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Pour élargir notre connaissance des compositeurs du temps de la Shoah

21sept

Ce jour, sur le site de ResMusica,

Jean-Christophe Le Toquin ouvre notre connaissance des compositeurs du temps de la Shoah,

par un article « Cinq destins  de compositeurs juifs du XXe siècle« , consacré à un passionnant CD intitulé « Jewish destinies« , un CD KMI (Karusel Music International), proposé par le chef d’orchestre Amaury du Clausel..

Cinq destins de compositeurs juifs du XXe siècle par Amaury du Closel

Avec l’album Destins juifs, Amaury du Closel poursuit son travail de défense et de reconnaissance _ voilà _ des compositeurs du XXᵉ siècle marqués par la Shoah. Il fait mouche avec la jeune soprano Erminie Blondel.

Si les œuvres proposées dans cet album ont été composées entre 1912 (le Pierrot Lunaire de Max Kowalski) et 1947 (les Huit chants populaires juifs de Simon Laks) et dépassent donc les circonstances historiques de la persécution nazie, c’est bien la Shoah qui fait le lien entre les cinq compositeurs réunis ici. Elle a bouleversé leur destin, par l’enfermement, pour les uns l’exil, pour les autres la mort. Deux ont payé le prix ultime, Viktor Ullmann et Ilse Weber assassinés en 1944 à Auschwitz. Louis Saguer, musicien allemand engagé politiquement auprès des communistes, a fui Berlin pour Paris en 1933. Il ne fut pas déporté par les nazis, mais interné en 1939 par les autorités françaises, avant d’être naturalisé français en 1947.

Dans la lignée de son engagement depuis 2003 avec son initiative des Voix Étouffées, Amaury du Closel remet en lumière ces compositeurs sinon oubliés, du moins méconnus. Et pourtant, elle est belle leur musique _ oui.

Qui connaît le Pierrot lunaire de Max Kowalski, composé la même année 1912 que celui, fameux, d’Arnold Schoenberg ? Schoenberg le connaissait et ne dédaignait pas ce cycle plus court – 12 poèmes contre 21 – à l’esthétique certainement moins avant-gardiste, mais qui dégage un vrai parfum fin de siècle avec une pointe d’humour. Les deux Pierrot juxtaposés composeraient une belle affiche de concert !

Les Cuatro cánticas Sefardíes ou Quatre chants populaires judéo-espagnols de Louis Saguer (1935-1936) en langue ladino (parlée dans les Balkans par les descendants des Juifs d’Espagne chassés en 1492 !), les Trois mélodies yiddish de Viktor Ullmann (1944) et les Huit chants populaires juifs de Simon Laks (1947) ont en commun d’avoir été écrits en acte de résistance face à la volonté d’extermination, pour que la culture juive (re)vive. Ainsi vont les tentatives de négation et d’extermination, elles aboutissent à revivifier la culture qu’elles oppriment.

Ilse Weber, choisit, elle, un autre moyen de se mettre debout et de nous mettre à genoux : l’extrême simplicité, la dignité, la pudeur. Pour bercer les enfants et qu’ils oublient le camp et leur destin. Quelle force d’âme dans cette douceur ! Il semble que des décennies après leur composition, on n’a pas fini d’apprécier la puissance de ces mélodies qui glissent comme de l’eau.

Dans ce généreux programme de 75 minutes, la soprano Erminie Blondel doit ainsi varier les styles, de la mélodie fin de siècle Mitteleuropa aux chansons populaires séfarades et yiddish, en concluant par les chansons universelles dépourvues de sophistication, émouvantes par le dépouillement. L’expression est toujours juste, jusqu’aux dernières paroles sans accompagnement qui closent le disque et nouent la gorge. C’est un disque qui par son éthique fait écho à l’album _ marquant !Terezín/Theresienstadt par Anne Sofie von Otter (DG). Un enregistrement qui n’apportera pas une gloire brillante à ses auteurs, mais qui durera.

Le livret avec les poèmes tous proposés en langue originale et traduits en français et en anglais, est riche et indispensable.

Lire aussi :

Anne Sofie von Otter : Theresienstadt / Terezín

Terezín/Theresienstadt.

Ilse Weber (1903 – 1944) : Ich wandre durch Theresienstadt, Ade, Kamerad !, Und der Regen rinnt, Wiegala ;

Karel Svenk (1917-1945) : Pod destnikem, Vsechno jde ! (Marche de Terezin).

Adolf Strauss (1902 – 1944) : Ich weiß bestimmt, ich werd Dich wiedersehn !

Anonyme : Terezin-Lied ;

Martin Roman (1910-1996) : Wir reiten auf hözelrnen Pferden ;

Hans Krasa (1899-1944) : Trois mélodies d’après Arthur Rimbaud ;

Carlo Sigmund Taube (1897-1944) : Ein jüdisches Kind ;

Viktor Ullmann (1898-1944) : Beryozkele, Trois Mélodies tirées des Six Sonnets, opus 34 ;

Pavel Haas (1899-1944) : Quatre Chants sur des poésies chinoises ;

Erwin Schulhoff (1894-1942) : Sonate pour violon (1927).

Anne Sofie von Otter, mezzo-soprano ; Christian Gerhaher, baryton ; Daniel Hope, violon ; Bengt Forsberg, Gerold Huber, piano ; Bebe Risenfors, accordéon, guitare, contrebasse ; Ib Hausmann, clarinette ; Philip Dukes, alto ; Josephine Knight, violoncelle.

1 CD Deutsche Gramophon 477 6546, code barre : 0 2894776546 2.

Enregistré à Berlin en février 2006 et Munich en février 2007.

Notice et textes trilingues en français, anglais, allemand.

Durée : 71:40

 

Jewish destinies.

Louis Saguer (1907-1991) : Cuatro cánticas Sefardíes.

Max Kowalski (1882-1956) : 12 Gedichte nach Pierrot lunaire op. 4.

Simon Laks (1901-1983) : Huit chants populaires juifs (arrangement : Amaury du Closel).

Viktor Ullmann (1898-1944) : Drei jiddische Gesänge op. 53.

Ilse Weber (1903-1944) : Theresienstadt et six autres mélodies.

Erminie Blondel, soprano ; Thomas Tacquet, piano ; Orchestre Les Métamorphoses, direction : Amaury du Closel.

1 CD KMI.

Enregistré en 2018 à l’auditorium Antonin Artaud à Ivry-sur-Seine.

Textes des mélodies en langue originale, anglais et français, notice bilingue.

Durée : 75:03

Ce mardi 21 septembre 2021, Titus Curiosus – Francis Lippa

 

Avoir lu « Refus de témoigner » de Rüth Klüger

07oct

Aujourd’hui,

nouvelle _ un peu froide _ de la disparition, à l’âge de 88 ans, de Rüth Klüger,

dont j’avais lu, à sa parution en traduction française, chez Viviane Hamy, en 2010,

Refus de témoigner.

