Un CD sublimement superlatif pour deux chefs d’oeuvre pas assez connus-reconnus !!!

Posté dans la catégorie Musiques par Titus Curiosus

19sept

C’est le choix de l’Octuor de George Enescu

_ un chef d’œuvre absolu !!!

aussi beau que l’Octuor de Felix Mendelssohn, autre sommet de toute la musique ! _

qui m’a mis en particulièrement favorable disposition

envers le CD Bartok – Enescu

que propose la violoniste _ géniale ! _ Vilde Frang,

d’abord avec le chef Mikko Franck,

à la tête de l’Orchestre Philharmonique de Radio France

pour le magique Concerto pour violon n° 1 de Bela Bartok,

et, ensuite, avec une équipe de sept autres merveilleux solistes :

Erik Schumann, Gabriel Le Magadure et Rosanne Philippens, violons,

Lawrence Power et Lily Francis, altos,

et Nicolas Altstaedt et Jan-Erik Gustafsson, violoncelles

_ excusez du peu !!! _,

pour l’Octuor pour cordes, opus 7, de George Enescu.

Eh bien,

ce CD Warner Classics 0190295662554

est un enchantement absolu

_ cf aussi cet article très juste de Jean-Charles Hoffelé : Pour faire venir l’automne _

dans chacune de ces deux œuvres

tout bonnement sublimes !!!

Courez-y !!!

Ce mercredi 19 septembre 2018, Titus Curiosus – Francis Lippa

 

Les opéras de Massenet

Posté dans la catégorie Musiques par Titus Curiosus

18sept

Parfaire sa culture musicale

avec les opéras de Massenet.

C’est à cela que nous convie cet article tout à fait intéressant et précis de Res Musica,

MASSENET REMASTERISÉ PAR ERATO 

par la plume de Catherine Scholler :


Jules Massenet (1842-1912) :

Werther, Manon, Thaïs, Don Quichotte, Le Jongleur de Notre-Dame, Hérodiade, Sapho.

Avec :

Cheryl Studer, Victoria de Los Angeles, Mady Mesplé, Beverly Sills, Renée Doria, sopranos ;

Nadine Denize, Teresa Berganza, mezzo-sopranos ;

Ben Heppner, Henri Legay, Nicolai Gedda, Ginès Sirera, Alain Vanzo, ténors ;

Thomas Hampson, Michel Dens, Jean-Christophe Benoit, Sherill Milnes, Adrien Legros, Alain Fondary, barytons ;

José van Dam, Jean Borthayre, Roger Soyer, Jules Bastin, basses.

Direction : Michel Plasson, Pierre Monteux, Georges Prêtre, Lorin Maazel, Roger Boutry.

16 CD Erato.

Enregistrés en 1955, 1968, 1976, 1978, 1992 et 1994.

Notice minimale

… 

coffret massenet eratoNous ne saurons jamais les tenants et les aboutissants de la conception de cette compilation de sept opéras de Massenet, soigneusement remasterisés par Erato. Il ne s’agit pas d’une date anniversaire dans la vie du compositeur, et nous n’avons aucun indice sur ce qui a présidé au choix des œuvres ou des versions.

Bien entendu, nous retrouvons les titres incontournables, tels que Manon ou Werthermais Le Jongleur de Notre-Dame ou Hérodiade sont bien plus rares, et que dire de Saphoquasiment jamais donnée ? Y avait-t-il d’autres ouvrages de Massenet au catalogue Erato, qui auraient été mis de côté ? Les enregistrements, quant à eux, ont été réalisés entre 1955 et 1994, et tous ne sont pas des références. Ils témoignent surtout de l’évolution vers l’internationalisation du monde lyrique dans la deuxième moitié du XXsiècle. À quelques exceptions près, les distributions sont en effet internationales, tout comme on parle de cuisine internationale, souvent bonne et goûteuse, mais un peu trop standard, pas assez épicée. C’est le cas par exemple de cette Hérodiade enregistrée en 1994 sous la baguette de Michel Plasson, parfaite mais glacée. Tout est en place, agréable à entendre, mais il y manque un peu d’âme. On n’a cependant jamais fait mieux en CD depuis. De la même façon, avec le passage des années, le Don Quichotte du même Plasson (1992) semble un rien compassé. On dirait que le chef a privilégié l’hédonisme musical à l’action dramatique.

