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Décès hier 6 mai 2023 de Menahem Pressler, pianiste, et membre du Beaux-Arts Trio…

07mai

J’apprends à l’instant, en consultant le site de ResMusica, le décès à Londres, hier 6 mai 2023, de Menahem Pressler, né à Magdebourg le 16 décembre 1923.

Décès de Menahem Pressler

Le pianiste légendaire du Beaux Arts Trio, , est décédé à Londres le 6 mai 2023 à l’âge vénérable de 99 ans.

Né à Magdebourg le 16 décembre 1923 au sein d’une famille juive, quitte l’Allemagne nazie en 1938 pour se réfugier dans ce qui deviendra l’État d’Israël, où il reçoit sa formation musicale (Eliahu Rudiakov et Leo Kestenberg). De là, il émigre aux États-Unis et remporte le Concours Debussy de San Francisco en 1946. Il est alors engagé par Eugène Ormandy pour faire ses débuts américains avec l’Orchestre de Philadelphie, ce qui lancera sa carrière soliste. C’est à cette époque qu’il enregistre de nombreux disques pour MGM notamment dans des répertoires plutôt originaux : la Sonate, la Ballade et les Pièces lyriques de Grieg, La Boîte à joujoux de Debussy et les Histoires d’Ibert, Pour les enfants de Bartók, les 24 préludes op. 34 de Chostakovitch, la Sonate piano n°9 et 10 pièces tirées de Cendrillon de Prokofiev. En 1955, Pressler fait la connaissance par l’intermédiaire de Robert Casadesus (un fidèle soutien) du violoniste Daniel Guilet qui lui-même le met en relation avec Bernard Greenhouse (violoncelle). Ils formeront dès lors la première mouture du légendaire Beaux Arts Trio et malgré le renouvellement des membres au fil des décennies, il restera le pianiste du trio jusqu’à sa dissolution en 2008. Outre ses activités de chambriste, Menahem Pressler enseigna également à partir de 1955 à la Jacobs School of Music de l’Université de l’Indiana à Bloomington.

Pressler reprit une activité de soliste après le Beaux Arts Trio _ en 2008, donc _ et fit même ses débuts avec l’Orchestre Philharmonique de Berlin en 2014 !

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Outre sa discographie de soliste antérieure au trio, il enregistra pour le microsillon dans les années 1960 à Vienne divers concertos publiés par la Guilde internationale du disque. Cette partie de la discographie a été partiellement rééditée par Doron, Doremi et Forgotten Records. Le Beaux Arts Trio a de son côté enregistré et même réenregistré une bonne part du répertoire de trio avec piano (Mozart, Haydn, Beethoven, Schubert, Schumann, Brahms…), chez Philips. Tous ces enregistrements ont été réédités dans un gros coffret en 2015. Menahem Pressler s’est aussi produit et a enregistré avec d’autres ensemble, notamment le Quatuor Emerson. Enfin en soliste, il a gravé quelques disques pour La Dolce Volta et plus récemment encore (2018) pour Deutsche Grammophon. (JBdLT)

 

En forme d’hommage,

voici la vidéo _ d’une durée de 113 ‘ _ du concert _ Haendel, Mozart, Debussy, Chopin _ que Menahem Pressler a donné, en soliste, à Tokyo, le 16 octobre 2017…

Ce dimanche 7 mai 2023, Titus Curiosus – Francis Lippa

En post-scriptum,

voici aussi, en précieux et très éclairant complément, un magnifique témoignage _ quelle splendide très simple humanité ! _ extrait de divers entretiens (à Waterloo, Tampere, Verbier, entre 2010 et 2012) de Bernadette Beyne avec Menahem Pressler, publié le jeudi 11 mai sur le site de Crescendo :

Hommage à Menahem Pressler : « la profondeur de la musique est plus que tout au monde ! »

LE 10 MAI 2023 par Bernadette Beyne

Décédé l’âge de 99 ans, le doyen des pianistes avait accordé une interview à Bernadette Beyne, co-fondatrice de notre média Crescendo.

Depuis la dissolution du Beaux-Arts Trio -il donnait son concert d’adieu au Festival Mendelssohn de Leipzig le 23 août 2009, Menahem Pressler multiplie les concerts, tantôt en récital, tantôt en concertos, tantôt en musique de chambre avec de jeunes interprètes.

Je me souviens l’avoir rencontré  à la Chapelle Musicale Reine Elisabeth peu après la fin du Trio et et lui avais demandé comment il envisageait son avenir. D’emblée, il m’avait répondu : « Je continue… Pressler and Friends ! ». Lorsqu’il était venu recevoir son « ICMA Lifetime Achievement Award » à Tampere (Finlande) en mai 2011, il arrivait de Bloomington (USA) où il avait enseigné après avoir joué en concert la veille à Paris. Il était arrivé à l’aéroport d’Helsinki où l’attendait une voiture pour l’emmener à Tampere où il déposa sa valise à la réception de l’hôtel pour rejoindre aussitôt la répétition en salle avec l’orchestre. Le soir, il jouait le Concerto Jeunehomme de Mozart lors de la soirée de gala, une beauté indiscible. Depuis, l’artiste accumule les prix, les concerts, les masterclasses. Récemment sont parus un DVD consacré à sa vie et un CD de Sonates de Schubert. Le 16 décembre dernier, il fêtait ses 90 ans. Tout récemment, on le rencontrait en récital à Liège… (lire la critique de François Mardirossian)…

– Que signifie pour vous la musique ?


