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Un superbe CD « Legacy » de Christian-Pierre La Marca au violoncelle, avec Julien Chauvin dirigeant son excellent Concert de la Loge, afin de rendre un bien bel hommage à ce qu’a légué, sur son propre violoncelle Nicolo Porpora (1686 -1768), à Joseph Haydn (1732 – 1809, et qui fut son élève à Vienne), surtout, mais aussi Gluck (1714 – 1787) et Mozart (1756 – 1791), soit un pan à beaucoup mieux explorer de l’histoire de la musique au XVIIIe siècle : la postérité autrichienne de Nicola Porpora…

02juin

C’est un magnifique CD, à la rayonnant musicalité, que ce CD « Legacy«  _ le CD Naïve V 7259 paru en 2022 _, que j’ai d’abord eu la chance d’entendre au vol, le jeudi 25 mai dernier, sur mon auto-radio, et sur France-Musique, avec une passionnante présentation de Christian-Pierre La Marca, violoncelliste, et qui tout aussitôt m’a incité à venir me procurer ce CD…

Bien caché, il a fallu le rechercher un peu partout, pour le dénicher au milieu du rayon Haydn de mon disquaire préféré : un exemplaire de ce CD somnolait encore, parmi d’autres CDs de Concertos pour violoncelle, de Joseph Haydn… Ouf !


Une première écoute en magasin des œuvres et extraits d’œuvres _ et c’est alors très frustrant ! _ présents sur ce CD, ne tarda pas de confirmer ce que j’avais pressenti et ressenti au vol, dans l’habitacle de ma voiture : un CD proprement lumineux !!!

Mais, déjà, j’apprécie beaucoup, et Julien Chauvin et son Concert de La Loge, et Christian-Pierre La Marca !

D’autre part,

le titre donné à ce CD, « Legacy« , met fort à propos l’accent sur la très intéressante postérité autrichienne de Nicola Porpora (Naples, 10 août 1686 – Naples, 3 mars 1768 _ lequel, lors des années qu’il avait passées à Vienne, entre 1752 et 1758, a précisément eu le tout jeune Joseph Haydn (Rohrau/Leitha, 31 mars 1732 – Vienne, 31 mai 1809) comme élève et assistant ; et c’est le grand Métastase (Rome, 3 janvier 1698 – Vienne, 1er avril 1782), qui résidait au troisième étage d’une maison dont la princesse Maria-Octavia Esterhazy (18 juillet 1698 – Vienne, 22 avril 1762) occupait le premier étage…, dans laquelle le jeune Joseph Haydn logeait alors dans une mansarde, qui avait présenté le jeune musicien à son ami Porpora…

Notons aussi, au passage, que peu après, en 1758, Joseph Haydn trouva un premier engagement comme directeur de la musique auprès du comte Karl-Joseph von Morzin (1717 – 1783), cousin du dédicataire du fameux recueil « Il cimento dell’armonia e dell’inventione« , où figurent les célébrissimes « Quatre saisons«  , d’Antonio Vivaldi  (Venise, 4 mars 1678 – Vienne, 28 juillet 1741),

avant de signer, le 1er mai 1761, le contrat qui allait le lier pour très longtemps à la famille Esterhazy : Paul-Anton (Eisenstadt, 22 avril 1711 – Vienne, 18 mars 1762) et Nicolas Esterhazy (Vienne, 18 décembre 1714 – Vienne, 28 septembre 1790), étant les fils de la princesse Esterhazy qui avait été la voisine de Joseph Haydn en cette maison  qui côtoyait l’église Saint-Michel, sur le Kohlmarkt, la Michaelerhaus… _), et tout particulièrement à son violoncelle…

Les Concertos n° 1 en ut majeur _ Hob.viiB:1 _ et n°2 en ré majeur _ Hob.viiB:2 _ de Joseph Haydn _ d’une durée respective ici de 25′ 33 pour le premier et de 24′ 23 pour le second _ sont idéalement interprétés, avec l’élan, la vie, l’humour aussi, qui sont la marque de ce magnifique et si riche compositeur… 

Et l’apport du fragment de la Sinfonia concertante en la majeur _ Kv 320e Anh 104 _  constitue un autre incontestable atout de ce CD original…

