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En ajout un peu philosophique à mon regard sur les regards d’Emmanuel Mouret, en sa « Mademoiselle de Joncquières », et Diderot, en son « Histoire de Mme de La Pommeraye », extraite de son « Jacques le fataliste et son maître » : sur la capacité de transcender ou pas le poids des normes sociales et du regard d’autrui, ou le qu’en dira-t-on…

24jan

En ajout un peu philosophique à mon regard sur les regards d’Emmanuel Mouret, en sa «  Mademoiselle de Joncquières« , et Diderot, en son « Histoire de Mme de La Pommeraye et du marquis des Arcis« , extraite de son « Jacques le fataliste et son maître« ,

qu’exprimait mon article du lundi 16 janvier dernier «  » _ auquel je tiens beaucoup, et ai enrichi déjà à plusieurs reprises _,

voici, tout spécialement repris ici, cette précision que je viens ce matin du mardi 24 janvier, de lui donner, à propos du sens final même qu’ont donné, et Diderot à l’entreprise de son récit, et Emmanuel Mouret à l’entreprise de son film :

Les réputations des personnes étant assurément puissantes dans le monde – et c’est là aussi un cadre social et moral tout à fait décisif de la situation que nous présente ici en son merveilleux film Emmanuel Mouret :

même éloignés de tout (et de presque tous : sauf, pour ce qui concerne Madame de La Pommeraye, de ce bien précieux personnage inventé ici par Emmanuel Mouret par rapport au récit de Diderot, qu’est cette amie-confidente go-between, qui vient de temps en temps lui rapporter, alors qu’elle-même prend bien soin de se tenir retirée en la thébaïde de sa belle campagne, ce qui se bruisse dans Paris, où l’on voit tout… et rapporte tout !) ;

en conséquence de quoi les regards du « monde » (mondain !) des autres pèsent de leur non négligeable poids sur la conscience et le choix des actes de la plupart des personnes (qui y cèdent ;

y compris donc Madame de La Pommeraye qui fait de ce qu’en dira-t-on l’arme tranchante de sa vengeance) ;

à part quelques très rares un peu plus indifférents (et surtout finalement résistants au poids pressant de ces normes mondaines-là), tels qu’ici, justement, et le marquis des Arcis, et Mademoiselle de Joncquières, qui se laissent, au final du moins (et là est le retournement décisif de l’intrigue !), moins impressionner, pour le choix de leur conduite à tenir, par les normes qui ont principalement cours dans le monde, ainsi qu’Emmanuel Mouret le fait très explicitement déclarer, voilà, au marquis des Arcis à sa récente épouse, pour, en un très rapide mot, lui justifier son pardon (pour s’être laissée instrumentaliser en l’infamie ourdie par Madame de La Pommeraye : « Je me suis laissée conduire par faiblesse, par séduction, par autorité, par menaces, à une action infâme ; mais ne croyez pas, monsieur que je sois méchante : je ne le suis pas« , venait-elle de lui signifier…

Emmanuel Mouret faisant alors explicitement dire au marquis, à 95′ 47 du déroulé du film, ce que ne lui faisait pas prononcer Diderot, mais qu’impliquait cependant, bien sûr, l’acte même, fondamental, du pardon de celui-ci envers son épouse :

« _ Je ne crois pas que vous soyez méchante. Vous vous êtes laissée entraîner par faiblesse et autorité à un acte infâme. N’est-ce pas par la contrainte que vous m’avez menti et avez consent à cette union ?

_ Oui monsieur

_ Eh bien, apprenez que ma raison et mes principes ne sont pas ceux de tous mes contemporains : ils répugnent à une union sans inclination » ;

c’est-à-dire que lui, marquis des Arcis, savait oser ne pas se plier aux normes courantes des autres, et se mettre au-dessus de ces normes communes, en acceptant et assumant pleinement, en conscience lucide et entière liberté, d’avoir fait, en aveugle piégé qu’il était au départ, d’une ancienne catin son épouse :

« Levez-vous, lui dit doucement le marquis ; je vous ai pardonné : au moment même de l’injure j’ai respecté ma femme en vous ; il n’est pas sorti de ma bouche une parole qui l’ait humiliée, ou du moins je m’en repens, et je proteste qu’elle n’en entendra plus aucune qui l’humilie, si elle se souvient qu’on ne peut rendre son époux malheureux sans le devenir. Soyez honnête, soyez heureuse, et faites que je le sois. Levez-vous, je vous en prie, ma femme; levez-vous et embrassez-moi ; madame la marquise, levez-vous, vous n’êtes pas à votre place ; madame des Arcis, levez-vous…« …

