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Quelques questions sur des parents Cixous ayant pu être parfois de passage au 54 rue Philippe à Oran entre 1936 et 1945…

18nov

Jusqu’ici, en ces articles de ce blog, il m’est arrivé de mentionner, mais à peine _ faute de développements un tant soit peu substantiels dans les livres que j’ai pu lire jusqu’ici d’Hélène Cixous : rien que de très brèves elliptiques mentions de noms et prénoms, autant dire quasiment rien pour satisfaire mon endémique curiosité… _, quelques autres membres, oncles, tantes, frères, sœurs, beaux-frères, belles-sœurs, neveux, nièces, cousins, cousines des proches de la petite Hélène Cixous et son petit frère Pierre,

seulement très furtivement évoqués _ même pas des ombres, et encore moins des fantômes qui parlent, et avec lesquels converser… _ qui peuvent apparaître sous forme d’un plus ou moins précis lien de parenté _ par exemple, en 17 pages de « MDEILMM Parole de taupe » : « ma cousine«  _, ou d’un prénom _ par exemple, à la page 140 de « MDEILMM Parole de taupe » : « Claire« , en la phrase : « La cousine s’oriente entre les Claire et les Deborah,  je m’y perds« ,

qui suit immédiatement cette autre phrase assez intéressante pour mes essais de repérage généalogique des Cixous d’Algérie : « Avec le temps les vingt-quatre progénitures tous mariés avec cousins cousines entreabrahamisés et automoïsés deviennent de plus en plus nombreux de plus en plus petits, il y a de plus en plus d’issus abrahamoïsés » ;

et la phrase qui lui succède, page 141, est la suivante : « Le petit peuple des souris, gent de beaucoup de cœur, est uni vers le cap de la Reine _ soit Reine Sicsu, veuve de Samuel Cixous, du 3e étage du 54 rue Philippe à Oran, ces années-là… _ _ Personne n’ayant le téléphone, des cousins arrivent au troisième étage sans prévenir, à la suite d’un tremblement de terre _ l’oncle Moïse Cixous (né à Tiaret le 2  février 1875 et qui décèdera à Fréjus le 4 juin 1963, frère d’Abraham et Samuel Cixous) et sa famille sont domiciliés à Orléansville ! Et Moïse Cixous, photographe, était président de la Ligue des Familles Nombreuses d’Orléansville..  _ ou d’une plaie _ afin de se faire soigner par le cousin médecin Georges Cixous… Parmi les traits remarquables de ces mouvements : la famille ne s’entredéchire pas. Un instinct  _ à défaut de téléphone _ guide les consanguins, qui leur évite les embouteillages. Alice semble avoir joué le rôle de centrale-Information« … _ dans ce « MDEILMM Parole de taupe« .

Il faut donc bien davantage préciser, pour commencer, les données d’identités de Claire Cixous, Déborah Cixous et Gabriel Cixous,

soient les deux sœurs et le frère de Georges-Jonas Cixous (Oran, 5 septembre 1908 – Alger, 12 février 1948),

soient aussi les deux tantes et l’oncle paternel d’Hélène (née à Oran le 5 juin 1937) et de Pierre Cixous (né à Oran le 11 novembre 1938) ;

et éventuellement leurs domicialisations respectives ces années-là, entre 1936 et 1945…

Si le nom de Claire Cixous est bien prononcé _ cf le détail qui en est donné un peu plus haut ici même… _ à la page 140 de « MDEILMM Parole de taupe« ,

nulle part, cependant, rien qui la concerne personnellement n’apparaît ici ; ni non plus, à mon souvenir du moins, que dans les ouvrages précédents que j’ai pu lire de sa nièce Hélène Cixous ;

et cela à la différence, du moins pour ce qui concerne cet opus-ci, de ce qui apparaît ici de sa sœur cadette Déborah (Oran, 17 janvier 1906 – Cachan, 27 août 1992)…

Ainsi Claire Cixous (Oran, 9 novembre 1903 – Paris, 28 septembre 1995) a-t-elle été mariée deux fois ; une première fois avec un monsieur Benhamou, dont elle a eu un enfant Benhamou ; puis, une seconde fois, à Oran, le 13 août 1928, Isaac-Fernand Amar, dont elle a eu avec trois enfants Amar, parmi lesquels, peut-être, ce cousin qu’Hélène Cixous nomme ici « mon Cousin Saul, le nain (…), l’archiviste demeuré, qui a découpé le petit scarabée de Journal _ soit l’avis du décès de Georges-Jonas Cixous, le père d’Hélène, paru dans Alger républicain en février 148 , et reproduit page 65 _ et l’a conservé, pour une durée perpétuelle, dans l’ambre poussiéreux de ses vieux cartons, parmi les avis de naissances, morts, et divers événements généalogiques  » et « c’est Saulqui a transformé la rumeur du monde en dalle funéraire, émondé le siècle de mon père, découpé au ciseau le flot sonore des jours, réduit le corps de mon père en scarabée d’or« , page 66 ; et aussi, page 158, celui qu’elle nomme le « neveu Saul-co-théosophe » de sa « Tante Déborah » Cixous…

Et qu’ailleurs, dans « Nacres Cahier« , cette fois, à la page 44, et sous l’en-tête « Chez Paul-les-Malheureux – 11 juin 2017« , elle nomme cette fois « Paul, mon cousin, 88 ans » ;  puis, page 66, « Paul, mon cousin« , immédiatement suivi de « Pi, ma cousine, 85 ans, longue chevelure blanche soyeuse qui fut brune jadis » ;

une notation de 2017 (dans « Nacres Cahier« ) qui vient à l’appui de celle de maintenant (dans « MDEILMM Parole de taupe« ) : « Elle _ « Ma Cousine« ... _ a les cheveux longs en soie blanche, longs, longs, qu’elle met depuis quatre-vingts ans, et c’est comme si elle me regardait dans mes cheveux très courts, de toute la longueur de ses cheveux, et je sautille. (…) La Cousine mange des gâteaux…« …

Je me demande donc si ce « Cousin Saul-le nain« , « neveu Saul-co-théosophe » de « Ma Tante Déborah » _ et un peu plus tôt « Paul, mon cousin, 88 ans«  (en juin 2017) _,

et cette « Ma Cousine » _ et un peu plus tôt « Pi, ma cousine, 85 ans«  (en 2017) _,

ne sont pas des enfants _ nés, Saul-Paul, en 1929, et sa sœur Pi, en 1932… _ de la sœur aînée de Déborah et Georges-Jonas Cixous, soit Claire Cixous, et de son second mari Isaac-Fernand Amar _ mariés à Oran le 25 janvier 1929, comme cette mention de mariage a été rajoutée sur l’acte d’état-civil de naissance de Claire Cixous, en date du 25 janvier 1929.. _, qui ont eus trois enfants ;

dont ce Saul-Paul, né vers 1929, et cette Pi, née vers 1932…

Et, concernant cette tante Déborah, de nombreux _ plus ou moins homériques _ qualificatifs, aidant un peu à la situer au sein de la galaxie familiale des Cixous (du second étage du 54 rue Philippe à Oran) :

_ page 141 : « Déborah La Malade née-pour-être-soignée, ou pour avaler le Couscous réservé au Fils par la mère et rien qu’à Lui » ;

_ page 149 : et à propos de la medium Alice Carisio  « Sa Fervente Déborah la Malade-Née-pour-être-Soignée » ;

_ page 150 : « Déborah-la-mauvaise-santé » ;

