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Karol Beffa, ou « l’intelligence très sensible » _ de la musique, bien sûr et d’abord, mais pas seulement…

26mar

Hier vendredi 25 mars, je me suis entretenu une bonne heure durant, pour un entretien vidéocasté (sans public), avec Karol Beffa, à propos de son passionnant livre _ et qui lui tient très à cœur _ « L’autre XXe siècle musical« .

Je m’étais déjà entretenu avec Karol Beffa, et en cette même Station Ausone, et cette fois en présence du public, pour la séance inaugurale des conférences de la saison 2016-2017 de la Société de Philosophie de Bordeaux _ dont j’étais (et suis) vice-président… _, sur le sujet, cette fois-là de « Ce que nous fait la musique« …

L’ami Étienne Bimbenet s’entretenant avec son ami le philosophe Francis Wolff.

Et ces deux fois, la librairie Mollat avait bien voulu agréer ma proposition de recevoir pour un entretien en son lieu prestigieux les invités eux-mêmes prestigieux que je proposais de recevoir…

J’avais déjà rencontré deux fois Karol Beffa, au Festival Philosophia de Saint-Émilion :

_ la première fois, c’était lors d’un conférence _ avec illustration musicale _ de Francis Wolff, avec Karol Beffa en « illustrateur musical » _ de luxe ! _ au piano, en l’église collégiale de Saint-Émilion le samedi 30 mai 2015 ;

_ et la seconde fois, un an plus tard, le samedi 28 mai 2016, lors d’une conférence de Karol Beffa lui-même, sur le thème de « la culture« , dans les Douves du Manoir Galhaud : le sujet en était précisément « Création et créativité » _ cf ce que j’en rapportais en mon décidément bien utile article du 1er juin 2016 : « « 

Et c’est à l’issue de cette conférence, ce 28 mai-là, dans les Douves ensoleillées du Manoir Galhaud, que je me suis présenté à Karol Beffa, en lui demandant si il accepterait de venir parler de musique (et de création musicale) pour la séance inaugurale de notre Société de Philosophie de Bordeaux…

Ce que je m’offrais à aller proposer au plus vite et à notre Société de Philosophie de Bordeaux, et à la Librairie Mollat. Et qui allait être agréé. 

Le 1er juin suivant, dans la foulée, je publiais sur mon blog Mollat « En cherchant bien » mon article intitulé « « …

Ici, j’éprouve le désir rétrospectif de reproduire deux bien significatifs courriels, en date des 19 et 20 octobre 2016,

le premier à quelques amis,

et le second à Karol Beffa lui-même,

en leur adressant le podcast _ réduit à de bien pauvres 32′ _ de l’entretien que l’ami Étienne Bimbenet a eu avec son ami Francis Wolff, et moi-même, Francis Lippa, avec Karol Beffa :

d’abord, ce courriel à quelques amis, en date du 19 octobre 2016, à 18h 57 :

Le podcast (de 32’) de la partie « Entretien » avec Karol Beffa et Francis Wolff vient de paraître à l’instant sur le site de la librairie Mollat.


Voici un lien pour l’écouter :

Pour me consoler (un peu) de ce à quoi s’est réduit cette rencontre (et son podcast accessible réduit à 32’),
je me représente Karol Beffa en Igor Wagner,
le pauvre accompagnateur de cette Bianca Castafiore que serait Francis Wolff
même si nous avons eu en la personne de Karol Beffa un accompagnateur de luxe in vivo.
Afin de s’esquiver (de Moulinsart) pour aller (au village) jouer aux courses,
Igor Wagner use d’un subterfuge : il se fait remplacer par un enregistrement de magnétophone
débitant obstinément les gammes auxquelles il est sensé s’exercer à son piano…
La ressource finale est d’écouter (et regarder) sur youtube les passionnantes « Leçons » de Karol Beffa au Collège de France (à la chaire de création artistique),
telles que j’en donne les liens dans mon article du 1er juin dernier :
Mais je ne désespère pas de faire revenir Karol Beffa pour parler de son activité de composition (et de celle de György Ligeti).
On peut lire aussi son « Les Coulisses de la création », avec Cédric Villani.
Francis
Ensuite, ce courriel à Karol Beffa lui-même, en date du 20 octobre 2016, dans lequel j’aborde la question de la mélancolie au sein de sa propre poïétique musicale de compositeur :

Cher Karol,

en attendant un article un peu conséquent (et peaufiné) sur cette séance inaugurale de la Société de Philosophie de Bordeaux,
voici un lien vers le podcast (de 32’) de la partie enregistrée :
Si je suis heureux que l’ami Etienne Bimbenet ait pu bien écouter Francis Wolff sur « Ce que nous fait la musique » et s’entretenir avec lui,
ainsi que de l’assistance très nombreuse à cette manifestation _ jamais cette salle n’avait été jusqu’ici aussi remplie _,
je le suis un peu moins d’avoir dû renoncer à m’entretenir avec vous des questions de poïétique qui m’intéressent,
suite à votre passionnant entretien avec Hélène Lastécouères du 28 mai à Saint-Émilion, et à vos « Leçons au Collège de France » ;
et qui m’avaient amené à organiser cette rencontre chez Mollat…
Mais la question des « souffrances »
et de la « mélancolie » dont vous parlez parfois à propos de votre travail de composition,
et qui est aussi la couleur de la plupart, dites-vous, de vos œuvres, du moins jusqu’ici,
continue de me travailler.
Outre l’écoute des divers extraits de vos œuvres (non disponibles hélas pour le moment en CDs) accessibles sur youtube,
une bien intéressante interview de vous par Eva Bester, le 28 juillet 2014, sur France-Inter, dans l’émission « Remède à la mélancolie »
m’encourage à creuser ce sillon…
Vous y reconnaissez « un naturel mélancolique, probablement »
En réfléchissant un peu autour de vos principes esthétiques
_ plutôt « transpiration » qu’« inspiration », et ici j’ai pensé, bien sûr, à Paul Valéry
que, m’interrogeant sur la « singularité Durosoir », j’évoque dans mes propres contributions au colloque « Lucien Durosoir » au Palazzetto Bru-Zane, à Venise, en février 2011 _,
j’ai trouvé un article bien intéressant de Jacques Darriulat : « la Poïétique de Paul Valéry » : http://www.jdarriulat.net/Auteurs/Valery/ValeryIndex.html
Même si je ne partage pas tout à fait ces positions intellectualistes…
J’aime aussi Sainte-Beuve…
Bref, je voudrais développer une autre fois ces questions avec vous.
Et je sais qu’à la librairie Mollat on vous réinvitera.
Et enfin, ce qui est une coïncidence de plus,
après celle de la voïvodie _ de la Galicie autrichienne, de 1772 jusqu’en 1918, puis polonaise de 1919 à 1945, puis soviétique en 1945, et aujourd’hui ukrainienne depuis 1991 _ de Stanislawow _ et la contiguité des villes de Tysmienica (aujourd’hui Tysmenytsia) et Stanislawow (aujourd’hui Ivano-Frankivsk) : les villes de naissance de nos pères, le vôtre en 1943, et le mien en 1914… _,
voici que vous séjournez régulièrement au château de Mazères, chez vos amis de Margerie,
à Barran, dans le Gers,
où se trouve une propriété familiale de mon gendre Pascal,
qui s’est souvent baigné, enfant, au château de Mazères…
Bien à vous, cher Karol,
Francis Lippa, à Bordeaux
Bref, vous voilà donc, cher Karol, maintenant revenu à la Station Ausone pour un nouvel et absolument magnifique entretien,
pas tout à fait directement sur le sujet de votre propre Poïétique musicale de compositeur, en sa singularité,
mais au moins à propos de celle de compositeurs du XXe siècle dont vous vous sentez, sur tel ou tel point de poïétique musicale, proche ; que vous aimez _ voire chérissez, même si votre enthousiasme s’exprime toujours avec beaucoup de retenue et modération… _ tout particulièrement ; et souhaitiez fermement voir un peu mieux reconnus à une plus juste place en leur siècle de composition…
Bien sûr, j’espère que ce passionnant, riche, précis _ très heureusement détaillé _ premier volume de ce « L’autre XXe siècle musical« , sera bientôt suivi d’un autre qui portera le focus sur d’autres compositeurs que vous appréciez beaucoup, eux aussi, et estimez devoir, eux aussi, mieux faire reconnaître à une plus juste place parmi les compositeurs majeurs du XXe siècle…
Ce samedi 26 mars 2022, Titus Curiosus – Francis Lippa

 

Le 16 mars 1932, Maurice Ravel dirigeait un grand concert au Grand-Théâtre de Lviv…

16mar

L’article, ce jour, de ResMusica « Il y a 90 ans, un concert de Maurice Ravel et Marguerite Long à Lviv« ,

me fait prendre conscience que mon arrière-grand-mère maternelle, Sara Sprecher, née à Lemberg (Galicie autrichienne) en 1860 _ et qui décèdera en 1937 en cette même ville, qui se nommait alors Lwow (polonaise), et qui porte maintenant le nom de Lviv, en Ukraine… _, et qui toute sa vie a résidé à Lemberg – Lwow, a tout à fait pu assister à ce concert de Maurice Ravel et Marguerite Long ;

dont voici le très intéressant détail tel qu’il a été publié par Manuel Cornejo et Les Amis de Ravel :

« Lviv peut être fière : elle a été visitée par le plus grand représentant de la musique française de l’époque et par l’un des plus célèbres compositeurs du monde, Maurice Ravel »


16 mars 2022 : 90e anniversaire du concert de Maurice Ravel et Marguerite Long à Lviv le 16 mars 1932, au Grand Théâtre de Lviv (actuel Opéra), où Maurice Ravel et Marguerite Long se produisirent en concert le 16 mars 1932.

Il y a plusieurs années de cela, Stepan Zakharkin, un très cultivé et sympathique marchand d’autographes et libraire musical ukrainien, ami de plusieurs musicologues – dont Abram Gozenpud, qui avait jadis divulgué quelques correspondances inédites de Maurice Ravel dans ses publications en russe -, et auquel nous avions l’habitude d’acheter des livres en russe sur la musique (Serge Prokofiev, Maurice Ravel, Marc Reizen, P.I. Tchaïkovsky, etc.), nous envoya un article en ukrainien d’un de ses amis, Volodymyr Pasichnyk, à propos du concert donné par Maurice Ravel et Marguerite Long au Grand Théâtre (actuel Opéra) de Lviv le 16 mars 1932. Il s’agissait de faire faire une traduction française de cet article en ukrainien afin de le diffuser en France.

Hélas, après l’envoi de l’article, Stepan Zakharkin a totalement cessé de donner des nouvelles et semble avoir disparu. De sorte que le temps a passé sans que cette traduction soit réalisée. Dès le 24 février 2022, il nous a paru évident qu’il importait de s’occuper enfin de cette traduction française et de sa diffusion par le biais d’internet. Cette nécessité est apparue d’autant plus évidente que le 16 mars 2022 marque le 90e anniversaire du concert donné par Maurice Ravel et Marguerite Long à Lviv.

Après un appel lancé sur un forum de musicologues afin de trouver quelqu’un qui accepterait de se charger de la traduction, nous avons reçu de nombreuses réponses de France et du Canada, dont la première est venue de Nancy Hachem, de la Société française de musicologie, dont nous sommes heureux de divulguer la traduction aujourd’hui, et que nous remercions vivement pour son travail effectué en un court laps de temps et dans les circonstances actuelles.

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Nous avons fait le choix de publier conjointement les version française et ukrainienne de l’article de Volodymyr Pasichnyk.

Toute personne qui aurait connaissance d’autres documents sur le séjour de Maurice Ravel à Lviv autour du 16 mars 1932 et souhaiterait partager ses informations est invitée à écrire (en toute langue) à amisdemauriceravel@gmail.com

Manuel Cornejo, chercheur sur Maurice Ravel, président-fondateur des Amis de Maurice Ravel https://boleravel.fr

Maurice Ravel entouré de deux jeunes filles non identifiées en un lieu indéterminé (Lviv ?, Varsovie ?, Prague ?, Budapest ?, Bucarest ?…) lors de la tournée européenne du Concerto pour piano et orchestre (en sol) de 1932. Note 1.

Collection Manuel Rosenthal

Note 1 Toute personne qui serait en mesure d’identifier le lieu, la date et les deux jeunes filles est invitée à écrire à amisdemauriceravel@gmail.com

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Maurice Ravel à Lviv (1932) : reconstitution d’un événement grâce aux chroniques polonaises et ukrainiennes

Note 2

Volodymyr PASICHNYK

Institut pour l’étude des ressources bibliothécaires et artistiques, Bibliothèque scientifique nationale de Lviv (Ukraine) V. Stefanik 2, rue Bibliotechna, 79602 Lviv, Ukraine
e-mail : pasichnyk_v@i.ua

Traduction française
par
Nancy HACHEM Société française de musicologie 13 mars 2022

L’importante tournée de l’illustre compositeur français Maurice Ravel, qui s’est déroulée tout au long de l’année 1932, a traversé deux dizaines de grandes villes européennes  Note 3, et est arrivée le 16 mars à Lviv où grâce à la Société des artistes de musique et d’opéra a eu lieu son concert au Théâtre municipal, inauguré avec faste le 4 octobre 1900 ; c’est à présent le Théâtre national d’opéra et de ballet de Lviv Solomiya Krushelnytska. Le programme du concert était composé d’œuvres originales, notamment de la suite symphonique Le Tombeau de Couperin, de La Valse, du Bolero Note 4, du Concerto pour piano et des Tableaux d’une exposition de Modest Moussorgsky arrangés pour orchestre symphonique. Les œuvres ont été exécutées sous la direction de leur compositeur à l’exception de la suite Tableaux d’une exposition dirigée par Adam Dolzhitsky, directeur du théâtre à l’époque. Le Concerto pour piano, quant à lui, fut brillamment interprété par la pianiste française Marguerite Long Note 5.

Le récital a obtenu une succession de critiques positives par les presses polonaise et ukrainienne. Les critiques musicaux actifs tels qu’Alfred Plohn, Czesław Krzyżanowski, Tadeusz Jarecki, Stefanja Lobaczewska, Antin Rudnitsky et Vasyl Barvinsky ont tous fait part de leurs impressions. Chaque contributeur a exprimé avec plus ou moins d’enthousiasme son admiration pour la musique du compositeur. Les auteurs ont porté leur attention sur le style musical de Maurice Ravel : certains attestent de l’influence de Claude Debussy, Igor Stravinsky, Serge Prokofiev ; d’autres y

Note 2 Cet article a été publié en ukrainien dans l’édition : Culture du livre et de l’écriture scientifique. Histoire, méthodologie, source. Résumés et remarques. Conférence scientifique internationale (Lviv, 17-18 janvier 2012), Larysa Golovatova (ed.), Lviv, Independent History Center/Centre d’études historiques indépendantes, Institute of Historical Studies/Institut d’histoire de l’Ukraine de l’Académie nationale des sciences d’Ukraine, Institut canadien d’études ukrainiennes, Université Albert, Université nationale « Lviv Polytechnique », 2012, p. 143-146.

Note 3 Voir Ivan Martynov, Maurice Ravel, Moscou, Musique, 1979, p. 258 (en russe) ; Hainrich Kralik, « Concert. Vienne », Die Musik [Berlin, Max Hesses Verlag], 24/1, mars 1932, p. 472 (en allemand) ; Mateusz Gliński, « Deux premières à l’Opéra de Varsovie. Festival Maurice Ravel », Muzyka, 9/3-4, mars-avril 1932, p. 94. (en polonais) ; Alfred Plohn, « Concert. Vienne », Die Musik [Berlin, Max Hesses Verlag], 24/2, septembre 1932, p. 932 (en allemand) ; S., « Maurice Ravel à la Philharmonie », Gazeta Polska, 4/73, 13 mars 1932, p. 8 (en polonais). Note de Manuel Cornejo : Voir Annexes 1 et 2. Pour un aperçu complet de la tournée, ou plutôt des tournées, de Maurice Ravel et de Marguerite Long de 1932, afin de divulguer prioritairement le Concerto pour piano et orchestre (plus connu sous son surnom de Concerto en sol), consulter le dossier « Le Concerto pour piano et orchestre (en sol) de Ravel (1932-1945) », par Manuel Cornejo, dans la base de données Dezède (Universités de Rouen, Montpellier, Toulouse) https://dezede.org/dossiers/id/461, ainsi que la carte géographique de cette tournée, réalisée pour les Amis de Maurice Ravel, par l’ingénieur cartographe Éric Van Lauwe, https://boleravel.fr/wp-content/uploads/RAVEL_1932_TOURNEES_EUROPE_CONCERTO.pdf.

Note 4 L’œuvre a été commandée par la danseuse et directrice de ballet Ida Rubinstein, native de Kharkiv/Kharkov en actuelle Ukraine. (Note de Manuel Cornejo)

Note 5 Durant leur séjour à Lviv, Maurice Ravel et Marguerite Long logèrent dans le superbe Hôtel George, comme l’information est largement connue sur place et évoquée dans les guides touristiques. Voir https://europebetweeneastandwest.wordpress.com/tag/maurice-ravel-in-lviv. (Note de Manuel Cornejo)

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voient la personnalité unique du maestro. Les critiques n’ont pas ignoré son autre casquette — son rôle de chef d’orchestre, plus discutable. Quant à la merveilleuse interprétation du Concerto pour piano par la pianiste Marguerite Long, celle-ci fut grandement saluée. Les premiers à avoir réagi à l’événement sont Alfred Plohn et Czesław Krzyżanowski, et ce, trois jours après le spectacle (le 19 mars) en publiant deux articles : le premier dans le journal Chwila Note 6, et le second dans le Wiek Nowy Note 7. Alfred Plohn a désigné Maurice Ravel comme le représentant le plus important de la musique française de l’époque. Il s’est surtout intéressé aux œuvres orchestrales du compositeur. Notamment, La Valse qui selon Alfred Plohn, a été écrite « dans l’esprit de l’immortel Johann [Strauss] et peut- être même dans celui de Richard Strauss », en ce que la musique est riche dans son traitement rythmique et harmonique. L’auteur de l’article a souligné la singularité des idées du compositeur, singularité qui s’incarne dans le langage harmonique et rythmique du Bolero, tandis que l’arrangement de la suite pour piano des Tableaux d’une exposition de Modest Moussorgsky est — selon le critique musical – divinement réalisé par Maurice Ravel. Alfred Plohn élève le concert de Maurice Ravel à Lviv au rang d’événement artistique de première importance.

