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Une interview de Bioy chez lui, dans sa bibliothèque, en 1998

06déc

Mon cousin toulousain

m’adresse une interview d’Adolfo Bioy Casares

_ cousin au second degré de son père Edouard Bioy et de ma mère Marie-France Bioy ;

dont les pères respectifs, les frères Antoine et Paul Bioy Daguzan, étaient cousins germains d’Adolfo Bioy Domecq ;

Antoine Bioy Daguzan est né le 9 juin 1872 à Oloron ; Paul Bioy Daguzan, le 25 avril 1878 à Oloron ; et Adolfo Bioy Domecq, le 27 juillet 1882 à Pardo, province de Buenos Aires ;

Antoine et Paul étaient fils de Marcelin Bioy Cazamayou, né à Oloron le 14 avril 1840 ; et Adolfo, fils de Jean-Baptiste Bioy Cazamayou, né à Oloron, le 6 août 1838 ;

le père des frères Jean-Baptiste et Marcelin Bioy Cazamayou, Antoine Bioy Croharé (l’ancêtre commun aux Bioy d’Argentine et de France !), était né, lui, à Oloron le 7 décembre 1809 _

que j’ignorais,

filmée en son domicile, Calle Posadas à Buenos Aires, en 1998

_ l’année qui précéda sa mort le 8 mars 1999 _,

dans sa _ fameuse _ bibliothèque.

La vidéo de l’interview _ on ne sait hélas pas qui est l’interviewer _ de Bazar TV

comporte trois volets,

respectivement de 6’28 _ « sobre la pasión, la muerte, sus novelas y el cine«  _,

7’49 _ « sobre Borges, Silvina Ocampo y sus amores de juventud«  _,

et 5’25 _ « sobre Jorge Luis Borges« 

Même affaibli par la maladie

qui n’allait pas tarder à l’abattre,

Bioy

est toujours élégant, humble, avec beaucoup d’humour,

et lucidissime.

Et avec le bleu transparent de son regard 

malicieux

et stoïque.

Ce vendredi 6 décembre 2019, Titus Curiosus – Francis Lippa

Un entretien de Silvia Baron Supervielle avec Adolfo Bioy Casares, à Paris, en 1991 ou 1992…

04déc

PROMENADE AVEC ADOLFO BIOY CASARES
 
L’auteur de L’Invention de Morel, l’arbitre du réel et de l’imaginaire, est de passage à Paris. Je vais le prendre à l’hôtel pour faire une promenade dans la ville qui lui est chère. Ses yeux transparents parcourent les façades, se fixent dans sa pensée à mesure que nos pas s’arrêtent, reprennent lentement au rythme du dialogue :
 
S.B.S. : _ Les deux derniers livres de vous qui ont été publiés en France, Une Poupée russe et Un Photographe à La Plata, bien qu’ils soient l’un un roman et l’autre un livre de nouvelles, ont l’air d’appartenir au même genre, n’est-ce pas ?
 
A.B. C. : _ C’est vrai. Mes romans sont plutôt de longues nouvelles. Pourtant, lorsque j’écris une nouvelle, mon texte se resserre au lieu de se ramifier. Le roman m’intimide, et parfois me décourage. Dans les nouvelles, je me sens chez moi. Le thème de Un Photographe à La Plata m’a suivi longtemps. Les lecteurs argentins ont été désarçonnés. Ils espéraient une fin heureuse. Par contre, en Espagne le livre a connu un grand succès. Des livres bien accueillis à Buenos Aires ne le sont pas en France ou en Allemagne. Il est curieux de constater qu’en franchissant la ligne imaginaire de la frontière, la langue et les esprits se transforment. Chaque peuple est différent.
 
S.B.S. : _ Chacune de vos nouvelles est différente aussi. A l’exception du protagoniste…
 
A.B.C. : _ Qui ne change pas, oui. Je me suis attaché à lui. C’est un esprit limité. Cela me plaît. J’aime ses manques, ses perplexités, ses craintes, ses indolences, ses échecs. Il s’accorde peut-être à mes histoires. Certains écrivains, comme Dickens, sont capables d’inventer des personnages à l’infini. Moi, j’invente les rôles secondaires, mais le héros reste toujours confortablement le même.
 
S.B.S. : _ Le héros reste toujours un homme.
 
A.B.C. : _ Je n’avais pas remarqué. Peut-être je ne suis pas digne d’écrire un livre où la femme est au centre. Il est plus aisé d’écrire péjorativement. De donner à l’histoire une fin triste et non heureuse. Mon héros se suicide souvent. Ma pensée est pessimiste et mon humeur optimiste. La vie est un passe-temps frivole avec une fin tragique. Dieu sait si j’aime les femmes. Ma vie n’aurait pas de sens sans les femmes. Ma littérature, il est vrai, ne leur rend pas justice.
 
S.B.S : _ Quelque chose les empêche d’avancer sur la scène…
 
A.B.C : _ Les situations sont provoquées par elles. Toujours l’amour pour une femme. L’intensité n’est pas facile. L’amour intense. Le personnage intense. En parlant des sœurs Brontë, de Charlotte je crois, George Moore disait qu’elles étaient intenses ; et il ajoute que l’intensité n’est pas une vertu importante dans la littérature, bien qu’elle soit rare. La littérature intense n’est pas prolixe.
 
S.B.S. : _ Par l’intrigue et par la construction, vos livres font penser à des romans policiers du cinéma en noir et blanc, où le banal est au service du fantastique.
 