La musique n’est pas seulement importante, elle est simplement tout pour moi : mon amour, ma vie, mon existence, ma profession. Rétrospectivement, cela signifie encore plus du fait de mon exil. Lorsque je me suis enfui d’Allemagne en 1938, tout mon environnement a changé d’un jour à l’autre. La plupart des gens n’ont aucune idée de ce que cela signifie d’avoir à quitter l’endroit où vous êtes né, où vous avez grandi, où tout est familier, pour arriver dans un pays où prévalent d’autres coutumes et une langue que vous ne connaissez pas. La seule chose qui n’avait pas changé, c’était la musique. Je me souviens très bien que lors de mon arrivé en Israël, j’ai eu des problèmes de nutrition et je perdais de plus en plus de poids. La seule chose qui m’a gardé en vie était la musique, ma compagne dans les bons et les mauvais moments… Elle était l’air que je respirais, les pensées, les émotions que je vivais… Et les émotions sont importantes parce que la musique est le langage de l’émotion. Personne mieux que Bach, Beethoven, Mozart, Schumann, Brahms,… ne comprennent ces émotions qui enrichissent tellement nos vies et, finalement, les rendent vivables.

– Quels événements ont été les plus mémorables dans votre long parcours ?


Inoubliables, les rencontres avec mes différents professeurs. Très important, le prix que j’ai gagné en 1946, au Concours Debussy de San Francisco. Mon professeur ne m’y avait pas envoyé pour gagner, mais juste pour voir si j’étais assez bon pour envisager une carrière de concertiste. Le jury présidé par Darius Milhaud m’a donné le premier prix. C’était pour moi une responsabilité écrasante !


Très importante aussi, ma rencontre avec Arthur Judson, le fondateur de la « Columbia Broadcasting System » (CBS ), qui m’a fait signer un contrat à long terme. Il m’a fait jouer avec Eugene Ormandy et l’Orchestre de Philadelphie. C’était mon premier concert aux États-Unis. J’ai joué le Concerto de Schumann et j’ai aussitôt obtenu un contrat pour quatre concerts dans les quatre saisons suivantes. C’était la deuxième fois seulement qu’un soliste signait un tel contrat dans l’histoire de l’orchestre.


Une troisième événement important, c’est la création du Beaux Arts Trio qui a été presque le fruit d’un accident. Je faisais alors beaucoup d’enregistrements en soliste pour MGM -Schumann, Prokofiev, Chostakovitch, Ernst Bloch, Milhaud,…- et je voulais enregistrer de la musique de chambre, je pensais aux Trios de Mozart. Le directeur de MGM était d’accord, mais je devais trouver les partenaires pour former un ensemble. A l’époque, il n’y avait pas réellement de Trios constitués, des solistes se réunissaient pour jouer ensemble, et il y en a eu de fantastiques ! Après la guerre, j’avais passé un été à travailler avec Robert Casadesus à Fontainebleau. Il m’avait fait rencontrer Daniel Guilet (1899-1990) un violoniste russe dont le nom de baptême était Gullevitch et qui avait travaillé au Conservatoire de Paris sous la direction d’Enesco ; il avait fait ses débuts avec le très réputé Quatuor Joseph Calvet. Sous l’occupation, il avait rejoint les Etats-Unis grâce à l’aide de Casadesus, ce qui lui a sauvé la vie. Guilet était très proche du violoncelliste américain, Bernard Greenhouse qui avait étudié à la Juilliard School et plus tard avec Emanuel Feuermann et Diran Alexanian puis, finalement, avec Pablo Casals dont il fut un des rares étudiants officiels avant de devenir son assistant à l’Ecole Normale Alfred Cortot. Guilet me l’a présenté, « juste pour jouer Mozart »… et, plus de trente ans plus tard, il était toujours là… C’est ainsi qu’a commencé l’histoire du Trio. Nous étions sensés réaliser seulement quelques enregistrements et dissoudre le Trio dès la fin du contrat. Pour nous préparer, nous avons donné une série de concerts pendant un mois, puis nous avons été invités, en remplacement, au Festival de Berkshire à Tanglewood, la résidence d’été de l’Orchestre Philharmonique de Boston. Nous avons joué Beethoven (op.1 n°3, op.70 n°1, l’ Esprit, et l’Archiduc op.97). Un vrai succès ! C’était le 13 Juillet 1955. A la fin de la saison, nous avons réalisé que nous avions donné 70 concerts de musique de chambre ! Et nous avons abandonné l’idée de dissoudre l’ensemble… Robert Casadesus nous a introduits en Europe et notre carrière s’est envolée… Casadesus disait qu’il n’avait plus entendu un tel Trio depuis Cortot-Thibaud-Casals… Il exagérait, bien sûr, mais son enthousiasme était authentique. Nous lui devons notre carrière. Robert a également composé un trio pour nous, nous étions très proches.