_ page 151 : « la Vie Secrète de la Vierge Déborah » et « Maigre Déborah » ;

_ page 153 : « maigre Déborah » ;

_ page 158 : « Ma tante Déborah, cas digne, aura laissé instruction à son neveu Saul-co-théosophe qu’il veille à ce que la Prière soit enterrée avec elle, afin que morte elle soit gardée des ennemis invisibles » ;

et page 159 : « Grêle Déborah couchée le regard tourné vers les photos de ses hommes récite à voix haute : Barnasa…« 

En revanche, rien n’apparaît dans ces récits d’Hélène Cixous sur le quatrième et dernier membre de la fratrie des 4 enfants de Samuel Cixous (Tiaret, 10 septembre 1877 – Oran, 6 juin 1933) et son épouse Reine Sicsu (Oran, 20 octobre 1881 – Paris, 7 juin 1965),

je veux parler ici de Gabriel Cixous (Oran, 24 octobre 1912 – ?, 1er juillet 1957),

qui a obtenu le baccalauréat de Philosophie au Lycée de Garçons d’Oran au mois de juillet 1926 ; a été diplomé de la Faculté de Médecine et Pharmacie d’Alger en juillet 1931 ; et qui a exercé en tant que médecin ou pharmacien à L’Arba en 1948 et 1949, selon les renseignements que j’ai pu glaner jusqu’ici…


Lui, Gabriel Cixous _ qu’il ne faut pas confondre avec un cousin Gabriel Cixous, d’Orléansville, photographe, fils de Moïse Cixous (Tiaret, 2 février 1875 – Fréjus, 4 juin 1963, « le photographe d’Orléansville«  dont a parlé Roger Cixous, fils de ce Gabriel et petit-fils de ce Moïse Cixous, en un article intitulé « Mon Grand-Père, le Photographe d’Orléansville »…) _,

n’est, semble-t-il, pas du tout entré dans l’imageance de sa nièce Hélène Cixous…

Il est vrai que j’ignore l’essentiel de ce qui est advenu des rapports d’Eve Klein, la veuve de Georges Cixous, avec les membres de sa belle-famille Cixous à la suite du décès, à Alger, du Dr Georges Cixous, survenu le 12 février 1948. il me semble que le tropisme ashkénaze tourné vers les racines d’Osnabrück a dû être plus puissant qu’un éventuel tropisme séfarade orienté vers les racines de Tétuan… Mais c’est surtout là mon ignorance qui s’exprime, et probablement bien à tort…

Ne serait-ce qu’au vu de la résonance infiniment durable et aux harmoniques profondes des souvenirs et fantasmes de la maison aux escaliers du 54 rue Philippe à Oran, entre 1936-37 et 1945-46…

D’où la présence prenante en ce récent opus qu’est « MDEILMM Parole de taupe« , la taupe continuant bien sûr de creuser et parler (page 63), de personnages comme « Monsieur Èmile » et sa sœur, la « medium-écrivain » (page 133), Alice Carisio _ et Madame Léonetti, « la théosophe la plus secrètement réputée de cette ville philosophique«  qu’est Oran (page 115) ; ou aussi le souvenir de la fameuse Madame Blavatsky (page 154), sans compter quelques références à un Artemidorus (page 30), ou à un Jonas Ramus (page 80), venant titiller et alimenter ici l’imageance poïétique fantastique et ailée d’Hélène Cixous… _ du quatrième étage, au haut des escaliers de l’immeuble, du 54 rue Philippe, à Oran…

À suivre…

Ce vendredi 18 novembre 2022, Titus Curiosus – Francis Lippa

Au 54 rue Philippe à Oran, entre 1936 et 1945, la circulation entre les étages Klein, Cixous et Carisio, avec leurs veuves, leurs célibataires et quelques fantômes d’éminents disparus…

17nov

Si je prends comme repère de dates, d’une part la date du mariage du docteur Georges-Jonas Cixous (né à Oran le 5 septembre 1908) et Eve Klein (née à Strasbourg le 10 avril 1910) : le 15 avril 1936, à Oran,

et d’autre part le départ, en 1945, du docteur Georges Cixous et sa famille pour Alger,

il s’avère que la maison du 54 rue Philippe à Oran, a été alors le domicile :

_ des Cixous, au 3e étage :

Reine Sicsu (née à Oran le 20 octobre 1881 ; épouse, à Oran, en janvier 1903, de Samuel Cixous ; et veuve de son mari, décédé à Oran, le 6 juin 1933) _ Reine Sicsu, veuve Cixous, décèdera à Paris le 7 juin 1965 _,

ainsi probablement que sa fille demeurée célibataire Déborah Cixous (née à Oran le 17 février 1906) _ laquelle décèdera, célibataire, à Cachan, le 27 août 1992.

_ des Cixous-Klein-Jonas, au 2e étage :

le Dr Georges-Jonas Cixous (né à Oran le 5 septembre 1908 ; et qui décèdera à Alger le 12 février 1948), et son épouse, à Oran le 15 avril 1936, Eve Klein (née à Strasbourg le 10 avril 1910) _ elle décèdera à Paris le 1er juillet 2013 _,

leurs deux enfants Hélène Cixous (née à Oran le 5 juin 1937) et son frère Pierre Cixous (né à Oran le 11 novembre 1938) ;

ainsi que de la mère d’Eve Klein, Rosy Jonas (née à Osbabrück le 23 avril 1892 ; épouse à Osnabrück, en 1910, de Michael Klein ; et veuve de celui-ci, tué sur le front russe le 27 juillet 1916 ; qui a réussi à rejoindre la France, puis l’Algérie, à l’automne 1938) _ Rosy Jonas, veuve Klein, décèdera à Paris le 2 août 1977.

_ ainsi que des Carisio frère et sœur, au 4e et dernier étage :

Émile Carisio (né à Oran le 19 avril 1882) et sa sœur Alice Carisio (née à Oran le 23 décembre 1889), tous deux célibataires Émile Carisio semble cependant s’être marié à Oran, à l’âge de 60 ans, à une certaine Marguerite x le 28 mai 1942, si l’on prend en compte un rajout rédigé à la plume, le 8 septembre 1942, sur l’acte d’état-civil de sa naissance en 1882…

Beaucoup de veuves, ainsi que pas mal de célibataires, semble-t-il ;

ainsi que quelque absents _ voire  fantômes… _ parvenant à s’exprimer via la médiation assez commode de tables tournantes _ théosophiques, possiblement acquises, via la tante Déborah, d’une assez connue théosophe oranaise : « il me vient à l’idée que la petite table ronde est peut-être celle que ma tante Déborah a achetée en 1928 lors de la dispersion des objets parlants et du mobilier sophique de Madame Léonettila théosophe la plus secrètement réputée de cette ville philosophique, chez qui les fidèles se rendaient une fois par ses semaines jusqu’à la dernière«  ; selon ce passage de la page 115 de « MDEILMM _ Parole de taupe«  _, au 4e étage…

Ainsi que quelques parents, frères, sœurs, oncles, cousins quelquefois de passage au 3e étage Cixous…

Ce jeudi 17 novembre 2022, Titus Curiosus – Francis Lippa

Le fantastique « viatique inespéré » d’écrire, ou le legs inespéré d’Alice Carisio : « pour franchir les abymes et renaître des incendies » ; ou la poursuite (« pour continuer ce qui est fini » : « ce qui est fini continue dis-je »… ) des conversations continuées avec ses morts (et quelques vivants) d’Hélène Cixous, et parce que « le temps, c’est surtout la vérité du temps », en un assez désopilant, au moins par endroits, « MDEILMM _ Parole de taupe »…

