Archives de la catégorie “Philo”

Philippe Hamou : « Dans la chambre obscure de l’esprit : John Locke et l’invention de l’esprit », à la Station Ausone le 4 décembre 2018

16déc

Voici le podcast (de 56′)

de la très claire _ et remarquablement éclairante ! _ conférence de Philippe Hamou

pour notre Société de Philosophie de Bordeaux,

à la Station Ausone le mardi 4 décembre dernier,

à partir de son travail sur John Locke,

Dans la chambre obscure de l’esprit : John Locke et l’invention du Mind :

Ce dimanche 16 décembre 2018, Titus Curiosus – Francis Lippa

Ecouter Pascal Chabot présenter son drame philosophique « L’Homme qui voulait acheter le langage »

21sept

Hier, au studio Ausone,

l’excellent Pascal Chabot

_ auteur du passionnant et brillantissime Global burn-out (paru aux Puf en janvier 2013) _

s’est entretenu avec moi-même

à propos de son petit drame philosophique L’Homme qui voulait acheter le langage,

qui vient de paraître aux PUF ce 5 septembre.

Le podcast de notre entretien a une durée de 48′ 45.

Pascal Chabot aborde aussi certains aspects de son précédent ouvrage : Exister, résister _ ce qui dépend de nous

(paru aux Puf, aussi, en septembre 2017).

Ce vendredi 21 septembre 2018, Titus Curiosus – Francis Lippa

 

Acheter le langage, selon Pascal Chabot

15sept

Jeudi prochain 20 septembre,

au Studio Ausone à 18 heures,

j’aurais le grand plaisir de recevoir Pascal Chabot,

pour son très judicieux L’Homme qui voulait acheter le langage,

qui paraît aux Éditions PUF…

Pascal Chabot _ remarquable philosophe bruxellois _

est l’auteur du passionnant Global burn-out,

qui m’avait très vivement impressionné en 2013.

Voici l’article que Le Monde des Livres de jeudi dernier

consacre à L’Homme qui voulait acheter le langage

sous la plume de Roger-Pol Droit.

Figures libres. Pour parler, abonnez-vous au forfait langage

La chronique de Roger-Pol Droit, à propos de L’Homme qui voulait acheter le langage, de Pascal Chabot.

LE MONDE | 13.09.2018 à 07h45 • Mis à jour le 13.09.2018 à 09h48

Par Roger-Pol Droit

Un Amazon Echo Dot.

L’Homme qui voulait acheter le langage. Drame philosophique, de Pascal Chabot, PUF, 110 p.

Nous parlons à nos téléphones, à nos enceintes connectées. Nous leur donnons des ordres. Nous commandons à la voix services, informations, produits. Le monde nous obéit. Pour désigner cette activité, on utilise encore le vieux verbe « parler ». Le mot fut associé, naguère, à quantité de pratiques langagières – délires amoureux, chants poétiques, démonstrations théoriques, exhortations politiques… S’il demeure le même, les registres sont radi­calement distincts.

Quand nous nous adressons aux autres humains, c’est pour séduire ou menacer, instruire ou distraire, faire obéir ou désobéir… entre autres. En revanche, lorsque nous donnons des instructions à Siri, Google Assistant et compagnie, nous accomplissons uniquement des actes suivis d’effets, qui sont autant d’opérations moné­tisables.

Tel est le point de départ de la courte pièce de théâtre – « drame philosophique » – intitulée L’Homme qui voulait acheter le langage, que signe aujourd’hui Pascal Chabot, philosophe inventif à qui l’on doit déjà plusieurs essais et fictions. Son intuition : la logique du développement numérique risque de disqualifier toute parole simplement évocatrice, ou purement descriptive, qu’elle soit poétique ou scientifique. Il ne resterait que les actes linguistiques efficaces, directement opérationnels, capables d’agir sur le monde, passant des commandes, transmettant des ordres, énonçant des faits.