N’y avait-il pas mieux au catalogue Erato que cette Manon (Pierre Monteux, 1955) et ce Werther (Georges Prêtre, 1969) terriblement datés ? Victoria de Los Angeles, présente dans ces deux intégrales, ne semble pas tout à fait dans son élément en Manon, et totalement hors de propos en Charlotte, qui n’est pas dans sa tessiture. Bien entendu, Nicolai Gedda est un excellent Werther, mais Henri Legay est un bien prosaïque chevalier Des Grieux, et Mady Mesplé insupportable de pétulance en Sophie.

Si les chanteurs français semblent dans ces années-là mis à l’écart des studios d’enregistrement, il n’en est pas de même des chefs. Seul l’un d’entre eux, Lorin Maazel, n’est pas français, et c’est pourtant lui qui rafle la mise, avec une Thaïs d’anthologie (1976), que tout bon mélomane se doit de détenir et de chérir. La direction est un modèle de clarté et de couleurs (notons que Maazel tient lui-même la partie de violon de la méditation), Berverly Sills est d’une intense sensualité, Sherill Milnes d’une autorité sans faille, et Nicolai Gedda particulièrement rayonnant. Rien que pour ceux qui ne possèdent pas cette intégrale, le coffret mérite d’être acquis. Mais il y a d’autres pépites.

Contredisant notre introduction, le Jongleur de Notre-Dame (Roger Boutry, 1978) est entièrement chanté par une distribution francophone, mais peut-il en être autrement de cette œuvre magnifique et si fragile ? Alain Vanzo, l’un des plus talentueux et des plus amers écartés des scènes et des studios, s’y taille la part du lion, dans une composition pleine d’amour, de foi et de naïveté, avec un timbre, un souffle et une ligne superbes, qui pourraient en remontrer à plus d’un. Jules Bastin quant à lui détaille la célèbre « légende de la sauge» comme une mélodie. Ne serait-ce la bruyance des chœurs, notre bonheur aurait été parfait.

Plus étonnant encore, cette Sapho (Boutry, 1976) que l’on n’avait pour notre part jamais entendue dans cette version, devant nous contenter de quelques enregistrements mineurs débités par des hurleurs. Dans le rôle-titre, Renée Doria, à l’âge de 57 ans – excusez du peu – parvient à rendre de façon ahurissante le côté boulevardier de cette fille facile, tout en lui conservant une certaine noblesse. Le célèbre « canaille ! », en voix parlé, si difficile à exécuter sans brailler, et ici d’une élégance infinie. Le ténor qui lui donne la réplique, Ginès Sirera, est un parfait inconnu ; il aurait certainement pu affronter les grandes scènes lyriques tant son timbre est joli et sa diction châtiée. Une formidable découverte.

À un prix intéressant et avec de belles surprises à la clef, il serait dommage de se priver de ce coffret.

L’article prend souvent fortement des positions

qui pourraient être discutées,

mais ces appréciations sont tout à fait utiles… 

….

Ce mardi 18 septembre 2018, Titus Curiosus – Francis Lippa

L’art subtil de chanter le français : Cora Vaucaire (3)

Posté dans la catégorie Musiques par Titus Curiosus

17sept

Ce dimanche 16 septembre,

à l’émission Tour de chant, de Martin Pénet,

d’une durée de 30 minutes,

troisième volet _ centré cette fois sur Jacques Prévert _ d’une série de quatre

consacrés à Cora Vaucaire :

Cora Vaucaire l’intemporelle (3/4)

Une leçon tout en douceur et délicatesse,

mais ferme, claire et magnifiquement nette,

de diction du français :

une pure merveille d’enchantement !

qui nous fait attendre avec impatience et gourmandise

la suivante et dernière

dimanche prochain, 23 septembre,

de 12h 30 à 13 h…


Dimanche 16 septembre 2018

Aucune formule ne peut résumer Cora Vaucaire, qui fut une interprète magistrale de la chanson française. On l’appelait « la dame blanche de Saint-Germain-des-Prés« , comme Juliette Gréco en était « la muse noire« .

