Ce 25 juin, 250e anniversaire de la mort de Georg Philipp Telemann : un compositeur magnifiquement généreux

Posté dans la catégorie Musiques par Titus Curiosus

25juin

Ce matin, je découvre sur le site de Res Musica, cet article-ci d’hommage ô combien mérité à cet immense musicien que fut Georg Philipp Telemann,

un compositeur que j’apprécie énormement _ sa musique met en joie !!! _ pour son infinie curiosité et sa merveilleuse ouverture musicale, jointe à une immense et fort sympathique générosité de souci de partage et diffusion de la musique, pour le bonheur de nos oreilles.

Je ne trouve donc qu’un seul petit défaut à cet article : l’emploi assez anachronique du terme « marketing« . Car le souci de diffusion et de partage des œuvres manifesté, en effet, et tout au long de sa vie, par Telemann, n’impliquait pas une visée de profit financier, et a fortiori sur un marché concurrentiel… Et Telemann, non plus, ne surfe pas paresseusement sur la vague de ses succès : sans cesse il se renouvelle et ose toujours chercher et encore expérimenter !

L’occasion de cet anniversaire, que savent très opportunément _ la mise à profit d’une date demandant peu d’imagination _ utiliser les diverses maisons de disques, nous vaut au moins, à nous mélomanes, quelques heureuses réalisations discographiques, permettant pour une fois, et bien sûr selon la curiosité, pour cette occasion-ci encouragée, des divers ensembles de musiciens fréquentant dans leurs propres recherches les partitions de Telemann, de découvrir davantage bien des œuvres si diverses et variées _ ne serait-ce qu’en combinaisons instrumentales _ de ce compositeur inépuisable, et demeurées jusqu’ici inédites au disque… Ainsi que la joie qui les porte.

GEORG PHILIPP TELEMANN, GÉNIE DU MARKETING MUSICAL

2Il y a 250 ans, le 25 juin 1767, disparaissait à Hambourg , l’un des plus fameux compositeurs de son temps.

Né le 14 mars 1681 d’un père pasteur et d’une mère fille de pasteur, le jeune Georg Philipp se révèle un surdoué _ oui !_ de la musique, apprenant à partir de 10 ans toutes sortes d’instruments _ qu’il saura faire sonner _ en autodidacte, et composant à 12 ans son premier opéra. Malgré les efforts de sa mère pour le détourner d’une carrière de musicien (son père Heinrich était mort dès 1685), il ne cesse pendant ses études d’apprendre la musique et de composer, fréquentant les églises aussi bien que les cours princières (Hanovre et Brunswick) et s’imprégnant des diverses influences musicales qui traversaient alors l’Allemagne.

Sa carrière le mène à Leipzig, où d’étudiant en droit il devient directeur d’opéra puis directeur de la musique à la Neuekirche. En 1704, il devient Kappellmeister du comte de Promnitz à Sorau _ et c’est là une étape décisive pour l’imagination du compositeur ! _, puis il entre au service du duc de Saxe-Eisenach, avant de s’établir à Francfort-sur-le-Main en 1712, et enfin à Hambourg en 1721, après avoir refusé la charge de Cantor de Saint-Thomas de Leipzig. Il ne quitte plus la ville hanséatique, où il est Cantor de la Johanneum Lateinschule et directeur de la musique des cinq principales églises, hormis pour de courts voyages en Allemagne et pour un séjour _ important ! _ de huit mois à Paris en 1737-1738.

Acquérant à chaque étape une position plus importante et une renommée grandissante, Telemann enrichit également sa connaissance de la musique et sa palette de compositeur _ voilà les éléments importants pour sa création. Comme il le relate dans sa deuxième autobiographie en 1729, il ajoute à un style marqué par la tradition allemande et polonaise (Sorau, aujourd’hui Żary en Pologne), les influences française puis italienne. En se forgeant son style personnel dans les années 1710-1720 _ et on le reconnaît, ensuite ! _, il contribue fortement à l’émergence de ce style allemand du XVIIIe siècle né d’influences extérieures digérées et mêlées à un substrat local. Poussé par sa curiosité et sa force de travail extraordinaire, Telemann y a joué un rôle décisif, autant par l’ampleur et la variété que par la qualité de son œuvre _ voilà ce qu’il faut souligner..

Une œuvre abondante et protéiforme

La multiplicité des fonctions exercées par Telemann, y compris dans la même ville, la profondeur de son imagination, sa rapidité d’écriture, et bien sûr aussi sa longévité exceptionnelle (bien que son rythme de composition semble s’être ralenti à partir des années 1740) expliquent l’abondance et la variété _ prodigieuse _ de son œuvre. Du côté de la musique instrumentale, sa maîtrise personnelle d’un grand nombre d’instruments n’est sans doute pas étrangère à l’extraordinaire variété de combinaisons que l’on trouve, par exemple dans ses concertos _ ainsi que dans ses suites !

Le décompte de ses œuvres donne le vertige : plus de 4 000, voire plus de 6 000 en tout, dont 3 600 répertoriées. Parmi elles, on compte 1 400 ou 1 700 cantates selon les sources, 15 messes, 6 oratorios, plus de 40 passions. Il aurait composé plus de 50 opéras, mais 35 « seulement » peuvent être établis, parmi lesquels 9 sont conservés entièrement. Et n’oublions pas les dizaines et les dizaines de concertos, ouvertures (c’est-à-dire suites pour orchestre _ son genre musical le plus heureusement fécond, il faut le souligner _), quatuors, sonates, fantaisies, suites, chansons, odes, intermezzi…

Si l’on compare la qualité des compositions de avec celles de son homologue et ami , comme on a pu se risquer à le faire, le premier sort en général perdant. Mais quel compositeur peut raisonnablement soutenir la comparaison avec le Bach de Leipzig ? Si l’on examine l’œuvre de Telemann pour elle et non par rapport à un étalon forcément supérieur, on se rend compte que, bien que d’un style reconnaissable _ oui ! _, ses compositions ne sont à peu près jamais marquées par la facilité _ en effet. La qualité de la mélodie, l’inventivité des procédés d’écriture, les ruptures si baroques destinées à surprendre l’auditeur, mais aussi l’humour et la facétie, sont des caractéristiques qui, si elles sont bien mises en valeur par les interprètes _ c’est en effet induspensable _, confèrent à la musique de Telemann une force et une variété à même de captiver _ et enchanter !!! _ l’auditeur. On se rend compte également que ses œuvres religieuses peuvent être d’une ferveur et d’une profondeur remarquables, cantates comme passions.

Célèbre à son époque, plus que , Telemann est aussi un génie du « marketing » _ le terme est cependant anachronique _, publiant certaines de ses œuvres, notamment à partir de 1728 dans son périodique musical, Der Getreue Music-Meister, et lançant de fructueuses souscriptions publiques pour sa Musique de table (1733) et ses Nouveaux quatuors (1738, à Paris). Il organise également des concerts publics dans lesquels il fait jouer ses œuvres, y compris celles écrites originellement pour un public privilégié. Il joue ainsi un rôle important dans l’affirmation de l’artiste et la reconnaissance de la propriété de ses œuvres, qui marquent le XVIIIe siècle en Europe.

Pourtant, si elle est encore jouée jusqu’à la fin du siècle, notamment à Hambourg sous l’égide de son filleul et successeur, , la musique de Telemann décline rapidement et connaît une longue éclipse au XIXe siècle. Une bonne partie de ses manuscrits échoient à sa mort à son petit-fils Georg Michael (1748-1831), qui les conserve précieusement, et finissent par entrer dans les collections de la Staatsbibliothek de Berlin. Le reste est vendu aux enchères en 1769 ; une bonne partie en est aujourd’hui perdue.

