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Découvrir un compositeur : Josse Boutmy ; et un claviériste-interprète : Korneel Bernolet ; sur un clavecin Dulcken de 1747…

13déc

Le récent CD « Grand Tour » (Ramée RAM 2009)

du claviériste Korneel Bernolet

_ né en 1989, il a 32 ans et vit à Anvers _

nous donne l’occasion de découvrir un compositeur flamand du XVIIIème siècle, Josse Boutmy (Gand, 1er février 1697 – Bruxelles, 27 novembre 1779),

inconnu de nous jusqu’ici.

Et cela dans un très intéressant CD-hommage au clavecin Dulcken (Anvers, 1747)

_ actuellement en prêt permanent au Musée Vleeshuis / Klank van den Stad, d’Anvers ;

où ce CD a été enregistré au mois d’octobre 2020, lors de nuits très tranquilles en période de confinement… _,

du facteur Joannes-Daniel Dulcken (Wingeshausen, 21 avril 1706 – Anvers, 11 avril 1757).

Un CD où la sérénité concentrée et paisible de la nuit elle aussi se perçoit…

Ce lundi 13 décembre 2021, Titus Curiosus – Francis Lippa

Un article éclairant sur un parcours politique intéressant d’un homme sincère, juste et courageux dans ses convictions

20juil

En prolongation-commentaire de mon article  d’hier lundi,

ce petit article-portrait assez éclairant de Libération, publié le 8 février 2021, intitulé Clément Beaune, chouchou de Bruxelles :

Le portrait

Clément Beaune, chouchou de Bruxelles

Le secrétaire d’Etat aux Affaires européennes est un passionné de l’histoire communautaire.
par Alain Auffray
publié le 8 février 2021 à 20h00

Le ministre est à l’heure. Dans la cour du lycée d’Enghien-les-Bains, sa voiture s’immobilise devant la petite troupe mobilisée pour célébrer, ce 22 janvier, l’anniversaire du traité d’amitié franco-allemand. Clément Beaune sort. On lui donne du «Monsieur le ministre» , et cela semble lourd à porter pour cet homme jeune au regard doux, presque craintif. Nous l’avions croisé, ces dernières années, dans un tout autre rôle : en coulisse, dans l’ombre de son patron Emmanuel Macron, qu’il a conseillé pendant six ans _ depuis 2014 _, à Bercy puis à l’Elysée. Aujourd’hui, le patron, c’est lui. «Merci d’être là», «comment allez-vous ?» D’un ton aussi enjoué que possible, il reprend les mots que le chef de l’Etat répète machinalement en pareille circonstance. Clément Beaune fait le job. De l’avis quasi général, il le fait même excellemment. A l’entendre, la crise sanitaire ferait faire à l’UE des progrès inespérés. Il défend avec enthousiasme le cadre européen d’achat commun de vaccins, martelant que «sans ce cadre, chaque gouvernement serait en train d’appeler les laboratoires pour se faire livrer des doses sur le dos du voisin».

Depuis le 21 juillet _ 2020 _, il est secrétaire d’Etat chargé des Affaires européennes. Le quatrième titulaire de ce portefeuille depuis 2017 _ après Marielle de Sarnez (17 mai 2017 – 21  juin 2017) et Nathalie Loiseau (21 juin 2017 – 27 mar 2019), ministres ; et Amélie de Montchalin (31 mars 2019 – 6 juillet 2020), secrétaire d’Etat. Le seizième depuis 2002. Pour la plupart, ce poste n’aura été, au mieux, qu’un fragile marchepied. Comment exister dès lors que les questions européennes sont arbitrées à l’Elysée, puis traitées à Matignon par le secrétaire général des affaires européennes ? Beaune est mieux armé _ voilà ! _ que la plupart de ses prédécesseurs pour résoudre ce dilemme : il porte une politique qu’il a largement contribué à définir dès 2016, au «sommet des européens réformistes». Macron, pas encore candidat, proclama alors son ambition de ne plus «laisser aux ennemis de l’Europe» la défense de la «souveraineté». Un an plus tard, Beaune sera le principal rédacteur du discours de la Sorbonne. Le mot «souveraineté» y sera prononcé 19 fois.

