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A propos de l’opéra « La passagère » de Weinberg : un double CD Capriccio et un DVD Naxos pour une même production réalisée à Graz…

25sept

Crescendo vient, cette année 2022, de consacrer deux articles successifs, et chacun sous la plume de Jean Lacroix, à l’opéra  « La Passagère » de Mieczyslaw Weinberg,

le premier, le 15 février, intitulé « La Passagère de Weinberg, un opéra dans l’ombre funeste d’Auschwitz« , pour un double CD C 5455 paru au label Capriccio,

et le second, le 22 septembre, intitulé « Die Passagierin de Weinberg à Graz : un bouleversant choc émotionnel sur DVD« , pour un DVD Naxos 2. 110713 réalisé pour la même production à Graz…

La Passagère de Weinberg, un opéra dans l’ombre funeste d’Auschwitz

LE 15 FÉVRIER 2022 par Jean Lacroix

Mieczyslaw Weinberg (1919-1996) : La Passagère, opéra en deux actes, huit scènes et un épilogue, op. 97. Dshamilja Kaiser (Lisa), Nadja Stefanoff (Marta), Will Hartmann (Walter), Markus Butter (Tadeusz) et une quinzaine d’autres chanteurs. Chœurs de l’Opéra de Graz ; Orchestre Philharmonique de Graz, direction Roland Kluttig. 2021. Notice en allemand et en anglais. Livret complet en allemand, avec traduction anglaise. 156.00. Un album de deux CD Capriccio C5455.

La jeune résistante polonaise Zofia Posmysz, née en 1923, n’a que dix-neuf ans lorsqu’elle est arrêtée par la Gestapo. Après un passage par la prison de Cracovie, elle aboutit à Auschwitz, y subit des expérimentations médicales, mais est sauvée par un médecin du camp. Elle participe aux marches de la mort et se retrouve au camp de Ravensbrück. Elle est libérée par les soldats américains en 1945, devient journaliste et écrivaine. En 1962 _ la date est bien sûr à remarquer _ , elle écrit un texte, La Passagère de la Cabine 45, qui est adapté à la radio puis au cinéma. Dimitri Chostakovitch recommande ce récit au musicologue Alexander Medvedev qui en fait part à Mieczyslaw Weinberg, seul rescapé, rappelons-le, d’une famille décimée dans les camps de concentration nazis. Weinberg termine en 1968 _ voilà _ son opéra qui porte le titre La Passagère.

Mais l’œuvre n’est pas appréciée par le régime soviétique qui y voit peut-être un danger d’une dénonciation des goulags, et elle n’est pas jouée. Ce n’est que dix ans après la disparition du compositeur, en 2006 _ toujours ces dates importantes _, qu’une version de concert en est donnée. Une première scénique a lieu en 2010 _ voilà _ au Festival de Bregenz avec les Chœurs de la Philharmonie de Prague et l’Orchestre Symphonique de Vienne menés par Teodor Currentzis, avec Michelle Breedt dans le rôle de Lisa et Elena Kelessidi dans celui de Marta. Le spectacle est filmé sur DVD pour le label Neos, repris par Arthaus en 2015. Il est joué la même année au Grand Théâtre de Varsovie _ voilà _, puis sera donné à Francfort, à Chicago, à Houston ou à Detroit. Un nouvel enregistrement sur CD, une réalisation de l’Opéra de Graz en février 2021, est maintenant disponible. Zofia Posmysz, qui a survécu à l’horreur, est aujourd’hui âgée de 98 ans.

L’action débute en 1960, sur un bateau en partance pour le Brésil sur lequel voyagent Lisa et son mari Walter qui est diplomate. Lisa croit reconnaître parmi les passagères une femme qu’elle croyait morte : Marta, qu’elle a connue au camp de concentration d’Auschwitz, où elle était gardienne, ce que son mari _ Walter, donc _ ignore. Pressée de questions, Lisa lui avoue son passé, ce qui crée une tension dans le couple. La suite va se dérouler entre réminiscences du camp et scènes sur le bateau _ voilà. Lisa culpabilise et devient angoissée, ne sachant comment Walter va réagir. Inquiet pour sa carrière _ de diplomate, donc _, ce dernier finira par la calmer en évoquant l’inéluctabilité du passé et la nécessité de l’oublier et de le laisser derrière soi. Parallèlement, l’histoire de la détenue Marta _ survivante d’Auschwitz _ se développe. A son arrivée à Auschwitz, Lisa_ la kapo _ l’a choisie pour confidente. Une liaison naît entre Marta et Tadeusz, un autre détenu. Lisa, dont l’attitude est ambigüe, autorise leur rencontre, mais Tadeusz en refuse une autre. Après une séquence de scènes de la vie quotidienne dans le camp, avec vexations puis sélection finale, marche des SS à l’appui, retour sur le bateau et au salon où dansent Lisa et Walter. La passagère inconnue est présente et réclame que l’on joue la valse favorite du commandant du camp de concentration. Lors de la scène suivante, Tadeusz est sollicité à Auschwitz par l’officier supérieur pour interpréter cette même valse. Il se borne à jouer la Chaconne de Bach, est condamné à mort et exécuté. Dans l’épilogue, Marta se souvient de Tadeusz et de ses codétenues. Elle promet de ne jamais les oublier. Un doute subsistera : est-elle vraiment l’ancienne prisonnière ?

Pour ce livret tragique, qui a dû évoquer en lui bien des douleurs liées au destin de ses proches, Weinberg a écrit une partition chargée d’un lyrisme sardonique _ voilà _, à la fois puissante et foisonnante, avec une orchestration abondante, riche en cuivres (six cors, quatre trompettes, trois trombones, un tuba), avec un saxophone, un célesta, une guitare, une batterie jazz et un accordéon. Mais cette abondance est contrôlée par une subtile expressivité, d’où émergent des moments de délicatesse et de mélancolie pleine d’émotion, mais aussi d’ironie. L’audition sur disque ne rend sans doute pas compte de l’impact que la version filmée de Currentzis donnait, avec une scène qui partageait l’action sur le bateau et la vie concentrationnaire. Mais elle reproduit bien la force d’un sujet qui se traduit par une énergie mélodique permanente _ voilà _, dans un discours postromantique et moderne à la fois, avec cette complémentarité populaire que Weinberg a toujours si bien exploitée _ oui ! Si le début de notre siècle rend enfin justice à ce compositeur de premier plan _ majeur ! _, il est certain que le volet opératique de son répertoire (sept oeuvres _ très méconnues _, parmi lesquelles Le Portrait d’après Gogol, L’Idiot d’après Dostoïevski, La Vierge et le Soldat, dont les livrets ont été rédigés aussi par Alexander Medvedev), est à approfondir _ certes…