A.B.C. : _ Je suis toujours un lecteur de romans policiers. Ils m’ont appris à construire mes livres. En plus, ils font partie de la poétique d’Horace. Le cinéma est une de mes passions. Stevenson disait que les récits doivent être doués d’images, de scènes vivantes, comme au théâtre. J’ai suivi son conseil. Si ce n’est que pour moi, les scènes se déroulent sur l’écran. Mes souvenirs ressemblent à des films. J’aimerais que la fin du monde me surprenne dans une salle de cinéma. Rien que d’y pénétrer, je ressens du bonheur. Mais je ne vais presque plus au cinéma. J’ai observé que mes contemporains ont pris l’habitude de mourir. Avant de les suivre, je voudrais écrire les trois romans et les quatorze nouvelles  que j’ai dans la tête.
 
S.B.S. : _ Avec des dialogues au premier plan ?
 
A.B.C. : _ Je ne sais pas, je ne sais pas… Avant, je n’écrivais pas avec autant de dialogues. Depuis, j’ai appris à m’en servir. Il me semble qu’ils relâchent la tension. La manière orale produit une détente qui, sans détourner l’attention du lecteur, rend la lecture plus agréable.
 
S.B.S. : _ Aimez-vous la littérature américaine autant que l’anglaise ?
 
A.B.C. : _ Non, je la connais mal. De Hemingway, Les Vertes collines d’Afrique. De Faulkner, les romans policiers. Des anglais, je relis Bothwell, Hume, George Moore, Conrad, et j’ai beaucoup lu Wells. Je me sens proche de la littérature italienne, mais les auteurs que je relis sont Stendhal, Voltaire, Benjamin Constant.
 
S.B.S. : _ Quels furent vos rapports avec Roger Caillois lorqu’il se trouvait en Argentine ?
 
A.B.C. : _ Je regrette : une antipathie partagée.
 
S.B.S. : _ Vous avez écrit des textes avec Borges, et vos œuvres ont des similitudes. Comment cet univers est-il né entre vous ? 
 
A.B.C. : _ Je suis un ami de Borges depuis 1932. Je n’exagère pas en disant qu’on se voyait quotidiennement. On ne se séparait de lui, Silvina et moi, que durant la période d’été. Parfois il venait aussi nous rejoindre à Mar del Plata. A Buenos Aires, il dînait à la maison pratiquement tous les soirs. Après le repas, on se racontait mutuellement des histoires. Sauf que je ne lui lisais pas ce que j’écrivais, et qu’il ne me lisait pas ses textes. Nous avions l’habitude de nous communiquer l’un à l’autre des anecdotes, des récits, les poèmes qui nous venaient à l’esprit, des sujets inventés par nous ou que nous avions lus, ainsi que les arguments des films qu’on voyait. Borges aimait aussi le cinéma. La vie et la conversation créèrent ce climat. La vie était trop courte pour parler de littérature comme nous le voulions, Silvina, Borges et moi. En plus, nous partagions des préférences. Dans ma jeunesse, j’étais partisan du tigre et ennemi du lion. J’étais pour la carré et contre le cercle. Nous avions toutes ces choses en commun avec Borges. C’était comme un jeu. Nous étions tous deux partisans des chiffres impairs et ennemis des chiffres pairs. On a partagé ces bêtises…
 
S.B.S. : _ Qui se sont échangées dans vos pages secrètes…
 
A.B.C. : _ A cause de cinquante ans d’amitié et de lectures ensemble.
 
S.B.S. : _ De lectures à haute voix ?
 
A.B.C. : _ On se lisait la première phrase, ou des chapitres, ou la première et la dernière page d’une suite de romans illustres. Nous lisions Voltaire à Borges. Nous commentions les lectures. La plupart du temps, nous écrivions en ajoutant de jour en jour des plaisanteries qui poussaient comme des plantes grimpantes.
 
S.B.S. : _ On dirait que vous avez fait, à l’écart de la vôtre, comme une œuvre conjointe.
 
A.B.C. : _ Peut-être. Les frères Goncourt aussi. Entre Borges et moi, il y eut une espèce de fraternité qui dura jusqu’à sa mort.
 
S.B.S. : _ Silvina Ocampo et Macedonio Fernández font égalementent partie de cette création collective ?
 
A.B.C. : _ Silvina est incorrigiblement originale, et son style est inimitable. Macedonio Fernández a été presque inventé par Borges… 
 
S.B.S. : _ Il se serait inspiré de son invention ?
 
A.B.C. : _ …comme un personnage de Buenos Aires. Mais son style est illisible. Je ne voudrais pas écrire comme lui.
 
S.B.S. : _ Etes-vous un écrivain argentin ? Vos personnages le sont à l’évidence, et quand vous les placez à Aix-les-Bains, comme dans Une Poupée russe, ils le sont étrangement davantage.
 
A.B.C. : _ Je suis un lecteur de toute la littérature, mais je crois que je suis un écrivain argentin. Ma prose est argentine. J’ai vécu à Buenos Aires toute ma vie ; et cette ville, ainsi que la province de Buenos Aires, m’a formé.
 
S.B.S. : _ Pourtant votre grand-père était né près de Pau…
 
A.B.C. : _ C’est pourquoi j’aime tant les villes, les villages de ce pays, la campagne, le pain français, l’eau minérale, la cuisine françaises ; et me promener, m’entretenir avec les gens, les commerçants du quartier. J’ai beaucoup d’amis en France, qui ne sont pas nécessairement des écrivains. Un de mes meilleurs amis fut Casau, le propriétaire du restaurant Chez Pierre, à Pau.
 