Un autre moment mémorable, c’ est le jour où on m’a offert d’être « Artiste en résidence » avec des tâches d’enseignement à l’ « Indiana University ». Tout d’abord, j’ai refusé ; puis j’ai accepté à condition de considérer mon engagement pour un semestre. J’ai donc essayé d’y enseigner… Aujourd’hui, 55 ans plus tard, j’y suis toujours. J’aime enseigner _ voilà! _ ; mes étudiants viennent de partout dans le monde ; ils sont comme mes enfants et la fierté de ma vie.
Ce sont les points forts, mais il y a aussi d’autres moments très importants comme par exemple mon mariage. Je suis marié depuis 65 ans et j’aime ma femme comme au premier jour. Il y a aussi eu la naissance de mes enfants…

"Transmettre à la jeune génération" - Ici, à Tampere, lors d'une soirée conviviale à l'occasion de la remise des ICMA, le "Jeune Artiste de l'Année", David Kadouch, aux côtés du "Lifetime Achievement"
« Transmettre à la jeune génération » – Ici, à Tampere, lors d’une soirée conviviale à l’occasion de la remise des ICMA, le « Jeune Artiste de l’Année », David Kadouch, aux côtés du « Lifetime Achievement »

– J’ai lu le livre de William Brown consacré à votre enseignement. Vous y dites notamment que la partition est très importante…


Oui, bien sûr, c’est là que tout se trouve, c’est là qu’il faut chercher le sens profond de la musique. L’enseignement a été est est toujours très important dans ma vie parce qu’il est la façon de transmettre la musique à la jeune génération et de l’aider à éviter les erreurs que l’on a faites soi-même. Tout le monde fait des erreurs ; mais si pouvez aider les jeunes à trouver en eux-mêmes combien la musique est importante à côté de la technique et de la compréhension des styles, si vous pouvez les aider à trouver le profond « feeling », la profondeur de la musique, c’est très important et ce n’est pas facile : comment pouvez-vous dire à quelqu’un quelque chose pour laquelle vous n’avez aucune explication concrète. C’est un véritable défi. A Bloomington, je peux choisir mes élèves et ne prendre un étudiant qu’après lui avoir parlé : savoir comment il se voit, comment il voit la vie. Et je trouve toujours exactement les valeurs qui étaient les miennes : travailler longtemps et longtemps pour pratiquer l’amour pour la musique, faire le sacrifice de soi, mettre sa volonté à l’épreuve et trouver la satisfaction en dépit de l’effort et de la solitude dans laquelle on se trouve. Ces personnes, j’ai confiance en elles. Il y a des enseignants qui sont satisfaits lorsque les élèves sont techniquement au point. Cela ne me satisfait pas. Si vous avez appris le piano techniquement, vous devez aussi apprendre mentalement, vivre la musique au plus profond de vous-même. Il y a bien sûr le « know how », l’habileté à jouer de l’instrument. Mais le musicien professionnel doit offrir à son audience ce qu’est réellement, profondément la musique, celle de Mozart, Beethoven, Ravel, Debussy, Schubert,… Là est la différence avec le musicien amateur qui peut s’adonner pleinement à ses émotions ; il est libre. Le musicien professionnel doit veiller à ce que les émotions soient sculptées comme un arbre, garder leur contrôle et les exprimer de manière à ce que tout le monde puisse les comprendre.

– Vous parlez de vos « erreurs ». Est-il indiscret de vous demander d’en parler ?


(sourire…) Dans la vie, nous procédons souvent par essais et erreurs. Si vous sentez que ce que vous essayez de penser et de faire n’est pas vous, il faut avoir le courage de dire : « Non, ce n’est pas moi ». Il faut continuer en prenant un chemin qui est parfois opposé ; mais il faut le faire. Cela ne veut pas dire « vouloir faire plus beau » ; c’est autre chose ; c’est être totalement en accord avec soi-même.

Dans le livre qui vous est consacré, vous parlez des pianistes « qui en rajoutent »…


Oui, mais je parle là de fantastiques pianistes… Horowitz… J’ai connu Horowitz. Quand je l’écoutais, ce n’était pas sa fantastique technique qui me séduisait mais la beauté de ce qu’il faisait quand il jouait Chopin. Pour Argerich, rien n’est difficile, elle fait tout ce qu’elle veut, c’est fantastique « of course »,… qui n’aimerait pas cela ? Mais la musique est plus que Horowitz, plus qu’ Argerich. Prenez une simple sonate de Mozart, de Haydn, il y a encore plus que la beauté, il y a toute la profondeur du sentiment humain. Nous avons été les premiers à jouer l’intégrale des Trios de Haydn et c’est une chose dont je suis fier et surtout heureux : d’avoir vécu l’expérience, de les avoir fait connaître et aimer. Pour cet enregistrement, notre Trio a obtenu un grand prix à Londres, un prix qui avait été attribué aux plus grands artistes du moment : Gilels, Horowitz, Rubinstein, Heifetz. Pour nous, c’était vraiment un grand honneur et une grande joie.

Au cours de votre longue carrière, le monde de la musique a beaucoup changé, parfois pour le meilleur, parfois pour le pire. qu’est-ce qui vous a le plus impressionné à cet égard ? Comment vivez-vous ces changements ?


Aujourd’hui, nous avons maintenant un public beaucoup plus large qu’au début de ma carrière, et c’est très important. La radio et la télévision nous permettent d’atteindre des millions de personnes. Il y a aussi beaucoup de nouvelles salles de concert, nous « conquérons » aussi de nouveaux territoires, je pense à la Chine, à l’Inde… Je regrette par contre que l’on ne pratique plus la musique comme avant dans les familles. Je regrette également que le travail de relations publiques joue un rôle dominant _ hélas. De moins bons musiciens ont parfois plus de succès que de grands musiciens, tout simplement parce que le public n’a plus les mêmes exigences qu’avant, parce que l’apparence est plus importante que le contenu, que l’émotion contenue dans la musique .