Cette production de l’Opéra de Graz est des plus convaincantes. Dans le rôle de Lisa, la mezzo Dshamilja Kaiser, qui a passé plusieurs années comme membre permanente de cette maison autrichienne, investit avec vérité un personnage assailli par le retour du passé, la crainte de la réaction du mari et la culpabilité qui l’envahit. Le baryton Will Hartmann, qui s’est déjà produit à la Scala de Milan, à l’Opéra de Vienne ou à Covent Garden, campe un époux sidéré par la découverte du passé de son épouse, partagé entre cette nouvelle qui peut mettre en danger sa carrière et un réalisme qu’il juge nécessaire face au passé. Un certain cynisme conduit son action, bien rendue vocalement. La soprano Nadja Stefanoff, qui a été déjà Médée, Tosca et Norma, est émouvante en Marta, rescapée du camp, dont les souvenirs la poursuivent. Quant au baryton autrichien Markus Butter, auquel est attribué le rôle tragique de Tadeusz, il est poignant dans le courage qu’il déploie lors de son affrontement avec le commandant. Les autres protagonistes, nombreux, sont sans reproche. Menés avec conviction par Roland Kluttig, en poste à Graz depuis 2020, les chœurs et l’orchestre soulignent toute la capacité dramatique de cet opéra qui mérite une place de premier plan.

Si cette version s’impose sur le plan discographique pour sa dynamique émotionnelle, captée dans une prise de son bien définie, il est préférable, pensons-nous, de considérer que le DVD Arthaus dirigé par Currentzis, cité plus avant, devrait être la première étape pour découvrir une partition forte à laquelle les images apportent un surcroît de tragédie _ voilà ; mais l’opéra est aussi (ou d’abord) fait pour être aussi regardé…

Son : 9  Notice : 9  Répertoire : 10  Interprétation : 9

Jean Lacroix

Die Passagierin de Weinberg à Graz : un bouleversant choc émotionnel sur DVD

LE 22 SEPTEMBRE 2022 par Jean Lacroix

Mieczyslaw Weinberg (1919-1996) : Die Passagierin, opéra en deux actes, huit tableaux et un épilogue, op. 97. Dshamilja Kaiser (Lisa), Nadja Stefanoff (Marta), Will Hartmann (Walter), Markus Butter (Tadeusz), Tetiana Miyus (Katja), Mareike Jankowski (Hannah), Joanna Motulewicz (Bronka), et une douzaine d’autres chanteurs. Chœurs de l’Opéra de Graz ; Orchestre Philharmonique de Graz, direction Roland Kluttig. 2021. Notice et synopsis en anglais et en allemand. Sous-titres en allemand, en anglais, en japonais et en coréen, mais pas en français. 163.00. Un DVD Naxos 2. 110713. Aussi disponible en Blu Ray.

L’année dernière paraissait, en un album de deux CD (Capriccio C5455), l’opéra de Weinberg, Die Passagierin (La Passagère), capté à Graz les 11 et 12 février 2021. Voici maintenant la version en images de cette production, filmée aux mêmes dates _ voilà. Ce diptyque est complémentaire : le texte complet du livret, écrit en plusieurs langues (allemand, polonais, français, anglais, hébreu) n’est pas présent dans la structure DVD/Blu Ray ; il peut par contre être consulté dans l’album Capriccio, en traductions allemande et anglaise.

Nous avons consacré un long article, le 15 février dernier, à la version discographique ; nous renvoyons le lecteur à ce texte pour ce qui concerne les circonstances de la composition, son rejet par le régime soviétique et sa première scénique tardive en 2010, quarante-deux ans après sa conception. Nous avions alors conclu : « Si cette version s’impose sur le plan discographique pour sa dynamique émotionnelle, captée dans une prise de son bien définie, il est préférable, pensons-nous, de considérer que le DVD Arthaus dirigé par Currentzis devrait être la première étape pour découvrir une partition forte à laquelle les images apportent un surcroît de tragédie. » Mais voilà que la production filmée de Graz bouleverse les données ! _ ah ! Nous ne pensions pas si bien dire en précisant _ voilà _ que « les images apportent un surcroît de tragédie » : sans rien enlever aux qualités de la version de Teodor Currentzis, qui est la première dans l’ordre chronologique, avant la création russe en 2016, à Ekaterinenbourg (un DVD Dux dont nous n’avons pas eu connaissance _ je le possède _), celle de Graz ne laisse pas le spectateur intact sur le plan émotionnel _ voilà. Le niveau en est remarquable, à tous points de vue, avec une montée en puissance progressive dans l’acte II.

C’est en regardant la version, très bien filmée, de cette production styrienne, mise en scène par l’Allemande Nadja Loschky qui a déjà fait ses preuves dans Mozart, Puccini, Dukas ou Britten, que l’on prend vraiment conscience _ je le note _ de l’agitation intérieure de Lisa, en voyage avec Walter, son mari diplomate, sur un bateau en partance pour le Brésil en 1960. Lisa a été gardienne à Auschwitz, ce que son mari ignore. Elle croit reconnaître, parmi les passagères, Marta, qui y fut prisonnière et envers laquelle elle avait eu une attitude ambigüe, la prenant pour confidente et favorisant ses amours pour un autre détenu, Tadeusz, tout en affichant une cruauté sadique ; Lisa croyait Marta morte à Auschwitz _ voilà. Le passé resurgit _ donc ici _, avec tout son poids accusateur. L’action va se dérouler entre réminiscences du camp de concentration et scènes sur le bateau _ voilà _, dans une atmosphère de plus en plus oppressante. Pendant tout le spectacle, il y a _ ici, en cette mise en scène-ci de Nadja Loschky _ la présence récurrente et muette d’une vieille femme qui ira jusqu’à revêtir l’uniforme des gardiennes du camp de la mort. Elle se charge _ là, sur le bateau voguant vers le Brésil _ de déplacements d’objets et de mises en place et assiste, ignorée de tous, au déroulement des faits. Etrange figure fantasmatique _ voilà _, aux mimiques remarquables, dont la signification n’est ni évidente ni expliquée. S’agit-il de Lisa au terme de son existence ? La question est ouverte. L’identité de la comédienne (Isabella Albrecht ?) n’est pas claire pour nous au sein de la copieuse distribution _ tiens, tiens : le livret du DVD mentionne pourtant bien explicitement : « Lisa as an old woman : Isabella Albrecht« … 

