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Les « faramineux Ravel » d’Eduard Van Beinum : un sommet de l’indispensable coffret des « Complete Recordings on Decca & Philips » que, pour notre enchantement, Decca republie ce mois de janvier 2023

30jan

Deux articles de l’excellent Jean-Charles Hoffelé,

« Le Mage d’Amsterdam« , en date du 15 janvier dernier _ pour la sortie, alors, du déjà magique album « Franck – Ravel : Orchestral Works » Decca Eloquence 482 5491 : je le possède aussi… _,

et « Valse mortelle« , en date du 29 juillet 2018 _ pour la présente sortie du somptueux coffret de 44 CDs « Eduard Van Beinum Complete Recordings on Decca & Philips » Decca 485 1387, que je me suis emprssé d’acquérir au plus vite… Pour mon immense joie… _,

viendraient, tous deux, si besoin, bien sûr, en était, confirmer mon absolu enthousiasme musical pour ces publications, en 2018 et maintenant en 2023, de ces transcendantes réalisations discographiques du chef Eduard Van Beinum (Arnhem, 3 septembre 1900 – Amsterdam, 13 avril 1959) pour les labels Decca et Philips…

Et tout spécialement pour ces (= ses) Ravel,

la « Rapsodie espagnole« , « La Valse« , et, au-dessus de tout, pour moi, le plus vertigineux « Boléro » :

écoutez ici ces podcasts !..

Voici donc ces deux excellents articles de Jean-Charles Hoffelé :


LE MAGE D’AMSTERDAM

Premier instrument, la contrebasse. Ce n’est pas si commun. Ajoutez dans l’arbre généalogique pour seule figure tutélaire côté musique un grand père chef d’harmonie militaire. Heureusement, Eduard van Beinum avait un frère, Co, violoniste de talent, il l’accompagnera, se mettant au piano, alors que le plus clair du temps il empoignait sa contrebasse, musicien du rang dans l’orchestre d’Arnhem : d’autres horizons s’ouvrent.

Mais enfin, une vie avec sa contrebasse risquait de manquer de sel, et au Conservatoire d’Amsterdam Eduard deviendra vite celui qu’on ira chercher pour conduire les concerts de l’orchestre des étudiants : battue claire, geste minimal _ oui _, mais cet œil déjà, qui infuse dans la mathématique des partitions des tendresses, des élans, une poésie _ voilà ! _ ; il sera chef d’orchestre, et, dès les quatre saisons de son magister à la tête de l’orchestre d’Haarlem, imposera un répertoire allant de Bach à Debussy.



Mengelberg
remarque son métier très sûr, s’enquiert de sa modestie _ essentielle : face à la musique… _, il lui faut un second, mais efficace, et puis une jeunesse qui ne pense pas à s’imposer. Il l’invite pour un concert avec son Concertgebouw en 1929. Le fluide passe entre cette baguette suggestive et l’orchestre ; Mengelberg, étonné, en fera deux ans plus tard son second, puis en 1938, le comité de l’orchestre préconise que la direction musicale soit partagée avec le jeune homme. La guerre et l’Occupation feront le reste, Mengelberg se perdant dans une collaboration passive qui lui vaudra de devenir un exilé de l’intérieur la Libération venue. Les musiciens du Concertgebouw savaient-ils qu’avec Van Beinum ils changeaient de siècle ?

Mieux, ils le voulurent, et de toute façon, le seul réel rival de leur poulain, Paul van Kempen, était lui aussi entaché de brun. Le style nouveau – balance parfaite, clarté des lignes, archets réglés, tempos stricts mais mesure libre _ et tout cela est bien sûr capital ! _ – qu’il avait infusé puis imposé face aux gestes démiurgiques de Mengelberg – va permettre au « son Concertgebouw » d’atteindre à ce rayonnement hédoniste que l’expressionisme du geste autocratique de Mengelberg avait relégué au second plan.

Le violoniste Bronislaw Huberman, à droite, en échange avec Eduard van Beinum à sa gauche – Photo : © Nationaal Archief

 

 

 

 

 

 

Van Beinum instrumentiste d’abord, savait les beautés capiteuses venues d’un autre âge qui déjà avaient fait la réputation de l’orchestre au temps de son fondateur Willem Kes. En quelques saisons il impose son style, élégant et troublant à la fois _ les deux : à la française, en quelque sorte… _ , où la rigueur de ses lectures qui veulent faire oublier les scories du postromantisme, passent inaperçues sous le foisonnement des timbres, la poétique des phrasés _ oui.