A l’Elysée, il était le seul conseiller à parler à la presse. Exaspérés par les circonvolutions des communicants officiels, les journalistes raffolaient des analyses de ce conseiller archi disponible. En marge des conseils européens, il prenait le temps d’expliquer clairement, et avec le sourire _ voilà ! _, ce qui se jouait entre les dirigeants de l’UE. Il aura dû beaucoup insister pour que Macron le laisse _ enfin… _ voler de ses propres ailes. Il a voulu être candidat aux européennes _ du 26 mai 2019 _, c’est un autre conseiller du président, Stéphane Séjourné, qui lui a été préféré. Il a espéré remplacer Nathalie Loiseau quand elle a quitté le gouvernement, c’est Amélie de Montchalin qui a été promue. Il se serait bien vu commissaire européen, il a dû s’effacer devant Thierry Breton. Enfin ministre, Beaune s’est juré de rendre politique _ voilà ! _ un portefeuille réputé très technique. Sur les réseaux sociaux, dans les médias de tous les pays de l’Union, pas un jour sans qu’il prenne la parole. A peine nommé, il s’invite au grand entretien de France Inter. «Tu m’as scotché», lui dit le chef de file des députés LREM, Christophe Castaner, quand il sort du studio. Pour son baptême du feu à l’Assemblée nationale, lors de la séance de questions aux gouvernements, exercice souvent cruel pour les nouveaux venus, Beaune fait mieux que rassurer son camp. Interpellé par l’élu RN Sébastien Chenu fustigeant le plan de relance et le «fantasme du fédéralisme», il a répliqué sans hésitation et sans un regard sur les notes qu’il avait en main : «La vérité, c’est que vous n’aimez pas l’Europe quand elle réussit ! Vous n’aimez pas que la France soit forte en Europe !» s’est-il emporté sous les applaudissements ravis de la majorité.

Bientôt quadragénaire _ Clément Beaune est né à Paris le 14 août 1981 _, il a grandi avec l’Europe de Maastricht. Après la chute du mur de Berlin, ses parents ont embarqué leurs trois jeunes enfants dans un road trip en Europe de l’Est. «A 9 ans, je comprenais qu’il se passait quelque chose, je rêvais d’être un petit bout de cela.» Ses parents ? Mère infirmière issue d’une famille juive _ les Naroditzky _ qui a fui la Russie _ Odessa, en 1910, pour s’installer à Marseille ; Israël Naroditzky est né à Odessa, le 18 janvier 1876, et décédé, gazé, à Auschwitz, le 8 février 1944  Père _ Philippe Beaune _ soixante-huitard, enseignant chercheur, passé du PSU au PS. Clément, lui, n’a été que quelques mois adhérent au PS, après la qualification de Jean-Marie Le Pen au second tour de la présidentielle. Ce 21 avril 2002, il était en Irlande, en échange Erasmus : «La plus belle année de ma vie.» Son amie italienne, Caterina, séjournait avec lui dans une colocation, genre d’auberge espagnole à Dublin : «Pour protester contre Le Pen, Clément avait eu l’idée de faire une manif. Il avait écrit un discours… mais il m’a demandé de le lire parce qu’il était trop timide.»

Deux ans plus tard, Beaune fait partie de la trentaine d’étudiants admis à rejoindre à Bruges le collège d’Europe, sorte d’ENA de l’UE où sont formés chaque année les hauts fonctionnaires européens. L’un de ses camarades se souvient d’un garçon «éclectique», admirateur du philosophe George Steiner _ oui… _, le penseur de «l’Europe des cafés et des paysages». Le même camarade se souvient que Beaune, ne reculant devant aucun sacrifice pour parfaire sa culture européenne, était capable de passer une soirée scotché devant la finale de l’Eurovision.

Incollable sur l’Union et son histoire, l’eurodéputé Bernard Guetta a trouvé plus savant que lui : «Il connaît comme personne la scène politique en Europe. Il ne la ramène pas, mais chacun voit bien qu’il sait de quoi il parle.» Avis partagé par les élus du parlement de Strasbourg. Y compris dans l’opposition. La députée écolo Karima Delli, salue un ministre «très proche des élus» et qui «connaît parfaitement les rapports de force au Parlement européen».

