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Brillantissime Daniil Trifonov dans son flamboyant russo-américain voyage Rachmaninov

23oct

Après un premier très brillant CD Rachmaninov,

Variations (Deutsche Grammophon 00289  479 4970),

Dannil Trifonov

nous livre un Destination Rachmaninov

en deux volets-étapes :

Departure (DG 00289 483 5335) ;

et maintenant Arrival (DG OO289 483 6617) ;

comportant principalement les 4 Concertos pour piano

_ op. 1, op. 18, op. 30 et op. 40 _

du compositeur (1873 – 1943) ;

tous avec The Philadelphia Orchestra,

et sous la direction _ souple et extrêmement vivante, elle aussi _ de Yannick Nézet-Séguin.

Le pianiste, comme l’orchestre, sont prodigieux de vie !

Quel merveilleux voyage !

Il me rappelle le flamboyant _ fantastique _ voyage _ et séjour _ russo-américain

de Vladimir Nabokov,

dans son étourdissant Ada, ou l’ardeur… 

Ce mercredi 23 octobre, Titus Curiosus – Francis Lippa

L’Amérique pour fuir : dans un mirage de ruines _ un supplément à la poursuite de l’écriture en abyme de Nathalie Léger

15jan

Le Supplément à la vie de Barbara Loden que nous offre, ce début janvier 2012, Nathalie Léger, aux Éditions POL, poursuit le (riche et passionnant : dans l’écriture !) travail de confrontation au réel, mené par l’auteur, déjà magnifiquement, dans L’Exposition

_ cf mon article du 14 juin 2009 (j’avais rencontré Nathalie Léger à l’occasion de sa réception du Prix Lavinal, au Château Lynch-Bages) : Sur la magnifique « Exposition » de Nathalie Léger, Prix Lavinal 2009 : l’exposition de la féminité et l’exhibition (sans douceur, ni charme = sans joie) comme privation de l’intime ; article suivi immédiatement de deux autres, le 15 et le 17 juin : la jubilante lecture des grands livres : apprendre à vivre en lisant « L’Exposition » de Nathalie Léger ; et de la fabrique de l’identité (du soi), sous le versant du genre (féminité, virilité) et de l’intimité (rapports à l’autre) dans le meilleur de la littérature aujourd’hui : « L’Exposition », de Nathalie Léger ; « Zone », de Mathias Enard _,

via l’interrogation sur ce qu’est être aujourd’hui une femme :

avant-hier, au XIXe siècle, la Castiglione _ à partir d’un (simple) article de catalogue d’exposition _ ;

hier, les années soixante, Alma Malone (l’inspiratrice _ re-découverte non sans difficultés (via une longue enquête ! et à rebours de nombreuses réticences…) _ de la Wanda du film de Barbara Loden : le braquage de la banque, à Cleveland, Ohio, eut lieu le 23 septembre 1959, page 90),

et les années soixante-dix, Barbara Loden elle-même, un moment la compagne puis la seconde épouse d’Elia Kazan et la cinéaste (et interprète !) de ce film unique, réalisé en 1970, Wanda ;

ainsi que, aussi, au passage _ même si c’est très discrètement _ la mère de la narratrice, à Cagnes 3000 ;

et enfin la narratrice elle-même de ce dernier opus : celle qui va mener l’enquête jusque sur le territoire de quelques États _ Ohio, Pennsylvanie, Connecticut _ du nord-est des États-Unis,

alors qu’au départ il ne s’agissait que de rédiger une courte notice biographique de la cinéaste et actrice Barbara Loden (1932-1980) :

« Tout se présentait bien. Je ne devais écrire qu’une notice _ pas davantage _ dans un dictionnaire de cinéma. N’y mettez pas trop de cœur, m’avait dit l’éditeur au téléphone _ et plus loin, page 86 : « Je vous en prie, faites-moi une notice, pas un autoportrait, m’a dit l’éditeur«  Cette fois _ après le travail pour le catalogue de l’exposition consacrée à la Castiglione, probablement : qui avait abouti à L’Exposition _ j’étais sûre de moi.

Convaincue _ très scrupuleusement _ que pour _ bien _ écrire peu il fallait en savoir long,

je plongeai dans la chronologie générale des États-Unis, traversai l’histoire de l’autoportrait de l’Antiquité à nos jours, bifurquai vers la sociologie de la femme dans les années 1950 à 1970, compulsai avec entrain des encyclopédies, des dictionnaires et des biographies, accumulai des informations sur le cinéma-vérité, les avant-gardes artistiques, le théâtre à New-York, l’émigration polonaise aux États-unis, engageai de longues recherches sur les mines de charbon (j’ai lu des récits d’exploitation, appris l’organisation des métiers de la houille, recueilli des informations sur les gisements de Pennsylvanie) ; je suis devenue incollable sur l’invention des bigoudis et l’émergence de la pin-up au sortir de la guerre. J’avais le sentiment de maîtriser un énorme chantier dont j’extrairais _ le mot qu’utilise, même si ce n’est pas tout à fait dans le même sens, Pierre Bergounioux en son passionnant toujours Carnet de notes : le troisième volume, 2001-2010 vient de paraître ! Lui, c’est pour noter ce qui lui semble mériter d’être retenu de ses riches lectures _