Le disque s’en mêla assez tôt, Siemens lui demandant dès 1943 quelques gravures (Variations Mozart de Max Reger, Variations symphoniques de Franck avec Géza Anda) qui furent publiées par Deutsche Grammophon, mais ce sera dans cette frontière encore imprécise où se côtoyaient les ultimes pressages 78 tours et le microsillon que le nouveau style du duo Van BeinumConcertgebouws’imposera. Decca leur fera signer un contrat, dotant les enregistrements de son nouveau système de captation, le « Full Frequency Range Recording » qui captura pour partie les soies et les velours de ce qui était alors le plus bel orchestre d’Europe.

Une grande session d’enregistrements en janvier 1946 devait ajouter au contrat une close supplémentaire. Après que Van Beinum eut enthousiasmé le public du Royal Albert Hall, remplaçant au pied levé Albert Coates à la tête du London Philharmonic, John Culshaw insista pour qu’ensemble ils gravent la Troisième Symphonie de Brahms, amorce de l’autre part de la discographie du chef neérlandais, bien plus rarement rééditée jusqu’à nos jours. À Londres, le discours de Van Beinum sera toujours plus serré, plus fusant, comme si l’absence des beautés hédonistes de la phalange néerlandaise ardait son style.

Philips succédera à Decca, captant enfin la magie sonore d’une formation dont l’acoustique d’un Concertgebouw vide avait toujours dérouté les preneurs de son du label britannique. Toute sa discographie officielle, y compris les nombreuses redites entre Londres et Amsterdam, entre le 78 tours, la monophonie et la stéréophonie, est enfin réunie _ voilà ! _ dans cette grande boîte magnifiquement ouvragée, deux textes éclairant l’art du chef, une iconographie abondante, la reproduction des attrayantes (et si inventives) pochettes d’origine, pour mieux accompagner l’auditeur dans ce voyage magique _ oui, oui…

Classiques parfaits, Bruckner ténébreux (il abordera Mahler avec plus de parcimonie, voir de distance), Schubert et Brahms plus tendres qu’épiques, Debussy et Ravel de pure magie _ absolument ! _, Sibelius fascinant, mais par où commencer vraiment ? Par les sortilèges de sa Shéhérazade, gravure oubliée, où se révèle tout l’art de ce conteur d’orchestre.

LE DISQUE DU JOUR

Eduard van Beinum
Complete Recordings on Decca and Philips

Œuvres de Johann Sebastian Bach, Georg Friedrich Haendel, Johann Christian Bach, Johannes Brahms, Wolfgang Amadeus Mozart, Gustav Mahler, Anton Bruckner, Jean Sibelius, Igor Stravinsky, Franz Schubert, Max Reger, Hector Berlioz, Claude Debussy, Maurice Ravel, Joseph Haydn, Ludwig van Beethoven, Felix Mendelssohn-Bartholdy, Nikolai Rimski-Korsakov, César Franck, etc.

London Philharmonic Orchestra
Concertgebouw Orchestra
Eduard van Beinum, direction

Un coffret de 44 CD du label Decca 4851387

Photo à la une : le chef d’orchestre Eduard van Beinum, à l’aéroport de Schiphol – Photo : © DR…

 

Et celui de 2018 :

VALSE MORTELLE

Il y a un tropisme français chez Eduard van Beinum _ on ne saurait mieux dire ! _ ses Debussy, ses Berlioz, ses Ravel dévoilent une poétique orchestrale _ voilà _ qui aura modifié la nature sonore du Concertgebouw telle qu’il l’avait héritée de Willem Mengelberg.

Ce mélange détonant d’élégance et de cruauté _ oui ! _ éclate dans une Valse vampirique, d’une suavité vénéneuse _ voilà ! _, étrange course à l’abîme _ bien sûr ! _ dont les envoûtements _ oui _ fascinent : cet orchestre si mobile, qui mord à la vitesse d’un aspic, sait être d’une seconde à l’autre sec puis voluptueux _ c’est cela ! _ ; c’est celui de Ravel-même _ absolument !!! _ , ce qu’illustre au même degré de perfection _ oui _ une Rapsodie espagnole moite, inquiétante, pleine de rumeurs et d’ombres dont les gitaneries n’auront jamais été aussi cante jondo. Mais le Boléro lui-même _ nous y voici ! _ , somptueusement étouffant _ parfaitement ! _, participe de la même _ fascinante et éblouissante tout à la fois _ saturation de l’espace.