«Beaune ? Le problème, c’est qu’il ne parle qu’aux convaincus, à ses copains de Bruges qui agitent des petits drapeaux bleus : l’Europe c’est super, Le Pen dit des bêtises… Ce n’est pas avec ça qu’on va élargir notre socle !» s’énerve un conseiller ministériel, agacé _ tiens, tiens !.. _par l’activisme du secrétaire d’Etat. Sur Twitter, Beaune ne rate pas une occasion de tacler les oppositions. Après le Brexit, il s’est même permis de pointer «les mensonges» de Boris Johnson. Londres a officiellement protesté. Mais Beaune a récidivé en s’en prenant, cette fois, au gouvernement polonais qui tolère que des villes se proclament «LGBT free». Il y est revenu cet été dans le magazine Têtu où il réclame «un mécanisme de sanctions financières» contre Varsovie. «Je suis gay et je l’assume», a-t-il ajouté au détour d’une question. Pour justifier cette confidence, le pudique _ oui _ ministre dit sa conviction que «même en 2021, en France», sa parole peut en aider certains. Parce qu’il reste difficile de parler de son homosexualité. «Aujourd’hui encore, cela se passe mal dans certaines familles», ajoute-t-il. Il l’a vécu dans son «entourage proche». Pour le reste, il confirme qu’il vit en couple et précise qu’il n’a «absolument pas l’intention de le mettre en scène».

1981 Naissance

2014 Conseille Macron

2020 Secrétaire d’Etat aux affaires européennes

Un portrait assurément intéressant d’un homme sincère _ pudique aussi _ et bien sympathique ;

ce qui ne court guère les rues dans ce marigot-là…

Ce mardi 20 juillet 2021, Titus Curiosus – Francis Lippa

 

Musiques de joie : la splendeur rayonnante de tendresse du Grand Motet lorrain « Lauda Jerusalem » de Henry Desmarest

25avr

La musique française du Grand siècle

est splendide

mais son goût certain de la tendresse fait que l’expression de la joie peut paraître modérée

par rapport à d’autres cultures musicales,

plus extraverties…

J’ai choisi ici un des Grands Motets lorrains de Henry Desmarest

(Paris, février 1661 – Lunéville, 7 septembre 1741),

un compositeur promis _ par sa formation _ aux plus brillants postes à la Cour

de Versailles ;

mais que de malheureux concours de circonstances

_ matrimoniales : il fut condamné à mort sur l’accusation d’avoir enlevé sa seconde épouse… _

conduisirent à l’exil de France :

à Bruxelles, en 1700, auprès du Gouverneur Général des Pays-Bas, l’électeur Maximilien-Emmanuel de Bavière ;

puis à Madrid, auprès du roi Philippe V, jusqu’en 1706 ;

puis à Nancy, à partir de 1707, à la Cour du Grand-Duc de Lorraine Léopold Ier…

Et j’ai choisi plus spécialement

le splendide Motet Lauda Jerusalem

dans l’interprétation des Arts Florissants, en 2000,

sous la baguette de William Christie,

dans le très beau CD Desmarest Grands Motets Lorrains ;

soit le CD Erato 8573 80223-2.

Une façon d’accéder à l’éclat de la jubilation française du Grand Siècle,

par un de ses plus brillants représentants…

Ce samedi 25 avril 2005, Titus Curiosus – Francis Lippa

Musiques de joie : les Sonate et Concerti d’Evaristo Felice Dall’Abaco (Vérone, 1675 – Munich, 1742)

06avr

J’ai découvert la musique très marquante d’Evaristo Felice Dall’Abaco (Vérone, 12 juillet 1675 – Munich, 12 juillet 1742)

le samedi 25 avril 1992 à Barbaste,

lors d’un merveilleux concert de fin de stage _ de musique baroquedu passionnant atelier (annuel) de Philippe Humeau, en la petite église du hameau de Lausseignan

_ y participaient les flûtistes à bec Claire Michon et Jean-Marc Andrieu, Philippe Allain-Dupré à la flûte traversière, Alfredo Bernardini au hautbois, Odile Edouard et Enrico Gatti aux violons, Nicolas Pouyanne au basson, Hendrike Ter Brugge au violoncelle et Elisabeth Joyé et Pierre Hantaï aux clavecins : excusez du peu ! _,

ainsi que l’indique mon post-scriptum, en date du 27 décembre 2008, à mon article de la veille, le 26 décembre, , à propos d’un très beau CD Dall’Abaco qui était paru en 2007 : le double CD Stradivarius 33746 des Concerti à píù Istrumenti _Opera Sesta d’Evaristo Felíce Dall’Abaco, par Il Tempio Armonico, Orchestra Barocca di Verona, dirigé par Alberto Rasi (et avec Davide Monti comme premier violon).