Oui, le marquis des Arcis, ainsi que sa désormais épouse, tous deux, savent, à ce sublime héroïque moment-ci, s’extraire non seulement, bien sûr, de toute la gangue de leur passé, mais du bien lourd poids, aussi, des normes dominantes et des regards d’enfermement des autres  même si, un lecteur un peu retord, pourrait ici me rétorquer, me vient-il à l’idée ce matin du 25 janvier, que Diderot, avec au moins son personnage-pivot de fin lettré qu’est le marquis des Arcis, mais peut-être pas avec l’autre de ses personnages-pivots qu’est l’un peu moins cultivée jeune épouse de celui-ci, cède, en ce presque final de son récit de l’ « Histoire de Mme de La Pommeraye et du marquis des Arcis« , à la mode très vive à ce moment-là, du « sublime » de la vague « Sturm und Drang« , qui déferle, après l’Allemagne, aussi en France : un mouvement auquel Diderot (1713 – 1784) et son cher ami le baron Grimm (1723 – 1807) n’ont pas manqué d’être éminemment sensibles… Et c’est même assez probablement là une des raisons du très précoce succès, via traductions et publications en 1785 et 1792, par Schiller (1759 – 1805) et Mylius (1754 – 1827), de ce « Jacques le fataliste et son maître«  de Diderot, précisément d’abord en Allemagne : « Comme le Neveu de Rameau, Jacques le Fataliste fut connu en Allemagne avant de l’être en France. Schiller en avait traduit, en 1785, l’épisode de Mme de la Pommeraye, sous ce titre : Exemple singulier de la vengeance d’une femme _ conte moral _ voilà ! _, pour le journal Thalie. Il en tenait la copie de M. de Dalberg. Il parut, en 1792, une traduction du roman sous ce titre : Jacob und sein Herr (Jacques et son Maître), par Mylius. Le traducteur disait : « Jacques le Fataliste est une des pièces les plus précieuses de la succession littéraire non imprimée de Diderot. Ce petit roman sera difficilement _ tiens, tiens… _ publié dans la langue de l’auteur. Il en existe bien une vingtaine de copies en Allemagne, mais comme en dépôt. Elles doivent être conservées secrètement et n’être jamais mises au jour. Une de ces copies a été communiquée au traducteur, sous la promesse solennelle de ne pas confier le texte français à la presse »… » Et en 1794, « l’institut de France s’organisait. Un de ses premiers soins fut de s’occuper de dresser une sorte de bilan des richesses perdues de la littérature français _ du fait de la Révolution. On s’inquiéta, entre autres choses, d’un chant de Ver-Vert intitulé l’Ouvroir, qu’on crut être entre les mains du prince Henri de Prusse. Ce prince, qui, après avoir montré qu’il était bon capitaine, dut se réfugier dans une demi-obscurité pour ne pas risquer de trop déplaire à Frédéric II, son frère _ voilà  ! _, occupait noblement ses loisirs en cultivant les lettres, les arts et les sciences. Il était un des souscripteurs à la Correspondance de Grimm. Il s’intéressait particulièrement à Diderot _ voilà ; et nous savons qu’on parlait en permanence français à la cour de Berlin du roi Frédéric II. La lectrice de sa femme, Mme de Prémontval, dont il sera question dans le roman, avait pu lui en parler de visu. Ce n’est pas cependant par elle, comme l’a cru l’éditeur Brière, qu’il eut communication de Jacques le Fataliste, puisqu’elle était morte plusieurs années avant que ce livre fût écrit. Il _ le prince Henri de Prusse, donc (1726 – 1802) _ en possédait une copie au même titre que la vingtaine d’autres personnes dont parle Mylius. Seulement, il ne se crut pas obligé à la tenir secrète, et, en réponse à la demande du chant de Ver-Vert _ de Jean-Baptiste Gresset (1709 – 1777) _ qu’il n’avait pas, il offrit Jacques le Fataliste, qu’il avait _ voilà ! Il reçut des remercîments, et on le pria de mettre à exécution cette louable intention. Il répondit par cette nouvelle lettre : « J’ai reçu la lettre que vous m’avez adressée. L’Institut national ne me doit aucune reconnaissance pour le désir sincère que j’ai eu de lui prouver mon estime : l’empressement que j’aurais eu de lui envoyer le manuscrit qu’il désirait, s’il eût été en ma puissance, en est le garant. On ne peut pas rendre plus de justice aux grandes vues qui l’animent pour mieux diriger les connaissances de l’humanité. » Je regrette la perte que fait la littérature de ne pouvoir jouir des œuvres complètes de Gresset, cet auteur ayant une réputation si justement méritée. J’ai fait remettre au citoyen Gaillard, ministre plénipotentiaire de la République française, le manuscrit _ nous y voilà ! _ de Jacques le Fataliste. J’espère que l’Institut national en sera bientôt en possession. Je suis, avec les sentiments qui vous sont dus, votre affectionné, Henri ». Voici donc comment le texte original de Denis Diderot d’après lequel a été enfin diffusé en France ce très précieux « Jacques le fataliste et son maître« … Et fin ici de cette bien trop longue incise, simplement documentaire, rajoutée le 25 janvier.