Silvia Baron Supervielle
Tel est le texte que Silvia avait promis de m’envoyer dès qu’elle le retrouverait dans ses archives
_ il n’avait pas été publié.
Cet entretien-promenade à Paris, entre Bioy _ alors de passage à Paris _ et Silvia Baron Supervielle _ qui réside à Paris _,
qui a possiblement eu lieu en 1991 ou 1992
_ voire 1993, 1994 ou 1995 ; Silvia n’a pas noté sa date en son texte ; et n’a pas non plus un souvenir immédiat de cette date.
Mais le texte mentionne un premier repère chronologique intéressant avec l’expression : « les deux derniers livres de vous qui ont été publiés en France, Une Poupée russe et Un Photographe à La Plata« … Or le livre suivant de Bioy à paraître en traduction française, après Une Poupée russe, paru le 1er janvier 1991, et Un Photographe à La Plata, paru le 1er juin 1991, est Un Champion fragile, paru en français le 24 août 1995. Nous disposons ainsi des deux bornes temporelles a quo et ad quem de cet entretien parisien entre Bioy et Silvia : il a eu lieu entre juin 1991 et août 1995…
Mais un second élément, et décisif, lui, pour mieux cerner (et réduire) le créneau de datation possible de cet entretien-promenade dans Paris entre Bioy et Silvia Baron Supervielle, est l’absence de la moindre référence aux deux terribles décès pour Bioy de son épouse et de sa fille : Silvina Ocampo est décédée le 14 décembre 1993, et Marta Bioy, le 4 janvier 1994 ; et il est humainement impossible que cette tristissime situation n’ait pas été si peu que ce soit mentionnée dans cet entretien entre les deux amis que sont Bioy et Silvia : c’est donc au plus tard dans le courant de l’année 1993 que cette rencontre parisienne ainsi narrée par Silvia, a pu avoir lieu ; et vraisemblablement en 1991 ou 1992… _,
doit faire partie de l’hommage à Bioy que Les Amis de Bioy Casares, dont je suis le président, comptent publier en hommage à cet immense écrivain argentin d’origine béarnaise _ d’Oloron-Sainte-Marie, où naquit son arrière grand-père Jean-Baptiste Bioy, le 6 août 1838 ; avant de gagner l’Argentine (Buenos Aires et Pardo) vers 1855…
Ce mercredi 4 décembre 2019, Titus Curiosus – Francis Lippa

Un travail bioyesque de René de Ceccatty pour le Cinelandia d’Alfredo Arias _ et un entretien proprement extraordinaire

11oct

Hier jeudi 10 octobre,

à 18 heures à l’Auditorium de la Bibliothèque de Bordeaux-Mériadeck,

et dans le cadre de l’hommage à Adolfo Bioy (1914 – 1999)

_ pour le vingtième anniversaire de son décès à Buenos Aires en 1999 _

organisé par l’Association Les Amis de Bioy Casares,

une merveilleuse contribution de René de Ceccatty,

à partir de la métamorphose qu’il fit, en 2002, en son Fiction douce

_ le quatrième volume du récit de ses amours compliquées avec Hervé : 

Aimer (Gallimard, paru le 27 août 1996), Consolation provisoire (Gallimard, paru le 5 mars 1998), L’Èloignement (Gallimard, paru le 12 janvier 2000), Fiction douce (Le Seuil, paru le 22 février 2002) et Une Fin (Le Seuil, paru le 27 août 2004) ;

et l’ensemble de ces 5 récits (d’entre 1996 et 2004) mérite assurément une édition qui les réunisse ! _

de la personne d’Adolfo Bioy

en personnage de son récit.

Tout dernièrement, René de Ceccatty s’est souvenu

qu’un autre rapport, cette fois à l’œuvre de Bioy, avait marqué son propre travail d’écriture,

et en collaboration avec Alfredo Arias :

pour Cinelandia, un spectacle musical créé en 2012 et redonné en 2014, 2016…

Et il m’a adressé ce texte

pour m’aider aussi _ et encore _ à la préparation de notre entretien de 18 heures hier jeudi 10 octobre.

Voici donc ce que René de Ceccatty et Alfredo Arias ont tiré,

pour leur Cinelandia,

du film de Leopoldo Torres Rios et son fils Leopoldo Torres Nilsson El Crimen de Oribe,

et, encore en amont _ et à la source _,

de la nouvelle de Bioy El Perjurio de la Nieve

(un conte paru notamment dans La Trame céleste) :

El Crimen de Oribe

Alfredo : Loin de toute ironie se situe le monde poétique et fantastique d’El Perjurio de la Nieve, Le parjure de la neige, est une nouvelle de l’auteur Argentin Adolfo Bioy Casares. Elle raconte l’histoire d’un père qui réussit à ensorceler le temps pour empêcher la mort de sa fille. Ce récit a été porté à l’écran en 1950 par Leopoldo Torres Rios et par son fils, Leopoldo Torres Nilsson sous le titre : El crímen de Oribe, Le crime d’Oribe.  C’était une époque où les écrivains argentins souffraient d’une curiosité maladive : ils fourraient leur nez partout. Borges et Bioy Casares adoraient se promener dans cette ville de Buenos Aires qui, avec ses rues et ses personnages, se présentait comme une sorte de grande bibliothèque. 

