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Bravissimo au ravelissime CD Ravel de Clément Lefebvre

30déc

Pour enfoncer le clou de mon article  du 18 novembre dernier,

dans lequel je me référais au commentaire, excellent, de ce CD par Jean-Charles Hoffelé, en un article intitulé Ravel danse, de la veille,

voilà que je suis tombé hier sur un nouvel article de commentaire de ce ravélissime CD de Clément Lefebvre, sur le site ResMusica, et sous la plume de Stéphane Friédérich :

un article intitulé cette fois Le réjouissant Ravel de Clément Lefebvre

Que voici :

Le réjouissant Ravel de Clément Lefebvre

Après un splendide _ oui ! _ album consacré à Rameau et Couperin également chez Evidence Classics _ cf mon article du 9 juin 2018 : _, Clément Lefebvre nous offre, loin des pages les plus spectaculaires de Ravel, des interprétations marquantes de pièces composées à l’ombre du Grand Siècle.

Classicisme et/ou modernité, précisément : la question est induite dans l’excellent texte de présentation _ de Clément lefèbvre lui-même ? _ qui offre la parole au compositeur placé devant le dilemme de rendre dommage à « ce XVIIIᵉ siècle de mes rêves » tout en demeurant pleinement lui-même dans l’effervescence des années 1890-1910. À la première mesure, la Sonatine naît sous les doigts du pianiste comme une évidence _ oui, tout simplement, en effet. Il est d’ailleurs impossible qu’elle ne soit pas “juste” et d’en relâcher une seule note, mais aussi de ne pas projeter le son vers le haut, de ne pas éviter “l’effet bibelot” ou, pire, le rachitisme analytique. La Sonatine n’est guidée que par une lumière à peine tamisée, jouant de « ce battement d’ailes » comme le décrivit si bien Vlado Perlemuter. Interpréter avec raffinement sans être précieux _ voilà ! _, voilà précisément ce que réussit Clément Lefebvre dans cette œuvre, puis dans l’élan du Menuet sur le nom de Haydn, moins “lent” que supposé, mais toujours ciselé dans le chant intime _ oui : ravélien. C’est, en effet, une musique que l’on joue pour soi et qui devrait être fortement déconseillée dans les grandes salles de concert. L’œuvre ne croît que par ses ambiguïtés, ses suggestions, une divine hypocrisie _ ou plutôt pudeur _ de styles bariolés. Elle s’amuse de ses indications « très vite mais pas précipité», mais aussi « sans prudence et sans merci ! ». Le superbe Yamaha CFX que l’on entend est réglé comme un cartel de Versailles avec juste ce qu’il faut d’or, de patine et de doux balancement.

Le cœur de l’album, ce sont les Valses nobles et sentimentales. Clément Lefebvre multiplie les modes d’attaques, les respirations brèves, les atmosphères qui naissent et disparaissent aussitôt, grâce à un toucher associant tendresse et robustesse _ voilà. C’est à la fois franc, élégant et suggestif _ oui : sans la moindre « hypocrisie« , par conséquent : le mot était un peu malheureux... Les ombres d’une chorégraphie et le pressentiment de l’orchestration déjà pensée par Ravel favorisent la prise de risques. Dans la cinquième danse, par exemple, l’interprète tire les rythmes “à lui”, dans un tempo un peu plus rapide que ce « presque lent », mais l’effet si bien calculé en devient… naturel _ comme il se doit, raveliennement… Les valses sont ce qu’on en attend : piquantes et aimables à la fois, des successions déroutantes de mouvements contraires et indansables.

Le Menuet Antique qui suit, frôle la parodie “chabriesque”. Peut-on imaginer, en 1895, soit deux ans avant la disparition de Brahms, une œuvre plus éloignée de l’écriture du viennois ? Quant à la partition à demi-reniée par le compositeur, la Pavane jouant sur les maux d’une infante, « ce morceau qui fait l’admiration des demoiselles qui ne jouent pas très bien du piano » écrit le critique Roland-Manuel, Clément Lefebvre ne se réfugie pas dans la distanciation affective ou, pire encore, dans un jeu la main sur la poitrine : il laisse les harmonies si délicates s’épanouir par elles mêmes. C’est amplement suffisant, et donc difficile à exécuter. D’une mourante feinte, à l’hommage aux disparus (eux, bien véritables), le Tombeau de Couperin clôt ce disque d’un néo-classicisme d’avant-garde. L’interprète nous a prouvé, en effet, que ces deux termes n’étaient pas tant des oxymores, que la nostalgie de faire revivre une Europe en paix _ probablement. Dans ce Tombeau de Couperin, imaginons que Clément Lefebvre nous convie au souvenir de promenades dans le Palais Royal, dans des jardins à la française. Le piano toujours aussi limpide et narratif ne rompt pas un instant avec le charme moqueur et la noblesse discrète _ oui _ des premières œuvres de ce disque. Rameau et Couperin, toujours _ oui.