Ce mouvement d’exhaussement sublime au-dessus des normes communes qui est aussi, au final, ce que Diderot lui-même a voulu lestement et subtilement mettre en valeur en son magnifique récit à rebondissements qu’est ce « Jacques le fataliste et son maître«  _ prudemment non publié par Diderot lui-même de son vivant (Diderot est décédé le 31 juillet 1784) en France, mais laissé au jugement plus distancié de la postérité…

C’est donc cette formidable capacité de gestes impromptus de liberté qu’Emmanuel Mouret vient nous laisser appréhender sur l’écran via la très vive mobilité en alerte et à certains moments décisifs jouissivement surprenante pour notre curiosité, des personnages virevoltants et, à ces moments-là au moins, imprévisibles, de ses films :

Emmanuel Mouret, ou les jubilatoires délicieuses surprises du pouvoir même de la liberté ainsi délicatement, avec douceur, finesse et subtilité, pour notre plaisir, si brillamment filmé.

Ce mardi 24 janvier 2023, Titus Curiosus – Francis Lippa

Ce que vient nous apprendre (ou pas) le livret militaire de Lucien Durosoir, classe 1898, matricule n° 322 ; et la confrontation de ses données avec ce que révèlent les lettres de Lucien Durosoir adressées à sa mère…

25déc

L’accès au livret militaire de Lucien-Jules-Henri Durosoir,

né à Boulogne-sur-Seine le  5 décembre 1878, fils de feu Léon-Octave Durosoir et Louise-Marguerite Marie, violoniste de profession, et résidant 5 rue de Laborde à Paris 8e, au moment de l’ouverture de ce livret,

vient nous livrer quelques intéressantes informations, en particulier, bien sûr, sur le parcours et la carrière militaires de Lucien Durosoir.

Et d’abord, sur la raison pour laquelle celui-ci, en dépit de son niveau culturel, est demeuré simple soldat (de deuxième classe) durant toute la durée de la guerre _ alors que, par exemple, un André Caplet, lui, né lui aussi en 1878 (le 23 novembre 1878), était sergent… _ : Lucien était « Dispensé – art. 21 – fils unique de veuve » par le conseil de révision…

D’autre part,

je remarque aussi, que le détail donné dans ce document-là des « Services et mutations diverses » de Lucien Durosoir dans « l’armée territoriale _ du 1er novembre 1912 au 1er novembre 1918 _ et dans la réserve « , n’apparaît pas nécessairement mentionné dans la correspondance échangée entre Lucien et sa mère, Louise ; et cela du fait que certaines des  mutations sont, et à plusieurs reprises, intervenues à des moments durant lesquels Lucien ne se trouvait pas au front, mais en permission au domicile familial du 45 rue du Moulin, à Vincennes ; et que le fils n’avait donc pas besoin d’en avertir par courrier écrit sa mère, pour l’informer, et en priorité, du changement d’adresse postale où lui adresser désormais le courrier : les transmissions de ces informations sur ces transferts d’affectation (et d’adresse où le joindre), s’étant faites à la maison, et n’ayant donc pas été mentionnées dans les lettres échangées _ et conservées _ entre le fils et sa mère.

Des lettres qui ont été précieusement _ pour nous qui y avons maintenant ce très précieux accès historiographique ! _ très soigneusement réunies et conservées chez elle, à Vincennes, puis à Bélus, par Louise Durosoir _ décédée à Bélus le 16 décembre 1934 _ ; puis, à Bélus, par son fils Lucien _ décédé à Bélus le 4 décembre 1955 _ ; et maintenant son petit-fils Luc…

Lucien Durosoir (classe 1898, matricule 322), apprenons-nous, en ce livret militaire ouvert en 1898, dispensé de service actif par le conseil de révision en tant que fils unique de veuve, a d’abord été versé dans la réserve de l’armée active le 1er novembre 1902 ; puis dans l’armée territoriale, le 1er novembre 1912. Rappelé à l’activité par décret présidentiel du 2 août 1914, Lucien Durosoir a rejoint le 23e Régiment Territorial d’Infanterie le 30 août 1914, à Cherbourg. Et il a été en activité aux armées du 13 novembre 1914 au 18 février 1919 :

après avoir été affecté au 23e Régiment Territorial d’Infanterie _ à Cherbourg, donc _, le 30 août 1914, il a été ensuite versé au 24e Régiment Territorial d’Infanterie _ au Hâvre, cette fois _, à une date hélas peu lisible sur le document _ ce fut en fait le 7 octobre 1914, apprenons-nous à la page 22 de « The Letters of Lucien and Louise Durosoir«  Et c‘est le 23 juin 1917 qu’il est ensuite passé au 274e Régiment d’Infanteriepuis le 10 octobre 1917, au 74e Régiment d’Infanterie, indique le livret militaire . Et c’est le 18 février 1919, que Lucien Durosoir a été mis en congé illimité de démobilisation ; et a pu rejoindre alors sa mère Louise à leur domicile du 45 rue du Moulin à Vincennes.