Mais il me faut bien avouer la frustration de ne disposer ici que du seul _ merveilleux ! _ Largo _ d’une durée de 3’23 sur les 72′ de ce CD… _ du Concerto pour violoncelle et orchestre en sol majeur de Niccolo Porpora, afin de mesurer ce que Porpora a pu léguer _ à Haydn, à Hasse, Gluck, Mozart et d’autres encore.. _ de son art de composer _ d’une manière aussi sublimement chantante ! _ pour le violoncelle…

Christian-Pierre La Marca et Julien Chauvin auraient dû proposer _ et réussir à faire accepter _ au producteur Naïve le format d’un double CD justifiant vraiment ce titre de « Legacy » de Nicola Porpora (1686 – 1768) dans l’art concertant du violoncelle à ses suivants !

À charge pour Christian-Pierre La Marca et Julien Chauvin de nous donner maintenant un second CD de ce « Legacy » de Nicola Porpora pour le violoncelle…

En attendant,

regarder et écouter, et apprécier, la vidéo de 4′ 46 de la lumineuse et très intelligente présentation de ce superbe CD « Legacy » par Christian-Pierre La Marca et Julien Chauvin.

Ce vendredi 2 juin 2023, Titus Curiosus – Francis Lippa

L’apport somptueux du coffret de 3 CDs Decca « The Unreleased Masters » de Jessye Norman (1945 – 2019)…

11avr

Jessye Norman (Augusta, 15 septembre 1945 – New-York, 30 septembre 2019) est sans conteste une chanteuse hors-norme, qui fait l’objet d’une très juste universelle admiration.

Or voici que vient de paraître un _ magnifique ! _ coffret de 3 CDs Decca 485 2984, intitulé « Jessye Norman The Unreleased Masters« , d’enregistrements de 1989, 1992, 1994 et 1998 _ avec Kurt Masur, James Levine et Seiji Ozawa _, que la cantatrice avait, de son vivant, refusé de laisser publier…


Voici le commentaire plus qu’intéressant qu’en donne _ et sous le titre « Jessye Norman (1945–2019) The unreleased masters 1989–1998«  _ François Lesueur, en date du 23 mars dernier, sur le site de Wanderer :

Jessye Norman (1945–2019) The unreleased masters 1989–1998 – DECCA

Jessye Norman (1945–2019) The unreleased masters 1989–1998

François Lesueur27 mars 2023

Jessye Norman (1945–2019) The unreleased masters 1989–1998 – DECCA

CD1 (studio recording)

WAGNER (1813–1883) : Tristan und Isolde (1865)

Prelude

Act I

“Westwärts schweift der Blick” (Seemann · Isolde · Brangäne)

“Frisch weht der Wind der Heimat zu” (Seemann · Isolde · Brangäne)

“Weh, ach wehe ! Dies zu dulden” (Brangäne · Isolde)

“Wie lachend sie mir Lieder singen” (Isolde · Brangäne)

Act II

“Isolde ! Geliebte ! – Tristan ! Geliebter!” (Tristan · Isolde)

“Doch es rächte sich der verscheuchte Tag” (Isolde · Tristan)

“O sink hernieder, Nacht der Liebe” (Tristan · Isolde)

“Einsam wachend in der Nacht” (Brangäne · Isolde · Tristan)

“Unsre Liebe ? Tristans Liebe ? Dein’ und mein’” (Tristan · Isolde)

“So starben wir, um ungetrennt” (Tristan · Isolde · Brangäne)

Act III

“Mild und leise wie er lächelt” (Isoldes Liebestod) (Isolde)

Jessye Norman (Isolde,)

Hanna Schwarz (Brangäne)

Thomas Moser (Tristan)

Ian Bostridge (Seemann)

Kurt Masur / Leipzig Gewandhaus Orchestra

CD2 (live recording)

STRAUSS (1864–1949) : Vier letzte Lieder (1948)

WAGNER : Wesendonck-Lieder (1857–1858)

Jessye Norman

James Levine / Berliner Philharmoniker

CD3 (live recording)

HAYDN (1732–1809) : Scena di Berenice Hob. XXIVa:10

Recitativo : “Berenice, che fai?”