16nov

Venant de relire les 170 pages

_ comme toujours assez cryptées, mais c’est un jeu du Livre, non seulement, et pas du tout d’abord, avec ses lecteurs, mais d’abord et très fondamentalement avec celle qui accepte, en ses cahiers, de totalement se livrer (= se Livrer…), encore, et toujours (cf là-dessus le bel article très lucide « Ecrire infiniment » de Marie Etienne, paru le 17 novembre 2021 dans En attendant Nadeau, à propos du précédent « Rêvoir » dont « MDEILMM _ Parole de taupe«  est simplement, et très évidemment, la continuation, la poursuite, une suite…), et à nouveau, opus après opus, à l’acte infiniment toujours surprenant d’écrire, avec la gourmandise goulue, à la fois terrorisée mais plus encore ultra-jouissive, de découvertes rétrospectives à-venir merveilleuses et magnifiques (« une Grâce !« , quand et si elle survient ; mais, de fait, cela advient !..) qui, en dépit du puissant effaceur Léthé viennent presque souvent, et toujours, forcément assez subrepticement, avec du temps (à y consacrer et s’y consacrer soi-même) et  surtout de la fulgurance, s’y livrer en ces pages… _

du tout récent nouvel opus d’Hélène Cixous, « MDEILMM _ Parole de taupe« ,

mon impression de désopilance de cet opus,

au moins en maints passages _ par exemple celui, absolument délicieux autant que torrentiel, des irrésistibles « choux à la crème » de la cousine d’Hélène, « Ma Cousine« , l’ambassadrice du salvateur viatique, le 29 décembre 2020, aux pages 74 à 79 ;  ou, par exemple encore, celui, bien plus bref, des pets devenus, pour l’opéra, « à la violette », sur les très avisés conseils de « Monsieur Emile« , le frère en apothicairerie de la maîtresse des tables tournantes du 4ème étage du 54 rue Philippe, à Oran, la demoiselle Alice Carisio, la « médium-écrivain« , à l’orthographe plus qu’incertaine, à la page 162…  _

se confirme et m’enchante…

Et pour confirmation de mon intuition de lecture-relecture de ce « MDEILMM _ Parole de taupe » de maintenant,

je me permets de reproduire ici et en entier _ avec une ou deux farcissures de commentaire miennes, en forme de dialogue poursuivi… _ ce bel article lucide d’il y a un an de Marie Etienne à propos du précédent « Rêvoir » d’Hélène Cixous :

Écrire infiniment

Rêvoir : rêv(e)oir, revoir, ré(ser)voir. Comme toujours, avec Hélène Cixous, on est à la frontière des mots, ce qui fait qu’ils communiquent. Comme des vases surréalistes, ils entretiennent des relations d’êtres parlants, vivants, ils échangent leurs pouvoirs, ils sont puissants et agissants sur la réalité.


Hélène Cixous, Rêvoir. Gallimard, 194 p., 17 €

Hélène Cixous, Le livre de Promethea. Nouvelle édition augmentée d’une préface, d’une interview et d’un dessin d’Adel Abdessemed. Gallimard, coll. « L’Imaginaire », 272 p., 11 €


 

Tenons-le-nous pour dit, Hélène Cixous n’a pas fini, bien qu’elle écrive infiniment, de nous mener dans son bateau, vers des rives qu’on savait exister mais qu’on ne voyait pas aussi clairement qu’elle.

Les moments de la vie ne sont pas séparés, le temps n’existe pas

_ car « le temps, c’est surtout la vérité du temps« , qui advient, cette vérité du temps-là, dans l’expérience absolument ouverte de l’écrire, comme l’indique magnifiquement Hélène Cixous à la page 58 de « MDEILMM _ Parole de taupe«  ; poursuivant, en l’élan même de la page, sur sa lancée très lucidement inspirée :  »Toute ma vie est au présent, ma mémoire est une armoire immense pleine de morts et d’éternités de mon vivant, nous sommes naturellement anachroniques et tout aura toujours été écrit dans le présent de mes cahiers. J’écris depuis que je suis. Mes cahiers sont les barques dont on s’est toujours aidés pour franchir le Léthé. On ne dira jamais assez à quel point le papier _ ainsi que l’encre ; cf ce qu’en ont dit nos très chers Montaigne, puis Proust... _, ce matériau si léger, est solide. C’est, comme l’écriture, du rien très puissant. J’écris, c’est-à-dire je monte à bord d’un cahier pour franchir les abymes et renaître des incendies« , toujours en ce puissant « MDEILMM _ Parole de taupe«  _,

du moins tel qu’on l’entend, qu’on le conçoit par habitude. « Il n’est pas impossible d’exister sans temps. » Les morts et les vivants continuent à se voir et même à se rêvoir, dans ce pays juste à côté, qui flotte fortement quand on le croit possible et qu’on a des antennes, un ascenseur particulier pour y descendre ou y monter. « L’amour garde en vie les morts, à condition bien entendu que l’amour soit de bonne qualité – surtout les chats. »

Ainsi, tout continue

_ voilà ! « Ce qui est fini est fini dit ma mère, ce qui est fini continue-dis-je. J’écris pour continuer« , écrit Hélène Cixous en cette même page 58 de « MDEILMM _ Parole de taupe«  _,

nous y sommes habitués chez Cixous, mais cette fois _ et c’est aussi le cas, bien sûr, dans l’opus qui va suivre… _ la mort, ou son idée, se fait pressante, la maladie prend de la place, elle perturbe et le corps et l’esprit et le monde. La peur s’installe. Hélène s’échappe, le plus souvent dans le passé ou le futur, elle est prise de bougeotte, elle est Dame-en-partance, elle est tragique et drôle, follement drôle ! _ avec désopilance même ! Elle donnerait du courage au plus rouillé, au plus trouillé, dirait Ève, sa mère, qui l’amène en voyage, elle est l’incartade même, dépourvue et touchante : « je pris pour tout bien ma robe de chambre en lainage écossais, une vraie maison, un lit de camp, un berceau pour les chats, une peau de mère pour mon corps fatigué

_ cf ce qu’en « MDEILMM _ Parole de taupe« , aux pages 63- 64, vient énoncer, et c’est là même le tournant absolument décisif à mes yeux de ce nouveau livre Hélène Cixous : « Ce jour-là _ le 29 décembre 2020 _ « le messager du destin c’est ma cousine. (…) Et comme si elle était obscurément avertie de cette mission inimaginable, elle s’était spontanément costumée et ornée d’une coiffure d’ambassadeur nommé pour remettre à un.e destinataire à l’essor menacé par la fatigue _ nous y revoilà à ce qu’il faut donc surmonter ! _ la faiblesse, la baisse de la vitalité, un viatique inespéré » : une expression bien sûr capitale !.. ;

venant commenter ces mots en effet tout à fait décisifs pour l’économie de ce nouvel opus, de la page 63 : « L’événement de cette année _ 2020 _ c’est l’arrivée de l’Avis, et par suite le mystère de la vie de l’Avis, une vie de taupe. On aura donc vécu plus de soixante-dix ans

_ soixante-douze ans précisément, entre le 12 février 1948 de la mort de son père, Georges-Jonas Cixous, décédé à Alger le 12 février 1948, et le mercredi 29 décembre 2020 de la réception, via la cousine