J’avais le sentiment de maîtriser un énorme chantier dont j’extrairais

une miniature de la modernité réduite à sa plus simple complexité _ l’oxymore est de la plus magnifique perfection de justesse ! _ : une femme _ au départ Barbara Loden, cinéaste (née en 1932 en Caroline du Nord et morte d’un cancer en 1980) _ raconte sa propre histoire à travers celle d’une autre«  _ Wanda ; et plus tard, en amont (dans le réel), Alma Malone (née en 1932 à Abilene ; et qui passera dix années en prison, au State Reformatory for Women, Marysville, Ohio : « entrée le 21 janvier 1960, détenue sous le numéro n° 7988, est sortie le 8 avril 1970, libérée sur parole. ensuite, tout le monde perd sa trace« , page 94), comme finira par le découvrir l’enquêtrice-narratrice de ce Supplément à la vie de Barbara Loden _, pages 13-14…

« Quelle est l’histoire ? m’avait demandé ma mère« , raconte la narratrice, page 14.

« C’est l’histoire d’une femme seule. Ah. L’histoire d’une femme. Oui ? L’histoire d’une femme qui a perdu quelque chose d’important et ne sait pas bien quoi, des enfants, un mari, sa vie, autre chose peut-être encore mais on ne sait pas quoi, une femme qui se sépare de son mari, de ses enfants, qui rompt mais sans violence, sans préméditation, sans désir peut-être même de rompre« , page 15.

« Je m’essayais à toujours plus d’objectivité et de rigueur. Décrire, rien que décrire. L’état des choses saisi en de moindres mots. Barbara. Wanda. S’y tenir. Viser au général et à l’anodin. Mais j’avais beau m’appliquer chaque matin à la saine et bureaucratique impassibilité d’un rédacteur de notice, je me faisais toujours emporter par le sujet, effarée, effondrée de découvrir que tout avait commencé malgré moi et même sans moi _ certes _ dans le désordre et l’imperfection, l’inachèvement prévisible et l’incomplétude programmée« , page 27 : un indice aussi anodin que décisif…

Et aussi, page 50 (d’un récit qui en fait 150),

et juste après ce commentaire à propos de Wanda et son partenaire, Mr Dennis, dans le film :

« Rien entre eux qui puisse se reconnaître aisément : ni convoitise, ni ardeur, ni échange, nulle offrande. Dans la chambre d’hôtel aux murs verts et aux rideaux à fleurs, autour du lit défait par la chaleur et l’incompréhension, s’organise la scène banale _ voilà _ de l’humiliation, de la soumission, de la disparition sans bruit de soi dans l’autre«  _ d’autres métaphores parentes (liquides) apparaîtront plus loin _,

rien que ceci,

et cette fois c’est d’elle-même que parle la narratrice :

« L’homme que j’aimais _ à l’imparfait _ m’avait reproché un jour _ au plus-que-parfait _ ma passivité supposée avec d’autres. C’était dans la cuisine, au moment du petit déjeuner, il m’a dit _ au passé composé _ avoir peur de cette façon propre aux femmes en général et à moi en particulier, pensait-il _ à l’imparfait _, de ne pas savoir ou ne pas vouloir s’opposer au désir encombrant des hommes, de se soumettre follement à leur demande. On dirait qu’il ne sait pas _ au présent, cette fois _ combien il est difficile de dire non, d’affronter la demande de l’autre et de la refuser _ difficile et peut-être inutile. Pourquoi ne sait-il pas _ toujours au présent _ la nécessité parfois impérieuse de se couler _ voilà ! _ dans le désir de l’autre pour mieux s’en échapper ?« , page 50, donc _ ce personnage-ci n’apparaissant plus ensuite dans le récit.

