les canons plus ou moins en cours, c’est-à-dire quelques habitudes un peu installées _
« le flou » ;
ou, du moins, « avec parfois du flou« ,
car cela n’a rien, bien sûr, de « systématique » : un style ne peut pas être systématique !

mais pas « n’importe quel » « flou« , oh que non ;
ni n’importe quel « avec parfois » :
il lui faut, justement, à ce « flou« ,
et en « son » occurrence précise, en « son bain », en « son jus », en « son contexte »,
en cette circonstance-ci, toute particulière, et si singulière,
peut-être rare, et peut-être même unique, dans sa contingence absolue,
tout en étant, l’occurrence (= ce qui arrive, qui survient,
et qui, d’avoir surgi, maintenant est là,
tout à fait là,
on ne peut même guère davantage être plus là,
comme à son comble de présence),

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Modène 2001 © courtesy galerie La NonMaison, Aix-en-Provence

tout en étant, donc,
la plus constante, banale, quotidienne _ « le fil même des jours » : surtout lui ! _ ;
il lui faut, donc, à ce « flou« -ci, ce « poudroiement »,
ce doux et léger sillage de mouvement
avec sa mince, imperceptible
et donc invisible trainée
de poudre-poussière,
telle celle d’une étoile filante, d’une comète, de quelque angélique « voie lactée » :
il lui faut, à cette image _ qui reste,
et va, ne serait-ce qu’un peu, en son instant,
demeurer sous et pour nos regards _ ;
il lui faut
cette époustouflante sidérante qualité _ est-ce de grain ? _ de toute simple et immédiate « évidence »
d' »allure », de « mouvement de danse », de « glissé »
(de ce qui suit et accompagne amoureusement « l’élan » :
comme un halo
à peine _ c’est si légèrement _ vibré ou tremblé)
_ jusqu’à presque, mais juste avant (par l’é-gard) la caresse _
il lui faut donc cette qualité, ou grain, d' »allure » quasi dansé
du « vrai vivant » et du »vivant vrai »
_ « qualité de grain d’évidence » combien rare, certes :
ailleurs qu’en ses photos et que dans lui, au quotidien, veux-je dire _
il lui faut
 » la justesse », en toute sa précision _,

qu’on peut dire _ j’y suis _
de ce style « si juste »
et si précis

_ dans, et par, cette sorte de brume qui nimbe
(pas tout à fait cependant jusqu’à l’embrouillamini et les carambolages du « brouillard »)
de ce « flou » _ allons-y donc, aussi _,

qu’on peut dire de ce style
qu’il est « à la Plossu« 

_ marque de fabrique libre, formidablement libre
_ ça aussi, comment ne pas le remarquer et le dire ? _
sans avoir eu jamais besoin d’être déposée ;
sans exportation ni contrefaçons possibles, en conséquence :
pour réussir à contrefaire la « marque de fabrique »,
ou ce « style« , « Plossu« ,
il faudrait parvenir à devenir
ce que la palette bariolée des multiples, divers, variés, vastes, aux dimensions de tous les continents de la planète, et tortueux aussi parfois, chemins de sa vie,
y compris passages d’épreuves et par le(s) désert(s) _ ô combien divers, les déserts _,
sont arrivés à faire du « bonhomme Plo«  _ ou, mieux encore, « plo« , sans majuscule (ou « b« , ou « ploplo« ) _,
comme il lui arrive de conclure avec prestesse ses merveilleux _ de justesse (et beauté : mais est-ce distinguable ?) _ mails,
mieux repéré dans le monde de la Photo et de l’Art sous l' »identifiant » « Bernard Plossu »

Saludo, o Abrazo, y Gracias, amigo.

Et maintenant,

« Le Sentiment de l’essentiel« , par Alain Bergala _ avec quelque farcissures miennes : en prolongement de son penser… _ :

