Lieux communs (ou pas) romains : entre peinture et photographie au XIXème siècle

— Ecrit le vendredi 22 mai 2009 dans la rubriqueArts plastiques, Histoire, photographie, Villes et paysages”.

Un petit dossier sur une partie d’Histoire du regard étranger sur Rome,

au XIXème siècle, quand, dans les débuts de la photographie,

les photographes viennent mettre leurs pas dans ceux des peintres

et sur leurs « platebandes »…

D’abord, cet échange de courriels avec l’ami Plossu :

De :   Titus Curiosus

Objet : « Photographie et peinture dans l’Italie du XIXème siécle »
Date : 11 mai 2009 18:13:17 HAEC
À :   Bernard Plossu

Cc :   Michèle Cohen

« Photographie et peinture dans l’Italie du XIXème siécle » !

Il s’agit du catalogue d’une expo qui devrait vous intéresser
, Bernard, Michèle, au Musée d’Orsay (jusqu’au 19 juillet 2009),
dont le titre officiel,
d’après un mot de Gœthe à propos de Naples (dans son « Journal » de « Voyage en Italie« )
mais pas du meilleur goût,
est « Voir l’Italie et mourir« 

Passionnant pour certaines photos :

une (de Giorgio Sommer, pages 2-3) du quai de Messine avant le tremblement de terre ;
d’autres _ superbes ! page 186 : le théâtre de Marcellus ! _ d’un nommé Robert Mac Pherson,
très actif à Rome entre 1957 et 1871 ;

comme ont pu l’être les frères Alinari à Florence ;
et bien d’autres encore : à Venise, à Naples ; et ailleurs…

Sur la peinture,
si l’œuvre du gallois Thomas Jones (un génie ! à découvrir !!!) est bien évoquée
(pages 38-39),
un choix beaucoup trop limité sur les peintres : Granet ou Fabre ne sont même pas mentionnés ;
Jean-Antoine Constantin, juste évoqué
(page 43)

Le livre de l’expo (sur une idée d’Ulrich Pohlmann et de Guy Cogeval)
est édité par Flammarion : « Voir l’Italie et mourir » ; et vaut 39 Euros…

Passionnant !

Titus

Ensuite, en réponse à un message d’invitation au vernissage de son expo lot-et-garonnaise :

De :   Bernard Plossu

Objet : Re : « Photographie et peinture dans l’Italie du XIXème siécle »
Date : 11 mai 2009 18:33:27 HAEC
À :  Titus Curiosus

Merci du tuyau !

Je rentre de LUCCA, une merveille !

et de Sovana, et de PITIGLIANO, superbe village, et de Carrara !

el B

Tu penses venir au vernissage de Musée de Gajac, jeudi 14 à 18h, à Villeneuve sur Lot ? Je sais que ce n’est pas à  coté…

l ‘expo est : les photos de « Avant l’âge de raison » et « Hirondelles andalouses« …

De :   Titus Curiosus

Objet : Vernissage à Villeneuve/Lot demain à 18h + Lucca
Date : 13 mai 2009 06:08:16 HAEC
À :   Bernard Plossu

Je ne pourrai pas venir demain à Villeneuve/Lot
(au vernissage du Musée de Gajac, à 18h),
étant pris trop tard dans l’après-midi à mon travail.
Je le regrette bien.

Pour le livre sur la photo en Italie au XIXème siècle,
il est très intéressant ; même si un peu frustrant
parce ce qu’il laisse deviner qui n’a pas été montré…

Tu verras toi-même.
Il y a sans doute des recherches à mener à partir de là…
Par exemple, sur ce photographe Robert Mac Pherson à Rome…


Sur Lucca,
il y a un excellent roman de Charles Morgan
« Sparkenboke« 
qui se passe à Lucques…
je l’ai lu il y a longemps ;
mais je me souviens encore des remparts de Lucques comme il en parlait…
Il y a longtemps que je n’y suis passé… A re-découvrir, en effet !

Titus

Ensuite,

sur cette expo parisienne,

ce papier aujourd’hui dans Le Monde,

avec quelques commentaires miens, au passage :

« L’Italie en peintures et en photographies : sujets communs, lieux communs« 

LE MONDE | 22.05.09 | 17h32  •  Mis à jour le 22.05.09 | 17h32

Les relations entre peinture et photographie au XIXe siècle : sujet classique de réflexion en histoire de l’art _ classique et épineux. Sa difficulté se vérifie tout au long de l’exposition du Musée d’Orsay « Voir l’Italie et mourir« , qui centre la démonstration sur un seul pays et quelques « motifs » : les paysages italiens, les monuments et ruines, les populations, sont d’excellents « sujets » pour les praticiens du daguerréotype ou du tirage papier, comme pour ceux de l’huile sur toile _ cf mon article sur l’expo Granet de l’été 2008 au Musée Granet d’Aix-en-Provence : « François-Marius Granet, admirable tremblement du temps, Aix, Paris, Rome« 