Maurice Ravel (1875-1937) : Sonatine ; Menuet sur le nom de Haydn ; Valses nobles et sentimentales ; Menuet antique ; Pavane pour une infante défunte ; Le Tombeau de Couperin.

Clément Lefebvre, piano.

1 CD Evidence Classics.

Enregistré au Théâtre Elisabéthain du Château d’Hardelot, en avril 2021.

Notice en anglais et français.

Durée : 60:05

Un CD délectablement ravelissime en sa sveltesse raffinée

aux antipodes du moindre maniérisme…

Ravel, un musicien de l’intimité discrète, mais ferme.

Ce jeudi 30 décembre 2021, Titus Curiosus – Francis Lippa

Le charme voluptueux des ballets de Lully : le « Ballet royal de la naissance de Vénus », par Les Talens lyriques et Christophe Rousset

04déc

Le charme puissant de la danse

est un composante fondamentale de toute l’histoire de la musique française…

Une nouvelle preuve, si besoin en était, est à nouveau donnée par le plaisir profond et très prenant que vient nous donner la grâce pourtant infiniment légère de la danse, telle qu’elle exalte les ballets de Jean-Baptiste Lully pour le jeune Louis XIV.

Ainsi en va-t-il de ce que vient nous procurer de joie l’interprétation, dans le CD Aparté AP255, des Talens lyriques, sous la direction fluidissime de Christophe Rousset, du splendide « Ballet royal de la naissance de Lully« , un ballet de cour à 12 entrées (LWV 27).

Un ballet créé au Palais Royal, à Paris, le 26 janvier 1665, sur un livret raffiné de Benserade…

Voici deux commentaires de ce CD,

d’une part, par Cécile Glaenzer, le 16 août 2021, sur le site de ResMusica, et sous le titre de « Avec les Talens Lyriques, quand le ballet de cour annonce la naissance de l’opéra lullyste » ;

et d’autre part, par Jean-Charles Hoffelé, le 26 novembre 2021, sur son site Discophilia, et sous le titre de « Versailles 1665« .

Pour restituer la musique du Ballet royal de la Naissance de Vénus, les Talens Lyriques s’adjoignent une solide distribution vocale renforcée par le Chœur de chambre de Namur.

Le ballet de cour est un genre typiquement français qui est né à la fin du XVIe siècle sous le règne d’Henri III, pour connaitre son apogée avec Lully à la cour du jeune Louis XIV. C’est la danse qui tient le premier rôle dans ces spectacles mêlant poésie, musique chantée, décors et costumes fastueux, dont les représentations magnifient le pouvoir royal. Difficile à imaginer de nos jours : le roi, les princes du sang et la noblesse de cour y dansaient les premiers rôles, aux côtés de danseurs professionnels. C’est sous le règne de Louis XIII que le ballet de cour devient un instrument politique, et son fils reprendra le flambeau en dansant lui-même dans vingt-cinq ballets où il incarne volontiers les rôles emblématiques du Soleil, d’Hercule ou d’Apollon.

On sait _ oui _ que Louis XIV était un excellent danseur. Mais le chant tient aussi une place importante dans ces spectacles royaux, et les livrets sont souvent la seule source qu’il nous reste des ballets de cour. Le Ballet royal de la Naissance de Vénus, enregistré ici en première mondiale, connut un très grand succès à l’époque. Créé en 1665 en hommage à Madame Henriette d’Angleterre, la belle-sœur du roi y danse elle-même le rôle-titre. L’argument se développe en deux parties de six entrées chacune, évoquant les grands couples de la mythologie. La voix y occupe une place importante : à côté de l’orchestre à cinq parties, on y trouve aussi un grand chœur. Tout cela fait de cette œuvre une préfiguration de ce que seront les tragédies lyriques de Lully quelques années plus tard.