La production de Graz possède quatre atouts majeurs. La mise en scène, réaliste et sobre à la fois, plante un décor glauque _ voilà. A l’acte I, qui raconte le contexte _ du voyage sur le bateau voguant vers le Brésil _ et entraîne l’aveu du passé de Lisa à Walter, on éprouve l’impression d’être à fond de cale plutôt que dans un restaurant, avec des lumières bleu-vert sombres. Le vaste espace, souvent nu et dépouillé, parfois garni de chaises ou de tables, est constitué de casiers vides et d’armoires fermées, où chaussures et vêtements des condamnées seront consignés, de longs couloirs apparaissant ou disparaissant au fil du récit. Tout cela donne une sensation étouffante d’enfermement _ voilà. Le deuxième atout, c’est la crudité instrumentale _ oui _ instillée par la direction de Roland Kluttig au sein d’une abondante orchestration, puissante et percussive _ voilà. Le chef saisit à bras-le-corps la musique de Weinberg, aussi évocatrice dans le drame que dans la satire. Celle-ci est portée à son comble lors de la séquence de SS ridicules, assis sur des latrines à la scène 2, ou dans la pantomime qui précède la scène 4.

Cette direction véhémente offre au jeu scénique, troisième atout _ voilà _, une force expressive accentuée par l’investissement des chanteurs, qui se révèlent de parfaits comédiens _ et c’est évidemment capital. Les qualités vocales des uns et des autres, qu’il s’agisse de l’homogénéité des chœurs ou des prestations individuelles _ oui _, forment le quatrième atout. Les voix sont belles et bien distribuées _ c’est forcément important. La mezzo Dshamilja Kaiser est une Lisa affolée _ voilà _ par le retour de son passé : elle souligne parfaitement son ambivalence de gardienne, nourrie d’une froide cruauté, puis sans remords. Le baryton Will Hartmann est l’époux idéal de Lisa, sidéré _ oui _  par ce qu’il apprend et affolé _ oui _ par la crainte de voir sa carrière gâchée par son mariage avec une ancienne SS, mais cyniquement désireux d’oublier les faits _ voilà. Le couple Marta/Tadeusz, qui va vivre une histoire d’amour à Auschwitz avec l’aide consentante, mais non dépourvue de duplicité, de Lisa, est incarné par la soprano Nadja Stefanoff, extraordinaire de présence _ et c’est nécessaire _, et le baryton Markus Butter. Tous deux sont exemplaires de dignité humaine _ voilà ; cf là-dessus les indispensables récits (« Être sans destin« , « Le Chercheur de traces« …) d‘Imre Kertész _ dans cet univers de folie, mis à nu par les rôles des autres prisonnières dont la destinée n’a pour issue que la mort. Le reste de la distribution est impeccable. Parmi la quinzaine de rôles, qui ne méritent que des éloges, on saluera les prestations de la soprano Tetian Miyus et des mezzos Joanna Motulewicz et Mareike Jankowski. Chaque prisonnière va faire entrer le spectateur dans sa vie personnelle _ en la singularité de son expression, même si brève ici,  de personne _, par le biais d’un air mélancolique, d’un souvenir de jours heureux ou d’une invocation religieuse ; c’est poignant et interpellant _ voilà _, car la conscience de la disparition _ quasi _ inévitable _ avec si peu de chances de réchapper ; surtout pour elles qui n’y ont pas réchappé… _ est palpable à travers le chant, qui peut se concrétiser en un cri de désespoir ou de résignation.

La montée en puissance tragique ne cesse de grandir _ voilà, le temps que le met le souvenir tragique à traverser la chappe de plomb de l’oubli de toutes les années qui précèdent l’événement de ce resouvenir putride… _ _ pour trouver son apogée dans l’acte II, à partir de la scène 6, dans le baraquement des femmes _ d’Auschwitz _ où, après humiliations, la sélection impitoyable a lieu. Ironie morbide : les numéros de celles qui vont être exécutées sont annoncés et chaque plaque chiffrée est apportée par un serveur du restaurant du bateau. Le moment est _ proprement _ insoutenable : après les exécutions, les corps sont relégués dans de longs tiroirs d’armoires _ du bateau _, symboles des fours crématoires. Marta ne fait pas partie de l’élimination, un sort différent lui est réservé. Avant de le découvrir, la scène 7 se déroule sur le bateau : Lisa et Walter, décidés à tourner la page, sont dans le salon où des couples dansent. Marta demande à ce que l’on joue la valse préférée du commandant d’Auschwitz. Il n’y a plus d’hésitation à avoir : c’est bien la rescapée ! Lisa veut l’affronter, mais elle se dérobe.

La scène 8 est vraiment cruelle : retour à Auschwitz. Tadeusz, presque nu, est placé devant des cadavres alignés dans des casiers et sommé de jouer la fameuse valse au violon, mais il s’y refuse et se lance par défi dans la Chaconne de Bach. Sa mort sous les coups, même si elle est montrée de façon virtuelle, glace le sang. On distingue alors furtivement la présence de Marta, forcée d’y assister. Dans l’épilogue, Marta, qui a survécu, est seule en scène ; elle évoque le souvenir de Tadeusz et de ses amies disparues, et promet _ voilà _ de ne jamais les oublier _ pour annuler cette seconde mort perpétuelle que serait leur définitif oubli, sans noms… Ce désespoir, que l’on vit avec elle, on en mesure la dignité : elle n’a révélé à personne qui était réellement Lisa, préférant le silence et l’éloignement à l’accusation et à la vengeance _ voilà. 

