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A propos de quelques GTE des Basses-Pyrénées entre 1940 et 1943, et de Marcel Brenot, commandant des 182e et 526e GTE

20avr

En complément _ et précisions _ de mon article Un point sur une enquête de micro-histoire sur un commandant de GTE dans les Basses-Pyrénées de novembre 1940 à juillet 1943 » du 22 avril 2015,

voici, assortie de quelques commentaires miens (en vert), une remarquable synthèse que Bruno Le Marcis, parent par alliance de Marcel Brenot, a fait parvenir à Claude Laharie _ l’historien du camp de Gurs _ ; et que vient de publier le Bulletin trimestriel de l’Amicale du Camp de Gurs, en son numéro 145 de décembre 2016.

HISTOIRE DU CAMP

Le commandant Marcel Brenot, chef du 182e GTE de Gurs puis du 526e _ GTE départemental _ d’Izeste (1940-1943)

Nous sommes en relations _ ici, c’est Claude Laharie qui présente la synthèse que lui a adressée Bruno Le Marcis à propos des activités de Marcel Brenot dans les Basses-Pyrénées, de son arrivée à Oloron, le 25 juin 1940, à son départ (pour Vichy) à la mi-juin 1943 _ depuis plusieurs mois avec Bruno Le Marcis

_ pour ma part, c’est le 2 février 2015, d’abord par un courriel (à 16h 08), puis par un contact téléphonique (à 16h 12), que Bruno Le Marcis et moi-même, Francis Lippa, sommes entrés en contact, sur le conseil de Claude Laharie

(qui répond ceci par courriel à Bruno Le Marcis le 1er février 2015 : « Je n’ai pas beaucoup d’informations à vous donner sur ce sujet _ le suivant : « Je cherche à me documenter sur le rôle exact tenu par Marcel Brenot (…) au camp de Gurs (je pense) où il supervisait un groupe de « Travailleurs Étrangers Volontaires » », disait Bruno Le Marcis…

Le nom de votre aïeul par alliance _ Marcel Brenot, donc _ m’est inconnu. Il me semble que je ne l’ai jamais rencontré dans mes recherches sur Gurs, mais je ne peux pas l’affirmer totalement…

_ réserve prudente ainsi que judicieuse, car le nom de Marcel Brenot apparaît bel et bien, au moins, déjà, sur les en-têtes de documents officiels émanant des 182e et 526e GTE, aux moments où Marcel Brenot en assumait le commandement ; mais il me semble me souvenir qu’apparaissent aussi son nom et sa signature sur plusieurs de ces documents tels qu’ils sont conservés aux archives départementales des Pyrénées-Atlantiques, à Pau, ainsi que j’ai pu le constater les plusieurs fois où, recherchant méthodiquement trace du nom de mon père, le Dr Benedykt Lippa, attestant de sa présence, soit au camp de Gurs, soit au sein des 182e et 526e GTE,  je suis venu y rechercher tout document concernant et le camp de Gurs et les GTE des Basses-Pyrénées ; à plusieurs reprises, donc : tout ce dossier est donc à relire… _

(…) Vous dites cependant que M. Brenot aurait commandé le 526ème GTE d’Oloron-Fabrèges-Buziet. C’est une information à creuser. Ce GTE ne dépendait en aucun cas du camp de Gurs _ car c’est exactement l’inverse : c’était le 182e GTE du camp de Gurs qui dépendait du 526e GTE départemental ; du moins à partir de la date (à vérifier !) où le 526e GTE fut, à la place de celui de Buziet, décrété GTE départemental !.. A mon avis, c’est ce point que vous devez tenter de préciser. Comment ? Je ne sais pas. Je sais par ailleurs que M. Francis Lippa, professeur bordelais à la retraite, a travaillé sur ce _ 526e _ GTE, puisque son père y fut _ effectivement : du 26 août au 9 décembre 1943, puis du 21 juillet au 30 septembre 1944 _ incorporé « ) ;

Bruno Le Marcis et moi-même, Francis Lippa, sommes entrés en contact sur les conseils de Claude Laharie, donc, que Bruno Le Marcis venait de joindre la veille (à 15h 45) pour avoir des éclaircissements sur ce camp de Gurs, dont le grand-père de son épouse, Marcel Brenot (17-7-1893 – 1-1-1986), avait dirigé le 182e GTE, et à propos duquel camp de Gurs il venait de découvrir de très nombreux très précieux documents, soigneusement conservés dans les archives privées de Marcel Brenot ; et cela à la suite du décès récent, au mois de novembre 2014, d’une des deux filles de Marcel Brenot _,

Nous sommes en relations depuis plusieurs mois avec Bruno Le Marcis

qui réalise une recherche familiale sur un aïeul par alliance, Marcel Brenot. Notre correspondant a retrouvé une volumineuse _ oui ! _ documentation d’archives, sur les activités de Marcel Brenot pendant la guerre : textes, rapports, circulaires, fiches, photos et même quelques objets dont on trouvera la reproduction ci-dessous

_ deux d’entre eux, un drapeau et une tranche de bois de chêne gravée, fabriqués par des T.E. républicains espagnols du 182e GTE du camp de Gurs, sont exposés à la Maison du Patrimoine d’Oloron en attendant l’édification d’un Musée au camp de Gurs même…

Une documentation et une iconographie assez complètes qui répondent à beaucoup de questions et en soulèvent de nombreuses autres.

Bruno Le Marcis a accepté de faire don à l’Amicale des quelques objets ayant appartenu à son aïeul. Nous l’en remercions vivement, de même que nous tenons à exprimer notre reconnaissance à M. Francis Lippa, professeur à Bordeaux, qui a servi de relais entre nous _ j’ai en effet remis ces deux premiers objets symboliques du 182e GTE du camp de Gurs (le drapeau et la tranche de bois de chêne gravée), reçus de Bruno Le Marcis à Bordeaux le 10 juillet 2015, à Claude Laharie aux Archives départementales des Pyrénées-Atlantiques, à Pau, le 26 août 2015, en me rendant aux obsèques de Jean-André Pommiès à Oloron – Sainte-Marie ; et Claude Laharie les a, ensuite, confiés aux bons soins d’Emile Vallès, qui les a mis en dépôt à la Maison du Patrimoine, rue Dalmais, à Oloron.

Mais surtout, Bruno Le Marcis nous a transmis le texte que nous publions ci-dessous, sur les activités de Marcel Brenot à Gurs.

Ce document est d’une grande valeur historique _ en effet ! _, car il vient combler une importante lacune _ oui ! En effet, rien de sérieux _ ni a fortiori nulle synthèse tant soit peu exhaustive : faute, pour l’essentiel, de documents dûment recensés et répertoriés, surtout dans les archives nationales ou départementales ; existe cependant la thèse importante de Peter Gaida, Camps de travail sous Vichy, en 2007, déjà… _ n’a jamais été écrit sur l’histoire du 182ème Groupe de travailleurs étrangers (GTE) de Gurs, ni sur celui de son frère jumeau, le 526ème d’Izeste _ c’est-à-dire le 526e Groupe de Travailleurs Etrangers d’Izeste – Louvie-Juzon, puis d’Oloron-Sainte-Marie ; avant que son siège soit transféré de la rue Saint-Grat à Oloron-Sainte-Marie, à Jurançon, à la Villa Montréal, au cours du mois de septembre 1943, comme l’atteste la consultation et comparaison des en-têtes de divers documents officiels, dont, surtout, les contrats mensuels successifs de T. E. de mon père, le Dr Benedykt Lippa (alors polonais), qui, méthodiquement conservés dans les archives privées de Pierre Klingebiel (1896-1984), leur co-signataire, m’ont été remis par son fils, le Pr André Klingebiel ; lequel, né en 1930, se souvient fort bien de mon père à Oloron en ces années-là, 1943 et 1944, de guerre et d’occupation par les Allemands…

Nous soumettons donc à nos lecteurs ce texte exceptionnel _ en effet ! _ qui vient éclairer l’un des aspects les plus méconnus de l’histoire du camp _ pour ce qui concerne son 182e GTE.


Le commandant Marcel Brenot, brillant officier devenu fonctionnaire atypique, occupe une place importante _ en effet _ dans l’histoire du camp de Gurs, à l’époque de Vichy. Il fut en effet le commandant du 182ème Groupe de travailleurs étrangers de Gurs du 9 novembre 1940 _ remplaçant Hubert Cosse _ au 1er avril 1942 _ date à laquelle, après y avoir été officiellement affecté le 19 mars 1942, il rejoint le 526e GTE départemental d’Izeste – Louvie-Juzon, où il va s’installer et résider alors ; et c’est le 20 avril 1942 que le chef Charles Rivalland lui cède la place à la tête de ce 526e GTE.

Auparavant, il s’était fait remarquer pendant la première guerre mondiale. Il avait combattu d’abord dans l’infanterie, puis dans l’aviation où il avait effectué une centaine de missions de reconnaissance aérienne. Héros de guerre, blessé à quatre reprises, il fut élevé au rang de chevalier de la Légion d’honneur à l’âge de 27 ans, reçut la Croix de Guerre avec palmes, ainsi que cinq citations. Marié au lendemain de la guerre, il eut trois enfants, devint négociant en vins et spiritueux à Saumur (49), puis exerça dans un négoce de bois avant de retourner dans l’armée active. Promu chef de bataillon en 1939, il est affecté à Saint-Cyr l’Ecole. Il y essuie les bombardements de juin 1940 et se replie avec son bataillon à Oloron-Sainte-Marie, où il arrive le 25 juin au soir, sous une pluie battante. Le 2 octobre 1940, il est finalement démobilisé à Pau. Le mois suivant, le 9 novembre, il est nommé au camp de Gurs, à la tête du 182ème GTE _ ici débute donc sa présence au camp de Gurs ; Marcel Brenot, et sa famille (son épouse et ses trois enfants) résidant très probablement alors à Oloron : à son arrivée, avec son Bataillon de l’Air 116 (de Saint-Cyr-l’École), à Oloron le 25 juin 1940, le commandant Marcel Brenot avait résidé dans la belle et vaste propriété Bordeu (avec parc) ; mais jusqu’à quelle date y est-il demeuré ? À quelle date lui et sa famille (acheminée, non sans difficultés, du Loir-et-Cher, à Oloron début septembre 1940) se sont-ils installés dans l’appartement « de fonction«  du 18 rue Dalmais, que leur loue Émile Lucbéreilh ; appartement dans lequel s’installera, au départ de Marcel Brenot d’Oloron pour Vichy, puis Orléans, son successeur provisoire à la tête du 526e GTE, celui qui était jusqu’alors son second (à cette date du 19 juin 1943), François Bodin-Hulin ? Au cours du mois de septembre 1943, le chef nouvellement nommé du 526e GTE départemental, Philippe Grandclément, décidera de transporter le siège de ce 526e GTE départemental, d’Oloron (22 rue Saint-Grat) à Jurançon, à la Villa Montréal, dans la banlieue de Pau


Le commandant Brenot assis à son bureau, à Izeste (1942)

Marcel Brenot, commandant du 182ème GTE de Gurs

Il y déploie tous ses efforts pour gérer les travailleurs étrangers — pour la plupart des Républicains espagnols, qu’il place _ du moins ceux qui deviennent ainsi des « T.E. détachés » auprès d’employeurs privés, agricoles ou industriels ; les autres T. E. demeurant, eux, cantonnés à l’intérieur du camp _, par des contrats de travail, dans les usines et les entreprises _ aussi des exploitations agricoles _ de la région _ du fait du nombre très important des prisonniers de guerre retenus en Allemagne, la main d’œuvre (surtout très bon marché, telle que celle-ci !) fait, en effet, cruellement défaut.