« Les photographes qui inventent vraiment en photographie, ceux qui trouvent _ en général tout de suite _ leur photographie _ = leur style _, sont rarement ceux dont la visée _ carriériste _ est d’entrer dans l’institution de la photographie, d’endosser le rôle social de « photographe » _ Plossu n’est pas « social« , en effet ; ni idéologique ! Il n’est pas dans le « rôle«  Ce sont d’abord les images dont ils ont besoin _ en une très impérieuse « nécessité«  de (tout) leur être-au-monde (d’artistes : dont ils ressentent l’« appel«  profond !) _, et dont le modèle n’existe pas _ ni, donc, nulle part ne pré-existe _, qui les fait s’emparer _ tel est le geste fondateur, et quasi anodin, en même temps _ d’un appareil photo. N’importe quel appareil photo, la technique dans ce premier temps leur importe peu _ c’est seulement l’image elle-même, et en son geste unique, aussi, qu’il leur faut, et urgemment, « sauver«  : en la captant, tel un pauvre croquis sur un carnet à tout faire… Leur horizon de création n’est pas la photographie en elle-même ni pour elle-même, mais d’abord un besoin personnel, impérieux _ de toute première nécessité : en effet ! _, pas forcément conscient : celui de faire des images qui répondent _ en se traçant si peu que ce soit ainsi _ à leur propre désir _ à eux, ces « inventeurs«  _ d’entrer avec le réel _ au lieu de lui passer à côté ! sans que rien du tout en résulte… _ dans un rapport _ ontologique, de vérité : actif (à la puissance mille) ! voilà ! _ qui soit le leur _ en s’y glissant : tout en douceur, en ce rapport « leur« , idiosyncrasique, au réel… ; ne pas passer à côté de sa (seule vraie) vie !!! _, et dont ils n’ont pas forcément les mots _ ce serait déjà trop long _ pour le dire ou le penser _ c’est le dispositif photographique (dont soi-même on est un simple morceau, un simple rouage, une petite bielle : quasi modeste) qui seul agit ! Rien n’est moins futile _ certes : c’est de l’ordre de la gravité ! même si ultra-légère ! et ultra-rapide ! sans la moindre lourdeur ; laquelle, malheureux !, plomberait vilainement tout… _ que ces photos dont quelqu’un a eu intimement besoin _ c’est très exactement cela ! _ dans son rapport au monde _ qui le fait exister, aussi, lui, s’accomplir, se déployer : _ se déployer avec et vers l’objet saisi ; avec (= en compagnie de) et vers (en direction de) l’autre de ce rapport ; et autre absolument capital ! C’est une affaire de respiration (vitale !) : versus asphyxie… Ce qui est futile, c’est de faire de la photographie pour toute autre raison _ certes ! petite, sinon minable ! eu égard à ce « cela«  vital, capital, lui ! _, même artistique au sens social du terme _ et qui ne vaut pas grand chose (trop de pose ! et un penchant de fausseté !), face à pareil « absolu » !.. « Il n’y a pas photo«  du tout, en pareil choix, en pareille alternative !!! forcément rencontrée par tout artiste… D’où la fondamentale probité Plossu. Et la force de vérité des images qui en résultent et qu’il nous donne ! De quoi faire rager bien des jaloux, évidemment ; et leur ressentiment d’« inadmissible » face à la pureté, en effet, quasi angélique, mais oui ! _ et scandaleuse alors ! cf Pasolini ! Par exemple, en son « Théorème« _, de la vérité d’image du réel que sait capter si délicatement Bernard Plossu : tout innocemment, lui !..

Regardez bien la vibration _ oui ! _ à nulle autre pareille _ en effet ! _ de ces photos de femme _ Michèle Honnorat avait dix-huit ans, au Trocadéro, en 1962 _ dont il veut enregistrer la beauté sidérante _ voilà _ qui le charme autant qu’elle l’inquiète _ en effet ! et il lui tourne inlassablement autour ;

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Michèle 1963 © courtesy galerie La NonMaison, Aix-en-Provence

cf aussi les deux photos éblouissantes de Michèle

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Michèle, 1963  © courtesy galerie La NonMaison, Aix-en-Provence

sur le pont du bateau au large de Porquerolles, l’année suivante, en 1963 : peut-être le sommet de toute cette séquence de l’expo à la NonMaison ! _,

un ami _ Dominique Vialar _ dont il veut capter la croyance _ = confiance _ qu’il a en lui

Dominique Vialar, Paris 1963

Dominique Vialar, Paris, 1963 © courtesy galerie La NonMaison, Aix-en-Provence

_ une image d’une suprême élégance ! : à comparer avec celles (de groupe) des copains de ces années-là, dans cette mine qu’est le « Plossu : Rétrospective 1663 – 2006 » de Gilles Mora, aux pages 29 & 31 du chapitre « Génération nouvelle vague » : images plus anecdotiques, sociologiques (ou biographiques) seulement… : c’est du moins mon point de vue… _,

un coin de rue du Mexique où résonne sourdement son propre imaginaire cinéma _ tel un bagage en fond sonore du regard.