Carlos Thompson entre en scène, vêtu d’un costume sombre, ayant l’allure d’un dandy désabusé.

Carlos: Ou de fête foraine avec ses crimes et ses jeux de miroirs où il m’est arrivé de perdre mon âme….

CARLOS CHANTE. ALMA MÍA.

Le son d’un piano évocateur reproduit cette lancinante mélodie qui fut interprétée magistralement par l’inoubliable chanteur cubain Bola de Nieve. Carlos entraîné par la mélancolie de la chanson  dessine avec ses pas le chemin d’un inextricable labyrinthe.

Alma mía, sola, siempre sola,

sin que nadie comprenda, 

tu sufrimiento, tu horrible padecer.

Fingiendo una existencia

siempre llena de dicha y de placer,

de dicha y de placer.

Si yo encontrara un alma

como la mía,

cuántas cosas secretas

le contaría.

Un alma que al mirarme,

sin decir nada,

me lo dijese todo

con su mirada.

Alfredo : Vous, Carlos Thompson, né Juan Carlos Mundin Schafter, comédien argentin, né en Suisse alémanique… Impeccable!

Carlos : Gracias. J’ai fait mes débuts d’acteur dans ce film somnambulique…

Alfredo: Vous êtes face à moi pour parler d’un film qui m’a beaucoup marqué. Et qui prolonge jusqu’à aujourd’hui sa fascination. Assez pour que je ne vous oublie pas.

Carlos: Oui, j’étais une star du cinéma international. Star involontaire, on peut dire. Et sans doute que Le Crime d’Oribe, ce conte énigmatique, a révélé ma vraie nature. Ecrivain.

Alfredo : Le Crime d’Oribe. Curieux titre, à  double sens : d’un côté, on croit qu’on a tué Oribe et de l’autre qu’Oribe a tué quelqu’un !

Carlos: Comme mon personnage dans le film, instigateur d’un crime et victime d’un meurtre. (Ironique) Un homme plutôt très malheureux, n’est-ce pas?

CARLOS CHANTE: NO PUEDO SER FELIZ. 

Pendant que Carlos murmure les paroles de cette chanson désespérée, on voit entrer, comme un fantôme, Lucía. Elle se cache derrière ses lunettes noires et elle est enveloppée  d’une tunique de recluse sophistiquée.  

Lucía entre.

No puedo ser feliz,

no te puedo olvidar,

siento que te perdí

y eso me hace pensar.

     

He renunciado a ti

ardiente de pasión,

no se puede tener

conciencia y corazón.

Hoy que ya nos separan

la ley y la razón,

si las almas hablaran

en su conversación

las nuestras se dirían

cosas de enamorados,

no puedo ser feliz,

no te puedo olvidar.

Lucía : Je m’appelle Lucía. Je suis la victime  d’Oribe… et vous (à Carlos),  vous êtes Oribe…

Carlos (qui devient désormais Oribe): Oui j’incarne Oribe et à la fin du film, à cause de vous,  Lucía, je suis assassiné !

Lucía : Nous sommes les deux morts d’une même histoire. Ça a l’air de vous faire plaisir…

Carlos-Oribe: Un meurtre donne toujours une touche de perfection à une histoire. C’est propre, c’est net, c’est définitif.

Lucía: C’est la fatalité.

Carlos-Oribe: Dans le film, tout commence par une énigme. J’étais fasciné par une histoire. On m’avait parlé de votre estancia… l’estancia des Vermehren, à General Paz, au sud de Buenos Aires. J’étais un poète avide de mystère, alors j’ai fait le voyage pour savoir si je pouvais…

Lucía : Aucun étranger n’avait accès à notre propriété. N’est ce pas, Adelaida ?

Adelaida, la sœur aînée, entre. Elle aussi a l’apparence immatérielle d’un esprit, sorti d’un magazine de mode des années 50.

Adelaida: Nous formions une famille modèle d’émigrés danois. Les Vermehren.

Lucía: Nous étions quatre filles.

Adelaida: Lucía, moi, Adelaida, et deux autres petites sœurs.

Lucía: Ruth et Margarita… Nous vivions seules avec notre père… 

Adelaida : Maman est morte pendant notre voyage entre Copenhague et Buenos Aires.

Lucía: Notre père avait fait fortune, mais au bout de quelques années…

Adelaida : … il y a de ça maintenant…

Lucía :… non, tu sais bien, pas de date !

Adelaida :… Oui, pas de date … Les heures ne tournent plus.

Lucía :…. Nous sommes dans un jour qui se répète…

Adelaida :… sans aucun changement….

Lucía :… réfugiés derrière la grille cadenassée, derrière les volets clos, les rideaux tirés… 

Adelaida: …  et tout ça parce que tu es tombée gravement malade…

Lucía (souriant) : … le diagnostic du médecin a été lapidaire…

Adelaida : Tu n’avais plus que quelques mois à vivre, ma pauvre petite chérie.

Lucía : C’est alors que notre père a décidé de nous couper du monde, d’arrêter le temps,.

Adelaida: Et que plus personne n’aurait le droit d’y entrer… 

Lucía: Les voisins étaient intrigués: « Comment font-ils pour se nourrir? »

Adelaida: Les commis qui apportaient les aliments s’arrêtaient au portail…

Lucía: À l’intérieur, la vie était rythmée par nos soupirs,  par nos propres pas.

DUO DE LUCÍA ET ADELAIDA: EL MUNDO QUE YO NO VIVA. 