Beaucoup d’entre eux sont employés aux travaux forestiers _ mon père, le Dr Benedykt Lippa, y fut, lui aussi, un moment affecté, à Louvie-Juzon (à l’entreprise Lombardi Morello) : c’est une des rares mentions qu’il se plaisait à faire de ses activités d’alors, comme « bûcheron«  ! Un domaine que connaît bien Marcel Brenot. C’est un spécialiste du bois : les essences n’ont pas de secret pour lui. Il sait d’un coup d’œil sûr cuber un fût jusqu’au houppier lorsqu’il n’a pas avec lui son grand compas de forestier en chêne. A cette époque, pénurie d’essence oblige, camions et automobiles sont équipés de gazogènes alimentés en charbon de bois.

La gestion des travailleurs étrangers n’est pas toujours de tout repos. Il faut savoir canaliser quelques personnalités trop marquées, voire les écarter pour préserver coûte que coûte le moral des troupes, garant d’un bon entrain… et de la productivité qu’en attendent les employeurs. Tous les groupes de travailleurs étrangers ne se ressemblent pas, tant s’en faut. Et certains petits chefs _ tel, par exemple, Alexandre de Moroge (qui fut aussi milicien), à Buziet _, sans doute moins imprégnés de la droiture militaire qui guide encore Marcel Brenot, peuvent se montrer injustes et brutaux : tout ce qu’il exècre.

Autour du camp de Gurs se développe sporadiquement un marché aussi noir que parallèle, alimenté par des travailleurs étrangers en quête d’un pécule. Gare aux vrais voyous qui abusent de la situation ! À Pau, le tribunal, auquel le préfet réclame « des mesures très sévères », tourne à plein régime. La relative liberté de mouvement dont jouissent, hors le camp, les hommes _  surtout les « T.E. détachés » ; beaucoup moins les autres… _ du 182e GTE. susciterait-elle des jalousies ? Marcel Brenot prend soin de recueillir des témoignages et y met bon ordre en réorganisant le groupe, comme il sait le faire, sur le mode militaire. Il redonne de la tenue aux hommes en organisant, autant que faire se peut, un semblant d’homogénéité dans les « uniformes ». Chemises avec poches à rabat ; culottes de cavalerie et bérets pour l’encadrement ; ponchos taillés dans des couvertures, qui font office de cache-misère pour le reste de la troupe.


Un des emblèmes du 182ème GTE de Gurs, gravé dans une tranche de bois de chêne

 

L’emblème, le fanion et l’hymne du 182ème

Fin 1940, le 182ème GTE incorpore, aux côtés des travailleurs espagnols, un certain nombre d’Allemands expulsés du Pays de Bade pour cause d’antiracisme notoire, juifs pour la plupart _ l’opération de transfert est ordonnée et supervisée par Adolf Eichmann. Dans les rangs de ces désormais apatrides, dont certains réussiront à émigrer, figurent de nombreux intellectuels, écrivains, acteurs, musiciens, peintres, dessinateurs, plasticiens… et des sportifs aussi. Une équipe de football (maillot bleu, short blanc et chaussettes à bandes blanches) est même organisée, qui se produira au stade d’Oloron.

Un Groupe artistique du 182e GTE voit également le jour à Gurs, puissant dérivatif à la désespérance qui hante les autres internés, consignés dans des baraquements sommaires _ prévus pour ne durer qu’un seul été !!!! au printemps 1939… _ que les rudesses des deux hivers précédents ont déjà bien mis à mal _ et c’est encore peu dire ! Sur un terrain, en effet, argileux, où, sous ce climat pluvieux atlantique, tout devient boue ! Marcel Brenot commande aux artistes la création d’un insigne avec l’edelweiss pour emblème (les Béarnais l’appellent imortèla) sur fond bleu-blanc-rouge. Aux musiciens, il commande aussi l’écriture d’un hymne bien martial, une marche, paroles et partition pour voix et piano, que l’orchestre du camp pourra exécuter. Le musicien Hans Ebbecke et le pharmacien Julius Schwab, infirmier du GTE, signent leur œuvre, La marche du 182e, à la Noël 1941. Excusez du peu, le compositeur Hans Ebbeckke n’était rien moins, avant la guerre, que l’organiste de la cathédrale de Strasbourg ! L’hymne reprend en titre et en couplet la devise du groupe, que n’aurait pas reniée Baden Powell : « Toujours prêt ! ». Bon et utile…


Gravure du Groupe artistique du 182ème GTE de Gurs (1941)

La partition originale de l’hymne «Toujours prêts»du 182ème GTE de Gurs (paroles de Julius Schwab, musique de Hans Ebbekke)


Traduction en français de l’hymne du 182ème GTE de Gurs

Le 182e G.T.E. est _ de même que tous les autres GTE : bien commodes réservoirs de main d’œuvre immédiatement disponible ! _ l’objet de toutes les attentions de l’Organisation Todt, chargée de la construction du « Mur de l’Atlantique ». Le 30 juillet 1941, deux sergents recruteurs enrôlent _ avec, aussi, l’attrait d’une paye un peu plus substantielle que celle, misérable, des T.E. … _ 248 hommes, dont 141 membres du Groupe

_ l’année suivante, mon père, le Dr Benedykt Lippa, interpellé fin juin 1942, et mis d’abord quelques jours en « résidence forcée » à Grenade-sur-Adour, puis « versé » à ce 182e GTE du camp de Gurs début juillet 1942, échappera, lui, à ce sort, le temps de son cantonnement à Gurs, c’est-à-dire de la fin juin – début juillet 1942 jusqu’au 26 août 1943, où il sera transféré au 526e GTE d’Oloron (et mon père résidera alors à Oloron-Sainte-Marie, 40 rue des Oustalots, chez Joseph et Léonie Castille) grâce à un contrat de T. E. de complaisance, conçu par Marcel Brenot, et exécuté par son successeur à la tête de ce 526e GTE d’Oloron Philippe Grandclément, et son adjoint, Joseph de Goussencourt :

excellent médecin

(mon père était assistant en ORL du Professeur Georges Portmann à la Faculté de Médecine de Bordeaux jusqu’à ce 5 juin 1942, où Portmann, extrêmement bien informé _ il avait été Secrétaire d’Etat à l’Information à Vichy durant l’intermède Flandin, en janvier et février 1941 ; et conservait de très efficaces contacts dans les milieux d’information, presse, radio… _, l’ayant prévenu de sa prochaine arrestation par la Gestapo, lui permet de fuir, au sein d’un transport organisé par des Résistants bordelais _ recherche à creuser !!! _ en un autocar dirigé par une infirmière de la clinique Bagatelle (à Talence), en franchissant la ligne de démarcation à Hagetmau : ma mère, qui a 99 ans et fort bonne mémoire ancienne, ayant fait l’aller-retour Bordeaux-Hagetmau-Bordeaux en cet autocar spécialement affrété, peut encore en témoigner !),

et qui parle couramment allemand, polonais, russe et espagnol, outre ses compétences médicales,

Benedykt Lippa est chargé de diverses fonctions de secrétariat au sein de ce GTE ; il s’occupe notamment des formulaires d’engagement des T.E. ; dont le verso d’un exemplaire vierge a servi de couvre-livre à un ouvrage dédicacé à mon père, par son auteur, le Pasteur Cadier ; et que, ramené avec lui, en son bagage, par mon père à Bordeaux le 30 septembre 1944, je possède…

Le 3 août, la gendarmerie les escorte jusqu’au Groupement régional n° 2 de Toulouse (4 rue de Belfort), dont dépendent les 27 GTE _ à cette date ; mais il faut bien noter que le nombre des GTE en fonction sera très mouvant tout au long de leur existence _

de _ cette partie de la _ zone non-occupée, quelque 13.000 hommes, pour être remis aux Allemands.

A la Noël 1941, en amenant les couleurs du 182e pour la dernière fois de l’année, Marcel Brenot fait sensation au camp de Gurs _ et dans la hiérarchie des administrations de Vichy _ en prononçant un discours qualifié de « chaleureux » devant les hommes de son groupe. Homme entier et indépendant, il n’hésite pas à critiquer ce qui le rebute. Est-ce la raison pour laquelle _ le 1er avril 1942 _ il est éloigné du camp ? _ il faut cependant noter qu’il y a eu, aussi, en février-mars 1942, de gros problèmes (un violent conflit entre le chef Charles Rivalland, jusqu’alors à la tête de ce 526e GTE départemental depuis le 21 mai 1941, et l’irascible colonel Lespert, qui dirigeait un chantier de jeunesse en vallée d’Ossau) au sein de la direction du 526e GTE départemental d’Izeste – Louvie-Juzon, qui est donc réaménagée ce 1er avril 1942. Et accéder au commandement du GTE départemental constitue une promotion ! Par ailleurs, à la tête de ce poste « départemental« , le commandant Brenot garde un œil vigilant sur ce qui se passe dans les deux GTE du camp de Gurs ; Gurs, où sa présence physique est attestée à plusieurs reprises en divers documents conservés aux Archives départementales des Pyrénées-Atlantiques, à Pau : par exemple, un contrat passé en décembre 1942 avec le commandant du camp de Gurs, René Gruel, transfère pour un mois au 526e GTE d’Izeste un certain nombre de T.E. « hébergés« … Toujours est-il que, le 1er avril 1942, Marcel Brenot est affecté au commandement du 526e GTE départemental d’Izeste -Louvie-Juzon.

