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Une excellente surprise discographique ramiste : « Les Paladins », par Valentin Tournet et La Chapelle harmonique : un enregistrement enfin intégral (et parfaitement réussi) …

26fév

C’est avec assez forte _ et excellente ! _ surprise que le public mélomane baroque français vient de découvrir la parution d’un enregistrement discographique enfin complet (!) des « Paladins » de Jean-Philippe Rameau,

une « comédie lyrique » en trois actes créée au Théâtre du Palais-Royal à Paris en 1760.

Le précédent enregistrement _ au Théâtre municipal de Tourcoing en date du mois d’octobre 1990 ; publié en un double CD (ARN 263660, d’une durée de 112′ 16) par Arion en 2006 _ des « Paladins » dont je disposais en ma discothèque, est celui de Jean-Claude Malgoire et la Grande Ecurie et la Chambre du Roy…

Or, voici que, ce mois de février 2022, le très actif label Château de Versailles – Spectacles publie un enthousiasmant triple CD (CVS 054, d’une durée de 160′ 47 ; enregistré dans la Galerie des Batailles du Château de Versailles au mois de décembre 2020) de ces « Paladins » de Rameau, par Valentin Tournet et La Chapelle Harmonique…

Voici l’article simplement intitulé « Les Paladins » par lequel avant-hier 25 février Jean-Charles Hoffelé s’en est fait l’écho sur son riche _ et décidément nécessaire _ site Discophilia :

LES PALADINS

Lorsque Les Paladins déboulèrent en 2004 sur la scène du Châtelet, avec force hip hop, rames de métro et bestiaire délirant (!), réinventés par William Christie et sa formidable bande, je ronronnais de contentement. Enfin le temps était venu pour l’autre ultime grand ouvrage lyrique de Rameau, dont la postérité aura été effacée par le destin plus tortueux _ dont la représentation entreprise, l’été 1764, a été brutalement interrompue par le décès de Jean-Philippe Rameau, le 12 septembre 1764 ! _ des Boréades. Las, le disque ne suivit pas, seul le spectacle fut documenté par un réjouissant DVD _ Opus Arte, sur la scène du Châtelet en 2004 _, mais Christie coupait un peu _ hélas ! _, scène oblige. Les Paladins en restèrent donc à l’enregistrement pionnier  _ de 1990, il a 32 ans… _ de Jean-Claude Malgoire, parcellaire _ voilà… _, une version plus complète _ sous la direction de Konrad Junghänel, enregistrée à Duisburg en avril 2010 _, parue récemment _ au label Coviello _, s’avérant décevante, malgré un bel Atis _ d’Anders J. Dahlin. Là encore, tout le texte n’y était pas _ trois fois hélas.

Coup de tonnerre, après de brillantes Indes Galantes (j’y reviendrai), Valentin Tournet entraine cette folle comédie-ballet jusqu’à l’ivresse _ cf cette courte vidéo de 2′ 36 Rameau y est prodigieux de verdeur dans son orchestre _ une facette en effet capitale du génie musical de Rameau ! _, le livret assaisonnant une intrigue toute simple d’humour, la piquant d’un ton souvent ironique, autorisant l’octogénaire à faire sa plume aussi légère que brillante _ voilà : d’après un conte leste du toujours délicieux La Fontaine.

L’orchestre des Paladins, avec ses couleurs poivrées _ oui ! _, n’est pas moins stupéfiant _ voilà ! _ que celui des Boréades, ses nombreuses danses _ un facteur bien entendu fondamental du génie de Rameau _ cumulent de savoureuses musettes (c’est la musique même des Paladins, en déguisement de pèlerin, menés par Atis), d’explosifs bruits de guerre. Il faut entendre comment Valentin Tournet emporte tout cela, quelle flamme _ oui ! _, quelle imagination de timbres, de rythmes, il imprime à ses musiciens, instrumentistes et choristes.

Distribution en or pur, mené par l’ardent Atis de Mathias Vidal dans sa meilleure voix, mais comment résister à l’Argie touchante de Sandrine Piau, à la Nérine mutine d’Anne-Catherine Gillet (qui fait entendre une qualité de diction, une couleur typique d’une certaine école de chant française _ et c’est en effet très important ! _ qui par elle perdure _ sur l’impeccable art du chant français d’Anne-Catherine Gillet, cf mon article du 24 octobre 2011 : ), les méchants formidables de Florian Sempey et Nahuel Di Pierro.