Désirant en connaître davantage sur ce compositeur

qui décidément me charmait et m’intriguait aussi _ je le découvrais _,

je me reportais alors à une très précise _ et donc très intéressante (!) _ notice,

rédigée par un musicologue italien, Salvatore Carchiolo, dans le livret d’un autre CD Stradivarius : le CD Stradivarius 33740 des Sonate op. I et op. III d’Evaristo Felice Dall’Abaco, par l’Insieme Strumentale di Roma, sous la direction de Giorgio Sasso, enregistré en avril 2005.

J’en apprenais ici davantage sur l’histoire du goût français d’Evaristo Felice Dall’Abaco,

d’abord lors de ses années d’apprentissage à la cour de Modène, auprès d’un violoniste et compositeur français, Jean-Baptiste d’Ambreville _ dont sont plus connues les deux filles cantatrices Rosa, soprano, épouse du célèbre ténor Francesco Borosini, et Anna, contralto, épouse du violoniste et compositeur Giovanni Perroni : je remarque que Rosa et Anna d’Ambreville ont toutes deux participé aux représentations du fastueux Constanza e Fortezza de Fux, à Prague, en 1723… _ ;

puis, et surtout, lors de ses séjours prolongés en France dès 1709 et jusqu’en 1714, au service de l’Electeur de Bavière Maximilien-Emmanuel (Munich, 11 juillet 1762 – Munich, 26 février 1726), que le compositeur a suivi dans les péripéties de son exil, à la suite de la défaite des franco-bavarois à la seconde bataille d’Höchstädt, le 13 août 1704 : dans les Pays-Bas espagnols, à Bruxelles, Namur, Mons ; puis en France, à Rambouillet, Paris, Versailles, Meudon, Saint-Cloud, Suresnes, Compiègne ; avant de retourner à Bruxelles et Namur. Et c’est en 1714, après les traités d’Utrecht et de Rastatt, que Maximilien-Emmanuel retrouve ses États et son titre de prince-électeur de Bavière, et regagne Munich.

Evaristo Felice Dall’Abaco devient à ce moment Konzertmeister à la cour de Munich…

Et je l’ai rappelé encore très récemment en deux de mes articles de ce mois de mars 2020,

le 7 et le 8 mars :

,

à l’occasion de la parution d’un beau CD _ le CD Passacaille 1069, d’Elinor Frey, Mauro Valli, Federica Bianchi et Giangiacomo Pinardi _ consacré à de très belles Sonates pour violoncelle de Giuseppe Clemente Dall’Abaco (Bruxelles, 27 mars 1710 – Vérone, 31 août 1805),

le fils, né à Bruxelles, d’Evaristo  Felice Dall’Abaco ;

et ,

à l’occasion du décès de l’épouse de Christophe Coin ;

lequel avait lui aussi interprété et dirigé une œuvre de ce même Evaristo Felice Dall’Abaco; à l’église de Saint-André de Cubzac, toujours au mois d’avril 1992.

Je n’étais pas près d’oublier ce compositeur véronais…

De même que je me souviens fort bien de l’interprétation à la flûte traversière, à Barbaste, de Philippe Allain-Dupré…

Pour goûter l’idiosyncrasie du génie musical d’Evaristo Felice Dall’Abaco _ et tout particulièrement la place singulière, en sa musique, du goût français _,

je retiens les très bons CDs suivants :

l’excellent CD , de Concerto Köln, en 1998, le CD Teldec 3984-221166-2 ;

les Sonate op. I e op. III, de l’Insieme Strumentale di Roma, direction Giorgio Sassa, en 2006, le CD Stradivarius 33740 ;

les Concerti à piu istrumenti Opera Quinta, de Il Tempio Armonico, direction Alberto Rasi, en 2007, le CD Stradivarius 33746 ;

et les magnifiques brillants Concerti à piu istrumenti Opera Sesta, de Il Tempio Armonico, direction Alberto Rasi, en 2008, le double CD Stradivarius 33791.

Et aussi le beau Padre e Figlio, du violoncelliste Bruno Cocset et ses Basses réunies, en 2013, le CD Agogique AGO 011.

