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Reprise de mon article « Construire un programme musical à propos de ce qui a été composé autour du mariage de Louis XIV à Saint-Jean-de-Luz le 9 juin 1660″ du 16 juin dernier, laissé alors inachevé…

28août

C’est la parution ce 28 août 2022, sur le site de ResMusica « Remarquable reconstitution musicale des noces de Louis XIV par Vincent Dumestre et ses musiciens« , sous la plume de Vincent Muñoz,

qui me fait aviser d’avoir bien malencontreusement laissé inachevé mon propre article «  » du 16 juin dernier,

probablement par un certain agacement à l’égard du travail de composition du programme de son CD « Les Noces royales de Louis XIV » par Vincent Dumestre. Je vais m’en expliquer.

Car, ainsi que je l’avais indiqué en mon article,

j’avais moi-même procédé _ j’étais alors Conseiller artistique de La Simphonie du Marais et Hugo Reyne _ à des recherches pointues sur ce que l’on pouvait découvrir, ou du moins, à défaut, inférer, des musiques qui avaient été interprétées, soit à Fontarabie, soit à Saint-Jean-de-Luz, pour les cérémonies religieuses de ce mariage du roi Louis XIV et l’Infante d’Espagne Marie-Thérèse…

Voici donc d’une part mon article laissé inachevé le 16 juin ;

puis, d’autre part, celui de ce jour sous la plume de Vincent Munoz.

 

Construire un programme musical à partir de ce qui a été composé autour du mariage de Louis XIV à Saint-Jean-de-Luz le 9 juin 1660 : deux réalisations, par Hugo Reyne en 2007, et par Vincent Dumestre en 2021…

La toute récente parution du CD de Vincent Dumestre et son Poème Harmonique pour le label Château de Versailles Spectacles,

soit le CD CVS 066 « Les Noces royales de Louis XIV » enregistré à la Chapelle Royale du Château de Versailles du 11 au 14 novembre 2021 _,

m’amène à venir repenser un peu la constitution d’un programme de musique, pour un concert ou pour un disque,

à la façon dont Hugo Reyne et La Simphonie du Marais ont pu s’y essayer dans les années 90 du siècle dernier _ à ce moment j’étais leur conseiller artistique, et ai procédé à d’ardentes passionnantes recherches, en particulier à Saint-Jean-de-Luz, auprès d’érudits locaux susceptibles de m’en ouvrir, peut-être, quelques menues pistes… _, et, à nouveau, en 2007, quand Hugo Reyne et sa Simphonie du Marais ont construit et réalisé un concert (pour Jean-Bernard Meunier, à Sablé-sur-Sarthe, le 23 mars 2007), et publié un double CD, intitulé « Musiques pour le mariage de Louis XIV« ,

soit l’album double Accord 442 9894 _ enregistré les 22 et 23 mars 2007 au Centre culturel Joël Le Theule, à Sablé-sur-Sarthe _,

quand il s’avère que les principales éventuelles sources documentaires directes (et les partitions in concreto utilisées alors) désespérément manquent, et cruellement font défaut ;

et que le projet esquissé doit alors s’efforcer, pour produire, malgré ce handicap, un concert ou un disque à la fois tant soit peu plausible, et surtout un brin satisfaisant, à la fois historiquement et musicalement, de trouver quelques palliatifs à ces manques décevants de la recherche aventureuse et méthodique…

 

Ce jeudi 16 juin 2022, Titus Curiosus – Francis Lippa

Retrouver l’ambiance musicale d’une cérémonie comme celle du mariage de Louis XIV à Saint-Jean-de-Luz, voilà un défi totalement réussi par Vincent Dumestre et son équipe. Une page d’histoire semble se dérouler devant nous, tant la réalisation est suggestive et vivante. 

Revivre en musique un évènement important de l’histoire de France, c’est ce que propose cet enregistrement. Suivant le déroulé de la cérémonie du mariage du jeune Louis XIV en l’église de Saint-Jean-de-Luz, l’auditeur peut ainsi se plonger dans ces instants marquants grâce à la musique qui lui sert de fil conducteur. Ainsi on assiste en introduction à des sonneries de trompette aux portes de l’église suivies d’un prélude à l’orgue. Lully, le compositeur officiel est très présent dès l’entrée, puis pour de courtes danses évoquant les espagnols et les basques. Avant d’aller plus avant, il est bon de se remémorer l’histoire de ce mariage et les raisons de cette union.