(« Quand ma Cousine est passée, ce n’était pas prévu, ni par elle, ni par moi. Elle habite dans la rue voisine, elle remémore sur la même place que moi, c’est une dame, elle porte un long vêtement flottant de coulcousin Saul, eur gris soie..(…) Et je me suis retrouvée avec elle, la ne dame, dans les jardins d’Oran autour d’une table tournante, une de ces tables qui la suivent partout, depuis notre premier étage. Comme d’habitude elle apporte un carton : un carton de pâtisseries pour pâtisser la table et la faire parler. Elle le jette sur la table, elle me regarde en clignant des yeux et elle dit : tu as encore maigri. Elle a les cheveux longs en soie blanche, longs, longs, qu’elle met depuis quatre-vingts ans, c’est comme si elle me regardait dans mes cheveux très courts, de toute la longueur de ses cheveux, et je sautille. (…) La Cousine mange des gâteaux. Ils sont là. Des petites mamelles à la crème. Elle ne peut pas les laisser. Elle met les petits animaux dans sa bouche. Il y a une faim à tout. L’envie d’écrire me saisit. Je ressens ça comme une faim séductrice« , pages 74-75),

et via, surtout, la découverte décisive et probablement déclencheuse de l’écriture de ce nouvel opus qu’est « MDEILMM _ Parole de taupe« , de cet Avis de décès (paru en février 1948 dans le journal Alger républicain), et découpé, puis précieusement conservé par le cousin Saul : « c’est mon cousin Saul, le nain, le descendant inconnu de la grande nation des nains gardiens, l’archiviste demeuré, qui a découpé le petit scarabée de Journal _ avis de décès reproduit tel quel, photocopié qu’il est, à la page 65 _ et l’a conservé, pour une durée perpétuelle, dans l’ambre poussiéreux de ses vieux cartons, parmi les avis de naissances, morts, et divers événementsgénéalogiques. Il avait donc soigneusement découpé le sphinx tête de mort, taillé, rogné, réduit à l’absolu l’événement ainsi sublimé : a eu lieu, sans date, sans lieu, reste le choeur Orant : «  »mort ! mort ! Ça alors ! « , lit-on page 66… _ ;

« L’événement de cette année _ 2020 ; je reprends donc ici ce qui constitue le tournant absolument majeur de la construction de « MDEILMM _ Parole de taupe« … _ c’est l’arrivée de l’Avis, et par suite le mystère de la vie _ souterraine, taupesque… _ de l’Avis _ l’avis de décès du docteur Georges Cixous, le père d’Hélène _, une vie de taupe. On aura donc vécu plus de soixante-dix ans sur la terre _ soixante-douze ans précisément, entre le 12 février 1948 de la mort de son père, Georges-Jonas Cixous, décédé à Alger le 12 février 1948, et le mercredi 29 décembre 2020 de la réception, j’y insiste… _, allant et venant, croissant et diminuant, déjà les enfants de nos enfants nous oublient nous ont oubliés au loin du temps, cependant foulant sous nos pas cette vie si cachée sous l’immortelle terre, cependant elle fouit, elle aura foui et foui, et c’est le mercredi 29 décembre 2020, que la taupe fait surface comme au terme d’un Voyage dans le Ventre de la Terre« , lit-on page 63… Fin ici de cette longue incise mienne sur le « viatique inespéré«  qui permet de retrouver et reprendre pleinement l’élan vital de « l’essor menacé par la fatigue la faiblesse, la baisse de la vitalité«  de la page 64 du tout nouveau « MDEILMM _ Parole de taupe«  _,

une peau de mère pour mon corps fatigué, une barque si nécessaire […], ma mère déjà au volant, déjà roulant, je me jetai comme un ange retardataire ».

La faucheuse n’a qu’à bien se tenir. Car niée, elle vacille. « Ça ne me gêne pas d’être morte », dit la mère. Quelle gifle ! Quelle assurance, et quelle dénégation assourdissante ! Le monde est à l’envers, ce qu’on croit vrai est faux, les certitudes s’écroulent : « Nous roulons volons vers l’endroit où l’aube dure six mois et le crépuscule six mois, où l’aube crépuscule l’aube et l’hiver est l’été où le soleil se couche en se levant ».

Hélène invente et réinvente, dans la voiture d’antan, son Phaéton à elle, Hélène chante en écrivant : « Les chats mènent / Je les conduis / Les chats viennent / Je suis la souris ». La chatte Haya réveille Hélène, c’est avant l’aube, elle veut sortir, la chatte Haya est si pressée qu’elle secouerait un mort, elle appelle à la vie : « je suis la preuve éblouissante, je suis la vitesse même de la vie, le oui qui va et revient ».

Rêvoir et Le livre de Promethea, d'Hélène Cixous : écrire infiniment

De même que l’autrice efface les frontières entre les temps, les lieux de vie, elle revient sur des thèmes évoqués ou traités lors des précédents livres. Dans le fragment « Albertinage », l’Albertine de Proust (longuement étudiée au long du séminaire paru l’année dernière, titré Lettres de fuite) devient une souris capturée par ses chattes dans le jardin de la maison. L’épisode raconté comme un combat d’amour est tendu et sanglant, c’est Tancrède et Clorinde, menés par le « désir qui seul nous fait sentir la beauté et le besoin de l’existence ».

« Les chats s’affairaient comme des laboureurs autour des plis d’un grand parasol gisant sur le parquet et qui représentait un grand voilier échoué. Allant, venant, fouillant, le grand vaisseau renversé sur le flanc, ni vivant, ni mort, désactivé. C’est dans ce monde aux nombreux replis intestins qu’Albertine était réfugiée. » À quoi survit, non Albertine, qui s’est « rendue à la mort comme Cléopâtre. En pleine vigueur » (l’incident domestique est renvoyé au mythe), mais la méditation : « Ce qui fait le charme de l’amour, c’est le désir comme condamné à l’échec, la promesse de la perte au cœur même de la possession, le refus dans le refuge. » Cette dernière formule fait le charme du livre, en est le condensé, ou si l’on veut le cœur.

La narratrice est libre, d’aller, venir, chanter, pleurer. Et condamnée. « On ne peut pas arrêter d’être une souris. » Elle recherche et refuse à la fois le refuge, cette immobilité qui ressemble à la mort, où « la réalité reprend son noir ». À ce jeu des chattes et de la souris, « la mémoire est une chatte, elle ne pense qu’à jouer », elle échappe en rêvant, en sautant vivement dans les trains en partance, tous les trains qui sont rêves, espérant se soustraire « au cauchemar qui occupe le monde prétendument réel comme une armée de bourreaux déments ».

Il lui reste à écrire Le Livre étincelant, le seul grand désiré, pour enfin oublier, puisqu’on oublie ce qu’on écrit, puisque le livre est le garant, est le gardien des souvenirs, est le libérateur du grand poids du passé.

Mais attention, pas de regret : « Une fois tout oublié, reste l’inoubliable », qu’elle écrira quoi qu’il en coûte : « Si brûlants soient-ils, les déserts glacent ». D’ailleurs, ses phrases n’ont pas de fin, ses phrases n’ont pas de point final, elles s’interrompent, pour rebondir de l’une à l’autre, se nourrir l’une de l’autre et entrevoir, de cette manière, très loin, un paysage, ou un rivage, ou un visage. « Malgré tout j’écrirai. »

Dans sa préface au Livre de Promethea publié en 1983, qu’accompagnent aujourd’hui un dessin d’Adel Abdessemed, un fac-similé du manuscrit, une « Interview scénarisée » avec Margot Gallimard (laquelle dirige désormais la collection « L’Imaginaire » où le texte reparait), l’écrire-sans-fin est déjà là.