Ce triplé Ravel est faramineux _ c’est le mot !!! _, après lui (ou avant dans l’ordre du disque), les Franck distillent une toute autre lumière. Psyché rêvé, très tendrement composé dans les soieries d’un orchestre décidément faramineux, est cent coudées au-dessus de ce que tous les orchestre français pouvaient alors y faire, et les Variations symphoniques, où le jeune Géza Anda dissipe le brouillard en phrasant tout, sont un modèle de style prenant le contrepied de l’estampe incarnée par Walter Gieseking et Landon Ronald, autre version majeure du 78 tours. Mais c’est à ce Ravel parfaitement délétère que vous irez d’abord _ en effet ! Et en boucle…

LE DISQUE DU JOUR

Maurice Ravel (1875-1937)


Rapsodie espagnole, M. 54
La Valse, M. 72
Boléro, M. 81


César Franck (1822-1890)


Psyché, FWV 47
Variations symphoniques pour piano et orchestre, FWV 46

Géza Anda, piano
Orchestre du Concertgebouw d’Amsterdam
Eduard van Beinum, direction

Un album du label Decca 4825491 (Collection « Eloquence Australia »)

Photo à la une : © DR

 

Merci de ces fabuleuses rééditions d’un chef aussi juste…

Ce lundi 30 janvier 2023, Titus Curiosus – Francis Lippa

Identifier les domiciles successifs de Maurice Ravel (1875 – 1937) dans Paris : poses de plaques commémoratives…

28déc

Un article publié ce jour par la rédaction de ResMusica, intitulé « Une nouvelle plaque commémorative Maurice Ravel dans Paris« ,

fait état de la pose d’une nouvelle plaque mentionnant une des domiciliations successives de Maurice Ravel (1875 – 1937) dans la capitale,

en partie par les soins de l’Association des Amis de Maurice Ravel.

Une nouvelle plaque commémorative Maurice Ravel dans Paris

L’association des Amis de nous informe qu’après trois plaques commémoratives _ déjà _ posées à son initiative à Paris et alentours _ en l’occurrence Levallois-Perret _, une nouvelle plaque est à présent apposée sur la façade du 15, rue Lagrange à Paris (5e) : « Ici résida le compositeur (1875-1937) de 1896 à 1899 ». Ce sont les copropriétaires de l’immeuble qui ont eux-mêmes pris cette initiative.

L’association indique que c’est cette adresse postale qui figure sur le premier contrat éditorial de la carrière de Maurice Ravel, signé avec les éditions musicales Enoch en date du 22 décembre 1897 pour le Menuet antique (Contrat n°1 p. 1653 du livre Maurice Ravel, L’intégrale. Correspondance (1895-1937), écrits et entretiens, Paris, Le Passeur Éditeur, 2018) _ un travail monumental, et qui se poursuit, mené par Manuel Cornejo ; et une mine d’informations pour la recherche sur le compositeur né à Ciboure… C’est quand Ravel habitait 15, rue Lagrange, qu’il fut admis dans la classe de composition de Gabriel Fauré le 4 février 1898 au Conservatoire national de Paris, rue Bergère – devenue rue du Conservatoire – (9e) _ en regardant les premières pages de correspondance concernant Maurice Ravel, aux pages 65 à 69 de cette « Intégrale« ,  je remarque que la toute première (et seule, jusque-là) adresse de Maurice Ravel qui y figure, et en date du vendredi 9 juin 1899 (en l’occurrence il s’agit d’une lettre de Maurice Ravel à Florent Schmitt), ne concerne pas cette adresse du 15 rue Lagrange, dans le 5e, mais cette fois le « 7 rue Fromentin« , dans le 9e : non loin du Boulevard de Clichy, et des Places Blanche et Pigalle… Alors que le « 15 rue Lagrange«  se trouve sur la rive gauche, non loin de la Place Maubert, dans le 5e.

Les trois plaques commémoratives qui avaient déjà été posées à l’initiative de l’association des Amis de Maurice Ravel sont les suivantes : au 21, rue d’Athènes (9e) – avec le mécénat de la Fondation La Marck –, au 19, boulevard Pereire (17e) et à Levallois-Perret 11, rue Louis Rouquier (rue Chevallier du vivant du compositeur).

Une première plaque avait été posée en 1969 au 4 avenue Carnot (17e), adresse du compositeur de fin 1908 à 1917.

Le 28 décembre est la date anniversaire de la mort de Maurice Ravel _ le 28 décembre 1937. Le compositeur, décédé en 1937, il y a 85 ans, est inhumé au cimetière de Levallois-Perret _ son ultime domiciliation parisienne, en quelque sorte… (NF)

Ce mercredi 28 décembre 2022, Titus Curiosus – Francis Lippa

Et écouter Walter Gieseking jouer si divinement Ravel ; ou le triomphe de la ligne claire…

26nov

Dans le magique coffret « Walter Giesking _ His Columbia Gramophone Recordings » de 48 CDs que vient maintenant nous proposer  Warner Classics (0190296245596)

_ Walter Gieseking, Lyon, 5 novembre 1895 – Londres, 26 octobre 1956 _,

j’ai désiré commencer par l’écoute de ses deux CDs entièrement consacrés à Ravel,

soient les volumes 34 et 35.

