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La lucidité humble et ouverte et libre de René de Ceccatty, passeur d’essentiel : un très remarquable portrait de ses activités plurivoques en un entretien avec Aymen Hacen pour le site tunisien Souffle inédit…

07mar

Les très remarquables qualités d’analyse ainsi que de synthèse de René de Ceccatty,

sa lucidité humble et ouverte et formidablement libre et honnête,

ne sont plus à démontrer…

Ainsi, voici, à partager, un magnifique, vaste et profond entretien que René de Ceccatty vient d’avoir avec un très compétent interlocuteur tunisien, Aymen Hacen,

pour un site tunisien joliment intitulé « Souffle inédit » :

 

Une vérité essentielle de la personne s’exprime excellemment dans cet entretien libre, où souffle l’esprit…

Ce lundi 7 mars 2022, Titus Curiosus – Francis Lippa

Ecouter et goûter l’admirable « Hôtel » (extrait de « Banalités) » de Francis Poulenc – Guillaume Apollinaire : le dialogue fécond des imageances idiosyncrasiques à l’oeuvre, exprimé et décrit dans « L’autre XXe siècle musical » de Karol Beffa…

06mar

Les pages 128-129-130 du chapitre « Interlude Francis Poulenc » (pages 125 à 135) de « L’autre XXe siècle musical » de Karol Beffa (qui vient de paraître aux Éditions Buchet – Chastel) consacrées à la mélodie « Hôtel » de Francis Poulenc, en 1940, sur un poème de Guillaume Apollinaire _ un poème publié pour la première fois le 15 avril 1914 dans la revue d’avant-garde éditée à Florence “Lacerba“ _ dans le recueil intitulé « Banalités« ,

m’ont bien sûr fortement incité à rechercher, pour en écouter et apprécier diverses interprétations, les CDs de ma discothèque la comportant.

Et jusqu’ici, j’ai réussi à mettre la main sur 7 CDs proposant cette admirable brève mélodie, « Hôtel » :

par Pierre Bernac et Francis Poulenc au piano, en 1950, à New-York _ pour l’écouter (1′ 38) ; la prise de son, très proche, nous fait accéder de très près à l’excellence de l’art de dire de Bernac et de l’art d’accompagner au piano de Poulenc… _ ;

par Nicolaï Gedda et Aldo Ciccolini, en 1967, à Stockholm ;

par Felicity Lott et Graham Johnson, en 1993, à Paris _ une merveilleuse lumineuse version ! _ ;

par Gilles Cachemaille et Pascal Rogé, en 1994, à Corseaux, en Suisse _ c’est tout à fait excellent ! _ ;

par Véronique Gens et Roger Vignoles, en 2000, à Metz _ une exceptionnelle réussite ; pour l’écouter (2′ 00) _ ;

par Lynn Dawson et Julius Drake, en 2004, en Allemagne ;

et par Stéphane Degout et Cédric Tiberghien, en 2017, à Paris _ et c’est très bien aussi…

Et sur le web, j’ai déniché ceci _ vraiment superbe !!! _cette merveilleuse interprétation :

par Régine Crespin et John Wustman, en 1967 _ pour l’écouter (2′ 05).

Et voici maintenant ce qu’analyse Karol Beffa, page 128, de cet exemple de la mélodie « Hôtel » de Francis Poulenc, à propos de ce qu’il nomme « les saveurs jazzistiques » qui « parsèment nombre des pièces » de Francis Poulenc, et cela en dépit de maintes « proclamations » de « détestation« , voire de « phobie« , du jazz, de la part de Poulenc :

« Il est rare que Poulenc utilise l’accord de septième de dominante à l’état pur, il l’enrichit presque toujours d’une neuvième, d’une onzième, éventuellement d’une treizième. Cette construction d’harmonies par empilement de tierces ne surprend pas chez un compositeur post-debussyste. Ce qui est original, en revanche _ nous y voilà _, est l’insistance sur la septième ajoutée, dans les accords majeurs ou mineurs. Sans doute l’inspiration vient-elle du jazz, directement ou par l’intermédiaire de Ravel, la concomitance de certaines innovations harmoniques chez Ravel et chez Duke Ellington faisant qu’il est difficile de déterminer lequel des deux a influencé l’autre. « Hôtel » _ nous y voici ! _, extrait de « Banalités » _ le recueil des 6 mélodies de Poulenc, en 1940, reproduit le titre du recueil des 6 poèmes d’Apollinaire, en 1914 _, est comme un condensé de tous ces traits stylistiques communs à Poulenc, à Ravel et au jazz : enrichissement des accords de septièmes d’espèce et de dominante par ajout de sixtes, de neuvièmes ou de onzièmes, fausses relations intentionnelles, retard de la présence de la basse d’un accord de dominante pour colorer un enchaînement et en différer l’impact. C’est pour toutes ces raisons qu’« Hôtel«  plonge _ superbement _ l’auditeur dans l’atmosphère moite et interlope d’un jazz frelaté« .

Et Karol Beffa d’ajouter alors aussitôt, page 129 :

«  »Hôtel«  m’a beaucoup marqué.C’est à travers cette pièce et d’autres œuvres vocales que j’ai vraiment pénétré l’univers de Poulenc« _ le mystère attractif et fascinant de son idiosyncrasie de compositeur singulier et marquant.

Et toujours à cette page 129 :

« Si l’univers harmonique de Poulenc ne m’a guère influencé, je me reconnais en revanche _ toutes proportions gardées _ dans ce que Jean-Joël Barbier a écrit de sa démarche : « Dans Apollinaire par exemple, il ne choisira pas les poèmes les plus célèbres, mais les meilleurs quant au résultat _ musical _ final _ envisagé-escompté-espéré pour l’imageance féconde de la composition à venir _ (…) : ceux qui laissent une marge autour des mots,  ceux qui n’étant pas rigidement cimentés _ le mot n’est pas très heureux _ au départ, justifient un ciment musical, laissant la place à un espace sonore qui, sans faire pléonasme _ bien sûr ! _ avec les mots, leur donnera, au contraire, des dimensions _ poétiques et musicales _ nouvelles ». 