Voilà donc ce que nous apprend des services de Lucien Durosoir aux armées durant la « Campagne contre l’Allemagne » ce livret militaire.

Cependant une bien intéressante lettre de Lucien à sa mère datée du 1er mai 1918 (à la page 463), vient apporter un éclairage précieux sur quelques ambiguités _ au moins… _ de ce que recèlent, à la lecture, les rédactions de complément successives, sur son livret militaire, au fur et à mesure des mutations de Lucien, en divers régiments, au regard de ce qu’a écrit Lucien _ et qui nous a été conservé _ dans ses lettres de guerre à sa mère depuis le 4 août 1914. 

Ainsi m’étonnais-je de l’absence d’inscription de la mention sur ce livret militaire de Lucien de son affectation _ pourtant durable : de l’automne 1914 au 23 janvier 2017… _ au 129e régiment d’infanterie !

À la place de la mention de ce 129e régiment d’infanterie, est écrit ceci : « Affecté au 24e Régiment Territorial d’Infanterie« , à une date hélas peu lisible

Alors que, ainsi que l’indique la note de bas de page, page 31, d’Elizabeth Schoonmaker Auld, « Lucien left Le Havre on the 13 » (du mois d’octobre 1914), he was in Villemonble (« in front of Cunault’s home« ) when he wrote this letter (du 14 novembre 1914), and the next day they were near Reims. It was an immediate baptism of fire« …

Et de fait, le surlendemain, le 16 novembre 1914, Lucien _ « Since last night, I’m in the trenches. (…) We’ve been in the  trenches since yesterday« , écrit-il… _ prend soin de bien indiquer à sa mère l’adresse où lui adresser désormais le courrier : « 3rd company, 3rd section, 129th infantry regiment » (à la page 31). 

La question que je me pose est donc celle de la date _ et du lieu : Le Hâvre, au mois d’octobre 1914  ? La région de Reims, dans le département de la Marne, au mois de novembre 1914 ? _ de début de l’affectation de Lucien au 129e régiment d’infanterie

Est-ce le 6 octobre 1914, à son arrivée au Hâvre, en provenance de Cherbourg (et du 23e Régiment Territorial d’Infanterie) ? Mais au Hâvre, Lucien n’est-ce pas au 24e Régiment Territorial d’Infanterie que Lucien a été intégré ?..

Ou bien est-ce plutôt le 14 novembre 1914, à son arrivée, au front et dans les tranchées, dans les environs de Reims ?..

Ou pour le dire autrement, l’affectation de Lucien au 129e Régiment d’Infanterie a-t-elle eu lieu à son arrivée au Hâvre au mois d’octobre 1914 ? Ou bien lors de son transfert dans la Marne, près de Reims, au mois de novembre suivant ?..

En tout cas, voici ce que révèle la lettre du 1er mai 1918 de Lucien à sa mère, qui s’inquiétait d’anomalies dans les mentions d’affectations officielles de son fils à divers régiments (page 463) :

« Here is what must have happened. When the 129th had all those adventures, which you know about _ c’est-à-dire de graves mutineries _, at the beginning of June last year, I was sent to the division. In order to keep me _ en tant que violoniste très prisé des officiers mélomanes ! _, as the 129th was leaving the division, they transferred me to the 274th _ le 23 janvier 1917. Probably the modification of that transfer was not sent to the 129th, so I am still on their list. Recently they must have been reviewing the list and realized that I was not there ans asked the gendarmerie for more information. You gave them the wrong information : since the end of October _ en fait le 10 octobre 1917 _ I am no longer assigned to the 274th. That is when I was again transferred. The 274th was dissolved and the division wanted to keep me _ en tant que violoniste toujours très précieux auprès des officiers mélomanes… _, so I was transferred again, this time to the 74th. (…) You just need to tell them that I belong to the 74th Infantry (CHR), 5th Division, SP93. This little incident is proof of the state of the paperwork here« .

