Posts Tagged ‘Rome

Quelques nouvelles des superbes miniatures italiennes de Bernard Plossu, en conversation discrète avec François-Marius Granet, cet été 2022 au Musée Granet, à Aix-en-Provence

16juil

Très simplement ceci :

Les miniatures italiennes de Bernard Plossu

Bernard Plossu
Bernard Plossu
Bernard Plossu, Villa Medicis, 2001, collection particulière. © Bernard Plossu.
« L’Italie des paysages est ancrée en moi. Depuis toujours, avec une loupe, je regarde les arrière-plans _ voilà ! _ des grands tableaux classiques, les villages, les châteaux, les collines surtout, souvent peintes dans des teintes brunes » écrit Bernard Plossu dans son ouvrage Voyages italiens publié en 2004. L’Italie pour ce photographe né à Đà Lạt, au Sud du Viêt Nam, c’est une histoire de famille qui remonte à loin, « je me sens très italien à cause de la couleur de ma peau et de mes cheveux. » Son arrière-grand-mère était d’Urbino, cette commune où dit-il dans un entretien réalisé par Bruno Ely et publié dans le livre de l’exposition « Plossu – Granet, Italia Discreta » : « je rêve toujours d’aller et ne suis toujours pas allé. »
C’est en février 1970, à l’âge de vingt-cinq ans et en voiture que Bernard Plossu se rend pour la première fois en Italie. « C’était donc en hiver, il pleuvait à torrents et j’ai attrapé une grippe carabinée à Rome avant d’aller à Pompéi encore sous la pluie. C’était un Pompéi sombre. Il n’y avait personne, j’étais avec une petite amie à l’époque et on nous a ouvert Pompéi et là je me suis dit, là, il se passe quelque chose ! » Avant l’Italie, c’était un peu la famille, mais surtout le cinéma, comme beaucoup de jeunes Français de sa génération, il avait été marqué par les films de Don Camillo.
Bernard Plossu, Rome, 1980, collection particulière. © Bernard Plossu.
François-Marius Granet, Vue prise à la Villa Médicis, 1er tiers du XIXe siècle, musée Granet, Aix-en-Provence. © Claude Almodovar / Musée Granet, Ville d’Aix-en- Provence.
François-Marius Granet, Vue du monastère des Capucins et de l’arbre de San Felice à Tivoli, musée Granet, Aix-en-Provence. © Claude Almodovar / Musée Granet, Ville d’Aix-en-Provence.
Bernard Plossu, Florence, 1993, collection particulière. © Bernard Plossu.
 « Je me souviens être arrivé de nuit à Gênes, et je n’en croyais pas mes yeux de voir sur le port tous les feux allumés – c’était en hiver, les prostituées du port se chauffaient avec des braseros, et tout… On s’est retrouvés là-dedans, j’étais avec ma copine, où dormir ? Je ne m’en souviens plus en fait. » De ce premier séjour, il a quelques images comme une photographie en noir et blanc de Pompéi sous la pluie. Il s’installe ensuite aux États-Unis, sur les hauts plateaux du Nouveau-Mexique pour « un long séjour américain » dont on peut retrouver des images dans l’ouvrage So Long. Vivre l’Ouest américain 1970/1985 publié par les éditions Yellow Now.
« Je suis retourné à Rome en 1979 en provenance du Nouveau-Mexique. Puis, nouveau séjour romain en 1980. À partir de 1985, j’ai fait au moins une bonne quarantaine de petits séjours partout en Italie, en Toscane, en Ligurie particulièrement. Basé à La Ciotat, je pouvais y aller en voiture ou en train… » Le photographe se prend de passion pour l’Italie. Il se rend partout, « des paysages de montagne près de Cuneo, à la frontière du col de l’Arche, c’était à Chialvetta, jusqu’en Sicile ou en Sardaigne. » Ces séjours italiens, il ne les arrêtera jamais, sauf pendant la période du Covid.