Voici l’article de ce jour du Figaro,

sur cette disparition de l’auteur d’un livre qui nous a marqué :

Mort de Ruth Klüger, romancière et survivante de la Shoah, à 88 ans

DISPARITION – L’auteur américaine d’origine autrichienne est décédée en Californie, a-t-on appris ce mercredi 7 octobre auprès de sa maison d’édition viennoise.

Par Le Figaro avec AFP
Publié il y a 5 heures
«Ce n'est pas à nous, survivants, d'être responsables du pardon», disait Ruth Klüger, survivante des camps, qui vient de s'éteindre à 88 ans.
«Ce n’est pas à nous, survivants, d’être responsables du pardon», disait Ruth Klüger, survivante des camps, qui vient de s’éteindre à 88 ans. JOHN MACDOUGALL / AFP

Née en octobre 1931 à Vienne dans une famille juive, Ruth Klüger avait été déportée alors qu’elle n’avait pas 11 ans au camp de concentration de Theresienstadt, dans le protectorat de Bohême-Moravie dépendant de l’Allemagne nazie, aujourd’hui Terezin en République tchèque.

À 14 ans, elle rejoint Auschwitz, en Pologne, avant d’être envoyée dans un autre camp où elle fut victime du travail forcé. Immigrée aux États-Unis à l’âge de 15 ans, elle fera ses études à New York et à l’université de Berkeley en Californie.

Devenue professeur, spécialiste de littérature germanique, elle se consacra d’abord à ses travaux de recherche, et ce n’est qu’après un grave accident de la route en Allemagne dans les années 1980 qu’elle évoqua son expérience des camps.

Dix ans plus tard _ en 1990 donc _, l’universitaire publiait Refus de témoigner, où elle portait un regard critique sur le travail de mémoire. «La torture n’abandonne pas le torturé, jamais, de toute sa vie», écrivait-elle.

À la presse autrichienne, Ruth Klüger avait confié son «ressentiment pour une injustice qui ne pourra jamais être réparée». «Ce n’est pas à nous, survivants, d’être responsables du pardon», disait-elle.

Dans un discours émouvant devant le Bundestag à Berlin, elle avait salué en janvier 2016 la politique «héroïque» de la main tendue aux réfugiés d’Angela Merkel.

 …

«Ce pays qui, il y a 80 ans, fut responsable des crimes les plus atroces du siècle, a aujourd’hui gagné les applaudissements du monde entier grâce à l’ouverture de ses frontières et la générosité avec laquelle il a pris et prend encore en charge le flot de réfugiés syriens et d’autres nationalités», avait lancé l’intellectuelle.

Ruth Klüger avait reçu de nombreux prix littéraires, dont le prix Mémoire de la Shoah en 1998, ainsi qu’en 2011 le prix autrichien Theodor Kramer, qui récompense des écrivains en résistance ou en exil.

«Il est rare de rencontrer une personne avec autant de magnétisme», lui a rendu hommage son éditeur Zsolnay dans un communiqué.

 

 

La discographie Weinberg (suite) : deux Requiem symphoniques…

12fév

En forme d’appendice à mon article d’avant-hier

,

après l’article du 8 juillet 2019  Mirga Gražinytė-Tyla et Gidon Kremer signent un disque majeur de Weinberg du site Resmusica,

sous la signature de Stéphane Friédérich,

voici qu’aujourd’hui 12 février 2020,

et sous le titre Kaddish,

le site Discophilia de Jean-Charles Hoffelé

consacre à ce même double CD Deutsche Grammophon 4836566

des Symphonies n° 2 et 21 de Mieczyslav Weinberg,

par Gidon Kremer et Mirga Grazinyte-Tyla

dirigeant le City of Birmingham Symphony Orchestra et la Kremerata Baltica,

Weinberg Symph 2 21 DG

un nouveau très bel article parfaitement détaillé :

KADDISH

Un berceau de cordes ouvre dans un grand geste la vaste prière pour les morts juifs des deux holocaustes, celui d’Hitler et celui de Staline, qu’est la 21e Symphonie de Mieczysław Weinberg, partition au noir _ de 1991 _ dont l’ampleur _ voilà _ aura fait dire à Gidon Kremer qu’il avait, en lisant la partition, le sentiment de découvrir la Onzième Symphonie de Gustav Mahler _ décédé à Vienne le 18 Mai 1911, laissant sa 10 ème Symphonie inachevée…

Ce deuil ne veut pas de voix, la musique est le langage de l’indicible _ oui _, son prophète est ici un violon, un seul violon, l’instrument immémorial du peuple ashkénaze _ certes _, que Gidon Kremer joue en déploration _ en effet. Le Largo qui ouvre l’œuvre cite à nu sur un piano solitaire, un fragment de la Première Ballade de Chopin, bref tombeau _ elle aussi, en 1831 _ de cette Pologne disparue qui fut toujours la vraie patrie du compositeur, exilé dans cette Union Soviétique qui aura dépecé _ voilà ! _ avec l’aigle nazi son pays et sa famille _ c’est parfaitement dit.

Mais Gidon Kremer a raison, Mahler est omniprésent tout au long de l’œuvre, en citation directe, mais surtout par le ton général _ oui _  même lorsque celui-ci reparaît derrière le masque de Chostakovitch dans les deux brefs scherzos en forme de danses de mort.

Mirga Gražinytė-Tyla vous conduit dans cet enfer sans paradis avec le même art souverain qu’elle met aux grands panneaux du triptyque de la Deuxième Symphonie, retable de cordes en deuil composé au sortir de la Seconde Guerre mondiale _ en 1946. Mettre en regard ces deux Requiem était une évidence _ oui…

LE DISQUE DU JOUR

Mieczyslaw Weinberg (1919-1996)


Symphonie No. 2 pour cordes, Op. 30
Symphonie No. 21, Op. 152 “Kaddish”

Gidon Kremer, violon
Kremerata Baltica
City of Birmingham Symphony Orchestra
Mirga Gražinytė-Tyla, direction

Un album de 2 CD du label Deutsche Grammophon 4836566

Photo à la une : le chef d’orchestre Mirga Gražinytė-Tyla – Photo : © Deutsche Grammophon

Puisse cette diffusion d’excellents articles

faciliter la découverte par le plus large public

de la musique magnifique de ce compositeur unique du XXème siècle

qu’est Mieczyslav Weinberg

(Varsovie, 8 décembre 1919 – 26 février Moscou, 1996)…

Ce mercredi 12 février 2020, Titus Curiosus – Francis Lippa

La Publication aux Etats-Unis du « Journal » de Renia Spiegel, assassinée à Przemysl le 30 juillet 1942

16sept

Ce lundi 16 septembre 2019,

El Mundo se fait l’écho,

en un article _ de Victoria Gallardo _ intitulé « Renia Spiegel, la Ana Frank polaca : adolescente, poeta y autora de otro diario« ,

de la publication, en traduction anglaise, du Journal (1939-1942) de Renia Spiegel, adolescente polonaise de Przesmyl.