Les sœurs Vermehren chantent de leurs voix ensorcelantes une nostalgique ballade tandis que leurs corps reproduisent des gestes quotidiens, à la façon d’automates.

El mundo que yo no viva,

lo pensé como cosa extraña,

con marca de maravilla,

¡ay!, de mi vida.

Allí sonará la lluvia,

junto al fuego en las noches frías,

vendrá agosto en el río Arga

y tú, la gentil sonrisa.

Brillará en el papel que siembro,

la negra flor de la tinta,

¡ay!, de mi vida.

Carlos-Oribe : Un jour, un journaliste en route pour la Patagonie descend dans l’Hôtel America où je logeais. Je lui ai parlé de cette énigme de votre estancia interdite… de cette étrange famille danoise perdue à General Paz… Où le temps semblait s’être endormi.

Lucía : Et il y avait au milieu de la pièce, tu te souviens…

Adelaida: Un arbre de Noël. …

Lucía : Car Noël était éternel.

Adelaida: Chaque soir,  nous fêtions Noël….. comme en 1930.

Lucía  (protestant) : Ah, ces dates, ces dates !

Adelaida: Le même soir de Noël comme il y a vingt ans.

Lucía (inquiète): Nous sommes en 1950 ?

Adelaida : Oui, nous sommes en 1950.

Carlos-Oribe: J’ai voulu en avoir le cœur net. Comprendre pourquoi vous viviez comme autrefois dans un passé répété minutieusement. Oui, par un soir de neige, nous nous sommes approchés, le journaliste et moi, de l’estancia où nous avions tant envie de rentrer. Et finalement on a pu pénétrer le mystère….  De retour à l’hôtel, nous avions tellement bu … Or, le matin venu, nous avons appris que…

Lucía:… Je meurs…

Adelaida :… Mais pourquoi, Lucía ? Pourquoi maintenant ?

Lucía :… ma maladie…

Adelaida :… je te croyais guérie.

Lucía :… non, non, le sortilège a été rompu… Les heures ont repris leur rythme.

Adelaida :…. Mais qui a remonté la pendule?

Lucía :… Nous ne sommes plus seuls, Adelaida ! Nous ne sommes plus hors du temps ! 

Adelaida: Pour que tu restes en vie, il fallait que personne ne brise le cercle du temps suspendu.

Lucía: J’ai aperçu un visage étranger, j’ai croisé un regard. L’intrus m’avait découverte en train de chanter.

 Adelaida: Quelqu’un nous a surprises ! Nous a arrachées à notre rêve. Et t’a ôté la vie, mon pauvre ange!

 (Lucía  meurt dans les bras d’Adelaida)

CARLOS ORIBE. AY AMOR!

La poésie de la chanson interprétée par Carlos-Oribe accompagne la mort de Lucía qui glisse entre les bras de sa sœur comme la pluie entre les doigts de la main.

Ay amor, si me dejas la vida

Déjame también el alma sentir,

Si sólo queda en mí dolor y vida,

Ay amor, no me dejes vivir.

Carlos-Oribe : En réalité, moi, je suis resté à la grille de l’estancia. Mais comme le journaliste, au retour de son expédition, m’avait tout raconté en détails, il ne m’a pas été difficile de repérer l’endroit précis où se trouvait votre alcove. 

Lucía : Et ça vous a coûté cher!

Carlos-Oribe: Deux mois plus tard, on retrouvait mon cadavre dans une rue d’Antofagasta.

Lucía: Mon père vous a poursuivi jusqu’au Chili et tué d’une balle.

 Carlos-Oribe : Selon votre père, j’avais été le témoin qui avait suspendu la répétition incessante de ce Noël 1930!

Lucía: Et mon père a vengé sa fille, croyant qu’Oribe était le responsable de ma mort.

Oribe: Mais il s’est trompé de victime.

Lucía: Oui, je le sais, c’était l’autre, l’intrus, votre complice! Et non pas vous ! C’était lui qui s’était faufilé dans notre intimité. 

Adelaida (apparaissant) : Viens petite sœur, viens te reposer (Lucía sort). La maison est bien mélancolique depuis ton départ, les herbes folles ont presque enseveli notre demeure jadis enchantée. Les minutes avancent inexorablement. Et nous vieillissons derrière une dentelle de feuilles mortes.

ORIBE CHANTE: NO PUEDO SER FELIZ . 

Cette fois Carlos-Oribe, transporté par cette chanson, suit la fantomatique Lucía qui l’entraîne en parcourant les sinuosités d’un sentier sans issue.

Hoy que ya nos separan

la ley y la razón,

si las almas hablaran,

en su conversación

las nuestras se dirían

cosas de enamorados,

no puedo ser feliz,

no te puedo olvidar.

Alfredo: Bioy Casares disait qu’Oribe était un poète immoral, parce qu’il avait incité le journaliste à briser cette nuit de Noël  et à sacrifier ainsi la vie de Lucía. Et tout ça, pour écrire un poème romantique sur sa mort !… Un poème sur la mort, ça vaut une vie ? 

Carlos: Oui, on peut mourir pour un poème sur la mort.

Alfredo : Prendre la place d’un autre, rien de plus dangereux... On ne sort jamais vivant de la galerie des miroirs!

Carlos: Qui a dit ça?

Alfredo: Orson Welles… je crois. Fin.