Et page 130 :

« Poulenc est connu pour avoir été un admirable pianiste et accompagnateur. Et lorsque j’écris _ nous y voici ! _ pour voix et piano, j’essaie de garder à l’esprit le soin extrême qu’il accordait à la partie instrumentale dans ses cycles de mélodies.

Quant à son écriture vocale proprement dite, là aussi il s’y montre un maître, tant il sait parfaitement ce qu’il peut exiger des voix : émettre les aigus les plus doux, les graves les plus timbrés, et toujours dessiner des lignes souples _ fluides, flottantes, aériennes…

« Primauté de la mélodie » : ce credo de Messiaen, Poulenc aurait pu le faire sien« …

Voilà ce que la création singulière d’un compositeur se mettant à son tour à l’œuvre peut, en dialogue hyper-attentif, apprendre à la lecture et à l’écoute extrêmement précises, jusqu’aux plus infimes détails, des œuvres les plus originales, riches et, en puissance, inspirantes, du travail singulier (et de la poiesis en acte !) d’autres compositeurs éminemment créateurs à leur propre table de travail ; et de leur imageance idiosyncrasique féconde, en cet artisanat patient infiniment exigeant et  précis…

« Le style, c’est l’homme même« , disait Buffon :

le défi étant de parvenir, œuvre à œuvre, pas à pas, coup de crayon à coup de crayon (et de gomme) à réaliser _ ainsi nourrie par ce riche dialogue avec d’autres œuvres marquantes  _ cette singularité sienne _ et très vite ce style propre à soi s’entend, se perçoit et se reconnaît…


Ce dimanche 6 mars 2022, Titus Curiosus – Francis Lippa

Bernard Mounier : surmonter et survivre, réparer et pacifier : l’indispensable qualité de la relation vraiment humaine…

16mai

Dans mon évocation hier _  _

de la très remarquable personne de Bernard Mounier, le maire pacifiant des Plantiers,

je n’ai quasiment rien dit de son histoire personnelle,

accessible cependant en partie dans le portrait qu’a tracé de lui,

le jour _ c’était il y a plus de 21 ans, déjà, le 9 janvier 2004 ; Bernard Mounier (né le 6 février 1955), n’avait alors que 48 ans… _ de sa réception à l’Académie de Nîmes, le président de cette Académie, M. Roger Grossi _ lequel décèdera à Nîmes au mois de novembre 2011, à l’âge de 97 ans _ :

Bernard Mounier, en effet, est le fils et le petit-fils de deux mineurs de La Grand Combe, Francis Mounier (1932 – 1961) et François Mounier (décédé en 1972), tous deux décédés à la mine ; de même qu’est décédé lui aussi à la mine le grand-père maternel de Bernard Mounier, le père de sa mère Thérèse Dussert, Prosper Dussert.

En 1961, « le choc _ de la mort accidentelle si précoce de Francis Mounier à la mine : il a à peine 29 ans… _ est si destructeur que, sans autre raison apparente, votre jeune maman _ Thérèse Dussert, née en 1932 : elle aussi n’a que 29 ans… _ devient aveugle et sourde, comme si son corps fragile et son cœur meurtri refusaient de survivre au drame« , raconte le 9 janvier 2004 Roger Grossi _ les qualités profondes d’humanité de Bernard Mounier s’étaient donc déjà bien révélées, par ses actes…

« Les médecins cherchèrent en vain une cause biologique expliquant cette double fermeture au monde. Votre mère ira d’hôpital en hôpital, d’établissements médicaux en centres sociaux, toujours écrasée _ voilà _ par l’insupportable.

Vous allez, tout au long des années qui suivirent, tenter de trouver un chemin de dialogue _ voilà : « dialogue«  est plus juste que « communication«  : le dialogue est mutuel et réciproque ; il implique l’écoute attentive et la parole ouverte et confiante de l’autre ; il est fondamentalement ouvert ; et ne doit pas être instrumentalisé… _ avec votre mère, et vous le trouverez. Vous l’aimez tendrement, et elle n’a que vous à aimer. Vous trouvez les moyens de cette communion _ oui _ qui vous est indispensable à tous deux, vous inventerez _ une forme de ce je nomme une active « imageance » confiante _ ensemble le langage des doigts.

Plus tard, les autorité de tutelle, frappées par la qualité _ voilà ! à rebours de l’exclusivement quantitatif des statistiques, qui font fi de la si précieuse (et indispensable !) vraie singularité… _ de votre relation filiale, vous demanderont de devenir « son tuteur », le tuteur _ légal _ de votre mère.

Vous l’avez accompagnée jusqu’à sa mort en l’an 2000, elle avait alors 68 ans, et vous aviez 45 ans« .

(…)

« Votre grand-mère maternelle Antonia vous prend en charge _ en 1961. C’est elle qui règle les questions administratives de pension et toutes les questions _ à commencer par celles, bien sûr, d’éducation _ de votre enfance. Elle suit aussi, bien sûr, le devenir de sa belle-fille Thérèse. Antonia est une femme forte, une fidèle catholique, une chrétienne dont l’exemple _ oui _ marquera profondément _ voilà _ toute votre vie.

Vous auriez pu sombrer _ oui _ dans la révolte, le désespoir, la dépression _ voilà ce qu’il faut apprendre à bien vite surmonter. Il faut si peu pour détruire _ peut-être irréversiblement _ un enfant. Mais l’amour _ oui _  que vous trouvez chez votre mère, dans votre grand-mère, chez votre tante Viviane _ Andrée _ Dussert Lavigne _ qui décèdera au mois d’octobre 2013, à l’âge de 88 ans _, la sœur de votre mère, est la source et la racine de votre bonheur« .