François-Marius Granet, Intérieur d’une cour à Tivoli, musée Granet, Aix-en- Provence. © Claude Almodovar / Musée Granet, Ville d’Aix-en-Provence. / Bernard Plossu, Lucca, 2009, collection particulière. © Bernard Plossu.
Féru de littérature italienne, Bernard Plossu lit tout, du polar à la poésie, et principalement des auteurs contemporains où un certain « humour italien » lui plaît, « un humour qui touche au drame de la vie et qu’on peut résumer en une expression, quand tu lèves les sourcils : “Ecco !” C’est comme ça ! Et ça, c’est très italien, tu vois : il t’arrive un truc terrible, et tu arrives à le prendre ainsi. » La peinture italienne le captive également : Campigli, Sironi, De Chirico, Melli, de Pisis, Scipione. « Quand je suis en Italie, je vais dans les musées. Dans n’importe quelle ville, je trouve toujours un peintre que je ne connais pas, ou deux ou trois, avec souvent des catalogues à cinq euros parce qu’ils ne sont pas connus et que personne n’en veut. »
Dans l’exposition « Plossu – Granet, Italia Discreta », les commissaires Bruno Ely et Pamela Grimaud créent des liens _ voilà _ entre les photographies de Bernard Plossu et les peintures de François-Marius Granet. « Deux siècles les séparent, mais deux amis s’étaient rencontrés. » écrit Pamela Grimaud. Peintre emblématique de la ville d’Aix, François-Marius Granet (1775-1849) fut lui aussi inspiré et fasciné par Rome et l’Italie. « L’un et l’autre ont parcouru la campagne romaine, poursuit-elle, happés par la lumière qui anime le paysage contemplé. La qualité de l’espace devant soi, les valeurs de clair-obscur, les rapports du plein et du vide, autant de critères que le peintre et le photographe ont souhaité donner à voir, appareil Nikkormat ou carnet de croquis à la main. »
Bernard Plossu, Rome, 1979, collection particulière. © Bernard Plossu.
François-Marius Granet, Ruines d’un arc du Colisée à Rome, musée Granet, Aix-en-Provence. © Claude Almodovar / Musée Granet, Ville d’Aix-en-Provence.
Bernard Plossu photographie l’Italie en 50mm, « ce qui est l’unité de ton de Corot et des œuvres italiennes de Granet (…) Au 50 mm, c’est impossible de faire de l’effet, il n’y a ni la distorsion du grand angle, ni l’aplatissement du téléobjectif, c’est l’objectif photographique au plus près de l’œil. » Ruelles chargées d’histoire, de culture, de mémoire, paysages suspendus dans le temps, Bernard Plossu travaille principalement en noir et blanc, mais expérimente parfois la couleur à travers le tirage Fresson qui donne un rendu délavé, granuleux, doux et presque poudré à ses images. Une soixantaine de lavis et d’aquarelles du peintre François-Marius Granet sont mises en regard au Musée Granet avec plus de cent photographies de Bernard Plossu, pour la plupart inédites, des petits tirages, « mes miniatures dit-il, (qui) sont sans doute miniatures pour respecter ce côté miniature des fonds de tableaux. Tout d’un coup, je suis en train d’y penser (…) En général, quand on fait quelque chose, pour que ce soit bien, il faut que ce soit plus fort que soi, c’est-à-dire complètement inconscient, et c’est exactement ce qui m’a fait photographier l’Italie. »
« Plossu – Granet, Italia Discreta » au Musée Granet, Pl. Saint-Jean de Malte, 13100 Aix-en-Provence, dans le cadre du Grand-Arles Express, jusqu’au 28 août 2022.
Plossu – Granet, Italia Discreta est publié par les Éditions Filigranes et le Musée Granet, 192 pages, 29€.
François-Marius Granet, Vue du torrent de Santa Scolastica sur le chemin de San Benedetto Subiaco, musée Granet, Aix-en-Provence © Claude Almodovar / Musée Granet, Ville d’Aix-en-Provence.
Bernard Plossu, Barga, Toscane, 2009, collection particulière. © Bernard Plossu.