Écouter et jouer Telemann aujourd’hui

Redécouvert progressivement au XXe siècle, Telemann bénéficie à partir de 1950 de la réédition grand public de ses partitions, et d’enregistrements de plus en plus nombreux et de plus en plus enthousiasmants. Aujourd’hui, il est reconnu comme une des principales figures du baroque, et est devenu un passage obligé pour tout ensemble ou orchestre baroque. Les amateurs de cuivres anciens seraient même sûrement bien malheureux sans les concertos que Telemann écrivit pour leurs instruments, de même que les flûtistes à bec, qui tirent de ses sonates, concertos et fantaisies le meilleur de leur répertoire.

Le succès actuel de Telemann vient aussi sans nul doute de son adéquation parfaite aux exigences des musiciens amateurs. Et ce n’est pas étonnant, car sa musique, instrumentale en particulier, est souvent écrite de sorte à pouvoir être jouée en dehors du cénacle du commanditaire, et répond souvent à un souci pédagogique qu’il a exprimé dans ses préfaces ou annotations à ses éditions. C’est même ce qui assura son succès commercial. Les difficultés techniques extrêmes sont ainsi généralement évitées, ce qui fait qu’on peut aborder Telemann tôt dans le cursus musical. Pour autant, l’amateur d’un certain niveau trouve à y exercer ses talents, et n’a jamais l’impression d’avoir vraiment fait le tour des possibilités expressives d’une œuvre de Telemann. Aussi écoutera-t-il avec intérêt ce que le professionnel arrive à en tirer de plus que lui. Car Telemann a maintes fois réussi ce tour de force de composer une musique à la fois abordable et d’une richesse certaine. Une caractéristique enfin explique sa fortune auprès des amateurs d’aujourd’hui, par comparaison avec Haendel par exemple : la variété des combinaisons instrumentales qu’il a expérimentées. On arrive ainsi toujours à trouver une œuvre de Telemann écrite, et bien écrite, pour les instruments que l’on a à sa disposition.

Le génie marketing de Telemann continue ainsi, un quart de millénaire plus tard, à produire ses effets. À une réserve de taille près tout de même : la musique vocale, cantates, passions et opéras notamment, reste encore largement à explorer.

Crédits photographiques : Portrait 1 de Georg Philipp Telemann (1681-1767) © akg-images – Portraits 2 © Gallica/Bibliothèque nationale de France

Titus Curiosus, ce dimanche 25 juin 2017

Un passionnant entretien avec Sébastien Durand sur son très riche « Les Vins de Bordeaux à l’épreuve de la Seconde Guerre mondiale 1938 – 1950″

Posté dans la catégorie Histoire, Non classé par Titus Curiosus

22juin

Le mardi 6 juin dernier, à la Station Ausone, j’ai eu le très vif plaisir de m’entretenir avec Sébastien Durand à propos de son magnifique et très riche Les Vins de Bordeaux à l’épreuve de la Seconde Guerre Mondiale 1938 – 1950, qui vient de paraître aux Éditions Memoring.

 

A défaut, de pouvoir écouter le podcast de cet entretien _ indisponible hélas pour des raisons techniques _,

voici la vidéo de la présentation du livre par Sébastien Durand :

Titus Curiosus, ce jeudi 22 juin 2017

La sublime justesse de l’humour de Dominique Noguez, cette fois dans un merveilleux « Causes joyeuses ou désespérées »

Posté dans la catégorie Littératures, Philo, Rencontres par Titus Curiosus

29mai

On ne dira jamais assez de bien de Dominique Noguez,

si magnifiquement juste,

avec l’humilité, toujours, de la brièveté,

en ce qu’il nous offre généreusement à _ joyeusement _ partager et lire de lui.

Cette fois, ce mois de mai 2017, pour ce cadeau inespéré, que constitue ce bref et tellement délicieux florilège (d’articles la plupart déjà publiés, ici ou là, à quelque occasion assez spécifique, mais soigneusement conservés, ensemble, en un dossier à portée de sa main, parce que bien aimés de lui, leur auteur) qu’il nous propose maintenant _ et, bien sûr, rien de cela n’a d’un seul moindre poil vieilli : la sublime fraîcheur (de vérité !) de toute cette petite musique-là est demeurée intacte, pure, vierge : à jamais tout simplement juste !!! _, sous le titre de Causes joyeuses ou désespérées, qui paraît aux Éditions Flammarion.

Je me permets ici de simplement reproduire le courriel à l’ami Pierre Bergounioux _ auquel l’ouvrage est dédié, je m’en suis avisé en terminant ma lecture _ que j’ai adressé hier, afin de tâcher de joindre _ par courriel, ou au téléphone _ Dominique Noguez lui-même :

Cher Pierre,

à chaque parution d’un ouvrage de Dominique Noguez,
je m’en saisis et m’en délecte !

Ainsi de ce brillant et plus encore merveilleusement juste ! « Causes joyeuses ou désespérées »,
dont je m’avise, venant d’en terminer la lecture, qu’il vous est dédié _ sans davantage d’explication…

J’ai rencontré une seule fois Dominique Noguez : aux obsèques (en décembre 2006) de notre ami commun Hervé Brevière ;
qui me parlait souvent de lui, et de leur amitié
nouée en khâgne au lycée Montaigne à Bordeaux.

Je me demandais si c’était là, en ces classes, que vous avez fait, vous aussi, la connaissance de Dominique Noguez ;
mais en y réfléchissant, Hervé est passé au lycée Montaigne un peu avant moi (qui suis né en 1947) ;
alors que vous, y êtes passé un peu après.

J’ai eu l’adresse électronique de Dominique Noguez, mais l’ai égarée…
Et j’aimerais lui proposer de venir présenter son livre _ tant de justesse en si peu de mots et avec cet humour détonnant en même temps que humble _ chez Mollat…

En tout cas, je suis ravi d’apprendre ainsi l’estime que vous porte Dominique Noguez…

Bien à vous, Pierre,

Francis

Voilà.

C’est en effet un bonheur rare de lecteur que d’admirer et se réjouir si vivement de tant de justesse de penser, en telle grâce de légèreté grave _ à la Mozart ? à la Domenico Scarlatti ? Je me délecte aussi depuis samedi dernier de l’écoute en boucle du 5 éme volume de Sonates de Domenico Scarlatti que vient de nous donner le génial Pierre Hantaï : mêmes qualités de justesse, de vivacité, d’esprit, d’humour, de légèreté grave, ainsi que de politesse de la brièveté, que dans l’alacrité d’écriture, si intensément merveilleuse, de Dominique Noguez ! _ d’écriture, avec tant d’esprit ainsi que de culture _ aussi large que profondément faite sienne, et avec une aussi sublime pertinence ! _,

avec ce merveilleux humour, aussi incisif et mordant que tendre, doux et apaisé…

Ce Causes joyeuses ou désespérées est tellement pourvoyeur de joie à chacune de ses 176 pages

qu’il doit être à faire rembourser de toute urgence par la Sécurité sociale…


Titus Curiosus, ce lundi 29 mai 2017

P. s. : le terme de « Causes » se justifie ici par la nécessité _ au moins pour l’auteur _ d’un si peu que ce soit d’argumentation ou plaidoyer à dérouler, a minima, et en toute modestie _ sans guère d’illusion, de sa part, de réussir à convaincre surtout ceux qui ne le liront pas !!! _, face à tant de cécité d’esprit jointe à tant d’inculture galopante, parmi les opinions arrêtées de beaucoup trop nombreux de nos frères humainslà-dessus, et sur cela, revenir au lucidissime portrait du « dernier homme » dans le génial Prologue d’Ainsi parlait Zarathoustra de Nietzsche…

Ce Causes joyeuses ou désespérées _ à son tour « un livre pour tous et pour personne«  _ de Dominique Noguez, étant, bien sûr, lui aussi une petite bouteille à la mer : des lecteurs potentiels…

Et au final, c’est bien toujours la joie qui doit l’emporter… Nous n’en démordrons décidément pas !

