Vive tendresse de quelques festons baroques praguois

— Ecrit le samedi 13 septembre 2008 dans la rubriqueHistoire, Musiques, Villes et paysages”.

Sur deux CDs de musique « baroque » praguoise :

« Laudate Pueri Dominum _ Music of Piarists in Baroque Bohemia« , par la Capella Regia Praha et les Pueri Gaudentes, dirigés par Robert Hugo, à l’église des « Fiançailles de la Bienheureuse Vierge Marie », à Slaný (CD  Supraphon SU 3946-2) ;

et « Prague _ L’Âge d’or baroque« , par l’organiste Pavel Kohout à l’orgue Mundt de 1673 à Notre-Dame de Týn, à Prague (CD Hortus 3 487720 000539).

Avant un très prochain article sur une magnifique musique « d’intimité » _ article actuellement « en train »… _ ;

et un autre sur un merveilleux roman _ qui n’est pas plus de « rentrée », qu’il ne serait d' »été » !.. _, d’une vraie « écriture » accomplie et qui ne vous lâche pas _ j’en reparle très prochainement (j’en suis à la page 131 ; le livre en comptant 519), à propos de notre « monde » pris avec toute l’ampleur nécessaire « à bras le corps » par l’auteur (= un vrai ! enfin !) de ce « grand » roman ;

voici un article sur d’intensément doux et pulpeux « festons baroques praguois » musicaux, qui me seraient demeurés « inaperçus » et inconnus _ hélas ! _ si ne me demeurait, en permanence (cf le liminaire _ et programmatique _ « carnet d’un curieux » qui ouvrait ce blog), un goût puissant de Prague, de ses rues, de ses palais et églises longtemps assoupis _ ou baillonnés ? comme ils avaient pu être, auparavant, « baillonnants » _, de sa (riche, complexe et assez tragique) histoire ; et de ses habitants _ qui se souviennent et/ou sont imprégnés de ce vivant passé, affleurant, partout :

je pense à mon ami Václav Jamek, l’auteur _ en français _ du « Traité des courtes merveilles » (prix Médicis de l’essai en 1989), introducteur (de luxe !) par deux fois (l’hiver 1993 et l’hiver 1994) à la « Prague baroque » _ alors qu’il dirigeait encore la maison d’édition Odéon _, avant de passer par les activités d' »attaché culturel » de la République tchèque, plusieurs années _ de 1995 à 1998 _, Avenue Charles Floquet (dans le 15ème, à l’ombre de la Tour Eiffel…)…;

un goût de Prague,

assorti à un goût du « Baroque »…

Je veux parler de deux très beaux récitals de « baroque praguois », intitulés,

le premier (de pièces religieuses _ dont une « Missa Sancti Adalberti » _ chantées avec choeur et solistes) « Laudate Pueri Dominum _ Music of Piarists in Baroque Bohemia« , par la Capella Regia Praha et les Pueri Gaudentes, dirigés par Robert Hugo, à l’église des « Fiançailles de la Bienheureuse Vierge Marie », à Slaný (CD  Supraphon SU 3946-2) ;

et le second (de pièces d’orgue _ à l’orgue Hans Heinrich Mundt de 1673 à Notre-Dame de Týn, à Prague _ sur la si belle Place de la Vieille-Ville) « Prague _ L’Âge d’or baroque« , par l’organiste Pavel Kohout (CD Hortus 3 487720 000539) :

deux merveilles !..

A « dénicher » pour s’en réjouir sans compter !