Tout cela sera démêlé par la bonne fée Manto, rôle de travesti que Philipe Talbot assume crânement de son ténor rossinien (même si je garde une petite préférence pour celle plus « queer » de François Piolino _ chez Christie en 2004 _), les ultimes danses pourront s’élancer, la fête ne sera pas finie pour autant, Valentin Tournet ajoutant _ en effet, pour 14′ 12 _ en appendice un air de Nérine et quelques pièces d’orchestre retirés avant les représentations de 1760. Abondant livret, note d’intention du chef, article éclairant de Loïc Chahine, intégralités du conte de La Fontaine et du livret de Duplat de Monticourt, décidément Les Paladins ont eu raison d’attendre si longtemps, les voici enfin, irrésistibles !

LE DISQUE DU JOUR

Jean-Philippe Rameau(1683-1764)


Les Paladins, RCT 51

Sandrine Piau, soprano (Argie)
Anne-Catherine Gillet, soprano (Nérine)
Mathias Vidal, ténor (Atis)
Florian Sempey, baryton (Orcan)
Nahuel Di Pierro, basse (Anselme)
Philippe Talbot (La fée Manto)

La Chapelle Harmonique
Valentin Tournet, direction

Un album de 3 CD du label Château de Versailles Spectacles CVS054

Photo à la une : le chef d’orchestre Valentin Tournet – Photo : © DR

Ainsi, un _ cruel _ manque discographique ramiste vient-il d’être très heureusement comblé !
Merci à Valentin Tournet… 

 

Ce samedi 26 février 2022, Titus Curiosus – Francis Lippa

Toujours à propos du violon de braise et de velours de Théotime Langlois de Swarte

25fév

À nouveau à propos du violon de braise et de velours de Théotime Langlois de Swarte en son CD Vivaldi – Leclair Locatelli _ cf mon article d’avant hier « «  _,

cet article-ci assez justement intitulé « France italienne » de Jean-Charles Hoffelé sur son site Discophilia :

FRANCE ITALIENNE

Le violon fut _ en effet ! _ une invention _ au XVIIe siècle _ de l’Italie, au début du XVIIIe siècle il avait conquis Paris, démodant _ voilà… _ le temps des violistes. Sur les bords de la Seine, Jean-Marie Leclair était son héros, virtuose irrésistible et plus encore compositeur de première force, dont les Concertos, à l’image de ceux de Locatelli, entendaient bien épuiser leurs interprètes.

Pas Théotime Langlois de Swarte qui ne fait qu’une bouchée des rossignolades éperdues du Finale du Concerto en ré majeur, avant de se lancer dans la grande phrase ascendant du Prélude, RV 60 de Vivaldi, fugace merveille toujours restée en marge des Concertos du Prêtre roux, comme le Prélude en la mineur par lequel le jeune homme ouvre son album.

Les ponts sont-ils évidents entre les gestes limpides de Leclair, son ton déjà classique, quasi mozartien, et le génie aventureux, le violon opératique, une violon de prima donna, de Vivaldi ? Peu importe, il faut entendre comment Théotime Langlois de Swarte s’approprie le grand Concerto « per Anna Maria », le théâtre qu’il y met, l’éloquence, la grâce, le sens de la danse et l’imagination des timbres, tout un univers qu’il ressuscite dans les couleurs fraîches des Ombres, ici si mal nommées !

Pourtant la vraie merveille de l’album _ pour Jean-Charles Hoffelé du moins _ est bien le Concerto en mi mineur de Locatelli, si surprenant, une vraie scène d’opéra _ un peu expérimental _ en trois volets, écoutez seulement comme son violon s’en empare. Et si demain, il continuait à herboriser dans ce vaste corpus encore trop peu couru ?