En fait, de même qu’Hélène Cixous ne veut pas finir d’écrire, sinon lors de son dernier souffle, le dernier de l’histoire, la sienne et celle du monde, on a le sentiment qu’elle commence constamment à le faire. Que le commencement n’a pas de fin. Que le commencement n’existe pas. L’écriture s’inscrirait, à l’entendre, à la lire, dans une trajectoire, un mouvement en soi, intemporel, comme une course de soleil, dans un présent inamovible. « Promethea ? Elle fait ses courses dans les planètes. »

De même qu’elle peine, en 2021, à introduire la réédition de Promethea : « Autant essayer de passer la bride à un torrent » ; « Il vaut mieux le laisser rougeoyer à l’horizon », elle peine à en introduire, en 1983, la première édition. « Soit. Je vais essayer de faire l’introduction. Puisque personne n’a envie de me remplacer pour cette tâche. »

Introduire ne lui convient pas, puisqu’elle ne fait que continuer. Et puis, refaire paraître Le livre de Promethea ? « C’est déjà toute une affaire que de le convaincre de se laisser republier et accepter d’être signé. » Le livre lui a échappé, il mène sa vie tout seul. « Est-ce même un livre ? Ce sont les traces étincelantes d’un animal. » Identique à celui qu’a dessiné pour elle Adel Abdessemed, un cheval bondissant au crayon noir sur papier blanc ?

Les livres, une fois nés, se sont détachés d’elle, qui au présent a trop à faire pour s’en préoccuper, pour les porter encore sur les fonts baptismaux, tout simplement pour les relire. Elle doit garder son innocence de nouvelle spectatrice, découvrir « son propre être en poussant des exclamations galiléennes », continuer à croire « à la possibilité d’une espèce qui sait garder sa sauvagerie lumineuse jusqu’au cœur noir de la culture ».

Nous, lecteurs, ne sommes pas obligés de la suivre, de nous montrer indifférents comme elle, nous pouvons circuler dans ses œuvres, sans prendre garde aux dates de leur fabrication, en savourant les ressemblances, les avancées, les distorsions. Heureux d’entrer dans sa « mémoire accidentée », la « mémoire adoptive » contre laquelle elle lutte : « Je voudrais me laver la mémoire dans l’oubli ». Chose que seule permet l’écriture.

« Et ensuite ? Ensuite c’est du maintenant à maintenant. » Hélène se ressemble et cependant elle ne cesse de nous surprendre. Parce qu’elle se tient sur le bord de la vie, à croire qu’elle peut mourir d’une minute à l’autre, et aussitôt après parce qu’elle crie Alléluia : « Nous n’en finissons pas de visiter la vie ». Nous n’en finissons pas de visiter la vie d’Hélène, la vie avec Hélène.

Voilà.

Pour le lecteur fidèle _ et parfois interlocuteur aussi : cf la vidéo de notre magique entretien à propos de « 1938 _ nuits« , à la Station Ausone, à Bordeaux, le 23 mai 2019… _ « d’Hélène Cixous que je suis,

les chapitres 1 « Les derniers souffles du condamné« , 2 « Les frôle-la-mort. Nécrologies« , et 3 « Mdeilmm. Parole de taupe« , de ce « MDEILMM _ Parole de taupe« ,

sont seulement des préparations au chapitre véritablement essentiel, qui est le chapitre 4 « Les communications« , aux pages 139 à 170 de « MDEILMM _ Parole de taupe« ,

avec ce que vient révéler de nouveau, à Hélène, sur sa famille, quand celle-ci vivait à Oran, ce chapitre :

« Aujourd’hui jour de résurrection a eu lieu l’Événement totalement imprévisible : je trouve sur la table ronde une épaisse liasse de feuilles légèrement jaunies, (…) des Lettres, toutes de la même main visiblement celle d’une personne exceptionnellement grande presqu’immobile, à force de lenteur, majestueuse, ou, monumentale. On croirait qu’une statue romaine est l’auteur de ces lignes « , lit-on en l’ouverture de ce chapitre, à la page 131.

Et il s’avère bien vite que « Ce tas hâtif,

C’est le legs d’Alice _ Alice Carisio, « médium-écrivain« , la sœur de ce « Monsieur Émile » du quatrième étage du 54 de la rue Philippe à Oran (« J’appartiens à Monsieur Émile pharmacien magicien je veux qu’il me raconte des inventions et les croire C’est ici au 4e étage malgré les réserves du 2e étage, que j’ai pris goût à la liqueur d’écriture (…) c’est un enchantement des sens, sous la parole du magicien je suis assise et nous sommes deux sur ses genoux, celle qui croit et celle qui dans le secret ne croit pas, cela n’est pas gênant, on s’entend bien « , page 103), déjà rencontré (ainsi que sa sœur Alice : « Dans tout Oran il n’est personne d’aussi vaste et aussi conséquent en forme et en poids de mystère qu’Alice, appendicée par Monsieur Émile« , page 100…) dans l’œuvre d’Hélène Cixous, par exemple dans le merveilleux chapitre « Escaliers fatidiques«  aux pages 99 à 107 du palpitant « Défions l’augure » de 2018 ; cf là-dessus mon article «  » du 12 juin 2018 _

Le Legs Volé. Le voyageur sans adresse. L’ignoré, l’abandonné, le méconnu, le destin endormi sous des siècles qui se réveille pour l’extase de l’archéologue qui jamais ne l’espéra.

Parvenu, nu, fouillis énigmatique, recherche lecture,

Sauvé ! préservé dans quelque coffre livré aux tribulations de l’Histoire et, _ à ma stupéfaction éblouie, _ dis-je à ma fille _ un trésor d’une valeur incalculable s’épanouit, étincelant devant mes yeux « …

Il nous reste donc à découvrir maintenant en quoi consiste précisément la « valeur incalculable » d’un tel « trésor » pour Hélène…

À suivre…

Ce mercredi 16 novembre 2022, Titus Curiosus – Francis Lippa

En répertoriant les entretiens enchanteurs accessibles d’Hélène Cixous, admirer la gamme chantée des infinies inflexions signifiantes de sa voix

01jan

Pour débuter en beauté l’année 2022,

choisir d’écouter la voix _ tant parlée que transposée en écriture dansante _ enchanteresse, avec son incroyable gamme d’inflexions signifiantes modulées-chaloupées, d’Hélène Cixous parlant d’expérience puissamment incarnée de son enthousiasmant formidablement minutieux travail d’écriture in progress,

voici ce très varié, en fonction de la grande diversité des interlocuteurs de ses entretiens, échantillon-ci :

_ en 2013 : Hors-Champs, avec Laure Adler (44′ 27)

_ le 15 novembre 2013 : Les Matins de France-Culture, avec Marc Voinchet (48’52)

_ le 9 décembre 2015 : Écrire la nuit (13′ 39)

_ le 28 septembre 2017 : L’entretien complet à Télérama, avec Fabienne Pascaud (52 01°

_ le 26 janvier 2019 : la Masterclass d’Hélène Cixous à la BnF, avec Caroline Broué (84′ 21)

_ un entretien vraiment magnifique ! Très précis et très détaillé, grâce à un superbe travail préparatoire ultra compétent et sérieux de Caroline Broué, lectrice souple et minutieuse … Un modèle-exemple d’entretien !