Cette production de Graz est une expérience musicale et vocale très forte _ oui _, qui rend justice au génie _ voilà ! _ de Weinberg dont la famille a disparu, elle aussi, dans les camps de la mort. Mais c’est avant tout une aventure humaine qui laisse au fond du cœur et de l’âme du spectateur un goût amer de souffrance partagée _ via l’œuvre musicale, où s’adjoignent ici la force propre des images de la scène, ici captées au DVD. On pense alors avec une infinie émotion à celle qui a vraiment vécu cette épouvantable épreuve, la résistante polonaise Zofia Posmysz, qui n’avait que 19 ans lorsqu’elle fut internée à Auschwitz, puis participa aux marches de la mort. C’est à partir de son histoire, qu’elle a racontée dans un récit _ en 1962 _, que cet opéra _ achevé de composer en 1968 _ a vu le jour. La destinée a voulu qu’elle disparaisse le 8 août dernier, à l’âge de 98 ans, entre la parution de l’album Capriccio et la sortie du DVD _ voilà. Lorsque Marta prononce l’épilogue, une image récente de Zofia Posmysz _ qui vivait encore ces 11 et 12 février 2021, quand furent prises ces images, sur la scène de Graz _ apparaît sur un rideau de fond de scène. Ce témoignage filmé devient dès lors un hommage vibrant à sa mémoire.



Note globale : 10

Jean Lacroix

Mieczyslaw Weinberg est une compositeur essentiel, auquel j’ai consacré de multiples articles enthousiastes de ce blog…

Et transmettre l’excellence

est bien sûr, et à tous niveaux, un devoir culturel primordial et capital : fondamental…

Ce dimanche 25 septembre 2022, Titus Curiosus – Francis Lippa

La passionnante comparaison-confrontation des 99 premières pages du « Pain perdu » (2020) et des 81 premières pages de « Qui t’aime ainsi » (1959) d’Edith Bruck…

06fév

La comparaison-confrontation des débuts _ je vais, en effet, commencer mon regard comparatif par ce tout premier important « chapitre de vie« , regroupant ce que, en sa passionnante et très éclairante « Notice historique » (aux pages 137 à 156 de la ré-édition 2022 du « Qui t’aime ainsi«  d’Edith Bruck) l’historien Jean-François Forges énumère comme l’expression de trois premiers « thèmes historiques » de ce récit autobiographique rétrospectif d’Edith Bruck : soient, d’une part et d’abord, « la vie dans un village hongrois _ Tiszabercel _ avant et pendant la guerre« , et immédiatement ensuite « la déportation à Auschwitz et dans d’autres camps et Kommandos du Reich«  ; et enfin « l’impossible retour » _ en un chez soi dévasté, en Hongrie _ ; réservant pour d’autres articles, à suivre, ce que Jean-François Forges qualifie excellemment de « la destruction des familles et des individus » ; soient les himalayesques difficultés, et en divers pays (essentiellement la Tchécoslovaquie, d’abord, puis Israël, ensuite, du moins pour ce premier récit de 1959), à tenter de (et d’abord échouer à) se reconstruire : cette reconstruction ne venant, in fine, pour Edith Bruck, que lors de son installation, en 1952, en Italie, à Rome ; et avec (et par) la rédaction, en italien, de ce qui sera, en 1959, son « Chi ti ama cosi«  ; puis sa décisive rencontre (cf le poème « Rencontre 1957« , à la page 104 de « Pourquoi aurais-je survécu ?« ), le 9 décembre 1957, avec celui qui sera son seul véritable amour, Nelo Risi (Milan, 1920 – Rome, 2015) ; mais de cela, et de lui, en son récit de 1959, Edith Bruck n’en dit encore rien... _ des deux bouleversants récits autobiographiques d’Edith Bruck, le récent « Il Pane perduto » (publié en 2021) _ jusqu’à la page 99 _ et le premier « Chi ti ama cosi » (publié en 1959) _ jusqu’à la page 81 _ est passionnante ;

le second de ces récits, « Le Pain perdu« , rédigé en 2020, constituant une forme de reprise, avec poursuite, ensuite, des événements racontés une première fois dans le « Qui t’aime ainsi« , de 1959, du début du parcours de vie d’Edith Bruck, de sa naissance, le 3 mai 1931 à Tiszabercel, à son arrivée en Italie, d’abord à Naples, en mai 1952, puis, et surtout, à Rome, « le nombril du monde« , où Edith a « commencé à écrire en italien : « Sono nata in un piccolo villagio ungherese » » (lit-on à la page 146 du « Pain perdu« ), ce qui sera son premier récit autobiographique, publié 1959 : « Ce n’est qu’à Rome, entre 1958 et 1959, que j’ai réussi à l’écrire intégralement dans une langue qui n’est pas la mienne » : soient les mots de conclusion, à la page 136 du « Qui t’aime ainsi » de 1959…

Le 13 janvier dernier, je me suis déjà posé cette question de la comparaison-confrontation des récits de 1958 -1959 et 2020 – 2021, en mon article « « …

Mais, à cette date, je ne disposais pas encore de la traduction intégrale en français du « Chi ti ama ama cosi »  de 1959 ; je disposais seulement de son chapitre 7, en italien, dans lequel apparaissait le « cugino Tibi« , absent du récit de 2021 ; et le premier amant d’Edith, à Podmokly, en Bohème, à l’été 1946…

Maintenant, j’ai lu en entier ce témoignage encore frais, en 1959,

d’une part des événements de la déportation, entre le 8 avril 1944 (la rafle des Juifs de Tiszabercel par les gendarmes hongrois) et le 15 avril 1945 (la libération des Survivants du lager de Bergen-Belsen par les Américains) ;

mais aussi, d’autre part, du terrible retour, aussi, en Hongrie d’Edith et sa sœur Adel Steinschreiber (Eliz, dans le « Qui t’aime ainsi » de 1959 ; ou Judit, dans « Le Pain perdu » de 2020), après Bergen-Beslsen, et juste avant le départ d’Edith pour la Slovaquie, où elle arrive, non loin de Kosice, très peu avant le 1er janvier 1946…

Puisque c’est sur cette période-là que je choisis de porter une particulière attention « comparative » ici, aujourd’hui…

Ensuite, je m’intéresserai à la confrontation des deux récits, dans les deux mêmes ouvrages, notamment de la « période israélienne » d’Edith Steinschreiber, entre son arrivée à Haïfa, le 3 septembre 1948, et son départ d’Israël, encore d’Haïfa, en 1951…

Si je compare le nombre de pages de chacun des deux récits (celui de 1959 et celui de 2021) accordées successivement :

1) à la vie au village de Tiszabercel jusqu’à la rafle des familles juives de ce village de Tiszabercel par les gendarmes hongrois au matin du 15 avril 1944 (soient d’une part 15 pages _ de la page 13 à la page 28 _ et d’autre part 16 pages _ de la page 9 à la page 35 _)