 

Deux merveilleux entretiens avec Nicolas Joly et avec Stéphane Guégan, à l’Auditorium de la Cité du Vin, à Bordeaux, par Francis Lippa

Posté dans la catégorie Arts plastiques, Cinéma, Histoire, Littératures, Musiques, photographie, Rencontres par Titus Curiosus

27avr

Pour compléter la liste d’écoute de mes 31 entretiens (enregistrés, à ce jour) à la librairie Mollat

_ les liens à tous ces podcasts sont disponibles en l’article Nouvelle actualisation du listing des entretiens avec Francis Lippa à la librairie Mollat à la date du 10 avril 2017 » … _,

voici maintenant de quoi écouter mes 2 entretiens (enregistrés) à ce jour

_ le tout premier, avec Isabelle Rozenbaum, le 16 juin 2016,

peu après le vernissage de sa superbe exposition de photographies consacrées au chantier de construction de la Cité du Vin (cf mon article du 17 juin 2016 « La pénétrante puissance et la force de poésie d’Isabelle Rozenbaum en l’aventure de sa campagne de 30 mois de photographie du chantier de la Cité du Vin, de Bordeaux),

ne l’ayant, hélas, pas été, pour des raisons techniques _

à l’Auditorium de la Cité du Vin, à Bordeaux :

_ le premier entretien (de 94′), le mardi 17 janvier 2017,

avec l’extraordinaire Nicolas Joly, le « Nature assistant » du merveilleux vin de la Coulée de Serrant,

et à propos de son magnifique livre d’entretiens, avec Gilles Berdin, La Biodynamie (aux Éditions Elytis)

_ cf aussi, là-dessus, mon article du 28 janvier 2017 : « Séance de dégustation de rattrapage (de la Coulée de Serrant) à la Cité du Vin : un entretien avec Nicolas Joly sur la biodynamie:

 

et le second entretien (de 96′), le mardi 28 mars 2017,

avec le passionnant Stéphane Guégan, historien d’art, Conservateur au Musée d’Orsay, et commissaire de l’exposition Bistrot ! de Baudelaire à Picasso,

sur le sujet de « La vie de café : entre désirs et bohème« ,

permettant un magnifique survol, nourri d’une grande richesse de précisions_ et sur un ton très heureusement enjoué _, de cette richissime exposition, qui achève de faire de la Cité du Vin, à Bordeaux, un rendez-vous désormais incontournable des amateurs d’expositions de très grande classe… :

Excellentes écoutes !

Francis Lippa, ce jeudi 27 avril 2017

Avec un grand merci à Laurence Chesneau-Dupin, directrice de la Culture à la Cité du Vin, pour son si beau travail,

ainsi qu’à toute l’équipe de l’organisation de l’exposition…

A propos de quelques GTE des Basses-Pyrénées entre 1940 et 1943, et de Marcel Brenot, commandant des 182e et 526e GTE

Posté dans la catégorie Histoire, Rencontres par Titus Curiosus

20avr

En complément _ et précisions _ de mon article Un point sur une enquête de micro-histoire sur un commandant de GTE dans les Basses-Pyrénées de novembre 1940 à juillet 1943 » du 22 avril 2015,

voici, assortie de quelques commentaires miens (en vert), une remarquable synthèse que Bruno Le Marcis, parent par alliance de Marcel Brenot, a fait parvenir à Claude Laharie _ l’historien du camp de Gurs _ ; et que vient de publier le Bulletin trimestriel de l’Amicale du Camp de Gurs, en son numéro 145 de décembre 2016.

HISTOIRE DU CAMP

Le commandant Marcel Brenot, chef du 182e GTE de Gurs puis du 526e _ GTE départemental _ d’Izeste (1940-1943)

Nous sommes en relations _ ici, c’est Claude Laharie qui présente la synthèse que lui a adressée Bruno Le Marcis à propos des activités de Marcel Brenot dans les Basses-Pyrénées, de son arrivée à Oloron, le 25 juin 1940, à son départ (pour Vichy) à la mi-juin 1943 _ depuis plusieurs mois avec Bruno Le Marcis

_ pour ma part, c’est le 2 février 2015, d’abord par un courriel (à 16h 08), puis par un contact téléphonique (à 16h 12), que Bruno Le Marcis et moi-même, Francis Lippa, sommes entrés en contact, sur le conseil de Claude Laharie

(qui répond ceci par courriel à Bruno Le Marcis le 1er février 2015 : « Je n’ai pas beaucoup d’informations à vous donner sur ce sujet _ le suivant : « Je cherche à me documenter sur le rôle exact tenu par Marcel Brenot (…) au camp de Gurs (je pense) où il supervisait un groupe de « Travailleurs Étrangers Volontaires » », disait Bruno Le Marcis…

Le nom de votre aïeul par alliance _ Marcel Brenot, donc _ m’est inconnu. Il me semble que je ne l’ai jamais rencontré dans mes recherches sur Gurs, mais je ne peux pas l’affirmer totalement…

_ réserve prudente ainsi que judicieuse, car le nom de Marcel Brenot apparaît bel et bien, au moins, déjà, sur les en-têtes de documents officiels émanant des 182e et 526e GTE, aux moments où Marcel Brenot en assumait le commandement ; mais il me semble me souvenir qu’apparaissent aussi son nom et sa signature sur plusieurs de ces documents tels qu’ils sont conservés aux archives départementales des Pyrénées-Atlantiques, à Pau, ainsi que j’ai pu le constater les plusieurs fois où, recherchant méthodiquement trace du nom de mon père, le Dr Benedykt Lippa, attestant de sa présence, soit au camp de Gurs, soit au sein des 182e et 526e GTE,  je suis venu y rechercher tout document concernant et le camp de Gurs et les GTE des Basses-Pyrénées ; à plusieurs reprises, donc : tout ce dossier est donc à relire… _

(…) Vous dites cependant que M. Brenot aurait commandé le 526ème GTE d’Oloron-Fabrèges-Buziet. C’est une information à creuser. Ce GTE ne dépendait en aucun cas du camp de Gurs _ car c’est exactement l’inverse : c’était le 182e GTE du camp de Gurs qui dépendait du 526e GTE départemental ; du moins à partir de la date (à vérifier !) où le 526e GTE fut, à la place de celui de Buziet, décrété GTE départemental !.. A mon avis, c’est ce point que vous devez tenter de préciser. Comment ? Je ne sais pas. Je sais par ailleurs que M. Francis Lippa, professeur bordelais à la retraite, a travaillé sur ce _ 526e _ GTE, puisque son père y fut _ effectivement : du 26 août au 9 décembre 1943, puis du 21 juillet au 30 septembre 1944 _ incorporé « ) ;