LE DISQUE DU JOUR

Jean-Marie Leclair
(1697-1764)


Concerto pour violon en la mineur, Op. 7 No. 5
Concerto pour violon en ré majeur, Op. 10 No. 3


Antonio Vivaldi (1678-1741)


Concerto pour violon en si mineur, RV 384
Concerto pour violon en ut majeur, RV 179a « Per Anna Maria »
Prélude en ut majeur, d’après la « Sonate en trio, RV 60 »
Prélude en la mineur, d’après le « Concerto pour violon, RV 355 »


Pietro Locatelli (1695-1764)


Concerto pour violon en mi mineur, Op. 3 No. 8

Théotime Langlois de Swarte, violon
Les Ombres
Margaux Blanchard & Sylvain Sartre, direction

Un album du label harmonia mundi HMM 902649

Photo à la une : le violoniste Théotime Langlois de Swarte – © Jean-Baptiste Millot

 

Ce vendredi 25 février 2022, Titus Curiosus – Francis Lippa

Une nouvelle sublime pépite Domenico Scarlatti, compositeur, et Giulio Biddau, interprète : le « débarbouillage » du superbe double CD Aparté AP 283

20fév

Le magnifique et extraordinaire pianiste qu’est Giulio Biddau _ né à Cagliari en 1985, élève d’Aldo Ciccolini, et actif à Paris _,

après de splendides « Barcarolles » de Gabriel Fauré (dans le CD Aparté AP 026, paru en 2011), 

et un miraculeux « Respighi Piano Four Hands« , avec le pianiste Norberto Cordisco Respighi (dans le CD Evidence EVCD 035, paru en 2017),

vient, ce mois de janvier 2022, nous gratifier, sur un très beau piano Steinway & Sons D-274 (Les Accordeurs), d’un exceptionnel double CD Domenico Scarlatti, intitulé « Scarlatti to Scarlatti« ,

dont voici un excellent, éloquent et très judicieux commentaire, en date du 25 janvier 2022, par Jean-Charles Hoffelé,

intitulé « Passage du temps » _ on comprendra la parfaite raison de pareille intitulation _ :

PASSAGE DU TEMPS

Deux visages. Commençant par celui à la Francis Bacon : Hans von Bülow _ Dresde, 8 janvier 1930 – Le Caire, 12 février 1894 _ s’évertua à regrouper dix-huit Sonates de Scarlatti qu’il aimait _ tout simplement _ jouer – on oublie qu’il fut également un pianiste de première force -, les « modernisant » _ en son XIXe siècle… Cela s’écoute, même si on perçoit bien dans ce sens du vertical une volonté de faire entrer Bach aux forceps dans la grammaire scarlatienne _ en effet _, mais s’écoute d’abord plutôt _ voilà ! _ pour les qualités pianistiques _ très grandes _, jeu ample, timbres vifs, main gauche affirmée, de Giulio Biddau _ voilà… _ que pour l’habillage de Bülow, une curiosité en somme _ oui… _, qui invite à se ruer _ surtout _ sur le premier disque _ Scarlatti sans le passage par le prisme de Bülow, en ce CD n°1…

Le CD indiquant ici : « Critical Edition«  ; et « Hans von Bülow’s Anthology » pour le choix des pièces du CD n° 2.

Les 16 pièces choisies reprenant en ce CD n°1 le choix des pièces du CD n°2, tel qu’opéré, à son goût, par Hans von Bülow, au XIXe siècle. Ce qui nous permet de mesurer (et admirer) le « débarbouillage » d’Emilia Fadini et Giulio Biddau… Et j’abonde pleinement à cette remarque très juste de Jean-Charles Hoffelé : à l’écoute comparée (comme en ce podcast-ci de 11′), le CD n°2 fonctionne comme une sorte de preuve du magnifique travail de « débarbouillage » et restitution musicologique d’Emilia Fadini, couronné par l’interprétation superlative, sur son Steinway, de Giulio Biddau en le CD n°1 de ce double album. C’est donc ce CD n°1 qu’on ne se lassera pas de passer et repasser sur sa platine…

Seize Sonates, alternant des plus et des moins connues, dans une édition critique qui me semble d’oreille magnifique _ oui ! _, due à Emilia Fadini _ Barcelone, 11 octobre 1930 – Goriago, 16 mars 2021 ; ce double CD Aparté de Giulio Biddau a ainsi été enregistré du 16 au 30 juin, puis les 26 et 27 novembre 2020, à la salle Colonne, à Paris, avant le décès, le 16 mars 2021, de la claveciniste et musicologue Emilia Fadini. Emilia Fadini dont j’ai retrouvé, parmi les CDs de ma discothèque personnelle, le volume 1, intitulé « The Spanish influence« , d’un projet d’intégrale des Sonates de Domenico Scarlatti, sur clavecin, par divers interprètes : soit le CD Stradivarius STR 33500, paru en 1999. La translation du clavecin au piano est _ certes _ une gageure, on n’y songe pas assez, tous les pianistes ont dû se débrouiller avec l’édition de Kirkpatrick (et pire pour des générations de clavecinistes, avec celle de Longo, dont Ruggero Gerlin me disait qu’il se « l’aménageait »), chacun faisant plus ou moins sa sauce, Horowitz y convoquant son univers avec plus de rigueur qu’on ne le croit.