2) au départ, en train, déjà en wagons à bestiaux, pour le ghetto du chef-lieu de la région,  Satoraljaujhaly, l’enfermement en ce ghetto, du 15 avril au 23 mai 1944, puis le voyage, à nouveau en wagons de bestiaux, en quatre jours et nuits, de ces Juifs retenus à Satoraljaujhaly, jusqu’au débarquement du train de ce convoi à Auschwitz (soient d’une part 7 pages _ de la page 28 à la page 35 _ et d’autre part 14 pages de la page 35 à la page 49 _)

3) aux séjours et déplacements d’Edith et sa sœur Adel dans (et entre) les divers lager d’Allemagne : Auschwitz, Kaufering, Landsberg, Dachau, Christianstadt, la marche de la mort, Bergen-Belsen, entre le 27 mai 1944 et le 15 avril 1945 (soient d’une part 26 pages _ de la page 35 à la page 61 _ et d’autre part 24 pages _ de la page 51 à la page 75 _)

4) à la libération du lager de Bergen-Belsen le 15 avril 1944, puis le retour des deux sœurs en Hongrie, et leur arrivée à Budapest, vers le 5 septembre 1945 (soient d’une part 7 pages _ de la page 61 à la page 68 _ et d’autre part 6 pages _ de la page 75 à la page 81 _

5) au retour à Hongrie (Budapest, Debrecen ou Miskolc, Tiszabercel, Debrecen ou Miskolc, Olaszliszka), de la mi-septembre 1945 à la fin décembre 1945 (soient d’une part 13 pages _ de la page 68 à la page 81_ et d’autre part 18 pages _ de la page 81 à la page 99 _),

je peux remarquer une sorte d’équivalence du nombre de pages consacrées à ces épisodes successifs, à part peut-être pour l’épisode de la rafle du 15 avril 1944, et le séjour au ghetto du chef-lieu, Satoraljaujhaly, un peu plus détaillés et développés : 7 pages dans Qui t’aime ainsi ; et 14 pages dans « Le Pain perdu« .

Ce sera pour les épisodes suivants que je noterai des attentions bien différentes portées aux personnes rencontrées entre l’arrivée d’Edith en Tchécoslovaquie, puis son séjour chez sa sœur Magda (ou Margo, ou Mirjam), à Podmokly, en Bohème, et ses rencontres avec son premier _ brutal : « Pourquoi l’avais-choisi, lui, qui m’avait dépucelée d’un seul coup, ce qui m’avait rappelé l’abattage kasher. (…) Pourquoi cette violence sans la moindre caresse ? Etais-ce moi qui voulais jeter aux orties ma vie inutile, ma jeunesse dans un monde devenu bestial, mes seize ans _ en 1947, donc _ défendus de toutes mes forces, et qui me méprisais? « , page 101 du « Pain perdu«  _ amant, son cousin Tibi ; ainsi que son premier mari, Milan Grün, épousé à Podmokly, en 1947 _ Edith avait « à peine seize ans« , a-t-elle écrit à la page 93 de « Qui t’aime ainsi« …

Ainsi, dans le récit du « Pain perdu« , en 2021, si ce premier amant d’Edith est très rapidement évoqué en un bref passage situé aux pages 100-101, ni le nom, « Tibi« , ni sa situation au sein de la constellation familiale d’Edith _ un cousin _, qui lui été donnés dans le récit de 1959, ne sont cette fois mentionnés, à la différence des longs détails donnés dans le récit développé de « Qui t’aime ainsi« …

Et là je remarquai de très grandes différences de focalisations, ainsi que du nombre de pages significativement accordées _ ou refusées _ aux récits des divers épisodes de cette période, entre le 1er janvier 1946, l’arrivée d’Edith en Tchécoslovaquie, non loin de Kosice, et le 3 septembre 1948, le débarquement d’Edith à Haïfa, en Israël, entre le récit mémoriel de 1959 et celui de 2021…

C’est que ces deux très puissants récits répondent à des urgences d’écriture, ainsi que de volonté de partage de lecture, de la part de leur autrice, bien différentes, entre 1959 et 2021…

La situation de l’auteur, de même que le contexte socio-historique européen, ont connu pas mal de changements ;

ainsi qu’une constante, aussi, et bien pénible, de ce contre quoi continue de lutter Edith Bruck…

Ce dimanche 6 février 2022, Titus Curiosus – Francis Lippa

La question de la coordination des noms des personnes-personnages dans les divers récits autobiographiques d’Edith Bruck : par exemple, entre « Chi ti ama cosi » de 1959 et « Il Pane perduto » de 2020…

13jan

Lecteur éminemment curieux et actif,

je recherche, par delà la spécificité singulière _ absolument légitime _ de chaque opus,

la cohérence autobiographique présente en creux dans les divers récits successifs, de 1959 à 2020, d’Edith Bruck.

Laquelle témoigne magnifiquement, en son œuvre entier d’écrivain, œuvre de poésie comprise, de ce qu’il a fallu, à sa personne, en toute la substantialité la plus à vif et intime de sa chair, surmonter d’épreuves terribles, en sa survie _ entre le 8 avril 1944, la rafle des Juifs par les gendarmes à Tiszabercel, et le 15 avril 1945, la libération par les Américains du lager de Bergen-Belsen, où Edith Steinschreiber et sa sœur Adel étaient encore (après Auschwitz, Dachau, Kaufering, Landsberg, une première fois Bergen-Belsen, Christianstadt, et après la marche de la mort, leur retour, épuisées, à Bergen-Belsen), internées _, puis vie _ et encore survie, d’une autre façon _, à partir de son retour chez elle, au village hongrois de Tiszabercel, à l’automne 1945, à l’âge de 14 ans _ Edith Steinschreiner est, en effet, née à Tiszabercel, au nord-est de la Hongrie, le 3 mai 1931 _,

en tenant compte aussi de données biographiques disponibles, recherchées complémentairement ailleurs qu’en sa seule œuvre publiée :

ainsi, par exemple, dans la très utile très récente « Brève chronologie » que, avec l’aide même de l’autrice, René de Ceccatty vient de donner _ et à la suite de sa lumineuse et lucidissime préface, très justement intitulée « La poésie, plutôt que la prière« , en introduction splendide (aux pages 5 à 26) à l’anthologie de poèmes choisis et traduits par lui-même, intitulée « Pourquoi aurais-je survécu ?«  _, aux pages 27 à 30 de cet indispensable recueil « Pourquoi aurais-je survécu ?« .