_ le 23 mai 2019 : Sur « 1938, nuits« , avec Francis Lippa (62′ 23), à la librairie Mollat

_ une entretien attentif très sereinement centré, sans hâte, sur les détails très précis et patiemment assimilés de ce livre ;

avec le relevé, au pasage, par Francis Lippa, de la difficulté persistante pour lui d’admettre la réalité de la coexistence, réaffirmée pourtant d’un mot par Hélène Cixous, du départ d’Osnabrück (et non pas de Dresde !) de sa grand-mère Omi, au lendemain de la Kristallnacht, du 10 novembre 1938, avec l’affirmation que ce départ précipité d’Allemagne ait pu se produire sur les conseils très avisés et salvateurs ! du Consul de France à Dresde (« Madame, vous devriez partir« , lisons-nous à la page 104 de « 1938, nuits« ) ;

Dresde, où Rosie Jonas (Osnabrück, 23 avril 1882 – Paris, 2 août 1977), veuve Klein (depuis le 29 juillet 1916), avait rejoint sa sœur Hete (Hedwig) Jonas (née le 20 octobre 1875), épouse du banquier (à la Dresdner Bank) Max Meyer Stern, après le départ de la maison Jonas d’Osnabrück, de sa fille Eve Klein (Strasbourg, 14 octobre 1910 – Paris, 1er juillet 2013), en 1929…

Cette maison Jonas de Nicolaiort, 2, d’Osnabrück, dont le propriétaire, après le décès, à Osnabrück, le 21 octobre 1925, de Hélène Meyer, veuve d’Abraham Jonas (Borken, 18 août 1833 – Osnabrück, 7 mai 1915), était désormais l’oncle André, Andreas Jonas (Borken, 5 février 1869 – Theresienstadt, 6 ou 9 juin 1942), l’époux d’Else Cohn (Rostock, 9 juillet 1880 – Theresienstadt, 25 janvier 1944).

Cf aussi mon article sur ce très beau « 1938, nuits« , en date du 4 février 2019 :

À quel moment exactement Omi avait-elle quitté son Osnabrück natal, pour gagner cette Dresde où résidait sa sœur Hete et son banquier de beau-frère Max Meyer Stern ?.. Le Livre n’en dit rien. Et toute sa vie Omi demeura si discrète…

_ le 28 septembre 2020 : Hélène Cixous écrivaine et intellectuelle, avec Charlotte Casiraghi et Fanny Arama (23′ 29)

_ le 25 octobre 2020 : Hélène Cixous, la Vie par la littérature, avec Guillaume Erner (50′ 25)

_ le 11 mars 2021 : Si toutes les femmes du monde, avec Elisabeth Quin (10’39)

_ le 7 octobre 2021 : Hélène Cixous en rêve, avec Augustin Trapenard (32′ 54)

Ècouter Hélène Cixous parler en entretien _ avec un interlocuteur qui l’a au moins un peu lue _ de l’incessant passionnant working progress de son magique écrire

est presque aussi merveilleux et enrichissant que lire les Livres absolument extraordinaires qui lui ont échappé !

Bonne année 2022 !

Bonnes écoutes de ces entretiens fastueux

quand rayonne la lumineuse grâce du merveilleux parler si vivant de l’autrice !

Et bien mieux encore :

Bien heureuses lectures de ces profus et foisonnants Livres magiques

d’Hélène Cixous !!!

Et vive Kairos !

Ce samedi 1er janvier 2022, Titus Curiosus – Francis Lippa

P. s. :

En ouverture de mon entretien du 23 mai 2019 à la Station Ausone de la librairie Mollat, à Bordeaux,

pour présenter à l’assistance l’autrice éminemment singulière que j’avais le très grand honneur de recevoir,

j’ai employé les expressions un peu approximatives _ j’étais bien sûr, bien que tout à fait serein, assez ému aussi… _ de :

« un écrivain de première grandeur,

peut-être nobelisable, si les titres valent quelque chose,

en tout cas, c’est un écrivain TRÈS important que nous recevons ce soir« …

Et depuis j’ai appris,

à l’occasion, justement, d’un de ces entretiens dont je donne ci-dessus les liens aux vidéocasts,

que son ami Jacques Derrida qualifiait Hélène Cixous de « plus grand écrivain de langue française » actuellement vivant.

C’est là une appréciation que je partage…

Et depuis,

le 13 octobre 2021, et pour l’ensemble imposant de son œuvre,

Hélène Cixous vient de recevoir le Prix 2021 de la Bibliothèque nationale de France :

le jury de ce prix a désiré ainsi saluer la large palette de « cette autrice engagée, à l’œuvre littéraire inclassable », dans laquelle « se rencontrent la profondeur d’une réflexion, l’écho d’engagements dans la vie intellectuelle, une recherche intime dans les méandres de la mémoire, une écriture d’une rare poésie », a déclaré en commentaire la présidente de la BnF, Laurence Engel…

Et quand les prix savent, à l’occasion (pas si fréquente), saluer une vraie valeur,

pourquoi ne pas se permettre, en parfaite liberté, non servile, sans donc y attacher plus d’importance que cela ne le mérite _ car c’est au fond simplement anecdotique, périférique, quasi parasite _, et avec léger sourire en coin,

de le remarquer et relever-noter au passage ?..

Rien ne valant l’avis que soi-même, d’expérience singulière _ sans se calquer sur des avis pré-formés et des clichés à emprunter-recopier-suivre… _, on apprend à finement peser, au délicat risqué juger de ses propres appréciations, de mieux en mieux éclairées, de lecteur scrupuleusement attentif de tout l’œuvre, en son incroyablement profuse richesse, qui se donne, à portée de lecture.

Et c’est bien alors à nous, lecteurs, d’apprendre à accueillir-recueillir le tout profus, jusqu’au moindre détail, de cet œuvre livré par l’encre sur le papier, du mieux qu’il nous est possible.

Sinon, « Indiligent lecteur, quitte ce livre« ,

prévenait aimablement le cher Montaigne en l’Ouverture lumineusement irradiée d’humour de ses « Essais« …

Pour pause, lecture ce jour du terrible « Le jour où je n’étais pas là » (paru en 2000)…

28déc

Afin de conquérir davantage de repères biographiques (et de domiciliation _ à la page 174, j’ai relevé la significative phrase : « Seules les dates et les adresses résistaient à la multiplication de nos récits«  entrecroisés et parfois, voire souvent, contradictoires : ce qui amuse pas mal l’ironie très joueuse de la narratrice… _) des Cixous, Klein, Jonas, etc., qui me manquent toujours,

je viens de lire, puisé dans mon ample bibliothèque cixoussienne, « Le jour où je n’étais pas là« , paru aux Éditions Galilée en 2000, que je n’avais pas encore lu…

J’y ai trouvé une bien intéressante concomitance _ affirmée et clairement reconnue _ entre la grossesse du premier garçon né _ leur fille Anne-Emmanuelle, elle, est née, à Sainte-Foy-la-Grande, le 27 juillet 1958 _ d’Hélène Cixous et son mari Guy Berger, le petit Stéphane, nommé Georges, dans le récit _ le petit Stéphane Berger est né le 1er mai 1959, et lui aussi à Sainte-Foy-la Grande (en Gironde) ; et il décèdera à Alger, le 1er septembre 1961, où sa grand-mère maternelle la sage-femme Ève Cixous, née Klein, l’avait pris en charge, et s’occupait, en sa Clinique d’Alger, très soigneusement de lui, en sa fragilité d’enfant malade… _, et la construction de la Villa Èva, à Arcachon, au quartier des Abatilles…