Ce qu’il cherche à apprivoiser _ oui ! du réel qu’il aborde (ontologiquement, en quelque sorte) à travers ces divers  « rapports«  aux choses, aux lieux et aux êtres (de chair et de sang)… _ avec ces photos, c’est le mystère du rapport qu’il entretient _ oui, c’est aussi comme une lutte amoureuse… _ avec ces sujets _ lieux et moments compris ! _ proches et pourtant si insaisissables _ faute d’être avec eux tout à fait « de plain-pied«  ! mais l’est-on jamais complètement ?.. Nous cesserions de continuer de marcher… Tout est dit ici, Alain ! Le jeune homme _ de dix-sept et vingt ans _ qui les a prises ne jouait _ certes _ pas au photographe. Au contraire : c’est lui et son rapport à la vie, aux autres, qui était en jeu _ de fait _ dans ces images _ en jeu grave, comme pour le (grand) Michel Leiris de « L’Âge d’homme » et de « La Règle du jeu« , ajouterais-je, pour ma part… Par quel miracle Plossu n’a-t-il jamais perdu _ en effet ! _ ce sentiment du personnellement essentiel _ c’est très exactement cela !!! _ qui imprègne _ et nimbe, si légèrement ; et avec quelle joie luminescente d’exister ! _ ces photos initiales ? _ Merci, Michèle,

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Michèle Cohen et Bernard Plossu, La Ciotat août 2009, par Guy Jungblut © courtesy galerie La NonMaison, Aix-en-Provence

de nous les faire découvrir, « à la source«  même _ « poïétiquement« , pour reprendre le terme du philosophe de l’Esthétique Mikel Dufrenne, en son passionnant « Le Poétique » (aux PUF), en 1963… _ de Plossu, en 1962… C’est proprement à la « poïétique« , même, donc _ rien moins !!! _ de Bernard Plossu que nous fait accéder par son intuition initiale, dès avant l’été 2008, Michèle Cohen, en étant à la source de ce « Plossu Cinéma«  ; je veux dire par là : et les deux expos du FRAC PACA de Marseille et de La NonMaison d’Aix-en-Provence ; et la si belle réalisation du livre qui en témoigne, par Guy Jungblut (avec l’œil _ unique ! _ de Bernard Plossu), de ce « Plossu Cinéma« , aux Éditions Yellow Now   Cet homme-là a toujours eu _ oui ! _ un besoin intime _ merveilleusement fort en sa terrible douceur ; d’aucuns (trop cérébraux ! ceux-là…) ne le supportent pas ! cela leur est « inadmissible«  ; mais oui, Gildas ! tant pis pour ces tristes !!! et jaloux… _ des photos qu’il a prises toute sa vie » _ sur la privation endémique et galopante de l’intime par nos contrées aujourd’hui, lire, de Michaël Foessel, « La Privation de l’intime » ; cf mon article du 11 novembre 2008 : « la pulvérisation maintenant de l’intime : une menace envers la réalité de la démocratie« 


Alain Bergala, janvier 2010

Voilà nos manières d’approcher peut-être l’énigme de la douceur du rapport au monde _ et toujours parfaitement « intimement«  ! _ du bonhomme Plossu ; notre ami…

Le monde en est meilleur !

A votre tour,

laissez vous gagner (à la stoïcienne !) à son contact…

Titus Curiosus, ce 27 janvier 2010

Post-scriptum :

Cette (double) exposition (marseillaise et aixoise) m’est d’autant plus _ un peu personnellement _ chère

que je fus aussi _ un peu, donc _ sur ses fonts baptismaux, avec Michèle Cohen et Pascal Neveux,

au domicile de Bernard Plossu, le 22 juillet 2008 ;

sur une intuition fécondissime de départ de Michèle… Vivent les nuits d’été !

Et enfin,

cerise sur le gâteau,

c’est à l’objection de Valéry Laurand, philosophe (spécialiste des Stoïciens) : « et la « rencontre », si ce n’était que du cinéma ? » _ de la « pose« , en quelque sorte ; du théâtral : menteur… _

que je me suis « essayé » à répondre

en un (long) essai (inédit : je l’ai adressé seulement à Bernard Plossu et à Michèle Cohen ; car ma réflexion est partie de ma propre rencontre avec le bonhomme Plossu _ et ses diablesses de photos : d’une douceur « confondante » !.. pure, angélique !.. _) intitulé « Cinéma de la rencontre : à la ferraraise » ;

car la vérité de ce que nous donne à regarder, en son cinéma, Michelangelo Antonioni _ comme en la séquence ferraraise (inaugurale tout autant que testamentaire) de « Al di là delle nuvole« , en 1995… _,

moi, j’y crois !