En désirant de nouveaux enregistrements plus copieux,

tout particulièrement des Sonates op. 1 et op. 3,

de ce compositeur admiré du musicologue allemand Hugo Riemann (1849 – 1919)…



Ce lundi 6 avril 2020, Titus Curiosus – Francis Lippa

Le charme très prenant du violoncelle de Giuseppe Clemente Dall’Abaco (Bruxelles, 1710 – Vérone, 1805)

07mar

Le très beau CD de 5 Cello Sonatas de Giuseppe Clemente Dall’Abaco

(Bruxelles, 27 mars 1710 – Vérone, 31 août 1805)

_ le CD Passacaille 1069 _

par Elinor Frey, violoncelle,

assistée de Mauro Valli, violoncelle,

Federica Bianchi, clavecin

et Giangiacomo Pinardi, archiluth,

vient très opportunément me rafraîchir la mémoire

de l’excellent CD « Padre e figlio« 

_ le CD agOgique AGO011, paru en 2013 _,

consacré à des œuvres

d’Evaristo Felice Dall’Abaco, le père (Vérone, 12 juillet 1675 – Munich, 12 juillet 1742),

et Joseph Marie Clément Dall’Abaco, le fils (Bruxelles, 27 mars 1710 – Vérone, 31 août 1805),

réalisé par Bruno Cocset, violoncelle, alto et ténor de violon

et son ensemble Les Basses Réunies

(Emmanuel Jacques, ténor de violon ; Esmé de Vries, violoncelle ; et Bertrand Cuillier, clavecin).

Et à propos d’Evaristo Felice Dall’Abaco,

le père,

j’ai plaisir à renvoyer à un passage de mon article du 26 décembre 2008

dans lequel je me penchais sur ce superbe musicien italien

dont m’avaient enchanté _ d’abord en concert : à Barbaste, puis à Saint-André-de-Cubzac les 25 et 29 avril 1992 : c’est Philippe Allain-Dupré qui m’a donné les dates de ces deux concerts auxquels il participait ! _ les œuvres.

Voici ce que j’en disais en cet article de décembre 2008  :


D’abord _ et c’est sur ce CD-ci que je vais m’attarder _, les « Concerti à píù Istrumenti _Opera Sesta«  d’Evaristo Felíce Dall’Abaco, par « Il Tempio Armonico« , Orchestra Barocca di Verona, dirigé par Alberto Rasi (et avec Davide Monti comme premier violon).

Evaristo Felice Dall’Abaco _ (1675-1742) véronais de naissance, le 12 juillet 1675 : dix ans avant Jean-Sébastien Bach et George-Frédéric Haendel _, fait partie de ces musiciens italiens qui quittèrent l’Italie pour faire carrière au-delà des Alpes, souvent dans des cours allemandes (ou/et à Paris _ la capitale culturelle de l’Europe d’alors ! _ ; ou/et, aussi, à Londres _ la métropole économique, elle !..).


Ainsi Evaristo-Felice devint-il, en 1704, musicien _ violoncelliste _ de la chambre ;

puis Konzertmeister, en 1715,

de l’Électeur de Bavière, en l’occurrence le prince Maximilien-Emmanuel (1662-1726), trente-six ans durant, de 1704 jusqu’à sa retraite de la cour, en 1740, avant sa propre mort, à Munich, en 1742…

Deux recueils de concertos précèdent l’ »Opera Sesta«  (édité en 1735 à Amsterdam par Michel-Charles Lecène) : les douze « Concerti a quattro, da chiesa« , opus 2 (1708-1712), pour le quatuor à cordes traditionnel avec basse continue, avec deux Concertos de soliste pour violon ; ainsi que les six « Concerti a più istrumenti » opus 5(ca. 1719) _ « en fait des concertos grossi pour cordes, avec intervention de deux flûtes et d’un hautbois en autant de concertos« , indique le livrettiste Francesco Passadore, à la page 12 du livret de ce CD Stradivarius 33791.

Non seulement Evaristo-Felice Dall’Abaco est un compositeur de très grande qualité _ connu jusqu’ici davantage des instrumentistes que des mélomanes (du fait de la bien étonnante rareté de ses œuvres tant au disque qu’au concert !..) _, mais sa carrière de musicien est, aussi, tout à fait représentative du devenir de bien des musiciens italiens de talent au XVIIIème siècle.