Avec cette conséquence qu’il me semble que la formidable lectrice-éditrice-traductrice qu’est Elizabeth Schoonmaker Auld pourra, lors d’une réédition à venir, par Blackwater Press, de ce monumental travail qu’est ce « Ma Chère Maman, Mon Cher Enfant _ The letters of Lucien and Louise Durosoir 1914 – 1919« , demander que soit repris et corrigé, à la page 22, entre les lettres de Lucien Durosoir des 5 (pages 21-22) et 6 octobre (page 22) 1914, son inter-titre en gros titre :

« On October 6, Lucien and his régiment left the Cherbourg area for Le Havre, a distance about 220 kilometers, where they were attached to the garrison of the 129th Infantry Regiment » ;

car il me semble que c’est bien au 24e Régiment Territorial d’Infanterie, alors stationné dans la région du Hâvre, que Lucien, qui faisait alors « part of 159 from our regiment going to Le Havre » (page 22), « our regiment, the 23rd territorial » (page 5), qui stationnait jusqu’alors dans la région de Cherbourg, a bien alors été transféré ;

et que ce ne sera que le 15 novembre suivant, « at 6:30 p.m. » (lettre du 15 novembre 1914, à la page 31), qu’il rejoindra, au front, dans les tranchées, et sous le feu des « Boches » (« the first trench is barely 400 meters from the German lines« , écrit-il dans sa lettre du 16 novembre 1914, à la page 32), le 129e régiment d’infanterie, positionné alors dans la région de Reims, auquel il avait compris, l’avant-veille, le 13 novembre, sa prochaine affectation : « Just this minute, I was told that I have tonight or tomorrow morning to join, I believe, the 129th near Reims« , en son courrier du 13  novembre (à la page 31)…

C’est à ce genre d’avancée que m’amène le souci méthodique du lecteur curieux et scrupuleux, quasi maniaque de la plus grande justesse possible de vérité, que je suis, de rechercher systématiquement cette plus grande précision possible _ et c’est parfois très difficile, voire impossible ; et je dois alors, au moins provisoirement, renoncer… _, des identités des personnes (qui ?), des lieux (où ?) ainsi que des dates (quand ?) lorsque ceux-ci, identités, lieux et dates, sont seulement évoqués ou floutés dans les récits, les Journaux, et les Correspondances, qui me passionnent…

Car rechercher est effectivement passionnant.

Voilà.

Ce dimanche 25 décembre 2022, Titus Curiosus – Francis Lippa

Et les quelques taches aveugles qui demeurent dans mon effort pour comprendre qui sont exactement les frères et soeurs de Valentine Bitôt-Lourreyt, la mère de Marie-Amélie Lourreyt-Droin, la commanditaire-propriétaire de la sublime Villa Téthys du Pyla, en 1928 : 1) la question…

28sept

Les éléments de généalogie que m’ont fournis,

d’une part, et sur son site accessible à tous, le pilatais _ d’ascendance paternelle (les Vialard) lozérienne : du village d’Ussels (commune de Brion), situé sur le très beau plateau d’Aubrac, à la jointure des départements actuels de la Lozère et du Cantal, et à proximité de l’Aveyron…Raphaël Vialard (né en 1942),

et, d’autre part, cette fois sur ma demande explicite et précise, au tout début du mois de mars 2017, le cantalien _ et plus précisément maursois d’ascendance paternelle (les Bersagol) : Maurs est cependant limitrophe du Lot, et proche de Figeac… _ qu’est Jean-Luc Bersagol (né en 1959),

ne me permettent pas encore d’établir un tableau tout à fait complet de la famille Bitot-Oré,

je veux plus précisément parler ici de la fratrie complète des enfants nés du mariage _ mariage dont, déjà, j’ignore le lieu, assez probablement Bordeaux, et la date, en 1848 au plus tard, au vu de la date de naissance de leur tout premier né : Marie-Thérèse Bitot, née le 8 octobre 1849… _ du podensacais Pierre-Anselme Bitôt (Podensac, 23 mars 1822 – Bordeaux, 2 février 1888) et son épouse la bordelaise Catherine-Pauline Oré (Bordeaux, 2 novembre 1825 – Bordeaux, 15 octobre 1898) ;

ce mariage Bitot-Oré

dont proviennent notamment leur fille Valentine-Marie Bitôt (Bordeaux, 4 juin 1852 – Bordeaux, 1931), épouse, à Bordeaux, le 26 octobre 1880, de Charles-Louis-Alfred Lourreyt (La Guerche-sur-L’Aubois, 31 août 1855 – Bordeaux, 5 janvier 1914),

puis, notamment aussi, leur petite-fille Marie-Amélie Lourreyt (dont j’ignore encore non seulement le lieu et la date de naissance, mais aussi le lieu et la date de décès ; je connais seulement le lieu, Dax, et la date, le 1er août 1910, du mariage de celle-ci avec l’avocat parisien Georges Droin (Paris, 4 février 1885 – 22 avril 1943) _ comment se sont-ils donc connus, et dans quelles circonstances ? lui, le parisien, et elle, la dacquoise… _,

la commanditaire et propriétaire, avec son mari Georges-A.-Laurent Droin, de la sublime Villa Téthys, de l’Avenue de la Plage, au Pyla (en 1928)…