Le voici :

Renia Spiegel, la Ana Frank polaca : adolescente, poeta y autora de otro diario

Actualizado Lunes, 16 septiembre 2019 -00:13
Los textos de Renia Spiegel, asesinada por los nazis en 1942, salen ahora a la luz tras varias décadas guardados en una caja fuerte

Renia (izqda.) y su hermana, en una foto de niñas.


Elizabeth Bellak, antes Arianka Spiegel, no ha sido capaz de leer el diario de su hermana Renia en su totalidad. El dolor que siente hoy al sumergirse en ciertos pasajes sigue siendo demasiado agudo. Demasiado intenso. « Yo sólo he leído algunos fragmentos« , cuenta al otro lado del teléfono. « Mi madre tampoco llegó a leerlo entero. Era muy duro para ella« . Fue la hija de Elizabeth, Alexandra, quien quiso sacar esas 700 páginas del olvido de la caja fuerte donde permanecieron encerradas durante largas décadas y traducirlas al inglés. Ahora, este « tesoro de la guerra« , como lo define Elizabeth, sale a la luz el 19 de septiembre como ‘El diario de Renia Spiegel. El testimonio de una joven en tiempos del Holocausto‘ (Plaza & Janés).


Renia y su novio Zygmunt se besaron por primera vez el 20 de junio de 1941. Por aquel entonces, las redadas y los registros ya formaban parte de la estremecedora cotidianidad de esa Polonia asediada que tanto tiempo tardó en volver a reconocerse. La misma cotidianidad que Renia plasmó en su diario en prosa y también en verso :

« Nos fuimos de la ciudad/ como fugitivos :/ solos, en la noche oscura y silenciosa./ Con el sonido de las casas al caer/ nos dijo adiós la ciudad, la oscuridad sobre nosotros./ La misericordia de los buenos,/ el abrazo de una madre en la distancia,/ que ellos sean nuestra guía,/ nuestro consuelo, nuestro auxilio./ Y así superaremos/ las piedras del camino,/ hasta que rompa el alba y salga el sol,/ seremos fugitivos solitarios,/ fugitivos por todos desertados« .


Las páginas que al principio rellenaban clases de latín, tardes de cine y concursos de poemas de la escuela, en los que Renia siempre destacaba, acabaron siendo ocupadas por lamentos y plegarias. « Lo que tanto temíamos ha terminado por llegar. El gueto. Los avisos han salido hoy. Quizá nos quedemos aquí o quizá no« , escribió Renia poco tiempo después de aquel primer beso. « Desde las ocho de hoy estamos encerrados en el gueto. Ahora vivo aquí. El mundo está aislado de mí y yo estoy aislada del mundo. Los días son terribles y las noches no son mejores. El gueto está rodeado de alambre de espino, con guardias que vigilan las puertas. Salir sin permiso se castiga con la pena de muerte« .


Lo que vino a continuación fue aún peor. Pese a los esfuerzos de Zygmunt por mantener a salvo a su novia y a sus propios padres, sus intentos fracasaron el mismo día que un chivatazo puso a los alemanes sobre la pista de tres judíos que permanecían escondidos en el ático de una vivienda. Tres balas disparadas al anochecer acabaron con las tres personas a las que él más quería. Renia acababa de cumplir 18 años. « Daría cualquier cosa por recordar que le dije lo mucho que la quería antes de separarnos« , asegura Elizabeth, que logró escapar del gueto poco tiempo antes gracias a la ayuda de Zygmunt y reunirse con una amiga de la escuela que la escondió en su casa.


Sí recuerda con nitidez la despedida de sus abuelos, con quienes ella y Renia pasaban largas temporadas. « Estaban intentando ser valientes mientras Zygmunt les decía con gestos que era hora de que yo me fuera, que se nos estaba acabando el tiempo« , relata Elizabeth en algunas de las notas que acompañan al diario. « Mi abuela, a la que yo tanto quería, se dio la vuelta y se tapó la cara con las manos. Mi abuelo se arrodilló, me cogió de los hombros con suavidad y me miró a los ojos. Entonces me tendió una cajita de colores. Era como esas fiambreras perfectas para llevar la comida, como si yo fuese una niña pequeña a punto de ir sola a la escuela por primera vez y no alguien a punto de huir para salvar la vida. He pegado dentro veinte monedas de oro -me dijo-. Es todo lo que tengo. Vayas a donde vayas, podrás venderlas para conseguir algo de dinero« . No volvió a verlos. « Nunca supe qué les pasó, pero estoy segura de que terminaron en una fosa común. Simplemente, eran demasiado viejos para que los nazis los quisieran en un campo« .


Por los recuerdos que atesora de los años posteriores Elizabeth pasea ahora con sigilo, casi de puntillas. El reencuentro con su madre en Varsovia, la segunda identidad que ambas se vieron obligadas a adoptar para escapar y poner rumbo a Estados Unidos y el miedo que no lograron sacudirse del cuerpo hasta mucho tiempo después hoy han quedado envueltos en una densa neblina. Tras conseguir documentos con sus nuevos nombres, fue bautizada por el mismo sacerdote que bautizó también a su madre. « Esta es mi nueva vida. Estoy en América, soy católica y me llamo Elizabeth« , se repetía a sí misma con recurrencia.


Allí, la vida continuaba. « Nunca olvidaré la primera vez que vi a los soldados estadounidenses« , relata. « Me gustaron desde el primer momento, pero había algo en ellos que me resultaba extraño. -¿Qué les pasa?- le pregunté a mi madre-. Se les mueve la boca, ¡pero no hablan! Ella se echó a reír. -Están mascando chicle- respondió. Yo era una refugiada adolescente que casi no sobrevive al Holocausto y nunca había visto un chicle, por no hablar de probarlo« .


Fue también en Estados Unidos donde, a comienzos de la década de los años 50, se produjo un encuentro al que hoy regresa sin apenas esfuerzo, como si el tiempo se hubiera detenido en ese mismo instante para darle la oportunidad de atesorarlo para siempre en su memoria. El mismo Zygmunt que ayudó a que escapara del gueto y que, acto seguido, fue enviado a Auschwitz a realizar trabajos forzados, se presentó ante ella y su madre en Nueva York convertido en médico, tal y como siempre había querido. « Tengo algo para vosotras« , dijo. En la mano llevaba una gruesa libreta de líneas azules en la mano. Hasta ese momento, ni Elizabeth ni su madre habían sabido de la existencia del diario de Renia.

« Pasé años intentando olvidar que yo era la niña que había conseguido salir con vida de Polonia, mientras que su hermana no. Esa es la razón por la que, cuando mi madre murió de cáncer el 23 de noviembre de 1969, solo unos meses antes de que naciera mi hija Alexandra, guardé el diario en una caja fuerte« , prosigue Elizabeth. « Hasta que mis hijos no empezaron a hacer preguntas, no les conté la verdad. Soy judía -les confesé- y es hora de que os cuente mi historia. Creo que estáis preparados para escucharla« .