Cavatina : “Non partir, bell’idol mio”

Recitativo : “Me infelice!”

Aria : “Perché, se tanti siete”

BERLIOZ (1803–1869) : Cléopâtre H.36

Allegro vivace con impeto – Récitatif : “C’en est donc fait!”

Lento cantabile : “Ah ! qu’ils sont loin ces jours, tourment de ma mémoire”

Méditation : Largo misterioso : “Grands Pharaons, nobles Lagides”

Allegro assai agitato : “Non ! … non, de vos demeures funèbres”

Allegro non troppo – Recitativo misurato : “Dieux du Nil”

BRITTEN (1913–1976) : Phaedra Op.93

Prologue : “In May, in brilliant Athens”

Recitative : “My lost and dazzled eyes saw only night”

Presto : “You monster ! You understood me too well”

Recitative : “Oh Gods of wrath”

Adagio : “My time’s too short, your highness”

Jessye Norman

Boston Symphony Orchestra / Seiji Ozawa

Parution du coffret Jessye Norman (1945–2019) The unreleased masters 1989–1998 – DECCA
..;

Fallait-il publier ces inédits de Jessye Norman restés sans lendemain, ou bien respecter son choix de ne jamais les rendre publics ? La question reste une nouvelle fois entière à l’écoute de ce coffret que sa maison de disque, Decca, vient de sortir quatre ans après sa disparition.

Savoir que quelques scènes issues du Tristan und Isolde avaient été gravées en studio en 1998 était intolérable pour certains fans prêts à tout entendre de leur soprano fétiche, même le plus discutable. Qu’en aurait-elle pensé, elle si exigeante ? Nous ne le saurons jamais. Fort heureusement ce coffret comporte de réelles pépites _ oui ! _ qui dissiperont facilement ces petites polémiques. Les nombreux admirateurs de Jessye Norman savaient que leur idole avait enregistré de larges extraits de Tristan und Isolde en prévision d’une intégrale qui ne vit jamais le jour. Depuis le « Liebestod » enregistré très tôt avec Colin Davis jusqu’à celui donné en concert avec Karajan à Salzbourg en 1988, il n’était pas impossible d’imaginer la soprano américaine s’essayer au rôle dans le calme ouaté du studio, à l’écart du public et de la scène qu’elle n’aura finalement pas le courage d’affronter. Ces essais restés sans lendemain paraissent donc aujourd’hui près de quatre ans après la mort _ le 30 septembre 2019 _ de la diva qui refusa de les voir publiés de son vivant. Faut-il s’en réjouir ou le regretter ? C’est toujours un dilemme, car de tels inédits remettent en question le choix de l’artiste qui devrait en principe être respecté, tout en satisfaisant le plaisir égoïste de fans à la recherche permanente de nouveaux documents. Fallait-il aller à l’encontre de l’avis de Jessye Norman qui n’était pas convaincue du résultat de sa prestation, ou sortir ce coffret sous couvert de lui rendre hommage ?

Prenons les sessions d’enregistrement de mars/avril 1998 d’abord pour ce qu’elles sont : des essais réalisés en prévision d’une éventuelle intégrale. Au pupitre, Kurt Masur dirige les forces du Gewandhaus de Leipzig avec l’intensité et l’analyse musicale qui ont toujours été associées à son nom. Dès le prélude où la tranquillité des cordes surprend par leur couleur et leur velouté, le chef instaure une lecture sagement réfléchie et très personnelle du chef‑d’œuvre de Wagner. Sa battue puissante et enveloppante est le gage des grands maîtres, capables en un clin d’œil de faire fusionner les timbres de tout un orchestre que l’on pensait éparpillés, après les avoir entendus se déployer si distinctement les uns après les autres. La sélection du 1er acte débutée par l’intervention asexuée et précieuse du tout jeune Bostridge _ voilà _ en Matelot, laisse la place aux échanges entre l’Isolde d’une Norman agitée, arrogante de ton, face à la Brangaene d’Hanna Schwarz, très en retrait. L’association de ces deux voix n’est sans doute pas la meilleure, mais après tout la mezzo est là pour donner la réplique à la soprano qui dialogue avec un chef qu’elle connait bien et dont l’accompagnement sur mesure est là pour la mettre sur un piédestal. Entourée d’un orchestre aux sonorités sensuelles, Jessye Norman mord à pleine dents dans le texte au risque de manger parfois des mots dans l’état d’exaltation où elle se trouve et de laisser passer de grands aigus plus arrachés qu’il ne faudrait, ou de paraître crispée sur le « Rahe » (vengeance).