Bernard Mounier : un homme de qualité humaine tout à fait remarquable…

Et dont la réalité tranche, bien cruellement pour nous, les citoyens de ce pays, avec les misérables squelettes (et fantômes) technocratiques cyniques _ tellement pauvres en humanité vraie, tout exclusivement numérisés et comptables (pour quels profits ? et de qui ?) qu’ils sont ! _ de la plupart, hélas, de notre personnel politique d’aujourd’hui ;

même si j’exclus de ce triste constat l’épaisseur humaine authentique de ces membres de la fonction publique dont l’action très délicate et efficace a accompagné avec un plein succès celle du maire des Plantiers, Bernard Mounier ;

je veux parler ici des très remarquables, eux aussi, Procureur Eric Morel, Général de Gendarmerie Arnaud Browaeÿs, et Préfète Marie-Françoise Lecaillon…

 

Ceux-ci font grand honneur à la fonction publique de notre République, que des générations de politiciens _ depuis les Thatcher et Reagans’acharnent hélas à de plus en plus affaiblir et ruiner…

Il nous manque probablement la vivissime lucidité de pensée et de plume d’un Machiavel _ ou d’un Nietzsche _ du XXIXe siècle

pour mettre pleinement à jour et dénoncer avec efficace le si misérablement mesquin et terriblement toxique _ suicidaire (« Après nous, le Déluge…« ) et nihiliste… _ machiavélisme endémique contemporain…

Ce dimanche 16 mai 2021, Titus Curiosus – Francis Lippa

« 1938, nuits », ou dans la peau de Siegfried-Fred Katzmann (1912 – 1998) : le très véridique dialogue poursuivi à l’infini d’Hélène Cixous avec ses proches, qu’ils soient défunts, lointains, et même réticents jusqu’au mutisme

04fév

Le nouvel opus d’Hélène Cixous, 1938, nuits

_ qui vient de paraître aux Éditions Galilée le 24 janvier dernier,

et dont je suis, ce lundi 4 février, à la troisième lecture : y découvrant chaque fois de nouveaux trésors (et parfois carrément décisifs ! mais oui !!) d’abord non relevés-remarqués,

tant l’écriture toujours inventive, tout à la fois légère et sans jamais de lourdeurs, mais dense en sa merveilleuse cursivité (conversationnelle),

est riche de mille infra-détails archi-fins (et jamais gratuits !)

laissés inaperçus du lecteur le plus attentionné, toujours un peu trop pressé en courant la si riche, même si légère et aérée, phrase ; 

comme il arrive à notre lecture des merveilleux, tout à la fois infiniment légers et incroyablement denses, eux aussi, avec leurs prodigieux ajouts de détails les plus fins, Essais de Montaigne :

on n’a jamais fini d’en découvrir, à chaque lecture-relecture, d’infiniment riches aperçus (constructifs, et non abyssaux à s’y perdre-noyer ! : toujours ouverts et enrichissants pour notre intelligence du réel abordé ; et notre propre permanente conversation-réflexion de lecteur avec un tel texte-trésor…) qui, généreusement offerts, s’ouvrent aussi à la méditation… ;

et je pourrai citer aussi, pour pareille aventure de richesse infiniment renouvelée de lecture, et l’écriture de Proust, et l’écriture de Shakespeare… _,

est un chef d’œuvre

_ ramassé en 146 pages et quatre chapitres, dont deux brefs (de 9 et 8 pages) :

le premier, introductif, aux pages 9 à 17 : « Un petit livre dort dans la nuit« ,

et le quatrième, conclusif, aux pages 139 à 146 : « Je voudrais parler d’espoir » ;

le second et le troisième, plus copieux (de 52 et 64 pages) parce que comportant l’essentiel de la recherche-enquête-méditation-conversation à laquelle se livre ce 1938, nuits,

aux pages 19 à 71 : « Il y a quelque chose dans l’air« , sur la Nuit de Cristal du 9 au 10 novembre 1938 telle qu’elle fut vécue à Osnabrück par le jeune (il avait 26 ans) Siegfried Katzmann ;

et aux pages 73 à 137 : »Ici, Buchenwald« , pour le troisième, sur le séjour de Siegfried Katzmann à Buchenwald, du 12 novembre (page 129 : « c’est le 12 novembre« ) au 13 décembre 1938 (même si le Bericht reste muet sur la date de cette sortie de Siegfried du KZ) ;

et comportant, ces deux chapitres-là, des sous-parties titrées

(« Etwas« , « Nun« , « Curriculum vitæ«  et « La mort perdue de Benjamin« , pour le chapitre 2 « Il y a quelque chose dans l’air«  ;

puis, « Un Siegfried« , « Choix de Juifs« , « Le chêne de Gœthe« , « Dans l’intérieur de Fred«  et « En route !« , pour le chapitre 3 « Ici, Buchenwald« ) ;

il me faut aussi remarquer, au passage, que semblent (mais je peux bien sûr me tromper) demeurer ignorés de l’auteure, ici, c’est-à-dire à ce moment de l’été 2018 de son écriture (à moins qu’elle-même n’ait choisi de nous laisser en l’obscurité d’un tel savoir de sa part), les moyens et péripéties de sortie de Buchenwald de Siegfried Katzmann, le 13 décembre 1938 (cf cette Kurzbiographie für Frederick S. (Siegfried) Katzmann),