Il me faut convenir _ ou confesser ? _ que,

on peut plus personnellement,

mon goût

_ mon idiosyncrasie, fruit sans doute de mon histoire (en partie mittel-européenne) _

se porte à cette douceur baroque austro-hongroise, avec cet accent

_ ni viennois, ni (buda-) pestois, mais praguois _

de « Bohème »

qui séduisit, aussi, rien moins qu’un Mozart

qui aima séjourner à plusieurs reprises à la Villa Bertramka de ses amis František et Jozefa Dušek, à Prague _ sur la colline boisée au-dessus de Smichov _,

et qui composa pour Prague et les praguois quelques unes des œuvres qui portèrent son génie propre à l’incandescence

_ tel le drama giocoso « Don Giovanni« , donné le 29 octobre 1787 au Théâtre Nostitz _ devenu en 1798 (et redevenu aujourd’hui, après s’être appelé « Týl ») « des États » : Stavovské Divadlo ;

et  l‘opera seria « La Clemenza di Tito » ; « La Clémence de Titus » (donné le 6 septembre 1791, lui aussi à ce même Théâtre Nostitz à Prague, à l’occasion du couronnement de l’empereur Léopold II comme roi de Bohème) ;

et lui valurent non seulement le plus intense triomphe, mais aussi la plus chaleureuse affection du public !..

On peut s’en faire une assez intéressante image en retrouvant l' »Amadeus » de Miloš Forman _ en 1984 _ qui nous donne à assister à une représentation à la lumière des chandelles de « Don Giovanni« , pour sa première, au (toujours) très beau Théâtre Nostitz, ce 29 octobre 1787, donc…

Mozart hérite de quelque chose de cette (somptueuse) tradition musicale praguoise _ celle des Johann-Caspar-Ferdinand Fischer, des Jan-Dismas Zelenka

(qui durent accomplir leur carrière de musiciens loin de la Bohème et de Prague)…

Ainsi que de sa ferveur tendre, douce,

et ô combien vive et vivante

_ à mille lieues de la mièvrerie (sucrée) qui peut, parfois, se rencontrer à Vienne…

Prague n’étant pas corsetée par les manières de cour,

les Grands y venait, en leurs palais et villas de Bohème, s’y détendre, lâcher et relâcher…

Une gaîté particulière,

faite, aussi, des hoquets plus ou moins « tendus » _ et c’est un euphémisme _ de toute une Histoire (avec maintes « défenestrations », aussi !), s’y ressentait donc alors

_ et toujours aujourd’hui,

notamment à travers les monuments du « Baroque » :

d’où ce charme unique _ de douceur de violence surmontée _ de Prague

dans l’air qui s’y respire ; et peut inspirer…

Aujourd’hui encore, la musique est ainsi toujours bien vivante à Prague

_ pour peu qu’on quitte les dispositifs proposés aux touristes trop pressés…

Par exemple, dans les Conservatoires formant les artistes,

ou au si remarquable Rudolfinum, et ses concerts presque quotidiens d’une incroyable hauteur de qualité, toujours…

Bref, autour de Johann-Caspar-Ferdinand Fischer

(Krasno u Lokte _ près de Cheb _, en Bohème occidentale, 1656 – Rastatt, en pays de Bade, 1746),

musicien assez génial _ autour des « Goûts réunis » (cf François Couperin, ou Georg Philipp Telemann, entre autres) _ ;

et pas assez enregistré : qu’on se le dise !!! _,

Fischer introducteur

_ avec quelques autres

tels que

les méconnus

parce que pas assez interprétés, eux non plus,

Johann-Sigismund Kusser (Presbourg / Bratislava, 1660 – Dublin, 1727),

Georg Muffat (Megève, en Savoie, 1653 – Passau, en Bavière, 1704),

et Philipp-Heirich Erlebach (Esens, en Frise Orientale, 1657 – Rudolstadt, en Thuringe, 1714) _ ;

Johann-Caspar-Ferdinand Fischer, donc,

introducteur du style « baroque » français

_ appris probablement auprès de Jean-Baptiste Lully à Paris _,

en pays germaniques

_ voilà pour l’Histoire de la musique en Europe _ ;

voici,

en ces deux superbes « bouquets » _ très différents !!! _ de musique baroque praguoise,

un florilège d’œuvres d’une très grande « vive » tendresse :

avec les « Litaniæ Beatæ Mariæ Virginis » et un « Salve Regina » _ ainsi qu’un prélude _ de Johann-Caspar- Ferdinand Fischer,

de Vojtěch Pelikán, 1643 – 1700 : la « Missa Sancti Adalberti » ;