Le compte rendu de Czeslaw Krzyżanowski ressemble fortement à celui d’Alfred Plohn. L’auteur ne cache pas son émotion en exprimant son admiration pour la musique de Maurice Ravel, qualifiant son apparition en concert à Lviv de « soirée solennelle de célébration de la musique dans notre ville ». Le critique s’est intéressé à l’organisation efficace du programme qui a permis aux auditeurs d’obtenir un aperçu général sur la musique du compositeur :

[…] C’est une bonne chose lorsque, dans un programme dense, il reste de la place pour des œuvres qui permettent d’observer la richesse des procédés d’instrumentation, la variété des couleurs ; de constater que le génie humain parvient à imaginer ces couleurs dans toutes sortes de combinaisons et d’arrangements instrumentaux.

Czeslaw Krzyżanowski a fait le grand éloge du Concerto pour piano et orchestre de M. Ravel tout en soulignant les remarquables prouesses de la pianiste Marguerite Long, dont le jeu a déclenché un « tonnerre d’applaudissements ».

Les compositions originales de Maurice Ravel La Valse, poème chorégraphique, le Bolero, ainsi que la version orchestrale des Tableaux d’une exposition de Moussorgsky, entendue dans la seconde partie du récital sont, selon Czeslaw Krzyżanowski des terrains d’exploration infinis d’orchestration et de jeu d’orchestre. Néanmoins et parallèlement à ces compliments, le critique a exprimé son avis à propos de la direction d’orchestre de Maurice Ravel et déclare que malgré l’enthousiasme vif et généreux du compositeur, nous ne pouvons le considérer comme un chef d’orchestre né ».

Czeslaw Krzyżanowski est le seul critique ayant remarqué que les musiciens jouaient non pas — comme à leur habitude — dans la fosse, mais sur scène ce qui a un effet acoustique grandiose. « Lviv peut être fière : elle a été visitée par le plus grand représentant de la musique française de l’époque et par l’un des plus célèbres compositeurs du monde, Maurice Ravel » Note 8 – c’est ainsi que commence l’article du compositeur et chef d’orchestre ukrainien Antin Rudnitsky dans le journal Dilo le 20 mars 1932. L’auteur a trouvé le style de Maurice Ravel typique de l’impressionnisme français, « la légèreté de la forme, la palette des couleurs orchestrales, le chimérisme des motifs, le “parfum” purement vaporeux de l’ensemble ». Le critique a comparé les créations de M. Ravel à celles d’autres des plus importants compositeurs du monde, notamment Richard Strauss et Igor Stravinsky. Cette comparaison a conduit à une conclusion en défaveur de Maurice Ravel dont l’œuvre et l’originalité ont été évaluées par Antin Rudnitsky comme « étonnamment petites ». Malgré la préférence du critique ukrainien pour la musique de Richard Strauss et Igor Stravinsky, il reconnaît tout de même la popularité des œuvres de Maurice Ravel qui « sont entrées dans le grand répertoire

Note 6 Alfred Plohn, « M. Ravel », Chwila, 14/4663, 19 mars 1932, p. 9 (en ukrainien).
Note 7 Czesław Krzyżanowski, « Maurice Ravel. 16. III. 1932 », Wiek Nowy, 19 mars 1932, p 7 (en polonais).
Note 8 Antin Rudnitsky, « Maurice Ravel. (Sur le concerto du compositeur) », Dilo, 20 mars 1932, p. 1 (en ukrainien).

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de l’orchestre, de la musique de chambre et de la musique pour piano dans le monde entier ». C’est par le Bolero qu’Antin Rudnitsky fut le plus séduit, tant par l’idée d’ostinato rythmique que par la qualité de l’écriture orchestrale :

Le Bolero est pensé d’une manière très intéressante : un seul motif court (probablement issu de la musique populaire espagnole) — se promenant à l’intérieur de chaque famille d’instruments, dans une gradation constante, sur un fond sonore monotone, avec un motif rythmique à deux temps exécuté par la caisse claire. Dans cette idée du motif rythmique, Ravel se révèle vraiment comme un grand compositeur — la caisse claire évolue jusqu’à prendre le rôle de soliste sans que cela ne demande de qualifications particulières de la part d’un virtuose. Je considère que c’est l’une des caractéristiques les plus fortes de l’orchestration de Ravel : la capacité d’utiliser les instruments de percussion avec les effets les plus somptueux, tout en tenant compte des données naturelles, petites, des « percussionnistes » d’orchestre ordinaires.

Le critique a fait l’éloge de l’interprétation du Concerto pour piano par Marguerite Long, qui, selon lui, « a tout simplement “dépassé” l’objectif du Concerto, soutenant pleinement l’orchestre et le chef-compositeur par sa clarté et sa sérénité ».

La suite pour piano de Modest Moussorgsky quant à elle est, selon Antin Rudnitsky, un chef- d’œuvre d’orchestration de Maurice Ravel, mais, comme le critique l’a fait remarquer « n’aurait-il pas été préférable que Ravel crée sa propre œuvre originale au lieu d’écrire des millions de partitions pour Tableaux d’une exposition ? ».

En conclusion de son article, Antin Rudnitsky, tout comme son collègue Czeslaw Krzyżanowski, a critiqué, Maurice Ravel, dans son rôle de chef d’orchestre :

Le compositeur dirigeait lui-même toutes les œuvres ; dès le premier geste de main levée, il fut évident pour tous qu’il n’est pas véritablement chef d’orchestre ; et par la suite, durant le concert — qu’il n’a pas la capacité d’assurer une direction. Cependant, l’orchestre, électrisé par la présence même du grand maestro, a fait de son mieux, et s’en est sorti dignement malgré un programme difficile et exigeant […] ».

Le 21 mars, dans le journal Słowo Polskie a été publiée une chronique du compositeur et chef d’orchestre Tadeusz Jarecki intitulé « Wrażenia z występu Ravela we Lwowie » Note 9. L’auteur y décrit la vie et le milieu dans lequel est né Maurice Ravel et y analyse les œuvres de ce dernier. Тadeusz Jarecki mentionne l’influence des chants et des danses populaires sur le futur grand compositeur, mais évalue aussi l’influence de la musique d’Henri Duparc, de Gabriel Fauré, de Camille Saint-Saëns, de Jules Massenet, de César Franck, ainsi que de Claude Debussy, d’Erik Satie et d’Igor Stravinsky. Depuis le premier quatuor à cordes, comme l’a confirmé Тadeusz Jarecki, chaque œuvre ultérieure de Maurice Ravel peut être considérée comme une nouvelle découverte dans le domaine de la création musicale. Il commente également l’évolution artistique du compositeur :

Grâce à un travail incessant de perfectionnement de ses compétences musicales, l’inoubliable montagnard des Pyrénées s’est d’abord élevé au rang de représentant de la musique française pour devenir finalement l’idole du monde musical tout entier.

Selon l’auteur, le concert des œuvres symphoniques de Maurice Ravel a donné aux habitants de Lviv une bonne occasion de se familiariser avec le style du compositeur et la manière dont ses œuvres sont exécutées rythmiquement. Тadeusz Jarecki a brièvement analysé chacune des pièces jouées lors du concert, en donnant une description fictive de leur style et de leur interprétation.

Note 9 Tadeusz Jarecki, « Impressions sur le concert de Ravel à Lviv », Słowo Polskie [Lviv], 36/79, 21 mars 1932, p. 8-9 (en polonais).

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L’auteur a particulièrement salué l’exécution rythmique du Concerto pour piano par Marguerite Long, la qualifiant de triomphe artistique. Тadeusz Jarecki remarque :

Ici, la collaboration de l’artiste de la même nationalité que le compositeur a permis de révéler non seulement la richesse de la composition dans sa forme externe, mais aussi à créer une forte intégrité artistique. […] C’était un beau triomphe de l’art et le public de Lviv a fait une grande ovation au compositeur et à l’artiste, les couvrant d’acclamations tonitruantes et de fleurs.

Contrairement à Antin Rudnitsky, qui considérait la composition des Tableaux d’une exposition de Moussorgsky comme une perte de temps, Tadeusz Jarecki a déclaré que, grâce à l’orchestration de Ravel, cette réalisation pouvait être élevée au rang de chef-d’œuvre de la suite orchestrale.

Dans le paragraphe conclusif de son article, le critique a rendu hommage à la Société des artistes de musique et d’opéra. Il a souligné qu’avec ce concert, la Société a ouvert une fenêtre sur l’Europe et a permis à l’orchestre de s’ouvrir et de s’élever au-dessus de son niveau habituel.

Une célèbre musicologue polonaise Stefanja Łobaczewska s’est également exprimée à propos de la soirée de Maurice Ravel Note 10. Tout comme Czeslaw Krzyżanowski, elle s’est intéressée au programme mené avec précision qui a révélé le profil et le chemin artistiques du compositeur. Par conséquent et de toute évidence, à partir de ses propres intérêts professionnels, Łobaczewska a accordé la plus grande attention aux questions d’esthétique musicale dans les œuvres de Ravel, à la psychologie de la perception de sa musique, au contact et à la connexion avec le public. L’auteure a expliqué que les auditeurs, pour qui la tradition est importante, ont trouvé dans les compositions de Ravel la confirmation d’une vision du monde où impressionnisme et romantisme se confondent, et ont été fascinés par la maîtrise technique du compositeur, ses innovations en matière d’harmonie et de forme, son ouverture d’esprit, qui est généralement réservée à quelques compositeurs contemporains. Cela se manifeste particulièrement dans le Bolero, qui est d’après Stefanja Lobachevska « la célèbre composition de Maurice Ravel qui a pris l’Europe entière d’assaut ».

L’événement ne fut pas ignoré non plus de l’éminent compositeur, pianiste et musicologue ukrainien Vasyl Barvinsky qui a laconiquement écrit ses commentaires dans l’article « Le concert du compositeur Maurice Ravel » publié dans le journal Novy Chas Note 11. Il a partagé l’avis de nombreux critiques, qui considèrent Maurice Ravel comme l’un des plus grands compositeurs français et qui racontent que son récital à Lviv a fait sensation. En rapprochant la musique de Maurice Ravel à celle de Claude Debussy en tant que deux représentants de l’impressionnisme français, Vasyl Barvinsky souligne que :

Ravel utilise non seulement la structure formelle de l’œuvre, mais aussi une ligne mélodique qui maintient la légèreté et l’expressivité du langage impressionniste. Si l’on ajoute que Ravel montre beaucoup de personnalité en tant qu’arrangeur, et que l’on ne s’avance pas dans des comparaisons avec d’autres héritiers de l’art musical, force est de constater que Ravel est l’une des meilleures figures musicales de l’époque actuelle. Les Français le considèrent comme leur Mozart.

Vasyl Barvinsky s’est prononcé très brièvement à propos des œuvres de Maurice Ravel jouées au concert du 16 mars 1932. Il éleva la suite symphonique Le Tombeau de Couperin au rang de plus belle œuvre du compositeur. Le Concerto pour piano de Maurice Ravel, selon l’avis de Vasyl Barvinsky, qui n’a pas échappé à l’influence d’Igor Stravinsky et surtout de Serge Prokofiev, a été « magnifiquement interprété par la pianiste de premier ordre Marguerite Long ». Le musicologue fut critique à propos du poème chorégraphique La Valse, et le décrit « d’un sentimentalisme moins prononcé dilué dans la couleur impressionniste » mais loue le Bolero où « la musique est “absolue” par sa superbe répétition du thème initial dans le même ton — en plus de l’art et de la forme intemporelle de l’instrumentation ».

Note 10 Stefanja Łobaczewska, « Concert du compositeur Maurice Ravel », Gazeta Lwowska, 122/67, 23 mars 1932, p. 6 (en polonais).

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Note 11 Vasyl Barvinsky, « Le Concerto du compositeur Maurice Ravel », Novy Chas, n°71, 1er trimestre 1932 (en ukrainien).

Tout en louant les qualités de Ravel dans le domaine de l’arrangement, Vasyl Barvinsky a elle aussi rencontré des difficultés à le considérer dans son rôle de chef d’orchestre, et déclare : « Le compositeur a lui-même dirigé ses œuvres originales — et qui sait s’il n’aurait pas obtenu un plus grand succès si quelqu’un d’autre avait dirigé ces œuvres ». Vasyl Barvinsky a également noté que le public avait manifesté un faible intérêt pour le concert en raison des tarifs extrêmement élevés des billets. Il faut dire que l’art et la musique de M. Ravel et du passé étaient importants aux yeux de Vasyl Barvinsky. Il est le seul musicologue ukrainien à commenter sa mort dans la nécrologie « Maurice Ravel est mort », en affirmant que « Ravel était également l’un des plus importants instrumentistes et arrangeurs contemporains pour orchestre » Note 12.

Le concert fut également rapporté dans la chronique «Towarzystwo Miłośników Opery sprowadziło francuskie mistrza Maurice Ravela » dans le mensuel Orkiestra de l’automne 1932 Note 13. Le concert a aussi été mentionné par Stefanja Łobaczewska dans les pages du magazine Muzyka (numéro 5-6) pour les mois de mai-juin 1932 dans la notice « Towarzystwo Miłośników Opery. Wskrzeszenie Filharmonii » Note 14. Malheureusement, aucun des contributeurs n’a fourni de détails sur le séjour de Maurice Ravel à Lviv, ou bien, le cas échéant, sur ses contacts professionnels ou privés. Cependant, il semble que le calendrier serré de la tournée européenne n’ait pas prévu d’activités supplémentaires.

Un autre fait mérite d’être signalé : en 1979 est publiée à Moscou la monographie d’Ivan Martynov intitulée Maurice Ravel — un recueil complexe et volumineux sur la vie et le parcours créatif du compositeur français. Malheureusement, en décrivant la grande traversée européenne de 1932, en nommant les régions et les villes, volontairement ou involontairement, l’auteur a omis de mentionner le concert à Lviv, et précise :

Le but principal du voyage de Ravel et de Marguerite Long était de familiariser le public avec le Concerto en sol. Pendant plusieurs mois, ils ont traversé de nombreuses villes et de nombreux pays. La tournée a commencé en Belgique avec des représentations à Anvers, Liège et Bruxelles. Ils se sont ensuite rendus en Autriche où ils ont été reçus très chaleureusement. […] Puis, ils se sont produits en Roumanie et en Hongrie (où eut lieu une rencontre avec Bartók et Kodály), en Tchécoslovaquie et en Pologne. Après le deuxième concours Chopin qui venait de prendre fin à Varsovie, le Concerto de Ravel devint l’événement phare de la vie musicale. Enfin, après être passés par Berlin, les interprètes sont arrivés en Hollande, où s’est terminée cette merveilleuse tournée […] » Note 15.

Les nombreux articles parus dans les périodiques de Lviv attestent que, malgré la crise économique générale qui en 1934, a entraîné la fermeture du théâtre municipal, et grâce aux efforts de la Société des artistes de musique et d’opéra de Lviv, le concert de Maurice Ravel a bien eu lieu le 16 mars 1932 à Lviv et a connu un grand triomphe.

Résumé : C’est dans le cadre de la tournée européenne du célèbre compositeur impressionniste Maurice Ravel qu’a lieu à Lviv le 16 mars 1932 l’un de ses concerts, avec sa participation comme chef d’orchestre. En s’appuyant sur les critiques publiées dans les journaux polonais et ukrainiens, l’article tente de reconstituer cet événement.

Mots-clés : Maurice Ravel, Marguerite Long, Société des artistes de musique et d’opéra de Lviv, Théâtre municipal, musique symphonique, impressionnisme.

Note 12 Vasyl Barvinsky, « Maurice Ravel est mort », Musique ukrainienne, n°1, 1938, p. 15-16 (en ukrainien).

Note 13 « La société des amateurs d’opéra a fait venir le maître français Maurice Ravel », Orkiestra, 3/4, avril 1932 (en polonais).

Note 14 Stefanja Łobaczewska, « Lviv. Société des amateurs d’opéra. La résurrection de la Philharmonie », Muzyka, 9/5-6, mai-juin 1932, p. 148 (en polonais).

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Note 15 Ivan Martynov, Maurice Ravel, Moscou, Musique, 1979, p. 258 (en russe).