Arrêté brusquement, ces premiers pas n’ont rien de compromettants mais nous interrogent tout de même : le rôle d’Isolde est-il écrit dans les meilleures notes de la cantatrice et n’est-il pas arrivé un peu tard dans sa carrière ? L’écoute se poursuit avec le duo du second acte. Thomas Moser s’avère d’emblée en grande forme _ oui _ avec un Tristan au registre élancé et au timbre clair. Les retrouvailles du couple après l’absorption du philtre d’amour remplacé par celui de mort par Brangaene, sont explosives, le premier ut d’Isolde superbe, le second également, allégé et visé juste. Masur veille sur ces deux protégés avec un soin paternel, jouant avec une délicatesse chambriste l’introduction du « O sink hernieder » que les deux chanteurs attaquent pianissimo et poursuivent à l’unisson avec une poésie et un galbe vocal magnifiques, se stimulant l’un l’autre. Toute cette partie comme en apesanteur, digne des titulaires les plus aguerris est malheureusement compromise par les appels prosaïques d’une Hanna Schwarz qui ne peut se substituer aux plus grandes, Christa Ludwig en tête. Les choses se corsent dans la conclusion qui met en évidence une Norman aux limites de sa résistance, qui ne parvient pas dans cette section à parer son instrument contre les assauts vengeurs d’une partition dévorante et termine avec une voix blanche et un phrasé heurté trahis à plusieurs reprises par une diction confuse, que même la présence de son partenaire ne peut masquer. Pour finir le « Mild und leise », quoique vocalement profus et élégamment chanté, laisse l’auditeur un peu sur sa faim au lieu de l’entraîner vers les cimes d’une transfiguration annoncée. Rien de honteux ou de dégradant dans ces passages choisis, révélés post-mortem, mais comment ne pas ressentir un certain sentiment de trahison, là où l’artiste avait cru bon de ne jamais autoriser la parution de ce qui pour elle n’en valait pas la peine…

Fort heureusement le reste de cet album contient de vrais trésors _ oui. Les Vier letzte Lieder de Strauss donnés en direct à Berlin en mai 1989 en font indéniablement partie. Dirigés par James Levine à la tête du flamboyant Berliner Philharmoniker, ils sont une alternative pour le moins solide à ceux gravés en 1982 avec Masur et le Gewandhausorchester Leipzig pour Decca, souvent présentés comme un must. Plus rapide et moins sombre, cette version inédite nous permet de retrouver la voix souveraine de la diva, qui déploie dès les premières phrases du « Frühling » les grandes orgues de son instrument enchanteur avec une « Wie ein Wunder vor mir » somptueux, allège le « Du kennst mich wieder » et donne à son phrasé des allures de petite fille à l’arrivée du printemps. Ici pas d’inquiétude ou de tourment, mais un plaisir calme et une plénitude vocale qui ne font planer aucun doute sur les pensées de la narratrice. Si dans « September » Levine laisse filtrer dans son commentaire orchestral l’annonce de l’automne et des jours plus courts, c’est parce qu’il donne l’impression de déposer délicatement sur les épaules de sa cantatrice un « châle musical » pour qu’elle ait moins froid. Le « Augen zu » triple piano se fait comme il se doit sourd et extatique tandis que le cor conclut majestueusement le lied. Tout à coup tout s’assombrit, devient mélancolique avec « Beim Schlafengehen », on frissonne aux accents de la soprano qui laisse le violon en solo, transpercer l’espace et venir nous toucher en plein cœur, avant que sa voix de velours ne reprenne le large, en majesté. « Im Abendrot » est pris dans un tempo retenu mais sans langueur affectée ; « O Weiter » est clamé comme une surprise, sans dramatisme avec quelque chose de rassurant, comme une confiance revenue. Norman file la phrase comme si elle ne devait jamais s’interrompre, Levine étire les dernières notes de son orchestre : c’est somptueux _ voilà !