Natif de Vérone,

de même que son prédécesseur illustre parmi les compositeurs baroques italiens pour le violon, Giuseppe Torelli (Vérone, 1658 – Bologne, 1709),

il eut à souffrir de « la part minime occupée par la musique à Vérone« , du fait« avant tout » de « l’absence d’une vie de cour qui aurait pu promouvoir ce type d’activité : Vérone dépendait territorialement de Venise ; et toute sa vie politique et culturelle était soumise à l’autorité de la République lagunaire« , explique bien Salvatore Carchiolo dans le livret du CD des « Sonate op. I et op. III » _ par l’Insieme Strumentale di Roma, sous la direction de Giorgio Sasso, enregistré en avril 2005 ; CD Stradivarius 33740 _ :

« pour les musiciens véronais, l’émigration devenait la seule voie possible« .

Aussi Dall’Abaco va-t-il s’installer en 1696 _ il a vingt-et-un ans _ à Modène. « La vie musicale y jouissait d’une vitalité certaine, en particulier l’école de violon de la cour, qui bénéficiait des largesses et de la protection du duc Francesco II » (un Este)… Cette « école de violon de Modène _ non sans importance dans l’histoire du violon en Italie aux XVIème et XVIIème siècles _ avait eu comme chef de file Marco Uccellini, présent à la cour entre 1642 et 1645. Elle comportait des noms aussi prestigieux que ceux de Giuseppe Colombi, Giovanni Maria Bononcini, Giovanni Batista Vitali, et son fils, Giovanni Antonio Vitali. »

Or « pendant ces années _ 1696-1704 _ passées  _ par Evaristo Felice Dall’Abaco _à Modène, se trouvait aussi dans cette ville _ et à cette cour _ Jean-Baptiste d’Ambreville, compositeur et violoniste français d’origine, qui avait été attiré à la cour de Francesco II, féru de culture française. » C’est ce compositeur français qui« fut le trait d’union à l’approche par Dall’Abaco du style musical d’outre-Alpes », dégage alors excellemment Salvatore Carchiolo. Mais quoique « à Modène, Dall’Abaco trouva à s’employer lors des grandes manifestations de la cour« , « toutefois » le jeune musicien ne parvint pas à s’y « assurer un emploi stable. C’est sans doute pourquoi il partit en 1704 à Munich à la cour de l’Électeur de Bavière, Maximilien-Emmanuel II, où il obtint _ pour commencer _ un emploi de joueur de violoncelle « da camera« . Il est vraisemblable _ poursuit Salvatore Carchiolo _ que l’introduction de Dall’Abaco au sein de la cour fut facilitée par l’entregent du marquis Scipion Maffei, aristocrate influent, amateur passionné de musique, et librettiste à ses heures (il composa le livret de « La Sfida ninfa » de Vivaldi). » Surtout « Dall’Abaco trouva dans la capitale bavaroise un climat raffiné et musicalement stimulant. La chapelle musicale de la cour de Bavière, issue d’une ancienne tradition, devait sa _ très _ grande réputation à Roland de Lassus. Et c’est le courant italien qui prévaut à la cour à l’arrivée de Dall’Abaco en 1704, d’autant que c’est au compositeur vénitien Pietro Torri qu’est confiée la direction de la musique de chambre. »


« Toutefois les aléas de la politique _ et de la guerre ! _ viennent très bientôt bouleverser la vie _ et la carrière : munichoises _ de Dall’Abaco. Au moment de la guerre de succession d’Espagne, Maximilien-Emmanuel II est allié à la France _ et à Louis XIV.

Après la défaite d’Höchstädt

(ou Blenheim _ le 13 août 1704 : victoire des troupes conjointes du prince Eugène de Savoie et du duc de Malborough sur celles, franco-bavaroises, du maréchal-comte de Tallard et du duc Maximilien-Emmanuel II de Bavière _),

l’Electeur est contraint de s’exiler _ d’abord _ à Bruxelles… Une partie de la cour le suit _ dont sa musique _ et Dall’Abaco. C’est le premier d’une longue série d’exils ; cette vie itinérante ne prenant fin qu’à la paix d’Utrecht, signée en 1714.

Pendant son séjour à Bruxelles

_ où naîtra son fils Joseph-Marie-Clément (Bruxelles, 1710- Vérone, 1805), lui aussi compositeur _

en 1705, Dall’Abaco publia son premier recueil instrumental _ de « Sonate da camera » _ chez l’éditeur Roger d’Amsterdam.