Le travail de Fadini est passionnant _ oui _, ses translations plus que probantes, éclairantes _ oui. Elle invente dans les moyens décuplés du piano moderne des équivalences _ voilà _ de toucher, de timbres, de phrasés, entre l’original du clavecin et les feutres du piano _ on lira aussi avec beaucoup de profit et d’intérêt le détail des 7 pages du livret sous la plume de Giulio Biddau lui-même.

Un univers _ celui de Domenico Scarlatti (1685 – 1757) lui-même _ reparaît _ merveilleusement _, comme si on avait rénové _ débarbouillé, dis-je _ ce Scarlatti peint du piano ; les rythmes sont vifs ; cela danse, vole _ comme le voulait le compositeur _ ; et l’on peut compter sur ce maître des timbres _ oui _ qu’est le pianiste italien – ses admirables Barcarolles de Fauré _ enregistrées les 3, 4  et 5 octobre 2011 au Théâtre Saint-Bonnet à Bourges (par Nicolas Bartholomée) _ m’en avaient averti (et moi aussi !!) – pour rendre justice à ce visage soudain véridique d’un Scarlatti s’asseyant au clavier d’un Steinway _ oui, c’est tout à fait cela !

Qu’Aparté lui permette de poursuivre l’exploration des opus qu’Emilia Fadini aura eu le temps de « réinventer » avec un tel souci de ne pas trahir _ aujourd’hui _ l’original _ voilà un parcours musical (de Domenico Scarlatti par Giulio Biddau) dont nous pouvons très réalistement rêver…

LE DISQUE DU JOUR

« Scarlatti to Scarlatti »

Domenico Scarlatti (1685-1757)


Sonate en sol majeur, K. 13
Sonate en sol majeur, K. 523
Sonate en sol mineur, K. 8
Sonate en sol mineur, K. 450
Sonate en sol majeur, K. 259
Sonate en ré majeur, K. 29
Sonate en ré majeur, K.96
Sonate en si mineur, K. 173
Sonate en si mineur, K. 377
Sonate en fa mineur, K. 69
Sonate en fa mineur, K. 387
Sonate en sol mineur, K. 31
Sonate en ré mineur, K. 434
Sonate en ré mineur, K. 444
Sonate en fa majeur, K. 446
Sonate en fa majeur, K. 525

Versions jouées dans l’édition critique d’Emilia Fadini, puis dans l’édition d’Hans von Bülow (sous la forme de suites)

Giulio Biddau, piano

Un album de 2 CD du label Aparté AP283

Photo à la une : le pianiste Giulio Biddau – Photo : © DR

Un travail magnifique _ d’intelligence de conception, comme de somptueuse réalisation au piano ! Quelle lumineuse joie scarlatienne nous est restituée là ! _ de la part du splendide Giulio Biddau,
et un album indispensable _ tout comme les merveilleux Pierre Hantaï au clavecin _ à tout amateur de la sublimissime musique de ce magicien-poète, pourvoyeur de joie pure, qu’est le génial Domenico Scarlatti…

Ce dimanche 20 février 2022, Titus Curiosus – Francis Lippa

Un nouvel article consacré au tout premier enregistrement discographique du merveilleux « Achante et Céphise » de Jean-Philippe Rameau, par Alexis Kossenko et ses Ambassadeurs-La Grande Ecurie…

15fév

Le 18 décembre dernier, j’avais ici réagi à un premier article _ de Jean-Charles Hoffelé, sur son site Discophilia, un article intitulé « Révélation«  _ consacré au tout premier enregistrement discographique _ un double CD Erato 019029669394 _, par Alexis Kossenko et ses musiciens Les Ambassadeurs – La Grande Écurie, de l’ « Achanthe et Céphise » de Jean-Philippe Rameau.