Le progrès n’étant que « le devenir banal de l’impensable », il suffit de faire un dernier pas pour parachever le cauchemar. Imaginons qu’on élabore l’algorithme qui répondra avec discernement aux formulations floues de chacun. Votre phrase « Je veux passer une journée tranquille » débouchera aussitôt sur des propositions commerciales ajustées à votre profil – habitudes, consommation antérieure, parcours préexistants… Le concepteur de cette monstruosité sera devenu maître du langage.

Capitalisme linguistique

Il pourra désormais certifier le devenir-chose des mots. Et vendre des abonnements donnant le droit de parler pour obtenir ce qu’on veut. Ceux qui n’y auront pas accès croupiront dans le silence. Sans forfait langage, tu parleras pour ne rien dire. « Consommer, c’est parler avec effet » – telle est la loi du nouveau monde qui se met en place. Ce soir, tout est au point. Il n’y a plus qu’à lancer l’opération. L’univers ancien sera bientôt terminé, sauf si…

L’excellente et instructive fantaisie imaginée par Pascal Chabot se déroule dans le sous-sol d’un aéroport. Au dehors, un ouragan cataclysmique, comme celui qui a ravagé Saint-Martin il y a un an. Dans la spirituality room, où les voyageurs de toutes confessions peuvent se recueillir, dialoguent un homme et une femme qui s’aimèrent dix ans plus tôt. Il serait malvenu d’en dire plus. Inutile de dévoiler les péripéties du dialogue et surtout le dénouement.

Il suffira de dire que Pascal Chabot met en lumière le récent capitalisme linguistique en estuissant les épousailles des GAFA et de Wittgenstein (« Si un signe n’a pas d’usage, il n’a pas de signification« , dit son Tractatus logico-philosophicus, 3 328). Ce divertissement autour d’une question cruciale de notre époque n’est pas seulementt amusant et bien ciblé. Il fait peur autant qu’il séduit. Il donne à réfléchir. Il contribue sans doute à ouvrir la philosophie. Mais d’abord à nous ouvrirr les yeux.

Ce samedi 15 septembre 2018, Titus Curiosus – Francis Lippa

Un passionnant et très riche entretien avec la merveilleuse Chantal Thomas à Sciences-Po Bordeaux le 8 mars 2018

11août

A la recherche de documents et témoignages autour d’Hélène Cixous

professeur d’Anglais au Lycée Grand Air d’Arcachon durant trois années : de septembre 1959 à juin 1962 ;

_ lycée Grand Air où j’ai moi-même enseigné (la Philosophie) de septembre 1976 à juin 1978 ; puis, à nouveau, l’année scolaire 1981-82 _,

il se trouve que présentement je m’intéresse aux années durant lesquelles Hélène Berger,

toute jeune professeur agrégée d’Anglais au lycée Grand Air d’Arcachon _ son tout premier poste _,

a eu pour élève la jeune _ arcachonnaise _ Chantal Thomas,

qui accomplit toute sa scolarité secondaire à Grand Air,

de septembre 1956, son entrée en Sixième, à juin 1963, son année de Terminale, en classe de Philosophie ;

juin 1963 où Chantal Thomas obtint son Bac ;

et rejoint alors Bordeaux

d’abord en Classe Préparatoire,

puis à l’université, à la Faculté des Lettres du Cours Pasteur…

Outre un joli article de Sud-Ouest, Chantal Thomas à 12 ans, sous la plume de Christian Seguin, en date du 15-8-2010,

voici qu’en naviguant un peu sur le web,

je tombe sur un très remarquable _ passionnant ! et très riche _ entretien récent (le 8 mars dernier) avec la merveilleuse Chantal Thomas

_ qui fut ma condisciple en Philosophie sur les bancs de la Faculté des Lettres de Bordeaux (de septembre 1965 à juin 1967) _

à Sciences-Po Bordeaux,

et sous la direction de Jefferson Desport (du journal Sud-Ouest),

d’une durée de 99 minutes :

le Grand Oral de Chantal Thomas,

dont voici la très riche et magnifique vidéo.