D’autres abandons, et d’autres fuites (ou pas), et poursuites, surviennent (et surviendront) dans le récit,

dont celle-ci, page 43 :

« Ma mère m’a raconté qu’en sortant du tribunal où la séparation d’avec mon père venait d’être prononcée, elle m’a raconté ce jour-là, le jour où nous regardions Wanda sur le petit canapé du salon, qu’elle avait, quittant le tribunal de Grasse, alors qu’elle venait de perdre, sous la violence de ce qui lui avait été infligé, toute coïncidence _ voilà ! _ avec elle-même, ne désirant, pensait-elle, c’est ce qu’elle m’a dit, ne désirant qu’une seule chose : rentrer à la maison, retrouver ses enfants, elle m’a appris ce jour-là qu’elle avait erré des heures durant à Cagnes 3000, puis, la nuit tombée, sur le bord de la mer jusqu’à Nice où elle avait vécu enfant, ne pensant rien, n’éprouvant rien, tombant, le temps passant, dans une tristesse mortelle « 

Suivent alors ces lignes, pages 43-44 :

« Ma mère trouve étrange que je m’intéresse à ce film. Il ne se passe rien, dit-elle en remportant le plateau de notre dîner. Puis, de loin : Je me demande pourquoi tu as le goût des choses tristes« …

La dernière page du récit, page 150

_ « Par en-dessous, elle a regardé la piscine de Cap 3000, ce miracle figuratif qui avait fasciné les visiteurs à l’inauguration du centre commercial, elle a regardé les corps d’enfants plongeant avec une gaieté amortie, elle a regardé les nageurs posés là-haut à la surface, elle les voyait sortir de l’eau, se hissant en raccourci sur l’échelle, le corps tronqué puis vaporisé dans l’air et la lumière, elle en voyait d’autres qui s’élançaient avec véhémence ou résignation comme des spectres effervescents et qui fondaient, fuligineux, dans la noirceur de l’eau, et elle a croisé le regard d’une femme qui nageait lentement au fond, là, si près d’elle, glissant et tâtonnant, scrutant par les hublots immenses comme si elle jetait un œil outre-tombe, regardant, cherchant ce qui était perdu, puis remontant, et revenant, souriant, remontant, fuyant très vite, et revenant«  _,

évoque « la piscine construite sur le toit » du Cap 3000 de Cagnes-sur-mer,

tout-à-côté de Nice,

« dont le fond transparent permettait aux clients du centre commercial de voir les baigneurs » ;

et cela dès « son inauguration, le 21 octobre 1969, le plus grand centre commercial français de l’époque, inspiré du modèle américain, se voulant ultramoderne, comme on disait alors, « futuriste », « une œuvre de visionnaire », disait la presse« , page 42…

« Les États-Unis, c’est l’autre nom du rêve« , page 119 ;

et « les Américains haïssent le mensonge parce qu’ils sont eux-mêmes _ s’échappant : Barbara Loden, par exemple, est d’origine polonaise _ le sujet d’une fiction permanente« , se dit la narratrice, page 111,

lors de sa visite _ très étonnante ! pages 95 à 111, sous la conduite d’un fort savant jeune homme : mais « je n’aime pas les jeunes hommes, je n’aime pas leur fraîcheur, leur raideur ou leur grâce, leur pétulance spermatique, leurs mains d’enfant« , page 95 ; et « je ne voudrais pas mourir en compagnie d’un jeune homme« , page 96, ponctue aussi son récit la narratrice, lors de sa visite-pélerinage de ce très étrange lieu (ruiné) _ du Holy Land de Waterbury (Connecticut), où en juillet 1970 Barbara Loden était allée filmer Wanda Goronsky et Mr Dennis : « un très vieux rêve écroulé« , page 103…

Un livre, sur le rapport au réel, et sa complexité, important !

Une écriture majeure !!!

Titus Curiosus, ce 15 janvier 2012

Sur un enquêteur-passeur de vérité : le cinéaste-documentariste Leo Hurwitz (1909-1991) _ une oeuvre (de courage et de souffle) à découvrir

20mar

Découvrant dans Le Monde de ce jour, 20 mars 2011, un passionnant article de Jacques Mandelbaum, La Part maudite du rêve américain,

focalisé tout particulièrement sur l’œuvre (filmique)

_ qui continue d’en déranger beaucoup, en dépit du passage du temps (cf l’information donnée à la fin de l’article sur l’attitude des autorités américaines, même sous présidence Obama !) _

du cinéaste documentariste Leo Hurwitz (1909-1991),

je l’adresse illico

à mon ami Bernard Plossu,

qui a rencontré et connu _ et vénère ! _ le très grand Paul Strand (1890-1976),

qui lui-même travailla avec Leo Hurwitz

_ voilà ce qui m’a fait accorder une attention toute spéciale à cet article (et à Leo Hurwitz !) _ ;

ainsi qu’à Georges Didi-Huberman,

dont le travail en cours quant à L’Œil de l’Histoire _ cf ses passionnants Quand les images prennent position et Remontages du temps subi ; cf aussi mes articles sur ces deux livres majeurs : celui du 14 avril 2009, L’apprendre à lire les images de Bertolt Brecht, selon Georges Didi-Huberman : un art du décalage (dé-montage-et-re-montage) avec les appoints forts et de la mémoire activée, et de la puissance d’imaginer ;  et celui du 29 décembre 2010, La désobéissance patiente de l’essayeur selon Georges Didi-Huberman : l’art du monteur dans “Remontages du temps subi” … _

porte sur de pareilles dialectiques (créatrices !) au montage _ probe ! _ d’images au service de davantage de vérité !!!

