la « vraie vie de la culture » à Nérac ; soit « le bonheur vrai de la recherche : ce dont témoignent les « Journées du livre d’Histoire » de Nérac » (II)

— Ecrit le mercredi 28 octobre 2009 dans la rubriqueHistoire, Rencontres, Villes et paysages”.

J’en viens donc maintenant au fait de mon propos : rendre compte de ma joie d’avoir « rencontré » une « vraie vie de la culture«  « en Région » _ sic : ainsi que cela se dit parmi certains « institutionnels«  de la-dite « Culture«  (re-sic)… _ :

à Nérac, lors de la seconde édition de ses « Journées du livre d’Histoire« , samedi 24 octobre 2009 dernier ! Et en prenant le temps d’échanger bien avec les uns et avec les autres…

Bien sûr, j’ai ramené de Nérac une moisson de livres (d’Histoire) :

_ un concernant le devenir plus ou moins « clair » du personnel politique de Vichy _ l’époque, ainsi que « ses suites« , continue(nt) de m’intéresser ; eu égard à tout ce qui demeure de non-dit brûlant (et tu) ; notamment en ce qui concerne Bordeaux et sa région… _, signé M. Érick Labrousse : à creuser… ;

_ deux livres concernant l’histoire d’Agen, la cité de l’enfance (heureuse) de la mère de mon épouse ; comme en souvenir d’elle ; et à destination de mes enfants : « Agen et les Agenais dans la Grande Guerre« , aux Éditions Alan Sutton, avec une dédicace des deux auteurs, Bertrand Solès et Alexandre Lafon ; ainsi que l’album de photos de la collection « Mémoire en Images« , toujours chez le même éditeur, Alan Sutton : « Agen _ l’Entre-Deux-Guerres« , par Bertrand Solès, agenais…

_ un « Hors-Série » de « La Dépêche du Midi » : « Jean Jaurès 1859-1914 : Les grandes unes de La Dépêche » _ 50 éditoriaux signés de Jean Jaurès _, avec des articles de présentation des professeurs Rémy Pech, Rémy Cazals, Georges Mailhos, Jean Sagnes, Jean Faury & Alain Boscus ; en souvenir d’une personnalité dont on célèbre le cent-cinquantième anniversaire de la naissance, et dont les Éditions Fayard poursuivent la publication d’une importante sélection d’écrits (17 volumes sont prévus), sous la direction de Madeleine Rebérioux et Gilles Candar _ vient de paraître le volume 1 consacré aux Écrits des « Années de jeunesse » (1859-1889)…

_ « Parade pour une Infante« , sous-titré « le périple nuptial de Louis XIV à travers le midi de la France (1659-1660)« , de Hubert Delpont (aux Éditions d’Albret, à Narrosse) _ fondateur en 1983 de l’association (dédiée à la « recherche«  historique) « Les Amis du Vieux Nérac«  _ ; ouvrage qui m’intéresse tout particulièrement pour avoir entrepris, il y a un peu plus d’une dizaine d’années, des recherches autour des musiciens accompagnant le roi (ou, aussi, Mazarin) en ces périples vers Saint-Jean-de-Luz et l’ïle des Faisans ; pour un projet de Hugo Reyne (et « La Simphonie du Marais« ) : Hugo Reyne a depuis _ en novembre 2007 _ proposé en un double CD Accord _ n° 4442 9894 _ un album « Musiques pour le mariage de Louis XIV« … Hubert Delpont n’a certes pas centré sa recherche sur les musiciens faisant partie de ce(s) voyage(s), mais il m’indique, samedi, la présence, lors de ce « périple nuptial » de Louis XIV, de Francesco Cavalli à Bordeaux _ où le couple royal (et la cour) séjourne(nt) du 23 au 27 juin 1660 _ ; tandis que moi-même lui apprend celle, à Toulouse, de Louis Couperin, à l’automne 1659 _ la cour y demeure du 14 octobre au 28 décembre… De fait, Hugo Reyne peut affirmer que Louis Couperin tenait l’orgue de l’église Saint-Jean-Baptiste de Saint-Jean-de-Luz où se déroula la cérémonie du mariage royal ayant eu lieu « côté français« , le mercredi 9 juin 1660 ; une autre cérémonie de mariage ayant eu lieu un peu plus tôt, le jeudi 3 juin 1660 (Louis XIV n’y étant présent qu’en la personne d’un « tenant-lieu » : en l’occurrence Don Luis de Haro : le détail est donné page 186), « côté espagnol« , en l’église de Fontarabie, Santa María de la Asunción y del Manzano… Les documents officiels indiquaient fort rarement les noms des musiciens-interprètes participant aux cérémonies, de même que les noms des musiciens-compositeurs dont étaient interprétées des œuvres : la musique était alors essentiellement fonctionnelle… C’est donc seulement « par la bande« , au travers de correspondances personnelles, ou de contrats (professionnels notariés) que le chercheur peut aujourd’hui parvenir à obtenir ce type de « renseignements« , le plus souvent. Ainsi ignore-t-on, de même, quels furent les compositeurs des musiques « ayant servi » à la cathédrale Saint-André de Bordeaux pour un autre mariage franco-espagnol, celui du père de Louis XIV, Louis XIII, avec Anne d’Autriche (la cérémonie eut lieu le 21 novembre 1615) ; en même temps que se célébrait, le 25 novembre, à Burgos, le mariage du frère d’Anne d’Autriche, le roi Philippe IV d’Espagne, avec la sœur de Louis XIII, Elisabeth de France _ les parents de la future reine Marie-Thérèse ; Louis et Marie-Thérèse étant par là doublement cousins germains… : ce double mariage entre les dynastie des Bourbons et des Habsbourg avait vu l' »échange » des princesses Elisabeth de France et Anne d’Autriche à l’Île des Faisans, sur la Bidassoa, le 9 novembre 1615 _ Hubert Delpont le signale page 204 de son livre… 