En juin 1660, la paix est signée entre les rois de France et d’Espagne au terme de longues négociations. Cela rend possible le mariage entre le jeune roi de France et l’infante d’Espagne Marie-Thérèse. La cour est présente, tout s’organise dans la maison « Lohobiague Enea » et l’église, proches l’une de l’autre. Reprenons le cours de l’enregistrement de Vincent Dumestre, au moment où le cortège arrive à l’église et où les délégations entrent solennellement. La cérémonie débute réellement par une célébration de la paix avec une pièce de Jean Veillot sur l’hymne de Pâques O filii et filiae, célébrant la résurrection du Christ, musique alléluiatique remplie de jubilation, parfaitement adaptée ici pour cette précieuse paix retrouvée. La pièce est belle, très développée sur ce thème pourtant si court et si simple. La polyphonie vocale à laquelle se joignent les instruments est festive et s’enroule telle une litanie. Lully une nouvelle fois se retrouve ici avec un Motet pour la paix Jubilate Deo en cinq parties, qui prépare de manière appuyée l’ambiance de l’union à suivre.

Le mariage proprement dit peut alors commencer. L’orgue se fait entendre par deux versets de Guillaume-Gabriel Nivers qui fût le premier organiste du roi à la chapelle de Versailles. Une courte Sinfonia de l’italien Salomone Rossi introduit le Magnificat. En l’occurrence il s’agit ici de celui de Francesco Cavalli, compositeur vénitien, célèbre pour ses opéras. Il compose un unique Magnificat à sept voix en 1650. La musique est joyeuse, flamboyante et réjouissante pour un grand mariage, elle célèbre la gloire de Marie. Sans nul doute, cette œuvre est le sommet de cet enregistrement, riche de onze sections suivant de près le texte latin du Magnificat. Dans cette musique réunissant pleinement les deux ensembles du Poème harmonique et du Chœur de la compagnie La Tempête en évoquant largement les fastes de Saint-Marc de Venise, les interprètes déploient magnifiquement leurs qualités tout particulièrement supérieures dans cette performance grâce à Vincent Dumestre et Simon-Pierre Bestion.

Après cette partie sacrée de la cérémonie, les réjouissances se poursuivent avec une dernière évocation musicale consacré au Ballet des nations. Un extrait de Xerse, opéra de Cavalli, nous gratifie d’un Lasciamente morire en forme de passacaille. Viennent ensuite deux airs français évoquant la paix retrouvée et la gloire de la France. Le mariage s’achève enfin en une évocation de l’Espagne avec une danse endiablée de Juan de Hidalgo Dos Zagalan venian où se font entendre quelques percussions typiques tant par leur nature que par leurs rythmes aux accents de fête villageoise, permettant d’achever la cérémonie de mariage dans le bien-être, nourri par la paix et l’amour.

La collection Château de Versailles spectacles continue de nous enchanter par l’originalité des albums qui se concrétisent en belles découvertes, comme ici cette musique à programme, interprétée de manière exceptionnelle. Sans nul doute un des volumes les plus aboutis de la série.

Jean-Baptiste Lully (1632-1687) :

Sonneries pour les trompettes du Roi ; Entrée pour la maison de France ; Les espagnols ; Les basques ; Motet pour la paix « Jubilate Deo ».

Louis Couperin (ca. 1626-1661) :

Prélude n° 46.

Jean Veillot (ca. 1600-1662) :

O filii et filiae.

Guillaume-Gabriel Nivers (ca. 1632-1714) :

Plein-jeu et Récit de cromorne du troisième ton.

Salomone Rossi (1570-1630)

 Sinfonia grave.

Francesco Cavalli (1602-1676) :

Magnificat ; Lasciatemi morire (Xerse).

André de Rosiers (actif 1634-1672) :

Après une si longue guerre.

Nicolas Métru (ca. 1605-ca. 1663) :

Ô France.

Juan Hidalgo (1614-1685) :

Dos zagalas venian (Celos aun del aire matan).

Chœur de la compagnie la tempête (chef de chœur : Simon-Pierre Bestion) ;

Le Poème Harmonique, direction : Vincent Dumestre.

1 CD Château de Versailles Spectacles.

Enregistré du 11 au 14 novembre 2021 en la chapelle royale du château de Versailles.

Livret en français, anglais et allemand.