Ce GTE départemental _ et c’est bien là son statut officiel : il y a en effet un « GTE départemental » pour chaque département de la zone non-occupée _ chapeaute les autres GTE des Basses-Pyrénées-et-Landes-non-occupées _ ainsi la moitié ouest du département des Landes, y compris, sa préfecture, Mont-de-Marsan, se trouve-t-elle en zone occupée ; alors que sa moitié est, et la sous-préfecture d’Aire-sur-Adour, est rattachée, elle, à la partie est, également non occupée, du département des Basses-Pyrénées ; et dépend donc administrativement de la préfecture de Pau. Il compte 777 travailleurs (21 employés par le groupe, 744 détachés _ voilà ! _ chez les employeurs, 4 disponibles et 8 absents). Le 7 mai 1942, le 526e grossit. Les effectifs atteignent 900 hommes « 600 Espagnols, 100 juifs et 200 de nationalités diverses, mais ariens », selon un rapport du Comité d’Assistance aux Réfugiés (CAR). Le siège du 526e est d’abord à Izeste (tél. : le 5 à Louvie-Juzon) _ avant d’être déplacé à Oloron-Sainte-Marie, le 7 novembre 1942 ; très probablement par la volonté de Marcel Brenot lui-même. Mais le groupe dispose aussi _ déjà ? _ de bureaux à Oloron-Sainte-Marie, 22 et 25 rue Saint-Grat (tél. : 343), où sont situés aussi l’écurie et le garage. Les magasins (ordinaire et matériels) sont situés 9 rue Carrerot _ et cela avant que le siège de ce 526e GTE départemental soit transféré d’Izeste – Louvie-Juzon à Oloron-Sainte-Marie. Marcel Brenot, précédemment installé _ les dates ont de l’importance : à tâcher de préciser ; ne serait-ce pas plutôt l’inverse ?… _ dans un appartement de fonction meublé 18 rue Dalmais, qu’il loue à Émile Lucbéreilh, fabricant des pâtes alimentaires Luc (marque déposée), investit _ à quelle date ? _ avec femme et enfants le _ beau et vaste _ pavillon _ avec un grand parc _ dévolu à la direction du Groupe _ ou plutôt, dévolu au domicile personnel de son commandant : les photos conservées par Marcel Brenot permettant de très clairement le situer : il s’agit de la propriété Bordeu… Sur tous ces points, préciser la chronologie des domiciliations successives de Marcel Brenot (et de sa famille) en Béarn serait bien utile…

A Izeste, le paysage est somptueux, le jardin à l’arrière de la maison offre une pleine vue sur le Pic d’Izeste. Dans les communs, des employés entretiennent une basse-cour et une petite porcherie d’une dizaine d’animaux moyennement gras. Ils cultivent également un vaste potager. Une symphonie pastorale dans la fureur de la guerre. Plus au nord-ouest, à 38 kilomètres à vol d’oiseau d’Izeste, au strict opposé d’Oloron, les détenus du camp de Gurs sont en proie à la famine et aux pires maladies _ dont la dysenterie et le typhus.

Poussé par la nécessité d’informer plusieurs centaines de travailleurs étrangers _ les T. E. « détachés«  _ éparpillés dans les entreprises _ et exploitations agricoles _ de la région, Marcel Brenot réussit à obtenir des subsides d’une association caritative pour éditer un bulletin bilingue franco-espagnol de 2 ou 4 pages, dont il est l’unique rédacteur-gérant. Faute de papier disponible chez l’imprimeur, son bulletin, dénommé Servir, tiré à mille exemplaires, ne connaît, semble-t-il, que quatre parutions. Il y exhorte ses hommes à la patience et à l’engagement. Il promet : « Je veillerai à ce que vos femmes et vos enfants ne soient pas dans la misère. Je pense aux regroupements familiaux. » Il assure : « Je serai juste, équitable, humain, aussi bien pour les employeurs que pour le T.E. » S’ensuit une liste de courts conseils et de renseignements pratiques, comme ce bref encadré en bas de page, intitulé « Recommandations importantes pour MM. Les employeurs ruraux » : « Pour avoir de bons T.E., fidèles et dévoués, occupez-vous aussi d’eux en dehors du travail. Préoccupez-vous fréquemment du sort de leur famille, de leur femme ou de leurs enfants. Procurez-leur toute l’aide matérielle et morale possible. Ils vous en seront très reconnaissants ».

Les 23, 25 et 27 juillet 1942 _ et cette fois mon père, le Dr Benedykt Lippa, se trouve bien présent au camp de Gurs, au sein du 182e GTE : depuis la fin juin ou le tout début juillet de 1942 ; il y assume notamment des fonctions de secrétariat et interprétariat, en plus de services spécifiquement médicaux auprès de l’équipe médicale… _, la Commission Todt est encore à pied d’œuvre, le Mur de l’Atlantique réclame toujours plus de bras pour réaliser ce projet pharaonique dont Adolf Hitler a confié la supervision au Maréchal Rommel _ un an et demi plus tard : le 5 novembre 1943 _ : 15.000 bunkers et blockhaus _ dont « seule la moitié a été complètement terminée » en juin 1944… _ du Danemark à la Bidassoa, nécessitant quelque 13 millions de m3 de béton…

Le 11 novembre 1942, l’ambiance générale se refroidit brutalement dans les Basses-Pyrénées : les Allemands _ en représailles immédiates au débarquement allié en Afrique du Nord _ envahissent la zone libre _ ainsi la Gestapo est-elle présente, et active, à Oloron. Plus que jamais, la prudence s’impose. Les visites impromptues se multiplient au camp de Gurs _ Marcel Brenot, lui, ne s’y trouve plus… Et les claquements de portières des voitures de la Gestapo à la porte de son bureau _ transféré trois jours plus tôt, le 8 novembre 1942, au 22 de la rue Saint-Grat, à Oloron-Sainte-Marie _ hantent encore Marcel Brenot. Les Allemands missionnent-ils des « moutons » dans les GTE ?

Le tournant de 1942

Cultivé, polyglotte, germanophile, Marcel Brenot parle allemand couramment depuis la fin de ses études à Sens, et un peu anglais ; conférencier à ses heures pour ses camarades officiers, grand lecteur féru d’histoire, Marcel Brenot sait qu’elle ne repasse jamais tout à fait les mêmes plats. Il est urgent d’attendre, de rester debout et de préserver a minima l’ordre qu’exige toute organisation.

En 1940, s’il semble adhérer aux principes de la Révolution nationale, c’est d’abord en soldat, comme beaucoup d’officiers de sa génération, par respect pour le vainqueur de Verdun. Nourrit-il des sentiments antisémites ? Sûrement non. Mais il ne dit mot des lois scélérates de 1941, encore moins de l’organisation au Camp de Gurs de six convois de détenus emportant vers « une destination inconnue » 3.907 juifs allemands et ressortissants d’autres pays, chargés à même la paille des wagons à bestiaux en gare d’Oloron-Sainte-Marie. Ses archives sont muettes sur le déroulement de ces événements tragiques, dont on peut imaginer que l’ampleur et la soudaineté ont dû mobiliser l’essentiel des rouages de l’organisation du Camp (et des deux GTE qui en font partie _ en plus du 182e GTE , l’autre est le 722e _) et dont il a nécessairement eu connaissance. Rien n’atteste, cependant, que Marcel Brenot ait participé d’une quelconque manière à leur préparation ou leur organisation.

L’année 1942 marque sans doute un tournant important dans le parcours de Marcel Brenot. Elle alimente sa déconvenue. Tout _ bientôt _ menace de partir à vau-l’eau dans l’organisation des GTE _ cf là-dessus le livre important d’Antoinette Maux-Robert : La Lutte contre le chômage à Vichy 1939 – 1944 _ Henri Maux, le Juste oublié L’administration de Vichy ne suit pas.La nourriture est comptée. Le matériel vient à manquer, comme l’habillement, surtout les chaussures, qui font cruellement défaut et sont l’objet de réclamations incessantes, ravivées au gré des aléas de la météo. Ses exhortations à l’ordre et la patience ne sont, chaque jour un peu plus, que des mots, rien que des mots s’éloignant dangereusement de la réalité. C’est sur le terrain de l’humanitaire que Marcel Brenot va nouer des liens avec certaines familles d’Oloron et de la région _ ce serait bien intéressant d’obtenir ici de plus amples précisions _, comme avec Henriette Verdalle, fille de Paul Verdalle, maire et conseiller général de Navarrenx _ celui-là même qui au printemps 1939 avait accepté que fut là installé, principalement sur le territoire de la commune de Dognen, le camp dit « de Gurs« , à la place du lieu initialement prévu en 1939, à Ogeu-les-Bains, et habilement rejeté par le maire d’Ogeu, le chanoine Biers. Cette dernière _ Henriette Verdalle est en effet depuis longtemps une militante vigoureuse et assidue des Droits de l’Homme _ apporte un soutien actif aux internés du Camp de Gurs, parmi lesquels, un avocat berlinois : M. Frederic Wachsner _ Ohlau, 1893 – Navarrenx, 28-2-1958. Marcel Brenot le dote d’un contrat de travail en bonne et due forme, autorisant Mme Verdalle à l’employer et l’héberger chez elle à Navarrenx _ au Vieux-Logis. M. Wachsner supervisera les études du fils de sa protectrice, André Laclau-Barrère, né en 1925 _ Cierp, 4-11-1925 – Susmiou, 1-5-2001 _, avant d’être exfiltré en Espagne, puis de passer à Londres. À la Libération, il reviendra en France pour épouser Henriette Verdalle _ le 8 décembre 1945, à Navarrenx ; et tout au long de leurs vies, Henriette Wachsner-Verdalle (Navarrenx, 21-8-1896 – Mauléon-Licharre, 27-8-1988) et Marcel Brenot (Saint-Laurent-lèz-Macon, dans l’Ain, 17-7-1893 – Voisins-le-Bretonneux, 1-1-1986) ne manqueront pas d’entretenir d’amicales relations…