Je vais tâcher d’avancer un peu dans ces élucidations généalogiques et familiales qui m’intriguent,

et provoquent ma présente curiosité…

À suivre :

demain, les investigations…

Ce mercredi 28 septembre 2022, Titus Curiosus – Francis Lippa

2021, année Saint-Saëns : le très riche coffret-anniversaire Warner (de 34 CDs) du « Camille Saint-Saëns Edition » de Warner : à l’heureuse diposition de notre curiosité musicale

27juin

La tradition commerciale des rétrospectives-anniversaires, nous a valu, à nous discophiles passionnés et curieux, à la fin de l’année 2021 (du 100e anniversaire du décès, à Alger, le 16 décembre 1921, de Camille Saint-Saëns _ né à Paris le 9 octobre 1835 _),

un splendide et très riche et fort intéressant coffret anthologique Warner _ Warner Classics 019029674048 _ de, sinon une intégrale _ certaines des œuvres de Camille Saint-Saëns ne sont toujours pas encore enregistrées au disque ; même si le Palazzetto Bru-Zane n’y ménage pas ses beaux efforts… _, du moins une très riche collection d’enregistrements _ certains rares, anciens, et même très anciens ; et très difficiles à dénicher ; et beaucoup d’entre eux du meilleur choix … _ d‘œuvres très variées _ et le prodigieux Saint-Saëns a touché à quasiment toute la gamme des genres musicaux ! _ enregistrées au disque de Camille Saint-Saëns.

Voici l’article que, pour Crescendo, à la date du 13 octobre 2021, et sous le titre de « Saint-Saëns en édition« , Pierre-Jean Tribot a consacré à ce très riche coffret Warner de 34 CDs :

Saint-Saëns en édition

LE 13 OCTOBRE 2021 par Pierre Jean Tribot

Camille Saint-Saëns Edition. 1904-2018. Livret en français, angais et allemand. 1 coffret de 34 CD Warner Classics. 0190296 74048.

Avec l’anniversaire Saint-Saëns _ du 16 décembre 2021 _, Warner ne pouvait pas faire abstraction d’une nouvelle boîte thématique tant ses catalogues regorgent _ voilà ! _ de grandes interprétations _ le plus souvent par de grands interprètes français, mais pas seulement : la renommée de Saint-Saëns, ce très grand voyageur aussi, a été mondiale… _ des œuvres du compositeur. Bien évidemment, le coffret n’est pas une intégrale, mais une très large sélection à laquelle sont _ très heureusement _ adjointes plusieurs galettes de gravures historiques majeures.

Bien évidemment, Warner recycle des enregistrements connus : Symphonies par Jean Martinon, Concertos et œuvres pour piano et orchestre par Jean-Philippe Collard et André Previn, Concertos pour violon par Ulf Hoelscher, Samson et Dalila sous la direction de George Prêtre, ou le Carnaval des Animaux sous la direction de Louis Frémeaux à Birmingham _ une interprétation splendide ! Mais on est également très heureux de retrouver des raretés _ en effet _ : les poèmes symphoniques (Danse Macabre, La Jeunesse d’Hercule, Phaeton, le Rouet d’Omphale) sous la direction racée et flamboyante _ tout à fait ! _ du grand Pierre Dervaux au pupitre de l’Orchestre de Paris, album qui ne fut jamais régulièrement réédité en dehors de quelques extraits pour compilation et des marchés asiatiques. Ce généreux disque est complété par l’imposant poème symphonique La Foi enregistré à Toulouse par Michel Plasson et l’Orchestre National du Capitole. Du côté du concertant, Warner remet en lice toute une série de belles œuvres pour solistes et orchestre comme l’Odelette pour flûte ou la Tarentelle pour flûte clarinette et orchestre, et d’autres petites merveilles enregistrées par Jean-Jacques Kantorow _ excellent ! _ et l’Ensemble Orchestral de Paris avec une belle brochette de solistes. Autre merveille, _ oui _  l’intégrale de l’œuvre pour orgue par Daniel Roth, là encore une réédition bienvenue tant cette somme enregistrée à l’orée des années 80 est une merveille ! Michel Plasson et Jean-Jacques Kantorow poursuivent notre bonheur symphonique avec des raretés comme la Suite pour orchestre, Une Nuit à Lisbonne ou Cyprès et Laurier pour orgue et orchestre.