Nous attendrons la traduction en français.


Ce lundi 16 septembre 2019, Titus Curiosus – Francis Lippa

En hommage à Claude Lanzmann (1925 – 2018) et son « Lièvre de Patagonie », en 2009 (VII)

11juil

En hommage à Claude Lanzmann

(Bois-Colombes, 27-11-1925 – Paris, 5-7-2018),

qui nous a quitté  jeudi dernier 5 juillet,

et à son superbe Lièvre de Patagonie (en 2009)

ainsi qu’à son œuvre cinématographique (dont le magistral Shoah),

re-voici

en sept épisodes (des 29 juillet, 13, 17, 21 et 29 août, et 3 et 7 septembre 2009)

la lecture que j’avais faite, de ce 29 juillet à ce 7 septembre 2009,

de son Lièvre de Patagonie ;

et pour ce jour le septième volet :

L’abord de l’homme était plutôt rugueux.

Mais l’œuvre est magistrale !

— Ecrit le lundi 7 septembre 2009 dans la rubrique “Cinéma, Histoire, Littératures, Philo, Rencontres, Villes et paysages”.

Alors, quelle fut la solution poïétique cinématographique d’ »auteur » de Claude Lanzmann ?

d’œuvre en œuvre « se confirmant » et « s’engrossant«  _ cf l’usage de ces deux verbes à la page 243 du « Lièvre de Patagonie« …)

depuis l’affrontement à l’énigme de « Pourquoi Israël« 

jusqu’au projet non, à ce jour encore, réalisé de l’opus cinématographique « nord-coréen«  (= la « brève rencontre de Pyongyang » cette semaine _ et cette« folle journée » du dimanche de canotage sur le fleuve Taedong-gang, tout spécialement ! qui la clôt en apothéose ! _ de la fin août 1958…),

en passant par le « monument«  (le mot est de Simone de Beauvoir, page du« Lièvre de Patagonie« , page 271 : « Il s’agit d’un monument qui pendant des générations permettra aux hommes de comprendre un des moments les plus sinistres et les plus énigmatiques de leur histoire« ) de « Shoah«  ;

à propos duquel, « Shoah« , ce jour même, je peux lire dans l’édition papier du « Monde« , à la page 3 du cahier « Littérature » et sous la plume de Yannick Haenel (et Franck Nouchi le « rapportant » en son article) cette phrase importante-ci, que je détache :

« « Shoah » est un film à venir, écrit Yannick Haenel _ donc, rapporte Franck Nouchi _ dans « Jan Karski« , son dernier ouvrage : « on commence à peine à penser _ rien moins !!! en 2009 : plus de six décennies après la survenue de la « Chose«  ; et encore vingt-quatre plus tard que le film même qui la fait (un peu ; jamais complètement : c’est tellement impossible !) « comprendre«  dans la matérialité précise de ses « détails« , « rapportés«  au plus fidèle par la « reviviscence«  des « témoignages«  si précieusement alors « recueillis« , en cette aventure filmique de ce film, « Shoah« , si singulier lui-même, par Claude Lanzmann !.. _,

on commence à peine à penser _ tant cela paraît d’abord, et même ensuite, impensable ! sur « l’impensable« , cf page 83 du « Lièvre de Patagonie« , et à propos de la mort et du néant évoqués par un poème de Monny de Boully, dont quatre vers ont été choisis (« j’ai fait graver ce défi immortel sur la stèle qui surplombe la tombe de ma mère, au cimetière du Montparnasse« ), cette expression de Claude Lanzmann, page 83 : « sur la stèle, on peut donc lire aussi quatre vers d’un de ses poèmes _ de Monny, donc, le « Rimbaud serbe« _, déchirant poème sur la mort et le néant impensables, impensable pensée«  : c’est le cœur de l’énigme même à laquelle tout le « Lièvre de Patagonie«  ose, et en permanence, se confronter !..  _

on commence à peine à penser

ce qu’un tel film donne à entendre«  _ le mot est à prendre à la lettre, par ce qui se donne à recevoir, accueillir, via les oreilles et le cerveau, des « récits de parole«  des « témoignages » proférés par la voix, accompagnée de l’expression des visages ; et l’expression en son entier étant aussi « reprise » en chapeau pour donner son titre à l’article de Franck Nouchi sur l’événement (dans l’histoire de notre inculture-culture) que constitue aussi, de fait, ce livre de Yannick Haenel, « Jan Karski« , à propos de ce que, d’abord, surtout, a fait (« fin août«  1942, pour ses deux « venues dans le ghetto«  de Varsovie ; et quelques jours avant « le 11 septembre 1942« , « voir un camp d’extermination des Juifs« ) ; et de ce que, ensuite, a écrit (en 1944 : « écrire un livre était encore une manière de franchir la ligne : une façon nouvelle de transmettre le message, comme si je passais de la parole à un silence étrange _ un silence qui parle« , fait superbement « penser«  et dire Yannick Haenel à Jan Karski, page 142 de son livre) ; Jan Karski ;

avec, sur la même page du Monde de ce vendredi 4 septembre, encore, un très beau« commentaire » à propos du « mandat » de « témoin »

(« Une chose est certaine, la posture du témoin qui a été mienne dès mon premier voyage en Israël _ en 1952 _, et n’a cessé de se confirmer et s’engrosser au fil du temps et des œuvres _ voilà ! _, requérait que je sois à la fois dedans et dehors, comme si un inflexible mandat m’avait été assigné« , disait Claude Lanzmann aux pages 243-244 de son « Lièvre« …),

sous la plume toujours infiniment sensible et justissime _ cf son plus qu’indispensable« « Qui si je criais… ? » _ Œuvres-témoignages dans les tourmentes du XXe siècle« , paru aux Éditions Laurence Teper en 2007 _ de Claude Mouchard ;

et pas seulement du « mandat de témoin » de Claude Lanzmann lui-même : en tant qu’« accoucheur«  (et « passeur« , aussi, transmetteur à bien d’autres, via ses propres œuvres : de cinéma de « reviviscence » des « témoignages« , précisément) ; en tant qu’« accoucheur« , donc, de « témoignages«  (des victimes, des bourreaux, des témoins plus ou moins extérieurs, ou passifs ou complices, volens nolens : « il s’agissait d’un film, j’étais à la recherche de personnages » s’exprimant eux-mêmes en personne en direct, en quelque sorte, à l’écran ; et pas de documents d’archives, page 432) ;

c’est à propos du travail, aujourd’hui, d’écrivains, tels que Yannick Haenel pour ce « Jan Karski« , ou Bruno Tessarech, pour « Les Sentinelles » ;

je lis ce qu’énonce le grand Claude Mouchard :