ainsi que le détail (non narré par Fred en son Bericht) de ce qui a très factuellement permis son départ vers les États-Unis en avril 1939, à bord du vaisseau « Nieuw Amsterdam« , si ce n’est le fait, mais pas tout à fait suffisant, cependant, d’avoir fait une demande préalable d’un Visum, auprès de l’ambassade des États-Unis, à Paris, probablement  (les mémoires sont, et demeurent, flottantes…) en 1937 :

le récit du Bericht s’interrompant en effet juste avant cette sienne inespérée sortie de l’Enfer de Buchenwald… ;

il faut aussi bien marquer

que ce que narre ici l’auteure,

est sa propre lecture, absolument fascinée et vibrante, du récit (Rapport, Bericht) que Siegfried Katzmann,

devenu (ou métamorphosé en) Fred Katzmann (à son arrivée aux États-Unis, à New-York, à Ellis Island, pour commencer), en avril 1939, puis désormais installé comme médecin orthopédiste pour enfants au fin fond du Midwest, à Des Moines, Iowa),

a narré, l’espace d’une semaine comme hallucinée, au mois de mars 1941, en son Bericht… ;

et qu’il n’a, semble-t-il, pas jugé utile, ce Fred Katzmann de 1986, d’assortir ni d’un appoint, ni de quelque commentaire un peu surplombant, en quelque postlude final, lors de son envoi (« Par chance, en 1986, Fred exhume son Bericht, il l’envoie à « Ève-le-rêve-de-des-vieux-jours »… « , page 66) de ce Bericht (de 1941 ; « un truc qui dort dans un tiroir depuis quarante-quatre ans« , page 77) à Ève, tel quel donc (brut !), en 1985 ou 86, à sa vieille amie d’Osnabrück, Ève Klein, devenue Cixous, à Paris, de ce Bericht, donc (ainsi demeuré brut et compact) de 1941, tapé à la machine, et sans guère d’espace (« Tu as déjà vu tellement de mots sur une seule page ? Bon, pour le papier, oui. Pour moi, ça manque d’air« , pouvait ainsi dire, de sa manière inégalable (à notre tour, nous l’entendons prononcer cette vive, alerte et lucidissime parole !), Ève à sa fille Hélène, en ce début de mois de juillet 2018, page 15 ;

« Vers 2 heures de la nuit de juillet (2018), maman m’appelle d’en haut _ forcément ! Elle (décédée le 1er juillet 2013), de sa voix (bien audible !), me prévient qu’elle me jette par la fenêtre en urgence un paquet précieux. (…) On dirait un livre. Je le ramasse. Quel poids ! Pas de doute c’est de l’or. Je remonte avec ce trésor _ voilà ! qui, telle quelque belle-au-bois-dormant de pauvre papier, sommeillait depuis toutes ces années : 1938, 1941, 1985, 1986, 2018… ; et que la lecture incisive d’Hélène, puis, à notre tour, la nôtre, plus ou moins ensommeillée, d’abord, et curieuse et attentive, réveille et vient rendre prodigieusement vie ! _ vêtu de papier blanc« … : ainsi débute 1938, nuits, en ouverture de son premier chapitre (« Un petit livre dort dans la nuit« ), à la page 9 :

et par là nous mesurons combien ce nouvel opus-ci d’Hélène Cixous continue, et c’est fondamental !, de poursuivre _ voilà ! _, sa merveilleuse conversation, devenue d’outre-tombe depuis cinq ans, avec sa mère, bien que celle-ci soit décédée le 1er juillet 2013 (« C’est le cinquième 1er juillet, depuis que ma mère est partie sac au dos faire le tour de l’autre monde, je ne sais jamais d’où elle va m’appeler _ voilà ! de temps en temps, Ève vient appeler Hélène ! _ la prochaine fois« , toujours page 9 ;

et Hélène, la narratrice principale de ce récit (à très riches tiroirs, bien plutôt qu’en abyme : il n’a rien d’abyssal ! puisque, au lieu de nous y enfoncer et nous y perdre, nous ne cessons, avec l’auteure, de jubilatoirement nous élever ! Et il progresse toujours un peu, ce récit, investigation de micro-détail après investigation de micro-détail (et à nous, lecteurs, d’apprendre à les relier, ces micro-détails, en le puzzle, toujours un peu ouvert, qu’ils composent !) dans sa quête de la vérité à débusquer !) poursuit, page 10 : « Elle _ Ève _ m’a confié la garde _ voilà ! _ de son appartement parisien, où tout séjourne _ en parfaite quiétude _ dans l’ambre _ préservatrice _, ses présences _ le mot est bien sûr capital ! _, parmi lesquelles _ aussi, forcément _ son absence _ certes _, ses archives _ cela aussi est capital : et c’est bien un « trésor«  ! qui nous a été très délicatement légué (par Ève), et est donné à partager (par Hélène, sa fille, en sa propre écriture, à son tour) sans aucun doute… _, ses aventures, ses vies et opinions. J’en ai pour des dizaines d’années de fouilles _ comme Schliemann à Troie. En vérité à la fin, je n’aurai _ toujours _ pas fini » _ puisque la richesse, infinie, de ce fond conservé, est en effet inépuisable) ;

mais que sa chère mère soit décédée (cf Homère est morte), n’a presque guère d’importance aujourd’hui pour Hélène, puisque leur richissime conversation-dialogue _ et c’est bien là le principal ! _se poursuit presque plus que jamais, du moins « tant qu’il y aura de l’encre et du papier en ce monde«  (Montaigne disait plus précisément : « Qui ne voit que j’ay pris une route _ d’écriture-conversation _ par laquelle, sans cesse et sans travail, j’iray _ très décidément et avec jubilatoire (et contagieuse) alacrité ! _ autant qu’il y aura d’ancre et de papier au monde ?  Je ne puis tenir registre de ma vie par mes actions : fortune les met trop bas ; je le tiens par mes fantasies« , ou imageance jouissive, au début de son essai De la Vanité (III, 9), afin de la saisir et noter, cette fugace, mais si précieuse, vie…