Le sort heureux du Dr Benedykt Lippa, polonais originaire de Galicie _ Stanislawow, 11-3-1914 – Bordeaux, 11-1-2006 : il est venu en France en 1932 pour y faire ses études de médecine, et il est docteur en médecine (et spécialiste en ORL) depuis le mois de juillet 1939 _, T.E. au 182e du camp de Gurs, est à mettre également à l’actif de Marcel Brenot _ comme le signalent, et c’est un témoignage très précieux, les archives privées du Professeur Pierre Klingebiel. Il lui prépare _ et de sa pure initiative : c’est à souligner ! C’est lui, Marcel Brenot, en effet, qui sollicitera à cette fin Pierre Klingebiel, professeur de philosophie au Collège d’Oloron, Protestant actif, profondément humaniste, et chargé de famille nombreuse… _ un contrat de travail _ « agricole » !.. _ de complaisance c’est là un point très important ! _ en juin 1943, afin que le Dr Lippa, une fois sorti du camp, serve de médecin aux T.E. _ que le commandant Brenot a toujours très à cœur ! _ du 526e d’Oloron _ et soit ainsi, aussi, (un peu) éloigné du camp de Gurs, et par là un peu moins à portée immédiate de menaces « de type Organisation Todt«  Contrat qui sera honoré après son départ d’Oloron et du 526e, le 19 juin 1943, par l’un de ses successeurs _ à la tête de ce 526e GTE d’Oloron _, Philippe Grandclément _ Rochefort, 25-7-1904 – Rochefort, 26-4-1974, le frère aîné du fameux Résistant bordelais André Grandclément (Rochefort, 28-7-1909 – Saugnacq-et-Muret, 27-7-1944), dont le nom et la signature sont présents sur ce contrat « agricole«  de complaisance à la date du 26 août 1943… _, et son adjoint, Joseph de Goussencourt _ Saint-Eman, 9-5 1896 – Banalec, 1985 ou 1992 ; déjà présent, ce dernier, dans l’équipe administrative du GTE à Oloron du temps du commandement de Marcel Brenot, en particulier à cette date du 19 juin 1943 ; et donc bien connu de lui ! _, à la date du 26 août 1943 _ et cela grâce aux liens précédemment établis entre Marcel Brenot et Pierre Klingebiel, qui avait, en effet, sollicité et obtenu à plusieurs reprises des contrats mensuels de T.E. pour des Républicains espagnols protestants internés au camp de Gurs (Francisco Maso et Jose Mortes), pour des travaux agricoles saisonniers, à Agnos, au bénéfice du père de son employée de maison ; Pierre Klingebiel était aussi très proche de son collègue et ami le Résistant Jean Bonnemason (Gère-Bélestein, 29-11-1894 – Oloron, 8-12-1955), qui sera très actif au conseil municipal d’Oloron au moment de la Libération de la ville, avant de devenir conseiller général de Laruns et de la Vallée d’Ossau : ainsi existe à Oloron une rue Jean Bonnemason. En 1945, Jean Bonnemason rédigera un courrier d’appui à la sollicitation par mon père d’une reconnaissance officielle de sa participation à des activités de Résistance dans la région d’Oloron.

Dans un mémoire daté de l’automne 1944, qui ne mentionne ni les convois ni le nombre de déportés, Marcel Brenot estime que « le Camp de Gurs a connu, pendant les années d’occupation, une notoriété d’un caractère spécialement douloureux. Destiné à recevoir des étrangers, il a été le théâtre de la part de la Gestapo et du gouvernement de Vichy des pires excès. Le camp comprenait des communistes espagnols, des israélites belges, allemands, autrichiens, etc., dont beaucoup avaient servi et combattu dans les rangs de l’armée française. » Il souligne : « J’ai fait tout ce qui était humainement possible pour adoucir les rigueurs des ordres et de la discipline, pour faciliter les évasions, pour sauver de la déportation de malheureux internés. » « Les mesures prises de ma propre initiative, poursuit-il, ont représenté le maximum de ce qu’il était possible de faire étant donné le contrôle allemand de Vichy : déplacement du cantonnement des Travailleurs [du 182e G.T.E.] à la périphérie du camp ; enlèvement des fils de fer barbelés ; autorisation quotidienne de libre sortie pendant plusieurs heures ; permission de la journée et de 24 heures le dimanche ; permissions exceptionnelles de plusieurs jours pour toute la Zone Sud (nombreux conflits à ce sujet avec la direction du camp et le Préfet. Rappel à l’ordre de Vichy) ; incorporation au Groupe de nombreux internés du camp, ex-volontaires étrangers, dont de nombreux israélites qui, par cette opération, devenaient Travailleurs libres en bénéficiant immédiatement du statut de T.E. J’ai, de cette manière, soustrait d’innombrables anti-hitlériens de l’Europe centrale à la persécution de la Gestapo et de la police française ; création d’un foyer et d’une cantine, gérés par les Travailleurs, ce qui a permis de distribuer 300 frs par tête lors de la dissolution du Groupe ; rédaction et signature d’un contrat collectif de travail avec le directeur du camp _ M. Gruel _, sauvegardant ainsi les droits sociaux de mes hommes ; rétablissement du libre exercice du culte israélite et suppression du travail le samedi » _ tout ce détail des mesures prises constituant un apport passionnant et très riche à la connaissance des GTE !

Les soupçons de Vichy

Le Commandant Brenot organise aussi la protection des T.E., « étrangers antinazis recherchés par la Gestapo ». Il prépare « de nombreuses évasions et passages à l’étranger des travailleurs recherchés », indique des lieux de retraite, « bien qu’étant [lui]-même surveillé et soupçonné par la police vichyssoise, qui avait connaissance de [son] activité. »

Plus impliquant encore, il revendique la refonte du fichier du Groupe en une nuit « pour reculer les dates d’entrée en France de certains Polonais, Hongrois, Tchèques, Autrichiens, presque tous israélites, pour les soustraire aux mesures d’internement prévues par Vichy, en reculant leur date d’entrée en France (avant 1933). »

Un procès-verbal manuscrit en date du 5 mars 1943, atteste que ce jour à 15 heures, Marcel Brenot, assisté par quatre personnes _ Jean Coulon, alors commandant en second du 526e GTE (Jean Coulon sera affecté à Lille au début du mois de mai suivant ; François Bodin-Hulin le remplaçant à ce poste de commandant-adjoint ; ensuite, ce sera Joseph de Goussencourt, qui demeurera à ce poste de commandant-adjoint au moins jusqu’en juillet-août 1944), Camille Portier, chef comptable, Hubert Heinnen, surveillant, Vicente Gardia, employé du GTE ; ainsi qu’une cinquième personne, dont la signature demeure illisible _ a procédé dans les bureaux du 526e GTE _ à Oloron-Sainte-Marie, 22 rue Saint-Grat, par conséquent _ à l’incinération de « 710 ordres de mission, cartes d’identités de Travailleurs étrangers du Groupe, périmés, remplacés par les nouvelles revêtues du nouveau cachet » (sic).

Sur un plan plus politique, dès 1941, Marcel Brenot prend une initiative remarquée en faveur des Républicains espagnols. On ne lui connaît pas de sympathies communistes, ce serait plutôt le contraire. Le 15 avril 1941, bravant les consignes propres à l’État de siège alors en vigueur, Marcel Brenot organise et préside devant un parterre de 300 ex-miliciens espagnols, tous du 182e GTE _ c’est à noter _, un grand banquet à l’hôtel Lubeigt de Navarrenx _ avec l’accord bienveillant du maire de Navarrenx, Paul Verdalle. Ils célèbrent ensemble le 10e anniversaire de la seconde République espagnole (1931-1939). Peut-il soupçonner à cet instant qu’un certain nombre de travailleurs du 526e G.T.E. _ que dirige alors, à Izeste, le chef Charles Rivalland _, affectés au chantier de construction de la centrale hydroélectrique de Fabrèges, dans la vallée d’Ossau, seront bientôt approchés par la Résistance toulousaine ? Les documents qu’il a laissés ne permettent pas de le supposer _ mais à cette date du 15 avril 1941, Marcel Brenot n’a nul regard, depuis son poste de commandant du 182e GTE du camp de Gurs, sur ce qui se passe au 526e GTE départemental d’Izeste – Louvie-Juzon.

En 1943, les exigences allemandes depuis l’invasion de la zone libre _ le 11 novembre 1942 _, auxquelles s’ajoutent les pressions et les projets de l’Organisation Todt sur les GTE, et particulièrement en mai 1943 sur le 526e, les lourdeurs de l’administration de Vichy _ cf sur ce point les détails qu’en donne le livre d’Antoinette Maux-Robert La Lutte contre le chômage à Vichy 1939 – 1944 _, tout finit par convaincre Marcel Brenot qu’il est temps de partir. Il démissionne du 526e GTE fin mai 1943.

Après deux ans et huit mois passés dans les Basses-Pyrénées, il est nommé commandant régional des Groupes Mobiles de Réserve (G.M.R.) à Orléans. Il prend ses fonctions en juin 1943 avec le grade de Colonel.

Les critiques n’ont pas manqué à l’encontre de Marcel Brenot, durant son séjour pyrénéen, elles ne manqueront pas non plus jusqu’à la Libération. Un dicton béarnais affirme Qui passe par Izeste sans être critiqué peut passer l’enfer sans être brûlé. La suite du parcours de Marcel Brenot montrera qu’il peut faire aussi parfois très chaud hors de l’enfer…

Bruno Le Marcis

Le fanion du 182ème GTE de Gurs

Voilà un apport décidément majeur à la connaissance des faits advenus au camp de Gurs ces années-là ;

ainsi qu’à la connaissance du fonctionnement, vu en interne et du point de vue des initiatives prises (ou à mener), des GTE, à travers les cas bien concrets _ vus quasiment au jour le jour, et à l’épreuve des problèmes qui surgissaient _ des 182e et 526e GTE…

Titus Curiosus, ce mardi 18 avril 2017

Un point sur une enquête de micro-histoire sur un commandant de GTE dans les Basses-Pyrénées de novembre 1940 à juillet 1943