Femme passionnée, à la fois hors normes et hors du temps, Cora Vaucaire échappe à toutes les classifications.

Intemporelle, elle a mené une carrière sans concession, aux antipodes du show business et des hit-parades.

Formée à l’école de la comédie, elle interprète chaque chanson comme une petite pièce de théâtre.

Programme musical

La pêche à la baleine
par Agnès Capri
(p : Jacques Prévert – m : Joseph Kosma)

Quand tu dors
Document INA, 1950
(p : Jacques Prévert – m : Christiane Verger)

Deux escargots s’en vont à l’enterrement   (1948)
(p : Jacques Prévert – m : Joseph Kosma)

Les feuilles mortes
(bande sonore du film « Portes de la nuit »)
par Yves Montand (1946)
(p : Jacques Prévert – m : Joseph Kosma)

Les feuilles mortes  (1948)
(p : Jacques Prévert – m : Joseph Kosma)

Le gardien de phare  (1965)
(p : Jacques Prévert – m : Joseph Kosma)

Le miroir brisé (1965)
(p : Jacques Prévert – m : Joseph Kosma)

La fête continue  (1965)
(p : Jacques Prévert – m : Joseph Kosma)

Bloc-notes :

L’inauguration d’un musée consacré au souvenir de la chanteuse Damia (dont « Tour de chant » a retracé la carrière en début d’année) aura lieu le samedi 22 septembre à 18 h au château de Darney, village des Vosges où sa mère est née et où elle a passé une partie de son enfance chez ses grands-parents maternels.
Ce musée élaboré par l’Association des amis du patrimoine est constitué par les collections d’un proche de Damia décédé en 2016 (robes de scènes, affiches, partitions, disques, photos, tableaux…) léguées à la ville de Darney.
L’inauguration sera suivie d’un récital de Michèle Galliano qui reprendra les succès de Damia.

L’équipe de l’émission :
  • Martin Pénet Production
  • Eric Lancien Réalisation
  • Dorothée Goll Collaboration
 …

Ce dimanche 16 septembre 2018, Titus Curiosus – Titus Curiosus

4 remarquables articles de Jean-Charles Hoffelé sur des rééditions d’enregistrements de musique française d’Ernest Ansermet autour de Claude Debussy

Posté dans la catégorie Histoire, Musiques par Titus Curiosus

16sept

Voici 4 articles passionnants

des 4 août, 31 août, 9 septembre et ce jour même, 16 septembre 2018,

de Jean-Charles Hoffelé sur son très riche site Artamag,

à propos de très bienvenues rééditions d’enregistrements d’Ernest Ansermet,

dont trois par l’excellent Decca-Eloquence australien (que dirige Cyrus Meher-Homji),

de musique française,

de, et autour de, Claude Debussy :

  4 août 2018 : Révisons nos classiques http://www.artalinna.com/?p=9805 
31 août 2018 : Sombre Allemonde http://www.artalinna.com/?p=9963 
 9 septembre 2018 : Esprit français http://www.artalinna.com/?p=10007
16 septembre 2018 : Jeux http://www.artalinna.com/?p=10047 
 
http://www.artalinna.com/?p=9805

RÉVISONS NOS CLASSIQUES

Un couplage imparable assemblé sur le thème des Ballets Russes par Cyrus Meher-Homji pour sa _ passionnante ! _ collection Eloquence, rappelle à quel point Ernest Ansermet fut versé dans les musiques écrites pour la troupe de Diaghilev. Ironie de la discographie pourtant abondante du chef helvétique, il ne gravera pas Parade, ni l’intégrale de Chout (mais une grande sélection) et l’éditeur laisse de côté ses versions éclairantes du Tricorne, du Chant du rossignol, de Renard, si bien que seul Pulcinella (peu gâté par un trio vocal frustre) et Les Noces (géniales de bout en bout, écoutez le sel qu’y met Hugues Cuénod !) illustrent ici des œuvres qu’il a créées. L’écriture claire et anguleuse de Stravinsky lui va comme un gant, mais pour parfaites que soient ses interprétations, une émotion supplémentaire _ voilà ! _ se dégage du pan français de ce double album.