Les albums de musique de chambre sont plus bigarrés _ oui… _, mais on relève les Quatuors n°1 et n°2 par le Quatuor Viotti, reprise du catalogue Erato ; le Quintette avec piano par le Groupe Instrumental de Paris et le Quatuor avec piano par le Quatuor Kandinsky (une rareté _ oui ! _ du label Fnac Music où il était couplé avec le Quatuor avec piano d’Alexis de Castillon. Outre ces gravures plus ou moins anciennes et souvent très oubliées, le coffret ne pouvait pas faire abstraction _ hum, hum… _ de la dream team actuelle de Warner : Renaud Capuçon, Gautier Capuçon, Bertrand Chamayou et Edgar Moreau, que l’on retrouve tantôt en dialogues avec l’orchestre, tantôt en chambristes et parfois en solo _ j’aurais préféré moi aussi des enregistrements un peu plus anciens…

Les œuvres pour piano font appel à une belle sélection de piano : François-René Duchâble, Aldo Ciccolini, Jean-François Heisser, Georges Pludermacher… tout comme les mélodies sont présentées par une large palette de solistes _ qu’il aurait fallu peut-être un plus étoffer… Un seul opéra est présenté dans son intégralité : le Samson et Dalila de légende avec John Vickers et Rita Gorr sous la baguette de Georges Prêtre au pupitre des forces de l’Opéra de Paris _ oui.

Du côté anecdotique mais sympathique pointent des galettes de transcription et d’arrangements, c’est un peu fourre-tout, mais attachant. On y trouve des arrangements de Saint-Saëns lui-même, mais aussi ceux d’autres compositeurs, sans oublier du très pittoresque comme le Concerto pour violoncelle n°1 dans une version pour bugle et orchestre à créditer à l’incroyable Sergei Nakariakov. Comme quoi, la facilité mélodique _ voilà ! _ du compositeur le rend intéressant _ mais oui _ quel que soit le vecteur instrumental !

Du côté des gravures historiques, ce coffret est une grande réussite _ c’est très juste ! _ : on retrouve évidemment le compositeur au piano _ voilà ! _ pour une série d’enregistrements qui nous plongent dans l’archéologie de la technique ! Ainsi, les premiers enregistrements sur rouleau datent de 1904. Mais le must de cette série réside dans l’intégrale des Concertos pour piano par la formidable Jeanne-Marie Darré, avec l’Orchestre National de la Radiodiffusion française sous la baguette de Louis Fourestier, l’une des plus grandes réussites dans ces cinq concertos ! _ à comparer avec les 2 extraordinaires, stupéfiants et merveilleux CDs d’Alexandre et Jean-Jacques Kantorow, avec le Tapiola Sinfonietta, chez Bis ; cf mon article si enthousiaste du 21 juin dernier : «  « . Les grands chefs et solistes de la place parisienne des années 1930 à 1950 sont également présents _ oui, et c’est parfaitement bienvenu ! _ pour ces sessions historiques : Charles Munch, Piero Coppola, André Cluytens, Philippe Gaubert, Henry Merckel , Eugène Bigot, Alfred Cortot, André Navarra, ou encore Jean Fournet. On passe même la Manche avec le légendaire Jascha Heifetz dans l’Introduction et Rondo Capriccioso et la Havanaise, bien secondé par Sir John Barbirolli au pupitre de phalanges londoniennes _ deux merveilles d’interprétation qui n’ont pas pris une ride, bien sûr !

On aime _ beaucoup aussi _ les pochettes qui représentent des œuvres de peintres contemporains _ voilà ! _ du compositeur : du romantisme d’un Delacroix _ vraiment ? _ aux lumières d’un Monet _ et d’un Caillebotte. Cela montre picturalement la longévité _ mais oui ! _  d’un artiste qui aura traversé les modernités même s’il s’en éloignait de plus en plus. La notice de présentation de Marie-Gabrielle Soret est certes synthétique, mais juste et pertinente.

La boite est bien belle _ oui _ et le contenu est du plus grand intérêt artistique ! _ voilà… La rareté de quelques gravures concertantes, symphoniques et chambristes justifient l’achat de ce _ très riche _ beau coffret _ en effet !