 

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Le superbe Hôtel George de Lviv où Maurice Ravel et Marguerite Long logèrent mi-mars 1932

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Détail de la couverture de la première édition de la partition aux éditions Durand

Les dates et les étapes de la tournée européenne du Concerto pour piano et orchestre (en sol) de Maurice Ravel de 1932
avec Marguerite Long
par
Manuel Cornejo16 amisdemauriceravel@gmail.com

  1. Paris
  2. Anvers
  3. Liège
  4. Bruxelles
  5. Paris
  6. Vienne
  7. Bucarest
  8. Prague
  9. Londres
  10. Varsovie

11. Lviv
12. Berlin
13. Haarlem 14. Rotterdam 15. Amsterdam 16. La Haye 17. Arnhem 18. Budapest 19. Lyon
20. Paris
21. Bâle

Annexe 1

Les dates et les étapes de la tournée européenne du Concerto pour piano et orchestre (en sol) de Maurice Ravel de 1932 avec Marguerite Long par Manuel Cornejo Note 16 amisdemauriceravel@gmail.com

  1. Paris
  2. Anvers
  3. Liège
  4. Bruxelles
  5. Paris
  6. Vienne
  7. Bucarest
  8. Prague
  9. Londres
  10. Varsovie

11. Lviv
12. Berlin
13. Haarlem 14. Rotterdam 15. Amsterdam 16. La Haye 17. Arnhem 18. Budapest 19. Lyon
20. Paris
21. Bâle

 

14 janvier 1932
17 janvier 1932 et 18 janvier 1932 19 janvier 1932
21 janvier 1932
24 janvier 1932
2 février 1932
14 février 1932
18 février 1932
25 février 1932
11 mars 1932
16 mars 1932
21 mars 1932
5 avril 1932
6 avril 1932
7 avril 1932
9 avril 1932
11 avril 1932
18 avril 1932
25 avril 1932
29 novembre 1932
10 décembre 1932

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Note 16 Sources :
Manuel Cornejo, « Maurice Ravel chef d’orchestre (1899-1934) », Dezède, 6 juin 2020. ISSN 2269-9473 [Inventaire de 77 programmes dont ceux de la tournée de 1932]
-, « Le Concerto pour piano et orchestre (en sol) de Ravel (1932-1945) », Dezède, 14 février 2022. ISSN 2269-9473

[Inventaire de 122 auditions dans le monde du 14 janvier 1932 au 8 mai 1945, dont 79 du vivant de Maurice Ravel – dont 21 sous sa direction en 1932 et 1933-]

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Annexe 2

Carte géographique des tournées européennes du Concerto pour piano et orchestre (en sol) de Maurice Ravel en 1932 par Éric Van Lauwe ingénieur cartographe
(cliquer sur la carte pour accéder au fichier PDF)

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Photo de presse montrant Marguerite Long et Maurice Ravel sur un quai de la Gare de l’Est à Paris
devant le train Orient-Express Paris-Vienne-Budapest Excelsior, 31 janvier 1932, p. 6

МОРІС РАВЕЛЬ У ЛЬВОВІ (1932): реконструкція події за матеріалами польської та української

періодики* Володимир ПАСІЧНИК

Інститут дослідження бібліотечних мистецьких ресурсів, Львівська національна наукова бібліотека України ім. В. Стефаника

вул. Бібліотечна, 2, 79602 Львів, Україна, e-mail: pasichnyk_v@i.ua

Велике концертне турне визначного французького композитора Моріса Равеля, що розпочалося в січні 1932 року, пролягло через десятки великих європейських міст [3, с. 258; 7; 11; 13], а 16 березня сягнуло Львова, де за сприяння Львівського товариства прихильників музики й опери відбувся його концерт у Міському театрі (урочисто відкритий 4 жовтня 1900 р.) (тепер це Львівський національний театр опери та балету імені Соломії Крушельницької). Програма концерту складалася з оригінальних творів, а саме: симфонічної сюїти “Le Tombeau de Couperin”, поеми “Valse”, “Bolero”, фортепіанного концерту та інструментованої композитором для симфонічного оркестру фортепіанної сюїти Модеста Мусоргського “Картинки з виставки”. Твори прозвучали під орудою автора, окрім сюїти “Картинки з виставки”, якою диригував Адам Должицький (на той час директор театру). Фортепіанний концерт блискуче виконала французька піаністка Маргаріт Лонґ (Marguerite Long).

Концерт отримав низку схвальних відгуків на сторінках польської та української періодики. Враженнями поділилися музичні критики й діячі Альфред Плогн, Чеслав Крижановський, Тадеуш Ярецкі, Стефанія Лобачевська, Антін Рудницький, Василь Барвінський. Кожен із дописувачів, у більшій чи меншій мірі, висловив своє захоплення музикою композитора. Автори звернули увагу на музичний стиль М. Равеля (хтось підкреслював вплив Клода Дебюсі, Ігоря Стравінського, Сергія Прокоф’єва, хтось бачив авторську неповторну індивідуальність). Не оминули увагою критики його другу іпостась – роль дириґента (більшість критично). Високу оцінку отримала піаністка Маргаріт Лонґ за чудову інтерпретацію фортепіанного концерту М. Равеля.

Першими на подію відреаґували Альфред Плогн (Alfred Plohn) і Чеслав Крижановський (Czesław Krzyżanowski), через три дні (19березня) опублікувавши статті: перший – у газеті “Chwila” [12], другий – у газеті “Wiek Nowy” [8]. А. Плогн найменував Моріса Равеля найяскравішим представником тогочасної французької музики. Він звернув увагу на оркестрові твори композитора. Зокрема “Вальс”, на думку А. Плогна, написаний в “дусі безсмертного Йоганна [Штрауса], а, можливо Ріхарда Штрауса” [12], проте суттєво збагачений ритмічними та гармонічними досягненнями. Автор статті підкреслив оригінальність ідей композитора, що втілилася у гармонічній і ритмічній мові “Болеро”, а інструментування фортепіанної сюїти М. Мусоргського “Картинки з виставки”, на думку музичного критика зроблено М. Равелем у чудовий спосіб. А. Плогн відніс концерт М. Равеля у Львові до першорядної артистичної події.

* Тези цієї статті були опубліковані у виданні: Книжкова та рукописна культура: історія, методологія, джерельна база: тези доповідей і повідомлень : міжнародна наукова конференція (Львів, 17- 18 травня 2012 р.) / упорядкування і наукова редакція Лариси Головатої ; Центр незалежних історичних студій ; Інститут історії України НАН України ; Канадський інститут українських студій Альбертового університету ; національний університет «Львівська політехніка». – Львів, 2012. – С. 143-146.

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Відгук Ч. Крижановського за змістом близький до відгуку А. Плогна. Автор з неприхованою емоційністю висловив свою прихильність до музики М.Равеля, називаючи його концерт у Львові “урочистим вечором святкування музики в нашому місті” [8]. Рецензент звернув увагу на добре укладену програму, яка дозволила слухачам отримати загальне враження про музику композитора: “… це добре, що в насиченій програмі знайшли місце твори, які дали можливість споглядати у всій повноті багатство інверсії і колористики, у цій незліченній кількості кольорів, яке людський геній уміє добувати і зіставити у всіляких комбінаціях небагатьох зрештою інструментів” [8]. Ч. Крижановський високо оцінив Концерт для фортепіано з оркестром М. Равеля і одночасно підкреслив виняткову майстерність піаністки Маргаріт Лонг, гра якої викликала “грім оплесків” [8].

Оригінальні композиції М. Равеля “Вальс, хореографічна поема”, “Болеро” та його оркестрова версія “Картинки з виставки” М. Мусоргського, що прозвучали у другому відділі концерту, на думку Ч. Крижановського становлять необмежений простір для маневру оркестрування та самого оркестру. Водночас рецензент дещо критично висловився про М. Равеля як дириґента “Незважаючи на ввічливе і щире захоплення композитором, не здається нам щоб був народжений диригентом” [8].

Ч. Крижановський єдиний з рецензентів хто звернув увагу на те, що музиканти грали не в оркестровій ямі, як зазвичай, а на сцені, що дало чудовий акустичний результат.

“Львів може гордитися: його відвідав найвизначніший представник сьогоднішньої французької музики і один з найбільш-відомих композиторів світа, Моріс Равель” [4], – так починається стаття українського композитора і дириґента Антона Рудницького в газеті “Діло” за 20 березня. Автор вважав типовим для стилю М. Равеля, як представника французького імпресіонізму, “легкість форми, барвистість орхестрової палітри, химерність мотивіки, чисто париська «ароматність» цілости” [4]. Рецензент удався до зіставлення творчості М.Равеля й інших чільних представників світової музики, зокрема, Ріхарда Штрауса та Ігоря Стравінського. Порівняння, проте, привело до висновків не на користь М. Равеля, творче надбання якого А. Рудницький оцінив як “дивно мале”. Зрима прихильність українського критика до музики Р.Штрауса та І.Стравінського, не завадила йому все ж визнати неабияку популярність творів М. Равеля, що “увійшли у постійний репертуар орхестр, камерних ансамблів й пяністів усього світу” [4]. А. Рудницькому найбільше припав до вподоби музичний твір “Болеро”, як з огляду на ідею ритмічного остинато, так і на мистецтво оркестрового письма: “Дуже цікаво задумано «Болеро»: один короткий мотив (мабуть оригінальний народній еспанський) – переведений через усі групи інструментів, у постепенній градації, на тлі монотонного, двох-тактового ритмічного мотиву малого барабанчика. В цій ідеї того ритмічного мотиву є Равель справді великим – маленький барабан виростає до ролі сольового інструменту, не вимагаючи зрештою від ніякого віртуоза спеціальних кваліфікацій. Уважаю, що це одна з найсильніших прикмет орхестровки Равеля: вміння використовувати ударні інструменти в найріжнорідніших ефектах маючи однак все на увазі природні, невеликі, дані звичайних орхестрових «ударників»” [4]. Схвально відгукнувся рецензент про виконавицю фортепіанного концерту М. Лонґ, яка, на його думку “просто «перевиконала» всі завдання концерту, всеціло підтримуючи своєю певністю і спокоєм орхестру і диригента – композитора” [4].

Фортепіанна сюїта М. Мусоргського, на думку А. Рудницького була мистецьки оркестрована М. Равелем, проте, як зауважив він “ чи все таки не краще було би, колиб Равель створив за час, який він мусів витратити на написання міліонів нотних голівок партитури «Картинок з виставки» – якийсь власний, оригінальний твір?” [4].

На завершення А. Рудницький, як і польський колеґа Ч. Крижановський, розкритикував М. Равеля як дириґента: “Всіми творами диригував сам композитор; при першому піднесенні руки стало всій ясно, що він не диригент; а впродовж концерту – що він за диригування й не повинен братися. Однак орхестра, зелектризована самою присутністю великого творця, старалася, як можна, і з честю вийшла з досить важкої і складної програми концерту… ” [4].

21 березня, у газеті “Słowo Polskie” з’явилася обширна публікація польського композитора і дириґента Тадеуша Ярецкого (Tadeusz Jarecki) “Wrażenia z występu Ravela we Lwowie” [6]. Автор відтворив життєпис М. Равеля, схарактеризував середовище, в якому він народився, та проаналізував його твори. Т. Ярецький наголосив на впливі народних пісень і танців на майбутнього композитора, музики Генрі Дюпарса, Ґабріеля Форе, Каміля Сен-Санса, Жюля Массне, Сезара Франка, а також Клода Дебюсі, Еріка Саті, Ігоря Стравінського. Від першого струнного квартету, як стверджував Т. Ярецький, кожний наступний твір М. Равеля можна вважати відкриттям у галузі музичної техніки. Він також наголосив на творчій еволюції композитора, адже: “Завдяки безперервній роботі над поглибленням своїх музичних засобів, непомітний горянин з Піренеїв виріс до представника французької музики, і, нарешті, став кумиром усього музичного світу” [6, с. 8]. За словами автора, концерт симфонічних творів М. Равеля дав львів’янам гарну можливість познайомитися з творчою манерою композитора щодо способу і темпів виконання своїх творів. Т. Ярецький коротко проаналізував кожен із творів, що звучали на концерті, давши фахову характеристику їхньому стилю та виконанню.

Особливо автор відзначив винятково ритмічне виконання фортепіанного концерту М. Лонґ, назвавши його артистичним тріумфом. Т. Ярецький зазначив: “Тут співпраця артистки цієї самої національності помогла композиторові виявити не тільки багатство зовнішньої сторони композиції, але і створити сильну художню цілісність. […] Це був справедливий тріумф мистецтва і львівська публіка приготувала композиторові й артистці велику овацію, нагороджуючи їх бурхливими оплесками та квітами” [6, с. 9].

На відміну від А. Рудницького, який інструментування сюїти М. Мусоргського “Картинки з виставки” вважав марно затраченим часом, Т. Ярецький наголосив, що завдяки інструментуванню М. Равеля цей твір можна віднести до шедеврів оркестрових сюїт.

В заключному абзаці своєї статті рецензент висловив подяку Товариству шанувальників музики і опери. Він підкреслив, що цим концертом Товариство відкрило вікна в Європу і дало можливість розкритися оркестру, який своєю грою піднявся вище звичайного рівня.

На концерт М. Равеля відгукнулася відомий польський музикознавець Стефанія Лобачевська (Stefanja Łobaczewska). Як і Ч. Крижановський, вона звернула увагу на вдалу і надзвичайно точну програму, що відображала творчий профіль і шлях композитора. Виходячи, очевидно, із власних професійних зацікавлень, С. Лобачевська більше місця відвела питанням музичної естетики у творчості М. Равеля, психології сприймання його музики, контакту і порозуміння композитора з авдиторією. Авторка зазначила, що слухачі, для яких важить традиція, знаходять у композиціях М. Равеля підтвердження свого світогляду, переживають відчуття єднання доби романтизму з духом імпресіонізму, їх зачаровує технічна майстерність композитора, його новації в гармонії та формі, його безпосередність, яка притаманна лише поодиноким композиторам сучасності і найсильніше виявилася в “Болеро”, на погляд С. Лобачевської, – “знаменитої композиції М. Равеля, що штурмувала всю Європу” [9].

Не проіґнорував подію визначний український композитор, піаніст і музикознавець Василь Барвінський, лаконічно виклавши свої міркування у статті “Композиторський концерт Моріс Равеля”, опублікованій у газеті “Новий час” [1]. Він поділяв думку інших

критиків, що М. Равель є одним із найвизначніших французьких композиторів, а його концерт у Львові вважав музичною сенсацією. Порівнюючи музику М. Равеля і Клода Дебюсі, як обох представників французького імпресіонізму В. Барвінський зазначив: “У Равеля зарисовується багато виразнійше не тільки формальна структура твору але і мельодійна лінія, зберігаючи при тому усю питому імпресіоністичній музичній мові легкість виразу та запашність настрою. Коли додати до того що і в ділянці інструментовки виявляє Равель чи не найбільше своєї індивідуальности, то не входячи в порівнання його значіння з іншими Корифеями сучасного музичного мистецтва – все таки треба визнати Равеля одною з найвизначніших музичних постатей сучасної доби. Французи уважають його своїм Моцартом” [1].

В. Барвінський дуже стисло висловився про твори М. Равеля, що прозвучали на концерті 16 березня 1932 р. Симфонічну сюїту “Le Tombeau de Couperin” він відніс до найкращих творів композитора. Фортепіанний концерт М.Равеля, на думку В. Барвінського, що не позбавлений певного впливу Ігоря Стравінського й особливо Сергія Прокоф’єва, був “виконаний прекрасно першорядною пяністкою Марґерітою Льонґ” [1]. Критично висловився музикознавець про хореографічну поему “Valse”, як він назвав її “менче переконуючу віденською сентиментальністю потягненою імпресіоністичною поволокою” [1] та “Bolero”, “що мучить як «абсолютна» музика надмірним повторенням в тій самій тонації початкової теми – помимо мистецької і так ріжноманітної форми інструментовки” [1].

Оцінюючи заслуги М. Равеля в ділянці інструментування, В. Барвінський також не сприйняв його у ролі дириґента, зауваживши: “Ориґінальними своїми творами дириґував сам композитор – і хто знає чи не осягнувби він значнійшого успіху – колиб тими творами дириґував хто інший” [1]. В. Барвінський звернув увагу й на те, що зацікавлення публіки концертом було досить слабе з причин надмірно високих цін. Треба зауважити, що постать і музика М. Равеля і надалі перебували в полі зору В. Барвінського. Він єдиний з українських музикознавців відгукнувся на його смерть некрологом “Моріс Равель помер”, зазначивши, що “Равель належав теж до найвизначніших сучасних інструментаторів і орхестральних кольористів” [2].

Про концерт інформувала також хронікальна нотатка “Towarzystwo Miłośników Opery sprowadziło francuskiego mistrza Maurice Ravela” у місячнику “Orkiestra” за квітень 1932 року [14]. Ще раз згадала про концерт С. Лобачевська на сторінках журналу “Muzyka” число 5-6 за травень-червень 1932 року у повідомленні “Towarzystwo Miłośników Opery. Wskrzeszenie Filharmonii” [10]. На жаль, ніхто з дописувачів не подав жодних деталей про побут М. Равеля у Львові, його професійні чи приватні контакти, якщо такі були. Проте, виглядає, що надто стислий графік європейського міжнародного турне додатковим заходів не передбачав.

Варто наголосити ще на одному факті: у 1979 році в Москві вийшла друком монографія Івана Мартинова “Моріс Равель” [3] – ґрунтовне, велике за обсягом видання про життєвий і творчий шлях французького композитора. На жаль, описуючи велике європейського турне 1932 року, називаючи країни та міста, випадково чи зумисно, автор пропустив інформацію про концерт у Львові, зазначивши: “Головною метою поїздки Равеля і Маргаріт Лонґ було ознайомлення публіки з Концертом G-dur. Протягом декількох місяців вони об’їхали багато міст і країн. Турне почалося з Бельгії – концерти відбулися в Антверпені, Льєжі та Брюсселі. Потім вони попрямували до Австрії, де їх зустріли з особливою теплотою. […] Далі – виступи в Румунії, Угорщині (зустріч з Бартоком і Кодаєм), Чехословаччини і Польщі. У Варшаві тільки що закінчився Другий шопенівський конкурс, і Концерт Равеля став новою сенсацією музичного життя. Через Берлін артисти приїхали в Голландію, де і завершилося чудове турне…” [3, с. 258]. Натомість публікації у львівській періодиці красномовно стверджують, що, попри

загальну економічну кризу, яка невдовзі, у 1934 році, призвела до закриття Міського театру, і завдяки зусиллям Львівського товариства шанувальників музики і опери концерт Моріса Равеля у Львові таки відбувся 16 березня 1932 року з великим тріумфом.

1. Барвінський В. Композиторський концерт Моріс Равеля. З концертової салі / В. Барвінський // Новий час. – 1932. – No 71. – 1 квіт.

2. Барвінський В. Моріс Равель помер / В. Барвінський // Українська музика. – 1938. – No 1. – С. 15-16.

3. Мартынов И. Морис Равель. Монография / И. Мартынов. – Москва : Музыка, 1979. – 335 с.

4. Рудницький А. Моріс Равель. (З нагоди композиторського концерту) / Антін Рудницький // Діло. – 1932. – Ч. 61. (13.010). – 20 бер. – С. 1.

