Posts Tagged ‘Richard Strauss

Trouver sa voix, où l’épanouissement proprement ravissant de Sandrine Piau…

10fév

L’heureuse surprise qu’a été pour moi _ cf mon article assez paradoxal d’avant hier 8 février « « … _ le plaisir du CD « Reflet – Berloz – Duparc – Koechlin – Debussy – Ravel – Britten« , soit le CD Alpha 1019 _  enregistré à Besançon au mois de novembre 2022 _ de Sandrine Piau _ et l’Orchestre Victor Hugo dirigé par son très subtil chef Jean-François Verdier _

m’a conduit à très vite rechercher le précédent CD des mêmes _ Sandrine Piau avec l’Orcheste Victor Hugo sous la direction merveilleusement soyeuse de Jean)François Verdier _, le CD « Clair-Obscur – Strauss – Berg – Zemlinsky » _ regarder cette vidéo de présentation du CD par Sandrine Piau elle-même (4’05) _,

soit le CD Alpha 727  _ enregistré à Besançon au mois de mars 2020.

Avec ravissement !

Et stupéfaction même d’être passé à côté lors de la sortie, au mois de mars 2021, de ce délectable bijou…

Probablement par préjugé à l’égard de prononciations jugées par moi défectueuses lors de précédents concerts, ou écoutes de CDs…

D’abord, et déjà, quel choix de programme, idéalement composé…

Mais aussi quel épanouissement de l’art de chanter de tels répertoires, déjà tellement marqués par de très grandes voix…

Voici 3 articles retrouvés sur le web sous les excellentes plumes

de Pierre Degott, pour ResMusica, en date du 19 mars 2021, intitulé « Clair-Obscur envoûtant avec Sandrine Piau«  ;

de Jean Lacroix, pour Crescendo, en date du 14 avril 2021, intitulé « Sandrine Piau et l’alchimie du clair-obscur » ;

et de Jean-Charles Hoffelé, pour son Discophilia, en date du 28 mai 2021, intitulé « Les Voix de Sandrine« …

Clair-obscur envoûtant avec Sandrine Piau

Les Clefs d'or

Instagram

Sandrine Piau irradie _ voilà ! _ dans un répertoire où on ne l’attendait _ effectivement _ pas. Interprétation presque chambriste _ oui, comme très personnellement j’aime… _ avec _ oui, c’est le mot absolument approprié !.. _ Jean-François Verdier et l’Orchestre Victor Hugo Franche-Comté.

Qui l’aurait attendue dans ce répertoire ? _ bien peu… Après avoir défendu pendant des années la musique baroque française, italienne et allemande, après avoir trouvé ses marques dans Mozart puis dans la mélodie française, Sandrine Piau s’attaque aujourd’hui aux chefs d’œuvre _ oui ! _ germaniques de la première moitié du XXᵉ siècle. De Strauss et Zemlinsky à Berg, le programme frappe autant par son audace que par sa cohérence _ mais oui. Qui, avant Piau, avait pensé à juxtaposer les Sieben frühe Lieder de Berg et les Vier letzte Lieder de Strauss ? Est-ce parce que l’évidence de cet inhabituel couplage était trop criante ? Les deux pièces s’enchainent quasiment sans pause. Au début du CD, les sonorités capiteuses _ à fondre de volupté ! _ de « Morgen » font directement suite à l’envoûtant « Waldgespräch » de Zemlinksy _ écoutez ici (7′ 03) ; c’est superbe !.. _, le solo de violon s’imposant comme le fil conducteur que l’on retrouvera également dans « Beim Schlafengehen » de Strauss. Pour une fois « Malven », à un moment considéré comme le « cinquième » des Vier letzte Lieder, trouve sa place en conclusion du célèbre cycle immortalisé depuis Kirsten Flagstad par tout ce que le monde lyrique a connu comme grandes sopranos.

Dans toutes ces pièces, Sandrine Piau fait triompher le miracle de sa sensibilité musicale _ oui, pleinement épanouie. Devant tant de beautés vocales, on ne sait s’il faut davantage s’incliner devant la délicatesse infinie _ oui _ des phrasés, devant les moirures argentées de ce timbre flûté d’une rare fraicheur _ oui _ ou devant la palette de couleurs qui pare une ligne vocale d’une extrême droiture. Les cinquante minutes de cet album pour le moins inspirant s’entendront comme une porte vers le monde du rêve et de l’imagination _ probablement : nous chavirons de jouissance. À la tête de l’Orchestre Victor Hugo, Jean-François Verdier _ parfait ! _ opte vers une conception résolument chambriste qui accentue la transparence _ oui _ de l’écriture des pièces de Berg, Strauss et Zemlinsky. Un grand bravo aux musiciens pour ce disque qui, pour beaucoup, sera un baume pour l’âme _ tout simplement.