Aussi, suis-je personnellement ravi que la (double) photo de couverture

Couverture, Porquerolles 1963

Couverture, Porquerolles, 1963 © courtesy galerie La NonMaison, Aix-en-Provence

_ sublime en sa « séquence » (horizontale, panoramique : la ligne d’horizon de la mer prolongeant la ligne du dos de la jeune fille) à la fois contrastée (le charnu d’un corps de jeune femme étalé se livrant, de dos, les yeux clos, au soleil sur le pont d’un bateau / quelques rochers dressés, pointus, hostiles sur une côte d’île au milieu de la mer, sur la droite de l’image), et (très discrètement) signifiante de la complexité de ce qu’est la vie ; et même les amours… _ de ce si beau livre qu’est « Plossu Cinéma« , aux Éditions Yellow Now, et dans la collection Côté photo _ merci Guy Jungblut pour votre travail, une fois de plus, parfait ! si élégant et si juste ! c’est essentiel ! c’est magnifique ! dans toute la diversité, aussi, du « regard«  (unique !) de Bernard Plossu… _, soit la succession de deux images prises l’une juste après l’autre _ et se succédant sur la planche-contact _, l’été 1963 au large de Porquerolles _ la photo de « quatrième de couverture » (avec un superbe cactus proliférant sur la petite terrasse face à la mer)

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Quatrième de couverture © courtesy galerie La NonMaison, Aix-en-Provence

est sous titrée, de l’écriture claire, vive et pausée, tout à la fois, de Bernard Plossu : « La maison de Pierrot le Fou à Porquerolles, en 1976«  ; un hommage à Godard, elle, dont la Marianne et le Pierrot nous ont, pas mal d’entre nous, pas mal marqués (en 1965)… _,

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signature © courtesy galerie La NonMaison, Aix-en-Provence

la succession _ séquentielle ! cf là-dessus la très riche réflexion de l’article « Photographier en cinématographe«  de Núria Aidelman, en présentation de la section « Le Déroulement du temps«  de l’expo au FRAC de Marseille, aux pages 84-85 du livre…  _ de deux images _ à gauche, Michèle Honnorat prenant le soleil sur le pont du bateau ; à droite, la côte rocheuse, noire, au large, mais pas loin, vers Porquerolles _ sur la planche-contact, qui rappellent, en radieuse beauté, l’Antonioni de soleil et d’ombre de « L’Avventura« , en 1960 _ dont la (magnifiquement) longue séquence de (quasi _ le tout début se passe à Rome…) ouverture se déroule au large de, et puis sur l’îlot (seulement rocheux, peu accueillant à arpenter…) de Lisca Bianca, la plus petite des Îles Lipari (ou Îles Éoliennes), chères aussi (depuis) à Bernard Plossu…

Je suis _ personnellement _ particulièrement heureux, donc, de ce choix (et hommage) « antonionien » !!! pour ce livre magnifique _ de 192 pages, avec un éventail très généreux de merveilleuses photos _ qu’est ce « Plossu Cinéma« , nous donnant à regarder le parcours d’artiste de Bernard Plossu, de 1962 à 1965, puis 1966 à 2009.

Le livre est ainsi,

par cette « récapitulation » d’un bonheur vrai _ d’artiste et d’homme, tout uniment !

et c’est crucial en ce cas d’espèce ! la perspective « poïétique«  sur la gestation du génie Plossu

_ Alain Bergala use, lui, de l’expression, également très juste, de « cinéma séminal«  ! pour intituler sa très substantielle et éclairante contribution : « Le Cinéma séminal de Bernard Plossu« , aux pages 16 à 27 de « Plossu Cinéma«  _

issue du regard (profond !) de Michèle Cohen

étant à mes yeux la nouveauté fondamentale et capitale, pardon d’enfoncer ainsi le clou !, de ce livre-ci, « Plossu Cinéma« , sur l’œuvre : photographique,

mais aussi cinématographique !