C’est passionnant !!!

Chantal Thomas est un auteur majeur et vrai ! de la France contemporaine,

par la finesse et l’extrême ouverture tellement juste de sa sensibilité et son intelligence _ inséparables l’une de l’autre !

en plus de la précision et profondeur de sa très vaste et très ouverte culture (dont les Corto Maltese du vénitien Hugo Pratt !) acquise aussi en ses travaux de chercheur _,

et avec une œuvre à la fois très variée et très importante,

je veux dire civilisationnellement _ sans rien dire de sa merveilleuse élégance...

Ce samedi 11 août 2018, Titus Curiosus – Francis Lippa

 

 

Un remarquable article de Maïa Mazaurette : « Pourquoi les corps masculins sont-ils invisibles ? »

05août

Un très remarquable _ et passionnant _ article de Maïa Mazaurette

dans le Magazine du Monde de ce dimanche 5 août :

Pourquoi les corps masculins sont-ils invisibles ?

Pourquoi les corps masculins sont-ils invisibles ?

L’été, les corps nus des hommes sont partout, mais personne ne les voit _ du moins en apparence ; on y fait silence !

A contrario, celui des femmes est toujours objet de commentaires _ en effet ! _ même sous douze couches de vêtements, remarque Maïa Mazaurette,

qui invite les hommes à réfléchir à leur propre érotisation _ voilà !

….

LE MONDE | 05.08.2018 à 06h28 |Par Maïa Mazaurette

Le corps des femmes avait bien mérité sa trêve estivale, mais manifestement, le sexisme ne prend pas de vacances, et profite du hashtag #jesuiscute pour se poser en terrasse.

Rappel des faits : la modèle érotique Manny Koshka ironisait la semaine dernière sur la « police des mœurs Twitter » – désignant ces usagers s’improvisant père la morale devant le moindre selfie féminin vaguement dénudé, et dont les recommandations vont du paternalisme (« tu regretteras plus tard ») à la pruderie (« tu en montres trop ») en passant par la protection des mineurs (« des enfants pourraient voir tes seins »).

Les propos de Manny Koshka ont été relayés par d’autres femmes, qui ont rappelé preuve à l’appui que leur corps leur appartenait et qu’elles ont le droit de le montrer.

La police des mœurs en question n’a pas tardé à réagir : « rhabille-toi », « t’es une pute », et autres noms d’oiseaux…

Mais pendant que Twitter s’écharpe, les hommes exhibent _ oui _ leur torse sur la plage, au sport, dans la rue, au supermarché, lors des festivals, et même sur les réseaux sociaux. Ils montrent leurs fesses en public, pour provoquer ou rigoler. Ils dessinent des pénis sur les murs des bars. Grâce aux hormones/au surpoids/à la gonflette, certains de ces hommes ont des seins. Tous possèdent des tétons. Ces rhabilleurs de femmes ne sont pas les derniers à envoyer des photos de leur sexe à des inconnues (un quart des hommes millenials ont déjà envoyé une dick pic, et plus de la moitié des femmes de cette génération en ont reçu, selon l’institut Yougov en 2017).

Corps masculins exhibés mais invisibles

A quoi est dû cet aveuglement _ de silence / discours _ sélectif ? La première raison tient de l’homophobie intériorisée _ = inhibée. Nos codes contemporains _ = clichés encouragés et obligés : prescriptifs _ considèrent la séduction comme appartenant aux femmes, par droit naturel _ qui n’existe pas ailleurs que dans l’idéologie. L’art de plaire constitue leur production esthétique exclusive – leur peinture, leur cinéma, leur niche culturelle. Du coup, tout homme s’arrogeant ces compétences « féminines » prend le risque d’être assimilé à une femme, ce qui ferait de lui mathématiquement un homosexuel (si ce raccourci vous semble étrange, bienvenue au club).