Son : entre 6  et 10 – Livret : 9 – Répertoire : 10 – Interprétation : 10

Pierre-Jean Tribot

J’ajoute aussi que, pour célébrer ce centenaire 2021 de Camille Saint-Saëns,

le magazine Diapason a consacré un coffret de sa très remarquable collection « Les indispensables » à une sélection de 11 CDs choisis d’interprétations parmi les plus réussies de la plupart des œuvres maîtresses de Saint-Saëns ;

dont voici une présentation, en date du 26 novembre 2021, sous la plume de François Laurent, intitulée « Les chefs d’œuvre de Saint-Saëns, Volume XXIII de notre Discothèque idéale » :

Les chefs-d’œuvre de Saint-Saëns, Volume XXIII de notre Discothèque idéale

– Publié le 26 novembre 2021 à 11:12

Ce lundi 27 juin 2022, Titus Curiosus – Francis Lippa

Les Trésors des musiciens de Kromeriz au XVIIe siècle : une comparaison discographique en intensité d’âme, autour de Biber et Vejvanovsky…

26juin

Quand je découvre une nouvelle parution discographique autour des noms du violoniste virtuose Heinrich Ignaz Franz Biber (1644 – 1704) et du trompettiste virtuose Pavel Josef Vejvanovsky (1633 – 1693),

ma curiosité musicale est forcément sollicitée.

Ainsi pour le CD Accent ACC 24383 intitulé « Biber meets Vejvanovsky _ Trumpet music at the Court of Kromeriz » ;

et plus encore avec le nom du soliste trompettiste Jean-François Madeuf,

que j’ai eu l’occasion de cotoyer et d’apprécier la virtuosité pour divers concerts ou enregistrements de CDs, quand j’étais conseiller artistique de La Simphonie du Marais, dans les années 90 _ par exemple le CD « André Philidor dit l’aîné _ Marches, Fêtes et Chasses Royales« , le CD FNAC Music 592332, enregistré au Studio 103 de Radio France, à Paris, du 4 au 7 juillet 1994, dans lequel on peut entendre ma voix à la plage 13, et dans lequel Jean-François Madeuf est trompette ainsi que cor…

À propos de la  discographie réalisée autour de ces compositeurs ayant ou bien résidé un moment à Kromeriz, ou bien dont des œuvres ont été conservées dans les archives musicales à Kromeriz

_ où se situait la résidence d’été du prince-évêque d’Olomouc « responsable du grand discèse de Moravie-Silésie qui faisait partie intégrante de l’empire des Habsbourg (…) ; « le prince-évêque Karl Liechtenstein-Kastelkorn, qui de 1664 à sa mort en 1695 a été l’évêque d’Olomouc«  (…) ; « en mécène éclairé, il réorganisa la musique du château et des églises paroissiales Notre-Dame et Saint-Maurice. Cette chapelle musicale était une des plus importantes du royaume des Habsbourg, et la vie musicale y avait atteint un haut niveau dans les dernières années du XVIIe siècle«  _

il faut relever la très grande qualité de maints CDs précisément composés d’œuvres de cette étonnante et superbe collection de Kromeriz.

Au tout premier chef desquels le très marquant somptueux CD _ cf cet article-ci du 31 mai 2015 : « « , qui atteste du lien entre le Minoriten Konvent de Vienne et la chapelle musicale de Kromeriz… _ intitulé « Minoritenkonvent _ Manuscrit XIV 726 _ Vienna/Praja/Kromeriz, 1700« ,

par Stéphanie Paulet, au violon et Elisabeth Geiger, à l’orgue, d’une intensité de profondeur d’âme assez extraordinaire : un must ! Soit le CD Muso mu-008, enregistré du 31 juillet au 3 août 2014 en l’église Sainte-Madeleine de Strasbourg, et paru en 2015 :

une merveille absolument indispensable à toute vraie discothèque !

Je relève aussi, parmi  quelques autres CDs que je qualifie « de Kromeriz« , un très beau CD intitulé « Musik der Hofkapelle zu Kremsier« , le CD du label Marc Aurel Edition MA 20017, intitulé « Anima mea« ,

par un remarquablement très inspiré ensemble de 13 musiciens sous la direction de Ute Hartwich, trompette baroque, enregistré du 13 au 15 septembre 2001, à la Christuskirche à Berlin.  

Par comparaison avec ces deux tout à fait exaltants CDs Marc Aurel de 2001, et Muso de 2015,

le présent CD Accent ACC 24383 intitulé « Biber meets Vejvanovsky _ Trumpet music at the Court of Kromeriz« 

par Jean-François Madeuf et The Rossetti Players sous la direction de Barbara Konrad,

enregistré à la FranziskanerKirche de Vienne au mois de septembre 2018, et qui parait ce mois de mai 2022 dans le pourtant excellent label Accent,

me paraît trop terne, placide, et surtout en bien fâcheux déficit d’âme.

C’est dommage.

L’esprit ne soufflait probablement pas assez ces jours-là à Vienne…

L’intérêt de ce CD me paraît donc surtout documentaire,

pour les œuvres « de la Cour de Kromeriz » ici enregistrées…

Ce dimanche 26 juin 2022, Titus Curiosus – Francis Lippa

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