Vous jouez Mozart, un compositeur souvent associé à une grande « simplicité »…


Ce que vous appelez « simplicité » est ce qui donne tant de joie. Il fut un temps où les concertos de Mozart étaient rejetés par de nombreux pianistes. Le grand Arthur Schnabel disait que c’était dû au fait que de nombreux étudiants en musique trouvaient que Mozart était trop facile pour eux… Les musiciens expérimentés savent qu’il est très difficile _ en effet… _ de jouer un concerto de Mozart. Et croyez-moi, même les plus grands musiciens sont et ont été confrontés à de tels défis. Heifetz, le musicien le plus parfait, a dû se battre ; Horowitz a dû se battre… Il y a quelques exceptions, Rubinstein par exemple, merveilleusement doué par nature ; il avait une relation très naturelle avec la musique. La simplicité est en fait essentiellement la pureté _ voilà. Jouer un concerto de Mozart est toujours un défi. Mais si vous y arrivez, c’est un grand bonheur, comme un grimpeur qui atteint le sommet de l’Everest.

Tampere, le 5 avril 2011, Menahem Pressler a donné à son public le "Jeunehomme" de Mozart en compagnie de l'Orchestre Philharmonique de Tampere dirigé par Hannu Lintu
Tampere, le 5 avril 2011, Menahem Pressler a donné à son public le « Jeunehomme » de Mozart en compagnie de l’Orchestre Philharmonique de Tampere dirigé par Hannu Lintu

Comment un jeune pianiste peut-il arriver à une telle pureté ?


Pour les jeunes pianistes ce n’est pas facile, parce qu’ils veulent mettre un peu d’eux-mêmes dans la musique. Le jeune pianiste se demande ce qu’il peut apporter de lui-même dans une œuvre. Je lui conseille par contre de se demander : « Qu’est-ce que je peux faire de la musique qui est devant moi ? Comment puis-je au mieux la servir ? » _ voilà.

Quelle a été votre recette secrète de longévité du « Beaux Arts Trio »… 55 ans…


Le secret est sans doute dans la force de la première rencontre _ oui. J’ai tellement appris des personnes que j’ai rencontrées, et aucune ne m’a autant touché que Guilet. Un grand musicien mais il n’était pas la personne la plus facile pour répéter et pour travailler. Travailler avec lui, c’était le sang, la sueur et les larmes. Le secret réside aussi dans les relations interpersonnelles _ oui. Si vous voulez vraiment faire de la musique de chambre, vous faites appel aux sentiments de vos partenaires. Un faux accent peut être considéré comme une insulte. Le cours des choses sera discuté, bien sûr, les arguments seront échangés, mais le partenaire aura l’impression qu’il y a un manque de respect mutuel. Et croyez-moi, de toute petites choses peuvent conduire à la discorde. Il faut donc être très prudent tout en sachant ce que l’on veut vraiment _ voilà : tact et exigence partagée.

– Vous donnez ce soir le Winterreise de Schubert avec Christophe Prégardien. Comment cela se passe-t-il ?**
C’est la première fois que j’accompagne un chanteur : c’est pour moi une expérience passionnante ; j’apprends _ voilà _ énormément, je suis à l’affût de son chant, de sa respiration… _ oui.

– Etes-vous confiant dans le futur ?


Pas dans le futur du monde, son écologie, ses armes. Mais une chose dont je suis sûr, c’est que la musique est ce qui restera dans le futur.

Propos recueillis par Bernadette Beyne
Waterloo, Tampere, Verbier 2010 – 2012

* Indiana University Press – Bloomington and Indianapolis, 2009
** c’était à Verbier en juillet 2012

Crédits photographiques : Martin Hoffmeister / ICMA

C’est magnifique d’humanité la plus vraie.

Parmi l’offre discographique ravélienne (plus ou moins) récente, deux CDs de réunions d’oeuvres bien spécifiques : orchestrales, par John Wilson ; et pour violon et piano, par Elsa Grether et David Lively… Ou l’éloge du medium disque…

01sept

Ce soir du jeudi 1er septembre 2022, 

faisant une petite revue d’intéressantes _ ou enthousiasmantes ! _ productions discographiques ravéliennes des huit premiers mois de 2022,

je remarque d’une part le CD « Ravel Ma mère l’Oye Boléro (Premières recordings of original ballets) » du Sinfonia of London sous la direction de John Wilson _ le CD Chandos CHSA 5280  _

et d’autre part le CD « Ravel Complete Works for violin and piano » d’Elsa Grether, violon, et David Lively, piano et direction _ le CD Aparté AP295.


Pour le premier, c’est, en effet, un article de Bertrand Balmitgere, « Les Œuvres orchestrales de Ravel chez Chandos : le choc John Wilson« , paru sur le site Crescendo le 20 février 2022,

et pour le second, un article de Jean-Charles Hoffelé, « Paradis Ravel« , paru sur le site Discophilia, ce jour même, 1er septembre 2022,

qui ont sollicité et retenu ici mon attention _ mais j’aime tant Ravel…

Les œuvres orchestrales de Ravel chez Chandos : le choc John Wilson

LE 20 FÉVRIER 2022 par Bertrand Balmitgere

Maurice Ravel(1875-1937) :

La Valse, Ma Mère l’Oye (version ballet), Alborada del Gracioso, Pavane pour une infante défunte, Valses nobles et sentimentales, Bolero (version ballet 1928).