5. Gliński M. Dwie premjery w Operze Warszawskiej. Festival M. Ravela / Mateusz Gliński // Muzyka. – 1932. – Rok IX. – Marzec-Kwiecień. – No 3-4.. – S. 94.

6. Jarecki T. Wrażenia z występu Ravela we Lwowie / Tadeusz Jarecki // Słowo Polskie. – Lwow. – 1932. – Rok XXXVI. –No 79. – 21 marca. – S. 8-9.

7. Kralik Hainrich. Koncert. Wien / Hainrich Kralik // Die Musik : Monattsschrift Herausgegeben von Bernard Schuster XXIV. Jahrgang. – Berlin. – Max Hesses Verlag . – Erster Halbjahrsband. – 1932. – März. – S. 472.

8. Krzyżanowski C. Maurice Ravel. 16. III. 1932 / Czesław Krzyżanowski // Wiek Nowy. – 1932. – 19 marca. – S.7.

9. Łobaczewska S. Koncert kompozytorski Maurycego Ravela / Stefanja Łobaczewska // Gazeta Lwowska. – 1932. – Rok 122. – No 67. – 23 marca. – S.6.

10. Lobaczewska S. Lwów. Towarzystwo Miłośników Opery. Wskrzeszenie Filharmonii / Dr. Stefanja Lobaczewska // Muzyka. – 1932. – Rok IX. – Maj-Czerweiec. – No 5-6. – S. 148. 11.Plohn Alfred. Koncert. Wien / Alfred Plohn // Die Musik : Monattsschrift Herausgegeben von Bernard Schuster XXIV. Jahrgang. – Berlin. – Max Hesses Verlag . –

Zweiter-r Halbjahrsband. – 1932. – Sept. – S. 932.
12. Plohn A. M. Ravel / Alfred Plohn // Chwila. – 1932. – Rok XIV. – No 4663. – 19

marca. – S.9.
13. S. Maurice Ravel w Filharmonii / S. // Gazeta Polska. – 1932. – Rok IV. – Na 73. –

13 marca.– S. 8.
14. Towarzystwo Miłośników Opery sprowadziło francuskiego mistrza Maurice Ravela

// Orkiestra. – 1932. – Rok III. – Kwiecień. – No 4 (19).

Анотація: У рамках європейського турне визначного французького композитора- імпресіоніста Моріса Равеля, у Львові 16 березня 1932 р. відбувся його авторський концерт. Опираючись на відгуки, що були опубліковані на сторінках польської та української періодики, у статті робиться спроба реконструювати цю подію.

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Ключові слова: Моріс Равель, Маргаріт Лонґ, Львівське товариства прихильників музики й опери, Міський театр, симфонічна музика, імпресіонізм.

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Maurice Ravel et la pianiste Marguerite Long reçus à l’Ambassade de France à Prague (Palais Buquoy)
par l’ambassadeur de France à Prague, François-Charles Roux et son épouse (parents de la romancière Edmonde-Charles Roux)
Vers le 18 février 1932

En pensant bien sûr très fort à Lviv en ce moment…

Ce mercredi 16 mars 2022, Titus Curiosus – Francis Lippa

Pour prolonger la conférence de Philippe Sands hier soir, à propos de son merveilleux retour à Lemberg

29mar

Philippe Sands,

dont la magnifique conférence d’hier soir, mercredi 28 mars, à la Station Ausone,

à propos de son saisissant Retour à Lemberg _ le podcast en sera très bientôt disponible ; cf déjà mon article du 23 mars  dernier : En avant-première à la présentation par Philippe Sands de son « Retour à Lemberg« … _,

nous a tous profondement impressionnés

et très intensément émus !

_ quel degré d’humanité accomplie là !!! Face à l’innommable…

Quel haut degré d’espérance en l’homme ! En ce temps particulier de retour de la détresse... _

Philippe Sands, donc, vient de se voir décerner le beau Prix Montaigne 2018,

qu’il recevra samedi 7 avril prochain des mains d’Alain Juppé à l’Hôtel de Ville de Bordeaux, à 11 heures 30 :

le prix consiste en 20 caisses de vin des plus prestigieux crus du Bordelais

_ dont voici la très apéritive (!) liste :

DOTATION DU PRIX MONTAIGNE 2018

Château Larrivet Haut-Brion blanc 2010
Château La Mission Haut-Brion 2006
Château Smith Haut Lafitte blanc 2011
Domaine de Chevalier 2002
Château Calon Ségur 2006
Château Chasse-Spleen 2004
Château Cos d’Estournel 2008
Château Coufran 2009
Château Fourcas Hosten 2010
Château Gloria 2011
Château d’Issan 2009
Les Forts de Latour 2009
Château Léoville Barton 2005
Château Gazin 2015
Château Trotanoy 2009
Château Bélair-Monange 2009
Château Fombrauge 2015
Château de Fargues 2005
Château de Myrat 2007
Château Rieuses 2009

Que de délices à partager, en perspective…

De quoi assurément combler le très remarquable œnophile _ grand amateur, notamment de Julienas _ qu’il est !

Puis, Philippe Sands viendra signer son magnifique livre aux Escales du livre ;

et il donnera une conférence de 45′, à 15 h à l’IUT du livre, voisin…

Afin de prolonger un peu la lecture de ce livre vraiment majeur _ qui est aussi un immense succès mondial : jusu’au Japon et en Chine _,

je propose de regarder ici le film de Philippe Sands (réalisé par David Evans) My Nazi legacy _ what our fathers did,

dans lequel lui-même (né en 1960) s’entretient avec Niklas Frank (né en 1939, à Vienne) et Hors von Wächter (né en 1939, lui aussi),

fils, le premier, de Hans Frank (Karlsruhe, 29-5-1900 – Nuremberg, 16-10-1946)

et le second, d’Otto von Wächter (Vienne, 8-7-1901 – Rome, 10-9-1949),

deux très hauts hiérarques nazis ayant tous deux _ très criminellement ! _ officié en Galicie,

et à Lemberg même, tout particulièrement _ ville de ma bisaïeule paternelle (1860 – 1937) et de sa famille, les Sprecher.

Voici aussi trois articles liés, directement ou indirectement, à ce film extraordinaire,

le premier, surtout, de la plume de Philippe Sands lui-même, et en anglais : My father, the good Nazi,

le second, en français : Quand un fils ne peut admettre les crimes de son père ;

et le troisième, en anglais : Son of Nazi governor returns art stolen from Poland during second world war.

My father, the good Nazi


Otto von Wächter was an indicted war criminal implicated in the deaths of tens of thousands of Jews. So how can his son Horst refuse to condemn him?

Horst von Wächter : ‘I must find the good in my father. My father was a good man, a liberal who did his best. Others would have been worse

 

Philippe Sands MAY 3, 2013

Haggenberg

Schloss Haggenberg is an imposing 17th-century baroque castle about an hour’s drive north of Vienna and a little short of Austria’s border with Slovakia. Built around an enclosed courtyard, it stands four storeys high, a foreboding stone structure that appears impenetrable aside from the large, double wooden doors at its front. It has seen better days.

For the last quarter century the schloss has been the home of Horst von Wächter and his wife Jacqueline, who live in a few of its many sparsely furnished rooms. Without central heating, the bitter cold is staved off by wood-burning fires and the odd electric heater, improbable under crumbling baroque cornice-work and the fading paint of its walls.

In one room, under the rafters that support a great roof, Horst has kept his father’s library. He has invited me to look around the collection. I extricate a book at random from a tightly stacked shelf. The first page contains a handwritten dedication in a neat German script. To SS-Gruppenführer Dr Otto Wächter “with my best wishes on your birthday”. The deep blue signature beneath, slightly smudged, is unforgiving. “H. Himmler, 8 July 1944”.

The signature’s power to shock is heightened by its context. The book is a family heirloom, not a museum artefact. It was offered to Horst’s father as a token of appreciation, for services rendered. It draws a direct line between Horst’s family and the Nazi leadership.

One floor down, in the main room used by Horst as his study, he has gathered some family photo albums. Horst is equally generous and open with these. They contain the stuff of normal family life : images of children and grandparents, skiing holidays, boating trips, birthday parties. Yet among these unsurprising images, other kinds of photographs are interspersed.


A single page offers the following : August 1931, an unknown man is chiselling around a swastika carved into a wall. Above this is an undated photograph of a man leaving a building under a line of arms raised in Nazi salute. The caption reads “Dr Goebbels” – Hitler’s propaganda minister. Another image records three men in conversation in a covered railway yard or perhaps a market. Under this undated photo are the initials “A.H.”. I look more closely. The man at the centre is Hitler, and next to him I recognise his photographer, Heinrich Hoffmann, who introduced Hitler to Eva Braun. The third man I don’t know.

I turn to another page: Vienna, the autumn of 1938. Wächter is in uniform at his desk in the Hofburg Palace, pensive, examining papers. The date on the page is November 9 1938. The horrors of Kristallnacht would begin a few hours later.

Another page : Poland in late 1939, images of burnt-out buildings and refugees. At the centre of the page is a small photograph of a crowded street in Warsaw, with people dressed against the cold. My eye is drawn to a white armband that identifies its bearer, an old lady in a headscarf, as a Jew. A few feet behind her, at the very centre of the striking image, a serene young woman looks straight at the photographer, who may have been Wächter’s wife, Charlotte. She studied at architect Josef Hoffman’s Wiener Werkstätte and had a good eye for a line.

These pages hold more pictures of Nazi colleagues: the Wächters with Hans Frank, Hitler’s lawyer, hanged at Nuremberg for his crimes against Poles and Jews, including the murder of three million Jews, while he was governor general of Nazi-occupied Poland; Wächter with “my Galician SS Division” ; Wächter with Himmler in Lemberg, the capital of Galicia (now the city of Lviv, in Ukraine) where he served as Nazi governor from 1942 and from where more than 150,000 Jews – the entire population – were “resettled” in less than two years.

These photographs place Otto von Wächter at the heart of Nazi operations. They are personal mementos of international crime committed on the greatest scale imaginable. They are in Horst’s family albums and their implications are terrible.

Father and son


I came to Schloss Haggenberg by accident. For several years I’ve been researching a book on the origins of international criminal law and its connection with Lemberg. My grandfather was born there in 1904, when it was on the eastern edge of the Austro-Hungarian empire and the city was the home of two remarkable international lawyers who were deeply involved in the Nuremberg trials: Hersch Lauterpacht (who introduced the concept of “crimes against humanity” into the Nuremberg Charter) and Rafael Lemkin (who invented the term “genocide”). My research also focused on a third lawyer, Hans Frank, whom the Nuremberg judges found guilty of responsibility for the murder of virtually the entire Jewish population of Lemberg and the surrounding towns and villages.

I looked into Frank and came across an interesting book written by his son Niklas. Der Vater, published in 1987, was a bestseller in Germany and deeply controversial. It exposed a son’s horror at the crimes of his father and so broke a taboo: the first time a child of a high-ranking Nazi had made such an unequivocal condemnation. I interviewed Niklas last year at the Hay Literary Festival, where he told the audience that his father had been rightly hanged. He showed me the photograph he keeps in his wallet, of his father’s body immediately after the hanging.

The father and son theme interested me. At the time I met Niklas I was writing a piece about Saif Gaddafi’s relationship with his father, and about Saif’s failure to break with him at a crucial moment in Libya’s history, in February 2011. Niklas and I talked at length about patricide, literary and political.

Knowing of my interest in Lemberg, Niklas suggested I might want to meet Horst, the son of Lemberg’s Nazi governor, Otto von Wächter, who worked closely with his father, Hans. He added a note of caution: “Horst takes a rather different attitude to mine.

A few weeks later, Niklas, Horst and I spent a day together at Schloss Haggenberg. I liked Horst from the outset, a generously proportioned man in a pink shirt and sandals, with a bespectacled face, grey hair and the same smile as his father. He was engaging and friendly and captivated by the schloss he had bought a quarter of a century earlier. He was proud that the actor Geoffrey Rush had recently filmed there, with director Giuseppe Tornatore, who made Cinema Paradiso (the film is The Best Offer, to be released later this year). I was impressed by Horst’s openness, his willingness to bare his struggle with his family history, and even to share documents and photographs. He opened the doors of his castle without any need to do so.

I was surprised, however, by his attitude to his father, an indicted Nazi leader. Unlike Niklas, who did not shirk from the horrors perpetrated by his father, Horst was struggling to come to terms with his father’s actions, in a way akin to Austria’s failure to fully recognise its role in that period.

I must find the good in my father”, he told me. It was indeed a mission of rehabilitation, against all the odds. Our tentative exchanges began to grow more comfortable. “My father was a good man, a liberal who did his best” ,he said. “Others would have been worse ».

He had sent me a biographical record of Otto von Wächter, which I needed to study. Let’s talk more, I said. “Of course”, Horst replied, “you will come back.

Otto von Wächter

Horst sent me a detailed account of his father’s life, with a passport-style photo of a smiling, handsome blond face, in a Nazi jacket. Otto von Wächter was born in Vienna in July 1901, lived in various parts of the Austro-Hungarian empire and enrolled at the law faculty at the University of Vienna in October 1919 (ironically enough, at the same time as Lauterpacht). He joined the Nazi party in 1923, graduated a year later and started to practise law. By the time Hitler took office in Germany in January 1933, Wächter had married Charlotte Bleckmann, joined the SS and worked as a lawyer for the Austrian Nazis. In 1934 he played a role in the assassination of Austrian chancellor Dollfuss and was forced into exile in Germany. He returned to Vienna on March 13 1938, the day after the Anschluss, and soon got a job working with his friend, the leading Austrian Nazi, Arthur Seyss-Inquart. This was Horst’s godfather – his middle name is Arthur – who gave his infant godson a copy of Mein Kampf. He was later hanged at Nuremberg.

In 1939 Wächter became Nazi governor of Krakow, working with Frank and Seyss-Inquart. In January 1942, Hitler appointed him governor of the recently conquered Galicia, describing him as “the best man” for the job (the same month that, in Berlin, the Wannsee Conference endorsed the “final solution”, largely to be carried out on Hans Frank’s Polish territory). Wächter remained in Lemberg until July 1944, a few days after receiving Himmler’s birthday book, when he left the city. Identified as a war criminal since 1942, he evaded capture, went into hiding in Rome, protected by the Austrian bishop Alois Hudal, and died there of kidney disease in July 1949.

I was interested in Wächter’s activities in August 1942, when he was head of the civilian government in Lemberg. He would have worked closely with the SS, policing the Jewish ghetto created a few months earlier. Over a period of 18 months, Wächter’s administration supported the deportation and murder of just about every Jew in the city and surrounding areas.

Regular “Aktions” against the Jewish population took place during 1942, with the most notorious of the round-ups in August, shortly after Frank visited to mark the anniversary of the conquest of Galicia. Just three months later The New York Times listed Wächter among the “unholy ten”, indicted as a war criminal by the Polish government-in-exile. According to the NYT his speciality was “the extermination of the Polish intelligentsia”.

Among the victims of the August 1942 Aktion was Hersch Lauterpacht’s entire family, with the exception of his niece Inka, who was 12 when Wächter arrived in the city. She gave me a first-hand account of how Lauterpacht’s family was taken by the Germans, aided by Ukrainian auxiliaries. Simon Wiesenthal claimed that Wächter was “personally in charge” in August 1942 when his mother was taken and sent to her death, although this account is challenged.

Those events continue to have consequences. In March 2007, a US district judge stripped one of the Ukrainian auxiliaries involved in the August 1942 Aktion of his US citizenship, having found John Kalymon to be directly involved in killing Jews. The judge relied on an expert report prepared by a German academic, and his report included references to Wächter. From this report I was directed to three documents held by the US Department of Justice that directly implicated Wächter in the events in Lemberg in 1942.

The conversation

My second conversation with Horst took place last December, in an office in the schloss that doubled as a bedroom. It lasted seven hours. We broke only for lunch and a short walk in the courtyard (the image it recalled was of Rudolf Hess, in Spandau prison). Snow and an arctic chill had descended on Haggenberg and the room was barely warmed by a great wood-burning stove, its white tiles blackened by decades of use. Horst installed himself in a large armchair. I sat opposite in a smaller wooden chair. On the other side of the room, above the bed, hung a portrait of his grandfather, a distinguished Austrian military figure. We were surrounded by pictures and maps including a 17th-century map of Krakow that Horst said his mother might have stolen from Poland.

Horst was born in April 1939, the second son and fourth of six children. He moved to Lemberg with his family in 1942, but has no recollection beyond memories jogged by photographs (and some home movies that seem to have been hidden or lost). During his childhood his father was mostly absent, and after the war, when Otto was in hiding, the family moved to Salzburg.

Horst’s mother Charlotte dominated the household. She wanted him to follow in his father’s footsteps, so he enrolled at the law faculty in Vienna, but never graduated. He joined the army, resumed his studies, and moved between short-term jobs. Eventually he was introduced to the Austrian artist Hundertwasser, working as his secretary from 1965, and later sailing his boat to New Zealand. Horst drifted around, married and divorced Jacqueline, and following his mother’s death in 1985 bought Haggenberg with the inheritance. He got back together with Jacqueline, and dreams about restoring the schloss.

He had few actual memories of his father, and fellow family members did not wish to engage on the subject. His nephew Otto, also a lawyer, had counselled against our conversation. The family silence has entrapped Horst. “They don’t want to know anything, if I mention my father”, he said. There was a sense of shame. “For them”, he quickly added, “not me”. All four of his sisters left Austria and their dominating mother, who had revered Wächter until her death.

The last time Horst saw his father was in 1948, around Christmas. He remembered a man with a moustache who visited at night, but recalled no conversation, or any real connection. This made his desire to rehabilitate Otto even more incomprehensible.

My whole life is dominated by him”, Horst offered. After the war the family was ostracised even in Salzburg, and this caused a great feeling of insecurity and led to a recurring question: “Was my father really a criminal ?” In the face of overwhelming evidence he was unable to confront the reality.