et aussi tant qu’Hélène dispose de sa sérénissime montanienne Tour d’écriture, l’été, à Arcachon :

la double conversation-dialogue entre Ève et Hélène se poursuit donc, opus après opus, pour notre plus grand bonheur renouvelé et augmenté de lecture ! _

le nouvel opus d’Hélène Cixous, 1938, nuits,

est un chef d’œuvre absolu,

un miracle de réussite

en ce niveau de perfection

et du récit _ haletant et sidérant _ des faits vécus rapportés,

et de la méditation _ profonde _,

et de l’écriture _ incroyablement vivante, juste

et merveilleusement poétique, en sa fastueuse imageance,

jusque dans le rendu-analysé au ras des émotions rapportées et commentées du subi-vécu, ici, de l’horreur,

de ses surprises, et essais, au fur et à mesure, de parade,

ou toujours bien fragile et misérable tentative incertaine et mortellement dangereuse d’accommodation

de « l’Aktionné »


Cette fois-ci, et à nouveau pour cet opus-ci,

le Prière d’insérer

que prend soin de nous proposer, en ouverture détachée, sur feuille volante, du livre

_ ici en deux pages et sept lignes _

l’auteure,

est une clé simplissime magnifique :

« C’est le quatrième livre

_ après Osnabrück, en 1999, Gare d’Osnabrück à Jerusalem, en 2016, et peut-être (?) Correspondance avec le mur, en 2017 _

qui me ramène à Osnabrück

_ mais aussi Dresde, où vécut aussi Omi, ne serait-ce qu’en 1934,

et même en 1938 : demeure ici une certaine ambiguïté laissée par l’auteure… _,

la ville de ma famille maternelle _ les Jonas.

Je cherche

_ voilà ! tous les livres d’Hélène constituent une recherche infinie de vérité (des malheurs advenus ; et pas mal tus) ;

celle-ci, la vérité, ayant été cachée, volée, ou carrément massacrée.

Je cherche à comprendre

_ et voilà bien le terme capital ! l’alpha et l’oméga de tout l’œuvre d’Hélène Cixous ! _

pourquoi Omi ma grand-mère

_ Rosie Klein, née Rosalie Jonas, à Osnabrück, le 23 avril 1882 (et décédée à Paris le 2 août 1977) _

s’y trouvait encore _ à Osnabrück,

ou bien plutôt à Dresde ? N’est-ce pas le consul de France à Dresde qui, au lendemain de la Nuit de Cristal, prie Rosie de quitter au plus vite l’Allemagne, grâce à son passeport français (« Madame, vous devriez partir« , page 104), puisque Rosie Klein fut aussi strasbourgeoise, auprès de son mari Michaël Klein (décédé en 1916, pour l’Allemagne, sur le front russe), jusqu’en 1919, où elle rejoignit sa famille Jonas, à Osnabrück… Et ses filles Ève et Erika Klein sont en effet toutes les deux nées à Strasbourg, en 1910 et 1912.. _

en novembre 1938

_ lors de la Kristallnacht du 8 au 9 novembre.

 

Ainsi que _ quelques uns de _ ses frères et sœurs _ Jonas : elle en eut huit.

Deux de ses frères (dont l’« Oncle André », Andreas Jonas, décédé à Theresienstadt le 6 septembre 1942) et deux de ses sœurs (et je n’ai pas encore réussi à déchiffrer desquels et desquelles d’entre eux, ses frères, et d’entre elles, ses sœurs, il s’agissait), en plus de certains cousins et cousines, sont décédés l’année 1942, à Theresienstadt et Auschwitz (et peut-être Sobibor aussi), nous est-il révélé, sans davantage de précisions, aux pages 63-64 de 1938, nuits

Cela faisait pourtant des années que les Monstres _ criminels _ occupaient le ciel allemand

et proféraient _ on ne peut plus clairement  : depuis la publication vociférante (le 18 juillet 1925) de Mein Kampf !!! ; et, bien sûr, l’arrivée de Hitler au pouvoir le 30 janvier 1933 _ des menaces de mort à l’égard des Juifs,

mais Omi continuait _ obstinément _ de penser qu’elle était allemande

même après avoir été déclarée nonaryenne,

même quand la langue allemande _ cf de Victor Klemperer le très éclairant LTI, la langue du IIIe Reich _ carnets d’un philologue _ a formé de nouveaux abcès antijuifs tous les mois.


Certes son mari

_ Michaël Klein (Trnava, 24 septembre 1881 – Beranovitch, 27 juillet 1916 : Trnava, en l’actuelle Slovaquie ; Beranovitch, en l’actuelle Biélorussie-Belarus) _

était bien mort pour l’Allemagne _ sur le front russe _ en 1916

mais quand même« .

« Comme je n’arrive _ décidément _ pas à rentrer _ directement _ à l’intérieur _ voilà _ de ma grand-mère

_ afin de vraiment enfin la comprendre, ainsi que son parcours, avant de parvenir, peut-être fin novembre 1938, chez sa fille Ève et son gendre Georges Cixous, à Oran, sur l’autre rive de la Méditerranée (Rosie n’a jamais su nager !) _

je me décide _ et voilà le détour qu’opère cet opus-ci _ à entrer dans la Nuit Décisive