22avr

Voici un point-synthèse, j’espère significatif,

sur un élément précis des recherches de micro-histoire que je mène depuis deux ans
sur le parcours de mon père, du 5 juin 1942 au 30 septembre 1944
_ dates de son départ de, et de son retour à Bordeaux, où il résidait _
en zone dite, un moment, « non-occupée »,
après son passage illégal de la ligne de démarcation _ à Hagetmau _, ce 5 juin-là…
Mon père, venu en 1932 de Galicie polonaise _ Stanislawow _  en France, afin d’y faire ses études de médecine,
était, ces années 1941-42, assistant en ORL du Professeur Georges Portmann à la Faculté de Médecine de Bordeaux ;
et le 20 septembre 1939 il s’était engagé dans les régiments polonais au service de la France.
Cf mes articles du 31 juillet et du 27 septembre 2014 :
et
Pour ce nouveau point-synthèse, ce jour, sur le parcours de mon père,
et qui concerne précisément ici le commandant des 182e, puis 526e GTE (= Groupe de Travailleurs Etrangers), Marcel Brenot
_ c’est lui, Marcel Brenot, ce « commandant de GTE dans les Basses-Pyrénées de novembre 1940 à juillet 1943«  du titre de cet article… _,
dont mon père a probablement croisé _ sinon physiquement, au moins administrativement : nous allons le voir… _ la route,
ne serait-ce que parce que,
d’abord,
le nom de Marcel Brenot figure imprimé sur l’en-tête du tout premier « contrat agricole » de complaisance qui a ex-filtré mon père du camp de Gurs, en date de 26 août 1943
_ certes Marcel Brenot avait quitté Oloron et le Béarn au début du mois de juillet 1943 : pour Vichy, puis Orléans, où il venait d’être nommé Commandant régional des GMR (Groupes Mobiles de Réserve) ;
cependant, fin novembre 1942, Marcel Brenot (qui avait quitté le camp de Gurs au cours du mois d’avril 1942) signait avec René Gruel, devenu le chef du camp de Gurs, un contrat (valable pour le seul mois de décembre 1942) mettant administrativement à la disposition du 526e GTE départemental des Basses-Pyrénées que dirigeait alors Marcel Brenot, un groupe d’« hébergés«  détenus dans le camp de Gurs, afin que ceux-ci aident le service du camp de Gurs, et bénéficient ainsi, ne serait-ce que durant ce seul mois, des droits dont disposaient les TE, et dont ne bénéficiaient pas les détenus « hébergés«  :
c’est donc que Marcel Brenot, même en se trouvant à Oloron, continuait à entretenir des liens suffisamment étroits avec le camp de Gurs, son administration, comme ses détenus… _ ;
et aussi, et surtout,
parce qu’une lettre de Pierre Klingebiel d’avril 1945 donne très clairement à entendre
que c’est ce même Marcel Brenot,
qui avait déjà accordé à Pierre Klingebiel _ qui les lui avaient sollicités _, plusieurs « contrats agricoles » _ mais mon père, lui, se trouvait alors à Bordeaux, quitté par lui seulement le 5 juin 1942, sur le conseil pressant de Georges Portmann, l’avertissant qu’il figurait sur les listes de la Gestapo bordelaise… _ ex-filtrant, et à plusieurs reprises, du camp de Gurs _ et aussi du 182e GTE du camp de Gurs : quand Marcel Brenot dirigeait ce 182e GTE du camp de Gurs : à partir de novembre 1940, et jusqu’en avril 1942 _, plusieurs membres de la famille (de républicains espagnols, et protestants) Maso, à la demande du protestant actif qu’était, à Oloron, Pierre Klingebiel ;
que c’est ce même Marcel Brenot, donc,
qui, _ et cela de son initiative, cette fois _ avait sollicité Pierre Klingebiel,
qu’il connaissait donc bien, pour lui avoir plusieurs fois rendu le service d’ex-filtrer du camp de Gurs des républicains protestants espagnols amis, qui y étaient enfermés ;
afin, grâce à un « contrat agricole »,
mais de pure complaisance, cette fois,
de faire sortir mon père du camp de Gurs (et du 182e GTE dans lequel il officiait en tant que médecin et secrétaire-traducteur)
et de mettre ainsi ses compétences médicales, à disposition, cette fois,
des TE dispersés _ et non plus confinés dans un camp tel que celui de Gurs _ du 526e GTE d’Oloron,
en même temps que cela pouvait mettre, un peu mieux, mon père à l’abri de mesures genre « Organisation Todt » :
« pour ne pas recevoir d’ordres type STO » _ la loi instituant le STO date du 16 février 1943 _,
si je reprends l’expression de Pierre Klingebiel dans sa lettre du 17 avril 1945 à « M. le Directeur de la Régie Dépenses-Recettes des Groupements de TE« , 21 rue de Berri, Paris, 8e,
en réponse à une demande administrative de paiement d’impayés concernant ces « contrats agricoles » de TE de mon père,
reçue par Pierre Klingebiel ce même 17 avril 1945
_ soit bien longtemps après la fin du régime de Vichy, ainsi que le retour, le 30 septembre 1944, de mon père chez mes grands-parents maternels et sa fiancée, à Bordeaux ;
mais il faut en même temps noter que ce ne sera « finalement (…) que le 2 novembre 1945«  que « le général de Gaulle signe(ra) une ordonnance qui annule(ra) toute la législation de Vichy  concernant les GTE« ,
ainsi que le signale page 366 de sa thèse Camps de travail sous Vichy l’excellent Peter Gaida… _
je reproduits ici certains échanges récents _ hier 21 avril _ de courriels ;
et cela, en réponse et en réaction à la réception de nouveaux documents concernant Marcel Brenot (1893-1986),
que venait de m’adresser B. L., l’époux de la petite-fille de ce dernier.
C’est via l’entremise de Claude Laharie,
que m’a contacté, le 2 février dernier, B. L.,
à la recherche d’éléments pouvant l’aider à déchiffrer-comprendre le parcours (de toute une vie, mais ici au camp de Gurs et à Oloron) du grand-père, Marcel Brenot, de son épouse,
suite au décès récent (à l’âge de 90 ans) de la mère de cette dernière,
qui était une des deux filles de Marcel Brenot ;
Claude Laharie connaissant la recherche que je mène depuis deux ans à propos de divers commandants de GTE des Basses-Pyrénées _ dont ceux du 182e GTE du camp de Gurs, et du 526e GTE d’Izeste – Louvie-Juzon, puis Oloron _
apparaissant sur les documents d’archives concernant mon père : Marcel Brenot, Philippe Grandclément, E. Delluc…
Et depuis ce 2 février dernier, c’est ainsi une très riche correspondance, dense et extrêmement fertile (et à rebondissements passionnants !) ,
que B.L. et moi-même entretenons, 
à partir, et au fur et à mesure, des documents qu’il découvre et déchiffre
dans les archives parfaitement conservées du grand-père _ Marcel Brenot (17-7-1893 – 1-1-1986), donc _ de son épouse ;
archives fournissant autant d’indices à apprendre à interpréter pour faire progresser la recherche,
concernant tant son parent Marcel Brenot
que mon père,
lors de leur séjour à tous deux en Béarn sous l’Occupation…
Et cela alors que je ne sais toujours pas, à ce jour, si Marcel Brenot et mon père
se sont physiquement rencontrés, au camp de Gurs,
ou à Oloron…
Mais bien des personnes ont pu servir d’intermédiaires à cette connexion :
mon père avait reçu, au camp de Gurs, des mains du pasteur Cadier, un livre dont celui-ci est l’auteur,
et que mon père avait recouvert d’une feuille,
sur laquelle sont inscrits _ d’une écriture qui n’est pas celle de mon père _ son titre et son auteur ;
et dont le verso _ je ne m’en suis pas aperçu tout de suite ! _ est rien moins qu’un formulaire vierge
de demande d’inscription au statut de TE !!!
Et parmi les gardiens du camp de Gurs,
il y avait notamment Henri Duchemin (Oloron, 22-3-1918 – Roquiague, 14-8-1944),
protestant actif et résistant membre de l’Armée Secrète et du Corps-Franc Pommiès,  Henri Duchemin fut assassiné à Roquiague par les Allemands dans une ferme où il se remettait de blessures reçues quatre jours plus tôt à Mauléon lors d’une action de Résistance _ ;
et je remarque que dans son dossier de résistant, mon père indique qu’il s’est engagé dans la Résistance dès le mois de juillet 1942,
soit dès le premier mois de sa présence comme TE au camp de Gurs.
Et Henri Duchemin a pour frère Laurent Duchemin _ chauffeur de l’ingénieur des Ponts et Chaussées Elie Larribeau, dont dépend aussi le camp de Gurs ; au camp de Gurs, Arlette Dachary est secrétaire des Ponts et Chaussées _,
protestant très actif, lui aussi, à Oloron,
et très proche, ainsi que son épouse Anna, de la famille Klingebiel.
….
Et les Duchemin, Anna et Laurent,
vont devenir,
avec les Klingebiel, Pierre et Elsie,
et les Castille, Léonie et Joseph _ chez lesquels mon père va loger à Oloron, 40 rue des Oustalots ;
Léonie Castille a pour sœur Marthe Lartigue (dont le fils Jacques, né en 1934, se souvient fort bien de mon père l’ayant soigné chez sa tante Léonie) ;
et les sœurs Léonie Castille et Marthe Lartigue, nées Brun, ont pour cousine germaine Alexandrine Bonnemason, née Brun elle aussi,
l’épouse décédée de Jean Bonnemason, collègue et ami de Pierre Klingebiel, le dirigeant de l’Armée Secrète à Oloron ;
lequel Jean Bonnemason témoignera de l’engagement dans la Résistance de mon père… _,
les amis et protecteurs de mon père à Oloron.
Fin de l’incise ;
et retour aux connexions plus que jamais à déchiffrer entre mon père et Marcel Brenot,
et d’autres commandants de GTE… 

D’où ce courriel de témoignage faisant un point-synthèse de ma recherche
aux historiens Peter Gaida et Denis Peschanski :

De: Titus Curiosus
Objet: Documents issus des archives de Marcel Brenot, (commandant des GTE 182, du camp de Gurs, et 526, d’Oloron, puis commandant régional des GMR d’Orléans)
Date: 21 avril 2015 12:05:38 UTC+2
Cc: Peschanski Denis
À: Peter Gaida

Messieurs,

poursuivant mes recherches sur le parcours de mon père sous l’Occupation,

et convaincu du rôle majeur qu’y ont joué divers commandants (et autres personnels) des GTE successifs auxquels a eu à faire mon père,

au camp de Gurs (182e GTE), à Oloron (526e GTE), à Beaupuy (561e GTE), à Toulouse-rue de Belfort (562e GTE) et à Jurançon (à nouveau le 526e GTE départemental des Basses-Pyrénées et Landes non-occupées),