Instagram

Alexander von Zemlinsky (1871-1942) : Waldgespräch, ballade pour soprano, deux cors, harpe et violon.

Richard Strauss (1864-1949) : Morgen ! op. 27 n° 4 ; Meinem Kinde op. 37 n° 3 ; Vier letzte Lieder.

Alban Berg (1885-1935) : Sieben frühe Lieder.

Sandrine Piau, soprano ; Orchestre Victor Hugo Franche Comté, direction : Jean-François Verdier.

1 CD Alpha. Enregistré en mars 2020 à l’Auditorium CRR de Besançon.

Notice en français, anglais et allemand.

Durée : 50:44

Sandrine Piau et l’alchimie du Clair-Obscur

LE 14 AVRIL 2021 par Jean Lacroix

Clair-Obscur.

Alexander von Zemlinsky (1871-1942) : Waldgespräch, ballade pour soprano, deux cors, harpe et violon.

Richard Strauss (1864-1949) : Morgen !, op. 27 n° 4 ; Meinem Kinde op. 37 n° 3 ; Vier letzte Lieder ; Malven.

Alban Berg (1885-1935) : Sieben frühe Lieder.

Sandrine Piau, soprano ; Orchestre Victor Hugo, direction Jean-François Verdier. 2020.

Notice en français, en anglais et en allemand. Textes des poèmes en langue originale allemande, avec traduction en français et en anglais.

50.44.

Alpha 727.

Pour bien saisir la portée artistique de ce _ très _ remarquable CD, nous conseillons, avant audition, la découverte préalable de la notice. On y trouve les reproductions de plusieurs œuvres picturales, de Georges de la Tour à Gustav Klimt en passant par Pierre Bonnard, Pablo Picasso ou Georges Seurat, toutes en contrastes de zones claires et de zones sombres, mais aussi, dans la même optique, quelques réflexions disséminées au fil des pages : des textes de Georges Braque, Antonio Gramsci, Gaston Bachelard ou Robert Desnos. Il faut s’attarder sur celle du peintre, sculpteur et graveur Georges Braque tirée de ses Cahiers 1917-1952, dont le titre est Le Jour et la nuit. Le peintre écrit : Le vase donne une forme au vide et la musique au silence. Située en début de présentation, cette proposition ouvre la porte à la genèse de Clair-Obscur, à travers une note rédigée conjointement par Léa Weber et Sandrine Piau dans laquelle cette dernière précise : Le Clair-Obscur, choc des couleurs absentes, rencontre impossible des contraires, symbolise pour moi la richesse de la musique qui, parée de mystère, crée des unions sans pareilles. C’est dans l’affirmation « la musique donne une forme au silence » que se situe le sens de l’oxymore, titre du programme.

En 2018, déjà pour Alpha, Sandrine Piau avait fait la démonstration de son aisance dans le domaine du lied ; elle y servait Loewe, Wolf et Schumann avec beaucoup de finesse. Cette fois, trois autres sertisseurs de poésie allemande sont mis à l’honneur : Zemlinsky, Richard Strauss et Alban Berg. En rappelant que ce répertoire a fait partie de ses amours d’étudiante, Sandrine Piau, qui sait si bien mettre en valeur la musique baroque, apporte une nouvelle preuve de ses affinités avec un univers qui conjugue les nuances de la fin du jour avec celles de la naissance de l’aube. On s’en convainc dès la peu connue ballade de Zemlinsky pour soprano, deux cors, harpe et violon, Waldgespräch, qui date des années 1895-96. Ce poème d’Eichendorff, un dialogue dans la forêt autour de la présence néfaste de Lorelei à laquelle il est impossible d’échapper, avait déjà tenté Schumann et d’autres compositeurs. Zemlinsky met dans ces sept minutes d’envoûtement _ voilà _ un climat que les instruments rendent onirique, grâce à un texte distillé sans affectation _ mais oui _ par la cantatrice, concentrée sur la portée d’inéluctabilité dramatique.

Richard Strauss occupe en durée la place la plus importante dans ce récital (dont la brièveté crée en nous une frustration). Le contraste avec Zemlinsky est immédiat dans Morgen !, quatrième _ sublime ! et écoutez-le ici (3′ 42)… _ lied de l’opus 27, sur des vers du poète écossais d’expression allemande John Henry Mackay. Aucun drame ici : le bonheur du couple est magnifié dans ce premier lied orchestré en 1897 par Richard Strauss, marié depuis trois ans à Pauline de Ahna. La félicité se poursuit dans Meinem Kinde, troisième numéro de l’opus 37 d’après Gustav Falk, berceuse émouvante sur le sommeil du nouveau-né, en l’occurrence Franz, né du couple en avril 1897. C’est la face claire que Sandrine Piau met ici en évidence dans deux petits joyaux dont elle révèle toute la fragile sensibilité _ oui.