It was plain that Horst had developed various techniques to sanitise the facts. There was a distinction between Wächter and the system, between the individual and the group. “I know that the whole system was criminal”, Horst says, “and that he was part of it, but I don’t think he was a criminal. He didn’t act like a criminal.

The answer was bemusing, but I understood the reluctance. He was not alone in Austria. (After my first visit to Horst, I had collected my 15-year-old daughter at the airport, and in response to my inquiry as to which museum she might want to visit, she suggested the Museum of the Anschluss. There is of course no such place, and we made do with a single room at the small, private Third Man Museum – named after the classic film – which rather impressively tries to make up for the state’s unwillingness to confront its own past.)

The more I pushed, the more Horst insisted on varnished truth. Wächter was a father. He saved Jews. He had responsibilities to others. He followed orders and an oath (to Hitler). He had to provide for the family. He was an idealist. He was honourable. He believed the system could be improved. In a court these arguments would be hopeless. Yet Horst maintained that Wächter was “very much against the criminal system” even if hard put to offer any convincing examples.

Could his father have walked away from Lemberg and the murderous operations his administration oversaw ?

No, after 1934 he had no chance to leave it. He had an idealistic idea of a better system.

If there had been a chance to walk away in August 1942, before the “Great Aktion”, would he have taken it ?


There was no chance to leave the system”, Horst said quietly.

The US Justice Department documents said otherwise, and to these we turned. Horst had seen plenty of evidence tying his father to those times, but he had managed to find a way to rationalise the material, which was merely “unpleasant” or “tragic”. Now I showed him new material. He took each document and read it carefully, head lowered, eyes intent.

The first document was a note of a meeting held in Lemberg on January 10 1942, shortly before Wächter arrived in the city. It was entitled “Deportation of Jews from Lemberg”, ostensibly the removal of the economically unproductive to the countryside. The reality was a one-way trip to Belzec concentration camp and the gas chambers, in late March 1942. “If feasible, the term ‘resettlement’ is to be avoided”, the note said.

The second document was an order of March 13 1942, actually signed by Wächter. Intended to restrict the employment of Jews throughout Galicia, it was issued two days before the first ghetto operation (March 15), and took effect the day after the transfers to Belzec (April 1). It cut off access to the gentile world for working Jews, making them more vulnerable to later Aktions. Horst’s improbable reaction ? His father acted against the order, he employed Jews in his own household.

How did he feel reading his father’s signature on such a document, in black and white ?

He paused, then suggested that Wächter must have known what this would mean. “He was helplessly involved.

Helplessly ? He could have left, I said. Horst’s answer floored me.

He knew that if he left Lemberg, they would put some brutalists there, instead of him.

More brutal than killing every Jew ?

Horst is unable to offer an answer.

We proceeded to the third, devastating document. It was a short memorandum from Heinrich Himmler to Dr Stuckart, the Reich minister of the interior in Berlin, on Wächter’s future. It was dated August 25 1942, the last day of the Great Aktion that had begun on the 10th.

I recently was in Lemberg and had a very plain talk with the governor, SS-Brigadeführer Dr. Wächter. I openly asked him whether he wants to go to Vienna, because I would have considered it a mistake, while there, not to have asked this question that I am well aware of. Wächter does not want to go to Vienna.

Himmler had spoken with Wächter about his future career. What transpired was unclear, but Himmler offered him a chance to return to Vienna. This was declined, no doubt, as a career-killing move. Himmler ended with an additional thought :

It now remains to be seen how Wächter will conduct himself in the General government as Governor of Galicia, following our talk.

Wächter must have conducted himself well, as he finished the job and stayed on in Lemberg for two more years.

The context was important. Himmler met Wächter in Lemberg on August 17, and by the time he wrote to Stuckart the operation to remove 40,000 Jews to Belzec was under way. Among them were the parents and siblings of Hersch Lauterpacht and, apparently, Simon Wiesenthal’s mother. As civilian leader, Wächter supported the operation.

The document offered no ambiguity, or escape.

Horst stared at it, without expression. If his father stood before him, what would he say ?

I don’t really know”, Horst said. “It’s very difficult … Maybe I wouldn’t ask him anything at all.

A silence hung around the large, magnificent room. After a while it was punctured by Horst offering an exonerating thought : his father had simply been overwhelmed by the situation, by its inevitability and catastrophic proportion, by the orders and their immediacy.

Nothing was inevitable, I said. Not the signature, not the oversight. He could have left. There was another long silence, the sound of snow. Faced with such a document, could he still not condemn his father ? Was it love, or something else?

I cannot say I love my father”, Horst said. “I love my grandfather.” He looked towards the portrait of the old military man.

I have a responsibility for my father in some way, to see what really happened, to tell the truth, and to do what I can do for him.

He paused.

I have to find some positive aspect.

This family past had damaged him, he knew that, but it was his father’s “gift”. It had brought him to the schloss, he explained, which he hoped to restore. The gulf between that great project and the small, cold, uncomfortable space he occupied inside of himself seemed very great.

It was impossible to comprehend, yet I felt an unexpected sadness, not anger. By failing to condemn, was he not perpetuating the wrongs of the father ?

No”, he said bluntly. Yet friendly, warm, talkative Horst offered nothing more. He simply could not bring himself to condemn. It was the fault of Frank’s Government General, of the SS, of Himmler. But not of Otto von Wächter.

We had reached the end, and then he said :

I agree with you that he was completely in the system.

A crack.

Indirectly he was responsible for everything that happened in Lemberg.”

Indirectly ?

Horst was silent for the longest moment. I noticed his eyes were moist.


Philippe Sands is a writer and barrister who teaches international law at University College London. This article is drawn from research for a book on the origins of international crime, to be published by Alfred A. Knopf Copyright The Financial Times Limited 2018. All rights reserved.

Et maintenant, le second article :

Quand un fils ne peut admettre les crimes de son père


Dans le film Un héritage nazi, l’amour d’un fils est éprouvé par les preuves accablantes de la participation du père à des meurtres de masse

Par URIEL HEILMAN
2 mai 2015, 13:47


New York (JTA) – Difficile de ne pas s’émouvoir en regardant Un héritage nazi : Ce que nos pères ont fait.

Mais contrairement aux nombreux documentaires sur l’Holocauste, ces sentiments ne sont pas une immense tristesse, c’est plus de l’exaspération et de la colère.

Dans le film, dont la première aura lieu ce mois-ci au Tribeca Film Festival de New York, l’avocat juif britannique Philippe Sands raconte l’histoire de deux hommes, tous deux enfants de nazis de haut rang.

Niklas Frank est le fils de Hans Frank, avocat d’Hitler et gouverneur général de la Pologne occupée. Frank (le père) a été pendu en 1946 après avoir été reconnu coupable au procès de Nuremberg pour complicité dans l’assassinat de 3 millions de Juifs de Pologne.

Horst von Wächter est le fils d’Otto von Wächter, un Autrichien qui était gouverneur nazi de la Galicie, à Lemberg (aujourd’hui Lviv, Ukraine) et est mort en 1949, alors qu’il se cachait sous la protection du Vatican.

Frank, auteur et journaliste, est connu en Allemagne pour son best-seller controversé de 1987 Le Père : un règlement de comptes, qui détaille son dégoût pour l’homme qui devint célèbre sous le nom de « Boucher de Pologne ». Dans son portefeuille, Frank conserve une photo du cadavre de son père prise juste après sa pendaison.

En revanche, Wächter tient son propre père en haute estime, refusant de reconnaître son rôle dans l’assassinat de masse des Juifs, alors même que Sands lui présente des preuves de plus en plus claires et troublantes.

Sands, dont le grand-père Leon Buchholz vivait dans la zone commandée par Wächter et Frank, et qui a perdu la majorité de sa famille pendant l’Holocauste, raconte l’histoire de l’amour d’un fils pour son père qui entre en collision avec les faits immuables de l’Histoire.

Frank et Wächter – qui se connaissaient enfants et sont restés amis depuis – sont tous deux nés en 1939. Wächter décrit une enfance idyllique brisée par la défaite de l’Allemagne en 1945. Chez lui, il montre à Sands un album de photos de famille qui mêle des clichés de sorties en famille à des photos de son père et de ses collègues nazis – dont Heinrich Himmler, le commandant militaire SS. Sous une autre photo, il est griffonné « AH » – pour Adolf Hitler.

« J’étais transporté 70 ans en arrière, dans le cœur d’un régime épouvantable, mais Horst regardait ces images avec un œil différent du mien», raconte Sands. « Je vois un homme qui a probablement été responsable de la mort de dizaines de milliers de Juifs et de Polonais. Horst regarde les mêmes photographies et voit un père bien-aimé jouer avec des enfants et il pense à la vie de famille. »

En revanche, les souvenirs qu’a Frank de ses parents sont souvent amers. Leur mariage fut sans amour et son père voulait divorcer. Mais la mère de Frank a fait appel à Hitler, qui a interdit le divorce jusqu’après la guerre. Hans Frank a obéi.

Frank se rappelle avoir visité enfant le ghetto de Cracovie avec sa mère qui allait y « faire du shopping » de fourrures, parce qu’elle savait que les Juifs ne pouvaient refuser le prix qu’elle déciderait. Frank est impitoyable sur son père.

Le film entremêle des entretiens avec Frank et Wächter à des vidéos et des photos de la guerre. Certains des documents d’archives sont étonnants, y compris des images d’Hitler et d’autres dignitaires nazis. Sands se rend avec Frank à la cellule de Nuremberg où son père était détenu jusqu’à son exécution. Les trois hommes visitent les vestiges de la synagogue où la famille Sands a probablement passé son dernier Shabbat, avant que les nazis ne la réduise en poussière sous le commandement du père de Wachter.

Tout au long du film, Wächter ne peut se résoudre à reconnaître les crimes de son père, offrant une excuse après l’autre et en se fondant sur de vagues généralités pour réfuter la preuve de sa responsabilité dans la mort de dizaines de milliers de Juifs.

Pour nous, les faits sont irréfutables. Otto von Wächter a créé le ghetto juif de Lviv, alors Lemberg. Il a dirigé le transport qui a envoyé les Juifs dans des camps de concentration. Il a refusé l’offre de Himmler de retourner à Vienne, sa ville natale, choisissant de rester sur place et de faire consciencieusement son travail.

Pour Wächter, tout cela ne suffit pas à ébranler sa conviction que son père était un homme bon qui n’a joué qu’un petit rôle dans le régime nazi.

Plusieurs scènes charnières marquent le film. Dans chacune, tout est mis en œuvre pour que Wächter admette les crimes de son père. Dans l’une, une discussion entre Sands, Frank et Wächter, Wächter est pris à partie pour son admiration sans vergogne de son père. Wächter se tortille sur son siège, mais tient bon.


Dans une autre, les trois hommes visitent une salle, à Lviv, où le père de Frank a annoncé en 1942 la mise en œuvre de la Solution finale, félicitant le père de Wächter pour son travail. Un mois après ce discours, 75 000 Juifs locaux avaient été assassinés.

Dans une troisième scène, les trois hommes visitent le site d’une tuerie en Galicie, où environ 3 500 Juifs ont été fusillés par les nazis, dont les membres de la famille de Sands. Wächter erre, résistant obstinément à tous les efforts pour lui faire admettre la culpabilité de son père.

Le film a ses défauts. On ne nous dit pratiquement rien sur Frank et Wächter en dehors de la guerre, ce qu’ils font dans la vie, ou quoi que ce soit à propos de leurs conjoints ou enfants. Mais ces lacunes sont pardonnables.

Vers la fin du film, les trois hommes assistent à une cérémonie commémorative pour les nationalistes ukrainiens qui ont combattu les Soviétiques pendant la Seconde Guerre mondiale. Ils parlent avec un homme d’âge moyen qui porte une croix gammée autour de son cou et leur dit qu’il est fier de l’action de sa division.

Puis ils rencontrent un vétéran de la Seconde Guerre mondiale. Quand l’homme apprend qui était le père de Wächter, il serre la main du fils avec enthousiasme, lui disant que son père était un homme bien.

Wächter, affligé tout au long du film, semble enfin à l’aise. Et sourit.

Et enfin, un peu plus anecdotique, ce troisième article-ci :

Son of Nazi governor returns art stolen from Poland during second world war


Handover marks key moment in Poland’s long effort to regain its lost treasure, amid hopes other descendants of Nazi art thieves will follow example

Uki Goñi
Sun 26 Feb 2017 12.40 GMTFirst published on Sun 26 Feb 2017 10.00 GMT

In December 1939 a Viennese woman with chestnut brown hair walked triumphantly into the National Museum in Kraków.

Charlotte Wächter’s husband was the recently appointed Nazi governor of Kraków : SS Gruppenführer Otto Wächter ; she was decorating the new headquarters that he had established at the city’s Potocki Palace – and in the process, she looted every department of the museum.

According to a Polish government assessment from 1946, Frau Wächter took “the most exquisite paintings and the most beautiful items of antique furniture, militaria, etc, despite the fact that the director of the museum had warned her against taking masterpieces for this purpose”.

An estimated half a million art objects were plundered from Poland by the occupying Nazi and Soviet forces during the second world war.

Poland’s ministry of culture still keeps a vigilant watch for any that may turn up on the international art circuit. Unable to force their current holders to return them, Poland often finds itself having to buy the works at auction – sometimes from the descendants of those who stole them.

But Sunday marked a key moment in Poland’s decades-long effort to regain its looted treasure, one that hopefully will set an example for other descendants of Nazi art thieves.

Horst Wächter, the fourth of the SS general’s six children, has spent years trying to return a painting taken by his parents from the Potocki Palace. On Sunday, he attended a ceremony in Kraków at which three stolen works were returned to the Polish government.

This is probably the first time that the member of a family of one of the most important Nazi occupiers is giving back art that was stolen from Poland during the war”, said Ryszard Czarnecki, a vice-president of the European parliament and a member of the Polish Law and Justice party.

Wächter, 78, returned three works that his mother stole:  a painting of the Potocki Palace, a map of 17th-century Poland, and an engraving of Kraków during the Renaissance.

The small painting by countess Julia Potocka (1818-1895) depicts Artur Potocki bidding farewell from the balcony of the Potocki Palace to relatives who are departing in horse-drawn carriages burdened with heavy luggage.

My mother liked it very much” said Wächter. “The painting always hung in the rooms she inhabited. She took the painting out of the Potocki Palace – which was my father’s office – to Austria where she furnished the house we were living in during the war.

An attempt some years ago to return the painting to the Potocki family – the prominent Polish noble family whose Kraków residence Otto Wächter usurped during the war – did not go well.

The Potockis “did not want to have anything to do with me as the son of a Nazi”, said Wächter in an email from Schloss Haggenberg, the 17th-century castle where he resides in Austria.


About 68,000 Jews were expelled from Kraków in 1940 on the orders of Wächter, who the next year created the Kraków ghetto for the 15,000 Jews who remained. Killings under his orders continued when Hitler transferred him to become governor of Galicia in the Ukraine in 1942.

Seventy-five years later, the Wächter surname still rings alarm bells in Poland.

The delicate task of negotiating the return of the painting was finally taken on by Magdalena Ogórek, a Polish politician and historian who had conducted a series of interviews with Horst Wächter for a book she is writing about his father.

Ogórek had spotted the 17th-century map of Kraków in a photograph accompanying an article about Wächter in the Financial Times. When she asked Wächter about it, he admitted that his mother had stolen it, along with the other works.

I have to admit that I did not have to convince Horst to return it, he wanted to return it” says Ogórek, who also attended the handover ceremony on Sunday.

The hard part turned out to be convincing officials in Poland to negotiate with the son of such a notorious Nazi criminal. “Polish officials are reluctant to have contact with the children of Nazis, but I convinced them that our obligation was to do everything we could to return this painting to the city of Kraków.

Wächter says he returned the art works to honour the memory of his mother, who died in 1985. “I am not especially proud of my deeds,” he said. “I do not return the objects for me, but for the sake of my mother.

In a 2015 documentary My Nazi legacy, Wächter admitted to the British lawyer and author Philippe Sands that his mother was “proud” to be a Nazi. “She was convinced that my father was right and did the right things. She never spoke one word bad about him.”

Despite his clear-eyed approach to the looted artworks, Wächter maintains that his father was an unwilling cog in the Nazi killing machine, a position that has won him many critics. “My father became doomed and murdered for something he never planned and executed himself” Wächter said.

Otto Wächter died under mysterious circumstances in Rome in 1949 while waiting to escape to Argentina, where many other Nazis had already found safe refuge. He was administered the last rites by Austrian bishop Alois Hudal, one of the main churchmen involved in rescuing Nazis from Allied justice.

Ogórek believes Wächter may have been murdered in Rome. “I have discovered a Hudal document in the Vatican secret archives that shows he could have been poisoned”, says Ogórek.


Another question is how many other works of looted art might still be in the hands of families of other Nazi officers.

I hope that the return of this painting will encourage other families in possession of looted art to return them instead of trying to sell them at auction”, said Czarnecki.

As the son of a Nazi war criminal, it is perhaps unsurprising that Horst Wächter has a dim view of humanity, one which he says is confirmed by the rise of populist and racist movements across the Europe and the US.

In difficult times there have always been leaders who convince their followers that the others – all those different from them in culture, language or faith – were responsible for their troubles and that their community has to get rid of them. The Nazi period is definitely doomed to repeat itself.

A méditer…

Ce jeudi 29 mars 2018, Titus Curiosus – Francis Lippa

Deux lectures à venir : « Felix Austria » & « Retour à Lemberg »

12fév

Parmi les livres qui m’attendent,

Felix Austria, de l’ukrainienne Sofia Andrukhovych, aux Editions Noir sur blanc,

et Retour à Lemberg, de l’anglais Philippe Sands :

deux livres qui ont pour point commun la Galicie

_ où mon père est né (en cette ville qui s’appelait alors Stanislaus) le 11 mars 1914,  et a vécu (en cette ville qui s’appelait alors Stanislawow) jusqu’à son départ vers la France (Rouen, puis Bordeaux), pour accomplir ses études de médecine, en 1932 ;

et où se trouve aussi Lemberg (qui s’est appelé ensuite Lvov), la ville pricipale de cette Galicie, où vivaient sa grand-mère maternelle et ses oncles maternels, Sprecher.