_ et enfin le livre des « Actes du colloque d’Agen & Nérac (14-15 novembre 2008) La Grande Guerre aujourd’hui : Mémoire (s), Histoire(s)« 

Paradoxalement, j’ai réservé pour une « autre fois » les deux livres, qui, avec le « Parade pour une Infante » de Hubert Delpont, stimulaient le plus ma curiosité :

mais parce que je suis sûr que je les lirai, quand je disposerai d’un peu (plus) de temps pour me plonger dans leurs arcanes ;

il s’agit d’une part du « Haussmann d’Albret«  de ce même Hubert Delpont, en collaboration avec Hervé-Yves Sanchez-Calzadilla, édité par « les Amis du Vieux Nérac« , en 1993 :

Haussmann, qui sous-préfet de Nérac, ainsi que sous-préfet de Blaye, avant de transformer, comme on le sait, l’urbanisme parisien _ sur une vision romanesque du « phénomène« , lire le magnifique « La Curée«  d’Emile Zola… _, a marqué aussi de son empreinte l’urbanisme bordelais… _ ;

et, d’autre part, des « Carnets de guerre d’un hussard de la République«  _ ceux de Marc Delfaud _, qui viennent de paraître ce mois d’octobre 2009 dans une passionnante édition critique préparée par le général André Bach (auteur de « Fusillés pour l’exemple _ 1914-1915« , paru aux Editions Tallandier en 2003 : déjà un très grand livre !) et Solange Delfaud, la fille de ce « témoin » de la Grande Guerre _ et elle-même géographe _, aux Éditions Italiques…


Je joins ici la (très éloquente) quatrième de couverture :

« Septembre 1914. « À celui qui trouvera le présent carnet, prière de le faire parvenir à Mme Delfaud, institutrice à La Barde par Saint-Aigulin, Charente-Inférieure. »

Cette sobre phrase inscrite en tête du premier des 18 carnets de guerre de Marc Delfaud nous avertit : ce jeune marié, instituteur dans le civil, parti à la guerre sans même avoir pu embrasser sa femme, tient à lui laisser une trace de son passage dans cette machine à broyer les hommes. C’est pour elle, avant tout, qu’il tient son journal. Tel le miroir que Stendhal promenait au bord du chemin, son témoignage est toujours minutieux, spontané ; mais documenté.

Et Marc Delfaud est un observateur digne de confiance : pacifiste, il est aussi un patriote que l’on ne peut soupçonner d’aucun secret défaitisme. S’il a tenu à partager les misères de la piétaille des tranchées, alors que son niveau d’études lui aurait permis de prendre du galon, ses opinions progressistes ne l’aveuglent en rien. Il n’y a nul sectarisme chez cet observateur lucide, qui sait que le peuple n’est pas exempt de tares et de vices, au front comme ailleurs. Delfaud, affecté au peloton des téléphonistes, est en permanence au contact du commandement, dont il observe la conduite sans complaisance. Il rend hommage à la valeur et l’humanité de nombreux officiers ; mais il est révolté par l’arrogance de certains gradés et les brimades stupides infligées à des hommes qui ont les plus grandes chances de finir déchiquetés par les obus.