D’une pareille eau sont les Wesendonck de Wagner (Berlin toujours mais en novembre 1992) au cours desquels la diva ne cherche pas à assombrir son timbre, pour rester résolument soprano et pouvoir ouvrir grand les voiles. Calme et tempête, torpeur et pas feutrés, Levine manie le mystère jouant sur le même registre que son impressionnante soliste entre rêve étrange et murmure. Rien ne manque à cette lecture déclamée dans un allemand soyeux où chaque mot est articulé, sculpté, taillé comme une pierre précieuse, sauf les appels de Brangaene que Jessye Norman aurait pu, aurait dû chanter, pour suspendre un peu plus le temps à l’issue du dernier lied, « Traüme », repris plus tard dans Tristan und Isolde.

Dernier des trois cds, trois scènes pour soprano et orchestre puisées dans trois siècles de musique : Haydn, Berlioz et Britten. Captées elles aussi en concert, au cours de l’année 1994 à Boston, elles démontrent non seulement la variété des répertoires auxquels aimait à se mesurer la Norman et son adaptabilité musicale. La direction un peu sèche d’Ozawa n’obère heureusement pas notre plaisir à écouter la cantate Berenice, dont la soprano assume crânement l’écriture émaillée de vocalises lancées avec vigueur. A l’exception du dernier aigu contestable, ce document est à chérir, comme la Cléopâtre vécue avec un frémissement et une intériorité de chaque instant. S’il ne fallait en garder qu’une, ce serait surement Phaedra d’après Racine dirigée par un Ozawa inspiré, où la voix aussi vive qu’incisive de la diva fait des merveilles. Sa manière de nous susurrer à l’oreille pour avouer qu’elle s’est empoisonnée avec le crescendo vers l’aigu souligné par des cordes grinçantes, juste avant le silence, est inoubliable et mérite à elle seule l’acquisition de ce coffret en hommage à l’un des plus grandes interprètes du XXème siècle _ voilà.

C’est tout simplementement somptueux !

Ce mardi 11 avril 2023, Titus Curiosus – Francis Lippa

De l’apport, pour l’interprète, jusqu’à l’incandescence, d’un instrument particulier, voire original et imprévu, pour incarner-servir au mieux la plus pure idiosyncrasie même de telle ou telle oeuvre, ainsi incarnée-sublimée…

06mar

La question de l’apport, pour l’interprète, d’un instrument particulier, voire original et même totalement imprévu, pour servir au mieux et incarner _ et même sublimer ! _ telle ou telle œuvre musicale :

ce questionnement me travaille l’esprit depuis l’écoute enthousiasmée du clavecin  qui sert si merveilleusement le jeu de Jean Rondeau, dans son éblouissante interprétation d’œuvres de Joseph Haydn, de Mozart, de Muzio Clementi, et même de Claude Debussy, comme il vient de si bien le réussir en son CD « Gradus ad Parnassum » _ cf mes articles des 2 mars  «  » et 3 mars derniers « « 

Ce qui m’amène à me ressouvenir de ce qu’a pu, par exemple, apporter le divin dulcimer-pantaléon de Margit Übellacker, découvert dans le splendide CD « Portus Felicitatis«  _ le CD Ramée RAM 1302 _, pour des œuvres de Johann-Georg Reutter (1708 – 1772) _ dont le plus que fascinant pizzicato qui illumine le générique du « Mademoiselle de Joncquières » d’Emmanuel Mouret ; cf la conclusion de mon article du 16 janvier dernier : « «  _à un merveilleux, lui aussi, CD « Hebenstreit’s Bach«  _ Ramée RAM 2101 _, par la même magicienne Margit Übellacker dans des œuvres de Johann-Sebastian Bach (1685 – 1750), cette fois…

Quand l’instrument illumine, par la splendeur que sait bien sûr en tirer son exceptionnel interprète, l’idiosyncrasie même des œuvres ainsi portées à une bouleversante et évidente toute pure incandescence…