_ celle (ou plutôt celles, au pluriel) de la Kristallnacht, du 9 au 10 novembre 1938 (au nombre de « 280 ? Ou 1400 ?«  incendies de synagogues, page 99) ; ainsi que de celles, terribles nuits, qui vont suivre, en particulier, et d’abord, à Buchenwald, toujours cette fin d’automne 1938… ; mais il s’agit ici, en l’occurrence, de la Kristallnacht d’Osnabrück, avec l’incendie de la Synagogue de la Rolandstrasse, et de ce qui s’en est suivi aussitôt pour bien des Juifs de la ville _

par l’intérieur _ grâce à un Rapport (Bericht), rédigé en allemand, à Des Moines, en mars 1941 (page 62), par Fred Katzmann, et adressé, quarante-quatre ou cinq ans plus tard, en 1985 ou 86, à son amie de jeunesse, à Osnabrück, Ève Klein, devenue en 1936 à Oran Ève Cixous (Ève et Georges Cixous s’étaient rencontrés à Paris en 1935), la mère d’Hélène :

Siegfried, devenu Fred aux États-Unis, Fred, citoyen de Des Moines, Iowa, (et électeur démocrate), donc, et Ève s’étaient en effet retrouvés le 20 avril 1985 à Osnabrück, à l’invitation de deux historiens de l’histoire des Juifs de la ville, Peter Junk et Martina Sellmayer, pour une journée-rencontre d’hommage aux Juifs d’Osnabrück (page 93), et étaient devenus bons amis (« Fred était le dernier ami de ma mère« , page 26) ;

mais Ève, fondamentalement pragmatique et tournée exclusivement vers le présent et l’avenir, n’avait pas du tout jugé utile (« Ça ne sert à rien, elle est contre le couteau dans la plaie« , page 79) de lire ce Rapport (Bericht) que lui avait adressé le vieux Fred en 1986 (« Ma mère laisse traîner le rapport de Fred, c’est-à-dire de Siegfried, sur une étagère depuis l’année 1986, elle ne le lit pas « , page 79) ;

elle l’avait seulement plus ou moins négligeamment déposé « sur l’étagère du couloir » (page 11) de son appartement ; probablement à destination, quelque jour à venir (ou pas), de la curiosité (infinie et sans relâche, elle ne l’ignorait bien sûr pas !) d’Hélène… ;

et page 14, en un dialogue imaginaire post-mortem (rédigé cet été 2018), Hélène prête visionnairement ces mots (ou cette pensée) à sa mère :

« Et elle :

_ J’avais préparé ça _ voilà ! Ève est magnifiquement prévenante ! _ pour toi. C’est la déposition de Fred. Pleine à craquer » (page 14) _

je me décide à entrer dans la Nuit Décisive par l’intérieur

de Siegfried K., un ami _ sans plus de précision, ici, pour ce Prière d’insérer _ de ma mère

_ Ève Klein (Strasbourg, 14 octobre 1910 – Paris, 1er juillet 2013) ; et Siegfried Katzmann (né à Burgsteinfurt, le 15 août 1912 et décédé à Des Moines (Iowa), le 18 septembre 1998 ; mais Siegfried est installé avec sa famille à Osnabrück dès le mois de décembre 1912). Deux plus ou moins amis de jeunesse ; avant qu’Ève ne quitte Osnabrück et l’Allemagne dès 1929 : Ève allait alors avoir 19 ans, et Siegfried, 17.

Il _ Siegfried Katzmann _ a _ en novembre 1938 _ 25 ans _ ou plutôt 26 : il est né le 15 août 1912 _, il vient d’arracher _ en dépit des mille obstacles des lois anti-juives nazies _ son doctorat de médecine _ à l’université de Bâle, en Suisse _,

la Grande Synagogue _ d’Osnabrück, située « à l’angle de la Rolandstrasse«  (page 21) _ lui brûle devant la figure,

le voilà _ immédiatement après (« sofort » :

« Blitz, dringend, sofort, Foudre, Urgentissime, Immédiatement, c’est la formule de la galvanisation. (…) Il y a une force secrète dans le style de ce message _ de commandement de la SS, en l’occurrence de Reinhardt Heydrich SS Gruppenführer _, dans le rythme, peut-être dans la récurrence du mot Sofort, qui exerce une pression _ sur les récepteurs SS aux ordres, de par le Reich tout entier _ sur une certaine zone _ du cerveau… _, tout de suite, accélère les réflexes _ voilà _, économise _ bel euphémisme ! _ la pensée, imprime, déclenche _ par stimulus – réaction ! _, dit mon fils _ Hélène converse avec et sa fille et son fils tout au long du récit de ce 1938, nuits _, le télégramme part-arrive, toutes les synagogues partent en crépitant et hurlant dans les flammes exactement au même instant _ par tout le Reich : voilà. Comme prévu par le télégramme, les Juifs sortent, pas tous, et tous encore ou déjà en pyjamas. (…) Par chance _ bel euphémisme pour celui qui va se faire aussitôt capturer ! _ Siegfried _ lui _ a son grand manteau d’hiver, la nuit _ de novembre _ est glaciale, le feu de la Synagogue réchauffe _ certes _ son visage, il profite _ très momentanément _ de la chaleur de la Synagogue, ça il l’aura oublié« , lit-on dans le récit que fait Hélène de sa lecture du Bericht, jusqu’à avoir « l’esprit hypnotisé«  (page 129), de ce saisissant Bericht de Fred-Siegfried Katzmann, qu’Ève n’avait, elle, surtout pas voulu ouvrir-regarder-lire, elle s’en était bien gardé !, pages 116-117) _

naufragé _ tel Robinson Crusoë, en totale déréliction dans la sauvage solitude de son île déserte (cf aux pages 86 et 127) _ à Buchenwald, pour l’inauguration _ quel humour ! du KZ _ par les _ tous _ Premiers Déportés.