« ces deux romanciers nés après guerre, se retournent _ littérairement : à la recherche d’une « ré-incarnation« , pourrait-on dire… : par le souffle du style ! _ sur cette période qu’ils n’ont pas vécue en s’efforçant d’allier _ conjuguer, fondre… _ à leur écriture de« fiction » la connaissance précise _ historiographique _ des événements et si possible (mais là il arrive que les choses se gâtent), une charge de pensée. C’est la preuve qu’une transmission des témoignages s’opère ou se cherche _ aussi et spécifiquement _ en littérature _ en effet ! Cette exigence de transmettre _ oui _ est d’ailleurs d’emblée présente chez Haenel puisque, dans la première partie du livre _ « Jan Karski«  : pages 13 à 34… _, nous découvrons Karski par le regard du romancier, qui lui-même le découvre dans « Shoah« , de Claude Lanzmann _ avant de le « découvrir«  encore, en une seconde partie, pages 35 à 113, en tant que « témoignant directement« , en « auteur«  de son livre, en 1944 (paru sous le titre, en anglais, de « Story of a Secret State » ; le livre est traduit en français en 1948 : « Histoire d’un État secret » _ celui du gouvernement clandestin polonais en exil, à Paris, puis à Londres (ainsi que de son bras armé de la Résistance sur place, dans la Pologne occupée par les nazis et par les soviétiques !) _ ; et re-publié en 2004 sous le titre, cette fois, de « Mon témoignage devant le monde _ histoire d’un secret« , aux Éditions Point de Mire ; son tirage est épuisé… ; avec une nuance d’importance toutefois : de 1948 à 2004, le « secret«  passe de la clandestinité de l’État polonais au mutisme mal assumé des États alliés à propos de l’Extermination alors en cours des Juifs d’Europe…). Le lecteur devient donc lui-même une manière de témoin_ à son tour ! s’il est, montaniennement surtout, « de bonne foi » ; sinon, « qu’il quitte » de tels « livres » !!! _, qui reçoit ce que l’auteur (Haenel), devenu transitoirement témoin d’une œuvre _ et le film de Claude Lanzmann, en 1985, et le livre de Jan Karski, en 1944_, lui confie du témoignage _ par deux fois, en le film de Lanzmann (en 1977), et en son propre livre (en 1944) _ d’un autre (Karski), le témoin _ direct, lui _ des faits«  :

« on est fin août«  1942, page 90, du « Jan Karski » ; « il est allé deux fois dans le ghetto«  de Varsovie (la seconde étant « le jour suivant » le premier : en pénétrant par le « même immeuble, même chemin« ), page 32 ; « une maison de la rue Muranowska dont la porte d’entrée donne à l’extérieur du ghetto, et dont la cave mène à l’intérieur« , page 96 ; ou plutôt « il revient deux jours plus tard« , page 99 ;

et « quelques jours après sa seconde visite au ghetto de Varsovie, le chef du Bund, qui lui a servi de guide, propose à Jan Karski de « voir un camp d’extermination des Juifs« , page 101 : plutôt que du camp de Belzec lui-même, « il s’agirait _ avance Yannick Haenel _ du camp d’Izbica Lubelska« , page 101 (cf les pages 101 à 105 du livre de Haenel : terribles !) _ ;

et qui tragiquement échoue, ce Jan Karski de l’Histoire, à faire « reconnaître«  et « interrompre«  : par des interventions ciblées _ par exemple autour d’Auschwitz _ ces « faits« -là, par Roosevelt ou Churchill… _

Le lecteur devient donc lui-même une manière de témoin, qui reçoit ce que l’auteur (Haenel), devenu transitoirement témoin d’une œuvre, lui confie du témoignage d’un autre (Karski), 

le témoin

des faits _ eux-mêmes. Un témoin qui a d’ailleurs, historiquement, un statut particulier. Qu’il s’agisse de la Shoah, du goulag, ou du génocide cambodgien, nombre de témoignages émanent des victimes. Karski, lui, n’était pas juif. Polonais catholique et résistant, ce n’est pas en victime, mais en bystander (même s’il refuse de rester _ seulement _ dans cette position « à côté ») qu’il témoigne de ce qu’il a vu dans le ghetto de Varsovie et dans un camp _ en avant de celui de Belzec. C’est donc un « témoin-messager ». Ils ne furent pas nombreux dans ce cas« 

Fin de l’incise sur le commentaire si juste de Claude Mouchard ;

et je termine maintenant ma (toute première) phrase :

Alors, quelle fut la solution poïétique cinématographique de Claude Lanzmann ?

solution d’œuvre en œuvre « se confirmant » et « s’engrossant« ,

depuis l’affrontement à l’énigme, d’abord, de « Pourquoi Israël » (1973 _ le titre le dit lui-même !.. affirmativement !) en en proposant, en trois heures et quart de film de « témoignages« , pas moins, une première réponse, un premier éclairage,

jusqu’au projet non, à ce jour encore du moins, réalisé de l’opus cinématographique « nord-coréen«  (= la « brève rencontre de Pyongyang » cette semaine _ et cette « folle journée«  _ de la fin août 1958…),

en passant par le « monument » de « Shoah » (1985 _ de neuf heures et dix minutes rien que de « témoignages« , encore…) ;

ainsi que « Tsahal » (1994 _ de quatre heures et cinquante minutes) ;

« Un Vivant qui passe » (1997 _ une heure et cinq minutes) ;

et « Sobibor, 14 octobre 1943, 16 heures » (2001 _ une heure et trente cinq minutes)

quelle fut la solution poïétique cinématographique de Claude Lanzmann

au « mystère » découvert peu à peu par lui ;

et qui,

« vérifié » « dans le désespoir, pendant la réalisation de « Shoah« , lorsque je fus _ pleinement _ confronté aux paysages de l’extermination

_ tout d’abord (au village de Treblinka, à partir de la page 492 (« le détonateur manquait. Treblinka fut la mise à feu« ) du « Lièvre«  _

en Pologne« 

(« confrontation« 

_ cette « confrontation entre la persévérance dans l’être de ce village maudit, têtue comme les millénaires, entre la plate réalité d’aujourd’hui et sa signification effrayante dans la mémoire des hommes«  qui « ne pouvait être qu »explosive« , page 492 _

qui fut en effet « alors » _ en février 1978 _, pour lui, Claude, « un bouleversement inouï, une véritable déflagration ; la source de tout« , même !., page 169 : Claude Lanzmann le détaille magnifiquement au chapitre XX, aux pages 490 à 498),

quelle fut alors la solution poïétique cinématographique de Claude Lanzmann

au « mystère » découvert peu à peu par lui ;

et

qui

« se déclara » à lui, sans doute tout d’abord, en constatant, rétrospectivement, un jour

_ non précisé dans le livre, autour des deux pages 169 et 170 ;

et « constat«  qui fait, probablement, pleinement partie intégrante du « travail de deuil«  se poursuivant toujours, toujours, en Claude (« les novembre ne me valent rien, c’est le mois de la mort d’Évelyne« , page 189) de la perte de sa sœur Évelyne, par suicide, le 18 novembre 1966 _,

en constatant, rétrospectivement, un jour

la disparition du café « Royal »