Avant de revenir à Richard Strauss et aux si poignants Vier letzte Lieder, on découvre Alban Berg et ses Sieben frühe Lieder composés entre 1905 et 1908, au temps de son amour naissant pour Hélène Nahowski avec laquelle il se mariera en 1911, et orchestrés en 1928. Différents thèmes sont liés à ces brefs hommages à l’aimée : l’obscurité profonde et les lueurs dans la vallée, le chant du roseau, émanation du lyrisme frissonnant de Nikolaus Lenau, le rossignol au chant suave qui a œuvré toute la nuit, l’intimité de la chambre où les yeux se rencontrent ou le lit d’amour qui s’enivre des parfums du jardin, les jours d’été, et, sommet de ce cycle, le magique Traumgekrönt de Rainer Maria Rilke au cours duquel le rêve et la réalité s’entremêlent. L’écriture translucide de Berg et le climat extatique de ce recueil postromantique permettent à Sandrine Piau de laisser sa voix se développer jusqu’à des altitudes de réelle plénitude _ oui.

Retour à Richard Strauss pour les Vier letzte Lieder de 1948 dont Kirsten Flagstad, Elisabeth Schwarzkopf, Lisa della Casa, Jessye Norman ou Renée Fleming ont laissé de poignantes versions (et plus près de nous, Diana Damrau). Trois poèmes de Hermann Hesse déroulent un phrasé raffiné : la sensualité de la nature revit dans Frühling écoutez ici (3′ 06)... _ et précède les couleurs automnales de September _ écoutez ici (4′ 53) … _ dont les deux derniers vers, Langsam tut er die grossen/müdgewordnen Augen zu sont, par la grâce de la voix de Sandrine Piau, bien plus qu’une aspiration au repos : un crépuscule de la vie _ voilà ! _ qui se prolonge dans Beim Schlafengehen _ écoutez ici (5′ 07), c’est très beau… _, quand le sommeil attire vers l’abîme. Eichendorff, qui avait ouvert le programme chez Zemlinsky, s’épanche dans Im Abendrot _ admirez ici (6′ 46)… _, cet appel à la paix définitive qui étreint l’âme et le cœur par la symbolique éternelle qu’il distille.

Tout au long de ce cycle, Sandrine Piau donne sens aux mots, avec une respiration subtile qui fait appel tout autant à l’intimisme qu’à la dimension cosmique (que l’on aurait tort d’oublier). L’émotion est sans cesse présente _ oui ! et sans affectation… _, avec un timbre aux nuances immatérielles. Superbe réussite _ oui _, que complète Malven, le tout dernier lied composé par Strauss, au seuil de la mort, pour Maria Jeritza qui ne le chanta jamais. La nostalgie infinie qui se dégage de la coloration « mauve », esquissée si tendrement par Betty Wehrli-Knobel dans son poème avec les vers Comme un visage/Couvert de pleurs, et blême/Sous la lumière/Dorée des cieux, vient couronner ce récital aux lignes pures et enchanteresses _ voilà. L’Orchestre Victor Hugo, aux accents chaleureux et complices si bien dosés _ à la perfection ! _ par Jean-François Verdier, est en complète harmonie _ absolument, et c’est un élément décisif, majeur, du miracle de ce CD _ avec le rayonnement de la cantatrice. Ah, l’admirable disque !.. _ c’est dit.

Son : 9  Notice : 10  Répertoire : 10  Interprétation : 10

Jean Lacroix

LES VOIX DE SANDRINE

Je me souviens de sa Cléopâtre à Garnier. Comme la voix avait pris de la pulpe et comme l’aigu était resté aisé ! Quel chemin encore parcouru depuis _ oui _, en prudence mais aussi avec le goût de la découverte _ oui. De cette voix, commencée petite, a éclos aujourd’hui un instrument superbe _ oui _ dont le médium s’est boisé, l’aigu est devenu opulent sans que l’exactitude de l’intonation _ là, on pourait peut-être chipoter… _ ni la clarté des mots n’en aient pâti.

C’est sensible tout au long d’un récital dédié à des raretés du répertoire romantique français subtilement appariées, programme comme les chérit le Palazzetto Bru Zane. La mélodie française avec orchestre est peu courue au fond, sinon Les Nuits d’été dont Villanelle et Au cimetière, si admirablement sentis, me font regretter que tout le cycle n’y soit pas.