Je le suis _ voilà ; du verbe « suivre« , plutôt ;

même si Hélène, en lisant et écrivant, se met aussi « dans sa peau«  :

« dans l’intérieur de Fred«  est même le titre du sous-chapitre de onze pages qui débute page 109…

Il ne sait pas _ immédiatement : la conscience comporte toujours un tant soit peu (au mieux minimalement, mais ce peut être plus durable) de retard, d’accommodation progressive à ce qui lui arrive, surtout de surprenant, inattendu, imprévu, voire imprévisible, et qui plus, et surtout, est formidablement mortellement violent !.. _ ce qui _ si brutalement et dans un tel déchaînement barbare de violences _ lui arrive.

C’est nouveau, ça vient d’ouvrir

_ c’est un totalement bouleversant Événement ;

cf la belle réflexion de l’auteure sur ce mot-concept d’Événement : un mot-concept spécifiquement français, remarque et insiste Hélène à la page 24 : « Une autre difficulté pour l’auteur : le mot Événement. On ne peut pas plus s’en passer que du mot Dieu. Il advient partout, imprévisible, ouragant (sic : un participe présent verbal), déchaînant des éléments encore inconnus, émissaire de la fin du monde.

_ Sans ce mot, on ne pourrait rien dire, dis-je _ commente Hélène.

_ C’est le mot qui nomme sans nommer, dit ma fille _ Hélène a en effet pour interlocuteurs présents (et intervenant très finement dans sa méditation-recherche-écriture), et sa fille, et son fils ; et leurs commentaires (jamais conflictuels) sont superbement riches de finesse. Car Hélène ne cesse de converser-dialoguer aussi avec quelques présents proches, pas seulement des absents et des défunts, telle sa mère, l’éruptivement hyper-ironique Ève. Et c’est là un échange en permanence éminemment vivant et fécond qui transparaît sur la page. Et on comprend par là qu’Hélène tienne à ne recevoir quiconque d’autre qu’eux, ses enfants, dans sa Tour d’écriture (à la Montaigne) d’Arcachon-Les Abatilles, ses deux mois d’été consacrés d’une manière absolue, sinon sacrée, à son œuvre sacrale d’écriture…

_ C’est le mot-Dieu en français, dis-je. C’est _ même, carrément : quelle formidable et essentielle confidence ! _ pour ce mot que j’écris en français _ langue ainsi fondamentalement ouverte, selon Hélène, au surgissement du non encore conçu, mais par là et ainsi concevable. Hélène a enseigné l’anglais (et en anglais), parle parfaitement allemand, et bien d’autres langues encore, dont l’espagnol.

Dans mes autres langues, en anglais, il n’y a pas d’Événement, en allemand non plus«  _ d’où la terrible difficulté de commencer, en ces autres langues, à se représenter-figurer la simple éventualité, déjà, de la possible, mais si difficilement croyable (et, par là, qui soit, tant soit peu, un minimum efficacement prévisible) survenue-irruption-disruption de tels Événements monstrueux, à ce degré d’inhumanité-là…

Ce n’est pas terminé _ avec cette hyper-violente Kristallnacht.

Bien au contraire ! ces 9 et 10 novembre 1938 à Osnabrück (et dans tout le Reich hitlérien) ; ça se déchaîne, et ça va s’amplifier ; il va s’agir ici de l’ouverture aux premiers déportés du KZ de Buchenwald (dont les travaux de terrassement avaient commencé, avaient dit les journaux, en « juillet 1937  » : page 94), qui y entrent le 12 novembre 1938 (« c’est le 12 novembre, il fait un jour nocturne, glacial (…), un des effets de l’arrivée-entrée dans le KZ Buchenwald _ note alors Hélène, page 129, de ce qu’elle lit-découvre dans le Bericht de Siegfried-Fred _ est l’ablation du monde où j’habitais _ disait Siegfried 1938 – Fred 1941 _ encore la semaine dernière _ chez lui, à Osnabrück. C’est ce qui arrivait _ commente Hélène _ aux voyageurs qui parvenaient à l’Ètranger absolu, pure hypothèse, car nul n’est jamais revenu from this unknown country pour en raconter la réalité autre. Et déjà on a renoncé à tout ce qui était connu. Me voici donc _ tel l’Ulysse d’Homère, l’Énée de Virgile, ou le Dante de sa propre Divine Comédie… _ comme chez-les-morts _ voilà !!! _, ceux qui ne pourront jamais rien dire » _ et dont il faut donc relayer la parole empêchée et interdite, massacrée, page 129). Mais l’entreprise nazie de persécution va très bientôt se muter en systématique extermination des Juifs _ cf les deux tomes de ce considérable monument qu’est L’Allemagne nazie et Les Juifs, de Saul Friedländer : Les Années de persécution (1933-1939) et Les Années d’extermination (1939-1945)...

Buchenwald est _ en effet ; et cf ici l’admirable Le Chercheur de traces, d’Imre Kertész : à Weimar, Buchenwald et Zeitz, après un bref passage sien à Auschwitz…  : attention ! chef d’œuvre ! Si vous ne le connaissez pas, à découvrir toutes affaires cessantes ! _ à côté de Weimar.

Weimar, c’était Gœthe.

Siegfried est un modeste Robinson aktionné en 1938 _ à Buchenwald, tout à côté ; en novembre et décembre 1938 : du 12 novembre (son entrée) au 13 décembre (sa sortie), pour être très précis.

Avant _ cette lecture hallucinée du Bericht de Siegfried-Fred _ je ne savais pas _ de l’intérieur : c’est là dire le formidable pouvoir d’une écriture… _ ce que c’était, un juif aktionné _ confie ici Hélène.