 

Le commentaire que fit hier René de cet épisode bioyesque

de sa collaboration avec Alfredo Arias

a été proprement merveilleux

à propos des fantômes, du temps et de l’éternité, de l’amour, de la mort, et des chagrins,

ainsi que du comique _ d’ironie, toujours très discrète, mais bien réelle et perceptible _,

dans l’œuvre d’Adolfo Bioy Casares ;

et tout cela en une suprême élégance et le plus parfait respect du lecteur

_ avec une profonde et vraie humilité.

Tout cela manifeste excellemment les diverses connexions qui existent

entre René de Ceccaty

_ tourné d’abord vers l’Italie et le Japon (et aussi la Tunisie) de son histoire personnelle _

et,

parmi divers Argentins qui l’ont marqué,

notre Adolfo Bioy

_ notre cousin un peu célèbre au sein du panthéon littéraire mondial.


Je tiens aussi à souligner ici le chapitre intitulé Complicité,

aux pages 377 à 383 du très remarquable Mes Argentins de Paris

(paru aux Éditions Séguier le 20 mars 2014),

qui narre le détail _ passionnant ! _ de cette inspiration bioyesque

d’Alfredo Arias et René de Ceccatty.


Détail que René a admirablement développé hier soir

dans une intervention _ oserai-je dire sublime ? _ qui a touché au cœur

l’assistance entière de l’Auditorium de la Bibliothèque de Bordeaux.


Ce vendredi 11 octobre 2019, Titus Curiosus – Francis Lippa

La présente modernité-lucidité de Bioy selon Edgardo Scott

09oct

Hier,

en avant-propos à la table ronde

que j’allais modérer à l’Institut Cervantes de Bordeaux, à 18 heures,

dans le cadre de la semaine d’hommages

que l’Association des Amis de Bioy Casares _ dont je suis le président _, a l’honneur de réaliser à Bordeaux,

à l’occasion du vingtième anniversaire de la mort du grand écrivain qu’a été Adolfo Bioy Casares (Buenos-Aires, 15 septembre 1914 – Buenos-Aires, 8 mars 1999),

l’écrivain argentin Edgardo Scott (Lanus, 1978)

_ qui allait participer à cette table-ronde de « Regards croisés sur Bioy« , avec Silvia Renée Arias et Stella-Maris Acuna ;

et qui a été l’organisateur de l’hommage, à la Bibliothèque Nationale argentine, à Buenos-Aires, en 2014, à l’occasion du centième anniversaire de la naissance de Bioy _

m’a adressé le canevas _ très remarquable, et passionnant ! _ suivant

de son intervention,

afin de m’aider à organiser ma modération à venir de cette table-ronde _ enthousiasmante _ :

Bioy-Bordeaux
Je serai bref. C’est quelque chose, la brièveté, que Bioy a apprécié et qu’il apprécierait sûrement ici. Citant l’écrivain polonais Witold Gombrowicz, lorsqu’il a donné une conférence en espagnol à Buenos Aires, je dirai: « mon français est un enfant balbutiant de trois ans à peine. »
Vingt ans se sont écoulés depuis la mort de Bioy, qui avait la précision et la prudence de mourir avec le vingtième siècle. Et pourtant, nous sommes ici en France, au pays de ses aînés, vingt ans plus tard, pour parler de lui et de ses livres. Le contexte idéal pour un conte fantastique.
Comme vingt ans se sont écoulés depuis sa mort et que j’ai dit que cela allait être bref, je vais réduire à dix le nombre de points sur lesquels je concentre mon regard, ce regard, partiel, sur Bioy.

1. La première chose est que bien que, comme je l’ai dit, Bioy soit mort avec le XX siècle, en 1999, il est l’auteur du meilleur livre publié par la littérature argentine au cours de ce siècle, au cours de ces deux premières décennies. C’est le livre qui regroupe ses quatre décennies de conversations avec Borges, tel que nous le connaissons, le Borges de Bioy. Ce livre a été publié à titre posthume en 2006, il compte 1664 pages et est, comme je l’ai dit, le meilleur livre qui ait donné à la littérature argentine au cours de ce siècle. Bioy devient donc un auteur non seulement contemporain, mais actuel. Et ce n’est vraiment pas un livre sur Borges. C’est un livre sur la littérature et l’amitié. Ou sur l’amitié et la littérature.
2. Que signifie écrire à l’ombre de Borges? Ou plutôt, que signifie écrire dans l’ombre d’un autre? Il est toujours considéré comme une honte, un avatar malheureux et pitoyable. Dommage, dirions-nous, déplorant le destin de Bioy d’avoir écrit et publié à l’ombre de Borges. Le premier qui a toujours écarté cette interprétation était Bioy lui-même, qui ne le regrettait jamais, bien au contraire. Et en vérité, nous oublions qu’écrire à l’ombre, c’est écrire dans la pénombre, peut-être dans l’obscurité, écrire derrière certaines lumières qui peuvent aveugler ou confondre le regard. Eloge de l’ombre, a écrit Tanizaki. Ils disent que Macedonio Fernández a écrit à la main dans un placard, et avec une bougie. Écrire à l’ombre, c’est écrire presque en cachette, en résistance. Bioy est consciente de cette situation et en a tiré pleinement parti.
3. Comme je l’ai dit, vous devez penser et juger Bioy en tant qu’auteur actuel. Et en tant que tel, il est un auteur diversifié, complexe et sophistiqué. Ce n’est pas l’auteur de la marque déposée. Que serait un auteur de marque déposée? L’auteur de la marque déposée serait l’auteur qui est toujours le même. Cela se répète dans tout son travail, parfois toute sa vie, avec la même voix, généralement avec les mêmes obsessions sacrées, et qui construit, comme on dit, un monde reconnaissable. Bioy n’est pas cet auteur. Je le répète, Bioy n’est pas cet auteur. Et c’est là une autre des conditions qui font de lui un auteur de ce siècle également.