par l’intensité (d’un art juste !)…

Voici donc

_ truffé de mes farcissures _

l’article La Part maudite du rêve américain,

de Jacques Mandelbaum,

paraissant ce 20 mars dans l’édition du Monde :

La Part maudite du rêve américain

| 19.03.11 | 14h58  •  Mis à jour le 19.03.11 | 14h58

Voilà déjà trois ans que Javier Packer-Comyn, citoyen et cinéphile belge de 42 ans, a pris les commandes, à Paris, de Cinéma du réel, l’un des plus prestigieux festivals de films documentaires au monde. La manifestation, qui présente cette année quelque deux cents films, n’a pas à s’en plaindre, sa fréquentation ayant augmenté de plus de 30 %. Parallèlement à la compétition, la programmation patrimoniale est notablement devenue un pôle attractif. C’est particulièrement le cas de cette 33e édition, qui présente un passionnant panorama du documentaire engagé américain.

Hommage est d’abord rendu à une figure majeure du genre, Leo Hurwitz, mort en 1991 dans un relatif anonymat. Réalisateur pour le compte de la chaîne CBS de l’intégralité du procès Adolf Eichmann, en juin 1961, à Jérusalem _ c’est en effet, déjà, bien intéressant _, son nom fut évoqué lors de la sortie d’Un spécialiste (1999), un montage de cette archive _ voilà _ réalisé par Eyal Sivan et Rony Brauman. Pour autant, et l’homme et l’œuvre restent largement méconnus.

Issu de l’immigration juive de Russie, Leo Hurwitz naît à Brooklyn en 1909. Il étudie le cinéma à Harvard puis adhère, en 1931, à la Film and Photo League, un collectif de cinéastes proches du Parti communiste qui, en contrepoint au cinéma hollywoodien, veulent témoigner _ voilà _ de la lutte et de la répression des classes populaires aux États-Unis durant la Grande Dépression.

Sous l’influence de l’avant-garde cinématographique soviétique _ c’est à noter ! _, Hurwitz s’éloigne _ bientôt : trois ans plus tard _ de cette structure pour fonder en 1935, avec Irving Lerner et Ralph Steiner, la coopérative Nykino, sur des bases esthétiques qui prônent un dépassement _ voilà ! _ du documentaire. Cette recherche du « film révolutionnaire » qui synthétiserait _ voilà ! par quelque aufhebung _ l’exactitude _ vérité littérale _ du document et la liberté _ justesse (profonde) d’esprit et de cœur ! _ de la fiction _ là intervient l’art (davantage en mouvement !) de l’artiste… _ donne enfin naissance, en 1937, à Frontier Films, société de production _ sur de tels principes ! _ qui compte parmi ses membres le photographe Paul Strand _ l’immense artiste, ami (et vénéré !) de l’ami Plossu… _ et le cinéaste Joris Ivens _ de Paul Strand, le récent Paul Strand in Mexico (aux Éditions Aperture) est disponible en librairie : sur les tables du rayon Beaux-Arts de la librairie Mollat, au moins L’association sombre en 1941, l’effort de guerre, puis la guerre froide, rayant pour longtemps de la carte toute tentative de ce genre aux États-Unis.

Cette rétrospective permet de découvrir six films de Leo Hurwitz réalisés entre 1941 et 1980.

Les plus remarquables sont Native Land (co-réalisé avec Paul Strand _ le re-voici ! _ en 1941), chronique impitoyable du dévoiement de l’idéal _ aïe ! aïe ! aïe ! _ des Pères fondateurs et de l’injustice sociale qui règne aux États-Unis ; Strange Victory (1948), stigmatisation au vitriol _ boum ! _ de la ségrégation raciale gangrenant la nation qui vient de délivrer le monde du nazisme ; An Essay on Death (1964), hommage au président assassiné John F. Kennedy en forme de méditation panthéiste sur la mort ; A Woman Departed (1980), monumental et bouleversant « tombeau » _ un genre donnant parfois, sinon (assez) souvent, l’occasion d’œuvres (un peu plus) sublimes (que d’ordinaire)… : cf les tombeaux de Froberger et de Louis Couperin ; ou Le Tombeau de Couperin, de Maurice Ravel… _ dédié à son épouse décédée en 1971, Peggy Lawson, qui revisite l’histoire politique du XXe siècle.