Sinfonia of London, John Wilson. 2021.

Livret en français, anglais et allemand.

83’45.

Chandos. CHSA 5280

 

La musique peut tout entreprendre, tout oser et tout peindre pourvu qu’elle charme et reste enfin, et toujours, de la musique. Comment ne pas penser à ces mots essentiels de Maurice Ravel _ restant à interroger ce que Ravel dit bien avec son expression de « rester enfin, et toujours, de la musique«  ; et ne pas devenir autre chose de parasite… _ alors que nous allons évoquer le dernier enregistrement consacré à une partie _ seulement _ de ses œuvres orchestrales par l’excellent chef britannique John Wilson à la tête du Sinfonia of London. Ce disque est une véritable tempête musicale et bouleverse _ voilà _ notre regard sur un pan essentiel _ oui ! _ du répertoire occidental du XXe siècle.

A qui doit-on ce bonheur ? A La fidèle restitution des intentions du compositeur par la Ravel Edition, à un orchestre en fusion ou au regard neuf que nous apporte Wilson ? En tout cas la rencontre de ces trois ambitions fait des merveilles pour ne pas dire des étincelles… Pour compléter notre propos nous vous renvoyons à l’interview très éclairante donnée _ à Pierre-Jean Tribot, pour Crescendo _ par le chef il y a quelques semaines _ le 22 janvier 2022 _ au sujet de cet opus _ discographique du label Chandos.

Armé d’une légitimité musicologique grâce au travail des équipes de François Dru _ je le connais et l’apprécie (et l’ai rencontré, au moment de ses très remarquables travaux pour Jean-Paul Combet et Alpha, il y a déjà pas mal d’années : il nous a même interviewés une heure durant pour France-Musique lors de célébrations musicales à Versailles, pour le dixième anniversaire du CMBV, en 1997)… _, Wilson peut laisser aller toute sa virtuosité et son allant qui n’ont de pair que celles de sa formation. Quel tandem !

Commençons notre tour d’horizon de ce qui est sûrement le disque de l’année 2022 _ rien moins ! C’est dire le niveau de l’enthousiasme de Bertrand Balmitgere … _avec Bolero (dans la version originale et inédite ballet 1928) qui est hors norme et justifie à lui seul _ voilà ! _ l’achat de cet album _ et c’est fait désormais. On en prend plein les oreilles pendant près de quinze minutes, une véritable invitation à la danse qui ne laissera personne stoïque. On en redemande !

Le plus dur est fait !? C’est que ce l’on peut se dire après une telle réussite, mais Wilson et ses Londoniens ne s’arrêtent pas là ! La Valse est renversante (c’est le principe vous me direz mais c’est tellement rare…) ! Un tourbillon de sonorités et d’émotions entremêlées, bien servi par des cordes tout simplement hallucinantes. Nous avons rarement entendu cela ces dernières années. Il faut également encenser la prise de son _ de Ralph Couzens _ qui est superlative et participe à la totale réussite de ce projet.

Le ballet intégral Ma Mère l’Oye (dans sa version originale inédite telle que restituée par la Ravel Edition _ et c’est bien sûr à relever aussi… _), les Valses nobles et sentimentales et Alborada del gracioso ne sont pas en reste, mais c’est Pavane pour une infante défunte qui achève de nous convaincre. Le rythme lent, élégiaque, sensuel nous étreint littéralement pendant six minutes. Les hautbois chantent, la douceur des harpes, la retenue des cordes, la grâce flûtes tout est là. C’est parfois si beau la tristesse et la mélancolie _ tout particulièrement chez Ravel…

Son : 10 – Livret : 10 – Répertoire : 10 – Interprétation : 10

Bertrand Balmitgère

PARADIS RAVEL

Une Sonate avec un Blues, une autre Sonate qui regarde Debussy dans les yeux, un hommage à Fauré, un éblouissant numéro de virtuosité qui n’en est pas un (Tzigane), voilà tout ce que Ravel aura destiné au violon _ voilà _, capturant dans son écriture absolument originale les possibilités de l’instrument dont il magnifie les ondoiements et les griffes de chat.

Cette poésie fugace, cette opulence des couleurs, Elsa Grether les saisit du bout de l’archet, féline _ elle-même, donc, en son jeu _, subtile, d’une élégance sans failles, ravélienne absolument _ voilà _, et chantant comme les grands archets français, de Zino Francescatti à Jeanne Gautier, de Jacques Thibaud à Michèle Auclair, y auront chanté.

Le piano de David Lively n’est pas du genre à accompagner, d’ailleurs Ravel ne le lui permet pas : à lui l’imaginaire des timbres, soit gamelan, soit cymbalum, toujours impertinent, et poète aussi, et surtout un piano qui n’est pas qu’en noir et blanc : des couleurs, des respirations, des accents, du grand soleil et des sfumatos. Magnifique !, je rêve qu’il nous grave tout le piano solo, et les Concertos tant qu’à faire, car il a la sonorité naturellement ravélienne.