Dès l’ouverture de ce ballet royal, on reconnait le grand style lullyste qui infusera toute la musique européenne grâce au succès de ses opéras. L’orchestre des Talens Lyriques, mené par le premier violon de l’excellente Gilone Gaubert, fait preuve d’une grande précision dans la dynamique des danses qui s’enchaînent avec bonheur. Pour les airs et les récits, Christophe Rousset a réuni une distribution vocale de qualité. Dans l’air d’Ariane Rochers vous êtes sourds (attribué à Michel Lambert), la soprano Deborah Cachet propose une reprise ornementée qui témoigne d’une parfaite maîtrise de l’agrémentation vocale. En fin de programme, un bonus de quatre extraits d’autres ballets de cour nous rappelle les origines italiennes de Lully. Ainsi, l’air d’Armide extrait du Ballet des Amours déguisés (Ah! Rinaldo, e dove sei ?) est un air italien qui préfigure ce que sera la grande tragédie lyrique lullyste vingt ans plus tard. La Plainte italienne, tirée du ballet Psyché, est un grand moment d’expressivité qui n’est pas sans rappeler ce que seront les Songes d’Atys, avec l’intervention des flûtes à bec en contre-chant. La commedia dell’arte n’est pas loin non plus avec l’air burlesque de Barbacola (Son dottor per occasion), chanté avec truculence par Philippe Estève dans un effet comique très réussi. C’est bien dans le style transalpin que le plus français des italiens puise la source de son art.

Jean-Baptiste Lully (1632-1687) : Ballet royal de la Naissance de Vénus.

Deborah Cachet, dessus ; Bénédicte Tauran, dessus ; Ambroisine Bré, bas-dessus ; Cyril Auvity, haute-contre ; Samuel Namotte, taille ; Guillaume Andrieux, basse-taille ; Philippe Estèphe, basse-taille ;

Chœur de chambre de Namur ;

Les Talens Lyriques, direction : Christophe Rousset.

1 CD Aparté.

Enregistré en janvier 2021 à la Cité de la Musique à Paris.

Livret anglais-français.

Durée : 73:00

Et puis :

VERSAILLES 1665

Le Roi danse, Lully est son musicien, pour les divertissements auxquels le jeune Louis et sa cour s’adonnaient. Lully perfectionna le ballet de cour initié du temps du règne d’Henri III. Cet art parvint à son apogée dans les années 1660, le musicien y mêlant de plus en plus de pièces vocales sur les poèmes d’Isaac de Benserade.

En janvier 1665, ils composent ensemble pour un hommage à la belle-sœur de Louis, Henriette d’Angleterre, une partition fastueuse illustrant la naissance de Vénus, narrée par Neptune et Thétis. Danses françaises, airs italiens, le genre précise les prémisses des goûts réunis dans un divertissement brillant où les effets poétiques ne manquent pas.

 

Christophe Rousset et sa belle bande entendent autant le plaisir de ses musiques de fêtes que ce qu’elles annoncent : sept ans plus tard, Les Fêtes de l’Amour et de Bacchus élargiront le ballet à la pastorale, Isaac de Benserade laissant progressivement la plume à Quinault qui avec Lully pensait déjà à la tragédie lyrique que le cadre de l’Académie Royale de Musique allait concrétiser avec Cadmus et Hermione.

De ce premier visage de Lully – hormis les comédies-ballets écrites d’une encre commune avec Molière – le disque ne sait quasiment rien, sinon le Grand Ballet de la Nuit. Christophe Rousset et ses Talens Lyriques se lancent-ils, après leur exploration systématique des tragédies lyriques, dans la divulgation de ses ballets si spectaculaires. Il faut l’espérer _ oui : vivement ! _ tant cette Naissance de Vénus regorge de pages écrites pour éblouir qui n’ont rien perdu de leur pouvoir de séduction _ voilà… _ surtout si artistement défendues.