Bruno Le Marcis et moi-même, Francis Lippa, sommes entrés en contact sur les conseils de Claude Laharie, donc, que Bruno Le Marcis venait de joindre la veille (à 15h 45) pour avoir des éclaircissements sur ce camp de Gurs, dont le grand-père de son épouse, Marcel Brenot (17-7-1893 – 1-1-1986), avait dirigé le 182e GTE, et à propos duquel camp de Gurs il venait de découvrir de très nombreux très précieux documents, soigneusement conservés dans les archives privées de Marcel Brenot ; et cela à la suite du décès récent, au mois de novembre 2014, d’une des deux filles de Marcel Brenot _,

Nous sommes en relations depuis plusieurs mois avec Bruno Le Marcis

qui réalise une recherche familiale sur un aïeul par alliance, Marcel Brenot. Notre correspondant a retrouvé une volumineuse _ oui ! _ documentation d’archives, sur les activités de Marcel Brenot pendant la guerre : textes, rapports, circulaires, fiches, photos et même quelques objets dont on trouvera la reproduction ci-dessous

_ deux d’entre eux, un drapeau et une tranche de bois de chêne gravée, fabriqués par des T.E. républicains espagnols du 182e GTE du camp de Gurs, sont exposés à la Maison du Patrimoine d’Oloron en attendant l’édification d’un Musée au camp de Gurs même…

Une documentation et une iconographie assez complètes qui répondent à beaucoup de questions et en soulèvent de nombreuses autres.

Bruno Le Marcis a accepté de faire don à l’Amicale des quelques objets ayant appartenu à son aïeul. Nous l’en remercions vivement, de même que nous tenons à exprimer notre reconnaissance à M. Francis Lippa, professeur à Bordeaux, qui a servi de relais entre nous _ j’ai en effet remis ces deux premiers objets symboliques du 182e GTE du camp de Gurs (le drapeau et la tranche de bois de chêne gravée), reçus de Bruno Le Marcis à Bordeaux le 10 juillet 2015, à Claude Laharie aux Archives départementales des Pyrénées-Atlantiques, à Pau, le 26 août 2015, en me rendant aux obsèques de Jean-André Pommiès à Oloron – Sainte-Marie ; et Claude Laharie les a, ensuite, confiés aux bons soins d’Emile Vallès, qui les a mis en dépôt à la Maison du Patrimoine, rue Dalmais, à Oloron.

Mais surtout, Bruno Le Marcis nous a transmis le texte que nous publions ci-dessous, sur les activités de Marcel Brenot à Gurs.

Ce document est d’une grande valeur historique _ en effet ! _, car il vient combler une importante lacune _ oui ! En effet, rien de sérieux _ ni a fortiori nulle synthèse tant soit peu exhaustive : faute, pour l’essentiel, de documents dûment recensés et répertoriés, surtout dans les archives nationales ou départementales ; existe cependant la thèse importante de Peter Gaida, Camps de travail sous Vichy, en 2007, déjà… _ n’a jamais été écrit sur l’histoire du 182ème Groupe de travailleurs étrangers (GTE) de Gurs, ni sur celui de son frère jumeau, le 526ème d’Izeste _ c’est-à-dire le 526e Groupe de Travailleurs Etrangers d’Izeste – Louvie-Juzon, puis d’Oloron-Sainte-Marie ; avant que son siège soit transféré de la rue Saint-Grat à Oloron-Sainte-Marie, à Jurançon, à la Villa Montréal, au cours du mois de septembre 1943, comme l’atteste la consultation et comparaison des en-têtes de divers documents officiels, dont, surtout, les contrats mensuels successifs de T. E. de mon père, le Dr Benedykt Lippa (alors polonais), qui, méthodiquement conservés dans les archives privées de Pierre Klingebiel (1896-1984), leur co-signataire, m’ont été remis par son fils, le Pr André Klingebiel ; lequel, né en 1930, se souvient fort bien de mon père à Oloron en ces années-là, 1943 et 1944, de guerre et d’occupation par les Allemands…

Nous soumettons donc à nos lecteurs ce texte exceptionnel _ en effet ! _ qui vient éclairer l’un des aspects les plus méconnus de l’histoire du camp _ pour ce qui concerne son 182e GTE.


Le commandant Marcel Brenot, brillant officier devenu fonctionnaire atypique, occupe une place importante _ en effet _ dans l’histoire du camp de Gurs, à l’époque de Vichy. Il fut en effet le commandant du 182ème Groupe de travailleurs étrangers de Gurs du 9 novembre 1940 _ remplaçant Hubert Cosse _ au 1er avril 1942 _ date à laquelle, après y avoir été officiellement affecté le 19 mars 1942, il rejoint le 526e GTE départemental d’Izeste – Louvie-Juzon, où il va s’installer et résider alors ; et c’est le 20 avril 1942 que le chef Charles Rivalland lui cède la place à la tête de ce 526e GTE.

Auparavant, il s’était fait remarquer pendant la première guerre mondiale. Il avait combattu d’abord dans l’infanterie, puis dans l’aviation où il avait effectué une centaine de missions de reconnaissance aérienne. Héros de guerre, blessé à quatre reprises, il fut élevé au rang de chevalier de la Légion d’honneur à l’âge de 27 ans, reçut la Croix de Guerre avec palmes, ainsi que cinq citations. Marié au lendemain de la guerre, il eut trois enfants, devint négociant en vins et spiritueux à Saumur (49), puis exerça dans un négoce de bois avant de retourner dans l’armée active. Promu chef de bataillon en 1939, il est affecté à Saint-Cyr l’Ecole. Il y essuie les bombardements de juin 1940 et se replie avec son bataillon à Oloron-Sainte-Marie, où il arrive le 25 juin au soir, sous une pluie battante. Le 2 octobre 1940, il est finalement démobilisé à Pau. Le mois suivant, le 9 novembre, il est nommé au camp de Gurs, à la tête du 182ème GTE _ ici débute donc sa présence au camp de Gurs ; Marcel Brenot, et sa famille (son épouse et ses trois enfants) résidant très probablement alors à Oloron : à son arrivée, avec son Bataillon de l’Air 116 (de Saint-Cyr-l’École), à Oloron le 25 juin 1940, le commandant Marcel Brenot avait résidé dans la belle et vaste propriété Bordeu (avec parc) ; mais jusqu’à quelle date y est-il demeuré ? À quelle date lui et sa famille (acheminée, non sans difficultés, du Loir-et-Cher, à Oloron début septembre 1940) se sont-ils installés dans l’appartement « de fonction«  du 18 rue Dalmais, que leur loue Émile Lucbéreilh ; appartement dans lequel s’installera, au départ de Marcel Brenot d’Oloron pour Vichy, puis Orléans, son successeur provisoire à la tête du 526e GTE, celui qui était jusqu’alors son second (à cette date du 19 juin 1943), François Bodin-Hulin ? Au cours du mois de septembre 1943, le chef nouvellement nommé du 526e GTE départemental, Philippe Grandclément, décidera de transporter le siège de ce 526e GTE départemental, d’Oloron (22 rue Saint-Grat) à Jurançon, à la Villa Montréal, dans la banlieue de Pau


Le commandant Brenot assis à son bureau, à Izeste (1942)

Marcel Brenot, commandant du 182ème GTE de Gurs

Il y déploie tous ses efforts pour gérer les travailleurs étrangers — pour la plupart des Républicains espagnols, qu’il place _ du moins ceux qui deviennent ainsi des « T.E. détachés » auprès d’employeurs privés, agricoles ou industriels ; les autres T. E. demeurant, eux, cantonnés à l’intérieur du camp _, par des contrats de travail, dans les usines et les entreprises _ aussi des exploitations agricoles _ de la région _ du fait du nombre très important des prisonniers de guerre retenus en Allemagne, la main d’œuvre (surtout très bon marché, telle que celle-ci !) fait, en effet, cruellement défaut.