Tzigane fabuleux car jamais déboutonné, Première Sonate d’une eau de rêve, Sonate majeure pleine de fantasque, petites pièces parfaites (et de l’émotion dans les Mélodies hébraïques, même étranglées de pudeur), deux ajouts inédits, le songe du Concerto en sol pudiquement (et minimalement) arrangé par Samazeuilh _ je me souviens de lui aux derniers jours de sa vie (Bordeaux, 2 juin 1877 – Paris, 4 août 1967) : Gustave Samazeuilh, grand Monsieur très digne et extrêmement cultivé, était en effet un fidèle des conférences de la Société de Philosophie de Bordeaux, auxquelles il venait assister à l’Amphi Alline de la Faculté des Lettres, Cours Pasteur à Bordeaux, quand j’y étais étudiant… _, le Foxtrot de L’Enfant transformé café-concert par Asselin, quelle belle fête au cœur de l’été _ quel enthousiasme en cet article aussi…

LE DISQUE DU JOUR

Maurice Ravel (1875-1937)
L’Œuvre complète pour violon et piano

Concerto pour piano et orchestra en sol majeur, M. 83 (extrait : II. Adagio assai – arr. pour violon et piano : Samazeuilh)


Sonate pour violon et piano No. 2, M. 77

Pièce en forme de Habanera, M. 51 (arr. pour violon et piano : Théodore Doney)

Sonate pour violon et piano No. 1, Op. posth., M. 12

Berceuse sur le nom de Gabriel Fauré, M. 74

Five o’Clock Foxtrot (d’après “L’Enfant et les sortilèges, M. 71”)
(arr. pour violon et piano : André Asselin)


Kaddisch (arr. pour violon et piano : André Asselin)


L’Énigme éternelle (arr. pour violon et piano : Lucien Garban)


Tzigane, M. 76 (Rapsodie de concert)

Elsa Grether, violon
David Lively, direction

Un album du label Aparté AP295

Photo à la une : la violoniste Elsa Grether et le pianiste David Lively – Photo : © DRà 

Réussir à saisir et donner, au concert comme au disque, l’extrême subtilité, si discrète, de la singulière magie enveloppante de l’infini profond mystère ravélien, au-delà de son extrême précision artisanale et étonnamment lumineuse clarté,

n’est certes pas donné à tous les interprètes…

Il nous faut donc rendre infiniment grâce à ceux-ci,

et remercier aussi le disque de nous permettre d’approfondir la découverte et l’enchantement de ces musiques ainsi interprétées à chaque ré-écoute et re-découverte, oui ! _ pour peu que nous y soyions nous-mêmes assez réceptifs : cela varie aussi… _, à loisir, de ces œuvres, telles qu’eux-mêmes, les interprètes, les ont rencontrées, ressenties, et ainsi données à en partager l’écoute, lors des prises des séances d’enregistrement en studio, ou du live du concert,

grâce à la permanence un peu durable _ et renouvelable, améliorable surtout, en s’affinant… _, pour nous, mélomanes, de l’objet disque, ainsi écouté et ré-écouté…

La gratitude est grande…

L’enchantement _ miraculeux, ces rares fois-là, il faut le reconnaître, des prises de tels enregistrements (et j’en ai eu l’expérience personnelle : réussir les prises est toujours infiniment délicat et assez difficile)… _ étant à même ensuite, là, à notre écoute et ré-écoute du disque, de se renouveler et, mieux encore, enrichir, affiner, venir nous surprendre et ré-enchanter _ l’expérience-épreuve de la ré-écoute étant à la fois nécessaire, et l’indice-preuve (résistante) confirmant, ou venant infirmer, cela arrive, la qualité supérieure de l’interprétation de la musique…

Merci à de tels disques !

Ce sont eux que nous attendons et désirons avec ardeur…

Ce jeudi 1er septembre 2022, Titus Curiosus – Francis Lippa

« Exposer la musique » : une très riche passionnante enquête d’Etienne Jardin sur le Festival du Trocadéro, lors de l’Exposition universelle de 1878 à Paris, pour pénétrer et mieux connaître les arcanes de la vie musicale au XIXe siècle…

19juin

Étienne Jardin est directeur de la recherche et des publications du Palazzetto Bru-Zane, à Venise, c’est-à-dire le très actif et très fécond Centre d’études de la musique romantique française.

Je connais et apprécie Étienne Jardin depuis l’année 2011, à Venise,

quand il a été chargé de relire, en vue de leur publication, mes deux contributions au Colloque des 19 et 20 février 2011, au Palazzetto Bru-Zane, à Venise, « Un Compositeur moderne né romantique : Lucien Durosoir (1878 – 1955)« ,

« Une poétique musicale au tamis de la guerre : le sas de 1919 – la singularité Durosoir« 

et « La Poésie inspiratrice de l’œuvre musical de Lucien Durosoir : romantiques, parnassiens, symbolistes, modernes« .

Or voici que le 21 juin prochain paraît en librairie « Exposer la musique Le festival du Trocadéro (Paris 1878) » qu’Étienne Jardin publie aux Éditions horizonsd’attente,

un volume de 384 pages,

qu’il m’a très aimablement adressé.