Ce lundi 6 mars 2023, Titus Curiosus – Francis Lippa

La merveilleuse surprise d’un Jean Rondeau enfin justissime, et non hystérisé, en un magnifique programme « Gradus ad Parnassum », sur un superbe clavecin de Jonte Knif et Arno Pelto : de Palestrina à Debussy, en passant par Haydn, Mozart, Clementi et Beethoven, et bien sûr Fux, l’auteur du « Gradus ad Parnassum », en 1725 ; un miraculeux CD. Ou la révélation de ces oeuvres en leur absolu « naturel » par leur interprétation au clavecin…

02mar

C’est une magnifique _ divine… _ surprise que Jean Rondeau, enfin justissime et non hystérisé _ peut-être parce que le fond de l’affaire, cette fois-ci, est, au moins en son départ, et à sa base, l’assez exigeant contrepoint (de Fux : célèbre Kapellmeister de la cour de Vienne, organiste, compositeur, pédagogue estimé et auteur du Gradus ad Parnassum, en 1725, un traité de composition dont la force et le très durable succès résident dans sa consolidation des traditions contrapuntiques héritées des deux siècles précédents. Les interprétations qui s’ensuivent, en ce CD de Jean Rondeau, étant, elles, tout au contraire, et il faut bien le souligner, rayonnantes de « naturel« , d’élégance et même de tendresse ; sans la moindre once de rigide ni de forcé… _, vient nous offrir en un vraiment splendide, absolument maîtrisé, et d’une fluidité merveilleusement naturelle _ oui, oui, il me faut bien y insister _ et inventive, CD intitulé « Gradus ad Parnassum«  _ le CD Erato 5054197416170  _,

avec un merveilleux programme d’œuvres bâties autour et à partir de ce fameux Traité de contrepoint et composition musicale, de 1725, qu’est le « Gradus ad Parnassum« , du compositeur Johann-Joseph Fux (Hirtenfeld, 1660 – Vienne, 13 février 1741),

et cela sur un superbe clavecin de Jonte Knif & Arno Pelto (de 2006) _ et avec une superlative prise de son d’Aline Blondiau, en la fameuse salle de musique de La Chaux-de-Fonds, à l’acoustique parfaite ! où ce miraculeux enregistrement a eu lieu du 8 au 12 octobre 2021 _ :

un programme tout à la fois ingénieux, inventif _ et d’abord dans le choix, au départ audacieux, d’interpréter toutes ces œuvres, jusqu’à celle de Debussy, Doctor Gradus ad Parnassum, un pastiche de la série d’exercices pour le piano Gradus ad Parnassum, composée par Muzio Clementi, qui constitue la première pièce de « Children’s corner« , entre 1906 et 1908), sur clavecin ! Un choix qui n’a rien d’arbitraire et gratuit, et permet rien moins que leur lumineuse révélation !!!.. _ et absolument splendide,

qui va de Giovanni-Pierluigi da Palestrina (1525 – 1594) à Claude Debussy (1862 – 1918),

en passant par Joseph Haydn (1732 – 1809), Wolfgang-Amadeus Mozart (1756 – 1791), Muzio Clementi (1752 – 1832) et Ludwig van Beethoven (1770 – 1827),

et bien sûr Johann-Joseph Fux (1660 – 1741), l’auteur du célébrissime Traité de contrepoint intitulé « Gradus ad Parnassum« , en 1725…

Qu’on écoute, en particulier, les merveilles tout simplement admirables _ et quasi inouïes jusqu’ici à un tel degré de perfection en leur absolu « naturel«  ! _ qu’obtient ici, sur le clavecin, Jean Rondeau,

dans les 28′ de la Sonate Hob. XVI.46 de Joseph Haydn,

dans les 6′ 24 de la Fantaisie n°3 K. 397 et les 6’23 de l’Andante de la Sonate n°16 K. 545 de Mozart,

ou dans les 6’07 de l’Étude n°14 du Gradus ad Parnassum de Muzio Clementi…

C’est renversant de beauté de classicisme libre et lumineusement, tout en sourire, épanoui,

voilà ;

et qui, sans la moindre précipitation un peu trop virtuose, sait merveilleusement prendre tout le temps, serein, lumineux et joyeux, qu’il y faut, pour que ces pièces, en toute plénitude de leur « naturel« , viennent vraiment s’épanouir…