Mais dès la grande ligne du génial Extase de Saint-Saëns, l’alliage du rare et du transcendant s’impose. Merveille, Le Poète et le fantôme de Massenet, la Promenade à l’étang de Dubois, L’enlèvement de Saint-Saëns ! Tout l’album s’écoute en pur plaisir, et comme l’accompagnement du Concert de la Loge entoure cette voix !

L’album germanique, enregistré deux ans plus tard, surprend plus encore _ oui _, la voix s’est amplifiée sans rien perdre de son grain si singulier, les grands intervalles des Sieben frühe Lieder de Berg sonnent vertigineux, le récit hanté du rare Waldesgespräch de Zemlinsky prend un impact sidérant, mais le défi ultime est bien _ ce sommet, cette cime, que sont en effet _ les Vier Letzte Lieder, chantés ardents, sans un gramme de sucre _ voilà, sans sirop sirupeux _, en grande voix que ce soit dans les pièges du grave ou dans l’envol planant des aigus.

Quel magnétisme dans ce timbre _ mais oui ! _ et quelle leçon de chant, et de chant allemand qui plus est ! Elle ajoute l’ultime Malven, si parfaitement interprété qu’elle en ferait rougir Maria Jeritza elle-même ! Jean-François Verdier et son orchestre respirent _ oui, oui… _ avec elle, symbiose des couleurs, des phrasés qui participent à l’éclatante réussite _ oui ! _ de ce disque inattendu.

LE DISQUE DU JOUR

Si j’ai aimé

Camille Saint-Saëns
(1835-1921)


Extase, Op. 13 No. 2
Papillons
Aimons-nous
L’enlèvement


Charles Bordes (1863-1909)


Promenade matinale


Hector Berlioz (1803-1869)


Au cimitière: clair de lune, H. 86 (No. 5, extrait de « Les Nuits d’été, Op. 7 »)
Villanelle, H. 82 (No. 1, extrait de « Les Nuits d’été, Op. 7 »)


Jules Massenet (1842-1912)


Le poète et le fantôme
Valse très lente


Gabriel Pierné (1863-1937)


Chanson d’autrefois (No. 5, extrait de « Album pour mes petits amis, Op. 14 »)


Théodore Dubois (1837-1924)


Si j’ai parlé… Si j’ai aimé
Promenade à l’étang (No. 4, extrait de « Musiques sur l’eau »)
Sous le saule (No. 1, extrait des « Chansons de Marjolie »)


Louis Vierne (1870-1937)


Beaux papillons blancs (No. 1, extrait de « 3 Mélodies, Op. 11 »)


Henri Duparc (1848-1933)


Aux étoiles


Alexandre Guilmant (1837-1911)


Ce que dit le silence


Benjamin Godard (1849-1895)


Symphonie gothique, Op. 23 (extrait : III. Grave ma non troppo lento)


Jean-Paul-Égide Martini (1741-1816)


Plaisir d’amour (version orchestrale : Hector Berlioz)

Sandrine Piau, soprano
Le Concert de la Loge
Julien Chauvin, direction


Un album du label Alpha Classics Alpha 445

Clair-obscur

Alexander von Zemlinsky(1871-1942)


Waldgespräch


Richard Strauss (1864-1949)


Morgen!, Op. 27,
TrV 170 No. 4

Meinem Kinde, Op. 37,
TrV 187 No. 3

Vier Letzte Lieder, TrV 296
Malven, TrV 297


Alban Berg (1885-1935)


Sieben frühe Lieder

Sandrine Piau, soprano
Orchestre Victor-Hugo Franche-Comté
Jean-François Verdier, direction
Un album du label Alpha Classics Alpha 727

Photo à la une : la soprano Sandrine Piau – Photo : © Sandrine Expilly (2020)

 

Un bijou de récital admirable !!!

Bravissimo, Madame !

Ce samedi 10 février 2024, Tirus Curiosus – Francis Lippa

Un passionnant CD « Vers la flamme » de Severin von Eckardstein, avec un somptueux radieux comme jamais Opus 111, la 32e et dernière Sonate pour piano de Beethoven…

21déc

Ce jour,

découverte d’un passionnant CD « Vers la flamme » de Severin von Eckardstein _ le CD CAvI-Music 8553531 ; regarder et écouter (en allemand) ici le trailer de présentation de ce CD (d’une durée de 5′ 45) par l’interprète lui-même, quasi timidement et d’une voix douce…avec surtout un somptueux, très impressionnant, et radieux Opus 111, la 32e Sonate pour piano, en ut mineur, de Beethoven…

Cf, notamment, ce commentaire déjà significatif il y a deux jours, et sous le titre de « Transsubstantiation«  _ entre l’interprète à son piano et les successifs compositeurs à l’œuvre (dont lui-même pour une brève Improvisation de 3′ 26…), probablement… _, de Jean-Charles Hoffelé sur son site Discophilia :