Daphnis et ChloéLa Valse, le Prélude à l’après-midi d’un faune (avec les incroyables diaprures de la flûte de Pépin), Jeux, ces disques sont célèbres, mais les connait-on vraiment ? _ d’où le caractère si bienvenu de ces rééditions !

Daphnis et Chloé _ par Ansermet _ est une merveille qui égale les gestes de Pierre Monteux, Charles Munch ou André Cluytens, avec en prime une prise de son _ Decca _ faramineuse qui sculpte l’espace et que cette réédition rend mieux que les précédentes : on y voit _ voilà ! _ non seulement le ballet, Ansermet battant ses mesures dans le tempo des danseurs, mais on y entend aussi la narration de la pantomime dans la volupté des décors de Bakst ; en tous points la sensation d’être à la création de l’œuvre _ ce qui devrait être le cas pour tout concert et toute interprétation (discographique y compris…) !!! Et la poésie trouble _ voilà _ de Ravel fut-elle jamais mieux servie, dite avec tant de pudeur et pourtant tant de sensualité ? Quel orchestre, quel art des respirations, quelle magie des atmosphères _ oui _ qui gagne même jusqu’au chœur, magnifiquement mené.

La Valse, filée comme un mauvais songe, est superbe de style (c’est l’ultime enregistrement _ 2-8 avril 1963, au Victoria Hall de Genève _ des quatre que lui consacra Ansermet). Et Debussy ? Le Prélude, torpide _ oui _, ne s’oublie plus avec ses pleins et ses déliés extatiques, son faune si sexuel : on voit le râle de plaisir de Nijinsky _ mais oui !

Le sommet de l’ensemble est pourtant Jeux, partition réputée injouable pour les orchestres d’alors. Mais Ansermet savait se débrouiller des mesures les plus complexes et dirige le tout _ en avril 1958, à Genève, donc _ dans une fluidité envoûtante, faisant apparaître le trio amoureux des joueurs de tennis, décrivant cette symphonie de nuit éclairée avec non plus simplement de la sensualité, mais un érotisme qui s’échevèle dans des crescendo névrotiques _ voilà. Lecture géniale, unique _ que celle-ci, de 1958 _, que l’on ne connaît pas assez. Ecoutez seulement. Et lisez le très beau texte de François Hudry.

LE DISQUE DU JOUR

Ernest Ansermet and the Ballets Russes

Claude Debussy (1862-1918)
Prélude à l’après-midi d’un faune, L. 87
Jeux, L. 133
Maurice Ravel (1875-1937)
Daphnis et Chloé, M. 57
La Valse, M. 72
Igor Stravinski (1882-1971)
Pulcinella
Les Noces

Marilyn Tyler, soprano (Pulcinella)
Basia Retchitzka, soprano
Lucienne Devallier, contralto
Carlo Franzini, ténor (Pulcinella)
Hugues Cuénod, ténor
Boris Carmeli, basse (Pulcinella)
Heinz Rehfuss, baryton-basse
Chœur Motet de Genève
Chœur et Orchestre de la Suisse Romande
Ernest Ansermet, direction

Un album de 2 CD du label Decca 482 4989 (Collection « Eloquence Australia »)

Photo à la une : © Decca

 
http://www.artalinna.com/?p=9963

SOMBRE ALLEMONDE

29 décembre 1962, Ernest Ansermet dirige au Metropolitan de New York l’opéra qu’il aura défendu toute sa vie. Pelléas et Mélisande n’avait plus aucun secret pour lui, et il faut entendre avec quelle sensualité il emporte dans un flot dramatique incessant ce qui s’impose comme sa plus grande version _ notons-le _ du chef-d’œuvre de Debussy, devant même ses deux admirables versions genevoises captées par les ingénieurs de Decca.

La distribution au français immaculé y participe en grande part, à commencer par le Golaud blessé et mordant de George London, voix noire de vrai baryton-basse auquel vient se brûler le ténor solaire du Pelléas de Nicolai Gedda, avec son timbre de jeune premier et son sourire triste. Quel duo fraternel ils forment, sublime d’élans et d’accents (la remontée des souterrains !) confronté à la Mélisande naturellement sensuelle et vraiment comme venue d’un autre monde d’Anna Moffo, modèle de style qu’on n’espérait pas à ce point tenu.