L’ami Patrick Florentin, éminentissime ramiste parmi les ramistes _ cf son importante contribution, avec le chapitre 17, « Rameau’operas on disc«, au très récent livre « The Operas of Rameau _ Genesis, Staging, Reception » de Graham Sadler, Shirley Thompson et Jonathan Williams, paru le 10 septembre 2021… _, m’avait prévenu un peu auparavant, le 29 octobre 2021, de l’imminence de l’événement de cette superbe sortie discographique ramiste.

Or, voici que ce mardi 15 février 2022, le site ResMusica, sous la plume de Jean-Luc Clairet, consacre à son tour un article, intitulé « Achante et Céphise : une Pastorale inédite de Rameau musclée par Alexis Kossenko« , à cette superbe première discographique.

Voici donc cet article :

Grande nouvelle : il reste _ encore : eh oui ! C’est assez incroyable… _ des œuvres de Rameau à découvrir, comme cette Pastorale héroïque enregistrée en grande pompe par Erato.

À l’instar des Fêtes de l’Hymen et de l’Amour (ballet héroïque), Le Temple de la Gloire (Fête), Zaïs et Naïs (Pastorales héroïques), Achante et Céphise est une œuvre de circonstance, destinée à saluer la naissance, le 13 septembre 1751, de Louis-Joseph-Xavier, petit-fils de Louis XV. Loin des grands chefs-d’œuvre du début (Indes Galantes, Castor et Pollux, Hippolyte et Aricie), Rameau sort de Zoroastre et va s’atteler aux Boréades. Acanthe et Céphise ou La Sympathie (en écho à un anneau magique au liant pouvoir) est l’œuvre d’un génie au sommet _ en effet ! _ de son art.

On retrouve, non sans sourire, le « bestiaire » ramiste (berger/bergère/déité malfaisante) plongé dans une tourmente amoureuse condamnée au triomphe de l’amour : la passion d’un ténor et d’une soprano contrariée par un baryton, comme chez Verdi, un scénario bien banal. Le méchant est cette fois un génie d’abord bienveillant, qui choisira néanmoins d’allonger la liste des méchants ramistes : Huascar, Anténor, Borée… Comme toujours, même quand Rameau délaisse les sentiers de la tragédie lyrique, c’est dans la musique que réside les plus grands motifs de satisfaction. Bien qu’Achante et Céphise, représenté quatorze fois et jamais repris, soit de moindre envergure que les chefs-d’œuvre sus-cités, on retrouve, tout au long de ses plages dialoguées, la réactivité indéfectible d’un orchestre prompt à empêcher la moindre velléité d’ascétisme récitatif _ hum, hum… _, de surcroît gâté par les retrouvailles avec d’autres « vieilles connaissances » : musettes, tambourins, gavottes, menuets, rigaudons, symphonies, airs, pantomimes, tonnerre, et même une ample contredanse chantée en guise de conclusion. Les amoureux des Boréades goûteront, dans la brève Ritournelle introductive à l’Acte I, l’annonce de certaine sublime Entrée de Polymnie.

Tout cela pourrait être seulement aimable. Ce serait compter sans l’interprétation d’Alexis Kossenko. La puissance des Ambassadeurs-La Grande Écurie, avec des cors d’une insolence sidérante, et l’ajout inédit de six clarinettes « reconstruites dans les tons nécessaires » par le Centre de Musique baroque de Versailles, explose dès l’invraisemblable Ouverture, une des pièces les plus stupéfiantes _ possiblement : établir un palmarès en cette matière demeurant assez risqué… _ du compositeur, dans le droit fil des_ éblouissants et marquantsElémens (1721) de Jean-Féry Rebel. Quatre minutes d’une pompe audacieuse en lieu et place d’un Prologue dont Rameau a décidé, pour la première fois, de se passer. Ce qui ne l’empêche pas de le réintroduire d’opportune façon dans un finale hybride en forme d’hymne au prince naissant (« Vive la race des rois ! ») venant se superposer à l’amour triomphant des héros éponymes, allégeance appuyée de surcroît par d’inquiétantes perspectives guerrière déposées « aux pieds des autels de la Paix » ! La prise de son, tout aussi ahurissante, déroule un tapis rouge à des Musettes qui ont rarement dispensé autant de trouble harmonique. Une interprétation conquérante _ du moins très vivante et très juste _ que rien ne semble pouvoir freiner, les trois actes, d’une quarantaine de minutes chacun, étant donnés dans le même souffle _ oui, la même vivacité.