TRANSSUBSTANTIATION

Autour de l’Opus 111, qui est un monde en soi _ c’est formidablement juste ! Quelle splendissime œuvre finale de Beethoven au piano !, déjà… _, Severin von Eckardstein organise une savante cosmogonie qui vécut d’abord comme programme de concert. Après l’épreuve de la scène, l’un des plus saisissants maîtres contemporains de l’instrument _ rien moins ! _ sera donc entré au b-sharp Studio de Berlin pour confier aux micros de Martin Kistner ce voyage équilibré entre deux pôles d’une même amplitude, l’ultime Sonate de Beethoven et son échappée cosmique, le propre arrangement par l’artiste _ en effet ! _ du moins idéalement pianistique des poèmes de Richard Strauss, Tod und Verklärung.

Pour le second pari gagné, l’élévation spirituelle encore un peu lisztienne du premier thème, le grand macabre de l’agonie où le pianiste fait entrer tout l’orchestre dans son piano, sont, sous son œil, saisissants _ voilà. Pour l’Opus 111, dès le Maestoso, le ton prophétique, puis l’éther _ génialissime _ de l’Arietta, proclament qu’il est peut-être temps pour lui, qui est si peu l’homme des intégrales, d’embrasser _ il en a la puissance comme titanesque, lui pourtant timide en sa parole… _ tous ces mondes que _ le titanesque explorateur en sa composition-créationBeethoven a réuni dans un univers.

Mais le piano ! Ce Bechstein _ D 282 _ à l’aigu à la fois criard et palot qui dépare les dernières mesures de Vers la flamme, il ne le transcendera vraiment que dans les proclamations et les anges rugissants du Regard de l’Eglise d’amour ou dans son improvisation méphistophélique qui semble répondre à Messiaen. Parfois trop d’idées nuisent à la musique.

LE DISQUE DU JOUR

Vers la flamme

Alexandre Scriabine
(1872-1915)


Vers la flamme, Op. 72


Richard Strauss (1864-1949)


Tod un Verklärung,
Op. 24, TrV 158 (arr. pour piano seul : Eckardstein)


Olivier Messiaen (1908-1992)


Regard de l’Eglise d’amour


Severin von Eckardstein (né en 1978)


Improvisation


Ludwig van Beethoven (1770-1827)


Sonate pour piano No. 32 en ut mineur, Op. 111

Severin von Eckardstein, piano

Un album du label CAvi-Music 8553531

Photo à la une : le pianiste Severin von Eckardstein – Photo : © Irène Zandel

Mais quel somptueux, radieux et tout à fait irrésistible Opus 111, nous est donné ici !..

Ce jeudi 21 décembre 2023, Titus Curiosus – Francis Lippa

Post-scriptum :

Voici aussi le texte (en anglais) qui accompagne le trailer de présentation de ce CD par Severin von Eckardstein lui-même :

In this album I combine several important works from different eras that poignantly address the transition from the earthly to the transcendent _ tel est ainsi le propos. The title of the album is based on Scriabin’s small composition « Vers la flamme« . This work is contrasted with my arrangement of Richard Strauss’ orchestral work « Tod und Verklärung« , Messiaen’s « Regard de l´Eglise d’amour » and an improvisational transition _ par Severin von Eckardstein lui-même _ to Beethoven’s Sonata op. 111.

Scriabin had a fascination with “fire” and often used it as an image of how one should experience art. In his opinion, every musical event should trigger a kind of “firestorm” that leads people to salvation. What’s particularly exciting for me as a pianist is that Scriabin writes few dynamic symbols into the score, and he basically gives the pianists a lot of freedom _ voilà. That’s why I decided to record the ending “pianissimo”. This logically develops directly from Scriabin’s message : After an outsized power of sound in the introduction to the finale, Scriabin slowly begins to reduce this dense, powerful earthly resonance. To loosen the grounding…

I see Beethoven’s last sonata as the work of an old man who is marked by life and who at the same time draws a final conclusion from it _ oui. The work appears to be age-related and therefore quite compact and authoritative _ en effet. On the other hand, it was precisely through this deep gray seriousness and mercilessness that Beethoven reached a point at which he suddenly freed himself _ voilà _ from his typical objective monumentality _ oui _ and, almost unintentionally – or at least intentionally, we don’t know – granted a deep insight into him as a human being. It seems to me like a fusion of the personal and the impersonal on a higher level. That’s exactly what I’m trying to achieve in terms of sound. It is about inner distance and yet a compact, uncompromising access.

