Découvrir Jan Ladislas Dussek (1760 – 1812) par Viviana Sofronitsky, sur pianoforte

— Ecrit le dimanche 21 avril 2019 dans la rubriqueHistoire, Musiques”.

Jean-Charles Hoffelé nous propose  en son article Son temps est venu

de prêter une oreille fine au CD Brillant 95598

des Sonates opus 9  et opus 75 de Jan Ladislas Dussek (1760 – 1812),

par la pianiste Viviana Sofronitsky, sur un pianoforte de Paul Mc Nulty :

SON TEMPS EST VENU


Johann Ladislav Dussek ou la métamorphose de la sonate classique en sonate romantique ? Beethoven admirait ses œuvres, il y trouvait certainement ce sens de l’humeur, ces atmosphères capricieuses, ce discours ardent _ héritier de l’Empfindsamkeit ? _ qui à force d’essayer _ c’est le propre de l’esprit de la Fantaisie… _ excédaient les structures classiques, les noyant sous l’affect. Comme pour Beethoven, le pianoforte, instrument en constante mutation, fut le lieu de la libération de son imaginaire. La série initiée par Brilliant m’aura jusque-là échappée _ pas à moi : les musiciens de Bohème m’intéressent… _, elle confie chaque volume à un interprète différent mais les associait jusque-la à un même instrument, un Longman-Clementi.

Viviana Sofronitzky lui préfère le pétillant, l’alerte pianoforte de son cher _ épouxPaul McNulty d’après un Walter de 1792, si vert et si fusant, au clavier irrésistiblement mobile : les trois Sonates de l’Opus 9, charmantes et capricieuses, lui sont à peu près contemporaines, leurs contredanses spirituelles où passe encore le sourire de Mozart, « croquées » avec esprit par la fille _ en effet _ du grand Vladimir, qui a hérité de son père cette fantaisie naturelle, le goût des audaces – écoutez comme tout cela danse et fuse dans la Première Sonate et aussi ce cantabile ombré de tragique qui saisit à l’écoute du Larghetto con espressione de la Deuxième Sonate : Beethoven décidément n’est pas loin.

L’instrument de McNulty, avec ses registres contrastés et son clavier naturellement chantant, donne toute son ampleur à la « Grande Sonate » Op. 75. Nous sommes en 1811, Dussek est revenu à Paris et tire le diable par la queue, il écrit cette vaste sonate pour redorer son blason devant le public de l’Odéon.

Adieux Beethoven et le franc discours des années passées, l’œuvre est une immense guirlande de thèmes et d’effets à la Weber, d’un lyrisme capiteux, qui devait plaire aux mélomanes parisiens. Mais l’œuvre est complexe, surprend par des audaces inattendues jusque dans l’harmonie qui montre des tensions certaines. Viviana Sofronitzky saisit tous les enjeux de cette partition fascinante, posée entre deux mondes.

Quel dommage que le principe de la série n’octroie qu’un disque à chaque interprète !


LE DISQUE DU JOUR
















Jan Ladislav Dussek
(1760-1812)


3 Sonates pour clavier, Op. 9
Sonate pour clavier No. 27 en mi bémol majeur, Op. 75

Viviana Sofronitsky, pianoforte

Un album du label Brilliant Classics 95598

Photo à la une : la pianofortiste Viviana Sofronitsky – Photo : © Majka Votavova

Un CD passionnant.


Ce dimanche 21 avril 2019, Titus Curiosus – Francis Lippa

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