LE DISQUE DU JOUR

Jean-Baptiste Lully
(1632-1687)


Ballet Royal de La Naissance de Vénus, LWV 27

Deborah Cachet, dessus
(soprano)
Bénédicte Tauran, dessus (soprano)
Ambroisine Bré, bas-dessus (mezzo-soprano)
Cyril Auvity, haute-contre (ténor)
Samuel Namotte, taille (baryton)
Guillaume Andrieux, basse-taille (baryton)
Philippe Estèphe, basse-taille (baryton)

Chœur de Chambre de Namur
Les Talens Lyriques
Christophe Rousset, direction

Un album du label Aparté AP255

Photo à la une : le chef d’orchestre Christophe Rousset – Photo : © DR

Ce samedi 4 décembre 2021, Titus Curiosus – Francis Lippa

Deux passionnantes nouveautés discographiques de musique française baroque, de deux des fils de Bertille de Swarte : Sylvain Sartre et Théotime Langlois de Swarte

16août

Ce mois d’août 2021 nous offre diverses nouveautés discographiques,

parmi lesquelles deux très intéressantes réalisations de deux des fils de Bertille de Swarte

_ cf le bien utile précédent récapitulatif de mes recherches, du 29 juin 2021 : _ :

l’une de Sylvain Sartre,

à la direction de l’ensemble Les Ombres ;

et l’autre de son frère le violoniste Théotime Langlois de Swarte,

en duo avec William Christie au clavecin ;

ainsi que viennent de me l’apprendre deux articles de l’excellent site Discophilia, de Jean-Charles Hoffelé,

en date des vendredi 13 août, sous le titre de « Tragédie babylonienne » _ cette expression désignant la tragédie lyrique (de 1718) « Sémiramis« , du compositeur André Cardinal Destouches (1672 – 1749) _ ;

et lundi 16 août, sous le titre de « Le Violoniste retrouvé » _ il s’agit là du violoniste Jean-Baptiste Sénaillé (1687 – 1730), compositeur de sonates pour violon et basse continue (parues en 1710, 1712, 1716, 1721 et 1727.

Voici donc ces deux articles :

TRAGÉDIE BABYLONIENNE

Un voyage au Royaume de Siam en mission avec le Père Tachard (épisode immortalisé par Voltaire dans son Destouches à Siam), un engagement dans l’armée du Roi, le siège de Namur, et dans la musique militaire soudain la révélation de son destin, le jeune Destouches, à la vie jusque-là aventureuse, sera compositeur, André Campra son maître, la Tragédie Lyrique son nouveau champ de bataille.

Au soir de sa vie, Louis XIV entend Issé, premier ouvrage lyrique de celui qui, aux côtés de Colin de Blamont, aura pris la charge laissée par Campra : surintendant de la musique du Roi. Le monarque goûte la pastorale, avoue que les talents de compositeur de Destouches lui évoquent ceux de Lully.

Sept ouvrages lyriques suivront, Sémiramis fermant _ en décembre 1718 _ cette théorie de tragédies lyriques brillantes, pleines d’effet, où Destouches se souvenant des leçons de Campra, ose renouveler le genre par l’ampleur de l’orchestre et la puissance dramatique des scènes. Callirhoé marquera le sommet de cette nouvelle manière, l’ouvrage suscitant une admiration frôlant l’hystérie. Le sujet plus sombre de Sémiramis, reine incestueuse, le livret aux arrière-plans psychologiques complexes de Pierre-Charles Roy, le rôle si poignant de la reine de Babylone écrit pour le grand dessus de Marie Antier ne suffirent pas pour garantir à cet opéra au sombre flamboiement le succès qui entourait encore Callirhoé.

C’est que Destouches, prenant le contrepied du goût de la Régence, qui voulait des ouvrages légers, renouait ici avec le grand style de Lully, et avouait son goût pour l’opéra à grands effets – tremblement de terre et foudre vengeresse abondent au long des cinq actes – qu’il mariait avec une justesse psychologique dans l’incarnation des personnages en avance sur son époque. En cela, il annonce Hippolyte et Aricie de Rameau qui paraîtra quinze ans plus tard _ en 1733.

Les Ombres se dévouent à ce compositeur majeur de l’opéra français, l’ensemble de Sylvain Sartre avait déjà révélé Issé, aura participé aux renaissances de Callirhoé, du Carnaval et la Folie, et enregistré l’admirable cantate Sémélé. Avec sa vaillante troupe, ils font flamboyer ce drame sombre si puissant.

Eléonore Pancrazi met son grand soprano à Sémiramis, qu’elle incarne avec ardeur dès « Pompeux attrait » ; il fallait une tragédienne pour incarner la reine de Babylone, elle l’a trouvée. Mathis Vidal incarne les tourments d’Arsane sans craindre la tessiture exposée qui faisait la renommée de Cochereau, Emmanuelle de Negri donne à Amestris la couleur si singulière de ces sopranos lyriques qui dans la tragédie lyrique devaient conjuguer charme et pathétique. Thibault de Damas donne à Zoroastre toute son autorité.