For Strauss, unlike Beethoven, it is not about sublimity, but about earthly struggle, about extreme situations. In the orchestra there are these strongly energetic Sturm und Drang phases and then this sudden collapse. This is all very clearly described. It is dark and tragic, these are elements that particularly appeal to me. I like these obscure tones on the piano. With this transcription I wanted to add something very personal of myself _ voilà _ to this program.

Messiaen fascinated me from the start with his natural but never aggressive sound power. Similar to Beethoven, even in the 20th century he was able to use an universal, almost impersonal sound language to create a large, clear space in which cardinal human emotions could unfold unadulterated. The “Contemplation on the Church of Love” is a mental condensation of the previous cycle. Almost like Mahler, the piece begins with a depiction of the rough, primal elements of nature and their anarchy, but at the same time under the control of a benevolent superior power (may it be God), from which an indescribable pull emanates, into which we humans can almost let ourselves fall. You can feel right from the start that the chaotic image already has a huge unifying force that continues to assert itself.

La remarquable singularité du programme, et la parfaite réalisation musicale, du passionnant CD « Forbidden Fruit » de Benjamin Appl et James Baillieu

30juil

Dans la suite annoncée de mon article d’hier 29 juillet 2023 « « 

que j’avais consacré à la formidable interprétation de la mélodie « À Chloris » de Reynaldo Hahn sur les 10 premiers vers des Stances de Théophile de Viau _ qui en comportent 100 _,

je porte mon attention ce jour, dimanche 30 juillet, sur la magnifique unité dans la diversité du programme de 28 pièces musicales de ce « Forbidden Fruit«  _ le CD Alpha 912 _,

tel qu’il a été très finement composé par Benjamin Appl.

Et qui se comprend fort bien,

à considérer et prendre en compte comment l’image et symbole de la Pomme (Apple), comme séduisant très tentant fruit défendu et proscrit du jardin d’Éden, a pu solliciter l’imageance fertile de celui, Benjamin Appl, qui s’est avec délices laissé aller à composer le beau, sensuel, jouissif, mais parfois aussi amer ou carrément vénéneux et mortifère, et ainsi terriblement _ subtilement _ ambivalent _ Freud est donc ici présent, sous-jacent… _, programme de ce passionnant musical CD « Forbidden Fruit« , autour des variations toujours complexes et à jamais incertaines du désir,

à partir de tels jeux de tourbillons entés à la lettre même de son nom de famille, Appl…

Et que Benjamin Appl vient excellemment expliciter en son très beau texte de présentation, aux pages 20 à 23 du livret du CD,

avec l’exergue suivant, extrait des « Amours » d’Ovide (III, 4, v.17) : « Nous convoitons toujours ce qui nous est défendu et désirons ce qu’on nous refuse« . 

Des 28 pièces musicales de ce programme _ toutes ici accessibles à l’écoute par un clic _,

6 d’entre elles _ d’un compositeur anonyme anglais : « I will Give my Love an Apple » ; d’Ivor Gurney (1890 – 1937) : « The Apple Orchard«  ; de Roger Quilter (1877 – 1953) : « Now Sleeps the Crimson petal » ; de Leonello Casucci (1885 – 1975) : « Just a gigolo«  ; d’Edvard Grieg (1843 – 1907) : « To a Devil«  ; et de Jake Heggie (1961) : « Snake«  _ sont chantées en anglais 

6 d’entre elles _ de Kurt Weil (1900 – 1950) : « Youkali«  ; de Francis Poulenc (1899 – 1963) : « L’Offrande« , « Couplet bachique«  et « Le Serpent«  ; de Reynaldo Hahn (1874 – 1947) : « À Chloris«  ; et de Claude Debussy (1862 – 1918) : « La Chevelure«  _ sont chantées en français (+ 2 fois l’instrumental « In paradisium« , tiré du Requiem de Gabriel Fauré (1845 – 1924), en un arrangement pour le piano de James Baillieu : d’abord à la plage 2 ; puis à la plage 40 du CD)

et 14 d’entre elles _ de Hugo Wolf (1860 – 1903) : « Ganymed« , « An die Geliebte«  et « Und willst du deinen Liebsten sterben sehen«  ; de Richard Strauss (1864 – 1949) : « Das Rosenband«  ; d’Arnold Schönberg (1874 – 1951) : « Arie aus dem Spiegel von Arcadien : Seit ich so viele Weiber sah«  ; de Robert Schumann (1810 – 1856) : « Lorelei« , « Frühlingsfahrt«  et « Wer nie  sein Brot mit Tränen ass«  ; de Fanny Mendelssohn-Hensel (1805 – 1847) : « Die Nonne«  ; de Lothar Brühne (1900 – 1958) : « Kann den Liebe Sünde sein«  ; de Franz Schubert (1797 – 1828) : « Heidenröslein«  et « Gretchen am Spinnrade«  ; de Hanns Eisler (1898 – 1962) : « Die Ballade vom Paragraphen 218«  ; et de Gustav Mahler (1860 – 1911) : « Urlicht«  _ sont chantées en allemand.