En mai 1706, les revers subis par l’armée française contraignirent la cour _ de Maximilien-Emmanuel II _ à s’installer à Mons, dans le Hainaut.


Après la défaite de Malplaquet
_ le 11 septembre 1709 _, Mons doit être évacuée, et Maximilien-Emmanuel II trouve refuge à la cour de France sous la protection _ directe _ de Louis XIV. La cour _ du duc-électeur de Bavière _ se déplacera ensuite à Rambouillet, Paris, Versailles, Meudon, Saint-Cloud et Compiègne.


Le séjour français offrit l’occasion à Dall’Abaco de se familiariser avec les raffinements de la musique française.

La loyauté du musicien à l’égard de l’Électeur sera récompensée à la réinstallation de la cour de Bavière à Munich, en avril 1715. A la réorganisation de l’orchestre de la cour, Dall’Abaco sera _ en effet _ nommé « Maître de concert » ; puis « Conseiller électoral ». (…)

« L’activité de Dall’Abaco  au sein de cette cour électorale se poursuivit au-delà de 1726, l’année de la mort de Maximilien-Emmanuel II » _ sous le règne de son successeur, Karl-Albrecht (1726-1745), jusqu’à sa retraite de la cour, en 1740 ; peu avant de mourir, à Munich, le 12 juillet 1742…


« L’attention réservée par la musicologie à l’œuvre de Dall’Abaco est ancienne« , relève fort justement Salvatore Carchiolo (page 22 de ce même livret du CD Stradivarius 33740) ; ajoutant, un peu naïvement : « cela peut paraître surprenant à première vue _ et seulement « à première vue » ! pourrait-on espérer : qu’on lise donc avec un peu plus de curiosité les partitions ! et qu’on écoute enfin ! la musique elle-même : au concert ! et au disque ! rêvons donc un peu !… _ étant donné qu’il s’agit d’un musicien que l’on joue rarement _ chercher l’erreur !!! _ dans les salles de concert ; et qui n’est pas _ ou guère… _ repris dans l’édition discographique.

Déjà au début du XXème siècle, les musicologues allemands Adolf Sandberger et Hugo Riemann consacraient diverses études et analyses à la musique du compositeur véronais. Riemann, en particulier, le porte au pinacle : selon lui, les œuvres de Dall’Abaco représentent sans doute le type le plus pur et le plus noble de la musique de chambre italienne, arrivé à l’apogée de son développement _ rien moins ! Le musicologue allemand la considère même supérieure en puissance expressive à celle d’Archangelo Corelli _ ce qui n’est tout de même pas peu, dans l’évaluation historiographique de la musique !!! Riemann voit en Dall’Abaco, sinon le créateur, du moins un précurseur de la sonate bi-thématique.

(…)

De fait, « un examen _ un peu attentif _ de l’œuvre de Dall’Abaco révèle _ bien _, encore _ ou enfin ! _ aujourd’hui, d’admirables qualités, soutenues par _ davantage que _ un _ « grand » _ métier ; qualités que Riemann avaient _ si _ justement su déceler dans l’art de la construction de Dall’Abaco. La propension de celui-ci à une disposition structurelle compacte et efficace, s’exprime par une sobre éloquence _ à la française ?.. _ guidée par des critères d’économie _ sobriété _ rhétorique _ du discours musical baroque _ ; et porte en soi des signes évidents d’une fondation encore fortement ancrée _ comme dans le cas d’un Jean-Sébastien Bach, dirais-je… _  dans l’enseignement traditionnel d’une musique poétique » _ = d’authentique poiesis ! Ce point est esthétiquement aussi _ et pas seulement musicologiquement !.. _ très important !

Techniquement,

« la recherche de la cohésion formelle s’exprime dans l’attention particulière portée à l’unité thématique de la composition. » Et cela, « dans le cadre même d’une solide discipline de contrepoint : Dall’Abaco regarde en quelque sorte « en avant » ! Sa musique comporte des traits s’inscrivant dans les développements les plus modernes de la musique instrumentale du dernier baroque. La technique qu’il met au point mérite la plus grande attention : le matériau qu’il utilise dans le développement des mouvements est très souvent fourni par les éléments du thème initial du morceau. Après une première exposition fuguée, il vient « décomposer » le thème initial en ses éléments, fournissant des progressions et des imitations venant guider le développement du thème dans la poursuite du morceau. »


Un autre élément important que note Salvatore Carchiolo, est « le recours, même limité, à des éléments du style français« , notamment « l’adoption occasionnelle de la forme rondeau, et de certains mouvements de danse français (tel le passepied), absents de la sonate « da camera » italienne » ; ou « la tendance à juxtaposer tonalités majeures et mineures à partir de la même tonique (d’après Talbot).