Beaucoup d’entre eux sont employés aux travaux forestiers _ mon père, le Dr Benedykt Lippa, y fut, lui aussi, un moment affecté, à Louvie-Juzon (à l’entreprise Lombardi Morello) : c’est une des rares mentions qu’il se plaisait à faire de ses activités d’alors, comme « bûcheron«  ! Un domaine que connaît bien Marcel Brenot. C’est un spécialiste du bois : les essences n’ont pas de secret pour lui. Il sait d’un coup d’œil sûr cuber un fût jusqu’au houppier lorsqu’il n’a pas avec lui son grand compas de forestier en chêne. A cette époque, pénurie d’essence oblige, camions et automobiles sont équipés de gazogènes alimentés en charbon de bois.

La gestion des travailleurs étrangers n’est pas toujours de tout repos. Il faut savoir canaliser quelques personnalités trop marquées, voire les écarter pour préserver coûte que coûte le moral des troupes, garant d’un bon entrain… et de la productivité qu’en attendent les employeurs. Tous les groupes de travailleurs étrangers ne se ressemblent pas, tant s’en faut. Et certains petits chefs _ tel, par exemple, Alexandre de Moroge (qui fut aussi milicien), à Buziet _, sans doute moins imprégnés de la droiture militaire qui guide encore Marcel Brenot, peuvent se montrer injustes et brutaux : tout ce qu’il exècre.

Autour du camp de Gurs se développe sporadiquement un marché aussi noir que parallèle, alimenté par des travailleurs étrangers en quête d’un pécule. Gare aux vrais voyous qui abusent de la situation ! À Pau, le tribunal, auquel le préfet réclame « des mesures très sévères », tourne à plein régime. La relative liberté de mouvement dont jouissent, hors le camp, les hommes _  surtout les « T.E. détachés » ; beaucoup moins les autres… _ du 182e GTE. susciterait-elle des jalousies ? Marcel Brenot prend soin de recueillir des témoignages et y met bon ordre en réorganisant le groupe, comme il sait le faire, sur le mode militaire. Il redonne de la tenue aux hommes en organisant, autant que faire se peut, un semblant d’homogénéité dans les « uniformes ». Chemises avec poches à rabat ; culottes de cavalerie et bérets pour l’encadrement ; ponchos taillés dans des couvertures, qui font office de cache-misère pour le reste de la troupe.


Un des emblèmes du 182ème GTE de Gurs, gravé dans une tranche de bois de chêne

 

L’emblème, le fanion et l’hymne du 182ème

Fin 1940, le 182ème GTE incorpore, aux côtés des travailleurs espagnols, un certain nombre d’Allemands expulsés du Pays de Bade pour cause d’antiracisme notoire, juifs pour la plupart _ l’opération de transfert est ordonnée et supervisée par Adolf Eichmann. Dans les rangs de ces désormais apatrides, dont certains réussiront à émigrer, figurent de nombreux intellectuels, écrivains, acteurs, musiciens, peintres, dessinateurs, plasticiens… et des sportifs aussi. Une équipe de football (maillot bleu, short blanc et chaussettes à bandes blanches) est même organisée, qui se produira au stade d’Oloron.

Un Groupe artistique du 182e GTE voit également le jour à Gurs, puissant dérivatif à la désespérance qui hante les autres internés, consignés dans des baraquements sommaires _ prévus pour ne durer qu’un seul été !!!! au printemps 1939… _ que les rudesses des deux hivers précédents ont déjà bien mis à mal _ et c’est encore peu dire ! Sur un terrain, en effet, argileux, où, sous ce climat pluvieux atlantique, tout devient boue ! Marcel Brenot commande aux artistes la création d’un insigne avec l’edelweiss pour emblème (les Béarnais l’appellent imortèla) sur fond bleu-blanc-rouge. Aux musiciens, il commande aussi l’écriture d’un hymne bien martial, une marche, paroles et partition pour voix et piano, que l’orchestre du camp pourra exécuter. Le musicien Hans Ebbecke et le pharmacien Julius Schwab, infirmier du GTE, signent leur œuvre, La marche du 182e, à la Noël 1941. Excusez du peu, le compositeur Hans Ebbeckke n’était rien moins, avant la guerre, que l’organiste de la cathédrale de Strasbourg ! L’hymne reprend en titre et en couplet la devise du groupe, que n’aurait pas reniée Baden Powell : « Toujours prêt ! ». Bon et utile…


Gravure du Groupe artistique du 182ème GTE de Gurs (1941)

La partition originale de l’hymne «Toujours prêts»du 182ème GTE de Gurs (paroles de Julius Schwab, musique de Hans Ebbekke)


Traduction en français de l’hymne du 182ème GTE de Gurs

Le 182e G.T.E. est _ de même que tous les autres GTE : bien commodes réservoirs de main d’œuvre immédiatement disponible ! _ l’objet de toutes les attentions de l’Organisation Todt, chargée de la construction du « Mur de l’Atlantique ». Le 30 juillet 1941, deux sergents recruteurs enrôlent _ avec, aussi, l’attrait d’une paye un peu plus substantielle que celle, misérable, des T.E. … _ 248 hommes, dont 141 membres du Groupe

_ l’année suivante, mon père, le Dr Benedykt Lippa, interpellé fin juin 1942, et mis d’abord quelques jours en « résidence forcée » à Grenade-sur-Adour, puis « versé » à ce 182e GTE du camp de Gurs début juillet 1942, échappera, lui, à ce sort, le temps de son cantonnement à Gurs, c’est-à-dire de la fin juin – début juillet 1942 jusqu’au 26 août 1943, où il sera transféré au 526e GTE d’Oloron (et mon père résidera alors à Oloron-Sainte-Marie, 40 rue des Oustalots, chez Joseph et Léonie Castille) grâce à un contrat de T. E. de complaisance, conçu par Marcel Brenot, et exécuté par son successeur à la tête de ce 526e GTE d’Oloron Philippe Grandclément, et son adjoint, Joseph de Goussencourt :

excellent médecin

(mon père était assistant en ORL du Professeur Georges Portmann à la Faculté de Médecine de Bordeaux jusqu’à ce 5 juin 1942, où Portmann, extrêmement bien informé _ il avait été Secrétaire d’Etat à l’Information à Vichy durant l’intermède Flandin, en janvier et février 1941 ; et conservait de très efficaces contacts dans les milieux d’information, presse, radio… _, l’ayant prévenu de sa prochaine arrestation par la Gestapo, lui permet de fuir, au sein d’un transport organisé par des Résistants bordelais _ recherche à creuser !!! _ en un autocar dirigé par une infirmière de la clinique Bagatelle (à Talence), en franchissant la ligne de démarcation à Hagetmau : ma mère, qui a 99 ans et fort bonne mémoire ancienne, ayant fait l’aller-retour Bordeaux-Hagetmau-Bordeaux en cet autocar spécialement affrété, peut encore en témoigner !),

et qui parle couramment allemand, polonais, russe et espagnol, outre ses compétences médicales,

Benedykt Lippa est chargé de diverses fonctions de secrétariat au sein de ce GTE ; il s’occupe notamment des formulaires d’engagement des T.E. ; dont le verso d’un exemplaire vierge a servi de couvre-livre à un ouvrage dédicacé à mon père, par son auteur, le Pasteur Cadier ; et que, ramené avec lui, en son bagage, par mon père à Bordeaux le 30 septembre 1944, je possède…

Le 3 août, la gendarmerie les escorte jusqu’au Groupement régional n° 2 de Toulouse (4 rue de Belfort), dont dépendent les 27 GTE _ à cette date ; mais il faut bien noter que le nombre des GTE en fonction sera très mouvant tout au long de leur existence _

de _ cette partie de la _ zone non-occupée, quelque 13.000 hommes, pour être remis aux Allemands.