Ce jugement s’applique avec la même sévérité aux hommes qui cherchent à séduire des femmes avec leur corps. On se moque des « beaux gosses » adeptes de codes ultravirils (gros muscles, gros tatouages), car comme chacun sait, le vrai mâle se contente de séduire par son glorieux intellect. On appelle « frivolité » les savoirs traditionnellement féminins, pour bien délimiter le champ des connaissances légitimes. La parade amoureuse est un truc de gonzesse _ à masquer.

Ne pas se soumettre au désir féminin

Ce constant rappel à l’ordre porte ses fruits : les hommes font implicitement le choix de se soumettre aux codes du masculin plutôt qu’au désir féminin, quitte à perdre des opportunités sentimentales et sexuelles. Faute de moyens physiques de se mettre en valeur, certains finissent par justifier le harcèlement (il n’y aurait pas d’autre moyen d’attirer l’attention des femmes). Et faute de combattants et de transmission, les compétences esthétiques masculines restent limitées : les rues sont grises, les tenues ternes. On n’essaie même pas.

 

Car dans cet imaginaire masculin curieusement passif, les beaux ont de la chance, les moches manquent de chance. C’est la nature. Y’a rien à faire. Les moins favorisés se moquent avec amertume des mieux lotis, comme ces « incels » (célibataires involontaires) qui appellent les beaux garçons des « Chads ». La tradition féminine, au contraire, considère la génétique comme le début de la conversation. Les femmes peuvent (doivent) toujours faire quelque chose pour s’améliorer (quitte à dépenser des fortunes pour passer sur le billard).


Cette attitude repose sur une autre construction intellectuelle : l’idée que la partie serait perdue d’avance parce que les femmes sont le beau sexe, tandis que les hommes seraient laids et/ou hilarants (quoi de plus rigolo que de montrer son pénis ?). En conséquence de quoi toute séduction physique est inutile. Le French lover est mort, s’il a jamais existé en dehors de la littérature. Le corps masculin serait d’ailleurs si peu érotique que les femmes, pas folles, se ficheraient des apparences masculines. Comme le démontre leur consommation de porno gay, de boy’s bands, ou de films avec Brad Pitt ?

Cette désincarnation des hommes ne relève pas du simple problème théorique : il s’agit d’une négation quotidienne, rabâchée, harassante, du désir féminin, considéré comme « mystérieux ». Le mystère a bon dos ! Cette indifférence à soi-même se retourne en outre contre ses instigateurs. Elle est au moins partiellement responsable des crashs de libido : en l’absence d’autoérotisation des maris, amants, petits amis, rien ne vient remplacer la passion sexuelle des débuts lorsqu’elle s’essouffle. Or on ne peut pas demander les résultats du désir sans susciter le désir, de même qu’on ne peut pas réclamer plus d’interactions charnelles sans considérer sa propre chair. Ces corps uniformes produisent des lassitudes logiques, des cercles vicieux destructeurs (pourquoi s’embêter quand son conjoint ne fait aucun effort ?).

Comble du paradoxe, on a entendu pendant les hautes heures du mouvement #metoo les hommes se plaindre… de ne pas être assez érotisés : « moi, j’adorerais qu’on me harcèle » (à ceux qui ont prononcé ou pensé cette phrase : je vous garantis que non). Du coup, les paresses masculines seraient en fait la faute des femmes (aaaah). Franchement ? Non. Même si les femmes pourraient effectivement investir plus sérieusement le champ de l’érotisation des hommes (par l’art, notamment), c’est aux hommes de faire exister leur corps dans l’espace public. C’est aux hommes de résister contre une forme de sexisme qui sabote leur confiance, leurs opportunités et leur libre individualité. Le moment est parfaitement choisi pour entamer cette révolution : il y a de la place aux côtés des défenseuses de #jesuiscute, et en plus, il fait beau.

Ce dimanche 5 août 2018, Titus Curiosus – Francis Lippa

 

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