La partition abonde en beautés, et sa fin, sur le simple « Je meurs » de la Reine n’est pas la moins saisissante. Destouches ne reviendra plus au grand style de la tragédie lyrique, Les Eléments, dont la composition fut partagée avec Delalande, sacreront le triomphe de l’opéra-ballet dont la cour de Louis XV sera si friand. Savait-il qu’avec Sémiramis, il refermerait l’univers inventé par Lully, laissant à ses successeurs le soin d’en dévoyer les canons et l’esthétique ?

Et si demain Sylvain Sartre et ses amis remontaient le fil du temps, nous révélant Amadis de Grèce, Omphale, Télémaque et Calypso, Marpesia, première reine des Amazones ?

LE DISQUE DU JOUR

André Cardinal Destouches(1672-1749)
Sémiramis

Eléonore Pancrazi,
mezzo-soprano (Sémiramis)
Mathias Vidal, ténor (Arsane)
Emmanuelle de Negri, soprano (Amestris)
Thibault de Damas, baryton-basse (Zoroastre)
David Witczak, baryton (L’Oracle, L’Ordonnateur des jeux funèbres)
Judith Fa, soprano (Une Babylonienne, Une prêtresse)
Clément Debieuvre, ténor (Un Babylonien, Un génie)

Chœur du Concert Spirituel
Les Ombres
Sylvain Sartre, direction

Un album de 2 CD du label Château de Versailles Spectacles CVS038

Photo à la une : la mezzo-soprano Eléonore Pancrazi – Photo : © DR…

LE VIOLONISTE RETROUVÉ

Dix années séparent Senaillé de Leclair. Le premier fut à bonne école avec son père, un des violons de Lully, le second un virtuose de son instrument dont le métier flamboyant ne pouvait faire oublier qu’il était un compositeur de génie, auteur d’une tragédie lyrique majeure, Scylla et Glaucus, dont la puissance ne se compare qu’aux grands ouvrages de Rameau.

L’un et l’autre auront, de leurs archets impétueux, réuni les goûts français et italien, c’est au premier que Théotime Langlois de Swarte et William Christie consacrent l’essentiel de leur stupéfiant album, et c’est justice : les Sonates si brillantes et si touchantes de Senaillé, emplies de danses et de musettes, parcourues de sarabandes et d’adagios nostalgiques, n’auront suscité qu’un album monographique signé par Odile Edouard voici quelques lustres pour le label K617.

Elles sont merveilleusement chorégraphiées par l’archet plein et souple du jeune homme _ certes ! _, qui sait y faire transparaître les nombreuses influences de l’opéra. Le génie poétique de Senaillé en fait tout sauf un petit maître, il égale Mondonville et n’est pas loin de se hausser au niveau de Leclair lorsqu’il élance la prodigieuse Courante de sa Sonate en mi mineur : cette ardeur du rythme, cet archet qui s’enflamme et danse, coupent le souffle.

Disparu à l’orée de sa quarantaine, ce compositeur qui n’aura composé que des livres _ au nombre de cinq _ de Sonates pour son instrument, méritait qu’enfin on le redécouvre, il ne lui aura manqué que le temps d’approfondir son art, et c’est un peu cruel d’ouvrir ce disque avec la Gavotte de Leclair, qui expose un génie mélodique tendant vers Mozart, alors que la Sarabande de la Sonate en mi de Senaillé est belle comme une phrase de Rebel. A dix ans de distance, l’un regarde l’avenir, l’autre caresse le passé, duo merveilleux que William Christie et son jeune ami ressuscitent avec des tendresses brillantes dont je ne me lasse pas.

Vite, s’il vous plait Messieurs, un second volume.