A la Noël 1941, en amenant les couleurs du 182e pour la dernière fois de l’année, Marcel Brenot fait sensation au camp de Gurs _ et dans la hiérarchie des administrations de Vichy _ en prononçant un discours qualifié de « chaleureux » devant les hommes de son groupe. Homme entier et indépendant, il n’hésite pas à critiquer ce qui le rebute. Est-ce la raison pour laquelle _ le 1er avril 1942 _ il est éloigné du camp ? _ il faut cependant noter qu’il y a eu, aussi, en février-mars 1942, de gros problèmes (un violent conflit entre le chef Charles Rivalland, jusqu’alors à la tête de ce 526e GTE départemental depuis le 21 mai 1941, et l’irascible colonel Lespert, qui dirigeait un chantier de jeunesse en vallée d’Ossau) au sein de la direction du 526e GTE départemental d’Izeste – Louvie-Juzon, qui est donc réaménagée ce 1er avril 1942. Et accéder au commandement du GTE départemental constitue une promotion ! Par ailleurs, à la tête de ce poste « départemental« , le commandant Brenot garde un œil vigilant sur ce qui se passe dans les deux GTE du camp de Gurs ; Gurs, où sa présence physique est attestée à plusieurs reprises en divers documents conservés aux Archives départementales des Pyrénées-Atlantiques, à Pau : par exemple, un contrat passé en décembre 1942 avec le commandant du camp de Gurs, René Gruel, transfère pour un mois au 526e GTE d’Izeste un certain nombre de T.E. « hébergés« … Toujours est-il que, le 1er avril 1942, Marcel Brenot est affecté au commandement du 526e GTE départemental d’Izeste -Louvie-Juzon.

Ce GTE départemental _ et c’est bien là son statut officiel : il y a en effet un « GTE départemental » pour chaque département de la zone non-occupée _ chapeaute les autres GTE des Basses-Pyrénées-et-Landes-non-occupées _ ainsi la moitié ouest du département des Landes, y compris, sa préfecture, Mont-de-Marsan, se trouve-t-elle en zone occupée ; alors que sa moitié est, et la sous-préfecture d’Aire-sur-Adour, est rattachée, elle, à la partie est, également non occupée, du département des Basses-Pyrénées ; et dépend donc administrativement de la préfecture de Pau. Il compte 777 travailleurs (21 employés par le groupe, 744 détachés _ voilà ! _ chez les employeurs, 4 disponibles et 8 absents). Le 7 mai 1942, le 526e grossit. Les effectifs atteignent 900 hommes « 600 Espagnols, 100 juifs et 200 de nationalités diverses, mais ariens », selon un rapport du Comité d’Assistance aux Réfugiés (CAR). Le siège du 526e est d’abord à Izeste (tél. : le 5 à Louvie-Juzon) _ avant d’être déplacé à Oloron-Sainte-Marie, le 7 novembre 1942 ; très probablement par la volonté de Marcel Brenot lui-même. Mais le groupe dispose aussi _ déjà ? _ de bureaux à Oloron-Sainte-Marie, 22 et 25 rue Saint-Grat (tél. : 343), où sont situés aussi l’écurie et le garage. Les magasins (ordinaire et matériels) sont situés 9 rue Carrerot _ et cela avant que le siège de ce 526e GTE départemental soit transféré d’Izeste – Louvie-Juzon à Oloron-Sainte-Marie. Marcel Brenot, précédemment installé _ les dates ont de l’importance : à tâcher de préciser ; ne serait-ce pas plutôt l’inverse ?… _ dans un appartement de fonction meublé 18 rue Dalmais, qu’il loue à Émile Lucbéreilh, fabricant des pâtes alimentaires Luc (marque déposée), investit _ à quelle date ? _ avec femme et enfants le _ beau et vaste _ pavillon _ avec un grand parc _ dévolu à la direction du Groupe _ ou plutôt, dévolu au domicile personnel de son commandant : les photos conservées par Marcel Brenot permettant de très clairement le situer : il s’agit de la propriété Bordeu… Sur tous ces points, préciser la chronologie des domiciliations successives de Marcel Brenot (et de sa famille) en Béarn serait bien utile…

A Izeste, le paysage est somptueux, le jardin à l’arrière de la maison offre une pleine vue sur le Pic d’Izeste. Dans les communs, des employés entretiennent une basse-cour et une petite porcherie d’une dizaine d’animaux moyennement gras. Ils cultivent également un vaste potager. Une symphonie pastorale dans la fureur de la guerre. Plus au nord-ouest, à 38 kilomètres à vol d’oiseau d’Izeste, au strict opposé d’Oloron, les détenus du camp de Gurs sont en proie à la famine et aux pires maladies _ dont la dysenterie et le typhus.

Poussé par la nécessité d’informer plusieurs centaines de travailleurs étrangers _ les T. E. « détachés«  _ éparpillés dans les entreprises _ et exploitations agricoles _ de la région, Marcel Brenot réussit à obtenir des subsides d’une association caritative pour éditer un bulletin bilingue franco-espagnol de 2 ou 4 pages, dont il est l’unique rédacteur-gérant. Faute de papier disponible chez l’imprimeur, son bulletin, dénommé Servir, tiré à mille exemplaires, ne connaît, semble-t-il, que quatre parutions. Il y exhorte ses hommes à la patience et à l’engagement. Il promet : « Je veillerai à ce que vos femmes et vos enfants ne soient pas dans la misère. Je pense aux regroupements familiaux. » Il assure : « Je serai juste, équitable, humain, aussi bien pour les employeurs que pour le T.E. » S’ensuit une liste de courts conseils et de renseignements pratiques, comme ce bref encadré en bas de page, intitulé « Recommandations importantes pour MM. Les employeurs ruraux » : « Pour avoir de bons T.E., fidèles et dévoués, occupez-vous aussi d’eux en dehors du travail. Préoccupez-vous fréquemment du sort de leur famille, de leur femme ou de leurs enfants. Procurez-leur toute l’aide matérielle et morale possible. Ils vous en seront très reconnaissants ».

Les 23, 25 et 27 juillet 1942 _ et cette fois mon père, le Dr Benedykt Lippa, se trouve bien présent au camp de Gurs, au sein du 182e GTE : depuis la fin juin ou le tout début juillet de 1942 ; il y assume notamment des fonctions de secrétariat et interprétariat, en plus de services spécifiquement médicaux auprès de l’équipe médicale… _, la Commission Todt est encore à pied d’œuvre, le Mur de l’Atlantique réclame toujours plus de bras pour réaliser ce projet pharaonique dont Adolf Hitler a confié la supervision au Maréchal Rommel _ un an et demi plus tard : le 5 novembre 1943 _ : 15.000 bunkers et blockhaus _ dont « seule la moitié a été complètement terminée » en juin 1944… _ du Danemark à la Bidassoa, nécessitant quelque 13 millions de m3 de béton…

Le 11 novembre 1942, l’ambiance générale se refroidit brutalement dans les Basses-Pyrénées : les Allemands _ en représailles immédiates au débarquement allié en Afrique du Nord _ envahissent la zone libre _ ainsi la Gestapo est-elle présente, et active, à Oloron. Plus que jamais, la prudence s’impose. Les visites impromptues se multiplient au camp de Gurs _ Marcel Brenot, lui, ne s’y trouve plus… Et les claquements de portières des voitures de la Gestapo à la porte de son bureau _ transféré trois jours plus tôt, le 8 novembre 1942, au 22 de la rue Saint-Grat, à Oloron-Sainte-Marie _ hantent encore Marcel Brenot. Les Allemands missionnent-ils des « moutons » dans les GTE ?