Ajoutons les relevés et projets réalisés par des architectes français au cours du même siècle, présentés à quelques pas de l’exposition, et ce sont plusieurs centaines de pièces qui sont proposées. C’est considérable, peut-être trop. Et c’est logique, car l’Italie a été le principal séjour des artistes et savants européens aux XVIIIe et XIXe siècles. Combien de voyageurs érudits, collectionneurs plus ou moins scrupuleux, élèves des Beaux-Arts en quête de modèles et écrivains se sont-ils succédé à Rome, Florence et Venise ? Allemands, Anglais, Français, Nordiques, Russes : l’Europe se donnait rendez-vous sur les escaliers de la Trinité-des-Monts et devant la basilique Saint-Marc _ assurément ! pour le « grand tour«  d’avant les vrais débuts dans la vie (sérieuse)

UN RAPPORT AU TEMPS DIFFÉRENT

Le résultat, qui privilégie donc les artistes étrangers aux Italiens, est un peu répétitif, plus à même de satisfaire un public de passionnés _ dont je suis pour ce qui concerne, pour commencer, Rome ! Les photographies dominent _ oui : et c’est tant mieux : pour des découvertes ; le champ de la peinture étant, lui, beaucoup mieux « balisé«  _, alors que les peintures semblent là pour ponctuer le parcours, donner un contrepoint coloré, inviter à comparer _ oui : trop de lacunes graves de ce côté-là…

Du peintre au photographe, la motivation est similaire _ pour le principal, en effet… Dès les années 1840, les premiers praticiens de la photographie se précipitent à leur tour à Rome, Pompéi, Sienne, partout en somme. L’inventaire photographique de l’Italie n’est qu’un épisode d’une « chronique » _ oui !!! _ qui a commencé à la Renaissance _ sinon plus tôt _ cf le journal de voyage de Pausanias dans la Grèce antique : « Description de la Grèce« 

L’exposition s’ouvre de façon emblématique sur des toiles magnifiques _ c’est très vrai !!! mais peu nombreuses (et déjà bien connues)… _ de Valenciennes, Jones et Corot. Dans la continuité, les portiques, pins, collines, bergères, tombeaux, le Colisée, les thermes de Caracalla sont photographiés selon des angles que les peintres connaissent depuis longtemps _ certes ! La composition _ oui ! _ ressemble de façon criante à celle des études à l’huile. Les mêmes stéréotypes _ oui ! le plus souvent ; mais pas toujours… _ s’imposent : l’église, la basilique, la brune mélancolique, le gueux héroïque, les feuilles d’acanthe des chapiteaux corinthiens, le marbre exalté par le soleil. Imperturbable, l’accrochage énumère les sujets communs _ dans tous les sens du terme.

Il y a des photos et des peintures remarquables _ oui ! _ dans « Voir l’Italie et mourir« . Mais que démontre leur rapprochement ? L’antériorité de la peinture sur la photo ? C’est un truisme. La similitude des « motifs » ? Il ne pourrait en être autrement. Il n’y a pas mille façons de regarder, à Rome, le château Saint-Ange depuis la rive opposée du Tibre.

En fait, et on l’avait constaté dans les rares expositions qui avaient déjà adopté ce principe, le rapprochement au mur de la peinture et de la photographie d’une église ou d’un paysage appauvrit plus qu’il n’enrichit. Parce qu’il incite à ne voir dans les œuvres que des « motifs », des « sujets », alors que l’essentiel est ailleurs _ voyons voir… _, du moins pour les œuvres d’importance, qui échappent au constat.

Prenons le rapport au temps. Ce qui fascine dans la photographie, c’est ce que le peintre n’a pas le temps de peindre _ tiens donc ! une contrainte féconde : et l’occasion fait alors le larron… C’est le cas pour des événements _ ponctuels ; éphémères… _ : l’éruption du Vésuve demi-heure par demi-heure (Giorgio Sommer), le bombardement de Rome en 1849 (Stefano Lecchi), les combats de Garibaldi et des siens à Palerme en 1860 (Le Gray). Mais c’est vrai aussi, et c’est plus intime, pour la silhouette furtive du touriste, les draps qui sèchent sur le Forum romain _ page 191 ! _, le regard du modèle costumé qui est las de poser en brigand d’opérette. C’est la peinture qu’il faut oublier, ici, pour saisir le sentiment _ sans doute ! _ de ces images.


« Voir l’Italie et mourir« ,au Musée d’Orsay, 1, rue de la Légion-d’Honneur, Paris-7e. RER Musée-d’Orsay. Tous les jours, de 9 h 30 à 18 heures ; jeudi jusqu’à 21 h 45 ; fermé le lundi. De 5,50 € à 8 €. Jusqu’au 19 juillet. Catalogue « Voir l’Italie et mourir« , textes collectifs, éd. Musée d’Orsay/Skira-Flammarion, 39 €….

 

Philippe Dagen et Michel Guerrin

Article paru dans l’édition du 23.05.09

Je suis d’accord sur l’essentiel de l’article,

comme l’indiquaient déjà mes rapides messages à Bernard Plossu…

La photo permet parfois de nouveaux regards,

qui ne soient pas des clichés !

Hein, Bernard ?!?

Titus Curiosus, ce 22 mai 2009

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Le 23 mai 2009

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