4. Parce que, après tout, que serait un auteur de ce siècle? En principe, ne soyez pas un auteur du siècle dernier. Ne pas être un auteur du vingtième siècle. Ou seulement du vingtième siècle. Et cela n’a rien à voir avec Internet ou avec une utilisation particulière des nouvelles technologies, ni avec la promotion sur Instagram ou l’un des réseaux sociaux.

5. Être un auteur du XXIe siècle et ne pas être un auteur du XXe siècle est, peut-être avant tout, et à la lumière du nouveau siècle, aller au-delà de l’idéologie. Pas la politique mais l’idéologie, la couche la plus superficielle de la politique, la surface la plus trompeuse de la politique. Bioy a écrit « Personne n’aime les gens autant que leurs haines« . L’idéologie est une variation de la haine ou, citant un illustre Français du XXe siècle, une passion inutile. Ce qui compte, c’est le style de l’auteur, c’est-à-dire la position. La position d’un auteur. S’il existe un trait qui définit le travail de Bioy, c’est bien l’intelligence. La lucidité Une lucidité extrême.

6. Hier soir j’ai vu une interview de Bioy que je n’avais jamais vue. Contrairement à d’autres écrivains, et comme ce qui se passe dans ses livres, il n’est pas seulement fascinant de l’écouter à nouveau, c’est toujours nouveau, c’est toujours une nouveauté. Il y a toujours quelque chose d’autre. Dans cette interview, il a dit à un moment donné: « Nous sommes tous des héros, car nous devons passer par la mort« . Il le dit sans solennité et souriant avec son intelligence courtoise. En tant que messager ou médium qui ne peut éviter ce destin.

7. Cette insistance de la mort dans l’œuvre de Bioy fait que le fantastique possède un drame particulier. Car ce qui est fantastique sera avant tout la possibilité d’éviter la mort. Dans L’Invention de Morel, dans Dormir au soleil, dans Le rêve des héros et dans tant d’histoires, l’apparition du fantastique est l’apparition de la magie ou du plus grand miracle: éviter la mort. Comme son admiré Stendhal, Bioy voyais dans la mort la plus grande cruauté et incompréhension. Mort et chagrin.
 