Le tournant de 1942

Cultivé, polyglotte, germanophile, Marcel Brenot parle allemand couramment depuis la fin de ses études à Sens, et un peu anglais ; conférencier à ses heures pour ses camarades officiers, grand lecteur féru d’histoire, Marcel Brenot sait qu’elle ne repasse jamais tout à fait les mêmes plats. Il est urgent d’attendre, de rester debout et de préserver a minima l’ordre qu’exige toute organisation.

En 1940, s’il semble adhérer aux principes de la Révolution nationale, c’est d’abord en soldat, comme beaucoup d’officiers de sa génération, par respect pour le vainqueur de Verdun. Nourrit-il des sentiments antisémites ? Sûrement non. Mais il ne dit mot des lois scélérates de 1941, encore moins de l’organisation au Camp de Gurs de six convois de détenus emportant vers « une destination inconnue » 3.907 juifs allemands et ressortissants d’autres pays, chargés à même la paille des wagons à bestiaux en gare d’Oloron-Sainte-Marie. Ses archives sont muettes sur le déroulement de ces événements tragiques, dont on peut imaginer que l’ampleur et la soudaineté ont dû mobiliser l’essentiel des rouages de l’organisation du Camp (et des deux GTE qui en font partie _ en plus du 182e GTE , l’autre est le 722e _) et dont il a nécessairement eu connaissance. Rien n’atteste, cependant, que Marcel Brenot ait participé d’une quelconque manière à leur préparation ou leur organisation.

L’année 1942 marque sans doute un tournant important dans le parcours de Marcel Brenot. Elle alimente sa déconvenue. Tout _ bientôt _ menace de partir à vau-l’eau dans l’organisation des GTE _ cf là-dessus le livre important d’Antoinette Maux-Robert : La Lutte contre le chômage à Vichy 1939 – 1944 _ Henri Maux, le Juste oublié L’administration de Vichy ne suit pas.La nourriture est comptée. Le matériel vient à manquer, comme l’habillement, surtout les chaussures, qui font cruellement défaut et sont l’objet de réclamations incessantes, ravivées au gré des aléas de la météo. Ses exhortations à l’ordre et la patience ne sont, chaque jour un peu plus, que des mots, rien que des mots s’éloignant dangereusement de la réalité. C’est sur le terrain de l’humanitaire que Marcel Brenot va nouer des liens avec certaines familles d’Oloron et de la région _ ce serait bien intéressant d’obtenir ici de plus amples précisions _, comme avec Henriette Verdalle, fille de Paul Verdalle, maire et conseiller général de Navarrenx _ celui-là même qui au printemps 1939 avait accepté que fut là installé, principalement sur le territoire de la commune de Dognen, le camp dit « de Gurs« , à la place du lieu initialement prévu en 1939, à Ogeu-les-Bains, et habilement rejeté par le maire d’Ogeu, le chanoine Biers. Cette dernière _ Henriette Verdalle est en effet depuis longtemps une militante vigoureuse et assidue des Droits de l’Homme _ apporte un soutien actif aux internés du Camp de Gurs, parmi lesquels, un avocat berlinois : M. Frederic Wachsner _ Ohlau, 1893 – Navarrenx, 28-2-1958. Marcel Brenot le dote d’un contrat de travail en bonne et due forme, autorisant Mme Verdalle à l’employer et l’héberger chez elle à Navarrenx _ au Vieux-Logis. M. Wachsner supervisera les études du fils de sa protectrice, André Laclau-Barrère, né en 1925 _ Cierp, 4-11-1925 – Susmiou, 1-5-2001 _, avant d’être exfiltré en Espagne, puis de passer à Londres. À la Libération, il reviendra en France pour épouser Henriette Verdalle _ le 8 décembre 1945, à Navarrenx ; et tout au long de leurs vies, Henriette Wachsner-Verdalle (Navarrenx, 21-8-1896 – Mauléon-Licharre, 27-8-1988) et Marcel Brenot (Saint-Laurent-lèz-Macon, dans l’Ain, 17-7-1893 – Voisins-le-Bretonneux, 1-1-1986) ne manqueront pas d’entretenir d’amicales relations…

Le sort heureux du Dr Benedykt Lippa, polonais originaire de Galicie _ Stanislawow, 11-3-1914 – Bordeaux, 11-1-2006 : il est venu en France en 1932 pour y faire ses études de médecine, et il est docteur en médecine (et spécialiste en ORL) depuis le mois de juillet 1939 _, T.E. au 182e du camp de Gurs, est à mettre également à l’actif de Marcel Brenot _ comme le signalent, et c’est un témoignage très précieux, les archives privées du Professeur Pierre Klingebiel. Il lui prépare _ et de sa pure initiative : c’est à souligner ! C’est lui, Marcel Brenot, en effet, qui sollicitera à cette fin Pierre Klingebiel, professeur de philosophie au Collège d’Oloron, Protestant actif, profondément humaniste, et chargé de famille nombreuse… _ un contrat de travail _ « agricole » !.. _ de complaisance c’est là un point très important ! _ en juin 1943, afin que le Dr Lippa, une fois sorti du camp, serve de médecin aux T.E. _ que le commandant Brenot a toujours très à cœur ! _ du 526e d’Oloron _ et soit ainsi, aussi, (un peu) éloigné du camp de Gurs, et par là un peu moins à portée immédiate de menaces « de type Organisation Todt«  Contrat qui sera honoré après son départ d’Oloron et du 526e, le 19 juin 1943, par l’un de ses successeurs _ à la tête de ce 526e GTE d’Oloron _, Philippe Grandclément _ Rochefort, 25-7-1904 – Rochefort, 26-4-1974, le frère aîné du fameux Résistant bordelais André Grandclément (Rochefort, 28-7-1909 – Saugnacq-et-Muret, 27-7-1944), dont le nom et la signature sont présents sur ce contrat « agricole«  de complaisance à la date du 26 août 1943… _, et son adjoint, Joseph de Goussencourt _ Saint-Eman, 9-5 1896 – Banalec, 1985 ou 1992 ; déjà présent, ce dernier, dans l’équipe administrative du GTE à Oloron du temps du commandement de Marcel Brenot, en particulier à cette date du 19 juin 1943 ; et donc bien connu de lui ! _, à la date du 26 août 1943 _ et cela grâce aux liens précédemment établis entre Marcel Brenot et Pierre Klingebiel, qui avait, en effet, sollicité et obtenu à plusieurs reprises des contrats mensuels de T.E. pour des Républicains espagnols protestants internés au camp de Gurs (Francisco Maso et Jose Mortes), pour des travaux agricoles saisonniers, à Agnos, au bénéfice du père de son employée de maison ; Pierre Klingebiel était aussi très proche de son collègue et ami le Résistant Jean Bonnemason (Gère-Bélestein, 29-11-1894 – Oloron, 8-12-1955), qui sera très actif au conseil municipal d’Oloron au moment de la Libération de la ville, avant de devenir conseiller général de Laruns et de la Vallée d’Ossau : ainsi existe à Oloron une rue Jean Bonnemason. En 1945, Jean Bonnemason rédigera un courrier d’appui à la sollicitation par mon père d’une reconnaissance officielle de sa participation à des activités de Résistance dans la région d’Oloron.