Et cela, en une diction et une intelligence des textes superlatives : stupéfiantes !

Voilà.

Je remarque aussi l’article _ une fois encore très juste en son appréciation… _ de Jean-Charles Hoffelé, intitulé « Arcadie multiple« , paru sur le site Discophilia, avant-hier 28 juillet 2023…

ARCADIE MULTIPLE

Un simple song _ I will Give my Love an Apple, d’un compositeur anonyme _ sans accompagnement _ de piano _ ouvre l’album _ à la plage 1. Lui répond _ à la plage 4 _ une pièce pour piano seul _ ici Jean-Charles Hoffelé fait erreur : cette pièce, délicieuse, est bel et bien chantée ! _ d’Ivor Gurney, The Apple Orchard où s’évoque illico _ à la plage 2 _ l’In paradisum hypnotique du Requiem de Fauré que James Baillieu fera résonner dans la scripture de l’auteur _ Gabriel Fauré _ des Barcarolles à la coda _ à la plage 40 de l’album. La boucle se referme _ à la plage 41 et dernière, il y sura encore le « Urlicht » de Gustav Malher… _ sur un disque d’esthète _ oui _ qui ne m’étonne pas de Benjamin Appl. Il glisse son baryton caméléon de l’Arcadie érotique du Ganymed d’Hugo Wolf _ à la plage 6, sur des vers de Goethe… _ aux pamoisons exotiques sur fond de rumba rêveuse du Youkali de Kurt Weill _ à la plage 7.

Se prendrait-il pour Lotte Lenya ? Il a le talent, les audaces, le charme juste dosé d’un peu d’amer _ oui _, et n’hésite pas à prendre chez les dames Gretchen am Spinnrade _ à la plage 35 _ mais aussi _ l’hyper-sensuelle, sur un texte archi-brûlant de Pierre Louÿs, extrait des « Chansons de Bilitis« La Chevelure de Debussy, cultivant non l’ambigüité mais l’ambivalence _ oui ! _ : cette voix peut tout dans le champ clos et pourtant infini des « chansons », y compris À ChlorisReynaldo Hahn célèbre son antiquité digne de Poussin. Sublime simplement _ voilà ! _ et jusque dans Just a Gigolo, clin d’œil à la périphérie qu’autorise le charme nostalgique _ assez fréquenté, en effet, ici… Benjamin Appl dit aussi _ lui-même, en forme d’énoncés de titres de chapitres _ de brèves phrases, didascalies volées aux partitions ou simples appréciations qui font le voyage fluide.

Ecoutez les couplets bachiques de Poulenc, avec leur goût d’anis, et comparez son Serpent au Snake de Jack Heggie. Des ponts imaginaires se tendent _ voilà ! _ au-dessus de l’Atlantique, mais le disque s’ancre _ surtout, en effet _ dans le romantisme de Schubert, et de Schumann, dans le rare Die Nonne de Fanny Hensel, dans les crépuscules de Strauss ou du premier Schönberg que couronne l’Urlicht de Gustav Mahler.

LE DISQUE DU JOUR

Forbidden Fruit

Œuvres de Ivor Gurney, Hugo Wolf, Kurt Weill, Francis Poulenc, Reynaldo Hahn, Richard Strauss, Roger Quilter, Claude Debussy, Arnold Schönberg, Leonello Casucci, Edvard Grieg, Robert Schumann, Fanny Hensel, Lothar Brühne, Jack Heggie, Franz Schubert, Hanns Eisler, Gustav Mahler, Gabriel Fauré

Benjamin Appl, baryton
James Baillieu, piano

Un album du label Alpha Classics 912

Photo à la une : le baryton Benjamin Appl – Photo : © Manuel Outumuro

J’ajoute ici cette très intéressante chronique aussi,

publiée sur le site Operaramblings en date du 12 mai 2023 :

