L’interprétation musicale des chefs d’oeuvre : Paul Lewis dans les dernières pièces pour piano de Brahms…

— Ecrit le mardi 1 février 2022 dans la rubriqueMusiques”.

Les sublimes chefs d’œuvre de musique requièrent de toujours nouveaux chefs d’œuvre d’interprétation de la part de ceux qui s’efforcent de nous y faire accéder, au concert comme au disque, afin que, à notre tour, nous éprouvions-approchions un peu davantage l’infini des myriades de richesses que les compositeurs ont laissées en pauvres traces précipitamment notées, dans l’urgence de l’opération de création, sur les partitions qu’ils avaient sous la main.

Soit un défi perpétuellement recommencé, à leur tour, pour les interprètes.

Et encore faut-il, aussi, en aval, que notre accueil de réception, à nous qui nous contentons d’un peu activement écouter, soit lui aussi à semblables hauteurs…

Soit une conjonction toujours difficile… Et rare.

Or, ce jour,

voici que j’admire profondément l’interprétation que vient de nous donner-proposer le pianiste anglais Paul Lewis de ce chef d’œuvre _ au singullier ? au pluriel ? En quelque unité éprouvée in fine de leur diversité… _ si intensément émouvant _ sublime ! _ « Late Piano Works _ Opps. 116-119 » de Johannes Brahms (1833 – 1897).

Bien sûr, il existe déjà de bien belles interprétations au disque de cet Himalaya de piano…

Auxquelles il nous arrive, bien sûr, de revenir…

Mais aujourd’hui,

voici la très belle propositition que nous offre Paul Lewis, en un CD Harmonia Mundi HMM 902365.

Et telle que je l’ai apprise, avant de la découvrir sur ma platine, ce même jour, en un très juste article de Jean-Charles Hoffelé, en son Discophilia, un article intitulé « Journal intime« .



Or, il se trouve qu’à l’écoute répétée des 77′ 07 de ce CD, je dois convenir tout à fait partager le ressenti qu’y exprime le chroniqueur à l’égard ce cette interprétation si brahmsienne de Paul Lewis pour ces quatre opus 116-117-118-119 de Johannes Brahms,

presque au bout de sa vie, lui, quand il les a composés…

En leur crépusculaire fondamentale sobriété, aux bords si proches de silences chuchotés, sans pathos.

Mais de fait, tout vrai chef d’œuvre est fondamentalement oxymorique…

Et toute interprétation à sa hauteur, doit l’être aussi…

Ainsi que toute modeste et humble écoute vraie…

Il faut donc se laisser engager-conduire dans de pareilles essentielles _ en même temps que très simples, très sobres, très humbles _ expériences de perception…

JOURNAL INTIME

« Late Piano Works » proclame la pochette », et c’est bien dans un crépuscule _ de journée, de vie _ que Paul Lewis joue les quatre ultimes cahiers _ de piano _ d’un Brahms s’aventurant aux limites de la tonalité _ oui.

Pourtant, il ne le tire pas du côté des Modernes, comme le faisait Glenn Gould _ que j’exècre _ en herborisant dans les seuls Intermezzos _ cf, à ce propos, mes articles des 15 septembre « «  et 15 septembre 2019 « « , à propos du très beau travail d’interprétation de Johannes Koroliov… _, non, son Brahms reste dans le monde d’hier _ romantique, donc _, il ose un rapprochement assez inédit avec le monde des Lieder _ de Brahms pour la réception d’interprétations desquels j’ai toujours, décidément, il me faut l’avouer, personnellement bien du mal… Le bref de ces haïkus de clavier les y confronte de nature, mais je n’avais pas jusqu’ici perçu que se tissaient entre le piano et l’imaginaire vocal de telles affinités électives _ peut-être qu’il fallait à Brahms l’expression seulement pianistique, enfin, de tels Lieder ohne Worte

Cela chante, contre-chante, dit _ voilà ! _ autant qu’évoque, mais toujours dans ce crépuscule de sons _ oui _, dans ces _ si délicats et si ténus et finssfumatos où l’harmonie se diapre _ voilà : Johannes Brahms, même à Vienne, garde quelque chose des brouillards nacrés des bords de l’Elbe, de sa native Hambourg _, et lorsque la nuance appassionato paraît, lorsque même des tempêtes se lèvent – le Capriccio introductif de l’Opus 116, la Ballade qui ferme l’Opus 119 – c’est l’envers lyrique du texte qui s’impose _ voilà.

À mesure, l’album devient un univers total _ oui ! _, les cahiers ne sont plus individualisés _ en effet… _, je suis saisi par la main du voyageur qui m’emmène par ce sentier perdu, vers ces forêts sombres qu’ourle un crépuscule éternel.

Disque de poète assurément _ oui _, et que l’on doit entendre comme on lirait, dans le propre silence _ voilà _ imposé par la musique-même _ du très grand art, en sa fondamentale chaste simplicité-nudité-vérité…

LE DISQUE DU JOUR

Johannes Brahms (1833-1897)


7 Fantasies, Op. 116
3 Intermezzi, Op. 117
6 Klavierstücke, Op. 118
4 Klavierstücke, Op. 119

Paul Lewis, piano

Un album du label harmonia mundi HMM902365

Photo à la une : le pianiste Paul Lewis – Photo : © Kaupo Kikkas

 

Un essentiel CD.

Ce mardi 1er février 2022, Titus Curiosus – Francis Lippa

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