_ cf les deux films projetés en permanence et en continu au FRAC :

soient « Almeria, La Isleta del Moro« , une vidéo couleur de 50′ de Bernard Plossu lui-même, en 1990 ;

et « Sur la voie« , un documentaire réalisé par Hedi Tahar, sur une idée de Bertrand Priour, en 1997, une production La Houppe, pour FR3 : « sur la manière de photographier«  de Bernard Plossu « depuis les vitres d’un train«  : ici « pendant le trajet La Ciotat-Lyon-La Ciotat, via Marseille, en hommage aux frères Lumière« , Bernard Plossu commentant tout le long ce qu’il voit : « L’équipe avait une 16 mm, une caméra vidéo qui prenait aussi le son ; et moi, j’avais une petite caméra super8. C’est ce jour-là que j’ai filmé ce qui est devenu ensuite la série de photogrammes « Train de lumière« . Comme j’avais aussi mon appareil photo Nikkormat, j’ai collé la caméra super8 au viseur du Nikkormat, et j’ai filmé à travers : verticale et horizontale, double vision !« , commente Bernard Plossu lui-même

+ la (double) projection, et en avant-première, au Cinémac, du Musée d’Art Contemporain de Marseille, le samedi 27 février prochain, de 14h à 17h, des deux films : « Le Voyage mexicain« , film super8 en couleurs tourné en 1965-1966 (de 50′), par Bernard Plossu lui-même ; puis « Un Autre voyage mexicain« , film en couleurs tourné en 2009 (de 110′) par Didier Morin ;

de même que « Le Voyage mexicain«  de Bernard Plossu sera redonné le samedi 20 mars au FRAC de Marseille, à 14h30, en présence de Bernard Plossu et de Dominique Païni ; Dominique Païni a écrit l’article de présentation (aux pages 158 à 161 de « Plossu Cinéma ») qu’il a intitulé « Vierge, vivace et le bel aujourd’hui« , consacré aux films de _ ou avec la participation de _ Bernard Plossu : une sélection de photogrammes extraits des films « Train de Lumière », « Sur la voie« , « Le Voyage mexicain«  et « Almeria« , sont visibles aux pages 162 à 175 de « Plossu Cinéma« . Fin de la (beaucoup trop) longue incise à propos de l’œuvre cinématographique (à découvrir !) de Bernard Plossu : tout aussi libre et juste que sa photo… _

Le livre est ainsi

_ je reprends ma phrase commencée plus haut _,

par cette « récapitulation » d’un bonheur vrai _ d’artiste et d’homme, tout uniment ! _ conquis sur fond de deux ou trois précipices, bien réels eux aussi ;

le livre est ainsi

magnifiquement plossuïen _ j’espère qu’on voudra bien pardonner l’étalage ici de mon enthousiasme… Mais il n’est pas si fréquent d’approcher d’un peu près, au point d’y participer même un peu, à la joie généreuse d’un tel artiste « vrai«  !

D’où le qualificatif (rochien) d’« inadmissible » _ de la part des malheureux qui « résistent«  des quatre fers à l’évidence Plossu… : dans leurs forteresses froides (et hyper-sèches) germano-pratines ! _ pour ce que je ressens _ on ne peut plus joyeusement, dans mon cas, provincial que je suis, moi aussi, et du pays (rieur) de Montaigne ! _ comme une « renversante«  « douceur » : étonnamment discrète et pudique _ et la boucle est bouclée…

De _ et autour de (« sur les pas de ») _ Cézanne : avec Rilke ; et Jaccottet

09oct

A propos de deux publications autour de Paul Cézanne :

une « merveille » : les « Lettres sur Cézanne » de Rainer Maria Rilke, traduites _ de l’allemand _ par Philippe Jaccottet (aux Éditions du Seuil, en janvier 1991) ;

et une _ relative _ déception (commandée _ en anglais) : « Hidden in the Shadow of the Master _ The Model-Wives of Cézanne, Monet & Rodin« , par Ruth Butler (à la Yale University Press, en 2008)

D’abord, le récit d’un « génie » _ tel que Rilke _ détaillant

_ et comment !!! « la clairvoyance fervente, la densité et la cohérence« , en dit Philippe Jaccottet en ouverture de sa préface, page 7)_,