Ce samedi 16 juillet 2022, Titus Curiosus – Francis Lippa

A Chantal Thomas, en souvenir d’avant 1968 à Bordeaux

17juin

 

Chère Chantal,
C’est mon ami – et désormais voisin – Philippe T. qui m’a appris hier votre réception à l’Académie française.
Et j’ai aussi découvert que parmi ceux qui ont assisté à cette réception se trouvait Denis Mollat.
J’ai alors pensé à ouvrir le « Dictionnaire amoureux de la Librairie Mollat « , pour m’apercevoir que nous avions tous deux tiré au sort la lettre « O « .
J’ai choisi le mot « Oasis « (« Oasis versus désert « ), et vous le mot « Ouvrir « ; et nos contributions se suivent donc, aux pages 173 à 177, et 179 à 182 de ce joli Dictionnaire, paru en 2016.
Et bien sûr votre « Ouvrir «  fait respirer le grand large vivifiant de l’Océan, via les sables d’Arcachon, et la lecture de livres bien ouverts sur le monde et les autres, en leur singularité voyageuse passionnante…
Fidèlement,
et à la joie de vous lire, chère Chantal,
Francis Lippa, à Bordeaux
Ce vendredi 17 juin 2022, Titus Curiosus – Francis Lippa
OASIS versus désert
… 
Sans anticiper le réchauffement qui nous promet le climat de l’Andalousie ou celui du Sahel, et même si manquent en ses vastes espaces, lumineux, tout de plain-pied et d’équerre dans leur agencement, les palmiers-dattiers, fontaines-cascatelles et bassins à nénuphars de l’Alhambra de Grenade, l’image de l’Oasis sied admirablement à la librairie Mollat, et aux usages que j’en fais : face au désert qui gagne. Et cela, dans le style du classicisme français, en une ville dont le siècle d’accomplissement est celui des Lumières, et sur le lieu même où un temps habita Montesquieu.
… 
Oui, la librairie Mollat est bien une luxuriante oasis de culture vivante, résistant au désert (d’absence de culture vraie)D’où mon attachement à elle, comme à la ville de Bordeaux, dont elle est le foyer irradiant de culture qui me convient le mieux : car par elle, en lecteur et mélomane toujours curieux d’œuvres essentielles, j’ai un contact tangible immédiat avec un inépuisable fonds (recelant des pépites à dénicher) d’œuvres de vraie valeur, à lire, regarder, écouter, avec lesquelles je peux travailler, m’entretenir-dialoguer dans la durée. Un peu comme Montaigne s’essayait en sa tour-librairie à ces exercices d’écriture qui feront ses Essais, par l’entretien avec les auteurs dont les voix dans les livres venaient conférer à demeure avec lui, leur lecteur, une fois qu’il fut privé de la conversation sans égale de La Boétie.
En son sens propre bio-géographique, le désert ne cesse de bouger : il avance-recule en permanence, mais si peu visiblement au regard ordinaire que la plupart de nous n’y prenons garde. Alors quand « le désert croît » (Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra), l’oasis foyer de résistance à la désertification, est-elle d’un vital secours – nourricier, mais aussi succulent ! –, pour tous les vivants dont la vie (et la vie vraie, la vie de culture : à cultiver !) dépend. Contribuer à faire reculer le désert en aidant les oasis à résister, se renforcer-développer, resplendir, est l’essentielle mission de civilisation. A l’envers de (et contre) tout nihilisme, c’est à cette fin que Nietzsche appelle à ce sursaut qu’il nomme « le Sur-humain ».
Ainsi en va-t-il des mouvements d’une oasis de culture vraie – expression pléonastique : l’oasis n’existant que d’être, et inlassablement, mise en culture par une minutieuse et très entretenue, parce que fragile en sa complexité, irrigation ; la barbarie s’installe dans l’Histoire quand et chaque fois que sont détruits sans retour les systèmes d’adduction aux fontaines et jardins – comme à Rome ou Istanbul. Et ce qui vaut à l’échelle des peuples vaut à celle des personnes, en leur frêle (improbable au départ) capacité de singularité de personne-sujet, qu’il faut faire advenir contre les conformismes, et aider à s’épanouir. La singularité suscitant la rage de destruction expresse des barbares.
… 
Je parle donc ici de la culture vraie (authentique, juste, probe, vraiment humaine) face aux rouleaux-compresseurs – par réalisation algorithmique, maintenant, de réflexes conditionnés panurgiques – de la crétinisation marchande généraled’autant plus dangereuse que l’imposture réussit – par pur calcul de chiffre de profit, sans âme : les âmes, elle les stérilise et détruit – à se faire passer auprès du grand nombre pour culture démocratique ; et à caricaturer ce qui demeure – en mode oasis de résistance – de culture authentique, en misérable élitisme passéiste, minoritaire, dépassé (has been), comme le serinent les médias inféodés aux marques.
… 
Ainsi, en ma ville aimée de Bordeaux – cité classique -, la librairie Mollat – sise le long du decumanus tiré au cordeau de l’antique Burdigala – est-elle cette vitale oasis de culture vraie, tant, du moins, et pour peu qu’elle résiste assez à l’emprise des impostures des livres (et disques) faux ; et il n’en manque pas, de ces leurres jetés aux appétits formatés et panurgiques des gogos consommateurs ! Et là importe la présence effective de libraires-disquaires qui soient de vraies capacités de conseils de culture authentique, et par là, passeurs d’enthousiasmes – quand il y a lieu –, autant que de vigilants traqueurs d’imposture de produits promis à rapide et méritée obsolescence. Cette médiation-là constituant un crucial atout de la dynamique de résistance et expansion de pareille oasis de culture vraie. Mes exigences d’usager sont donc grandes.
… 
Sur un terrain plus large, celui du rayonnement plus loin et ailleurs qu’à Bordeaux, de l’Oasis Mollat, j’ai l’insigne chance de disposer, sur son site, d’un blog ami : En cherchant bien _ Carnets d’un curieux, signé Titus Curiosus, ouvert le 3 juillet 2008, où j’exprime et partage en parfaite liberté, mes enthousiasmes – l’article programmatique « le carnet d’un curieux », qui reprenait mon courriel de réponse à Corinne Crabos me proposant d’ouvrir ce blog, n’a pas vieilli.
 