Irritant, déroutant, exaltant

Ce parcours _ courageux et relativement singulier _ révèle un cinéaste étrange, irréductible _ voilà ; nous retrouvons ici la singularité, non politique certes, mais esthétique (en son très haut « Idéal d’Art« , en son cas), d’un Lucien Durosoir ! Irritant par certains aspects (l’emphase, l’ubiquité de la voix off, l’omniprésence de la musique) _ tous des traits d’irruption forte (dans le film) de l’artiste : un peu loin de l’impassibilité du documentariste des « faits«  bruts ! _, déroutant par d’autres (l’équilibre précaire _ vibrant, justement ! _ entre documentaire, images d’archives et scènes reconstituées) _ voilà bien de l’audace ; et de la vulnérabilité ! _, et néanmoins exaltant _ nous retrouvons bien là un des traits du « sublime«  tel que l’analyse si finement et justement Baldine Saint-Girons, en son indispensable Pouvoir esthétique Par son art dialectique du montage _ cf, donc, les travaux si éclairants de Georges Didi-Huberman ! notamment sur le génie de Brecht en son livre de photos sur la guerre de 39-45… _, par la puissance _ voilà : un facteur éminemment décisif ! à l’heure des robinets d’eau tiède uniformisée : surtout le moins de vagues possible… _ de son témoignage _ un acte crucial ; cf, ici, les travaux de Carlo Ginzburg ; ainsi Unus testis, pages 305 à 334 in l’important Le fil et les traces _ vrai faux fictif, traduit par Martin Rueff _, par son indignation  jamais désarmée _ voilà _, pour employer un mot redevenu d’actualité _ bonjour, Monsieur Stéphane Hessel !.. La collision _ oui ! _ entre vision personnelle et ambition unanimiste _ oui ! au nom du « peuple » entier : il n’est pas encore tout à fait assassiné… _, élégie intime et embrasement politique _ intimement unis, tissés… _, patriotisme et internationalisme, fait de cette œuvre au génie bancal _ oui : le « génie«  (cf ce qu’en dit Kant, en sa Critique de la faculté de juger…) l’est toujours si peu que ce soit, « bancal« , en ses avancées fortement singulières… _, perpétuellement à contre-courant, le lieu d’une utopie _ vive : au (haut) nom de l’Homme, et a contrario des bassesses utilitaristes ; cf Ernst Bloch, Le Principe-Espérance, et Cornelius Castoriadis, L’Institution imaginaire de la société

Au programme également _ de ce festival Cinéma du réel au Centre Pompidou… _, un document inédit entouré d’un grand mystère : Henchman Glance (Le Regard du bourreau). Il s’agit d’un remontage _ coucou, Georges Didi-Huberman ! _ réalisé récemment par Chris Marker d’une bande filmée par Hurwitz _ toujours lui _ durant le procès Eichmann, mais non intégrée _ alors _ à son film. Celle-ci fut tournée hors audience alors que le maître d’œuvre de la « solution finale » _ Adolf Eichmann, en l’occurrence _ découvrait en compagnie de son avocat le film d’Alain Resnais, Nuit et brouillard, qui devait être produit plus tard comme pièce du procès. Cette séance (samedi 2 avril, à 18 h 15 _ à noter ! au Centre Pompidou, pour ce visionnage du Regard du bourreau, donc, de Chris Marker re-montant ce qu’avait filmé, « hors audience« , Leo Hurwitz, en juin 1961… _) sera présentée par les historiennes Sylvie Lindeperg et Annette Wieviorka, ainsi que par le fils du cinéaste, Tom Hurwitz.

On trouve enfin dans la programmation intitulée « America is hard to see« , un plus large échantillon de ces documentaires alternatifs américains.

Entre les contre-actualités _ voilà ! _ de la Film and Photo League

et les œuvres de Frontier Films,

ces archives sont précieuses,

car elles sont les seules à dévoiler _ voilà ! _ un pan occulté _ encore… _ de l’histoire contemporaine américaine, depuis les grandes marches de la faim des années 1930 jusqu’à la répression qui frappe les syndicalistes, en passant par les exactions commises contre la minorité noire.

On notera _ encore aussi _ dans cet ensemble _ riche et original _,

la première projection française de With the Abraham Lincoln Brigade in Spain (1938), saisissant court-métrage _ merci ! _ du photographe Henri Cartier-Bresson _ 1908-2004 _ retrouvé en 2010, consacré aux volontaires américains sur le front de la guerre civile espagnole.

Ce riche ensemble, qui fait partie intégrante du patrimoine américain, n’en a pas moins suscité une étonnante réaction :

contrairement à l’habitude, l’ambassade des États-Unis a refusé _ tiens, tiens ! sur quelles consignes ? _ toute participation financière aux frais de cette présence américaine au festival,

faisant savoir à Javier Packer-Comyn que la programmation « n’est pas conforme à l’image que veut donner le pays« … _ le souci de la vérité ne l’emporte donc pas encore sur une palette, somme toute, toujours bien étroite d’« intérêts«  ! Nonobstant le président Obama !.. De quoi donc ce « refus«  est-il l’indice ?.. Ah ! la realpolitik !!!