(« un café très animé de Saint-Germain-des-Prés _ un vrai bistrot avec un grand comptoir courbe, de hauts tabourets rouges et une large arrière-salle _ situé juste en face des Deux-Magots, au coin de la rue de Rennes et du boulevard Saint-Germain« , page 169 _ je m’ y suis rendu ce samedi 5 septembre ! à la place du Royal, une boutique Armani…)

où s’était passé, « en un éclair« , page 170, une scène cruciale (avec la survenue improbable et inattendue _ et très malencontreuse pour Évelyne et son mari, Serge Rezvani… _ de Gilles Deleuze) pour le destin de sa sœur Évelyne, suicidée, dans certaines (longues, souterraines, certes) « suites » (plus de seize ans plus tard) de « cela«  _ = cet « éclair« -là, entre ces paires d’yeux-là, en ce lieu-ci… _, le 18 novembre 1966…

Alors quelle fut la solution poïétique cinématographique de Claude Lanzmann

au « mystère » découvert peu à peu par lui

du « combat » _ voilà le cœur de l’obsédant « mystère » ! _, de l’ »écartèlement entre la défiguration et la permanence » ?..

des lieux _ à Paris, à Berlin, à Pékin et Shanghaï ; ou Pyongyang !!! _ ;

ainsi, peut-être aussi que le « combat«  et l’ »écartèlement entre la défiguration et la permanence«  des personnes elles-mêmes qui y sont passées (et, certaines d’entre elles, au moins, ne sont plus ; sinon, pour et par nous, par le souffle vibrant de la mémoire en travail ; et son « imageance » ; versus les forces d’annihilation, et concertées ou pas, de l’oubli…) ?..


Car « permanence et défiguration des lieux

sont la scansion du temps de nos vies« , toujours page 169 :

« dans le temps« , conclut Proust sa « Recherche« 

Et « ce combat, cet écartèlement entre la défiguration et la permanence« 

sont bien « la source de tout«  (page 169, toujours)

de tout l’œuvre lanzmannien ;

à commencer par la « quête » (de « vérité » et « pour l’éternité«  !) cinématographique (via l’obtention et l’« incarnation«  des « témoignages« ) de Claude Lanzmann cinéaste ;

à laquelle s’ajoute, peut-être,

sur un mode de « compensation« ,

ou pas (c’est à considérer !),

à l’arrêt _ provisoire ou définitif ? qui le sait ? depuis le « Sobibor, 14 octobre 1943, 16 heures«  paru sur les écrans en 2001… _ de ses tournages,

à laquelle s’ajoute, peut-être, dis-je,

la « dictée«  de ce « Lièvre de Patagonie« -ci à Juliette Simont et Sarah Streliski :

quand la voix « dicte«  (et le livre « recueille ») ce que la caméra et le micro ne captent pas (ou plus !?!) sur la bande unique, en anneau de Moebius, du film de cinéma…

Nous allons bien voir…

Avec cette remarque d’apparence d’abord assez anodine que voici, pages 169-170 :

« Saint-Germain-des-Prés ou le Quartier latin ne sont certes pas des hauts lieux de massacre _ tels Treblinka, Sobibor, Belzec, Majdanek, Chelmno ou Auschwitz-Birkenau _ : que le Royal, la librairie Le Divan, au coin de la rue Bonaparte, à l’autre bout de la place, ou encore, Boulevard Saint-Michel, les Presses universitaires de France, théâtre de mes larcins _ d’étudiant, l’année de « frasques » 1946… cf tout le chapitre VIII _ aient dû, avec tant d’autres, céder _ voilà la « défiguration » !.. _ à la pandémie de la mode, est simplement triste » _ et significatif de la « croissance » rampante rapide du « nihilisme« _ ;

mais donnant lieu à la conclusion majeure qui la suit immédiatement, page 170 :

« Davantage, peut-être :

vivants, nous ne reconnaissons plus _ à mesure que, peu à peu, et d’abord assez insensiblement, du temps passe _ les lieux de nos vies ;

et éprouvons _ parfois, à l’occasion, alors un peu brutale, et nous surprenant... _ que nous ne sommes plus

les contemporains de notre propre présent« , page 170 du « Lièvre« , donc :

celui-ci, « notre propre présent« , nous filant, hors de perception, entre les doigts et nous échappant, insaisi,

ayant cessé, assez surprenamment, lui comme nous-même, d’« être vrais ensemble« 

Quelque chose de notre « co-présence » (et « con-temporanéité«  ! donc…)

est-il, ou pas, cependant,

de quelque façon, ou pas,

« rattrapable«  ?..

Voilà, en tout cas, la question (ou l’ »opacité« ) à propos de ce « mystère » de l’ »écartèlement » entre « permanence » et « défiguration » se combattant sans cesse

(et des degrés possibles d’une élucidation éventuelle de celui-ci)

qu’il me plairait _ sans la défigurer ; ou la détruire… _ d’éclairer un peu ici,

en conclusion enfin (et synthèse de l’esthétique d’ »auteur » de cinéma de Claude Lanzmann),

de ma lecture de cet immense, on ne le dira jamais assez, « Lièvre de Patagonie » ;

et de ce « feuilleton de l’été » de ce blog…

Indépendamment de la configuration (« défiguration » versus « permanence« , donc) de ce carrefour parisien de Saint-Germain-des-Prés (baptisé « Carrefour Jean-Paul Sartre-Simone de Beauvoir« , qui plus est !),

et à côté des expériences foudroyantes, elles, des lieux de l’extermination industrielle des Juifs d’Europe sur le territoire de l’actuelle Pologne,

et à côté, aussi, des cas rapidement évoqués de Pékin et Shanghaï

(par où Claude Lanzmann est passé lors de ses deux voyages en Chine, en 1958 et en 2004 ; cf ses remarques des pages 328-329 :

à Shanghaï : « presque cinquante ans après, la métamorphose de la Chine me sauta _ presque « lièvrement«  _ au visage ; m’enthousiasma _ cf aussi le « Les Transformations silencieuses » et « La Propension des choses«  de mon ami François Jullien… _ ; je n’en dirai rien, sauf ceci : à Shanghaï, j’ai pris un bateau qui descendait le Huangpu jusqu’à sa confluence avec le Yangzi Jiang, où les deux fleuves deviennent une mer sans rivages. Pendant les trois heures de la navigation, on éprouve physiquement la puissance de la Chine, la conscience qu’elle a de cette puissance et sa façon orgueilleuse de le montrer« , page 328 ;

et à Pékin : « Pékin : ses dix périphériques ; ses gratte-ciel qui s’édifient à grande allure, changeant en quelques semaines le paysage urbain au point que les Pékinois eux-mêmes semblent dépaysés _ cf du même François Jullien « Dépayser la pensée« _ dans leur propre ville devenue épicentre de la mondialisation _ lire aussi le très riche et passionnant « Mégapolis » de Régine Robin ; et mes deux articles sur ce travail en ce blog-ci… _ ; l’éblouissement absolu de la Cité interdite et du temple du ciel enfin offerts à tous ; Pékin le jour ; Pékin la nuit, avec ses restaurants, ses bars, ses prostituées mongoles à forte stature et terrassante beauté« , page 329…) ;

c’est la comparaison des deux cas de Berlin et Pyongyang

qui me semble la plus, et de manière assez éblouissante, parlante :