Parfois sur ma proposition, parfois à sa demande, la librairie m’offre de temps en temps, aussi, la joie de m’entretenir vraiment, une bonne heure durant, dans ses salons, avec des auteurs de la plus haute qualité : ce sont les arcanes de leur démarche de création, leur poïétique, qu’il me plaît là d’éclairer-explorer-mettre au jour, en toute leur singularité – dans l’esprit de ce que fut la collection (Skira) Les Sentiers de la créationPodcastables, et disponibles longtemps et dans le monde entier sur le web, ces entretiens forment une contribution patrimoniale sonore consistante qui me tient très à cœur. Pour exemples de ces échanges nourris, j’élis la magie de ceux avec Jean Clair _ lien au podcast _, Denis Kambouchner, Bernard Plossu _ en voici un lien pour l’écoute.
A raison de deux conférences-entretiens quotidiens, la librairie Mollat constitue une irremplaçable oasis-vivier d’un tel patrimoine de culture : soit une bien belle façon de faire reculer, loin de Bordeaux aussi, le désert.
 …
Voilà pour caractériser cette luxuriante Oasis rayonnante qu’est à Bordeaux et de par le monde entier, via le web, ma librairie Mollat.

L’enchantement de l’évidence parfaite du « Plossu / Granet Italia discreta » du Musée Granet à Aix-en-Provence (29 avril – 28 août 2022) : un pur classicisme d’images cueillies au vol à la simple croisée de l’éternité…

22mai

D’abord, ce tout simple petit courriel adressé hier samedi 21 mai, à 14 h 17, à l’ami Bernard Plossu :

Ce matin, j’ai enfin trouvé ton « Plossu/Granet Italia discreta » chez Mollat.