8. J’ai dit que j´allais être court et que je le serai encore plus. Une fois encore, je sens que Bioy le remercie. Au lieu de dix points, ce sera finalement huit. J’ai aussi parlé de l’ombre de Borges. Àpres avoir  réfléchi, il n’y a pas d’ombre. Il y a des conditions de lecture. Borges est une condition pour lire le travail de Bioy, mais comme Bioy lest pour Borges ou Silvina. Finalement, Bioy ne voulait pas être immortel mais vivre un peu plus longtemps. Cent vingt, cent trente ans semblaient être un meilleur chiffre, plus raisonnable. Mais ce que je lis dans cette occurrence, c’est vivre plus. Vivre plus. C’est ce que la littérature permet. C’est ce que sa littérature permet. 
Mesa miradas cruzadas
Bioy siglo XXI o Bioy está vivo.
Voy a ser breve. Es algo que Bioy valoraba y de seguro agradecería. Además, citando al escritor polaco Witold Gombrowicz, cuando dio una conferencia en Buenos Aires en español, yo diré: mi francés es un niño balbuceante de apenas tres años.  
Han pasado veinte años de la muerte de Bioy, que tuvo la precisión y la precaución de morir junto con el siglo XX. Y sin embargo estamos aquí en Francia, en la tierra de sus mayores, veinte años después, hablando de él y de sus libros. El trasfondo perfecto de un cuento fantástico.
Como son veinte años los de su muerte y dije que iba a ser breve, voy a reducir a diez los puntos en los que concentro mi mirada, esta mirada, parcial, sobre Bioy.
1.Lo primero es que a pesar de que Bioy, como dije, murió con el siglo en 1999, es el autor del mejor libro publicado por la literatura argentina en este siglo, durante estas primeras dos décadas. Es el libro que reune sus cuatro décadas de conversaciones con Borges, como lo conocemos nosotros, el Borges de Bioy. Ese libro fue publicado en forma póstuma en 2006, tiene 1664 páginas, y es, como dije, el mejor libro que ha dado la literatura argentina en este siglo. Por lo tanto, Bioy se transforma en un autor no solo contemporáneo sino actual. Y en verdad no es un libro sobre Borges. Es un libro sobre la literatura y la amistad. O sobre la amistad y la literatura.
2.¿Qué significa escribir a la sombra de Borges? O mejor dicho, ¿qué significa escribir a la sombra de otro? Se lo piensa siempre como una desgracia, como un avatar lamentable, penoso. Una lástima, diríamos nosotros, lamentándonos de la suerte de Bioy, por haber escrito y publicado a la sombra de Borges. El primero que siempre ha desestimado esta interpretación fue el propio Bioy, que nunca lamentó eso, por el contrario. Y en verdage, olvidamos que escribir a la sombra es escribir entonces en la penumbra, acaso en la oscuridad, escribir a resguardo de ciertas luces que pueden cegar o confundir la mirada. Elogio de la sombra, ha escrito Tanizaki. Dicen que Macedonio Fernández escribía adentro de un placard a mano, por supuesto, y con una vela. Escribir a la sombra es entonces escribir casi en la clandestinidad, en la resistencia. Bioy ha sido consciente de esa condición y la ha aprovechado al máximo.
3.Como dije, hay que pensar y juzgar a Bioy como un autor actual. Y como tal es un autor diverso, complejo, sofisticado. No es el autor-marca registrada. ¿Qué sería un autor-marca registrada? El autor-marca registrada sería el autor que es siempre igual. Que se repite a lo largo de toda su obra, a veces toda su vida, con una misma voz, por lo general con las mismas y sagradas obsesiones, y que arma, como suele decirse también, un mundo reconocible. Bioy no es ese autor. Lo digo de nuevo, Bioy no es ese autor. Y esa es otra de las condiciones que lo vuelven un autor también de este siglo.
4.Porque a fin de cuentas, ¿qué sería ser un autor de este siglo? En principio, no ser un autor del siglo pasado. No ser un autor del siglo XX. O sólo del siglo XX. Y eso no tiene que ver con Internet ni con un uso particular de las nuevas tecnologías, ni con promocionarse en Instagram o en cualquiera de las redes sociales.
5.Ser un autor del siglo XXI y no ser un autor del siglo XX es, tal vez ante todo, y a la luz del nuevo siglo, superar la ideología. No la política sino la ideología, la capa más superficial de la política, la superficie más engañosa de la política. Bioy escribió « A nadie quiere tanto la gente como a sus odios ». La ideología es una variación del odio o, citando a un francés ilustre del siglo XX, una pasión inútil. Lo que importa es el estilo de un autor, esto es, la posición. La posición de un autor. Si hay un rasgo que define a la obra de Bioy es, sin dudas, la inteligencia. La lucidez. Una lucidez extrema.
6.Anoche vi una entrevista de Bioy que no había visto. A diferencia de otros escritores, y al igual que lo que sucede con sus libros, no solo siempre es fascinante volver a escucharlo, siempre es novedoso, siempre es nuevo. Siempre hay algo más u otra cosa. En esa entrevista dice en un momento, « todos somos héroes, porque tenemos que pasar por la muerte ». Lo dice sin solemnidad y sonriendo con su bondadosa inteligencia. Como un mensajero o un medium que no puede eludir esa suerte.
7.Esa insistencia de la muerte en la obra de Bioy hace que lo fantástico posea un particular dramatismo. Porque lo fantástico será, sobre todo, la posibilidad de evitar la muerte. En La invención de Morel, en Dormir al sol, en El sueño de los héroes, y en tantos cuentos, la aparición de lo fantástico es la aparición de la magia o el milagro mayor: la evitación de la muerte. Como a su admirado Stendhal, Bioy veía en la muerte la mayor crueldad e incomprensión. La muerte y el desamor.
Un texte passionnant
et profond ;
une excellente base pour nos échanges à l’Institut Cervantes hier soir.
Ce mercredi 9 octobre 2019, Titus Curiosus – Francis Lippa
Post-scriptum :
Le Borges de Bioy _ soient les pages présentant le nom de Borges extraites (par Daniel Martino) du Journal complet de Bioy _ n’a pas été traduit en français.
Honte à l’édition française !

Borges citant Bioy dans ses conférences retrouvées de 1965 sur le Tango

06jan

La quatrième de couverture du Tango _ quatre conférences

de Jorge Luis Borges, enregistrées en octobre 1965,

et ici traduite par Silvia Baron Supervielle

cite à diverses reprises le nom de Bioy,

tant le fils Adolfo Bioy Casares _ trois fois _,

que le père, Adolfo Bioy Domecq _ trois fois aussi _,

et une fois Sivina Ocampo, 

sur lesquels je travaille.

Voici la quatrième de couverture de ce très intéressant opuscule de 121 pages :

« Au mois d’octobre 1965, Jorge Luis Borges donne quatre conférences sur l’histoire du tango devant un groupe d’admirateurs et d’amis réunis à Buenos Aires. L’un des invités enregistre secrètement les propos de l’écrivain, mais les bandes sonores s’égarent et ne sont retrouvées que quarante ans plus tard. En 2013, María Kodama, la veuve et ayant droit du grand auteur argentin, certifie l’authenticité des enregistrements et en autorise la transcription et la publication. Voilà en quelques lignes l’histoire rocambolesque de ce petit livre délicieux. Bien qu’il ne s’agisse pas d’un texte littéraire conçu comme tel par Borges, la transcription des quatre conférences porte en elle toute la vitalité et la force de la prose borgésienne grâce à la richesse des anecdotes, des contes et des digressions s’immisçant tout au long d’une intervention qui semble soigneusement préparée. Chaque conférence nous offre l’occasion unique de redécouvrir un auteur qui, avec humour et poésie, n’hésite pas à réciter ni à chanter des tangos, tout en déployant son incroyable érudition sur la culture de Buenos Aires et sur la formation de l’Argentine moderne au début du XXe siècle. Comme on pourra le constater, le souvenir, le savoir et l’émotion vive se conjuguent souvent dans ses paroles et font de ce livre un ouvrage exceptionnel qui ravira, sans nul doute, les lecteurs de Borges, mais aussi tous les amateurs de tango et de bonne littérature.« 

Un document historique aussi sur lhistoire du machisme et sa violence

en Argentine…

Ce dimanche 6 janvier 2019, Titus Curiosus – Francis Lippa

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