Pyongyang, elle, est la ville de l’impossible métamorphose d’un peuple tout entier « essoufflé » _ et pas que par le tabac ! _ dans un temps (totalement !) figé qui ne sait rien construire, tout en détruisant beaucoup, dans son temps (étatique)doublement immobilisé :

« La Corée du Nord a arrêté le temps deux fois au moins : en 1955, à la fin de le guerre ; et en 1994, à la mort de Kim-Il-sung« , page 335… Et « Un demi-siècle de mobilisation _ paralysante ! _, un demi-siècle sans tirer un coup de feu, cela ne peut être et se poursuivre sans un très puissant dérivatif : le tabac. Malgré défilés, pas de l’oie et rodomontades, l’armée coréenne est à bout de souffle. Cela se vérifie d’ailleurs à la faible amplitude de l’élévation, chez eux, du mollet tendu ; dérisoire si on le compare au jeté nazi du même pas de l’oie, grimpant haut, à la perpendiculaire du bassin« , page 337.


Les solutions cinématographiques pour « donner à voir«  (page 341)

« de la façon la plus saisissante, tout ce que j’ai narré plus haut _ pages 331 à 341 ; cf aussi mon propre précédent article de cette série _ sur la ville _ de Pyongyang _, le vide, la monumentalisation, la mobilisation permanente, le tabac et l’essoufflement généralisé, la faim, la terreur, la suspension du temps pendant cinquante ans ; montrant que tout a changé ; rien n’a changé ; tout a empiré. Et, sur des plans du Pyongyang contemporain, une voix off, la mienne aujourd’hui, sans un acteur, sans une actrice, sans reconstitution, eût raconté _ sur la bande-son de ce film « à venir«  _, comme je l’ai fait _ en le récit « parlé«  qu’a recueilli, via les doigts, sur le clavier de l’ordinateur, de Juliette Simont et de Sarah Streliski, la page du livre, cette fois _ dans le chapitre précédent, la « brève rencontre » de Claude Lanzmann et Kim Kum-sun. Il s’agirait d’un très minutieux et sensible travail _ de « construction«  riche et complexe, de « vérité » : sans trucages ni artifices séducteurs, mensongers _ sur l’image et la parole, le silence et les mots, leur distribution _ « scandée« , avec les « trous«  du souffle… _ dans le film, les points d’insertion

_ ultra-sensibles ! la « rencontre » (du souvenir énoncé par la voix du passé, éloigné mais revisité par le récit mémoriel, et des images fortes, en un autre sens, du présent des lieux, vides de la présence recherchée à re-trouver, re-rencontrer, de la ville…) trouvant à miraculeusement s’y « incarner«  _

Il s’agirait d’un très minutieux et sensible travail sur l’image et la parole, le silence et les mots, leur distribution dans le film,

les points d’insertion, donc,

je reprends cette phrase décisive de Claude Lanzmann, page 342,

du récit du passé _ par la voix off qui se souvient ! au présent de sa vibration ! _ dans la présence _ à l’image : de ce qui se donne à percevoir visuellement dans l’aujourd’hui _ de la ville _ dont l’« opacité«  effarante du « vide » se perce alors et ainsi _ ; discordance et concordance _ luttant avec acharnement entre elles : un « combat » et un « écartèlement » permanent de ce qui se refuse et se laisse pourtant appréhender (mais seulement à qui « cherche«  à « vraiment«  voir et à « vraiment«  entendre _ comme amoureusement : il n’y a que l’amour vrai à ne pas être aveugle ! _ si peu que ce soit, à contresens des « faux-semblants«  !) en « ressuscitant » du fait de ce que vient dire la voix vive du « témoin » qui se souvient, en une « vision » (ou « voyance« , page 285 _ ou même« imageance« , pour reprendre le concept-clé de ma lecture de l’« Homo spectator » de Marie-José Mondzain) hyper-hallucinée autant que très précise ! _ qui culmineraient en une temporalité unique _ un ruban de Moebius _, où la parole se dévoile comme image et l’image comme parole« 

Les solutions cinématographiques pour « donner à voir«  (page 341)

« de la façon la plus saisissante, tout ce que j’ai narré plus haut sur la ville » _ de Pyongyang aujourd’hui _ et la « brève rencontre » avec Kim Kum-sun en 1958

sont passionnantes !

Et, par contraste, en positif, cette fois, Berlin !

« J’aimais _ en 1947-4849 ; page 207 _, j’aime toujours Berlin ; et je n’en aurais jamais fini avec l’énigme _ voilà le passionnant de l’inépuisable singularité des« énigmes » : de villes, comme de personnes (telles que la mère de Claude, Pauline-Paulette Grobermann-Lanzmann-de Boully ; ou sa seconde épouse, berlinoise rencontrée à Jérusalem, Angelika Schrobsdorff)…  _ que l’ex-capitale du Reich, capitale aujourd’hui _ = l’« aujourd’hui«  de l’écriture de ce « Lièvre de Patagonie«  _ de l’Allemagne réunifiée, représente _ encore, toujours _ pour moi. Je peux passer des heures au Paris Bar ou au Café Einstein _ toujours ces merveilleux lieux de rencontres possibles (des autres), et d’une convivialité possible des différences et singularités, que sont les cafés de l’Europe… _, où inlassablement je confronte _ voilà : en « imageance« ; et victorieusement : dans la joie… _ le spectacle de ces couples de jeunes Allemands, avenants, libres, sérieux, à toutes _ et combien diverses ! riches de leur vivante complexité !.. _ les images de ma mémoire ancienne.

Depuis 1948, je suis revenu bien des fois à Berlin, mais quelques années après la chute du Mur, au cours d’une croisière sur la Spree, la rivière de la ville, j’avais été saisi _ très positivement _ par l’architecture du nouveau Berlin, légère, aérienne, inventive _ voilà ce qui doit être, au meilleur du « génie » humain ! _ ; qui défiait _ avec l’« esprit«  incisif, créatif et joyeux, au-delà ses ironies mordantes, d’un Brecht ! _ le Berlin en ruines que j’avais connu autrefois ; et sa première reconstruction dont j’avais été _ alors, cet après-guerre _ le témoin ; comme si l’Histoire imposait à cette métropole un recommencement _ affirmatif, vivace : de « lièvre » ironique joyeux en son « bondissement«  _ perpétuel.