Afin de surmonter, en lecteur curieux donc et tenace que je suis, quelques blancs, ainsi que _ et peut-être surtout _ quelques variations de nominations de personnages cruciaux de ses divers témoignages, 

à commencer par les prénoms des frères et sœurs, mais aussi les noms des divers compagnons et époux de celle qui a, faute de recevoir une écoute vraiment réceptive à sa parole, a appris à « parler au papier » qui, lui, sait l’écouter fidèlement, ainsi que, en intense et profond exigeant, voire implacable, dialogue de vérité, lui « répondre vraiment » ;

les uns et les autres de ces _ et ses _ « proches » étant, je le remarque, nommés diversement dans ces récits successifs ;

et tout particulièrement le récent, en 2020, et sublime, « Le Pain perdu« , 

mais aussi dans diverses ressources biographiques annexes, glanées de-ci, de-là, au fil de recherches documentaires complémentaires de ma part de lecteur actif cf mon article du 11 janvier dernier :

Ainsi

Lili (née à Tiszabercel, le 24 décembre 1920),

Magda (née à Tiszabercel, le 22 septembre 1922),

Ôdön (né à Gava, le 13 janvier 1925),

Adel (née à Tiszabercel, le 12 mas 1927),

Laszlo (né à Tiszabercel, le 16 août 1929), 

les deux frères et les trois sœurs d’Edith Steinschreiber, née, elle, le 3 mai 1931 _ et non pas 1932, comme mentionné dans son « Qui t’aime ainsi« , de 1959 : pour quelles raisons donc ?.. _,  à Tiszabercel,

apparaissent-ils, dans le récit de « Chi ti ama cosi » de 1959, sous les prénoms de :

Leila, pour Lili,

Margo, pour Magda,

Peter, pour Ôdön,

Eliz, pour Adel,

et Laci, pour Laszlo ;

et, dans le récit du « Pain perdu » de 2020, sous les prénoms, cette fois, de

Mirjam, pour Lili (la Leila de Qui t’aime ainsi),

Sara, pour Magda (la Margo de Qui t’aime ainsi),

David, pour Ôdön (le Peter de Qui t’aime ainsi),

Judit, pour Adel (l’Eliz de Qui t’aime ainsi),

et Jonas, pour Laszlo (le Laci de Qui t’aime ainsi)

En attendant impatiemment la (re-)parution prochaine, le 21 janvier prochain, de la traduction française _ « Qui t’aime ainsi« , en Points _ du « Chi ti ama cosi« , paru le 1er janvier 1959 aux Éditions Lerici _ actives de 1927 à 1967, et à l’impressionnant catalogue... _,

j’ai très attentivement lu _ et cherché à en décrypter le plus méthodiquement possible les noms… _ une sélection de pages de ce texte en italien accessibles sur le net

Et cela, en partie afin de rechercher, tout spécialement, quel est ce « cugino » d’Edith _ côté Bieber, la famille de sa mère ? ou bien côté Steinschreiber, la famille de son père ? Côté Bieber, je le découvrirai un peu plus tard… _, qui nous est présenté là sous le nom du « mio cugino Tibi » _ qui a aussi une sœur, prénommée, en ce récit de 1959, Magda ; et c’est bien là son prénom effectif : Gerson Deutsch et sa soeur Magda Deutsch, étant en effet les enfants d’Helen Bieber (Tiszakarad, 7 août 1880 – Auschwitz, mai 1944) et de son époux David Deutsch (Tolcsva, 17 septembre 1884 – Auschwitz, mai 19944) ; Helen Bieber, une des sœurs Bieber de la mère d’Edith, née Berta Bieber (Tiszakarad, 1er février 1895 – Auschwitz, mai 1944)… _, son _ très beau, mais assez brutal : « lui qui m’avait dépucelée d’un seul coup, ce qui m’avait rappelé l’abattage kasher, où l’on égorgeait la poule d’un seul geste et on la jetait encore sanglante dans la cour de la synagogue ! Est-ce que le sang le dégoûtait ? Pourquoi cette violence sans la moindre caresse ? Était-ce lui qui voulait punir en moi toutes les femmes, ou était-ce moi qui voulais me punir moi-même ? Pourquoi l’ai-je laissé faire ? Était-ce moi qui voulais jeter aux orties ma vie inutile, ma jeunesse dans un monde devenu bestial, mes seize ans _ « quindici« , lit-on dans le « Chi ti ama cosi«  de 1959 _ défendus de toutes mes forces, et qui me méprisais ? À moins que je l’aie aimé ? Étais-je malade ? Ou assoiffée d’amour, parce qu’il y avait un être pour lequel j’existais, qui me désirait, même s’il avait d’autres maîtresses, et qui jouissait de son plaisir en ignorant le mien. Pourquoi ? Pourquoi ?« , lisons-nous à la page 101 de l’admirable « Le Pain perdu » de 2020… _ tout premier amant, à Podmokly _ un village de Bohème situé non loin  de Pilsen _, en Tchécoslovaquie, quand Edith avait 15 ans, et Tibi, 23 : en 1946…

Se pourrait-il _ oui ! _ qu’il s’agisse là, pour ce « molto bello, alto e biondo« _ mais « poco intelligente« « cugino Tibi« ,

du cousin _ côté Bieber _ Gershon Deutsch (Krompachy, Slovaquie, 16 février 1922 – Brooklyn, 20 septembre 2009),

un des fils de la tante Helen Bieber (Tiszakarad, 27 juin 1892 -Auschwitz, mai 1944) _ et son époux David Desider Deutsch (Tolcsva, 17 septembre 1884 – Auschwitz, mai 1944) : Tolcsva, dans la vallée de la rivière Bodrog (un affluent de la Tisza), est le village voisin d’Olaszliszka _ :

Helen Bieber, une des sœurs de Berta _ nommée « Frida, Friduska (en hébreu Deborah)« , à la page 14 du « Pain perdu« ... _ Bieber (Tiszakarad, 1er février 1895 – Auschwitz, mai 1944),

elle-même l’épouse de Sandor Sulem Shalom _ « nommé Adam, Shalom en hébreu« , à la page 18 du « Pain perdu _ Steinschreiber (Tiszakarad, 1895 – Dachau, 1945), et la mère d’Edith, ses trois sœurs et ses deux frères Steinschreiber…