LE DISQUE DU JOUR

Générations

Jean-Baptiste Senaillé (1687-1730)


Sonate pour violon et basse continue en mi mineur, Op. 4 No. 5
Sonate pour violon et basse continue en sol mineur, Op. 1 No. 6
Sonate pour violon et basse continue en ré majeur, Op. 3 No. 10
Sonate pour violon et basse continue en ut mineur, Op. 1 No. 5


Jean-Marie Leclair (1697-1764)


Sonate pour violon et basse continue en mi mineur, Op. 3 No. 5 (extrait : I. Gavotte)
Sonate pour violon et basse continue en la majeur, Op. 1 No. 5
Sonate pour violon et basse continue en fa majeur, Op. 2 No. 2

Théotime Langlois de Swarte, violon
William Christie, clavecin

Un album du label harmonia mundi HAF89051292 (Série « Les Arts Florissants »)

Photo à la une : le violoniste Théotime Langlois de Swarte – Photo : © DR

Ce lundi 16 août 2021, Titus Curiosus – Francis Lippa

Un Rameau tout simplement idéal de Justin Taylor, en merveilleux « esprit de la danse », ou l’enthousiasmant CD « La Famille Rameau »…

23mai

Saisir l’idiosyncrasie de la musique française, est sans doute une gageure pour tout interprète,

que ce soit au concert, ou au disque…

Voilà ce que vient tout simplement de réussir, et à la perfection, en son CD « La Famille Rameau » _ le CD Alpha 771 _ le jeune Justin Taylor !

Rameau, ou l’esprit de la danse,

en toute son inventive variété.

Délicatesse, fluidité, refus des maniérismes et pesanteurs…

Vivacité heureuse.

Ce que le génial Rameau a réussi en son écriture sur la partition,

l’interprète doit réussir à le saisir et l’incarner en son jeu,

que l’ingénieur du son, le toujours parfait Hugues Deschaux _ il y a maintenant bien longtemps que je l’ai vu à l’œuvre pour Jean-Paul Combet (et Alpha)… _, doit aussi retenir et rendre, à l’enregistrement ;

avec l’indispensable concours, aussi, bien sûr, de l’instrument : ici le magique clavecin Donzelague du château d’Assas !

À titre d’exemple,

voici ce qu’en chronique un des membres de l’équipe de Res Musica en son article du 3 mai dernier, au titre simplement un peu trop anecdotique, « Justin Taylor recompose la famille Rameau au clavecin« …

L’écoute commentée des pièces de Jean-Philippe Rameau qu’a choisies l’interprète, me paraît, en effet, d’une très bonne justesse…

Et mieux encore,

voici une vidéo (de 4′ 08) de Justin Taylor interprétant Les Tendres Plaintes, sur le Donzelague, au château d’Assas.

Justin Taylor _ en Ariel ailé du clavecin _

et Rameau

sont de merveilleux parfaits pourvoyeurs de joie,

à la française…

Ce CD repasse en boucle sur ma platine, et j’en redemande à chaque fois…

L’esprit _ le plus enthousiasmant _ de la danse nous emporte !

Avec toute la délicatesse de son infinie variété, jamais répétitive _ ni, a fortiori, mécanique…

Ce que Debussy avait, l’oreille très fine, lui aussi, su parfaitement repérer dans l’œuvre de Rameau…

Ah, cet unique, et si délectable _ si simple et immédiatement sensible en sa merveilleuse complexité _, goût français !

Ce dimanche 23 mai 2021, Titus Curiosus – Francis Lippa

Philippe Hattat, pianiste, en séquoia, pour le dossier « Les plus belles pousses du piano nouveau », du numéro de septembre de Classica

01sept

C’est dans le cadre de mes recherches des cousinages cibouro-luziens de Maurice Ravel

que Philippe Hattat a pris contact avec moi, en juillet et septembre 2019,

pour me faire part de très fécondes découvertes raveliennes siennes !

Grand merci à lui !

Philippe Hattat connaît bien mes amis Georgie et Luc Durosoir,

ainsi que mon amie cibouro-luzienne Francine Aldin.

C’est donc avec plaisir que je découvre un très élogieux article, intitulé « Philippe Hattat, le séquoia« 

dans le dossier « Les plus belles pousses du piano nouveau« , sous la direction d’Olivier Bellamy,

du magazine Classica de ce mois de septembre 2020 (le numéro 225).

Il y est dit _ je résume ! _ que

Philippe Hattat, pianiste, « dégage une impression de solidité, de science et de transparence qui est la marque des vrais grands esprits universels« .

« Si le musicien est l’homme complet (Valéry), alors Philippe Hattat est complet au carré« .

Le compliment n’est pas mince !

À suivre…

Ce mardi 1er septembre 2020, Titus Curiosus – Francis Lippa

P. s. :

Et, pour mémoire, ce récapitulatif commode, en date du 30 avril dernier,

,

recherches interrompues par le déclenchement de l’épidémie de Covid,

et l’inaccessibilité, depuis, des archives municipales de Ciboure.

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