Ce à quoi il faut ajouter aussi que l’instrument qu’est ce clavecin magnifique _ de Jonte Knif et Arno Pelto (de 2006) _, et cette prise de son superlative _ d’Aline Blondiau _, aident aussi, afin de servir en toute perfection la gracilité toute simple splendidement épanouie, déjà, de ces pièces _ la majorité d’entre celles-ci (8/12) étant postérieures à l’invention (au mitan du XVIIIe siècle), et rapide triomphe, du piano-forte…

Ces Haydn et Mozart, servis donc ici au clavecin par Jean Rondeau, sont ainsi comme enfin révélés à eux-mêmes, voilà, mieux encore que par le pianoforte, ou le piano classique de concert :

j’en prendrai pour exemple une comparaison de cette si heureuse et radieuse interprétation-ci par Jean Rondeau (en 28′) de la Sonate Hob. XVI.46 de Joseph Haydn _ probablement l’acmé de ce si beau CD ! _avec l’interprétation _ qui m’avait pourtant bien plue : « épatamment jeune« , « pétulante« , disais-je…  _ du cher Christian Zacharias (en 17′ 39″ _ contre les 28′ de Jean Rondeau : une différence considérable… _) sur un Steinway Concert Grand Piano D. 1901, en son récent très réussi CD « Haydn Sonatas » MDG 940 2257-6cf mon article du 31 janvier dernier : « « 

Quelle interprétation de Jean Rondeau en tout ce CD « Gradus ad Parnassum » ! Quel jeu !!! quelles délices !

Un pur ravissement de musicalité… Et cela grâce au clavecin, mais oui !

Une fête qui nous comble !!!

Une absolue révélation musicale, donc, par ce très évident CD !

Ce jeudi 2 mars 2023, Titus Curiosus – Francis Lippa

Le parfait classicisme assumé de Christian Poltéra dans un lui-même parfait CD Bis-2507 « Haydn-Hindemith »…

06fév

À la rescousse de mon article du 22 décembre dernier, « « ,

ainsi que de celui, le 22 août précédent, sur ResMusica, de Pierre-Jean Tribot, sous le titre de « Haydn revisité et en perspective par Christian Poltéra« ,

voici maintenant sur ce même CD Bis Records 2507,

cet article-ci, « Le virtuose« , de Jean-Charles Hoffelé en date du 4 février 2023.

 

LE VIRTUOSE

La franchise de l’archet, le plaisir voluptueux des traits _ oui _, le vaste soleil qui inonde l’orchestre _ voilà _ dès le Moderato du Concerto en ut, comment ne pas céder au pur plaisir physique du jeu de Christian Poltéra ?

Abordant ces deux chefs-d’œuvre du classicisme _ en effet, joyeux et serein _, le violoncelliste leur ôte la patine sentencieuse dont on les aura trop souvent alourdis. Comme jadis Frédéric Lodéon, Christian Poltéra chante à archet déployé, et emporte les Finales dans des tempos fusants. Sa virtuosité est invisible _ comme cele se doit _ tant tout vole ici, et sourit, musique absolument heureuse _ oui ! _, sans une ombre, où les Adagios prennent des airs de sérénades de plein air.

Poltéra ajoute le chant noble de l’Adagio de la 13e Symphonie, vrai petit concerto pour son instrument, avant de passer de la lumière à l’ombre, renouant avec son tropisme pour le XXe siècle, et s’appropriant la Trauermusik que Paul Hindemith destinait à l’alto, quatre méditations dont les chants nostalgiques emplissent sa grande caisse. Admirable _ oui, comme toujours avec Poltéra _, mais soudain on regarde ailleurs.

LE DISQUE DU JOUR

Franz Joseph Haydn
(1732-1809)


Concerto pour violoncelle et orchestre No. 1 en ut majeur, Hob. VIIb:1
Concerto pour violoncelle et orchestre No. 2 en ré majeur, Hob. VIIb:2
Symphonie No. 13 en ré majeur, Hob. I:13 (extrait : II. Adagio cantabile)


Paul Hindemith (1895-1963)


Trauermusik

Christian Poltéra, violoncelle
Münchener Kammerorchester

Un album du label BIS Records 2507

Photo à la une : le violoncelliste Christian Poltéra – Photo : © DR

Ce lundi 6 février 2023, Titus Curiosus – Francis Lippa

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