de Johann-Ferdinand Richter, 1687 – 1737, deux Psaumes : un « Dixit  Dominus » et un « Laudate Pueri Dominum » ;

d’Antonín Maschat, 1692- 1747 : un « Jubilate Apparenti Domino » ;

et de Jan Offner, 1720 – 1759 : un « Alma Redemporis Mater« ,

pour les œuvres composées pour les piaristes

_ de l' »Ordre des Clercs Réguliers Pauvres de la Mère de Dieu des Ecoles Pies« , fondé à Rome en 1621 par saint Joseph de Calasanz _

de Slaný

(non loin de Prague : le collège des piaristes de Slaný fut fondé en 1658 par le comte Bernard Ignác Martinic ; et son église « des Fiançailles de la Bienheureuse Vierge Marie« , « mise en chantier en 1674« , ne fut « complètement terminée qu’en 1729 » _ indique le livret du CD Supraphon, page 21) ;

et,

avec un « Aria  avec variations » de Fischer,

de Johann-Kaspar Kerll, 1627 – 1693 : une « Canzona » et une « Passacaille » ;

de Gottlieb Muffat _ fils de Georg _, 1690 – 1770 : un « Aria sub Elevatione » ;

de Josef Seger, 1716 – 1782 : deux « Préludes et Fugues« , deux « Toccatas et Fugues« , une « Fantaisie et Fugue » ainsi qu’une « Fugue » ;

et de Karel Blažej Kopřiva, 1756 – 1785 : une « Fugue » « Supra cognomen Debefe« ,

pour le récital de Pavel Kohout sur l’orgue Mundt de Notre-Dame du Týn, sur la très belle et mondialement célèbre Place de la Vieille-Ville, au cœur du centre historique de Prague…

Les interprétations ne recherchent jamais la virtuosité « pour la performance » des artistes,

tant les instrumentistes

que les chanteurs

_ excellents

(Hana Blažiková, Petra Noskaiová, Hasan El-Dunia, Ondřej Šmíd, Vojtěch Šafarik et Ivo Michl) ;

tant Robert Hugo et ses « troupes »

de la « Capella Regia Praha »

et des « Pueri Gaudentes » _ ils portent bien leur nom (de « réjouissants ») ! _

que Pavel Kohout

sur l’orgue Mundt de 1673 de Notre-Dame de Tyn, à Prague

_ avec « tout le raffinement de sa sonorité

et son remarquable état de conservation (il est presque entièrement d’origine)« ,

indique le livret du CD Hortus page 10 _,

c’est-à-dire sans intervention (chirurgicale) massive à l’époque « romantique », ou après… _ ;

tant Robert Hugo et ses « troupes » que Pavel Kohout, donc,

sont merveilleux de souplesse et de justesse dans le rendu

de la tendresse, mouvante, des œuvres

qu’ils servent là,

avec simplicité et ferveur

_ sans la moindre « hystérisation » des contrastes,

comme cela peut s’entendre

un peu trop souvent

au disque ou au concert _ :

avec douceur et tendresse,

loin de la moindre mièvrerie (statique)…

Et je me laisse aller à penser que

Mozart a dû « percevoir » quelque chose de « cela », à Prague ;

et qu’il arrive encore, à ce « cela », de « parfumer » l' »air du temps »

de cette Bohème-là …

Bref,

des CDs que des curiosités un peu timides ne chercheraient vraisemblablement pas à aller « dénicher »,

parmi (ou en dehors) les bacs des disquaires

_ mais disponibles au rayon « musique » de la librairie Mollat (merci Vincent !) _,

et parmi les ré-éditions des sempiternelles mêmes œuvres « bien connues » (et « bien marquées »)

par des interprètes pas assez audacieux pour sortir davantage des chemins

un peu trop « battus » par les éditions de disques ;

des CDs

que je me permets, donc, de vivement recommander ici

pour partager la joie _ de « vive tendresse » praguoise _ de bien belles musiques…


Titus Curiosus, ce 13 septembre 2008

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