 …
je vous adresse copie du courriel que je viens d’adresser à B. L.,
qui explore les très riches archives du grand-père de son épouse : Marcel Brenot (17-7-1893 – 1-1-1986),
qui commanda le 182e GTE du camp de Gurs d’avril 1940 à avril 1942,
puis le 526e GTE, d’abord d’Izeste – Louvie-Juzon, puis d’Oloron (à partir du 6-11-1942), d’avril 1942 à juillet 1943,
comme l’attestent ses mémoires de défense, rédigés fin 1944.
 …
C’est très probablement Marcel Brenot qui, avant son départ d’Oloron au mois de juillet 1943, a proposé à Pierre Klingebiel,
professeur de philosophie au collège d’Oloron, militant protestant, et ami et collègue du résistant (Armée Secrète) d’Oloron Jean Bonnemason,
d’accepter d’assumer les charges d’un « contrat agricole » de complaisance en faveur de mon père,
afin, à la fois, de faire sortir celui-ci du camp de Gurs _ où il faisait partie des TE du 182e GTE de ce camp _,
ainsi que, de faire bénéficier
tant de ses compétences médicales (mon père avait été l’assistant en ORL à la Faculté de Médecine de Bordeaux, du Professeur Georges Portmann),
que de ses compétences linguistiques (mon père parlait polonais, russe, allemand et espagnol) et de secrétariat,
les TE du 526e GTE d’Oloron,
 …
tout en cherchant à éloigner _ un peu _ mon père de menaces type « Organisation Todt »,
voire Wehrmacht (la Galicie _ Stanislawow _ d’où venait mon père étant devenue allemande lors de la rupture du pacte Molotov-Ribentropp),
comme l’indique précisément une lettre rédigée au mois d’avril 1945 par Pierre Klingebiel, et conservée dans ses archives privées.
Je sais désormais que l’adjoint au chef du 526e GTE d’Oloron, puis Jurançon,
dont je lisais la signature à l’encre verte sur les documents du 526e GTE concernant mon père,
les 25-8-1943, 26-8-1943, (3 fois), 16-9-1943 et 21-7-1944,
comme quelque chose comme « Gourmençon »,
s’appelait en fait Joseph de Goussencourt
_ dont la famille (à Saint Eman, tout à côté d’Illiers-Combray) a servi de modèle
rien moins qu’aux Guermantes de Proust !!!!
 …
Mais jusqu’ici, je n’ai rien découvert sur le parcours après la guerre de ce Joseph de Goussencourt
(né le 9-5-1896, à Saint-Eman,
marié en 1928, avec Henriette Gros de Perrodil, née le 23-1-1896 et décédée en 1931 ; ils ont eu 2 enfants ;
et remarié le 27-1-1938 ; ils ont eu un enfant).
 …
C’est ce même Joseph de Goussencourt qui, le 21 juillet 1944,
quand mon père, revenu de Toulouse (et des 561e et 562e GTE de Beaupuy et Toulouse – rue de Belfort),
s’est rendu à la Villa Montréal à Jurançon, siège du 526e GTE départemental des Basses-Pyrénées,
lui a procuré un nouveau « contrat agricole » de complaisance,
adressé à nouveau, cette fois encore, à Pierre Klingebiel à Oloron…
Le nouveau chef du 526e GTE départemental étant alors E. Delluc,
qui avait remplacé Philippe Grandclément,
signataire, avec son adjoint Joseph de Goussencourt,
des contrats et documents concernant mon père au 526e GTE de la fin août à la mi-décembre 1943…
Voilà.
Les archives de Marcel Brenot
que déchiffre peu à peu B. L.
sont une mine d’éléments passionnants…
 …
Titus Curiosus
P. s. :
vendredi prochain, 24 avril, je me rends à Navarrenx,
sur les traces des liens _ et des témoins encore vivants de cette période ! _ entre Marcel Brenot,
Henriette Verdalle (épouse de Jean Laclau-Barrère _ du 28-3-1924 au 22-4-1940 _, puis de Frédéric-François Wachsner _ à partir du 8-12-1945)
et la famille de Pierre Cassin,
réfugiée à Navarrenx pendant la guerre.
 …
Henriette Verdalle (Navarrenx, 21-8-1896 – Mauléon-Licharre, 27-8-1988) est la fille du maire et conseiller général de Navarrenx, Paul Verdalle (Mauléon-Barousse, 19-3-1860 – Navarrenx, décembre 1949 ou janvier 1950) .
Et c’est lui, Paul Verdalle, qui a donné l’autorisation de construire sur les territoires de Dognen, Préchacq-Josbaig et Gurs, le camp (dit, dès lors, « de Gurs »),
après le refus qu’avait opposé au député-maire d’Oloron, Jean Mendiondou,
le maire d’Ogeu-les-Bains, le chanoine Arthur Biers, d’installer sur sa commune ce camp d' » accueil » des Républicains espagnols
vaincus par les franquistes, lors de leur Retirada
 …
Pierre Cassin (Paris, 9-8-1910 – Paris, 26-7-2000), avocat à Paris,
est le fils de Raphaël David Cassin (Nice, 7-6-1875 – Saint-Maurice, 22-4-1936), avocat à Paris lui aussi
_ niçois de naissance, celui-ci se trouve à Paris dès 1901, domicilié 5 rue Racine, dans le quartier latin _ ;
et le petit-fils de Gratien Cassin (Nice, 17-1-1843 – Nice, 26-5-1881) et de son épouse Léontine Cassin (Nice, 24-12-1850 – Nice, 12-10-1918) ;
cette dernière étant la sœur aînée d’Azaria Henri Cassin ((Nice, 8-5-1860 – Nice, 13-5-1959),
père de René Cassin (Bayonne, 5-10-1887 – Paris, 20-2-1976)…
Et David Raphaël Cassin (né en 1875) fut le mentor, à Paris, de son cousin René Cassin (né en 1887), au moment des études de Droit de ce dernier dans la capitale.
Et au moment de la débâcle du printemps 1940,
René Cassin avait proposé à son cousin Pierre Cassin _ et à sa famille _ de partir avec lui _ et son épouse _ pour l’Angleterre…
René Cassin et son épouse purent s’embarquer à Saint-Jean-de-Luz, sur un bateau polonais, le 20 juin 1940, et gagner Londres le 28 juin suivant ; René Cassin se rendant aussitôt offrir ses services au général de Gaulle.
Tandis que Pierre Cassin et les siens préférèrent rester en France.
Ils franchirent la ligne de démarcation à Salies-de-Béarn ; puis décidèrent de demeurer à Navarrenx, où ils avaient trouvé un excellent accueil, plutôt que de rejoindre Nice _ berceau de la famille Cassin dès la première moitié du XIXe siècle _, comme ils l’avaient d’abord envisagé.
Frédéric-François Wachsner (avocat berlinois et juif antinazi), lui, était TE au 182e GTE du camp de Gurs ;
et c’est Marcel Brenot qui lui avait permis de quitter le camp de Gurs afin de servir de précepteur au fils d’Henriette Verdalle, André Laclau Barrère (alors lycéen à Pau, mais malade à ce moment), au Vieux-Logis, à Navarrenx _ 26 rue du Faubourg.
Marcel Brenot ainsi que sa famille étaient régulièrement reçus chez Henriette Verdalle, au Vieux-Logis, à Navarrenx,
comme s’en souvient bien aujourd’hui encore la dernière fille encore vivante de Marcel Brenot.
Et celle-ci, née, comme André Laclau-Barrère, le fils d’Henriette Verdalle, en 1925 _ André Laclau-Barrère : 4-11-1925 – 1-5-2001 _,
se souvient même que le jeune André ne l’appréciait pas beaucoup…
Pierre Cassin _ dont se souvient aussi la fille de Marcel Brenot (90 ans maintenant) _, avocat parisien,
qui habitait avec son épouse Hélène et ses deux enfants, Nelly et Jacques, une petite maison (avec un jardin) à l’écart du faubourg de Navarrenx _ dans le quartier un peu plus excentré dit « du bois de Navarrenx«  _,
allait aider lui aussi, au Vieux-Logis, le lycéen André Laclau-Barrère.
Et le Vieux-Logis de Navarrenx hébergeait encore un certain nombre de réfugiés…
 … 
Henriette Verdalle, quant à elle, possédait dès avant la guerre une carte d’adhérente à la Ligue contre l’antisémitisme.
Et il faut noter que Marcel Brenot a maintenu toute sa vie des liens avec Henriette Wachsner-Verdalle…
Cf ce document que m’a adressé B. L. le 13 avril dernier :
 …
« Je retrouve à l’instant une carte de visite postée à Hendaye-Plage le 22/12/1978
et reçue par Marcel Brenot le 26 à PARIS, suite à une erreur d’adresse« .
« Madame H. WACHSNER-VERDALLE
Vous adresse ses bons vœux et souhaits les plus sincères pour l’année nouvelle pour vous et vos enfants,
serait si heureuse de vous revoir,
garde un si bon, si fidèle souvenir de vous tous.
J’espère que vous êtes en bonne santé et vous adresse l’expression de toute mon amitié !
Je vous embrasse affectueusement,
votre vieille fidèle amie.« 
Henriette Wachsner-Verdalle avait, ce 22 décembre 1978, 82 ans, et Marcel Brenot, 85…
Tout cela est passionnant.
Et voici ma réponse à l’envoi par B. L. de nouveaux documents
_ issus d’un des « mémoires de défense » de Marcel Brenot, rédigés fin 1944 -début 1945, au moment de sa mise en accusation par une commission d’épuration… _,
occasion et origine de ce point-synthèse-ci :

Début du message réexpédié :
De: Titus Curiosus
Objet: Marcel Brenot : suite des documents
Date: 21 avril 2015 10:38:26 UTC+2
À: B. L.

Merci de ces nouveaux documents.
 …
J’en retiens surtout les précisions qu’apportent la lettre de soutien du Commandant H. Peyrelongue,
et la liste des documents annexes concernant la période de Gurs :
Gurs
1 – Lettre Picard Toulouse du 5 11 44
2 – Copie lette Cdt Peyrelongue du 15 11 44 à M. le Commissaire Ral
3 – Lettre UGIF du 28 mai 1943. remerciements 526e GTE
4 – Lettre remerciements Wachsner du 11 9 1942 _ rédigée à Navarrenx, je remarque… _
5 – Lettre Yahni remerciements du 16 4 43
6 – Carte Mme Nahoum déclarant patriote du 20 10 44
7 – Carte lettre Mme Verdalle à Navarrenx à M. le Commissaire Ral
8 – Copie carte David à M. le Commissaire Ral indiquant sauvés déportation
9 – Copie lettre Mlle Roux à M. le Commissaire Ral
 …
Qu’apporte le détail de ces nouveaux documents annexes ?
 