Déjà à Modène, et par le biais des contacts établis grâce à d’Ambreville, Dall’Abaco s’était familiarisé avec un style si différent du style italien que Corelli s’était déclaré bien incapable d’interpréter correctement son exécution. L’empathie de Dall’Abaco avec le style français se renforça, bien sûr, les années que passa en France la cour de Maximilien-Emmanuel (notamment entre 1709 et 1711), durant lesquelles il put connaître au plus près les tendances musicales au jour le jour du goût français. De fait, à partir de son opus 3 _ paru vers 1712-1715 _, l’apport de l’idiome musical français se fait de plus en plus évident et renforcé. La transparence et l’élégance formelle de la musique de Dall’Abaco repoussent un trop grand recours à la pure virtuosité instrumentale. Le violonisme indéniable dont fait preuve le véronais doit beaucoup à la leçon de Corelli, mais il est loin de tendre, comme cela s’avère chez un Vivaldi, vers un dépassement des limites techniques de l’instrument, et d’une amplification de ses ressources de timbres et de couleurs. (…) L’équilibre structurel de la musique de Dall’Abaco _ ainsi que l’a justement noté William S. Newman _ la montre très représentative de la sonate baroque au point d’équilibre de ce que l’on peut qualifier de son classicisme, par sa clarté et la maîtrise du dessin de ses lignes. »

Tout ce long développement historico-musicologique

rien que pour mettre un peu et enfin le projecteur

sur une musique absolument délicieuse !

Que j’ai découverte, dans la plus parfaite naïveté (et ignorance de tout ce contexte ! alors…), lors d’un concert de fin de stage, auquel j’avais couru assister, par désir d’écouter des amis musiciens, à Barbaste, il y a plus d’une dizaine d’années _ c’était au mois d’avril 1992… _ :

il y avait là, me souviens-je, mon ami flûtiste Philippe Allain-Dupré

(qui, avec Laurence Pottier, flûtiste, elle aussi, m’avaient accompagné à Prague, avec mon « atelier baroque », en 1993 ou 94) ;

Enrico Gatti, si remarquable violoniste (et « chef »), toujours si, à la fois, vivant et probe, en chacune de ses interprétations d’une impeccable justesse de poésie ;

Alfredo Bernardini, parfait, lui aussi ;

peut-être, et même plus que probablement, aussi Pierre Hantaï, le claveciniste prodigieux que tout le monde reconnaît ;

pour le talent desquels, tous, j’ai une immense profonde admiration…

Ce jour-là, à ce concert-de-fin-de-stage-là, dans la petite église tout à côté de Barbaste, à Lausseignan, j’ai bien imprimé en ma mémoire ce nom de Dell’Abaco ;

et depuis j’ai toujours vivement recherché les moindres témoignages discographiques des œuvres de cet immense compositeur-là ! ; et non sans quelque satisfaction, la plupart des fois…

Je pense ainsi à un _ très bon _ CD de « Concerti«  enregistré en janvier 1998 par l’ensemble Concerto Köln, comportant 4 concerti « a quattro da chiesa » de l’opus 2 ;

3 concerti _ un pour 2 flûtes ; un pour hautbois ; un pour cordes _ de l’opus 5 ;

et 2 concerti pour cordes de l’opus 6 :

il s’agit d’un CD Teldec (dans la collection « Das Alte Werk« ) n° 0639842216623 ;

ainsi qu’aux 2 CDs Stradivarius que j’ai mentionnés plus haut :

celui d’un choix de « Sonate« , des « op. I & III » (STR 33740) ;

et des 6 « Concerti à più Istrumenti _ Opera Quinta » (STR 33746)…

Fin de citation.

Bref,

le fils Dall’Abaco

est tout autant que son père

un magnifique compositeur !!!

Ce samedi 7 mars 2020, Titus Curiosus – Francis Lippa

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