On n’oubliera pas de sitôt ces portraits au vitriol : le colonel qui force les hommes à passer dans les mares de boue sous prétexte qu’ils sont déjà sales ; cet autre qui lève sa cravache sur le soldat qui ne se dérange pas assez vite. Cet autre encore qui expédie chez lui, par malles entières, le butin pillé dans les villages évacués…

Marc Delfaud vérifie ses informations et les recoupe. Et quand elles ne sont pas de première main, il cite ses sources. Témoin intelligent, il sait lire entre les lignes les ordres et les bulletins, et en tire souvent des conclusions exactes. Le front, il le montre bien, est aussi le reflet d’un monde en pleine évolution. Face aux sous-officiers et officiers de carrière, encore empreints de routine bureaucratique et de préjugés de classe, les mobilisés sont désormais des citoyens, formés par l’école publique de la IIIeRépublique ; ils veulent bien accepter de sacrifier leurs vies, mais non d’être insultés ; combattre, mais non crever comme des cloportes dans des trous fangeux et puants.

Il ne faudrait cependant pas croire que Marc Delfaud n’est qu’un observateur froid à force d’être lucide. S’il absorbe toutes les informations, son œil demeure sensible à ce qui reste de beauté dans cet univers de feu et de folie : le ciel et ses nouveaux oiseaux de métal, dont on peut oublier, quand on les voit de loin, qu’ils sont aussi des moyens de destruction ; les bribes de paysage, les objets miraculés, l’indestructible aptitude de l’homme à créer la beauté jusqu’en enfer. En témoigne sa rencontre avec ce curieux musicien, en mars 1915, qui « sort de son sac un archet fait avec un morceau de bois et des crins de cheval, et un violon dont une boîte à cigares et un manche à balai ont fait tous les frais », et qui en tire des sonorités insoupçonnées qui font oublier aux Poilus, l’espace d’un instant, la guerre et la mort qui rôde.

Frappé par la finesse et la qualité littéraire du récit de Marc Delfaud, le général André Bach, ancien chef du Service historique de l’Armée de terre qui, depuis plus de dix ans, réfléchit sur le premier conflit mondial à partir des archives militaires et de son expérience d’officier, voit en ce livre l’un des très rares documents mis au jour récemment qui soit capable de changer notre vision de la Grande Guerre, Les notes et l’apparat critique très complets qu’il a rédigés pour cette première édition en font bien davantage qu’un témoignage : une source historique à part entière » _ on ne saurait, en effet, mieux dire…

J’ai entendu deux fois le général Bach, le 14 novembre 2008 à Agen, au colloque « La Grande Guerre aujourd’hui : Mémoire (s), Histoire(s) » ; et samedi 24 octobre dernier, d’abord en une remarquable conférence d’une vingtaine de minutes, en compagnie de Solange Delfaud, dans une salle annexe à la Salle des Écuyers ; ensuite, en aparté :

sur le fond du sujet _ la guerre _, comme sur la forme _ je veux dire le travail historiographique de l’historien _, son travail est magnifique et passionnant.

Je veux dire aussi ici combien ont été riches les diverses conférences auxquelles j’ai assisté _ conversant avec des auteurs dans la grande salle (« des Écuyers« ), j’ai pu en « manquer«  une ou deux… _ :

_ celle de Bertrand Solès, sur « La carte postale et l’histoire du Lot-et-Garonne » ;

_ celle de Brigitte Coppin, auteur de livres de jeunesse, sur « L’Histoire proposée aux jeunes » ;

_ celle du président de l’Association des Professeurs d’Histoire et Géographie d’Aquitaine, Eric Bonhomme, sur la Revue « Historiens et géographes pour les enseignants » ;

_ et enfin celle du général Bach et Solange Delfaud sur leur édition des « Carnets de guerre » de Marc Delfaud ;

de même qu’ont été vivants et nourris les échanges avec le public, qui ont suivi…