Les liens entre Marcel Brenot (ainsi que sa famille)
avec Frédéric François Wachsner (un des TE de Marcel Brenot au 182e GTE du camp de Gurs)
et Henriette Verdalle (et sa famille : son père, Paul, et son fils André Laclau-Barrère) au Vieux-Logis à Navarrenx
constituent décidément une pièce importante de notre enquête :
tout cela à partir des souvenirs, se précisant peu à peu, de votre tante Huguette…
De mon côté,
je viens de lire le très riche La Lutte contre le chômage à Vichy _ Henri Maux, le Juste oublié 1939-1944  (aux Éditions Lavauzelle, en 2002 )
d’Antoinette Maux-Robert,
fille de Henri Maux ;
lequel, Henri Maux, en tant que « Commissaire-adjoint à la Lutte contre le Chômage » pour la zone non-occupée, à Vichy,
chapeautait le Service des GTE,
que dirigeait, toujours à Vichy, le lieutenant-colonel Tavernier
_ à propos duquel Peter Gaida dit, page 120 de sa thèse Camps de travail sous Vichy _ Les « Groupes de Travailleurs Etrangers » (GTE) en France et en Afrique du Nord 1940-1944 :
« les archives restent muettes sur ce personnage »
 …
Je vais tâcher de me renseigner si, depuis les travaux d’Antoinette Maux-Robert (2002) et de Peter Gaida (2007),
on en a appris un peu plus sur ce personnage méconnu de Tavernier
 …
Je remarque aussi, au passage, que le livre d’Antoinette Maux-Robert ne cite qu’une seule fois le nom de Lemay _ en une note, page 293 : « CHAN, 72 AJ 2265 et 2266 (Heilmann) : rapport confidentiel de Lemay, chef du GTE n°2, sur le recrutement allemand à Figeac, Muret, Tarbes, juillet-août 1942«  _, qui dirigeait le Groupement n°2 de Toulouse,
alors que le livre cite plusieurs fois le nom du commandant Rougier, qui dirigeait le Groupement n°1 de Clermont-Ferrand…
Il est vrai que Clermont-Ferrand était moins éloigné de Vichy que Toulouse,
même si Henri Maux s’est rendu aussi à Toulouse, ces années-là…
J’aurais aimé en apprendre un peu plus sur ce M. Lemay, et son rôle à la Direction du Groupement n°2 des GTE de la Région de Toulouse…
Et voici, maintenant, un très bon résumé de la situation du CLC de Henri Maux, et de sa chronologie, par Denis Peschanski :
 …
« Dès le 11 octobre 1940, une loi instituait un Commissariat à la Lutte contre le Chômage (CLC),
auquel furent rattachés les GTE.
… 
François Lehideux en était le responsable _ Henri Maux ayant refusé de s’occuper de la zone occupée ! _,
mais Henri Maux avait la tutelle sur la zone libre, où il fit prévaloir une autre logique que celle _ répressive _ en vigueur ;
cela lui valut d’être fortement menacé dans son poste et sa mission à l’automne 1941 ;
puis,
même s’il fut chargé, le 26 septembre 1942, d’assurer par intérim les fonctions de commissaire _ pour les 2 zones : non-occupée et occupée _,
d’être remercié ;
et la structure d’être liquidée le 17 janvier 1943.
… 
Il _ Henri Maux _ pouvait s’appuyer sur le « Service des Etrangers »,
qui entra officiellement en action à partir du 4 juillet 1941.
Son responsable, Gilbert Lesage, eût un rôle majeur dans le rapprochement familial et dans la politique qui vise à faire basculer les internés des camps vers les GTE,
avant de mettre sur pied les « Centres d’Accueil Spécialisés ».
… 
Au CLC, était attaché un « Service Central des Formations de Travailleurs Etrangers »,
dirigé par le colonel Tavernier ;
tandis qu’au moment où fut instituée une « Inspection Générale des Camps », sous la houlette d’André Jean-Faure (en septembre 1941),
on nomma le commandant Doussaud _ ou Dousseau, comme l’orthographie Peter Gaida, aux pages 121-122 de sa thèse _ comme « Inspecteur des Formations de Travailleurs Etrangers » » _ ou GTE ;
et ce commandant Dousseau vint en effet au camp de Gurs, au moins en mars 1943… Mais on sait bien peu de choses sur son parcours par la suite…
J’ignore si les noms du colonel Tavernier,
du commissaire-adjoint Henri Maux,
ainsi que celui de Gilbert Lesage _ ce dernier est mieux connu des historiens _,
se retrouvent dans les archives de Marcel Brenot, commandant des 182e et 526e GTE.
Pour ce qu’il en est du nom de Dousseau _ Dousseau est venu à Gurs au moins en mars 1943 _,
il est possible qu’il en soit fait mention dans les archives de Marcel Brenot,
même si en ce mois de mars 1943, de sa venue attestée au camp de Gurs, Marcel Brenot, lui, se trouve diriger le 526e GTE, à Oloron, et ne se trouve donc pas au camp de Gurs.
Les 2 pages (121 et 122) de Peter Gaida sur ce commandant Dousseau sont d’ailleurs très intéressantes…
 …
Aux AD 64 de Pau, se trouve une série de documents mentionnant les suites conflictuelles auxquelles donna lieu l’inspection du commandant Dousseau au camp de Gurs ;
concernant surtout, je suppose, le commandant du camp de Gurs : Gruel, en mars 1943.
Peter Gaida m’en a communiqués certains, sur son CD-Rom…
 …
Je mets l’accent sur les noms de Tavernier et de Maux,
parce que ceux-ci étaient, à Vichy, les supérieurs hiérarchiques de Marcel Brenot,
via Lemay, le chef du Groupement n° 2 de Toulouse (puis Toulouse-Sud, quand fut créé un Groupement n° 7, pour Toulouse-Nord),
rue de Belfort à Toulouse… 
Tout cela pour essayer d’éclairer la décision de Marcel Brenot
de demander à quitter le 526e GTE d’Oloron, au printemps 1943
_ départ dont se trouve au courant Georges Picard, du CAR (Centre d’Accueil des Réfugiés) de Montauban, dès la fin mai 1943,
comme en témoigne sa lettre du 28-5-1943 à Marcel Brenot.
 …
Henri Maux, lui,
devenu officiellement Commissaire provisoire _ et non plus Commissaire-adjoint _ à la Lutte contre le Chômage pour les 2 zones, à la date du 26 octobre 1942,
quitte son service au Ministère du Travail le 1er mars 1943,
viré par le ministre Lagardelle..
 …
Mais dès le retour de Laval à Vichy en mai 1942 bien des choses avaient commencé de se dégrader pour Henri Maux et le CLC.
 …
En tout cas, au mois de décembre 1942, suite à deux rencontres orageuses, à Paris, avec Henri Maux (les 20 et 21 décembre),
le ministre du Travail Hubert Lagardelle a décidé que le CLC disparaissait,
remplacé par un « Office de Reclassement Professionnel », qui sera créé par la loi du 16 janvier 1943 ;
et que « Maux restera seulement _ quelques semaines encore, pour organiser la transformation du CLC »…
 …
Page 195 de son livre, Antoinette Maux-Robert écrit :
« Finalement, Lagardelle décide d’opérer une réorganisation complète de son ministère
et de créer une 5éme Direction, qui englobera le Service de l’Inspection du Travail et de la Main-d’oeuvre.
C’est cette Direction qui sera chargée d’élaborer les mesures imposées à l’Office de Reclassement Professionnel. »
 …
Et d’autre part, elle met l’accent, page 196, sur ce fait capital :
« Le 16 février 1943, est adoptée la loi instaurant le Service du Travail Obligatoire » ;
et « par une courte lettre _ du 4 février 1943 _, le ministre du Travail _ Lagardelledemande à Maux de cesser toute activité à dater du 1er mars »…
C’est donc dans ce contexte (de disparition à terme des GTE, vidés peu à peu de ses TE, envoyés massivement à l’Organisation Todt…)
que Marcel Brenot prend, à Oloron, au printemps 1943, la décision de quitter ce Service menacé des GTE…
Et il est aidé en cette prise de décision par son amitié avec le général Perré, chef de la Garde du maréchal Pétain, à Vichy,
par lequel général Perré il obtient de devenir Commandant régional des GMR à Orléans.
Cette période du printemps 1943 est donc intéressante pour saisir l’évolution de Marcel Brenot en ces années d’Occupation…
Cependant les GTE, même se vidant peu à peu de nombre de ses TE, ne disparaitront pas totalement
tant que durera le régime de Vichy
_ à preuve le statut de mon père TE, du 10 décembre 1943 au 20 juillet 1944, aux 561e et 562e GTE de Haute-Garonne (Beaupuy et Toulouse rue-de-Belfort),
puis à nouveau, à partir du 21 juillet 1944, au 526e GTE de Jurançon,
et cela jusqu’au 30 septembre 1944, date où il peut enfin regagner librement Bordeaux, libéré des Allemands…
 …
Mon père entre en effet au 526e GTE d’Oloron le 26 août 1943 (après le départ d’Oloron, début juillet, de Marcel Brenot) ;
il passe au 561e de Beaupuy (près de Toulouse) le 10 décembre 1943 _ alors que de nombreux TE des Basses-Pyrénées sont directement envoyés, eux, au camp de Noé, pour triage vers l’Organisation Todt, ou Drancy… _ :
il y est chargé d’organiser l’infirmerie du cantonnement du Domaine de Lagaillarde (un château inoccupé depuis au moins dix ans ! sans eau courante, ni électricité !),
ce 561e GTE étant transplanté de Clairfont, en banlieue sud-ouest de Toulouse, à Beaupuy, dans la campagne vallonnée des coteaux du nord-est de Toulouse ;
(et il devait aussi rejoindre le 562e GTE de Toulouse rue de Belfort le 16 juin 1944 ; mais cette mutation fut déclarée « nulle et non avenue » le 19 juillet 1944 sur le registre de ce 562e GTE de Toulouse : une énigme encore pour moi à ce jour…) ;
et enfin mon père peut même revenir _ du fait de quelles initiatives (et complicités) ? _ au 526e GTE de Jurançon, le 21 juillet 1944,
où il obtient un nouveau « contrat agricole » de complaisance,
signé une nouvelle fois par l’adjoint (au chef de ce 526e GTE départemental des Basses-Pyrénées _ E. Delluc (venu du 525e GTE départemental des Hautes-Pyrénées, à Bagnères-de-Bigorre, remplaçant alors Philippe Grandclément à la tête de ce 526e GTE départemental des Basses-Pyrénées ; mais j’ignore quand eut lieu cette passation de commandement à Jurançon… _) : Joseph de Goussencourt
(c’est sa signature à l’encre verte que je lisais jusqu’ici « Gourmençon ») ;
et adressé cette fois encore _ de l’initiative de Joseph de Goussencourt ? _ au très bienveillant toujours Pierre Klingebiel, à Oloron.
Mon père, membre à nouveau, par conséquent, de ce 526e GTE départemental des Basses-Pyrénées, résidera ainsi à nouveau, comme de septembre à décembre 1943, à Oloron-Sainte-Marie _ 40 rue des Oustalots, chez Joseph et Léonie Castille _,
de cette fin juillet jusqu’à la fin septembre 1944, date de son retour définitif, libre, à Bordeaux…
Auparavant, il aura participé aux actions de Libération d’Oloron,
auprès de Jean Bonnemason (de l’Armée Secrète) _ collègue et ami de Pierre Klingebiel _, au cours de la fin du mois d’août 1944.
Depuis longtemps,
et de plus en plus à mesure que mon enquête progresse,
je pense que mon père a bénéficié de protections efficaces de la part de la hiérarchie des GTE ;
et que c’est probablement à l’initiative de Marcel Brenot (qui connaissait Pierre Klingebiel à Oloron dès son commandement du 182e GTE du camp de Gurs : à l’occasion de « contrats agricoles » ayant permis d’ex-filtrer du camp de Gurs des protégés républicains espagnols protestants dont Pierre Klingebiel connaissait les parents réfugiés à Oloron, tels plusieurs membres de la famille Maso…)
que mon père a pu quitter Gurs (et le 182e GTE du camp de Gurs)
pour Oloron (et le 526e GTE), au mois d’août 1943.
 …
Reste à expliquer la transmission Marcel Brenot – François Bodin-Hullin – Philippe Granclément, à la tête de ce 526e GTE d’Oloron, en juillet-août 1943…
Quant au mystérieux colonel (ou lieutenant-colonel) Tavernier,
il continuera de diriger le Service des GTE à Vichy…
A suivre…
Titus

Voilà donc ce point-synthèse intermédiaire que je tenais à faire à propos des avancées à ce jour de mon enquête…
Et, suite à mon envoi aux historiens Peter Gaida et Denis Peschanski,
voici, enfin, le petit mot de réception de Denis Peschanski à mon courriel de synthèse :
Le 21 avr. 2015 à 12:46, Denis Peschanski a écrit :
Cher Monsieur,
 
C’est à une enquête exemplaire que vous vous livrez
et, ainsi, vous éclairez, par une histoire singulière, un pan important de l’histoire de la France des années noires.
Simple détail que vous connaissez bien sûr: les ponctions massives dans les GTE ont commencé dès 1941.
 