Suivons _ voilà en effet le fil-conducteur de ce livre-ci ! le but final étant rien moins que de parvenir enfin à l’intelligence « de l’intérieur«  d’Omi en ces années (1933-38) de nazisme, où Omi demeura dans le Reich… _

Siegfried _ en le récit-Rapport (Bericht), de celui qui vient de devenir Fred Katzmann, à Des Moines, Iowa, en mars 1941 _

dans la fameuse Nuit Nazie aux mille incendies _ du 9 au 10 novembre 1938 _,

prologue _ seulement ! Pire, bien pire encore, allant, en suivant, monstrueusement, bientôt advenir et se déchaîner !… cf à nouveau les deux tomes du chef d’œuvre extraordinaire et magnifique (par la qualité d’une puissance prodigieuse des témoignages recueillis) de Saul Friedländer, L’Allemagne nazie et les Juifs : Les Années de persécution (1933-1939), et Les Années d’extermination (1939-1945)… Á lire aussi, toutes affaires cessantes ! _

au temps de l’Anéantissement _ la Shoah ; mais Hélène ne prononce pas ce mot, alors anachronique ; tout particulièrement aux États-Unis, et dans l’Iowa de Fred, à Des Moines, en 1985-86.

J’aimerais tant pouvoir _ maintenant, mais c’est trop tard ; le Dr Fred Katzmann, orthopédiste pour enfants, est décédé le 18 septembre 1998, à Des Moines _ lui demander _ et que Fred puisse très effectivement et précisément y répondre _ pourquoi, comment _ en son détail de circonstances _, il est encore là »  _ ayant réussi à survivre à tout cela ; et d’abord à sortir de Buchenwald, le 13 décembre 1938 (Hélène n’en dit rien : le savait-elle seulement alors ? Peut-être pas…) ; Fred Katzmann n’en avait probablement pas laissé un témoignage, du moins aisément accessible jusqu’alors… Pas même en accompagnement de l’envoi, tel quel, de ce Bericht de 1941 à Ève, en 1986. Cependant, Ève et Fred (« le dernier ami de ma mère« , page 26 ; « Pour Ève, Fred servait surtout à voyager. Istanbul. Buenos Aires. Majorque. Sans aucun rapport avec la racine. On ne pouvait imaginer plus extraordinairement dissymétrique« , page 88) se rencontrèrent plusieurs autres fois, outre leurs voyages d’agrément (c’est-à-dire de tourisme de retraités) de par le vaste monde : sinon, peut-être, à Des Moines, Iowa, tout du moins à New-York, ainsi qu’en témoignent la fille et le fils d’Hélène, page 86 :

« _ Je me souviens de lui quand il est venu à Ithaca New-York avec Éve, dit ma fille, en 1988, il avait 76 ans, ils étaient chez moi _ voilà _,

je me souviens d’un déjeuner rue de Trévie (à New-York ? cette mention sonne bizarre…), il s’est fait voler son portefeuille ce jour-là, il avait accroché sa veste au portemanteau du restaurant,

avec son jabot, un petit homme gallinacé _ sic _, vif dans la conversation. 

_ C’est pas un Apollon, dit Éve.

_ C’était le deuxième ultramoche parmi les prétendants _ d’Ève _, dit mon fils _ qui connaît de lui au moins une photo… _, mais le contraire du premier ultramoche que je haïssais, je le trouvais sympathique, l’œil vif, le pas petit saccadé comme d’une poule _ la métaphore est donc filée. D’une marionnette«  _ c’est donc que le fils d’Hélène a pu voir et observer marcher ainsi Fred Katzmann ; et il partage l’appréciation de sa sœur : lui aussi entrant dans le registre du « gallinacé« , avec son « le petit pas saccadé comme d’une poule« … Page 14, Ève, quant à elle disait : « on le reconnaît à coup sûr à son petit format cagneux, voix sonore, petit homme« 

Hélène concluant, en forme de commentaire de cet échange avec ses enfants à propos de Fred, page 87 :

« Franchement, je ne le connaissais pas _ de l’intérieur, avant la lecture de ce Bericht Pour moi, il n’a jamais été Fred. Je l’appelais M. Katzmann _ lors de ce qu’ont pu être leurs rencontres effectives, ou pas ; ou du moins leurs échanges à distance : de courriers, voire téléphoniques…

Je ne savais rien de lui.

Ève ne m’a jamais rien dit _ voilà ! _ de son histoire« 

_ et voilà pourquoi Hélène a ignoré les circonstances précises de la sortie du KZ de Buchenwald de Siegfried, et les péripéties de ce qui a suivi ce séjour d’un mois (12 novembre – 13 décembre) au KZ de Buchenwald dans la vie de Siegfried Katzmann ;

à commencer par sa sortie du camp, le 13 décembre 1938 (selon sa Kurzbiographie),

puis son départ in extremis d’Allemagne, au mois d’avril 1939,

et son embarquement sur le navire « Nieuw Amsterdam« , et son débarquement à New-York et Ellis Island .

Á suivre : ceci est un prologue…

Ce lundi 4 février 2019, Titus Curiosus – Francis Lippa

L’amitié Marcel Proust – Reynaldo Hahn commencée à être explorée : un dialogue sur la création en actes passionnant

08jan

Aux Classiques Garnier,

vient d’assez récemment paraître

un judicieux recueil d’esssais à six mains ,

celles de Philippe Blay, Jean-Christophe Branger et Luc Fraisse,

explorant l’amitié entre deux importants créateurs du début du XXéme siècle français :

Marcel Proust

& Reynaldo Hahn,

sous le titre

Marcel Proust et Reynaldo Hahn, une création à quatre mains.


Marcel Proust (Paris, 10 juillet 1871 – Paris, 18 novembre 1922)

et Reynaldo Hahn (Caracas, 9 août 1874 – Paris, 28 janvier 1947)

ont 23 et 20 ans quand ils se rencontrent

et font connaissance, à Paris.

« Les deux artistes, l’écrivain et le musicien,

ne cesseront dès lors de cheminer en connivence. » 

et leur dialogue soutenu,

sur leurs arts,

est, bien sûr,

passionnant.

Ce mardi 8 janvier 2019, Titus Curiosus – Francis Lippa

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