Dans un mémoire daté de l’automne 1944, qui ne mentionne ni les convois ni le nombre de déportés, Marcel Brenot estime que « le Camp de Gurs a connu, pendant les années d’occupation, une notoriété d’un caractère spécialement douloureux. Destiné à recevoir des étrangers, il a été le théâtre de la part de la Gestapo et du gouvernement de Vichy des pires excès. Le camp comprenait des communistes espagnols, des israélites belges, allemands, autrichiens, etc., dont beaucoup avaient servi et combattu dans les rangs de l’armée française. » Il souligne : « J’ai fait tout ce qui était humainement possible pour adoucir les rigueurs des ordres et de la discipline, pour faciliter les évasions, pour sauver de la déportation de malheureux internés. » « Les mesures prises de ma propre initiative, poursuit-il, ont représenté le maximum de ce qu’il était possible de faire étant donné le contrôle allemand de Vichy : déplacement du cantonnement des Travailleurs [du 182e G.T.E.] à la périphérie du camp ; enlèvement des fils de fer barbelés ; autorisation quotidienne de libre sortie pendant plusieurs heures ; permission de la journée et de 24 heures le dimanche ; permissions exceptionnelles de plusieurs jours pour toute la Zone Sud (nombreux conflits à ce sujet avec la direction du camp et le Préfet. Rappel à l’ordre de Vichy) ; incorporation au Groupe de nombreux internés du camp, ex-volontaires étrangers, dont de nombreux israélites qui, par cette opération, devenaient Travailleurs libres en bénéficiant immédiatement du statut de T.E. J’ai, de cette manière, soustrait d’innombrables anti-hitlériens de l’Europe centrale à la persécution de la Gestapo et de la police française ; création d’un foyer et d’une cantine, gérés par les Travailleurs, ce qui a permis de distribuer 300 frs par tête lors de la dissolution du Groupe ; rédaction et signature d’un contrat collectif de travail avec le directeur du camp _ M. Gruel _, sauvegardant ainsi les droits sociaux de mes hommes ; rétablissement du libre exercice du culte israélite et suppression du travail le samedi » _ tout ce détail des mesures prises constituant un apport passionnant et très riche à la connaissance des GTE !

Les soupçons de Vichy

Le Commandant Brenot organise aussi la protection des T.E., « étrangers antinazis recherchés par la Gestapo ». Il prépare « de nombreuses évasions et passages à l’étranger des travailleurs recherchés », indique des lieux de retraite, « bien qu’étant [lui]-même surveillé et soupçonné par la police vichyssoise, qui avait connaissance de [son] activité. »

Plus impliquant encore, il revendique la refonte du fichier du Groupe en une nuit « pour reculer les dates d’entrée en France de certains Polonais, Hongrois, Tchèques, Autrichiens, presque tous israélites, pour les soustraire aux mesures d’internement prévues par Vichy, en reculant leur date d’entrée en France (avant 1933). »

Un procès-verbal manuscrit en date du 5 mars 1943, atteste que ce jour à 15 heures, Marcel Brenot, assisté par quatre personnes _ Jean Coulon, alors commandant en second du 526e GTE (Jean Coulon sera affecté à Lille au début du mois de mai suivant ; François Bodin-Hulin le remplaçant à ce poste de commandant-adjoint ; ensuite, ce sera Joseph de Goussencourt, qui demeurera à ce poste de commandant-adjoint au moins jusqu’en juillet-août 1944), Camille Portier, chef comptable, Hubert Heinnen, surveillant, Vicente Gardia, employé du GTE ; ainsi qu’une cinquième personne, dont la signature demeure illisible _ a procédé dans les bureaux du 526e GTE _ à Oloron-Sainte-Marie, 22 rue Saint-Grat, par conséquent _ à l’incinération de « 710 ordres de mission, cartes d’identités de Travailleurs étrangers du Groupe, périmés, remplacés par les nouvelles revêtues du nouveau cachet » (sic).

Sur un plan plus politique, dès 1941, Marcel Brenot prend une initiative remarquée en faveur des Républicains espagnols. On ne lui connaît pas de sympathies communistes, ce serait plutôt le contraire. Le 15 avril 1941, bravant les consignes propres à l’État de siège alors en vigueur, Marcel Brenot organise et préside devant un parterre de 300 ex-miliciens espagnols, tous du 182e GTE _ c’est à noter _, un grand banquet à l’hôtel Lubeigt de Navarrenx _ avec l’accord bienveillant du maire de Navarrenx, Paul Verdalle. Ils célèbrent ensemble le 10e anniversaire de la seconde République espagnole (1931-1939). Peut-il soupçonner à cet instant qu’un certain nombre de travailleurs du 526e G.T.E. _ que dirige alors, à Izeste, le chef Charles Rivalland _, affectés au chantier de construction de la centrale hydroélectrique de Fabrèges, dans la vallée d’Ossau, seront bientôt approchés par la Résistance toulousaine ? Les documents qu’il a laissés ne permettent pas de le supposer _ mais à cette date du 15 avril 1941, Marcel Brenot n’a nul regard, depuis son poste de commandant du 182e GTE du camp de Gurs, sur ce qui se passe au 526e GTE départemental d’Izeste – Louvie-Juzon.

En 1943, les exigences allemandes depuis l’invasion de la zone libre _ le 11 novembre 1942 _, auxquelles s’ajoutent les pressions et les projets de l’Organisation Todt sur les GTE, et particulièrement en mai 1943 sur le 526e, les lourdeurs de l’administration de Vichy _ cf sur ce point les détails qu’en donne le livre d’Antoinette Maux-Robert La Lutte contre le chômage à Vichy 1939 – 1944 _, tout finit par convaincre Marcel Brenot qu’il est temps de partir. Il démissionne du 526e GTE fin mai 1943.

Après deux ans et huit mois passés dans les Basses-Pyrénées, il est nommé commandant régional des Groupes Mobiles de Réserve (G.M.R.) à Orléans. Il prend ses fonctions en juin 1943 avec le grade de Colonel.

Les critiques n’ont pas manqué à l’encontre de Marcel Brenot, durant son séjour pyrénéen, elles ne manqueront pas non plus jusqu’à la Libération. Un dicton béarnais affirme Qui passe par Izeste sans être critiqué peut passer l’enfer sans être brûlé. La suite du parcours de Marcel Brenot montrera qu’il peut faire aussi parfois très chaud hors de l’enfer…

Bruno Le Marcis

Le fanion du 182ème GTE de Gurs

Voilà un apport décidément majeur à la connaissance des faits advenus au camp de Gurs ces années-là ;

ainsi qu’à la connaissance du fonctionnement, vu en interne et du point de vue des initiatives prises (ou à mener), des GTE, à travers les cas bien concrets _ vus quasiment au jour le jour, et à l’épreuve des problèmes qui surgissaient _ des 182e et 526e GTE…

Titus Curiosus, ce mardi 18 avril 2017

Chercher sur mollat

parmi plus de 300 000 titres.

Actualité
Podcasts
Rendez-vous
Coup de cœur