Voici donc, à titre documentaire, et avant, bien sûr, un compte-rendu circonstancié de ma lecture de ce passionnant très riche essai d’histoire musicale _ telle une très éclairante carotte fouillée dans la géologie riche de la musique du XIXe siècle _, le courriel que ce matin même je viens de lui adresser,

en forme d’accusé de réception…

Cher Étienne,

une fois mon devoir électoral accompli _ à l’ouverture du bureau de vote : 8h 00 _ je me suis remis à ma première lecture, débutée hier à la réception de votre « Exposer la musique le festival du Trocadéro (Paris 1878) » ,
qui me passionne,
en me confirmant _ mais était-ce nécessaire ? _ le magnifique intérêt historique et musical de votre recherche, tout à fait éclairante sur les divers cadres de fond _ entremêlés, et dont il faut comprendre, en leur riche détail même qu’il fallait rechercher et analyser, les multiples significatives interconnexionsde l’histoire de la musique (en France, mais pas seulement), depuis le XVIIIème siècle…
Avec l’attention fondamentale portée sur les concepts mêmes, cruciaux, de « concert » et de « festival »…
Pour ma part, je le compare à ce que m’avait apporté le travail de Martin Kaltenecker, « L’Oreille musicale », en 2011 _ que vous citez d’ailleurs à plusieurs reprises…
Ce matin, donc, j’entame, page 127, le chapitre « La Règle du jeu »…
Et ce dimanche, à 16h 22, j’en suis à la page 202, du chapitre « Organiser les concerts officiels »…
J’espère que vous allez bien, cher Étienne,
et que votre livre aura  l’insigne joie, qu’il mérite superbement, de rencontrer son public…
Bien à vous,
Francis,
à Bordeaux
Ce dimanche 19 juin 2022, Titus Curiosus – Francis Lippa

La délicate séduction poétique ravélienne de Daphnis et Chloé : un concert…

23sept

Ce jour, sur le site de ResMusica,

Patrice Imbaud nous signale un beau concert le 20 septembre dernier, à la Philharmonie, à Paris,

de l’Ensemble Les Dissonances et son directeur, le violoniste David Grimal ;

dont le morceau de choix était la sublime Suite n°2 de Daphnis et Chloé, de Maurice Ravel…

Voici l’article,

justement intitulé « Les Dissonances mènent la danse » : 

Les Dissonances mènent la danse

Dans ce concert consacré à la musique de ballet, les Dissonances conduites par David Grimal proposent une judicieuse mise en miroir de la Suite n° 2 de Daphnis et Cloé de Maurice Ravel et du Sacre du printemps d’Igor Stravinski, agrémentée du rare Caprice roumain pour violon et orchestre de George Enesco.

Un concert comme une invitation à la danse, en même temps qu’un hommage aux ballets russes de Serge Diaghilev _ oui _, mettant en scène deux compositeurs majeurs du XXᵉ siècle, Ravel et Stravinski, liés par une amitié qui ne résistera pas au temps et réputés pour leur talent d’orchestrateur ; deux œuvres quasiment contemporaines (1912 et 1913) représentant deux facettes bien différentes de la modernité, l’une aux allures plutôt impressionnistes, l’autre résolument tribale, barbare et expressionniste. Tendu comme un pont entre ces deux œuvres phares, le Caprice roumain conforte la cohérence thématique de cette soirée par ses accents tziganes et orientalisants.

Chef d’œuvre incontestable _ oui ! _ de Ravel très fréquemment donné en concert, la Suite n° 2 de Daphnis et Cloé fait une habile synthèse de tous les dons ravéliens par son sens de la danse et son orchestration foisonnante. Débutant par des ondoiements orchestraux des cordes graves, de belle amplitude progressant dans un crescendo bien mené, le Lever du jour fourmille d’évocations naturelles délicatement rendues par les traits des bois (piccolo, hautbois) avant que la flûte de Julia Gallego Ronda, tout à la fois archaïque et voluptueuse, n’entame dans la Pantomime un superbe dialogue avec le violon solo, préludant à une Bacchanale imprégnée d’urgence, tendue et jubilatoire, concluant une interprétation remarquable qui séduit tout à la fois par la cohésion orchestrale, par la clarté de sa texture, comme par les performances solistiques individuelles qui n’entament en rien la rigueur de la mise en place : ce qui n’est pas une mince affaire dans cette partition complexe _ certes _ parfaitement exécutée malgré l’absence de chef caractéristique des Dissonances

Après l’élégance orchestrale ravélienne, c’est au violon virtuose de David Grima d’occuper la scène avec le Caprice roumain de George Enesco. Une composition à la genèse laborieuse étalée entre 1925 et 1949, laissée inachevée et complétée secondairement par le musicologue Comel Jăranu. Elle s’inscrit délibérément dans la veine folklorique, avec une orchestration assez fruste qui laisse une large place à l’instrument soliste au sein d’une atmosphère tour à tour tzigane (violon), très « Mitteleuropa » ou parfois plus orientalisante (bois). Elle se déroule en quatre mouvements, hauts en couleurs : un Moderato très expressif aux allures rhapsodiques s’appuyant sur une grande variété rythmique ; un Tempo di hora endiablé où le violon tzigane mène la danse ; un Lento méditatif où s’élève la cantilène du violon dans une longue réflexion teintée de mélancolie précédant un Allegro conclusif marquant le retour à une virtuosité débridée. En bis, dans un climat plus apaisé, l’Aurore, extraite de la Sonate n°5 en sol majeur op. 27 d’Eugène Ysaïe apporte un beau moment de paix.