Cinéma du réel.

Centre Pompidou,

place Georges-Pompidou, Paris 4e,

M° Rambuteau. Tél. : 01-44-78-45-16.

Du 24 mars au 5 avril.

Cinemadureel.org

Jacques Mandelbaum

Article paru dans l’édition du 20.03.11

Un article et une manifestation

décidément

bien intéressants :

sur l’œuvre

assez singulière : encore dérangeante par ses audaces,

et « vraie« 

d’un Leo Hurwitz :

à aller découvrir…

Titus Curiosus, ce 20 mars 2011

Tenants et aboutissants de l’interview des Obama par Mariana Cook en 1996 ; et « réactions » des lecteurs-abonnés du Monde

11jan

Simplement pour information,

et en tant que « tenants » et « aboutissants » de cette si précieuse « interview » de Michelle et Barack Obama en 1996 par la photographe Mariana Cook, En 1996, les confidences de Michelle et Barack Obama_ en plus de la photo non publiée alors _,

ces deux fort intéressants articles « en suivant », en quelque sorte, du Monde :

 « Genèse d’un entretien exclusif »

et « les réactions des lecteurs-abonnés du Monde.fr  » :

« C’était une après-midi de novembre 1996. La photographe Mariana Cook se souvient _ la remarque est déjà intéressante _ d’un appartement modeste, près de l’université de Chicago. Elle se souvient d’un parquet en bois, de peintures balinaises et de statues africaines. Elle se souvient surtout d’un couple, amoureux et très naturel _ voilà… Lui, Barack, était avocat et écrivain. Il venait de terminer son premier livre, « Les Rêves de mon père« , et songeait à se présenter au Sénat _ ce qui n’était pas rien, tout de même… Elle, Michelle, parlait du bébé qu’ils voulaient avoir. Tous deux étaient très présents _ un terme assez significatif _ dans la vie communautaire de leur quartier et de la ville.

Mariana Cook se souvient d’avoir fait six ou sept rouleaux de pellicule en deux heures et avoir été touchée par le charme du couple _ en effet ! et il ne s’est pas « évaporé »… Elle était allée à Chicago pour un projet de livre sur les couples. Un ami lui avait signalé les Obama, qui s’étaient mariés en 1992. Elle les a donc photographiés et interrogés, mais ils ne seront pas dans le livre… Car « Chronicle Books« , l’éditeur, les a supprimés à l’impression. « Trop ordinaires« . Il a préféré un autre couple noir plus « exotique » _ l’édition est assez souvent « impayable » !.. A ce jour, cet entretien n’a donc jamais été publié.

Mariana reverra Michelle en 2007 au début de la campagne de son mari, lors d’un rallye à Martha’s Vineyard. Elles parleront d’enfants. Michelle en a deux, Mariana un, une fille de 14 ans, avec Hans Kraus, le plus important marchand de photographies du XXe siècle. Chez les Kraus-Cook, la photographie est une passion _ tiens donc : elle a au moins du regard !.. C’est le B. A. BA de la photo !!! Mariana y est venue très jeune. Fille d’un couple flamboyant, elle est une enfant timide au-delà de toute expression.

Pour aller vers les autres, s’ouvrir un tant soit peu _ voilà… _, mais néanmoins rester protégée _ par l’écart de la distance photographique _, Mariana choisira la photographie. Son professeur particulier : Ansel Adams _ cf « 400 photographs » (aux Éditions Little Brown and Company) ; le (beau !) livre est bien présent sur les tables du rayon Beaux-Arts (de la librairie Mollat, rue Vital-Carles). Son maître : Walker Evans _ cf, par exemple, et parmi bien d’autres : « Walker Evans _ la soif du regard » de Gilles Mora & John T. Hill, aux Éditions du Seuil en 2004. Son mentor à l’université Yale : Walter Rosenbaum.

Mariana reste très méconnue dans le monde photographique, malgré ses huit livres et ses trente expositions. Groupie francophile, pour un projet raté avec Agathe Gaillard, elle a photographié à la fin des années 1980 toute une partie de l’intelligentsia française, de François Mitterrand à Jacques Attali, d’Alain Finkielkraut à Patrice Chéreau. Son prochain livre de portraits de mathématiciens, intitulé « An Outer View of the Inner World« , sera publié au printemps par l’université de Princeton.

Jean-Jacques Naudet
Article paru dans l’édition du 11.01.09.


Et :

A la suite de « En 1996, les confidences de Michelle et Barack Obama« , les réactions des lecteurs-abonnés au monde.fr

LE MONDE | 10.01.09 | 13h51  •  Mis à jour le 10.01.09 | 20h24


FSP 10.01.09 | 21h37

Un vrai plaisir _ oui ! _ à lire cette remarquable interview. Merci _ bien ! _ au journaliste du Monde qui a eu l’idée _ lumineuse ! _ de le publier. Par ces temps de crise, c’est rassurant _ quelque part, probablement, en effet… _ de savoir _ avec confiance, du moins... _ qu’il y a une réelle épaisseur humaine _ mais oui ! _ derrière ce couple présidentiel.