La scène de la lettre de Geneviève selon Blanche Thebom est admirable pour le français, la ligne, les inflexions, et la soirée réserve une sacrée surprise avec Yniold, génialement campé par la toute jeune Teresa Stratas.

Version historique, indispensable, et enfin restituée dans toute sa présence sonore par Yves St-Laurent qui propose ici un ajout considérable à l’héritage sonore d’Ernest Ansermet. Immanquable.

LE DISQUE DU JOUR

Claude Debussy (1862-1918)
Pelléas et Mélisande, L. 93

Anna Moffo, soprano (Mélisande)
Nicolai Gedda, ténor (Pelléas)
George London, basse (Golaud)
Blanche Thebom, mezzo-soprano (Geneviève)
Jerome Hines, basse (Arkel)
Teresa Stratas, soprano (Yniold)

Metropolitan Opera Orchestra and Chorus
Ernest Ansermet, direction


(Enregistré le 29 décembre 1962)

Un album de 3 CD du label Yves St-Laurent Studio YSLT738

Photo à la une : © DR

http://www.artalinna.com/?p=10007

ESPRIT FRANÇAIS

Dans cet immédiat après-guerre où la gravure directe sur 78 tours régnait encore, Ernest Ansermet céda à la proposition de Decca : graver avec l’Orchestre de la Société des Concerts du Conservatoire les œuvres de Claude Debussy et de Maurice Ravel. Le projet fit long feu et se déporta de Paris à Genève, la saga des albums de l’Orchestre de la Suisse Romande et de son « patron » pouvait commencer.

C’est très exactement cette bascule qu’illustre cet album parfaitement composé. Ecoutez La Valse enregistrée à Paris _ le 6 octobre 1947 à la Maison de la Mutualité _ : son mouvement vif, l’équilibre des bois et des cordes toujours placés avant les cuivres, s’ils soulignent le génie de la balance qui fut toujours le signe de l’art d’Ansermet, rappellent aussi la manière dont Gaubert et ses amis dirigeaient le répertoire français à Paris. Ecoutez ensuite l’Alborada del gracioso qui ouvre l’album, sèche, d’une précision fanatique, aux phrasés et aux accents si percussifs qui dessinent le personnage et font voir la sérénade, c’est le génie visuel d’Ansermet qui s’y impose, parfaitement re-situé par un orchestre qui est devenu le prolongement naturel de sa personne _ enregistrée le 4 février 1947, au Studio Radio de Genève .

Avec ses amis genevois, il réussit _ ce même 4 février 1947 _ sa version princeps de La Mer (il en laissera quatre versions successives), précis minutieux qui fait tout entendre, mais sait d’abord distiller des atmosphères d’une subtilité sciante _ ô la justesse de cet oxymore ! _, orchestre clair jusque dans les ultimes pages où exulte une tempête solaire, l’inverse de la catharsis qu’y déchaînait Charles Munch.

Avec les Parisiens _ le 28 mai 1948 à la Maison de la Mutualité _, il distille le plus onirique des accompagnements que j’ai jamais entendus dans Shéhérazade : sa chère Suzanne Danco n’a plus qu’à voguer sur cet orchestre d’épices. Ils y reviendront ensemble à Genève pour la stéréophonie, mais auront-ils retrouvé les élans qui emportent ici La Flûte enchantée, son mystère érotique ?

Transferts parfaits, textes éclairants signés par François Hudry, album essentiel.

LE DISQUE DU JOUR

Ernest Ansermet
Ravel & Debussy – The Decca 78s
Claude Debussy (1862-1918)
La Mer, L. 109
Petite Suite, L. 65
Maurice Ravel (1875-1937)
Shéhérazade, M. 41
La Valse, M. 72
Alborada del gracioso, M. 43/4

Suzanne Danco, soprano
Orchestre de la Société des Concerts du Conservatoire
(Ravel, La Valse, Shéhérazade ; Debussy, Petite Suite)
L’Orchestre de la Suisse Romande
Ernest Ansermet, direction

Un album du label Decca 482 5007 (Collection Eloquence Australia)

Photo à la une : Le chef d’orchestre Ernest Ansermet – Photo : © DR

http://www.artalinna.com/?p=10047

JEUX

Depuis sa création le 15 mai 1913, au Théâtre des Champs-Elysées sous la baguette de Pierre Monteux, Jeux effrayait les orchestres, mais aussi les chefs. Debussy y avait écrit tout un nouveau monde de sons et de rythmes qui allaient plus loin encore dans l’abstraction lyrique _ voilà _ que ne l’avait fait la simple complexification métrique du Sacre du printemps.