Si David Grimal et les Dissonances ont séduit dans la première partie, le constat est hélas plus réservé pour le Sacre du printemps d’Igor Stravinski où il semble que le concept « d’orchestre sans chef » n’atteigne, ici, ses limites. Non pas tant dans les performances individuelles, toutes de haute volée, que dans l’organisation générale du discours, dans la mise en place des plans sonores et dans les équilibres entre pupitres. Les Dissonances nous livrent, hélas ce soir, une interprétation trop peu nuancée, trop monolithique, parfois confuse malgré une dynamique pleine d’allant, parfois à la limite de la saturation, exagérément expressionniste, virant par instants à la foire d’empoigne, échappant à l’envoutement prégnant qui fait le propre de cette partition hypnotique. Dommage…

Crédit photographique : © Bernard Martinez

Paris. Philharmonie. Grande Salle Pierre Boulez. 20-IX-2021.

Maurice Ravel (1875-1937) : Daphnis et Cloé, suite orchestrale n° 2 ;

Georges Enesco (1881- 1955) : Caprice roumain pour violon et orchestre ;

Igor Stravinski (1882-1971) : Le Sacre du printemps, version 1947.

Les Dissonances, violon et direction : David Grimal

Ce jeudi 23 septembre 2021, Titus Curiosus – Francis Lippa

 

Un nouveau CD au catalogue discographique de Théotime Langlois de Swarte : le proustien « Concert retrouvé » (1er juin 1907, au Ritz)…

15sept

Sur son très riche site Discophilia,

Jean-Charles Hoffelé consacre un nouvel article, Reconstitution, à une nouvelle récente parution discographique de l’excellent violoniste qu’est Théotime Langlois de Swarte

_ cf le récapitulatif de mes articles précédents, du mardi 21 juin 2021  ;

ainsi que cet autre article, du 16 août dernier : _,

un CD Harmonia Mundi _ HMM 902508 _ intitulé « Proust. Le Concert retrouvé« .

Voici donc cet article :

RECONSTITUTION

Grand Salon du Ritz, 1er juillet 1907, Marcel Proust quitte son appartement du Boulevard Haussmann pour se rendre au dîner suivi d’un concert qu’il organise _ voilà ! _ en l’honneur de Gaston Calmette, le directeur du Figaro. Gabriel Fauré lui a _ hélas _ fait faux bon, alors que le programme présente plusieurs de ses œuvres, mais il a dépêché Marguerite Hasselmans qui accompagnera Maurice Hayot dans la schumanienne Première Sonate de son maître, Edouard Risler se chargeant du reste et en modifiant les œuvres pour jouer ce qu’il a dans les doigts.

Soirée typique documentée dans une lettre que Proust adresse à Reynaldo Hahn deux jours ensuite _ le 3 juillet 1907 _, mêlant musique française et allemande comme on le faisait chez Saint-Marceaux ou chez Greffulhe, que Théotime Langlois de Swarte et Tanguy de Williencourt ont reconstituée en prenant soin d’y associer deux instruments tirés du Musée de la Musique : on entend enfin sous l’archet du jeune homme le Davidoff tiré d’un long sommeil par les soins de Balthazar Soulier. Quelle émotion lorsque son timbre de voix humaine _ voilà _  s’empare du _ sublimissimeÀ Chloris _ cf, par exemple, mon article du 22 mai 2020 : … _ de l’ami Reynaldo Hahn.

Sommet du disque, la Première Sonate de Fauré, jouée appassionato, et ne cherchant pas à masquer ses références à Schumann. Comme j’aimerai les entendre dans la Seconde également ! Mais non, fidèle au concert, les deux amis en restent _ oui _ à ce qui fut joué alors, capturant avec poésie l’air de ce temps perdu pour mieux le retrouver _ voilà.

Tanguy de Williencourt joue un splendide Erard aux cordes parallèles, le modèle modeste que l’on trouvait couramment dans les salons du tout Paris d’alors. Stupeur devant son 6e Nocturne _ de Gabriel Fauré _ éloquent par les phrasés comme par les couleurs : et si sur ce piano il avait l’idée d’enregistrer les 13 Nocturnes au complet ?

LE DISQUE DU JOUR

Proust, le concert retrouvé
Un concert au Ritz, à la Belle Époque

Reynaldo Hahn (1874-1947)
À Chloris (arrangement pour violon et piano)
L’Heure exquise (arrangement pour violon et piano)


Robert Schumann (1810-1856)
Des Abends (No. 1, extrait des “Fantasiestücke, Op. 12 »)


Frédéric Chopin (1810-1849)
Prélude en ré bémol majeur, Op. 28 No. 15


Gabriel Fauré (1845-1924)
Sonate pour violon et piano No. 1 en la majeur, Op. 13
Berceuse pour violon et piano, Op. 16
Après un rêve, Op. 7 No. 1 (arrangement pour violon et piano)
Nocturne No. 6 en ré bémol majeur, Op. 63


François Couperin (1668-1733)
Les Barricades mystérieuses (No. 5, de l’Ordre VI, extrait du « Second Livre de pièces de clavecin)


Franz Liszt (1811-1886)
Isoldens Liebestod – Schluss-Szene aus Richard Wagner’s “Tristan und Isolde”, für das Pianoforte bearbeitet, S. 447

Théotime Langlois de Swarte, violon
Tanguy de Williencourt, piano

Un album du label harmonia mundi/Stradivari HMM902508

Photo à la une : © DR

 

Un très joli programme, déjà…

Et bravo !!!

Ce mercredi 15 septembre 2021, Titus Curiosus – Francis Lippa

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