Yves C. 10.01.09 | 20h51

Une bouffée d’intelligence et d’humanisme dans ce monde de plus en plus centré _ par les media !!! complices ! _ sur les ‘people‘ et autres ‘VIP‘. Il n’est donc pas interdit _ encore tout à fait… _ de désespérer !

Africa-survie 10.01.09 | 20h46

Quelle bouffée d’air ! Quelle sagesse, quelle simplicité ! Comme quoi, ils existent encore des hommes et des femmes pour lesquels il y a d’autres valeurs en dehors du fric : les valeurs humaines _ on peut le dire ainsi ; ou bien « non-inhumaines », comme le dit Bernard Stiegler… Bonne chance _ certes… _ à Michelle et Barack OBAMA.

Bertrand D. 10.01.09 | 20h10

Vu son ancienneté et son contexte, cet article est important _ oui ! _ et très encourageant _ en effet ! _ quant à la personnalité _ au singulier _ du nouveau couple _ vrai, lui… _ présidentiel américain.

Gilles Chenaille 10.01.09 | 19h22

C’est extrêmement intéressant _ oui _, et les profils psychologiques de Barack et Michelle O. ressortent bien _ photographiquement ? _ de cette série de questions-réponses. Et donnent à Barack une certaine profondeur de pensée et de sentiment _ oui _, une épaisseur humaine _ ne courant pas trop les rues ; ni les allées des pouvoirs… _, qui confortent la sympathie que j’éprouve instinctivement pour ce bonhomme _ comme pas mal d’autres de par le monde ; mais pas tous, non plus : ne nous leurrons pas trop…

Juliana P. 10.01.09 | 18h56

La 7ème université dans la liste de l’Ivy League s’appelle « Princeton » et non pas « Portsmouth« .

we want more ! 10.01.09 | 18h51

Le sens de l’autre et de l’intérêt collectif, la simplicité, la modestie, l’efficacité et la compétence, la noblesse d’âme, la générosité… _ tout cela, en effet ! _, ça rassure un peu _ à côté de (et face à) tant de forces cyniques _ sur l’humanité en ces périodes _ hélas, cela ne se constate que trop ! _ nauséabondes… Pourvu qu’ils agissent, pourvu qu’ils résistent, pourvu qu’ils se ne fassent pas simplement abattre _ certes ! Si seulement pouvait _ aussi _ émerger un Obama en France !

michel l. 10.01.09 | 18h51

D’accord avec les priorités d’alors _ oui _ des Obama ! Souhaitons qu’elles persistent _ oui _ au contact du pouvoir _ une constance et une cohérence semblent toutefois émerger, au moins des grands discours, si importants (Sprinfield, Chicago) de la campagne de 2008…

Parigot 10.01.09 | 18h48

Il n’y a pas d' »Université de Portsmouth » dans l’Ivy League. Il faut certainement lire « Dartmouth College« …

Erreur de l’auteur (peu probable si elle est américaine, Dartmouth est très connu), de la traductrice, de la rédaction du Monde ? Pour l’amour du ciel, quelqu’un pourrait-il RELIRE pour éviter des erreurs de cet acabit ? Il n’en faut pas plus pour détruire la crédibilité d’un journal….

Renaud D. 10.01.09 | 18h18

Humanité, simplicité, intelligence… ces gens sont admirables de classe, sans prétention _ probablement : Chapeau !

Alain B. 10.01.09 | 18h16

Bravo pour le « scoop » ; je ne suis pas people, mais j’avoue que je suis ému _ c’est en effet le mot juste… c’est rassurant _ quelque part _ que des personnalités de ce type soient « à la tête » de l’Etat dominant ; ou en tout cas dont nous ne pouvons mésestimer le rôle, en bien ou en mal… _ et cela changerait un peu…

henri 10.01.09 | 17h55

tiens ! un président peut marcher _ le mot est intéressant _ à autre chose qu’au « bling bling » démago !?

Joseph E. 10.01.09 | 17h43

Quand on referme « Les Rêves de mon père« , on cerne mieux son auteur : Obama. On voit combien il est « articulate« , comme disent les américains. Les Mitterrand, De Gaulle, et tous ces présidents écrivains avant le pouvoir, ont un plus sur les autres : l’écriture _ sans doute : la capacité, en s’en donnant le temps, de réfléchir _ ; qui permet souvent de se poser les vraies questions de la vie _ Oui ! La France est _ ou a été ; voire fut… _ un grand pays de l’écriture. Qu’elle en fasse un critère de choix de ses dirigeants _ est-ce un voeu pieux ? Cela lui évitera _ au futur ? ou au conditionnel, plutôt ?.. _ la pensée unique. Nous autres, n’avons pas cette chance en Afrique.