Voici le résumé et la 4ème de couverture de Retour à Lemberg :

Résumé…Le destin de quatre hommes à Lemberg (Lviv, Lvov) avant et durant la Seconde Guerre mondiale : Leon Buchholz, grand-père de l’auteur, y passe son enfance, Hersch Lauterpacht et Raphael Lemkin y étudient le droit et inventent les concepts de crime contre l’humanité et de génocide. Tous trois sont juifs. Hans Frank, dignitaire nazi, y annonce la solution finale. Prix du meilleur livre étranger Sofitel 2017 (essai). ©Electre 2018

Quatrième de couverture

Retour à Lemberg.

Invité à donner une conférence en Ukraine dans la ville de Lviv, autrefois Lemberg, Philippe Sands, avocat international réputé, découvre une série de coïncidences historiques qui le conduiront de Lemberg à Nuremberg, des secrets de sa famille à l’histoire universelle. C’est à Lemberg que Leon Buchholz, son grand-père, passe son enfance avant de fuir, échappant ainsi à l’Holocauste qui décima sa famille ; c’est là que Hersch Lauterpacht et Raphael Lemkin, deux juristes juifs qui jouèrent un rôle déterminant lors du procès de Nuremberg et auxquels nous devons les concepts de « crime contre l’humanité » et de « génocide », étudient le droit dans l’entre-deux-guerres. C’est là enfin que Hans Frank, haut dignitaire nazi, annonce, en 1942, alors qu’il est Gouverneur général de Pologne, la mise en place de la « Solution finale » qui condamna à la mort des millions de Juifs. Parmi eux, les familles Lauterpacht, Lemkin et Buchholz. Philippe Sands transcende les genres dans cet extraordinaire témoignage où s’entrecroisent enquête palpitante et méditation profonde sur le pouvoir de la mémoire.

….

Et voici le résumé et la 4ème de couverture de Felix Austria :

Résumé

Stanislaviv _ capitale culturelle de la Galicie _ aux alentours des années 1900. Stefania, une Ukrainienne, travaille comme cuisinière chez une famille aisée. Elle observe le comportement d’Adèle, empêtrée dans une relation fusionnelle qui tourne mal. Un roman sur la fin de l’Empire austro-hongrois et son identité multiculturelle. ©Electre 2018…

Quatrième de couverture

« Quelque chose d’immense et d’insaisissable va bientôt prendre une inspiration, s’étirer doucement et se réveiller. » Felix Austria se déroule à Stanislaviv, l’actuelle Ivano-Frankivsk, autour de 1900. Nous sommes dans l’une des capitales culturelles de la Galicie, province de l’Empire d’Autriche-Hongrie. La vie de cette paisible ville des confins est vue à travers les yeux d’une jeune femme engagée comme cuisinière dans une famille aisée. Le récit explore les destins entrecroisés de Stefania et Adèle, la domestique et sa maîtresse, empêtrées dans une relation fusionnelle qui tournera mal. Dans sa transition vers la modernité, si bien décrite par Musil ou Stefan Zweig, ce monde s’avère à la fois hermétique et incroyablement divers, un brassage d’ethnies, de langues et de religions. À Stanislaviv, les habitants mènent leurs petites affaires : ils éprouvent des amours non partagées, dissimulent leurs secrets dans des armoires, se passionnent pour les sciences ou des spectacles de magie, s’amusent dans les bals et les carnavals. Cependant, malgré sa prospérité et sa stabilité apparentes, cette société porte les ferments de sa propre dissolution. Pour Sofia Andrukhovych, le mythe de la Felix Austria (« Autriche heureuse ») évoque un monde disparu, une société tolérante, prospère et multiculturelle. Une plongée dans l’Europe centrale d’avant 1914 – où l’on pressent les bouleversements du siècle à venir.


Ce lundi 12 février 2018, Titus Curiosus – Francis Lippa

 

La place du « rêve ukrainien » d’un Habsbourg, dès 1912, dans l’Histoire de notre Europe : le passionnant « Le Prince rouge _ les vies secrètes d’un archiduc de Habsbourg », de Timothy Snyder : sur les modalités de la faisabilité de l’Histoire

30déc

Ce chef d’œuvre

_ monumental ! et indispensable !!!  ; sur cet admirable (et nécessaire) monument de l’histoire contemporaine, cf mon article chiffrage et inhumanité (et meurtre politique de masse) : l’indispensable et toujours urgent « Terres de sang _ l’Europe entre Hitler et Staline » de Timothy Snyder du 29 juillet 2012 _

qu’est Terres de sang _ L’Europe entre Hitler et Staline, de Timothy Snyder,

mettait _ en 2010, à sa parution aux États-Unis _ en très grand appétit de lecture

la parution, en traduction française, de tout autre travail disponible de cet auteur,

a fortiori quand il s’agit, à nouveau, au cœur de ces vastes « terres de sang » de l’Europe orientale,

de l’Ukraine…


Même s’il s’agit cette fois d’un travail de micro-histoire,

centré sur « les vies secrètes d’un archiduc de Habsbourg« ,

celui qui fut un temps _ en 1918 et les années qui suivirent… _ surnommé, en Ukraine, « le Prince rouge » :

Guillaume de Habsbourg-Lorraine, né à Pula (alors base navale autrichienne sur l’Adriatique, au sud-ouest de l’Istrie) le 10 février 1895, et mort à Kiev (alors soviétique) le 18 août 1948.

Et même si la première lecture je l’ai lu quatre fois _ procure un curieuse sensation de romanesque quasi échevelé,

qui se dissipe cependant ensuite : l’auteur multipliant, en brèves notes de bas-de-pages, les références aux  sources (la plupart inaccessibles en français) où sa très minutieuse recherche a puisé et sur lesquelles elle s’est fondée ; et, de fait, Guillaume a bel et bien vécu plusieurs « vies secrètes« , jouant de divers patronymes, dont, surtout et à maintes reprises, celui, ukrainien, de « Vasyl Vyshyvanyi » :

« Guillaume arriva à la gare de Lviv au début de l’après-midi du 10 septembre 1917. Sa voiture parée de fleurs était suivie d’un comité d’accueil et d’un orchestre. Il s’adressa à Sheptytsky en ukrainien et en allemand, à la grande joie des spectateurs ukrainiens et du métropolite. Sheptytsky n’avait jamais rencontré Guillaume auparavant. A présent se tenait devant lui un jeune et bel archiduc _ il a vingt-deux ans _, parlant un ukrainien correct et l’accueillant devant une foule rassemblée au nom de son souverain _ l’empereur d’Autriche Charles Ier, cousin de Guillaume. Sous l’uniforme, comme le métropolite et la foule pouvaient le voir, Guillaume portait une chemise ukrainienne brodée. « Vyshyvanyi », s’écrièrent les spectateurs, un mot ukrainien désignant ce type de broderie. Ce mot allait devenir le nom ukrainien de Guillaume. Tout d’un coup, il reçut une identité ukrainienne complète : Vasyl Vyshyvanyi« , lit-on pages 112-113.

Et selon diverses sexualités aussi :

Guilllaume fait partie des archiducs demeurés célibataires (et sans postérité), jusqu’à alimenter parfois _ cf par exemple aux pages 203 à 218 _ la chronique « scandale » des journaux ; comme en France en 1934-1935 : Le Matin (« Une Escroquerie au rétablissement des Habsbourg« , 15-12-1934), Le Populaire (« La « fiancée » de l’archiduc Guillaume de Habsbourg est en prison depuis un mois« , 15-12-1934), Le Figaro (« Les Habsbourg vont-ils rentrer en Autriche ? », 4-7-1935 ; « La Fiancée d’un prétendant au trône d’Autriche« , 28-7-1935 ; « Une Lettre de l’archiduc Guillaume de Habsbourg-Lorraine« , 13-8-1935), L’Œuvre (« L’Archiduc de Habsbourg-Lorraine est condamné par défaut à cinq ans de prison« , 28-7-1935), Le Journal (« Il fallait d’abord faire manger le prince« , 28-7-1935)…

Mais au-delà de la biographie singulière de ce Guillaume de Habsbourg-Lorraine-ci,

c’est d’une biographie familiale, en fait, qu’il s’agit,

celle d’une des branches d’archiducs _ celle des Habsbourg-Teschen _ de la famille des Habsbourg,

dont constitua la souche l’archiduc Charles-Louis d’Autriche (né à Florence, le 5 septembre 1771 _ son père, avant de succéder à son frère Joseph II sur le trône impérial, en 1790, était alors Grand-duc de Toscane _, et mort à Vienne, le 30 avril 1847), archiduc d’Autriche, duc de Teschen, grand maître de l’ordre Teutonique de 1801 à 1805,

troisième fils de Léopold II (1747-1792), d’abord grand-duc de Toscane, puis empereur du Saint-Empire en 1790 au décès de son frère l’empereur Joseph II (1741-1790), le fils aîné de l’empereur François Ier de Lorraine et de l’impératrice Marie-Thérèse _ ;

et de son épouse Marie-Louise de Bourbon (1745-1792), infante d’Espagne, et fille du roi Charles III _ Charles III, qui lui-même avant de devenir roi d’Espagne (suite au décès de son demi frère Ferdinand VI) de 1759 à sa mort en 1788, avait été, à Naples, de 1735 à 1759, roi du royaume des Deux-Siciles, créé pour lui par son père Philippe V, lors du rétablissement, en 1735, des Bourbon à Naples, aux dépens des Habsbourg : par reconquête ; l’histoire de Naples est, elle aussi, passionnante, en ses rebondissements…

Mais les Habsbourg et les Bourbon cousinaient aussi : depuis le double mariage, le 18 octobre 1615, de Louis XIII avec l’infante Anne d’Autriche, et de sa sœur la princesse Elisabeth de Bourbon avec l’infant Philippe, le futur Philippe IV, avec échange des princesses à l’île des Faisans le 9 novembre 1615 ; cf aussi le travail de l’excellente Chantal Thomas, sur un autre de ces échanges de princesses à l’Île des Faisans, en 1722, cette fois : L’Échange des princesses_ ;

 

mais aussi fils adoptif de sa tante l’archiduchesse Marie-Christine d’Autriche (1742-1798) et de son époux Albert de Saxe (1738-1822), qui n’avaient pas pu avoir d’enfant _ Albert de Saxe-Teschen est le fondateur de la très importante et très prestigieuse collection d’art de l’Albertina, à Vienne…

L’archiduc Charles-Louis d’Autriche-Teschen _ né en 1771 _ est en effet le frère de François Ier (1768-1835), empereur d’Autriche (ou François II du Saint Empire) au décès leur père Léopold , en 1792 ; et de Ferdinand III (1769-1824), grand-duc de Toscane à partir de 1790.

Charles-Louis était ainsi le troisième fis de l’empereur Léopold II, lui-même second fils, après son frère l’empereur Joseph II (1741-1790), de l’empereur François Ier de Lorraine (1708-1765) et de l’impératrice Marie-Thérèse (1717-1780), les fondateurs de la dynastie des Habsbourg-Lorraine :

l’empereur Charles VI (1685-1740) _ lui-même frère cadet de l’empereur Joseph Ier (1678-1711), qui était mort sans descendance masculine _, lui-même encore sans descendance (ni masculine, ni féminine), ayant imposé par la Pragmatique sanction, en 1713 _ Pragmatique sanction qu’il parvint à faire ratifier par ses États généraux ainsi que par le concert des puissances étrangères en 1725 _, que lui succèdent sur le trône d’Autriche en priorité ses enfants à venir, et cela quel que soit leur sexe _ en l’occurrence, Léopold (1716-1716), Marie-Thérèse (1717-1780), Marie-Anne (1718-1844), Marie-Amélie (1724-1730) _, plutôt que les filles de son frère aîné, le défunt empereur Joseph Ier (1678-1711) : Marie-Josèphe (1699-1757), qui épousa en 1719 Frédéric-Auguste, électeur de Saxe, puis roi de Pologne (1696-1763) ; et Marie-Amélie (1701-1756), qui épousa en 1722 Charles-Albert, électeur de Bavière (1697-1763).

Et le 12 février 1736, la fille ainée de Charles VI, Marie-Thérèse, épousa son promis de très longue date, François-Étienne de Lorraine _ prince élevé à Vienne, à partir de 1724, à la fin toute spéciale, en effet d’épouser la fille aînée de Charles IV… Et le frère cadet de François-Étienne, le prince Charles-Alexandre de Lorraine (1712-1780), présent à Vienne, lui, à partir de 1735, épousera le 7 janvier 1744 la sœur cadette de Marie-Thérèse, Marie-Anne (1718-1744), qui meurt au mois de décembre 1744 des suites de sa première couche ; de même que meurt son bébé… En 1735, afin de faciliter l’acceptation de ce mariage de Marie-Thérèse et de François, et de ses conséquences pour l’équilibre européen, la dynastie de Lorraine consent à procéder à l’échange de son duché de Lorraine, au profit de Stanislas Leszczyński (et à terme de la France : à la mort de Stanislas…), avec le grand-duché de Toscane, à la mort du dernier des Médicis, Jean-Gaston (qui allait mourir sans descendance le 9 juillet 1737) : cet échange territorial, négocié en secret dès 1735 et effectif l’été 1737, est formalisé par le traité de Vienne en 1738… L’art de la diplomatie et des mariages était une spécialité des Habsbourg…

Bien qu’épileptique _ il y avait d’assez nombreux mariages consanguins parmi les Habsbourg, de même que parmi les Bourbon ; je reviens ici à la branche des Habsbourg-Teschen… _,

l’archiduc Charles-Louis fut très admiré en tant que commandant et réformateur de l’armée autrichienne, au cours des guerres napoléoniennes.

Et grâce à une sagace décision de son père le futur empereur Léopold II,

Charles-Louis, le troisième des fils de Léopold _ alors Grand-Duc de Toscane _,

fut adopté et élevé _ d’abord à Vienne, puis, ensuite à partir de 1780, au décès de son oncle l’archiduc Charles-Alexandre de Lorraine (1712-1780), qui était gouverneur général des Pays-Bas autrichiens, à Bruxelles _,

par sa tante Marie Christine d’Autriche (1742-1798) _ la fille préférée de l’impératrice Marie-Thérèse _ et son mari Albert de Saxe-Teschen (1738-1822) _ le quatrième des fils du roi de Pologne et électeur de Saxe, Auguste III (1696-1763) et de son épouse Marie-Josèphe d’Autriche (1699-1757) _,

tous deux, Marie-Christine et Albert-Casimir, étant demeurés sans enfant

et étant gouverneurs des Pays-Bas de 1780 à 1793 _ à Bruxelles, ces derniers avaient succédé comme gouverneurs des Pays-Bas, au frère de François et doublement beau-frère de Marie-Thérèse, Charles-Alexandre de Lorraine, puisque celui-ci avait épousé l’archiduchesse Marie-Anne d’Autriche, la sœur cadette de l’impératrice Marie-Thérèse…

À la mort de son oncle _ et donc père adoptif _ Albert de Saxe-Teschen, en 1822,

l’archiduc Charles-Louis hérite ainsi du duché de Teschen _ ce qui demeurait à l’Autriche de la Silésie, perdue en 1748 au profit du roi Frédéric II (et de la Prusse), au terme de la guerre de succession d’Autriche ; et limitrophe de la Galicie polono-autrichienne : un élément important de la saga de cette branche des Habsbourg-Teschen ; dont les châteaux familiaux, le château-vieux et le château-neuf, se trouvent à Zywiec (en allemand Saybusch), à l’est de Teschen (en polonais Cieszyn).

En 1722, le duché de Teschen avait été donné en cadeau personnel par l’empereur Charles VI, père de Marie-Thérèse, à son cousin et proche ami le duc de Lorraine Léopold Ier (1679-1729), père de François de Lorraine ; la mère de Léopold Ier était en effet Eléonore d’Autriche (1653-1697), elle-même quatrième fille de l’empereur Ferdinand III (1608-1657), et sœur de l’empereur Léopold Ier (1640-1705).

Puis, par le mariage, le 12 février 1736, du fils aîné du duc de Lorraine Léopold Ier, François,

avec la fille de Charles VI, Marie-Thérèse,

le duché de Teschen était redevenu un domaine de la couronne autrichienne.

Ensuite, après le décès de son époux l’empereur François Ier, le 18 août 1765, l’impératrice Marie-Thérèse avait, à nouveau, remis en cadeau personnel à un proche ce duché de Teschen : à son gendre Albert de Saxe, le jour de son mariage, le 9 avril 1766, avec l’archiduchesse Marie-Christine, la fille préférée de l’impératrice.

C’est ainsi que, plus tard, ce duché silésien de Teschen fut légué, à sa mort, par l’archiduc Charles-Louis, en 1847,

à son fils aîné l’archiduc Albert de Teschen (1817-1895).


Lequel, n’ayant pas eu de descendant mâle lui survivant,

le transmet, en 1895, à son neveu (lui-même fils cadet de son frère cadet l’archiduc Charles-Ferdinand, 1818-1874) et enfant adoptif, l’archiduc Charles-Étienne de Teschen (1860-1933) :

Charles-Étienne de Teschen, que Timothy Snyder nomme plus simplement Étienne.