à l’automne 1907, à sa jeune épouse, le sculpteur Clara Westhoff, demeurée, elle, loin de Paris, son émerveillement _ « presque chaque jour en vrai pélerin » (dit la Préface de Philippe Jaccottet) _ devant le « travail » des « Cézanne » exposés au « Salon d’automne » ;

et ce que le poète y « découvre », avec l’humilité d’une extrême concentration d’attention, du « travail de création » d’un « génie » tatonnant, lui aussi, mais pinceau à la main, et avec sa palette de couleurs _ se « salissant » copieusement : des photos de 1906 en témoignent ! _, face au(x) motif(s)…

mais « en peinture »…

Ce dialogue patient de deux poïesis, auquel Rilke convie, par la correspondance

_ « dans cette forme de relation à distance, il trouvait la conciliation idéale entre ses exigences de solitude et son besoin de l’autre _ son besoin, aussi, soyons juste, d’aider l’autre » (dit Jaccottet, page 9) _,

son épouse sculptrice,

est littéralement « merveilleux » :

« C’était quelqu’un de raffermi, de fortifié, conscient d’avoir progressé dans son long _ propre _ apprentissage _ de la poésie _

qui allait découvrir, à travers cette première rétrospective Cézanne _ d’octobre 1907 _, une confirmation, vraiment admirable dans sa souveraine plénitude, de son propre choix _ d’artiste créateur _, sur le plan de l’art comme de celui de la vie (qu’il ne pouvait, ni ne voulait séparer) » _ page 11.

La « leçon de  Cézanne« , « est celle de l’objectivité sans limites« 

_ dit Philippe Jaccottet, page 12 :

« Le peintre lui apparaît tel un humble et patient ouvrier, un artisan anonyme,

quelqu’un qui ne laisse pas ses sentiments ou ses idées personnelles interférer dans son travail,

quelqu’un qui ne fait pas de charme, qui ne cherche pas à séduire,

qui ne fait pas non plus de commentaires sur son œuvre« …

(comme c’est remarquablement interprété ! pages 12 et 13).


Et « Cézanne est aussi

quelqu’un qui ne fait pas de différence entre le beau et le laid, le noble et l’ignoble ;

qui accueille avec équanimité _ quelle justesse de Jaccottet ! _ la totalité du réel dans son œuvre » _ page 13.

Et encore : sachant « rester en permanence à l’intérieur de son travail »,

« Cézanne avait pu produire des œuvres parfaitement closes, « miraculeusement absorbées en elles-mêmes », ces œuvres où tout est dans le commerce des couleurs _ mais oui ! _ entre elles

_ là il faut suivre dans leur plus parfait détail

(au sens de « dé-tailler », remarque de détail après remarque de détail, au fil de la plume, comme au fil du regard)

les phrases de Rilke en ces admirables lettres à sa femme _

dans l’échange de la moindre parcelle du tableau avec toutes les autres ;

grâce à quoi la réalité,

toute la réalité,

est à la fois transfigurée

et sauvée dans la peinture«  _ pages 13 et 14…

Quant au livre de Ruth Butler,

c’est ma curiosité envers l’œuvre en train de se faire de Cézanne,

à Aix tout particulièrement

(et au Jas de Bouffan,

et à l’atelier du chemin des Lauves,

et alentours _ au dit « terrain des peintres« , face à la Sainte-Victoire),

qui m’a fait remarquer la mention de la parution de ce livre,

en une édition _ sur le net _ du New-York Times ;

et un questionnement sur la sensualité _ je préfère le dire ainsi _ de Paul Cézanne,

jusqu’aux années 1902-1906,

pour ses « Grandes Baigneuses« 

_ et même « Baigneurs »

(cf le magnifique album « Cézanne en Provence » ;

ainsi que mes articles sur « Cézanne et Aix » :

« Art et tourisme à Aix _ la mise en tourisme des sites cézanniens 1, 2, 3 & 4 « ),

aussi…

Aussi, une « recherche » sur le rôle de l’épouse

_ tardivement épousée : Hortense Fiquet _

de Paul Cézanne en son travail de peinture

(éventuellement comme « muse », inspiratrice, ou _ et surtout (?) _ protectrice

_ cf aussi le rôle de « Nena »,

elle aussi tardivement épousée,

la « protectrice » (romaine) de l’autre grand peintre aixois François-Marius Granet :

je n’avais guère développé ce « pan » de « curiosité » en mon article « Admirable tremblement du temps : Aix-Paris-Rome » sur Granet)

m’avait incité à rechercher à lire ce livre

sur les « Model-Wives« …

Qui demeure, in fine _ las !.. _, assez extérieur

_ c’est-à-dire, en fait, hélas, anecdotique  _

quant au processus poïétique,

sur les traces duquel je m’étais « figuré » (a priori) aller un peu…

l’ouvrage appartenant, probablement, au genre

à la mode, assez ravageuse

_ aux États-Unis, mais ailleurs, maintenant aussi (cf Judith Butler : par exemple, « Trouble dans le genre : le féminisme et la subversion de l’identité« …) _

des « gender studies« …

Peu de profit de découverte,

encore moins d’émerveillement

_ ce que j’ose attendre de mes lectures des livres ! _

à sa lecture, a posteriori, donc :