Durée : 65:18

 

Ce dimanche 28 août 2022, Titus Curiosus – Francis Lippa

A nouveau, le double CD « Le Manuscrit de Madame Théobon _ Lully et d’autres », de Christophe Rousset

09mar

Le 22 février dernier, j’ai chroniqué ici même, en mon article « « , la dernière superbe pépite discographique de Christophe Rousset, toujours excellent claveciniste ;

soit le CD Aparté AP 256.

Et voici que ce jour, sur son site Discophilia, Jean-Charles Hoffelé consacre un article, intitulé « L’esprit de Lully« , à ce même magnifique double album Aparté.

L’ESPRIT DE LULLY

Heureux Christophe Rousset. Un grand cahier de musique pour clavier traînait sur eBay, vendu pour être du XVIIIe siècle _ alors qu’il est de la fin du XVIIe siècle. L’œil affûté du claveciniste ne s’y trompa pas ; l’ouvrage acquis, il tenait entre ses mains un manuscrit de la plume de deux copistes _ oui ; le second complétant les portées et les pages laissées blanches par le premier _ assemblant quatre-vingt pièces. Plus d’une trentaine étaient dévolues à des transcriptions d’airs et de danses tirés d’opéras de Lully _ voilà _, tout cela datait assurément du XVIIe siècle, certitude vite confirmée par l’identité de sa propriétaire initiale, Lydie de Théobon, demoiselle d’honneur de la Princesse Palatine _ après l’avoir été, d’abord, dès avant 1670, et jusqu’en 1673, de la reine Marie-Thérèse ;  et en 1673, c’est Mme de Montespan qui la chassa de ce poste de trop grande proximité du roi : « On dit que le roi se divertit quelquefois avec Melle Théobon« , avait-il été alors murmuré…

Merveille de l’ensemble (Christophe Rousset grave 71 pièces sur les quatre-vingt), tous les Lully qui montrent à quel point l’opéra, le divertissement lyrique, le ballet, se transmuent avec brio et aisance dans le splendide clavecin, roide comme il sied _ certes _ à un instrument du Grand Siècle, signé par Nicolas Dumont en 1704.

Concordance parfaite entre l’univers sonore de cette belle caisse tout juste renaisssante après la longue restauration que lui aura consentie _ ouiDavid Ley (dix ans, de 2006 à 2016), et l’esprit de ce manuscrit qui trace le portrait vivant de l’art musical de son temps, avec force pièces de caractère (jusqu’aux époustouflantes Folies d’Espagne de D’Anglebert), du brio à revendre, et sept préludes inédits _ un apport essentiel _ qui rappellent le foisonnement de pièces coulées de la plume de compositeurs restés anonymes _ en effet.

Le Manuscrit de Madame Théobon n’est pas le seul qui en dévoile _ de ces pièces demeurées anonymes pour nous _, les archives en regorgent, ne serait-il pas temps d’arpenter plus régulièrement _ mais oui ! en dépit de l’absence de noms un peu célèbres auxquels se raccrocher… _ ces musiques sans auteur souvent surprenantes ? Ce merveilleux _ absolument ! _  double album, dont l’écoute ne lasse jamais _ en effet ! _, où Christophe Rousset a regroupé les pièces par tonalité en treize suites (lisez son remarquable texte _ j’en ai donné un significatif extrait en mon article pré-cité du 22 février _), plaide aussi _ mais oui _ pour la découverte _ au concert comme au disque _ d’autres manuscrits perdus _ ou négligés par les interprètes d’aujourd’hui. Mais en attendant, laissez-vous entraîner par ce guide éclairé, qui anime de son clavier tout un théâtre _ oui. Simplement fascinant _ c’est très juste.

LE DISQUE DU JOUR

Le Manuscrit de Madame Théobon

Pièces pour clavecin de Jacques Champion de Chambonnières, Jean-Henri d’Anglebert, Jean-Baptiste Lully, Jean Rousseau, Gaspard Le Roux?, Jacques Hardel, Louis Couperin, Pierre Gautier et divers Anonymes

Christophe Rousset, clavecin

Un album de 2 CD du label Aparté AP256

Photo à la une : le claveciniste Christophe Rousset – Photo : © DR


Ce mercredi 9 février 2022, Titus Curiosus – Francis Lippa

Un magnifique et passionnant double CD « Le Manuscrit de Madame Théobon _ Lully et d’autres », par Christophe Rousset…

22fév

Comme lui-même en fait le récit dans le livret de ce double CD Aparté AP 256 qui paraît ce mois de février 2022,