Et dont le frère aîné Frédéric de Teschen (1856-1936) devait hériter, lui, surtout des territoires de Hongrie de leur mère, l’archiduchesse Elisabeth de Habsbourg-Hongrie (1831-1903), une personnalité importante, sur laquelle Timothy Snyder n’attarde pas ici son projecteur ; le destin de cette branche familiale (celle de Frédéric de Teschen) était donc « hongrois« , plutôt que « polonais » ! ;

et en effet le fils (unique) de Frédéric, l’archiduc Albert-François (1897-1955) sera hongrois, et proche de l’amiral Horty : après la Première Guerre mondiale, cet archiduc Albert-François, cousin de Charles-Étienne (qui choisit, lui, d’être polonais), est candidat à la couronne de Hongrie, mais l’opposition des Alliés à la restauration des Habsbourg et la division des monarchistes hongrois l’empêchent de monter sur le trône. Durant la régence de Horthy, l’archiduc Albert-François de Teschen (1897-1955) devient membre de la Chambre haute hongroise et prend la tête de différentes organisations sportives et culturelles. Partisan d’Hitler, le dernier duc de Teschen quitte la Hongrie à la fin de la Deuxième Guerre mondiale et s’installe en Argentine

Fin ici de l’incise hongroise ;

et retour à la branche polonaise ; cf page 55 :

« En 1994 et 1895, alors que Marie-Thérèse _ de Habsbourg-Toscane _ était enceinte de Guillaume _ le dernier de ses six enfants _, Étienne savait que sa destinée était sur le point de rejoindre celle de la Pologne. Albert _ duc de Teschen, son oncle et père adoptif _ était mourant. À sa mort _ le 18 février 1995 _, qui suivit de huit jours la naissance de Guillaume _ le 10 février  _, Étienne _ et pas son frère aîné Frédéric, faut-il déduire… : mais Timothy Snyder n’en dit rien ! _ hérita des domaines de Galicie. Il savait qu’il était l’archiduc le mieux placé _ mieux que son frère aîné l’archiduc Frédéric, donc : promis, lui, à un destin hongrois… _ pour régler la question polonaise, qui, après la question des Balkans, était le problème national le plus urgent dans l’Europe du moment« … 

Marié tardivement, en 1815 _ il a quarante-quatre ans _, l’archiduc Charles-Louis d’Autriche-Teschen _ je reviens donc à lui _ aura, outre deux filles, cinq fils :

l’archiduc Albert de Teschen (1817-1895) _ qui demeurera sans postérité masculine _,

l’archiduc Charles-Ferdinand d’Autriche-Teschen (1818-1874) _ le père de l’archiduc Charles-Étienne (1860-1933), lui-même époux, en 1854, de l’archiduchesse Élisabeth de Habsbourg-Hongrie (1831-1903), et grand-père de l’archiduc Guillaume (1895-1948), notre « Prince rouge«  _,

l’archiduc Frédéric-Ferdinand (1821-1847) _ célibataire et sans postérité _

et l’archiduc Guillaume-François d’Autriche (1827-1894) _ célibataire et sans postérité, lui aussi.

Quant à l’archiduc Charles-Ferdinand d’Autriche et duc de Teschen _ auquel son frère aîné l’archiduc Albert, sur ordre de l’archiduchesse Sophie, la mère toute-puissante de l’empereur François-Joseph Ier, fera épouser le 18 septembre 1854 la princesse Élisabeth de Habsbourg-Hongrie (1831- 1903), pour éviter que celle-ci épouse l’empereur ; l’empereur François-Joseph Ier épousera Élisabeth de Wittelsbach, « Sissi« , le 24 avril 1854… _,

il aura, lui, de son épouse Elisabeth de Habsbourg-Hongrie (1831-1903),

quatre enfants :

l’archiduc Frédéric d’Autriche et duc de Teschen (1856-1936),

Marie-Christine d’Autriche (1858-1929), qui épousera Alphonse XII d’Espagne (1857-1885), et qui  sera la mère du roi Alphonse XIII ;

l’archiduc Charles-Étienne d’Autriche-Teschen (1860-1933) _ personnage crucial de la saga du « Prince rouge« , Guillaume, dont l’amiral Charles-Étienne est le père ;

les frères et sœurs de Guillaume sont : Éléonore (1886-1974), Renée (1888-1935), Charles-Albert (1888-1951), Mathilde (1891-1966) et Léon-Charles (1893-1939) ; Guillaume, le futur « Prince rouge«  d’Ukraine (1895-1945) est ainsi le plus jeune des six enfants de l’archiduc Charles-Étienne de Teschen et de son épouse l’archiduchesse Marie-Thérèse de Habsbourg-Toscane (1862-1933) _ ;

et l’archiduc Eugène d’Autriche-Teschen (1863-1954) _ connu, lui, pour sa chasteté ; et qui protégera un temps, à son retour en Autriche, son neveu Guillaume, à la mi-juin 1935, à Vienne.

En ce passionnant Prince rouge _ les vies secrètes d’un archiduc de Habsbourg, et pages 12-13 du Prologue,

Timothy Snyder fait débuter la focalisation sur cette branche des Habsbourg-Teschen

par l’énoncé de ce qu’il nomme « l’axiome » de l’archiduc (et amiral) Étienne :

les archiducs de Habsbourg-Teschen Albert (Charles-Albert, 1888-1951) et Guillaume (1895-1948) _ c’est sur eux deux principalement que Timothy Snyder se centre au long de son enquête _

« étaient nés à la fin du XIXe siècle et avaient atteint leur majorité dans un âge d’empires.

À l’époque, leur famille _ celle des Habsbourg-Lorraine _ était toujours à la tête de la monarchie autrichienne, la plus ancienne et la plus glorieuse entre toutes.

S’étendant des monts d’Ukraine _ c’est-à-dire les Carpates de Silésie ou Beskides _, au nord, jusqu’aux eaux chaudes de l’Adriatique _ l’Istrie et toute la Dalmatie croate _, au sud,

elle embrassait une douzaine de peuples sur lesquels elle régnait sans interruption depuis six cents ans _ le fief originaire des Habsbourg se trouve dans la Suisse du nord-ouest, dans le canton d’Argovie.

Le colonel ukrainien et le colonel polonais, Guillaume et Albert _ ainsi que leur frère Léon : Léon-Charles-Marie-Cyrille-Méthode (1893-1939), qui était promis, lui, à un destin balkanique, mais qui venait de mourir de tuberculose, dans un sanatorium près de Vienne, le 28 avril 1939, peu avant le déclenchement de la seconde guerre mondiale _, avaient été élevés _ par leur père Étienne _ pour préserver et agrandir l’empire familial _ des Habsbourg _ dans une ère de nationalismes  _ dès 1815 et l’Europe du congrès de Vienne, et Metternich…

Ils devaient devenir des princes polonais et ukrainiens loyaux à l’égard de la monarchie et subordonnés à l’empereur _ en l’occurrence François-Joseph Ier, empereur régnant depuis 1848 : il mourra le 21 novembre 1916. 

Ce « nationalisme monarchique » était une idée de leur père Étienne.

C’est lui qui, délaissant le cosmopolitisme traditionnel de la famille impériale

pour se faire _ spécifiquement _ polonais _ et on ne peut plus effectivement : au moment de son installation au château de Zywiec (en allemand Saybusch) en 1907, au cœur des territoires du duché de Teschen (en polonais Cieszyn), dont ses frères Frédéric et Eugène et lui avaient hérité des territoires, au décès, le 18 février 1895, de leur oncle et père adoptif l’archiduc Albert de Teschen : celui-ci, après le décès de leur père, l’archiduc Charles-Ferdinand, le 20 novembre 1874, les avait en effet adoptés… _,

avait espéré devenir régent, ou prince, de Pologne _ de même que son frère aîné Frédéric, régent, ou prince, de Hongrie.

Albert, le fis aîné _ d’Étienne _, se voulait _ et sera, jusqu’au bout, en son attachement viscéral à la Pologne _ son fidèle héritier.

Guillaume, le cadet et rebelle, choisit _ lui _ une autre nation _ c’est-à-dire la nation ukrainienne, au lieu de la nation polonaise _,

mais les deux fils _ l’autre fils, Léon-Charles-Marie-Cyrille-Méthode, promis, lui, à un destin balkanique, meurt de tuberculose en avril 1939 _ adoptèrent l’axiome de leur père :

si le nationalisme est inéluctable, la destruction des empires, elle, ne l’est pas.

Faire un État de chaque nation ne libérerait pas pour autant les minorités nationales.

Au contraire, se figurait-il, cela ferait de l’Europe un assemblage sommaire d’États faibles dépendant de plus forts qu’eux pour survivre.

Les Européens, croyait Étienne, se porteraient mieux s’ils pouvaient concilier leurs aspirations nationales avec une allégeance supérieure à un empire _ en l’occurrence la monarchie des Habsbourg.

Dans une Europe imparfaite, celle-ci offrait la meilleure scène (!) possible pour abriter (!!) les drames (!!!) nationaux _ la traduction non plus n’est hélas pas parfaite ! Mais que font les relecteurs ?

Laissons les politiques nationales s’opérer, pensait Étienne, à l’intérieur des doux confins d’un empire tolérant, doté d’une presse libre et d’un Parlement« .

Et c’est ainsi que « Guillaume devint le Habsbourg ukrainien« , énonce Timothy Snyder page 13.

« Il apprit la langue, commanda des unités ukrainiennes pendant la guerre _ de 14-18 _ et s’attacha étroitement à sa nation élue _ la nation ukrainienne, donc.

Une opportunité sembla s’offrir à lui quand la Révolution bolchévique mit à bas l’empire russe en 1917 _ Guillaume avait alors vingt-deux ans _,

ouvrant l’Ukraine à la conquête.

Envoyé par l’empereur des Habsbourg _ le nouvel empereur (depuis le 21 novembre 1916, à la mort de François-Joseph), Charles Ier d’Autriche (1887-1922) ; lequel est doublement le cousin de Guillaume : et par la mère de Guillaume,  Marie-Thérèse de Habsbourg-Toscane (1962-1933), et par le père de celui-ci, Charles-Étienne de Habsbourg-Teschen (1860-1933), tous deux descendants de l’empereur  _

dans la steppe ukrainienne en 1918,

Guillaume s’efforça _ en particulier à la Sitch _ de susciter une conscience nationale parmi la paysannerie

et d’aider les pauvres à conserver les terres qu’ils avaient prises aux riches.

Il devint une légende à travers tout le pays : le Habsbourg qui parlait l’ukrainien,

l’archiduc qui aimait le peuple,

le « Prince rouge » ».

En ce mois de novembre 2013 de sa parution en traduction française

_ hélas bien peu soignée ! cette traduction d’Olivier Salvatori : à comparer avec l’excellence de la traduction de Terres de sang _ L’Europe entre Hitler et Staline, par les soins de l’infatigable Pierre-Emmanuel Dauzat, en avril 2012 ; l’édition originale était parue, elle, le 28 octobre 2010 aux Éditions Basic Books, aux États-Unis ; certains passages du Prince rouge sont même carrément incohérents et incompréhensibles ! :

ainsi, par exemple, aux pages 115-116, à propos de « deux exigences«  des diplomates ukrainiens, en janvier et février 1918, à propos des diverses républiques ou principautés ukrainiennes qui aspiraient à la reconnaissance :

« la première (de ces exigences) était que leur État indépendant ukrainien inclût une certaine région occidentale que les Polonais (de leur côté !) considéraient comme leur. La seconde était que la monarchie des Habsbourg reconnaisse (en leur empire) une province ukrainienne séparée (…) ; et « le 9 février 1918, l’Allemagne, les Habsbourg et les diplomates ukrainiens signèrent un accord connu sous le nom de « paix du pain ». L’Allemagne et la monarchie des Habsbourg étaient d’accord pour reconnaître la république ukrainienne (prise à la Russie), et la monarchie des Habsbourg, dans un protocole secret, promettait de créer un domaine royal ukrainien constitué de la Galicie orientale et de la Bucovine » : comment s’y retrouver ?.. ;

ou page 52, à propos de deux Mathilde de Habsbourg-Teschen, non assez clairement distinguées : Mathilde, la troisième fille du neveu, Charles-Albert (et plus jeune sœur de Guillaume, donc), née en 1891, et Mathilde, la seconde fille de l’oncle, Albert de Teschen, morte brûlée vive en 1867 « alors qu’elle essayait d’allumer une cigarette à son père«  _

en ce mois de novembre 2013 de sa parution en traduction française aux Éditions Gallimard, l’original étant paru en 2008, toujours aux Éditions Basic Books,

l’actualité ukrainienne de ce travail légèrement antérieur, donc, de Timothy Snyder qu’est Le Prince rouge _ les vies secrètes d’un archiduc de Habsbourg,

accède tous les jours à nos oreilles et nos yeux. Cf par exemple l’article de Timothy Snyder paru dans l’édition du Monde du vendredi 20 décembre dernier : Pourquoi l’indépendance est en danger à Kiev.

Le Prince rouge _ les vies secrètes d’un archiduc de Habsbourg,

ce nouvel opus de Timothy Snyder à propos de l’Histoire de l’Ukraine,

aborde cette fois ce sujet

à travers une focalisation sur plusieurs membres de la famille des Habsbourg-Teschen,

et tout spécialement Guillaume-François-Joseph-Charles de Habsbourg-Lorraine, « l’archiduc rouge« ,

dit aussi « Vasyl Vychyvany » à partir de 1918 :

ce qui signifie « Basile le brodé«  Description de cette image, également commentée ci-après

né à Pula, en Istrie, le 10 février 1895, et décédé à Kiev le 18 août 1948.

Ici, il est nommé Guillaume.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mais aussi

son père, Charles-Étienne de Habsbourg- Teschen, archiduc d’Autriche et prince de Teschen :

né le 5 septembre 1860 à Groß Seelowitz, ou Zidlochovice (en Moravie), amiral de la flotte, et décédé le 7 avril 1933 : personnage majeur de la saga familiale.

Ici, il est nommé Étienne.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ainsi que le frère aîné de Guillaume,

Charles-Albert-Nicolas-Léon-Gratien de Habsbourg-Altenbourg

né à Pula, le 18 décembre 1888, et mort à Östervik, près de Stockholm, le 17 mars 1951.

Il est nommé ici Albert.

Ce travail-ci de Timothy Snyder à propos des péripéties _ difficiles : encore en ce passage de 2013 à 2014… _ de la réalisation-accomplissement de l’Ukraine _ pas encore pleinement advenu en ces premiers jours de 2014… _,

je le relie aussi à la question des modalités de la faisabilité de l’Histoire,

telle que la pose excellemment Christophe Bouton, dans son très remarquable Faire l’Histoire, paru cet automne, aux Éditions du Cerf ;

ouvrage que Christophe Bouton, notre collègue philosophe à l’Université Bordeaux-3, est venu présenter dans le cadre de la saison 2013-2014 de notre Société de Philosophie de Bordeaux, dans les salons Albert-Mollat, le mardi 19 novembre dernier _ cf le podcast de cette présentation.

Et cette question de l' »ukrainisation » à accomplir de l’Ukraine,

telle que, très tôt et tout au long de sa vie _ il en est mort, de mauvais traitements et de tuberculose laissé sans soins, à l’hôpital d’une prison de Kiev, le 18 août 1848 _, l’archiduc Guillaume se l’est donnée comme programme à accomplir,

se trouve au cœur de cette présentation par Timothy Snyder du « Prince rouge«  ;

cf ce passage de présentation, page 13 du Prologue :

« Guillaume devint _ à partir de 1912 et d’un séjour au cœur des Carpates, dans la montagne, à Verokhta, au sud de Stanislawow, à l’extrême sud de la Galicie _ le Habsbourg ukrainien.

Il apprit la langue, commanda des unités ukrainiennes pendant la guerre et s’attacha étroitement à sa nation élue. Une opportunité sembla s’offrir à lui quand la Révolution bolchévique mit à bas l’Empire russe en 1917, ouvrant l’Ukraine à la conquête. Envoyé par l’empereur des Habsbourg _ l’empereur Charles Ier d’Autriche, qui succéda le 21 novembre 1916 à son grand-oncle, l’empereur François-Joseph Ier _ dans la steppe ukrainienne en 1918, Guillaume s’efforça de susciter _ à partir de ses succès à la Sitch _ une conscience nationale parmi la paysannerie et d’aider les pauvres à conserver les terres prises aux riches.

Il devint une légende à travers tout le pays : le Habsbourg qui parlait l’ukrainien, l’archiduc qui aimait le peuple, le « Prince rouge » « .

Et commentant un peu plus loin (pages 14-15) en ce même Prologue

ce que Timothy Snyder qualifie de « pouvoir de définir l’individu« 

_ un pouvoir d’imagination et d’auto-création que ces Habsbourg de Teschen avaient très à cœur de se donner… _,

Timothy Snyder distingue très fortement deux regards sur les individus, les peuples et les nations de l’Histoire,

celui des nazis et des Soviétiques,

et celui des Habsbourg :

« Pour les nazis comme pour les Soviétiques,

la nation exprimait des réalités immuables _ génétiques, raciales _ situées dans le passé,

non une volonté humaine dans le présent.

Parce qu’ils exercèrent leur domination sur une si grande partie de l’Europe

et d’une façon si brutale,

cette idée de race est restée parmi nous

_ main de zombie _ idéologiquement toujours très présente _ de l’Histoire

telle qu’elle n’est _ pourtant _ pas advenue _ durablement : le IIIe Reich nazi tout comme l’Union soviétique ont disparu !

Ces Habsbourg _ les archiducs Étienne (1860-1933), Albert (1888-1951), Guillaume (1895-1948) _ avaient une notion plus vivante de l’Histoire. (…)

Ils concevaient le temps comme une éternelle _ ou plutôt permanente… _ possibilité _ c’est mal traduit !, mais l’invocation de la dimension d’éternité au sein même de l’agir parmi le jeu (toujours mouvant) des possibles est, elle, une idée (spinoziste…) très forte et très juste de Timothy Snyder ; même si son traducteur échoue ici à la rendre en un français qui soit intelligible ! _,

et la vie comme une suite de moments emplis de halos de gloire naissants,

telle une goutte de rosée attendant _ telle la survenue de l’espiègle (et terrible) petit dieu Kairos _ la caresse du soleil pour déployer son spectre de couleurs. »

Et pages 15-16, Timothy Snyder poursuit :

« Est-il important _ = grave… Cela dépend de l’échelle sur laquelle on se situe ! Et l’échelle des peuples diffère certes de l’échelle des individus et personnes… _ que la goutte de rosée finisse sous la semelle noire d’une botte ?