Se plonger, et mille fois, dans les lettres

(somptueuses, tant elles sont éblouissantes de perspicacité _ et en 1907, qui plus est !  _, elles)

de Rilke,

donc…

Jaccottet concluait sa préface, page 14, ainsi :

« Ne nous étonnons pas que Rilke ait su

si bien voir

et si bien dire

l’œuvre de Paul Cézanne »

_ les deux allant, pour lui et avec lui (génialement !), de pair…

Cependant, et à la relecture de cet article-ci,

il n’est sans doute pas facile, pour Ruth Butler, de succéder, à la lecture

ni à Rainer Maria Rilke

_ dont je n’ai presque pas cité d’extrait (des lettres à sa femme, Clara Westhoff) : tout y est admirable de précision (= d’opération de « détail-lage », si j’ose dire) _ ;

ni à Philippe Jaccottet

_ lui aussi (et quel !) poète ! : existe-t-il, « au monde », plus précise (détaillée et vibrante) écriture (du rythme du « faire » ?..) _ ;

et pourtant, son enquête est intéressante

_ sur les conditions de « cohabitation », à Paris, à l’Estaque

(et bientôt Hortense réside, elle, à Marseille, rue de Rome),

et partout ailleurs, en de multiples

(avec combien d’incessants déménagements !)

« résidences » ;

sur les conditions de « cohabitation »

_ et « la vie », « toute la vie » : la vie en général… _

avec un artiste « au travail » :

la « cohabitation » fut particulièrement difficile

pour Paul et Hortense, et très bientôt Paul « junior »,

dans de très pauvres (et très petits, « étroits ») logis ;

l’artiste-créateur ayant « spécifiquement » besoin de concentration, de silence, de lumière,

tant intérieure qu’extérieure,

si tant est qu’elles soient seulement dissociables !.. _ ;

de même que rétrospectivement _ mais elle, Ruth Butler, ne « fouille » pas assez loin _, quand,

« enquêtant »,

elle va rencontrer Philippe Cézanne à propos de ce que son père, Jean-Pierre Cézanne (né en 1918),

ou sa tante, Aline Cézanne (née en 1914),

ont pu recueillir de la bouche de leur père, Paul Cézanne fils (1872-1947), sur Hortense Fiquet-Cézanne (1850-1922)…

L’enquête mérite de se poursuivre bien davantage, me semble-t-il…

Et le temps (des témoins : sollicitant leur mémoire « vive »…) presse…

De même

qu’il n’est pas nécessairement, non plus, « commode »

d’être fils

d’un artiste « génial », travaillé en permanence et en priorité (pour lui) par son « génie » propre, singulier

_ furieux, gourmand, insatiable, gargantuesque _,

à enrichir, certes, mais aussi à protéger, de tout le reste,

y compris d’autres désirs _ sensuels, nous y revenons _ qui vivent, frémissants, à côté (et « sur les bords » même) du désir d' »œuvrer » de l’artiste…

Ainsi, qu’est-ce,

aussi

_ à côté de qu’est-ce qu’être « épouse-modèle », ou « muse » (et « protectrice ») d’artiste ? _,

qu’est-ce

qu’a pu être fils

_ fils de Matisse, pour un Pierre Matisse

(cf le passionnant « Matisse père & fils » de John Russel, aux Éditions de La Martinière, en avril 1999) ;

ou fils de Picasso, pour un Pablito ?.. _ ;

qu’est-ce, donc

_ à côté de « Qu’est-ce qu’être Hortense Fiquet-Cézanne  ? » _,

qu’a pu être

« fils de Cézanne« 

pour un Paul Cézanne le fils (1872-1947) ?..

Il y a là matière à rêver, mener et écrire

d’autres enquêtes

sur « les sentiers« 

_ rives et abords _

« de la création« …

Titus Curiosus, ce 9 octobre

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