Bergères, bergers, coryphées, prêtresses et chasseurs sont autant de cartes de visite de merveilleux nouveaux-venus (Jehanne Amzal, Marine Lafdal-Franc, Anne-Sophie Petit, Floriane Hasler) comme de gosiers _ hum, hum... _ déjà familiers (Artavazd Sargsyan, Arnaud Richard). Judith van Wanroijest une accorte Zirphile. Quant au fabuleux trio de tête (David Witczak, Oroès à l’ébène ciselé, Cyrille Dubois, Acanthe stylé aux accents déchirants, et Sabine Devieilhe, lumineuse, d’un volume presque inédit en Céphise), il embarque avec brio, avec les Chantres du Centre de musique baroque de Versailles survoltés (des trilles à la française particulièrement réjouissants), dans le torrent _ mais jamais hystérique _ Kossenko.

Jean-Philippe Rameau (1683-1764) : Achante et Céphise ou La Sympathie, pastorale héroïque en trois actes sur un livret de Jean-François Marmontel.

Sabine Devieilhe, soprano (Céphise) ; Cyrille Dubois, ténor (Achante) ; David Witczak, baryton-basse (le Génie Oroès) ; Judith Van Wanroij, soprano (Zirphile) ; Jehanne Amzal, soprano (la Grande Prêtresse) ; Artavazd Sargsyan, ténor (Un Coryphée/Un Berger) ; Arnaud Richard, baryton-basse (Un Coryphée/Un Chasseur) ; Marine Lafdal-Franc, soprano (Une Fée/Une Bergère) ; Anne-Sophie Petit, soprano (la Deuxième Prêtresse) ; Floriane Hasler, mezzo-soprano (la Troisième Prêtresse) ;

Les Chantres du Centre de musique baroque de Versailles (chef de chœur : Olivier Schneebeli) ;

Les Ambassadeurs-La Grande Écurie, direction : Alexis Kossenko.

2 CD Erato.

Enregistrés à l’Église Notre-Dame du Liban du 7 au 11 décembre 2020.

Livret bilingue (français/anglais).

Durée totale : 130:25

Un événement ramiste et musical à, en effet, bien signaler !!!

Ce mardi 15 février 2022, Titus Curiosus – Francis Lippa

Pour une promenade musicale dans la Rome sensuelle (Fontaines, Pins, Fêtes) d’Ottorino Respighi

14fév

Le désir de revenir humer les senteurs de Rome, et sentir la douceur de ses lumières,

m’a conduit à l’écoute de quelques CDs d’œuvres « romaines » d’Ottorino Respighi (1899 – 1936) :

les merveilleux « Fontaines de Rome » _ écoutez-les ici en concert ! _ et »Pins de Rome«  _ écoutez-les ici en concert ! _,

sous les doigts précis et enflammés des magiciens pianistes que sont Giulio Biddau _ né à Cagliari en 1985 _ et Norberto Cordisco Respighi _ petit-neveu d’Ottorino, il est né le 4 août 1984 _, tous deux élèves _ et cela s’entend ! _ du magnifique Aldo Ciccolini, en un extraordinaire flamboyant CD « Respighi _ piano Four Hands« , un CD Evidence EVCD 035 paru en 2017 _ les deux pianistes sont magnifiques de sensibilité et de vie ! Cf l’enthousiasme de mon article du 10 mai 2018 : _ ;

et les « Fêtes de Rome« ,

du chef Antonio Pedrotti_ Trente, 14 août 1901 – Trente, 15 mai 1975, et élève à l’Académie Sainte-Cécile, à Rome, d’Ottorino Respighi… _, à la tête de l’orchestre de la Philharmonie tchèque, un enregistrement de 1961 disponible en un coffret Supraphon SU 4199-2 de 3 CDs, intitulé « Antonio Pedrotti in Prague », paru en 2016 _ de ces « Fêtes romaines« -ci, écoutez ici l' »Ottobrata » ; et cf le bel article « L’Italien de Prague«  de Jean-Charles Hoffelé, en son Discophilia le 21 août 2016.

La voluptueuse magie romaine est bien toute entière là.

Ce lundi 14 février 2022, Titus Curiosus – Francis Lippa

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