Et j’achève à l’instant de le lire et regarder-contempler en entier :
c’est un chef d’œuvre absolu ! de partaite humilité du regard, d’une tendre et éblouissante évidence sensible, à la fois.
On dirait que vous vous êtes trouvés, Granet et toi, aux mêmes lieux, à Rome et ailleurs en Italie, et aux mêmes moments _ c’est déjà un peu plus extraordinaire ! _, avec de semblables regards : justissimes ! C’est stupéfiant !
Mais c’est que tous deux êtes d’un parfait classicisme d’éternité !
Francis
J’aime beaucoup aussi la simplicité justissime, elle aussi, de l’entretien avec Bruno Ely.
Bravo, bravo !
Cette réalisation est splendide !

Ensuite, ce très bel article intitulé  » Rome, physica e metaphysica, par François-Marius Granet, peintre, et Bernard Plossu, photographe » _ et cliquer sur le lien précédent pour accéder aux superbes images ! _, de Fabien Ribéry, avec, en vert, de menues farcissures de ma part ;

et en parfaite connivence avec mon propre ressenti :

Rome, physica e metaphysica, par François Marius Granet, peintre, et Bernard Plossu, photographe

 le 21 MAI 2022
 ©Bernard Plossu
Il y a actuellement, au musée Granet de la cité romaine d’Aix-en-Provence, une des plus belles expositions qui soient, presque franciscaine dans son dépouillement et sa grâce, Italia discreta.
Rien de spectaculaire ou de grandiloquent, mais une intimité de conversation et d’évidence _ les deux, en effet ! _ entre les œuvres d’artistes d’époques différentes, le peintre et dessinateur français François Marius Granet (1775-1849) et le photographe Bernard Plossu (né en 1945 à Dà Lat, Vietnam du Sud) passé par nombre de jardins de poussière et la totalité des îles italiennes.
On a souvent pensé avec lui que Corot était son alter ego, mais Granet, dans ses tableaux de petits formats, est d’évidence de sa famille sensible _ excellente expression.
La simplicité du principe de l’exposition en fait toute la saveur : faire dialoguer de façon dynamique une soixantaine d’aquarelles et lavis en clair-obscur du peintre aixois, réalisés à Rome et dans ses alentours, avec une centaine de photographies pour la plupart inédites du photographe globe-trotteur – l’empan chronique choisi allant du début des années 1970 à 2017 -, vues similaires ou très proches de celles de son devancier.
 ©Bernard Plossu
La plupart des photographie sont en noir et blanc, mais il y a aussi _ pour mon bonheur ! _ des tirages Fresson – tirage mat au charbon au rendu granuleux très doux – qui sont d’une grande beauté (aucun effet facile de brillance).
Les deux artistes regardent le paysage romain avec un même sens du silence intérieur, du mystère des petites formes, de la présence structurante du vide _ tout cela est magnifiquement juste..
Arts graphique 19è siècle – Collection du Musée Granet
Granet et Plossu, qui ont tous deux longuement séjourné en Italie, ne craignent pas la solitude, ni le jeu des ombres tombant sur des ruines, ni la puissance végétale ordonnant les apparences, ni les ciels gris, leurs travaux pouvant être considérés _ parfaitement ! _ comme des études d’après nature.   
Quelques traits, des ifs, une colline, une villa patricienne ou une ferme, un escalier, une lumière spéciale, nul doute, l’Italie est là, dans sa plénitude, peinte par Granet comme on prend des notes, et photographiée au Nikkormat 50 mm par un artiste adepte des petits formats, des miniatures, lui rappelant, confie-t-il dans un entretien passionnant _ mais oui ! _ avec Bruno Ely, les fonds de tableaux qu’il aime regarder à la loupe.
Granet et Plossu n’intellectualisent pas, sont simplement là, humblement _ oui, oui, oui ! _, sur le seuil des paysages qu’ils contemplent, comme pour ne pas déranger _ et simplement en passant là, mais sachant saisir d’un simple coup d’œil artisanal (et pudique), la grâce splendide alors croisée et offerte ; c’est tout à fait cela
… 
 ©Bernard Plossu