Christophe Rousset,

qui assez fortuitement s’est rendu acquéreur du « Manuscrit de Madame Théobon«  _ « apparu sur la plateforme Ebay en 2004«  ; et « je n’ai pas encore compris comment j’ai réussi à acquérir ce singulier livre ; mais j’ai pu le retirer chez un libraire spécialisé en livres anciens, et j’ai été surpris de sa méprise  » concernant la réalité et l’importance de cet objet si incroyablement mal identifié par celui qui le vendait _,

interprète lui-même, et sur un intéressant clavecin de Nicolas Dupont de 1704 _ « magnifiquement restauré par David Ley entre 2006 et 2016«  _ les 80 pièces _ pour clavecin _ que comporte ce manuscrit, peu connu et assez peu répertorié jusqu’ici.

Un travail magnifique et passionnant.

« Au premier contact on se met à feuilleter le volume. Le premier élément enthousiasmant de celui-ci était la présence de ces trop rares préludes non mesurés dans le répertoire de clavecin. Sept préludes inédits ! C’était déjà une manne_ voilà. Puis parcourant ensuite les autres pièces, je reconnus facilement quelques pièces fameuses souvent reprises dans les divers manuscrits de clavecin au xvii : la courante Iris de Chambonnières, la gavotte de Lebègue, celle de Hardel avec le double de Louis Couperin. L’autre caractéristique du volume était le nombre important de transcriptions de musiques de Lully pour le clavier (34 sur les 80 pièces). Les clavecinistes sont familiers de celles de d’Anglebert, véritables modèles du genres, alors que de nombreux manuscrits proposent d’autres versions de ces « incontournables » du monde musical au siècle de Louis XIV. Ainsi j’ai pu reconnaître les pièces les plus fameuses : passacailles et sourdines d’Armide (« Sommeil d’Armide »), les songes d’Atys, chaconnes de Phaëton, du Bourgeois gentilhomme et d’Acis et Galatée, la sarabande « Dieu des enfers« , entre autres.

Ma fréquentation régulière et systématique des opéras de Lully avec Les Talens lyriques m’a aussi permis d’identifier sans effort nombre d’autres transcriptions, parfois des exemples uniques _ voilà _ d’adaptation au clavier. Ce qui m’a ému était la « manière » très personnelle du claveciniste _ à la manœuvre _ derrière ses transcriptions : parfois très élaborées, parfois une simple écriture à deux voix un peu schématique, quelques tics dans les parties de main gauche, une profusion d’ornements de main droite, à l’instar des exemples de d’Anglebert, pour recréer par l’enrichissement du son une impression orchestrale au clavecin.

Ensuite m’est venu l’émerveillement de retrouver des pièces publiées de Chambonnières, de d’Anglebert, dans des versions un peu différentes _ voilà _, en particulier le monumental cycle des « Folies d’Espagne » de ce dernier auquel le copiste s’amuse à ajouter (?) une variation inédite. Enfin quelques pièces inédites à côté des préludes déjà mentionnés ci-dessus venaient d’achever d’éblouir l’heureux acquéreur que j’étais.

La première mission était de découvrir qui était cette Madame Théobon(e). » Etc.

Comme toujours quand Christophe Rousset est à son clavier, la réalisation musicale discographique est magnifique.

Deux heures de musique tout à fait délicieuses…

Ce mardi 22 février 2022, Titus Curiosus – Francis Lippa

Le charme voluptueux des ballets de Lully : le « Ballet royal de la naissance de Vénus », par Les Talens lyriques et Christophe Rousset

04déc

Le charme puissant de la danse

est un composante fondamentale de toute l’histoire de la musique française…

Une nouvelle preuve, si besoin en était, est à nouveau donnée par le plaisir profond et très prenant que vient nous donner la grâce pourtant infiniment légère de la danse, telle qu’elle exalte les ballets de Jean-Baptiste Lully pour le jeune Louis XIV.

Ainsi en va-t-il de ce que vient nous procurer de joie l’interprétation, dans le CD Aparté AP255, des Talens lyriques, sous la direction fluidissime de Christophe Rousset, du splendide « Ballet royal de la naissance de Lully« , un ballet de cour à 12 entrées (LWV 27).

Un ballet créé au Palais Royal, à Paris, le 26 janvier 1665, sur un livret raffiné de Benserade…

Voici deux commentaires de ce CD,

d’une part, par Cécile Glaenzer, le 16 août 2021, sur le site de ResMusica, et sous le titre de « Avec les Talens Lyriques, quand le ballet de cour annonce la naissance de l’opéra lullyste » ;

et d’autre part, par Jean-Charles Hoffelé, le 26 novembre 2021, sur son site Discophilia, et sous le titre de « Versailles 1665« .