Comme aimait à le rappeler Pierre Boulez, Jeux est l’alpha de l’orchestre moderne _ rien moins. Monteux lui-même l’aura dompté pour le ballet – deux lectures en concert témoignent de sa mise en place au cordeau – mais ce seront les chefs d’orchestre dévolus à la musique de leur temps, Bruno Maderna, puis Pierre Boulez, qui en saisiront toute l’importance historique _ voilà _, précédés au disque par deux pionniers : Victor de Sabata, lui-même compositeur, et Ernest Ansermet.

Octobre 1953, Victoria Hall _ à Genève _, Gil Went et Roy Wallace règlent leurs micros pour saisir ce qui deviendra la version la plus parfaite du chef-d’œuvre de Debussy enregistrée alors. Si Ansermet se souvient du ballet – ses tempos sont ceux des danseurs – il fait entendre avec une impérieuse sensualité chaque repli harmonique _ oui _ de cette langue si neuve, pliant, dépliant, froissant, défroissant son orchestre qui semble un grand félin dans la nuit.

Cette poésie gorgée de timbres où danse encore le souvenir du faune languide, si sensuel, torride comme une nuit d’été, vous enveloppe littéralement d’une symphonie de sons. Abstrait et érotique pourtant. Ansermet refera d’autres Jeux tout aussi réussis (et peut-être plus fluides, de mouvements moins détaillés, ici on voit les beaux muscles), je vous en ai causé il n’y a pas si longtemps _ cf son article Révisons nos classiques du 4 août dernier, donné ici même un peu plus haut _, mais il faut connaître ceux-ci, enregistrés pour faire exemple _ en 1953, à Genève, donc _, et qui sont pourtant la vie même.

L’éditeur ajoute la version la moins connue de La Mer (octobre 1957 _ toujours au Victoria Hall à Genève _) selon le chef helvète, un rien plus sombre que les trois autres moutures, et passe aux séances parisiennes _ à la Maison de la Mutualité, les 20 et 21 septembre 1954 _ dévolues à Paul Dukas : L’Apprenti sorcier narré comme un tranquille cauchemar, mais surtout et pour la première fois rééditée en stéréophonie, La Péri (sans sa Fanfare), torpide, sensualiste, emperlée, toute en diaprures, un Orient de sons qui tourne immanquablement la tête. Ernest Ansermet était décidément bien plus que l’esprit cartésien auquel certains veulent le réduire.

LE DISQUE DU JOUR

Claude Debussy (1862-1918)
La Mer, L. 111(enr. 1957)
Jeux, L. 133 (enr. 1953)
Paul Dukas (1732-1809)
La Péri
L’Apprenti sorcier

L’Orchestre de la Suisse Romande, mezzo-soprano
Orchestre de la Société des Concerts du Conservatoire
Ernest Ansermet, direction

Un album du label Decca 4824975 (Collection « Eloquence Australia »)

Photo à la une : Le chef d’orchestre Ernest Ansermet – Photo : © OSR

 
Des articles très à l’écoute, donc, de Jean-Charles Hoffelé,
sur son très riche site d’Artamag,
d’enregistrements magnifiquements réédités _ pour trois d’entre ces albums _
par l’australien Decca-Eloquence,
que dirige le très perspicace Cyrus Meher-Homji.
Grand merci à chacun d’entre eux !!!

Ce dimanche 16 septembre 2018, Titus Curiosus – Francis Lippa

Acheter le langage, selon Pascal Chabot

Posté dans la catégorie Philo, Rencontres par Titus Curiosus

15sept

Jeudi prochain 20 septembre,

au Studio Ausone à 18 heures,

j’aurais le grand plaisir de recevoir Pascal Chabot,

pour son très judicieux L’Homme qui voulait acheter le langage,

qui paraît aux Éditions PUF…

Pascal Chabot _ remarquable philosophe bruxellois _

est l’auteur du passionnant Global burn-out,

qui m’avait très vivement impressionné en 2013.