« Le paysage italien de Plossu, analyse l’historien de l’art Guillaume Cassegrain, est fait de portes (Granet puise aussi dans cette iconographie de l’hospitalité) qui sont la promesse de choses à voir, « le portail secret de l’initié » [Walter Benjamin]. La porte San Paolo, qui ouvre au sud-est Rome à la mer, avec la pyramide de Cestius à sa marge, au-delà du témoignage d’un monument célèbre de la ville, vaut pour une iconographie de l’entrée et révèle au cœur du paysage sa propre structure d’accueil. Plossu y revient _ de même que Granet : sur les seuils… _ avec ses nombreuses vues à travers une arche, un portique, qui fonctionnent à la manière d’encadrements _ mais oui _ de perspectifs permettant de condenser les rayons du regard et d’intensifier le désir qu’il emporte dans son mouvement de saisie. »
Passionné de littérature et de cinéma italiens, mais aussi par les peintres peu connus de la « Scuola romana », Bernard Plossu parvient à concilier sobriété et vivacité, culture et malice, mémoire visuelle et disponibilité absolue _ tout cela est parfaitement vu.
 ©Bernard Plossu
« On dit toujours, explique-t-il, qu’il faut rester chez soi quand il fait chaud, moi ça ne me bloque pas. Au contraire, je trouve que ces ombres et ces lumières existent aussi. Dans certains paysages de notre exposition, on trouvera cette lumière crue du milieu de la journée qui n’est pas recommandée en photo mais qui ne me gêne pas, parce qu’elle existe autant que la belle lumière du matin ou du soir. D’ailleurs, je photographie même en dormant ! C’est-à-dire qu’il m’est souvent arrivé de me réveiller et de voir un truc à la fenêtre, une lumière. Je fais une photo et je me rendors. Finalement, mon truc, c’est que je ne peux plus ne pas voir. Donc, qu’il soit midi, avec plein de soleil, ou huit heures du matin, avec une douce clarté, s’il y a une photo, la lumière ne compte plus. Ce qui compte, c’est qu’il y ait une photos, mais pour moi, c’est impossible de dire POURQUOI il y a une photo. A mon avis, aucun photographe ne peut arriver à dire pourquoi il prend cette photo-là. Moi j’appelle ça le mystère de la photographie » _ une expression que pour ma part je prèfère à celle d’ « instinct » du photographe. Le déclic, bien sûr, n’ayant absolument rien d’instinctif…
On entre en Italie par le Col d’Agnel ou le Col de Larche, on avance d’un pas ferme dans le paysage et pourtant tout est lent, comme suspendu, posé là sans drame.
Un mot pour désigner Bernard Plossu et François Marius Granet ? La fraîcheur, l’intensité de l’immédiat, la présence comme absolu _ une disponibilité au merveilleux de ce qui se présente, Kairos aidant…
Tous deux contemplent des paysages, mais ce sont ces mêmes paysages qui les désignent d’abord _ oui : eux se contententant d’y répondre par leur geste sûr d’artisan en toute simplicité.
Plossu / Granet, Italia discreta, textes de Sophie Joissains, Guillaume Cassegrain, Paméla Grimaud, entretien de Bernard Plossu avec Bruno Ely, tirages réalisés pour les noir et blanc par Françoise Nunez et Guillaume Geneste et la couleur par l’atelier Fresson, Filigranes Editions, 2022, 194 pages
 ©Bernard Plossu
Catalogue publié à l’occasion de l’exposition éponyme présentée au musée Granet (Aix-en-Provence), du 29 avril au 28 août 2022 – commissariat général Bruno Ely et Paméla Grimaud
Arts graphique 19è siècle – Collection du Musée Granet
Ce dimanche 22 mai 2022, Titus Curiosus – Francis Lippa
 

 

Découvrir les Madrigaux à 5 voix (de 1638) de Domenico Mazzocchi, par Les Traversées baroques et Etienne Meyer

10mai

Le madrigal en musique a connu ses beaux jours tout au long du XVIe siècle, à la Renaissance, et jusqu’en la première moitié du XVIIe siècle.

Et tout particulièrement avec les 8 Livres de Madrigaux de Claudio Monteverdi.

L’édition des Madrigali a Cinque Voci de Domenico Mazzocchi, à Rome, en 1638,

marque ainsi une étape tout à fait intéressante dans l’histoire de ce très précieux genre musical…

Et c’est donc à ce titre que le CD qui paraît ce mois de mai 2022 du CD « Prime le parole » de l’Ensemble Les Traversées Baroques, sous la direction musicale d’Etienne Meyer,

constitue un très notable apport à la discographie de ce genre éminent, et même majeur :

cf cette vidéo….