Pour ma part, j’ai posé à Éric Bonhomme une question sur la « liberté » du professeur d’Histoire-et-Géographie comme « auteur de son cours« , face, d’une part aux programmes _ ainsi qu’au rythme que ces « programmes«  semblent quasiment imposer aux enseignants ; tout particulièrement, mais pas seulement non plus, dans les classes d’examen… _ ; et, d’autre part, face au savoir produit (= créé) par les historiens et les géographes, en permanence ; et face à des « synthèses » de ces savoirs, telles que celles que propose précisément aux enseignants de la discipline la « Revue » ici présentée…


Une comparaison entre les pratiques de fait des enseignants en France et dans d’autres pays _ par exemple aux États-Unis ; mais aussi dans des pays européens, l’Allemagne ou l’Espagne… : mais les finalités y sont très diverses ; il faut bien les identifier avant de procéder à des comparaisons… _ a permis de réfléchir un peu sur le travail de l’enseignant d’Histoire-et-Géographie dans _ ainsi qu’avec _ sa classe ; notamment par rapport à l’épistémologie de ces disciplines (de l’Histoire et de la Géographie) ; afin de faire prendre un peu mieux conscience, peut-être, que l' »Histoire historienne » est le fruit d’un travail exigeant et ouvert de l’esprit ; et ne doit pas être confondue, par les élèves, avec une « réalité historique » qui irait de soi ; et que, comme si celle-ci « s’imposait » d’elle-même, il suffirait à tous et à chacun de constater et enregistrer, passivement en quelque sorte. La tâche d' »établir les faits«  _ en visant une idéale objectivité… _ représentant une ardente tâche critique et collective (par le débat vivant des analyses) à l’égard des diverses idéologies et propagandes qui ne manquent pas de chercher à accaparer les esprits… 

Bref, cette manifestation des secondes « Journées du livre d’Histoire » à Nérac, ce samedi 24 octobre, de 10 heures à 18 heures, fut passionnante à tous égards ;

et elle témoigne, par le soutien, en amont, des « Amis du Vieux Nérac » d’une curiosité culturelle exigeante, vivante, de fond et féconde, dans les « pays » de notre Région Aquitaine ; d’un amour désintéressé de la recherche et de la culture, indépendamment des carriérismes et des raisonnements pragmatiques à court terme et à courte vue…

Voilà comment j’ai « articulé » pour moi-même cette « manifestation » à « soutenir » et aider à « pérenniser » à ce que j’avais entendu la veille au Conseil Régional, rue François de Sourdis, à Bordeaux, à propos  de « la créativité et l’innovation au cœur de la relation homme / territoire dans un monde numérique« …

Peut-être l’apport d’outils numériques des dernières hyper-technologies pourrait-il conserver la trace et répandre au loin les échanges féconds d’une telle manifestation.

Bravo et un grand merci aux organisateurs

qui n’ont pas ménagé leurs efforts pour ces « rencontres » d’une culture vivante ;

et conviviale !..

Gasconne, en Albret !..

Titus Curiosus, ce 28 octobre 2009

Commentaires récents

Posté par colbert
Le 30 octobre 2009

C’est la panne ! A Nérac, à l’hôtel, j’ai pu récupérer la vie de Voltaire par Orieux, avec la bénédiction de l’hôtelier ignare… Pour Dantzig : parfois marrant, mais assassiner Céline qui aurait « imité Lafforgue » – !!! Dire de Marguerite Duras qu’elle est chiante et que ses personnages « s’expriment comme des coureurs cyclistes », que Montaigne est un snob, couché sur son coussin et qui griffe dès qu’on le dérange », quel abruti ! C’est « rigolo », mais prétendre que Mme de Grignan a brûlé ses lettres, c’est faux, c’est sa fille qui l’a fait , Mme de Simiane. S’inquiéter de la « religiosité » de Mallarmé parce qu’il croit à la « vertu » des mots, il est crétin ou il le fait exprès ? Allez, en chemin vers Nérac n’oublie pas le salon de Duras (47), on se fait inviter au restau c’est superbon, et parfois on voit Mesguich. J’ai récupéré mes documents sur la clef USB,mais qu’est-ce qu’on rame ! Et merci pour ton optimisme, dévore, dévore ! A bientôt Titus Grominus (oui, « Grominetus », OK.), le Collignon des broussailles a encore frappé.

Vous souhaitez réagir & ajouter votre commentaire ?

XHTML: Vous pouvez utiliser les balises html suivante : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>


*


- 5 = four

Chercher sur mollat

parmi plus de 300 000 titres.

Actualité
Podcasts
Rendez-vous
Coup de cœur