Et Hélène Cixous, jeune agrégée d’Anglais, va en effet occuper un poste de Professeur d’Anglais au Lycée-Collège Grand Air d’Arcachon, à compter de la rentrée scolaire de septembre 1959 _ Chantal Thomas, alors arcachonnaise, l’a eu comme professeur d’Anglais, de septembre 1959 à juin 1962 ; cf mon article du 18 août 2018 : Un passionnant et très riche entretien avec la merveilleuse Chantal Thomas à Sciences-Po Bordeaux, le 8 mars 2018… ;

et Hélène Cixous eut à la fois pour collègue au lycée et pour voisin immédiat, au quartier des Abatilles, Jean Laurent, qui fut mon collègue de Lettres au Lycée Grand-Air quand j’y enseignais la philosophie, les années scolaires 1976-77 et 1977-78… _ ;

et cela jusqu’au mois de juin 1962, où elle obtint un poste d’Assistante d’Anglais à l’Université de Bordeaux…

Et quinze jours après le décès, à Alger _ auprès de sa grand-mère Ève et son oncle maternels Pierre Cixous _, de Stéphane-Georges, l’enfant mongolien d’Hèlène et son mari Guy Berger,

naît _ le 22 septembre, et peut-être, ou peut-être pas encore, à Arcachon, ce n’est pas indiqué… _ son frère le petit Pierre-François…  

Pages 70-71 de « Le jour où je n’étais pas là« , on lit cette tardive lettre-ci,

destinée au fils décédé il y a près de quarante ans, le 1er septembre 1961 :

« Lettre à mon fils auquel je n’ai jamais écrit de lettre

Mon amour, à qui je n’ai jamais dit mon amour,

 

J’écris dans la maison _ aux Abatilles _ que j’ai fait construire à cause de toi, en hâte de toi et contre toi tandis qu’Ève notre mère te gardait _ à Alger, et pas à Arcachon… _, je construisais je n’écrivais plus, au lieu de poèmes, je bâtissais je répondais en pierres à ton arrivée _ ce fut le 1er mai 1959, à Sainte-Foy-la-Grande _ pour les temps des temps, je t’accueillais, je te prévenais, j’élevais en vitesse une maison où nous garder et nous séparer, je faisais la maison où tu n’es jamais venu _ voilà. Maison achevée le premier septembre196-1 jour de ton propre achèvement _ à Alger.

Je ne pense jamais à l’origine de cette maison née de ta naissance. Dès que j’ai su ton nom du jour au lendemain j’ai _ alors, soudainement _ cessé d’écrire. 

J’écris dans cette maison que j’ai bâtie afin de ne plus jamais écrire. 

J’ai hérité de cette maison où je t’écris de ton interminable passage.

Je te dis tu, je te fais venir, je te tire hors du nid inconnu.« 

« Brève trêve de ce il, je prends dans mes bras le fantôme de l’agneau écorché« .

Et ces phrases aussi, que j’extrais de la page 111 :

« Aucun pressentiment _ qui aurait permis d’un peu se préparer. Et c’est alors. Arrive quelque chose, ce n’est pas rien, c’est un décret. La lettre dit : demi-tour. Et véritablement ici commence une vie. Tout d’un coup tout ce que je n’aurais jamais fait, je l’ai fait. Jusqu’à présent j’avais décidé de parcourir les différents continents. J’arrêtai mon périple au seuil de l’expédition, je cessai d’être nomade et je dressai _ Allée Fustel de Coulanges _ la maison du mongolien. Nous aussi nous vivrons dorénavant en compagnie des animaux affectueux. »

Et encore ceci, page 112 :

« Ce qui faisait maison c’était l’obéissance à Désignation l’envoyée des distributeurs de destins que je n’appelai pas Dieu cette saison-là. Je décidai _ aussi _ d’accroître nos corps sans perdre un instant, soucieuse du nombre et de l’harmonie du troupeau, je diluerai l’agneau sans nez à la laine râpeuse dans un bain d’agneaux bruns bien bêlants et musclés. Plus il y aura d’enfants tourbillonnants moins il sera l’attirant le fascinant. Je prévoyais l’irradiation. Contre l’éclat irrésistible du mongolien nous allions aligner toute une infanterie. Dans les mois qui suivirent _ ce 1er mai 1959 _ je lançai une grossesse en contre-attaque, sans m’affaiblir à y penser. Je parai. Je dressai. Nous élevons la maison _ voilà _ pour nous y enfermer autour de lui. Nous adoptons sa description. C’est une langue. Nous nous mettons à ses saccades, elle se jappe, elle se claudique, elle a ses froissements, ses frottements ses freins. Nous aussi nous aimerons la musique. J’entrai dans une adoptation méthodique. La peau du mongolien, grenue gauche gênée, je l’enfile je passe sur mon âme tout le costume.« 

Ainsi que, aux pages 113-114 :

« D’un jour à l’autre je fis conversion, et j’adoptai la fameuse ligne du mongolien celle que je n’avais pas remarquée tout de suite, le signe de reconnaissance caché dans la paume de la main. À l’âge de vingt-deux ans _ Hélène est née le 5 juin 1937 _ je venais de découvrir _ ce 1er mai 1959, à la maternité de Sainte-Foy-la-Grande _ l’autre monde du monde, et d’un seul coup. Personne ne nous avait avertis. Ma mère non plus la sage-femme allemande à Alger personne ne lui avait parlé des autres êtres humains quand même jusqu’alors nous, la famille _ des Jonas ainsi que des Cixous _, nous avions su que les autres êtres humains quand même c’étaient les Juifs c’est-à-dire nous, c’était nous notre famille _ des Jonas d’Osnabrück… _ qui d’une part se repliait et se multipliait pour résister à sa propre étrangeté, c’était notre propre maison _ de Nicolaiort 2, à Osnabrück _ assiégée qui finissait par craquer et céder et du jour au lendemain, ma mère _ en 1929 _ abandonnait la direction _ d’abord envisagée _ de Berlin et tournant le dos au nord allait en sens inverse, suivant l’indication de l’infinie impuissance qui contient lorsqu’on la retourne en sens contraire une infinie puissance. C’est ainsi qu’elle arrivait au Sud _ en passant par Paris, à Oran _ et aussi loin du centre et de l’origine qu’elle avait pu l’effectuer, tandis que par ailleurs les autres membres de la famille autre s’en allaient aussi au plus loin de la Ville la plus Ville _ Osnabrück, la ville de la paix… _ jusqu’aux portes les plus périphériques de la planète _ Johannesburg, le Paraguay, le Chili, l’Australie, etc.
Or à notre grande surprise voilà que nous étions débordés sur notre flanc par un peuple dont nous avions tout ignoré, et peut-être qui sait un peuple encore plus ancien et plus anciennement banni et nié que le nôtre mais qui n’avait pas alors d’historien. J’étais troublée, je sentis ma faiblesse philosophique, j’entrai dans des incertitudes concernant surtout les définitions les limites les frontières les barrières les espèces les genres les classifications, d’un côté n’étais-je pas née mongolienne ayant donné naissance à un mongolien, et donc née de sa naissance, mais d’un autre côté pensai-je la nature n’étant pas finie et définie mais non fermée, percée de trous par hasard tout ne pourrait-il pas nous arriver et nous être, dieu, un animal, ou l’immortalité, en passant par un de ces trous inconnus ?« 

Un opus magnifique, assurément.