Ou le triomphe merveilleusement tranquille et rayonnant de la ligne claire…

 

Ce samedi 26 novembre 2022, Titus Curiosus – Francis Lippa

Un passionnant, copieux, riche et original dossier Ravel _ « Ravel : une mystérieuse affaire de style » _, par Emmanuel Reibel, dans le numéro 247 de novembre 2022 du magazine Classica nouvelle formule…

09nov

Passionné de l’œuvre musical de Maurice Ravel (1875 – 1937),

je suis vivement impressionné par le magnifique copieux et très riche, et original, dossier que le musicologue Emmanuel Reibel consacre ce mois de novembre-ci au compositeur natif de Ciboure, dans le numéro 247 du magazine Classica, nouvelle formule, aux pages 42 à 58.

 

Ce mercredi 9 novembre 2022, Titus Curiosus – Francis Lippa

De Chantaco et la Rhune, à Navarrenx, Gurs, Oloron et le Pic du Midi d’Ossau : d’une généalogie et une histoire à une autre…

06oct

Ma rencontre, samedi dernier 1er octobre à Ciboure,

au siège de l’Association Jakintza, sur le lieu même _ au rez-de-chaussée de la Maison San Estebania, dite désormais Maison Maurice Ravel _ où Marie Delouart donna le jour, le 7 mars 1875, au petit Maurice Ravel,

avec Xavier Larramendy,

fils de Pierre Larramendy (Saint-Jean-de-Luz, 17 juin 1908 – Saint-Jean-de-Luz, 30 juin 1987 _ ville dont celui-ci fut un très grand maire, de 1961 à 1971, où il réalisa de très importants et splendides travaux, dont la création du vaste et très réussi quartier Urdazuri, sur les bords de la Nivelle ; de même, le 24 août 1967, Pierre Larramendy, éminent mélomane, participa à la fondation de l’Académie Internationale de Musique Maurice Ravel _) ;

Xavier Larramendy, donc, fils de Pierre Larramendy,

le maître, en avril 1944 _ à une date où les Allemands occupaient la majeure partie, mais pas la totalité, de l’Hôtel… _, du magnifique Hôtel du Golf de Chantaco _ les parents de Pierre, Étienne Larramendy (1873 – 1943) et son épouse née Marie Dardisquy (1877 – 1942) étaient récemment décédés, en juillet 1943 et novembre 1942 _, où Pierre Larramendy sut héberger et cacher, lors de son passage, les 7 et 8 avril _ cf mon article très fouillé du 27 septembre 2014 « «  _, le Résistant Pierre de Bénouville _ Pierre Larramendy était venu le prendre en charge le 6 avril, à Tarbes… _ s’enfuyant alors vers l’Espagne afin de gagner Alger y rejoindre le général de Gaulle,

_ j’ai consulté à nouveau le superbe « Chantaco De la commune de Serrès à Saint-Jean-de-Luz et Ascain« , de Jakintza, paru en 2019 aux Éditions La Geste, qui figure en ma bibliothèque ; avec, entre autres richesses, un instructif chapitre, passionnant, par Joxet Lahetjuzan, aux pages 21 à 28, intitulé « La « Nivelle », ses noms locaux, populaires, indigènes, de voisinage« qui m’a ramené en pensée, et en remontant le cours ondoyant et capricieux de la Nivelle, au sublime bucolique paysage, de verdure toute bruissante de ruisseaux et fontaines, d’« Urdazubi« , ce paisible petit village navarrais (du pays saretar…) d’Urdax, où nous avons passé une heure délicieuse l’après-midi de ce même samedi, après (sur le conseil avisé et expert de Guy Lalanne) un très réjouissant repas au restaurant Azketa-Jatetxea, à Zugarramurdi ; avec, bien sûr aussi, un saut à la spectaculaire immense Grotte des Sorcières, où de partout, là encore, l’eau affleure et ruisselle _,

m’a fait me retourner en pensée vers les mouvements de Résistance aussi de la région de Navarrenx (et du camp de Gurs) et d’Oloron,

où vécut et séjourna, pour l’essentiel, et à son corps défendant de « T.E. » _ au 182e GTE du camp de Gurs _, mon père, médecin _ élève de Georges Portmann _, entre juin 1942 et septembre 1944,

et me fait rabouter plusieurs horizons de montagnes

comportant en beau _ fond _ de perspective

la même continue, étalée,  sereine et lumineuse, par-dessus des nuages, « ligne des Pyrénées » ;

qui me rappelle aussi « Le Chemin des Pyrénées » de Lisa Fittko,

sur lequel nous croisons aussi, en 1940 et 1941, à Gurs, puis à Lourdes, Hannah Arendt et Walter Benjamin…

Ce jeudi 6 octobre 2022, Titus Curiosus – Francis Lippa

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