Voici l’article que Le Monde des Livres de jeudi dernier

consacre à L’Homme qui voulait acheter le langage

sous la plume de Roger-Pol Droit.

Figures libres. Pour parler, abonnez-vous au forfait langage

La chronique de Roger-Pol Droit, à propos de L’Homme qui voulait acheter le langage, de Pascal Chabot.

LE MONDE | 13.09.2018 à 07h45 • Mis à jour le 13.09.2018 à 09h48

Par Roger-Pol Droit

Un Amazon Echo Dot.

L’Homme qui voulait acheter le langage. Drame philosophique, de Pascal Chabot, PUF, 110 p.

Nous parlons à nos téléphones, à nos enceintes connectées. Nous leur donnons des ordres. Nous commandons à la voix services, informations, produits. Le monde nous obéit. Pour désigner cette activité, on utilise encore le vieux verbe « parler ». Le mot fut associé, naguère, à quantité de pratiques langagières – délires amoureux, chants poétiques, démonstrations théoriques, exhortations politiques… S’il demeure le même, les registres sont radi­calement distincts.

Quand nous nous adressons aux autres humains, c’est pour séduire ou menacer, instruire ou distraire, faire obéir ou désobéir… entre autres. En revanche, lorsque nous donnons des instructions à Siri, Google Assistant et compagnie, nous accomplissons uniquement des actes suivis d’effets, qui sont autant d’opérations moné­tisables.

Tel est le point de départ de la courte pièce de théâtre – « drame philosophique » – intitulée L’Homme qui voulait acheter le langage, que signe aujourd’hui Pascal Chabot, philosophe inventif à qui l’on doit déjà plusieurs essais et fictions. Son intuition : la logique du développement numérique risque de disqualifier toute parole simplement évocatrice, ou purement descriptive, qu’elle soit poétique ou scientifique. Il ne resterait que les actes linguistiques efficaces, directement opérationnels, capables d’agir sur le monde, passant des commandes, transmettant des ordres, énonçant des faits.

Le progrès n’étant que « le devenir banal de l’impensable », il suffit de faire un dernier pas pour parachever le cauchemar. Imaginons qu’on élabore l’algorithme qui répondra avec discernement aux formulations floues de chacun. Votre phrase « Je veux passer une journée tranquille » débouchera aussitôt sur des propositions commerciales ajustées à votre profil – habitudes, consommation antérieure, parcours préexistants… Le concepteur de cette monstruosité sera devenu maître du langage.

Capitalisme linguistique

Il pourra désormais certifier le devenir-chose des mots. Et vendre des abonnements donnant le droit de parler pour obtenir ce qu’on veut. Ceux qui n’y auront pas accès croupiront dans le silence. Sans forfait langage, tu parleras pour ne rien dire. « Consommer, c’est parler avec effet » – telle est la loi du nouveau monde qui se met en place. Ce soir, tout est au point. Il n’y a plus qu’à lancer l’opération. L’univers ancien sera bientôt terminé, sauf si…

L’excellente et instructive fantaisie imaginée par Pascal Chabot se déroule dans le sous-sol d’un aéroport. Au dehors, un ouragan cataclysmique, comme celui qui a ravagé Saint-Martin il y a un an. Dans la spirituality room, où les voyageurs de toutes confessions peuvent se recueillir, dialoguent un homme et une femme qui s’aimèrent dix ans plus tôt. Il serait malvenu d’en dire plus. Inutile de dévoiler les péripéties du dialogue et surtout le dénouement.

Il suffira de dire que Pascal Chabot met en lumière le récent capitalisme linguistique en estuissant les épousailles des GAFA et de Wittgenstein (« Si un signe n’a pas d’usage, il n’a pas de signification« , dit son Tractatus logico-philosophicus, 3 328). Ce divertissement autour d’une question cruciale de notre époque n’est pas seulementt amusant et bien ciblé. Il fait peur autant qu’il séduit. Il donne à réfléchir. Il contribue sans doute à ouvrir la philosophie. Mais d’abord à nous ouvrirr les yeux.

Ce samedi 15 septembre 2018, Titus Curiosus – Francis Lippa

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