Pour restituer la musique du Ballet royal de la Naissance de Vénus, les Talens Lyriques s’adjoignent une solide distribution vocale renforcée par le Chœur de chambre de Namur.

Le ballet de cour est un genre typiquement français qui est né à la fin du XVIe siècle sous le règne d’Henri III, pour connaitre son apogée avec Lully à la cour du jeune Louis XIV. C’est la danse qui tient le premier rôle dans ces spectacles mêlant poésie, musique chantée, décors et costumes fastueux, dont les représentations magnifient le pouvoir royal. Difficile à imaginer de nos jours : le roi, les princes du sang et la noblesse de cour y dansaient les premiers rôles, aux côtés de danseurs professionnels. C’est sous le règne de Louis XIII que le ballet de cour devient un instrument politique, et son fils reprendra le flambeau en dansant lui-même dans vingt-cinq ballets où il incarne volontiers les rôles emblématiques du Soleil, d’Hercule ou d’Apollon.

On sait _ oui _ que Louis XIV était un excellent danseur. Mais le chant tient aussi une place importante dans ces spectacles royaux, et les livrets sont souvent la seule source qu’il nous reste des ballets de cour. Le Ballet royal de la Naissance de Vénus, enregistré ici en première mondiale, connut un très grand succès à l’époque. Créé en 1665 en hommage à Madame Henriette d’Angleterre, la belle-sœur du roi y danse elle-même le rôle-titre. L’argument se développe en deux parties de six entrées chacune, évoquant les grands couples de la mythologie. La voix y occupe une place importante : à côté de l’orchestre à cinq parties, on y trouve aussi un grand chœur. Tout cela fait de cette œuvre une préfiguration de ce que seront les tragédies lyriques de Lully quelques années plus tard.

Dès l’ouverture de ce ballet royal, on reconnait le grand style lullyste qui infusera toute la musique européenne grâce au succès de ses opéras. L’orchestre des Talens Lyriques, mené par le premier violon de l’excellente Gilone Gaubert, fait preuve d’une grande précision dans la dynamique des danses qui s’enchaînent avec bonheur. Pour les airs et les récits, Christophe Rousset a réuni une distribution vocale de qualité. Dans l’air d’Ariane Rochers vous êtes sourds (attribué à Michel Lambert), la soprano Deborah Cachet propose une reprise ornementée qui témoigne d’une parfaite maîtrise de l’agrémentation vocale. En fin de programme, un bonus de quatre extraits d’autres ballets de cour nous rappelle les origines italiennes de Lully. Ainsi, l’air d’Armide extrait du Ballet des Amours déguisés (Ah! Rinaldo, e dove sei ?) est un air italien qui préfigure ce que sera la grande tragédie lyrique lullyste vingt ans plus tard. La Plainte italienne, tirée du ballet Psyché, est un grand moment d’expressivité qui n’est pas sans rappeler ce que seront les Songes d’Atys, avec l’intervention des flûtes à bec en contre-chant. La commedia dell’arte n’est pas loin non plus avec l’air burlesque de Barbacola (Son dottor per occasion), chanté avec truculence par Philippe Estève dans un effet comique très réussi. C’est bien dans le style transalpin que le plus français des italiens puise la source de son art.

Jean-Baptiste Lully (1632-1687) : Ballet royal de la Naissance de Vénus.

Deborah Cachet, dessus ; Bénédicte Tauran, dessus ; Ambroisine Bré, bas-dessus ; Cyril Auvity, haute-contre ; Samuel Namotte, taille ; Guillaume Andrieux, basse-taille ; Philippe Estèphe, basse-taille ;

Chœur de chambre de Namur ;

Les Talens Lyriques, direction : Christophe Rousset.

1 CD Aparté.

Enregistré en janvier 2021 à la Cité de la Musique à Paris.

Livret anglais-français.

Durée : 73:00

Et puis :

VERSAILLES 1665

Le Roi danse, Lully est son musicien, pour les divertissements auxquels le jeune Louis et sa cour s’adonnaient. Lully perfectionna le ballet de cour initié du temps du règne d’Henri III. Cet art parvint à son apogée dans les années 1660, le musicien y mêlant de plus en plus de pièces vocales sur les poèmes d’Isaac de Benserade.