Bonne continuation
 
Bien amicalement
——————–
Denis Peschanski
Titus Curiosus ce 22 avril 2015

Le diable se cache dans les détails : la fécondité des travaux de recherche de « micro-histoire »…

31août

Me consacrant, cet été 2013, à des recherches personnelles d’Histoire ultra-ciblées sur les parcours de quelques personnes, autour du camp de Gurs et du 526e Groupe de Travailleurs Étrangers (GTE) d’Oloron, en priorité,

je procède aussi à des lectures _ nécessaires et passionnantes _ notamment de « micro-histoire » concernant ce qui s’est passé là _ c’est-à-dire le piémont pyrénéen d’Oloron, la vallée d’Aspe, la vallée d’Ossau _, et, un peu plus largement, dans une large région (ce qui était la XVIIe Région, pour Vichy ; et la Région 4, pour la Résistance) ayant _ alors _ pour centre Toulouse (comportant les départements de Haute-Garonne, Ariège, Hautes-Pyrénées, Gers, Lot-et-Garonne, Lot, Tarn-et-Garonne et Tarn, ainsi que les parties des départements des Basses-Pyrénées, Landes et Gironde _ à l’exception, toutefois, des deux cantons de Sainte-Foy-la-Grande et de Pujols, rattachés, eux, au département de Dordogne, et donc devenant, eux, dépendants de la Région de Limoges _ demeurées à l’est de la ligne de démarcation), entre juin 1940 et août 1944 _ sachant que l’État français (du régime de Vichy) naît le 11 juillet 1940, le lendemain de l’octroi des pleins pouvoirs au Maréchal Pétain, le 10 juillet 1940 _, la région se libérant de l’Occupation allemande (intervenue, elle, le 11 novembre 1942 : en réplique au débarquement des Alliés en Afrique-du-Nord) au cours de la seconde quinzaine du mois d’août 1944 : les débarquements d’abord de Normandie (6 juin) et ensuite de Méditerranée (15 août) en étant, par le retrait précipité des troupes de la Wermacht vers l’Allemagne _ qui en est la directe conséquence _ qui s’ensuit immédiatement sur ordre de Hitler, la cause principale ; et les attaques de la Résistance sur ces troupes en fuite, y ayant aussi notablement contribué…

Outre mes démarches personnelles _ contacts avec d’éventuels témoins (encore de ce monde en 2013), avec divers historiens ayant « labouré » le sujet, premières visites à des Archives départementales... _,

j’ai été amené à procéder à de scrupuleuses lectures méthodiques, et pas seulement de « micro-histoire », afin de mieux asseoir mes repères historiques, en particulier sur ce que fut la (fort complexe) Résistance intérieure, ses mouvements, ses réseaux… Ainsi que de tâcher de beaucoup mieux accéder aux réalités locales « de terrain » : en particulier dans les Basses-Pyrénées (Gurs, Oloron, Izeste-Louvie-Juzon), ainsi qu’en Haute-Garonne (Toulouse, Beaupuy, Muret), pour ce qui concerne l’objet singulier de ma recherche factuelle.

Voici donc, déjà, une liste de ces lectures méthodiques de ces deux mois :

_ Histoire de la Résistance 1940-1945, d’Olivier Wieviorka (aux Éditions Perrin) _ complétée par des coups d’œil ponctuels sur le Dictionnaire historique de la Résistance, sous la direction de François Marcot _,

_ Persécutions et entraides dans la France occupée, de Jacques Semelin (aux Éditions Les Arènes/Seuil),

_ Camps de travail sous Vichy _ Les « Groupes de travailleurs étrangers » (GTE) en France et en Afrique du Nord 1940-1944, la très remarquable thèse de Peter Gaida,

_ Le Camp de Gurs 1939-1945 _ Un aspect méconnu de l’Histoire de Vichy, de Claude Laharie (J&D Éditions),

_ Le Camp de Gurs (1939-1945), de Martine Cheniaux et Joseph Miqueu (au Cercle historique de l’Arribère),

_ Le Chemin des Pyrénées, de Lisa Fittko (aux Éditions Maren Sell),

_ Les Camps de la honte, d’Anne Grymberg (aux Éditions La Découverte),

_ Basses- Pyrénées, Occupation, Libération 1940-1945, de Louis Poullenot (aux Éditions Atlantica),

_ Résistances en Haut-Béarn, de Michel Martin (aux Éditions Atlantica),

_ Arrêt sur Images : Oloron-Sainte-Marie 1908-1945, sous la direction de Pierre-Louis Giannerini,

_ Contribution à l’Histoire de la famille de Pierre Klingebiel, de 1919 à 1947 _ Correspondances et souvenirs, rassemblés par André Klingebiel,

_ Les Camps du Sud-Ouest de la France _ Exclusion, internement et déportation 1939-1944, sous la direction de Monique-Lise Cohen et Eric Malo (aux Éditions Privat),

Les Juifs à Toulouse et en Midi toulousain au temps de Vichy, de Jean Estèbe (aux Presses Universitaires du Mirail),

_ La  Résistance à Toulouse et dans la Région 4, de José Cubero (aux Éditions Sud-Ouest),

_ Libération de Toulouse et de sa Région, de Pierre Bertaux (aux Éditions Hachette-Littérature),

_ Les Hautes-Pyrénées dans la Guerre _ 1938-1948, de José Cubero (aux Éditions Cairn),

_ Vichy en Aquitaine, sous la direction de Jean-Pierre Koscielniak et Philippe Souleau (aux Éditions de l’Atelier)…

Je veux d’abord faire l’éloge des recherches de micro-histoire (ou histoire locale, voire histoire singulière), qui, indépendamment de tout désir d’enseignement, cherchent d’abord à établir la singularité même des faits, des événements affectant des personnes uniques…

Ainsi que l’affirme, au passage, en son Pour conclure, le très fin Jean Estèbe, page 299 de son magnifique Les Juifs à Toulouse et en Midi toulousain au temps de Vichy, bien au delà de ce qui « peut sembler inccongru et témoigner d’un certain provincialisme« , « l’avantage d’une observation régionale » est bel et bien « de faire apercevoir les faits avec plus de précision » : surtout quand ces faits sont demeurés inconnus ! L’affaire du choix de la focale dépasse donc, et très largement, le critère du qualitatif de l’analyse historienne…


Ainsi veux-je bien souligner, par exemple, l’importance de l’apport du travail de Bernard Reviriégo, en son article « Les GTE en Dordogne : des camps de travail forcé au service de Vichy« , pages 296 à 309 du passionnant, de bout en bout, Vichy en Aquitaine , qu’ont dirigé Philippe Souleau et Jean-Pierre Koscielniak, paru en octobre 2011 : un travail tout entier de « micro-histoire » extrêmement précise qui, grâce à la connaissance de très nombreux faits très précis, aide aussi à faire comprendre, par l’exemple chaque fois détaillé, le vécu de ces travailleurs étrangers des GTE de Vichy,

et qui vient compléter la thèse (essentielle !) de Peter Gaida, l’indispensable Camps de travail sous Vichy _ Les « Groupes de travailleurs étrangers » (GTE) en France et en Afrique du Nord 1940-1944, en 2008,

ainsi que le bel article de Christian Eggers « L’Internement sous toutes ses formes : approche d’une vue d’ensemble du système d’internement dans la zone de Vichy« , en 1995…


De même que l’excellent article de Lilian Pouységur, « Les Réfugiés républicains espagnols dans le sud-ouest de la France : l’exemple de la Haute-Garonne (1939-1944)« , pages 25 à 34 du très riche Les Camps du Sud-Ouest de la France _ Exclusion, internement et déportation 1939-1944, sous la direction de Monique-Lise Cohen et Eric Malo, en 1993.

Ainsi sur ce sujet des GTE de Vichy, bien des études locales demeurent-elles absolument indispensables. Ces GTE étant loin d’être à ce jour tous identifiés, reconnus, et a fortiori connus et étudiés….

Et je dois dire qu’il en va tout à fait de même des camps d’internement ; ainsi, par exemple, pour le camp du Ruchard, en Indre-et-Loirs, au sud-est de Tours : je l’ai cherché en vain dans la « somme » que constitue le riche La France des camps, l’internement 1968-1946 de Denis Peschanski (aux Éditions NRf) _ et j’en profite, au passage, pour remarquer le défaut, en nombre comme en qualité, des cartes dans les livres d’Histoire : défaut ô combien endémique en France, hélas ! il me faut bien le constater !..

En tout cas,

le chantier de cette nécessaire focalisation historique

demeure _ plus que jamais : les archives devenant plus aisément accessibles, puisque « la loi n’autorise la consultation des fonds concernant cette période qu’au terme de soixante années, sauf demande de dérogation«  ; ces « règles de communicabilité des archives » « en ayant longtemps rendu l’accès difficile à ceux-là-mêmes qui, concernés dans leur chair, étaient avides d’avoir accès à des informations vitales et douloureuses« , pour reprendre les mots de Bernard Reviriego, page 12 de son Introduction à son admirable Les Juifs en Dordogne 1939-1944 _ de l’accueil à la persécution, paru en 2003… _

ouvert, inlassablement à reprendre,

à préciser, rectifier, améliorer :

c’est une œuvre à la fois singulière et ollective…

Titus Curiosus, le 31 août 2013

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