Bien plus tôt, dès 1989, j’avais découvert le Bauhaus-Archiv, le long du Landwehrkanal dans lequel fut jeté le corps de Rosa Luxemburg après son assassinat

(mon ami Marc Sagnol, grand chasseur de traces juives en Allemagne, en Europe de l’Est, en Russie, en Ukraine, ou en Moldavie, a été le premier à me montrer l’endroit où flottait entre deux eaux son cadavre ; je m’y rends maintenant, sans en saisir tout la raison, à chacun de mes séjours ; c’est comme une obligation intérieure à laquelle je ne puis me soustraire _ comme on le oit même les parenthèses de Claude Lanzmann sont essentielles, capitales ! _),

et d’autres lieux non construits, de vastes espaces abandonnés au cœur de Berlin de part et d’autre du tracé du Mur.

J’étais allé à maintes reprises à Berlin-Est pendant les interminables années de la guerre froide, avec un laissez-passer, mais je n’avais jamais vu ces endroits-là, car, jouxtant le Mur, ils étaient interdits.

Or ces lieux vagues et vides étaient précisément _ c’est ce dont je prenais conscience _ ceux de l’institution nazie. Si je les avais vus avant de réaliser « Shoah », je n’aurais sûrement pas été capable de les lire et de les décrypter _ il y faut l’apprentissage d’une culture « incarnée » on ne peut plus personnellement… A cause de « Shoah », mon regard était devenu perçant et sensible _ l’« expérience« (afin de bien mieux « percevoir«  : ressentir et comprendre tout à la fois) se formant et se forgeant dans le mûrissement même de ce que vient mettre à notre portée et nous offrir du temps.

Le nom de la Prinz-Albrecht-Strasse me parlait _ désormais ! _ ; c’était là et dans les environs immédiats que se trouvaient les édifices de la terreur nazie, le Reichssicherheitshauptamt, le Auswärtiges Amt, la Gestapo : le centre du totalitarisme hitlérien.

Dans un de ces terrains vagues, si on descendait quelques marches, on accédait à une petite exposition souterraine, une enfilade de quelques salles, pas grandes du tout, avec des photographies ; certaines connues, d’autres moins ; légendées de textes sobres et forts _ cf mon article à propos . Le lieu était nommé « topographie de la terreur ». Je m’étais demandé quels Allemands avaient eu l’idée de cela ; et j’éprouvais pour eux, sans les connaître, une sympathie vive. Le passé revivait _ voilà : les « légendes«  « sobres et fortes«  ajoutant pas mal de choses aussi aux « images«  des photos… cf mon article du 14 avril 2009 à propos du passionnant travail de légendage du « Kriegsfibel » de Bertolt Brecht, in « Quand les images prennent position _ L’Œil de l’Histoire, 1 » de Georges Didi-Huberman _

Le passé revivait

par ces quelques salles ouvertes dans ce no man’s land que personne _ de si peu que ce soit « autorisé« , « académique« _ ne revendiquait ; où tout semblait possible _ facteur fondamental de l’« imageance«  de l’« Homo spectator« , comme du « génie«  créatif (pardon du pléonasme !) de l’artiste « auteur« ….

Je compris alors que Berlin était une ville sans pareille ; car on pouvait à travers ce paysage urbain déchiffrer tout le passé
_ passablement tourneboulé ! _ de notre temps ; appréhender _ de façon « saisissante » !.. _, comme dans des coupes géologiques, ses différentes _ comme superposées ; et, ainsi conservées, nous demeurant splendidement co-présentes _  strates _ le Berlin impérial, le Berlin wilhelminien, le Berlin nazi, le Berlin allié, le Berlin rouge, communiste _ qui coexistent, se conjuguent, se fondent en quelque chose _ un richissime ruban de Moebius _ d’unique pour l’Histoire du XXème siècle.

Pour moi, il y avait là une sorte de miracle mémoriel _ l’opposé de l’éradication-annihilation par le vide de Pyongyang, par conséquent _, un fragile miracle qu’il fallait préserver à tout prix. Je pensais que si les concepteurs et les architectes du nouveau Berlin voulaient assumer leurs responsabilités devant l’Histoire, ils ne devaient pas toucher à cela ; mais garder au contraire un vide _ respirant ! _ au cœur de la ville : ce trou, que, par devers moi, j’appelais « trou _ actif ! _ de mémoire ». Je me souviens avoir discouru là-dessus au cours d’un colloque, sans aucun espoir, car les promoteurs immobiliers ont le dernier mot ; et le plein l’emporte toujours _ sur le vide et l’élan (respiratoire, voire dansé !) de la remémoration de la personne singulière ; portée par ses « ailes du désir«  en quelque sorte… Mon « trou » rêvé n’existe plus aujourd’hui : c’est la nouvelle Postdamer Platz, avec son architecture futuriste, souvent admirable.

En vérité j’ai aimé Berlin dès la première année _ de séjour là-bas, en 1947 ou 48… _ ; j’avais surmonté ma peur de l’Est. L’effondrement du IIIe Reich, la capitulation avaient généré chez les Berlinois une sorte de liberté _ du « génie« effectif, à l’œuvre (poïétique) : à la Kant… _ débridée et sauvage, alliée à une discipline et un courage inouïs« , pages 207 à 209 :

ce passage en forme d’« Ode à Berlin«  est particulièrement magnifique…

C’est le rythme de la scansion qui compte, l’élan et l’effectivité du souffle qui passe par les interstices et les espaces troués entre les strates, pour un sujet vivant qui se souvient et parle (et « crée«  aussi ainsi !) enfin,

amoureusement…

Voilà ce « souffle » qui « passe » dans la construction et le montage inspiré des divers « témoignages » des personnes, par les moindres inflexions de leur voix comme par les rumeurs de leur visage,

dans l’art de « vérité » du cinéma (de l’« être vrais ensemble« ) de Claude Lanzmann,

en tous et en chacun de ses opus…

Et voilà aussi pourquoi j’ose encore espérer la « réalisation » filmique de cet impossible opus « nord-coréen » de la « brève rencontre » à Pyongyang en 1958,

avec le chant de sa voix off sur l’« assise » d’images du vide de la ville monumentalisée d’aujourd’hui !…

D’où ce sublime hommage, évoqué page 83,

« défi immortel sur la stèle qui surplombe la tombe de ma mère, au cimetière du Montparnasse«  ;

ces « quatre vers _ gravés sur le marbre de la stèle pour l’« éternité » de la« présence » des disparus qui juste en contrebas reposent _ d’un des poèmes » de Monny de Boully ;

« déchirant poème sur la mort et le néant impensables ;

impensable pensée :

   « Passé, présent, avenir, où êtes-vous passés

     Ici n’est nulle part

     Là-haut jeter le harpon

     Là-haut parmi les astres monotones » »

Quel sublime « immortel défi«  ! que celui de la « présentification » à jamais

de qui « éternellement » on aime…

Titus Curiosus, ce 7 septembre 2006

Ce mercredi 11 juillet 2018, Titus Curiosus – Francis Lippa

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