En janvier 1665, ils composent ensemble pour un hommage à la belle-sœur de Louis, Henriette d’Angleterre, une partition fastueuse illustrant la naissance de Vénus, narrée par Neptune et Thétis. Danses françaises, airs italiens, le genre précise les prémisses des goûts réunis dans un divertissement brillant où les effets poétiques ne manquent pas.

 

Christophe Rousset et sa belle bande entendent autant le plaisir de ses musiques de fêtes que ce qu’elles annoncent : sept ans plus tard, Les Fêtes de l’Amour et de Bacchus élargiront le ballet à la pastorale, Isaac de Benserade laissant progressivement la plume à Quinault qui avec Lully pensait déjà à la tragédie lyrique que le cadre de l’Académie Royale de Musique allait concrétiser avec Cadmus et Hermione.

De ce premier visage de Lully – hormis les comédies-ballets écrites d’une encre commune avec Molière – le disque ne sait quasiment rien, sinon le Grand Ballet de la Nuit. Christophe Rousset et ses Talens Lyriques se lancent-ils, après leur exploration systématique des tragédies lyriques, dans la divulgation de ses ballets si spectaculaires. Il faut l’espérer _ oui : vivement ! _ tant cette Naissance de Vénus regorge de pages écrites pour éblouir qui n’ont rien perdu de leur pouvoir de séduction _ voilà… _ surtout si artistement défendues.

LE DISQUE DU JOUR

Jean-Baptiste Lully
(1632-1687)


Ballet Royal de La Naissance de Vénus, LWV 27

Deborah Cachet, dessus
(soprano)
Bénédicte Tauran, dessus (soprano)
Ambroisine Bré, bas-dessus (mezzo-soprano)
Cyril Auvity, haute-contre (ténor)
Samuel Namotte, taille (baryton)
Guillaume Andrieux, basse-taille (baryton)
Philippe Estèphe, basse-taille (baryton)

Chœur de Chambre de Namur
Les Talens Lyriques
Christophe Rousset, direction

Un album du label Aparté AP255

Photo à la une : le chef d’orchestre Christophe Rousset – Photo : © DR

Ce samedi 4 décembre 2021, Titus Curiosus – Francis Lippa

Musiques de joie : la très festive fanfare des Marches d’André Philidor dit l’aîné (1652 – 1730) par La Simphonie du Marais, en 1994

25juin

Pour un enregistrement,

à la Maison de la Radio, à Paris, le 4 juillet 1994, du CD André Philidor dit l’aîné Marches, Fêtes & Chasses royales

_ le CD FNAC Music 592 332 de La Simphonie du Marais, sous la direction d’Hugo Reyne _,

dans lequel, à la plage 13 (et 2’26), on m’entend crier « La retraite ! La retraite !« 

pour la reconstitution d’une bataille avec fanfares (!) entre les troupes de Louis XIV et celles de Guillaume d’Orange,

je propose ici comme _ mémorable pour moi : j’en possède même une photo ! _ « Musique de joie« 

le joyeux et très original CD de La Simphonie du Marais André Philidor dit l’aîné Marches, Fêtes & Chasses royales

André Danican Philidor, dit Philidor l’aîné (Versailles, ca 1652 – Dreux, 11 août 1730),

à qui l’on doit la richesse _ considérable _ des fonds musicaux de la Bibliothèque nationale de France

ainsi que de celle de Versailles :

ballets, opéras, musique instrumentale ou religieuse y sont réunis en de très précieux volumes

qui présentent, notamment, la plupart des grands ballets et comédies-ballets de Lully

ainsi que les productions vocales de Lalande.

De ce festif et très original CD de Marches, Fêtes & Chasses royales, de La Simphonie du Marais en 1994,

voici un bref podcast

d’une réjouissante « Marche de triomphe avec des trompettes et des timbales faite par Philidor l’aîné, 1685« .

Un répertoire idoine que celui-ci

pour la très festive bande de hautbois qu’était principalement alors La Simphonie du Marais…

Cf aussi le splendide coffret _ Harmonia Mundi 901337.90 _ de 4 CDS

des Symphonies pour les soupers du Roy de Michel-Richard Delalande (Paris, 15 décembre 1657 – Versailles, 18 juin 1726),

qui avait inauguré en splendide fanfare la discographie _ riche _ de La Simphonie du Marais et Hugo Reyne.

Ce jeudi 25 juin 2020, Titus Curiosus – Francis Lippa

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