Bien sûr, en tant qu’auteure-autrice (et aussi, et peut-être et surtout d’abord, réceptrice !) de ses livres, Hélène Cixous focalise le récit que son Livre _ car c’est à la fin des fins lui, le Livre, qui, chaque fois, vient ultimement décider _ lui dicte, en les échanges qu’elle, l’autrice, veut bien avoir avec lui, le Livre, en les méditations suivies de ces séances d’écriture auxquelles elle choisit de se livrer, sur les éléments qu’elle accepte et choisit d’intégrer au récit de ce Livre, et en en excluant bien d’autres possibles  jugés simplement ici et cette fois étrangers à la thématique majeure, et toujours questionnante pour elle, de ce Livre-ci une prochaine fois, peut-être…

Ses récits de vérité ne constituant jamais, non jamais, une autobiographie autorisée : ce qui va advenir en le Livre dépassant, et de loin _ et bienheureusement ! _, les aventures et mésaventures advenues et survenues à sa seule petite personne et son ego historique…

Ainsi, pour ce qui concerne les raisons de la construction de cette maison (qui deviendra bientôt, mais un peu plus tard, sa maison d’écriture…) d’Arcachon, qui m’intéresse ici,

l’autrice ne dit ici _ je dis bien ici : en ce Livre-ci… Ailleurs, un autre livre, ou aussi une simple amicale conversation, pourrait s’y attacher, et cela sans la moindre censure sienne… C’est le Livre qui décide… _ pas un mot de son mari (depuis 1955 et jusque fin 1964, où ils divorceront) et père de l’enfant Stéphane, qu’elle choisit de prénommer ici, comme son propre père, Georges : Guy Berger, titulaire d’un CAPES de philosophie depuis juillet 1956, et nommé alors à Bordeaux, où Hélène va poursuivre ses études d’Anglais, jusqu’à l’Agrégation, qu’elle obtient en 1959 ;

non plus que de la succession des postes d’enseignante qu’elle, Hélène, a occupés ces années 1957 à 1962 : d’abord à Sainte-Foy-la-Grande _ où sont nés successivement sa (ou plutôt leur) fille Anne-Emmanuelle (dite ici Nana), le 27 juillet 1958 ; puis son (ou plutôt leur) fils Stéphane (dit ici Georges), le 1er mai 1959 _, jusqu’en juin 1959 ; puis à Arcachon _ et  à ce jour, j’ignore le lieu (serait-ce à Arcachon ? peut-être pas encore…) où est né Pierre-François (dit ici Pif) Berger, le 22 septembre 1961 ; cependant, la date évoquée dans le récit rédigé demeure étrangement flottante, dans le récit qu’en fait l’autrice, page 69 : « D’ailleurs, lorque l’enfant Georges _ Stéphane _ était déjà décédé et enterré dans le Cimetière juif de Saint-Eugène, mon fils continuait à m’être vivant tout le temps que la nouvelle de l’événement ne m’était pas encore parvenue, ce qui se produisit juste avant la naissance de son frère _ le petit Pierre-François _, mon fils vivant _ à cette date du 1er mai 1999, quand Pierre-François vient chez sa mère rechercher (probablement pour les papiers nécessaires à son prochain mariage) leur vieux livret de famille, en partie démembré, « déchiqueté » même, dit-elle… « Il y a quinze jours », dit ma mère, en arrivant _ d’Alger, ce mois de septembre 1961 _ juste à temps _ Ève n’est-elle pas sage-femme ? _ pour le suivant _ la naissance de Pierre-François, dans le courant du mois de septembre 1961 : le 22, si l’on veut être précis. Il y a une quinzaine de jours, dix ou quatorze, qu’importe, on est à la croisée, déjà mort toujours vivant toujours un peu moins mort que mort, mais sur le livret de famille terme conseillé : décédé. Tout de suite après la nouvelle _ du décès, à Alger, de Stéphane _, mon fils le suivant _ Pierre-François _ entre _ en inscription réglementaire officielle de naissance _ dans le petit livre déchiqueté _ le livret de famille. Mais même alors. Jusqu’à ce matin je n’ai jamais lu le livre. Je n’avais jamais lu le livre. Je n’avais jamais lu la nouvelle. Il n’y avait pas de date«  _, jusqu’en juin 1962 ; et enfin à la Faculté des Lettres et Sciences humaines de Bordeaux, où elle vient d’obtenir un poste de Maître-Assistant…

_ la plupart de ces données biographiques-ci sont issues du volume intitulé « Hélène Cixous, Photos de Racines« , paru aux Éditions des Femmes au mois de juin 1994, sous les signatures conjointes de Mireille Calle-Gruber et Hélène Cixous ; et plus précisément, issues des pages 209 et 210 de la partie finale de l’ouvrage, intitulée « Lexique« , et rédigée par Mireille Calle-Gruber.

En ouverture, page 179, à l’intéressante partie précédente (des pages 177 à 207), intitulée, elle, « Albums et Légendes« , comportant 36 très précieuses photographies, et légendées, de la famille d’Hélène Cixous,

peut cependant se lire cette sévère phrase d’avertissement : « Toutes les biographies comme toutes les autobiographies comme tous les récits racontent une histoire à la place d’une autre histoire« .

À bon entendeur, salut !

Car ce sont les secrets de vérité les mieux enfouis et plus récalcitrants à elle-même

qui constituent le fond essentiel visé à retrouver _ en son actif et réceptif « rêvoir«  _ de la recherche enchantée éperdue, opus après opus, livre après livre, de l’inlassable infini _ « tant qu’il y aura de l’encre et du papier« , disait notre cher Montaigne _ chantier poétique à poursuivre et prolonger, toujours reprendre-préciser-approfondir, du très fécond Rêvoir _ de ce qu’offrent à re-visiter, toujours un peu plus à fond, de vivantes et mortelles vies chéries interrompues seulement physiquement ; mais les conversations avec de tels vivants bien que partis peuvent toujours se poursuivre et enrichir, grâce aux actualisations-révisions de l’infiniment précieux rêvoir… _ d’Hélène Cixous

Et cela, sur un fond général de drame historique à dimension foncière toujours d’universel. À complet contresens, donc, du moindre misérable ridiculissime narcissisme autocentré…

Les références-modèles d’Hélène en les conversations avec les éminents fantômes choisis de ses Livres, étant rien moins que ce que nous ont laissé en précieux héritage les chers et chéris Livres de conversations avec fantômes plus que vivants et essentiels d’Homère, Platon, Virgile, Dante, Montaigne, Shakespeare, Poe, Freud, Proust ou Kafka _ et désormais Derrida aussi _ : il me faudra, forcément y revenir.

À la lumineuse manière, tout spécialement, bien sûr, des conversations enchantées en sa tour (cf le minutieux passage, magnifique, de la page 116 de « Ruines bien rangées« ) du cher Montaigne, à son écritoire, en sa librairie avec poutres infiniment conversantes _ une fois l’ami La Boétie disparu _ de sa magique tour, entre terre et ciel, de Montaigne _ sur une butte entre Dordogne et Lidoire _, avec sa large vue enthousiasmante sur le plus profond et léger à la fois intense bleu du ciel, par dessus le sanglant tragique déchaîné des intestines guerres de religions contemporaines _ l’Histoire subissant aussi ses très sinistres répétitions, avait averti le bien lucide Thucydide…

Ce mardi 28 décembre 2021, Titus Curiosus – Francis Lippa

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