De même que je me demandais si le tout premier éphèmère mari d’Edith, Milan Grün _ cf cette biographie-ci d’Edith Bruck _est bien présent, ou pas, dans le récit de 2020, « Le Pain perdu » _ et après recherche attentive, il me semble bien que non : je ne l’y trouve décidément pas… _ ;

 

quand son second éphémère mari, Dany Roth _ ibidem _, nous est présenté, lui, à la page 104 du « Pain perdu«  _, sous le nom _ à la hongroise : le nom avant le prénom _ de « Braun Gabi » ;

et le troisième encore plus éphémère mariibidem  : « un dénommé Bruck » : ce très bref mariage sur le papier avait eu pour seule fin, en effet, de permettre à Edith, redevenue, par son second divorce, célibataire, d’échapper à l’obligation à un retour à une résidence collective en un camp, en Israël… _, et dont Edith a conservé le nom pour sa signature d’auteur, Edith Bruck, 

apparaît alors avec le diminutif de Tomi : « Tomi Bruck« , lit-on à la page 128 du « Pain perdu« … 

Quant à l’amour vrai de la vie d’Edith, Nelo Risi _ homme généreux et particulièrement désintéressé : ce qui est plutôt rare… _,

dans « Le Pain perdu« , il apparaît furtivement et merveilleusement, tout à la fin, aux pages 152 à 155,

sous son seul prénom de « Nelo » :

Edith le rencontra _ cf son récit, à la page 152 _ au restaurant Otello de la via della Croce, à Rome _ ce fut le 9 décembre 1957 ; cf le beau poème intitulé « Rencontre 1957« , à la page 104 de l’anthologie « Pourquoi aurais-je survécu ?« , qui se clôt par ce vers libre : « le 9 décembre«  _ ;

mais, suite aux difficultés de Nelo pour obtenir la légalisation officielle de son divorce d’avec celle, artiste peintre australienne, qu’il a nommée « Mitty » _ mais est-ce seulement là son vrai prénom ? Un certain flou semble ici étonnamment demeurer : Edith Bruck en a-t-elle elle-même connaissance ? Peut-être, probablement, tout de même… _,

le mariage officiel d’Edith et de Nelo ne put avoir lieu, au Capitole de Rome, que neuf années plus tard, seulement : le 17 mars 1966 _ cf la très brève remarque, et dépourvue de commentaire, de la page 154 ; et la date même de ce mariage romain n’est pas alors donnée _, célébré par Francesco Fausto Nitti _ « (1899-1974), une des grandes figures de l’antifascisme », indique la note de bas-de-page du traducteur, René de Ceccatty ; les témoins du marié étant son frère, Dino Risi (1916-2008), et son ami l’écrivain, scénariste, et plus tard réalisateur, Fabio Carpi (1925 – 2018) ; mais le récit du « Pain perdu » ne les mentionne pas ; quant aux témoins de la mariée, eux non plus non mentionnés, quels ils furent, je l’ignore à ce jour…

À son seul amour vrai, Nelo,

Edith Bruck consacrera deux très beaux livres,

pas encore traduits en français :

« La Rondine sul termosifone« , en 2017 ;  et « Ti lascio dormire« , en 2018.

Nelo Risi, né à Milan le 20 avril 1920, est décédé à Rome le 17 septembre 2015.

Et même si, bien sûr, le principal _ poétique et existentiel _ est loin d’être là,

ce fond d’autobiographie historique très présent dans l’œuvre singulière et si marquante d’Edith Bruck,

passionne aussi le lecteur actif et curieux du réel que je suis…

Ce jeudi 13 janvier 2022, Titus Curiosus – Francis Lippa

Sources-ressources pour des précisions biographiques concernant Edith Bruck, sa famille, ses proches, et quelques autres personnes, rencontrées en 90 années de vie (1931 – 2021), en son exigeant parcours de survie et d’écriture

11jan

Par commodité,

et dans l’ordre chronologique commode des références répertoriées, 

voici un petit compendium _ forcément partiel et surtout provisoire _ de 20 sources-ressources

au sein desquelles pouvoir dénicher-puiser quelques éventuelles _ à contrôler et vérifier, bien sûr, pour chacune d’entre elles ! tant d’approximations et erreurs s’y glissent… _ précisions biographiques concernant la famille, les proches, et d’autres personnes croisées, à un peu mieux identifier,

afin d’élargir un peu l’intelligence, par le lecteur un peu curieux, de quelques situations évoquées, notamment dans « Le Pain perdu« , par Edith Bruck,

en son admirable et indispensable récit mémoriel et testimonial :

1) un article, de Lorenza Trucchi, intitulé « Mitty Risi inaugura la stagione romana« , dont voici aussi un très intéressant lien au fac-similé, paru dans le journal romain Giovedi du 1er octobre 1953 

2) le livre « Filippo di Roma _ genialità in via dei Condotti« , de Toni Cosenza paru en 2005, à propos de l’institut de beauté, le « Salone Filippo« , que dirigea un moment, vers les débuts de son installation à Rome, en 1954, Edith Bruck, recrutée par la Signora G. _ probablement Giancarla Mandelli (1937 – 3 avril 2010)… _, quelque temps après son arrivée à Rome, et jusqu’en 1959, au moment de la découverte _ détonnante _ de la publication de son tout premier livre, Che ti ama cosiet, en conséquence, du fait qu’Edith avait survécu à la Shoah…

3) des extraits du livre « Magyar, Stars and Stripes : a journey from Hungary through the Holocaust and to New-York« , de Michael Lipiner, en 2005, à propos du parcours de la Judit de cet admirable « Pain perdu » _ prénommée ici Zahava, et à sa naissance, Adele _, la sœur d’Edith, et sa très fidèle et protectrice compagne dans les camps de concentration, d’Auschwitz à Bergen-Belsen, du 28 mai 1944 au 15 avril 1945

4) l’article important « Memorial Candles« de Deborah Taub Damascelli, la bien-aimée nièce d’Edith _ et fille d’Adele : Deborah Taub est née en 1957 _, et désormais romaine _ épouse de Lucio Damascelli _, paru dans le volume « Trauma and Memory« , vol. 2, n°2, en 2014, où Deborah Taub raconte l’extraordinaire parcours de survie de sa mère, prénommée ici Zahava, et de sa très chère tante Edith…

5) quelques très précieux avis de condoléances de plusieurs membres de sa famille, adressés à Edith, pour le décès _ le 17 septembre 2015, à Rome _ de son époux Nelo Risi, parus dans le numéro de La Repubblica du 19 septembre 2015

6) l’intéressante notice biographique détaillée consacrée à Nelo Risi _ rédigée par Riccardo D’Anna _ dans le Dizionario Biografico degli Italiani, vol. 87, en 2016

7) un tout à fait détaillé résumé d’un très riche entretien avec Edith Bruck, de Fava Francesca et Giacobbe Borelli Maia _ d’une durée de 1 h 53′ ; je n’ai hélas pas réussi à accéder à l’écoute de ce podcast… _, réalisé le 2 avril 2016 : un document passionnant !