Et au passage, je remarque aussi la grande qualité de la notice du livret, sous la plume d’Olivier Rouvière.

La vie et la carrière de Domenico Mazzocchi sont l’exemple même de la condition aisée et mondaine d’un musicien cultivé à Rome au 17è siècle. La protection des familles _ papales _ Aldrobrandini, Barberini, Pamphilij et Borghese lui vaut une réputation tenace de musicien dilettante, d’autodidacte ou d’amateur : si cette condition de gentilhuomo le tient en effet à l’abri des soucis financiers, s’il n’est attaché à aucune chapelle ou institution musicale, Domenico Mazzocchi n’en est pas moins un érudit, historien passionné par l’antiquité, un lettré et un musicien « poète » très attaché au choix de ses textes : Virgile, Petrarque, Le Tasse…

Son œuvre musicale reflète parfaitement la richesse de la culture romaine de l’époque.

Mazzocchi est également soucieux d’indiquer de manière très précise la manière d’interpréter ses œuvres : ces Madrigali à 5 datant de 1638 donnent de précieuses indications en matière de signes dynamiques, d’expression et de nuances. Mazzocchi est l’un des premiers à noter par les termes cresc, dim, p ou f au cœur de l’ouvrage. Il donne également une définition très utile des messa di voce, écho, trilli ou enharmonies et chromatismes.

Domenico Mazzocchi, gentilhomme di naturale modestia e gentilezza di maniere, contribue par l’écriture de ces madrigaux à l’évolution de la musique de son temps, dans la lignée de Caccini et à la suite de Claudio Monteverdi, à servir la cause de la Seconda Prattica, sa devise étant : l’oratione sia padrone del armonia e non serva (que l’art oratoire soit le maître de l’harmonie, et non son serviteur).

Ce mardi 10 mai 2022, Titus Curiosus – Francis Lippa

De l’écriture du « Soldat indien » à la traduction et présentation du « Pain perdu » d’Edith Bruck, des nouvelles (et une vidéo) de René de Ceccatty

09mai

En réponse à mon envoi, ce jour de mon article d’hier 8 mai _ et achevé ce matin _ « « ,

l’ami René de Ceccatty m’a adressé ce courriel-ci :

« Merci cher inépuisable Francis…

J’ai fait suivre ton merveilleux mail à Martine Sagaert qui en sera assurément très  heureuse.
Hier, j’ai servi d’interprète pour une rencontre au Mémorial de la Shoah entre Edith Bruck et le critique Norbert Czarny.
Voici le lien :
https://www.youtube.com/watch?v=FbfbyDWo0Xg&t=24s
Je pense que tu seras touché, mais tu ne découvriras rien de bien nouveau, cela va de soi.
Avec mon amitié et ma reconnaissance, Francis, pour tant d’attention et de travail…
René« 

De fait,

cet Entretien-ci (de 105′ ; vidéocasté), depuis le Mémorial de la Shoah, à Paris, avec Edith Bruck se trouvant, elle, à Rome,

apporte de nouveaux compléments utiles aux lecteurs admiratifs et un peu curieux de son passionnant _ et best-seller international ! _ « Le Pain perdu« …

Et René de Ceccatty est aussi en train de traduire de l’italien en français deux autres livres récents d’Edith Bruck,

qu’il connaît bien désormais,

ouvrages dans lesquels Edith Bruck aborde la vie à Rome avec son compagnon Nelo Risi (Milan, 1920 – Rome, 2015) :

« La Rondine sul termosifone » paru en 2017

et « Ti lascio dormire » paru en 2018,

aux Éditions La nave di Teseo…

Actualité littéraire bien sûr à suivre de très près…

Ce lundi 9 mai 2022, Titus Curiosus – Francis Lippa

Chercher sur mollat

parmi plus de 300 000 titres.

Actualité
Podcasts
Rendez-vous
Coup de cœur