Edouard F. 10.01.09 | 17h22

Barack et Michelle Obama sont deux personnages époustouflants _ probablement _, de vrais _ le mot devient presque incongru _ humanistes comme on aimerait en rencontrer plus souvent dans la vie. J’en suis presque ému _ bis _ …

philippe R. 10.01.09 | 17h22

Obama est la seule chance pour les USA de s’en sortir. Cela va être difficile, mais avec un couple pareil, on ne voit pas qui pourrait mieux faire _ sans doute… tels que furent les Roosevelt, Franklin et Eleanor… Souhaitons leur 8 ans à la Maison Blanche… Mais le diable est toujours dans les détails _ certes _ ; et les détails aux USA, les diablotins sont toujours _ du moins assez souvent ; mais le pire n’est pas forcément absolument certain ! _ là pour les faire sortir. Yes he Can !


Emilie G 10.01.09 | 16h06

C’est « Sidley Austin« …

ERIC F. 10.01.09 | 15h27

Assez passionnant et assez peu peopleVivent les euphémismes !

FOXTERRIER Groupie du MONDE 10.01.09 | 15h132/2

Voilà qui augure de bonnes choses pour l’Amérique et la cause des femmes, face à toutes les « FIRST » pas toujours « first » ; c’est un peu plus relevé, sans méchanceté, que de faire des révérences et sussurer dans un micro ! L’Elysée et le gouvernement n’ont qu’à bien se tenir, face à ce DUO DE CHOC ! TRES CHIC , PAS TOC _ on peut peut-être le dire ainsi… _ ET AU Q.I. HARMONIEUSEMENT DEVELOPPE ! On ne va pas rêver ; et cela sera, c’est évident, « AMERICA FIRST » ; MAIS PAS COMME DES PIGNOUFS Républicains !

LIONEL P. 10.01.09 | 15h06

C’est fantastique _ presque trop beau pour être vrai ?.. au point de devoir se pincer pour s’assurer de ne pas rêver ?.. _ … La capacité à se mettre à la place de l’autre _ oui ! _, l’attention _ intensive ! même… _ à l’avenir des enfants les plus fragiles… Le désir de travailler les valeurs du collectif _ que signifie donc « socialisme » ?… Ici, en France, au pays de la baguette, celle qui fait mal, pas celle qui nourrit, notre nouveau chef incarne la démolition du collectif _ et des services publics _ et le chacun pour soi _ charité bien ordonnée !.. _ au service du profit, de l’argent et la revanche des plus forts, des plus brutaux économiquement et politiquement au détriment des autres _ relire aussi les articles de Paul Krugman sur l’histoire des Etats-Unis depuis un siècle… Alors, oui, on attend _ aussi en France _ un Obama _ et pas un clone, pour la photo, l’affiche, le micro et la caméra !

FOXTERRIER Groupie du MONDE 10.01.09 | 15h06

C’est ni plus ni moins qu’un régal ! Lire une interview si simple, équilibrée dans ses questions, avec une liberté donnée aux intervenants ! Bravo au journaliste _ c’est une artiste ! _ ! Félicitations ! Excellente idée du MONDE de nous offrir comme cadeau de NOEL ! du bon travail ! PLEIN D’ENSEIGNEMENT ET DE DELICATESSE _ un terme bien significatif !.. _ ! Grand DIEU, que les journalistes en prennent de la graine ! Il faut dire aussi que cette interview prend tout son jus _ en effet ; il y fallait de la constance, de la patience, de la persévérance… _ du fait de l’élection ! Mais cette MICHELLE Obama est impressionnante ! 1/2

Francesco A. 10.01.09 | 14h57

Décidément, ils me plaisent vraiment bien ces deux là ! L’espoir fait vivre _ davantage que les spéculations des mathématiques appliquées financières !.. _, et ces deux là sont bien en Vie ! _ oui _ ça fait du bien…

ChrisCraft 10.01.09 | 14h38

Pour une fois, sur un sujet « people« , un document intéressant. Bravo Le Monde d’avoir publié. Cela a déja un intérêt historique. Et rassure un peu vis à vis du candidat Obama, qui n’a pas mégoté sur le populisme pendant sa campagne… (les Obama fans, attendez vous à être déçus!) _ le seul réflexe (sur 23) de lecteur non généreux…

Jean A. 10.01.09 | 14h22

D’où il se confirme que dans cette crise structurelle grave _ on peut le dire _, on pouvait difficilement espérer un président US meilleur _ oui ; et politiquement ; pas seulement éthiquement ! Haut les cœurs !

Dont acte…


Titus Curiosus, ce 11 janvier, au réveil…

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