8) un article sociologiquement significatif _ seulement… _, intitulé « Sergio Valente, l’hair-stylist delle attrici internazionali« , paru dans La Gazzetta dello spettacolo du 9 juin 2016, consacré au coiffeur des stars Sergio Valente, qui a débuté sa carrière au fameux « Salone Filippo » de la via dei Condotti, et qui évoque cet institut de beauté dont Edith Bruck a été un moment la directrice, avant de se fâcher, au moment de la parution de son premier livre, Chi te ama cosi, à Rome, en 1959, avec la mal commode patronne, la Signora G. _ Giancarla Mandelli…

9) et 10) deux très riches articles _ avec des précision biographiques que j’ai seulement découvertes ici, à propos du parcours d’Edith entre son retour à Tiszabercel et son débarquement en Israël, à Haifa, le 3 septembre 1948 : extraites du « Qui t’aime ainsi«  de 1959…  _ d’Olivier Ypsilantis, intitulés « En lisant « Qui t’aime ainsi » 1 et 2″, en date des 18 et 20 avril 2017, publiés sur le site Zakhor-Online.com

11) l’entretien très émouvant d’Edith Bruck avec Antonio Gnoli intitulé « Scrivevo mentre Nelo dormiva » paru le 30 avril 2017 dans La Repubblica, à l’occasion de la publication du livre d’Edith consacré à la maladie terminale de son époux disparu le 17 septembre 2015, Nelo : « Le Rondine sul termosifone« 

12) une notice, qui bien que très mal traduite, comporte cependant quelques détails assez intéressants, intitulée « Les Écrivains hongrois« , et consacrée à Edith Bruck, sur le site bookwiki.info

13) un très intéressant entretien avec Edith Bruck mené par Patricia Amardeil à Rome le 18 février 2019, intitulé « A bâtons rompus« , à propos des très belles singularités de l’écriture de celle-ci

14) et 15) deux entretiens détaillés _ et consécutifs _ d’Edith Bruck avec Patricia Amardeil,

le second en date de l’automne 2019

et le premier (« Retour sur l’Italie« ) du 5 mars 2020

16 ) le podcast (de 11′ 07) d’un entretien d’Edith Bruck avec Ora Daria, intitulé « Edith Bruck, testimone della Shoah« , en date du 27 janvier 2021

17 ) la vidéo (de 16′) d’un entretien intitulé « Edith Bruck Scrittice e testimone della Shoah« , à la Rai, le 25 avril 2021, lors de la marquante Festa della Liberazione

18) l’entretien sur « Le Pain perdu » d’Edith Bruck avec Pupa Garriba et Fiorella Leone le 14 mai 2021, au domicile romain de l’écrivain, Via del Babuino, 72

19) un article assez développé de Sandra Petrignani, intitulé « La Storia di Edith« , paru le 30 juin 2021

20) un entretien d’Ilaria Romano avec Edith Bruck intitulé « Edith Bruck : Testimoniere per il futuro« , en date du 1er octobre 2021

Que je complète

par un lien _ à faire défiler, de parent à parent… _ à un site de généalogie, à propos de sa famille Steinschreiber (et familles apparentées) de Tiszabercel, en Hongrie :

à partir, ici, de la fiche concernant le père d’Edith, Sandor Sulem Shalom Steinschreiber…

et par un lien à quelques cartes _ à faire défiler aussi… _ de la région de Tiszabercel,

et de villes et villages mentionnés dans les environs…

Soient un trésor de ressources documentaires véritablement passionnantes

pour qui désire en apprendre un peu plus sur le parcours de vie (et d’écriture) d’Edith Steinschreiber – Bruck – Risi…

Ce mardi 11 janvier 2021, Titus Curiosus – Francis Lippa

Admirer la puissance de vérité du « Pain perdu » de toute une vie, d’Edith Bruck

07jan

Achevant à l’instant _ à 21 h 17 ce vendredi 7 janvier _ de lire « Le Pain perdu« , récit d’Edith Bruck,

je ne puis qu’exprimer ma très profonde admiration pour cet absolu témoignage de toute une vie, et des pouvoirs si profonds d’une écriture aussi directe _ et si juste.

Déjà, je suis saisi par l’extrême congruence de ce qui s’exprime ici, dans le récit de prose _ de 2021 _ de ce « Pain perdu« , de la mémoire très précise _ Edith Bruck, la petite Ditke Steinschreiber, est née le 3 mai 1931 _ d’une myriade de détails extrêmement pointus et infiniment sensibles de tant de scènes vécues depuis la toute petite enfance, au village natal de Tiszabercel, en Hongrie, jusqu’à cette Rome où Ditke a éprouvé le sentiment de retrouver la lumière aimable, accueillante et protectrice d’un nouveau chez elle _ après passages, en 1944-45, à Auschwitz, Dachau, Kaufering, Landsberg, Christianstadt, Bergen-Belsen _,

avec la puissance de ce qui s’est exprimé aussi dans les brèves _ et puissantes, en leur impact implacable de très douce instantanéité _ vignettes des poèmes de la poésie de son « Pourquoi aurais-je survécu ? » _ les deux, les poèmes et le récit, traduits de l’italien par René de Ceccatty _ :

le profond désir de témoigner _ voilà, et sans se dérober, jusqu’au bout _ de la vérité de ce qui _ vies ainsi qu’assassinats _ a été vécu par elle-même et les siens ;

et dont elle se souvient et parle…

À suivre…

Ce vendredi 7 janvier 2022, Titus Curiosus – Francis Lippa

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