Ces Habsbourg _ Albert, le polonais, Guillaume, l’ukrainien _ perdirent leurs guerres _ celles de Pologne, pour Albert, celles d’Ukraine, pour Guillaume, et cela en 14-18 comme en 39-45 _,

et échouèrent à libérer leurs nations de leur vivant ;

ils furent, comme ces mêmes nations qu’ils s’étaient choisies, vaincus par les nazis et les bolcheviks _ en 1945.

Mais les régimes totalitaires qui les avaient jugés et condamnés

passèrent eux aussi.

Les horreurs des systèmes nazi et communiste empêchent _ aujourd’hui _ de considérer l’Histoire du XXe siècle comme une marche en avant vers un plus grand bien _ = un progrès.

Pour une raison similaire,

il est difficile de voir dans la chute des Habsbourg en 1918

le prélude d’une ère de libération _ le regard de Timothy Snyder rejoint ici celui de Joseph Roth : cf La Marche de Radetzky et La Crypte des Capucins

Comment dès lors parler de l’Histoire contemporaine de l’Europe ?

Peut-être ces Habsbourg,

avec leur lassitude _ le contresens du traducteur est ici absolu ! quand il s’agit d’une inlassable volonté, au contraire… _ de l’éternité

et leur vision optimiste de la couleur du temps,

ont-ils quelque chose à nous offrir« .

Car « chaque instant du passé (…) contient aussi _ parmi ses diverses graines de virtualités _ ce qui semblait impossible

et s’est avéré _ cependant, puisque bel et bien advenu ! _ possible,

comme un État ukrainien unifié,

ou une Pologne libre dans une Europe unie.

Et si c’est vrai de ces  instants du passé,

ça l’est aussi du moment présent«  _ à l’aune de ce qu’il y a, pour nous tous, à construire…

Ainsi « l’idée _ forte d’un Étienne de Habsbourg _ que le patriotisme peut se concilier avec une loyauté européenne supérieure

semble _ dorénavant _ étrangement visionnaire« ,

s’autorise à affirmer Timothy Snyder, page 16

en conclusion de l’ouverture à son livre qu’est ce Prologue.

Et là l’intuition de Timothy Snyder qui commande tout l’élan de ce livre

rejoint l’idée-force de la faisabilité de l’Histoire

et de la validité persistante de l’idée-idéal de démocratie

_ et cela, quelles que soient les scories et difficultés de ses successives réalisations jusqu’ici _,

telles que les défend l’ami Christophe Bouton dans son passionnant Faire l’Histoire...

Et quelles que soient les difficultés de la réalisation de l’idée-idéal de démocratie

dans la construction brinquebalante des institutions européennes de l’Union européenne,

en lesquelles Timothy Snyder propose, semble-t-il, de voir une sorte d’application

transposée aujourd’hui

de l’idéal pragmatique et doux de « création » de ses Habsbourg

_ cf page 57 : « les archiducs de Habsbourg devraient se recréer eux-mêmes, à l’avance, en tant que dirigeants nationaux.

Avec Étienne montrant la voie,

les princes pourraient échanger leur rôle traditionnel de commandement militaire

pour une dignité nouvelle : la création de peuples« 

Ce qui est aussi _ page 64 _ rien moins que

« faire l’expérience de la liberté« …

Même si,

au final de l’existence de Guillaume, « au début des années cinquante« ,

« la Galicie multinationale, création des Habsbourg, n’avait pu survivre à Hitler et Staline.

En 1948, l’Europe habsbourgeoise,

faite de loyautés multiples et de nationalités ambiguës

semblait avoir vécue », pages 280-281.

Et page 292 :

« Avec Guillaume, un certain rêve ukrainien semblait _ à nouveau ce mot sous la plume de Timothy Snyder _ avoir péri.

Guillaume lui-même n’était qu’une victime parmi les dizaines de milliers d’hommes et de femmes tués par les Soviétiques à la fin des années 1940 pour leur engagement, réel ou supposé, dans des mouvements indépendantistes ukrainiens.

Beaucoup d’entre eux, sinon la plupart, étaient originaires de la zone qui avait été autrefois la Galicie orientale habsbourgeoise.

Guillaume incarnait,

peut-être plus que n’importe lequel d’entre eux,

la connexion ukrainienne entre la monarchie des Habsbourg et l’Occident,

les liens entre la culture européenne et les traditions qui distinguaient l’Ukraine,

aux yeux de tant de patriotes ukrainiens,

de la Russie.

Après avoir annexé ces territoires en 1945,

Moscou les avait délibérément coupés de leur histoire habsbourgeoise.

Le génocide et les nettoyages ethniques avaient déjà irrévocablement modifié la population.

Les Allemands avaient tué la grande majorité des Juifs entre 1941 et 1944 ;

les Soviétiques avaient ensuite déporté les Polonais (et les Juifs qui avaient survécu) en Pologne. » Etc.

Quant à l’Autriche _ pages 294-295 _,

« dans la mesure du possible, la façon dont elle se représentait elle-même,

évitait la politique

et insistait sur la culture,

et, au-dessus-de tout, la musique » _ l’immense Thomas Bernhard dit-il autre chose ? Qu’on le relise !!!

Parfois, cependant, la musique à Vienne était trop molle _ et kitch…

Les chefs d’orchestre et compositeurs juifs,

au centre de la culture viennoise depuis que Gustav Mahler avait pris la direction de l’opéra de la Cour, en 1897,

avaient fui le pays dans les années 1930, ou avaient été tués au cours de l’Holocauste »

_ là-dessus lire le beau travail de Jacques Le Rider, Les Juifs viennois à la Belle-Époque_

Et _ page 295 _ « l’Ukraine

était perdue pour l’Autriche

non seulement de l’autre côté du rideau de fer,

qui commençait à moins de quatre-vingt kilomètres à l’est de Vienne,

mais au-delà (? ou, bien plutôt, à l’intérieur !) des limites intellectuelles de la nouvelle identité nationale

que les Autrichiens s’étaient forgée _ encore une traduction aberrante !

Sous les Habsbourg, l’Autriche n’avait jamais été une nation ;

elle était d’une certaine manière

au-dessus des nations,

dans une identification avec la monarchie et l’empire.

Pour que l’Autriche devînt une nation,

elle devait descendre de son piédestal

et son peuple devenir comme les autres _ cela convient-il, cependant, à la France et au peuple français ?.. _ en Europe.

L’Autriche neutre _ d’après 1945 _

recherchait la sécurité,

penchant vers l’Ouest

et évitant les connexions à haut risque avec l’Est« …

Et _ page 296 _ « la guerre froide aussi connut son terme,

pas les Habsbourg.

Les femmes les plus importantes de la dynastie dans la vie de Guillaume,

sa belle-sœur Alice (1889-1985 : l’épouse de son frère Albert)

et l’impératrice Zita (1892-1989 : l’épouse de l’empereur Charles Ier),

vécurent assez longtemps pour assister au déclin de l’Union soviétique

et à l’émergence d’une nouvelle Europe« …


Jusqu’à _ page 297 _ « la fin de l’Union soviétique

et sa désintégration au profit des républiques qui la constituaient.

A la fin de 1991, l’Ukraine était un État indépendant.

Le court XXe siècle était terminé« …

Et _ pages 300-301 _ « La chute de l’Union soviétique en 1991 libéra l’Ukraine,

qui incluait la Galicie et la Bucovine,

toutes deux parties intégrantes de l’ancien domaine royal des Habsbourg« …

« Otto, le fils de Zita,

qui avait été élevé en vue d’une restauration de la monarchie dans les années 1930,

était toujours actif en politique,

soixante ans après,

en tant que membre du parti conservateur allemand de Bavière

et député au Parlement européen. (…)

En 1935, Guillaume était tombé à cause d’un scandale à Paris,

privant Otto du soutien d’un Habsbourg en Ukraine

et plongeant dans l’embarras toute la famille.

Sept décennies après cette déconvenue,

Otto parlait à nouveau de l’Ukraine.

A la fin de 2004, il déclara

que la nouvelle Europe se déciderait à Kiev et à Lviv.

Otto avait raison.

L’Ukraine était la plus grande et la plus peuplée des républiques postsoviétiques en Europe,

un pays de la taille de la France et de cinquante millions d’habitants.

A ce titre, elle faisait figure de test

pour savoir si la démocratie pouvait s’étendre à l’Europe postcommuniste. (…)

L’Ukraine, ancienne république soviétique,

n’avait guère connu d’existence indépendante _ c’est là au moins un euphémisme ! _

et devait créer de toutes pièces _ Cf le grand livre de Cornelius Castoriadis, L’Institution imaginaire de la société _ un appareil d’État autonome

en plus d’une démocratie et d’un marché.

Comme tous les pays qui avaient enduré le communisme depuis l’origine,

c’est-à-dire depuis la formation de l’Union soviétique,

l’Ukraine rencontrait des difficultés pour entreprendre une transformation aussi fondamentale.

L’idée de l’État comme réalité objective, par delà (?) le contrôle personnel de ses chefs,

était une chose entièrement nouvelle.

De même que d’immenses fortunes étaient réalisées dans une ère de privatisations des plus opaques,

l’État en vint à être considéré comme le protecteur des barons de l’économie, appelés oligarques.

Dans les premières années du XXIème siècle,

l’Ukraine glissait vers un autoritarisme oligarchique

qui voyait un président aux pouvoirs considérables gouverner avec un entourage fluctuant d’hommes et de femmes richissimes, qui, entre autres choses, contrôlaient les chaînes de télévision« …

Puis vint la « révolution orange« .

Page 302 : « En Russie, aux États-Unis et en Europe,

bien des gens comprenaient la « révolution orange« , comme on l’appelait,

en termes ethniques.

Les partisans de Iouchtchenko étaient décrits dans la plupart des médias

comme des Ukrainiens ethniques,

des gens dont les actes étaient en quelque sorte dictés par leur origine familiale.

Les adversaires de la démocratie étaient présentés, de manière non moins discutable, comme russes. (…)

Il n’y avait aucune raison pour que les journalistes associent ainsi ethnicité et politique.

La hâte irréfléchie _ essentiellement médiatique, journalistique, de bien pauvre connaissance historique ! _

à définir la politique est-européenne comme essentiellement raciale

était une victoire intellectuelle _ hum !.. _ des politiques nationales de Hitler et Staline

sur le legs plus doux et plus équivoque des Habsbourg »…

Alors que « la « révolution orange » en elle-même était la revanche politique des Habsbourg« .

Page 303 :

« Quand l’Union soviétique s’effondra, en décembre 1991,

l’Ukraine put se pourvoir d’une forme d’État qui lui convenait.

Les frontières de la république soviétique définissaient soudain un pays indépendant.

Lorsque le gouvernement ukrainien sombra dans la corruption,

l’idée nationale fut à nouveau disponible,

comme le gouvernement du peuple, ou démocratie _ mais que font les relecteurs ?


Pendant la « révolution orange » de 2004,

les patriotes ukrainiens prirent des risques pour défendre leur vision de l’Ukraine

dans laquelle les citoyens auraient leur mot à dire sur la gouvernance (!).

Dans les événements de 1991 et 2004,

la population de l’ancienne province habsbourgeoise de Galicie

joua un rôle disproportionné (!!!) _ au secours, les relecteurs !!! Réveillez-vous ! Vous dormez !

Bien des patriotes ukrainiens (…) défendaient la nation ukrainienne

non pour des raisons ethniques,

mais par choix politique.

Le courageux journaliste décapité _ Georgii Gongadze _ était né dans le Caucase, loin de l’Ukraine.

La ville où se déclencha la révolution ukrainienne, Kiev, parle russe.

La nation est une question d’amour plus que de langue« …

Page 304 :

« La « révolution orange » fut le combat pour la démocratie le plus important dans l’Europe du début du XXIe siècle « …

Page 306 :

« Guillaume _ qui n’avait certes pas défendu toujours des options démocratiques : dans l’espoir que Mussolini et Hitler bousculeraient les situations établies, en Ukraine soviétique, comme en Galicie devenue polonaise, Guillaume de Habsbourg avait adhéré dans l’entre-deux-guerres à ce que Timothy Snyder qualifie joliment de « fascisme aristocratique« _,

durant les années 1940,

comme des millions d’autres Européens,

avait amorcé un basculement intellectuel (!) certain vers la démocratie.

Celle-ci ne pouvait s’accomplir politiquement que sur la moitié du continent non communiste,

comme le démontrèrent _ en négatif… _ l’enlèvement de Guillaume

_ à la Südbahnhof de Vienne, le 26 août 1947 ; cf page 286 _

et sa mort en Union soviétique« 

_ « dans un hôpital de prison soviétique de Kiev »,  le 18 août 1948 ; cf page 290…

« Guillaume a été sauvé de l’oubli

par une poignée d’historiens et de monarchistes ukrainiens fervents.

Avec la fin du communisme, à la fin du XXe siècle,

et l’élargissement de l’Union européenne au début du XXIe,

les Histoires des nations européennes vont peut-être connaître une redéfinition

en termes plus cosmopolites ;

et Guillaume trouver sa place dans chacune d’entre elles.

Lui et les Habsbourg reviendront.

En fait, avec le réveil de l’Ukraine,

ils sont déjà là« …

Page 312 :

« Au début du XXIe siècle, l’Union européenne se trouve

dans ce que l’on pourrait appeler

« la position des Habsbourg » :

elle contrôle une immense zone de libre-échange,

au centre d’un paysage économique globalisé,

mais sans possessions maritimes reculées,

et dans l’incapacité de déployer une puissance militaire décisive, dans un âge de terrorisme imprévisible. (…)

L’Union européenne, comme la dynastie des Habsbourg,

est dépourvue d’identité nationale ;

et pourtant son destin est de résoudre la question nationale

au sein de ses parties constituantes

comme le long de ses frontières.

Les Habsbourg obtenaient les plus grands succès

lorsqu’ils abordaient les questions nationales

en mêlant tact, pressions économiques et promesses d’emplois bureaucratiques.

Les Européens, aux forces militaires extrêmement limitées,

n’ont pas d’autre choix que de les imiter.

En général, cela leur réussit plutôt bien« …

Page 316 :

« Même les plus libres des sociétés démocratiques

ne permettraient pas les sortes de choix que firent les Habsbourg« …


« La possibilité de se faire ou refaire une identité _ que Guillaume de Habsbourg sut saisir et se ménager et réaménager tout le long de sa vie… _

n’est pas très éloignée du cœur même de l’idée de liberté ;

elle consiste à s’affranchir de l’oppression d’autrui et à devenir soi-même.

Dans leurs meilleurs jours,

les Habsbourg jouirent d’une sorte de liberté

dont nous ne disposons plus :

celle d’une autocréation imaginative et résolue. (…)

Les Habsbourg bénéficièrent de la croyance qu’ils étaient l’État,

plutôt que les sujets de celui-ci.

Mais n’est-ce pas ce que tout individu libre espère :

prendre part à un gouvernement

plutôt que d’en être l’instrument ?« …

Le livre s’achève, page 323, sur la description aujourd’hui d’une petite place de Lviv

_ « Lviv est demeurée la plus fières des villes ukrainiennes, même sous la férule soviétique ; c’est aujourd’hui la plus patriotique de l’Ukraine indépendante«  _ :

« Dans un quartier tranquille,

une petite place porte le nom de Guillaume,

ou plutôt de Vasyl Vyshyvanyi.

Son seul ornement est une plaque de rue en noir et blanc.

En son centre, un socle gris ne supporte aucune statue.

Alentour, des balançoires et des bascules sont peintes de couleurs vives.

Vasyl Vyshyvanyi est un terrain de jeu.

Au cours d’un après-midi d’été,

des grands-mères assises sur un banc surveillent leurs petits-enfants.

Aucun d’eux ne saurait dire qui était Vasyl Vyshyvanyi.

Je leur raconte l’histoire de Guillaume« …

Pour le reste,

nous suivons le parcours européen de Guillaume,

de sa naissance à Pula, le 10 février 1895 _ où son père, amiral, dirige la flotte de l’Adriatique _,

à sa mort, à Kiev, le 18 août 1948.

En 1896, l’amiral Étienne de Habsbourg-Teschen prend sa retraite d’amiral,

et s’installe avec sa famille dans l’île de Losijn,

dans le palais Podjavori, « Sous les lauriers« …

Et c’est en 1907 que la famille s’installe dans le « Château-neuf » de Zywiec,

en Silésie polonaise habsbourgeoise…


Ensuite,

Guillaume se trouvera à Vorokhta, dans les Carpates, à l’extrême sud de la Galicie, l’été 1912 ;

puis, ayant terminé sa formation militaire à Wiener-Neustadt, le 15 mars 1915,

il gagne le front en Galicie le 12 juin 1915,

et participe à la reprise de Lviv sur les Russes, quatre jours plus tard.

Et voici quelques lieux  où se trouvera Guillaume, après Lviv :

Vienne, Lviv, Vienne, Kherson, la Sitch, Vienne, Spa, dans les plaines d’Ukraine, Odessa, Tchernivtsi, Lviv _ la Grande Guerre vient officiellement de se terminer le 11 novembre 1918 ; mais les hostilités se poursuivent à l’est jusqu’en mars 1921… _ ;

Boutchach (en Galicie sud-orientale), Bucarest, Kameniets-Podilsky (en Podolie) _ en septembre 1919 _, en Ukraine _ en novembre et décembre 1919 _, Bucarest _ de janvier à mars 1920 _ ;

Vienne _ du printemps 1920 à novembre 1922 _ ;

Madrid _ de novembre 1922 à 1926 _ ;

Enghien-les-Bains _ 1926-1931 _ ;

Paris _ d’octobre 1931 à la mi-juin 1935 _ ;

Vienne _ jusqu’au 26 août 1947 _ ;

Baden _ de septembre à décembre 1947_ ;

Lviv _ le 20 décembre 1947 _ ;

Kiev _ à partir de la fin décembre 1947, jusquà sa mort, le 18 août 1948…



Titus Curiosus, ce 30 décembre 2013

 

 

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