Forbidden Fruit

ALPHA COVERITUNES.inddForbidden Fruit is a CD by baritone Benjamin Appl and Pianist James Baillieu due for release on June 23rd.  It’s a sort of themed recital dealing with the Garden of Eden and the Fall _ telle en est donc la thématique qui en fait l’unité. It starts with the English traditional song “I Will Give My Love an Apple” and finishes with “Urlicht” from Mahler’s setting of text from Das Knaben Wunderhorn.  In between there are about 25 songs _ yes indeed _, some solo piano and quotes from the Bible which take us on a journey from all kinds of temptation, through consequences, to (maybe) some kind of redemption.  In all there’s 69 minutes of music.It’s musically varied with songs in English, French and German ranging from well known Lieder and Chansons to cabaret and other genres _ oui.  Appl is excellent _ absolument !!! _ in all three languages with exceptional diction _ oui ! Quelle aisance ! _ and sense of text _ magnifique d’intelligence.  He’s also stylistically versatile _ en effet : voilà pour sa diversité…  Those who have seen him live will not be surprised that his Schubert, Debussy and Quilter songs sound like a most excellent Liederabend but he can also find something darker and edgier for Eisler, Weill, Brühne and Heggie _ oui.  I particularly liked the his grim take on the Eisler setting of Brecht’s “Die Ballade vom Paragraphen 218”.  It’s a very fine performance by Appl with sensitive contributions _ il faut aussi le souligner ! _ from Baillieu.

The sound quality is excellent and very natural _ oui.  It was recorded in high resolution (96kHz/24bit)  in the Auditorio Stelo Molo RSI in Lugano in July 2020 and is being released as a standard resolution CD or as Hi-res and standard res FLAC and MP3.  I listened to the hi-res version.  There’s a digital booklet with lots of useful information and full texts in it too.

Highly recommended.

Catalogue number: Alpha Classics ALPHA912

Ainsi que ceci, de très pertinent encore,

placé en commentaire d’une vidéo consacrée à ce CD :

« Temptation, prohibition, good, evil… ‘how relevant are these in today’s world?’ asks Benjamin Appl. With the complicity of pianist James Baillieu, we are taken on a musical arc from simple folk songs through to the great song composers such as Schubert, Schumann and Wolf, along the way visiting the French masters Debussy and Poulenc, exploring ‘new objectivity’ with Weill and Eisler and enjoying compositions by Casucci, Heggie and others. The metaphor of forbidden fruit gives Benjamin and James a wide range of possible interpretations. Whilst some of the song settings centre on sensuality, others focus on socially immoral topics such as incest or sensitive subjects such as abortion. The German baritone embodies each of these stories with a passion and dramatic sense that makes this album a kaleidoscopic and astonishing journey through time and space« .

Une rareté discographique, donc, que ce très singulier CD « Forbidden Fruit« ,

qui vaut mille fois le détour d’un minimum de curiosité de la part des mélomanes !!!

Bravissimo !

tant pour la composition très originale, fine et variée, du programme,

que pour la rare performance musicale idéalement expressive,

tant du chanteur, Benjamin Appl, que de son compère pianiste, James Baillieuplus que parfaits tous les deux dans la justesse et pertinente beauté des émotions qu’ils nous offrent ainsi à partager !!!

Ce dimanche 30 juillet 2023, Titus Curiosus – Francis Lippa

De nouvelles découvertes en poursuivant mon enquête autour du legs discographique du magnifique Lars Vogt (1970 – 2022)…

08juil

Au fur et à mesure de mes recherches autour du legs discographique _ et autre… _ du merveilleux Lars Vogt (Düren, 8 septembre 1970 – Erlangen, 5 septembre 2022) _ cf, notamment, mon article d’hier 7 juillet : « «  _,

s’égrènent, en forme de merveilleux cadeaux musicaux, de superbes découvertes-cadeaux inattendues :

non seulement, comme en l’article de la veille _ «  » _, la vidéo _ d’une durée de 6′ 11 _, de l’incident d’un mémorable « page-turning disaster » lors d’un concert de Lars Vogt et Christian Tetzlaff, à la Sendesaal de Brême avec l’intervention de la merveilleuse Anna Reszniak en tourneuse de pages de luxe ; Anna Reszniack étant aussi l’épouse de Lars Vogt… _, lors de l’interprétation du Scherzo composé par Johannes Brahms pour la fameuse « F.A.E. Sonate«  WoO 2, de 1853, dédiée à Joseph Joachim (dont les 4 mouvements sont l’œuvre d’Albert Dietrich, pour le premier, Robert Schumann, pour le second et le quatrième, et Johannes Brahms, pour le troisième,

mais aussi et encore, comme rapporté en cet article d’hier 7 juillet, la vidéo _ d’une durée de 5′ 42 _, de la « Letzter Soloauftritt von Lars Vogt bei SPANNUNGEN , soit l’interprétation _ pour son ultime réalisation de soliste au piano en concert (en un bis)… _ par  Lars Vogt _ en son Festival Spannungen, à Heimbach, le 24 juin 2022, en forme d’adieu, en tant que soliste au piano, au public aimé et fidèle de son cher Festival Spannungen _, de ce chef d’œuvre sublimissime et bouleversant qu’est l’Intermezzo n°1 de l’Opus 117  de Johannes Brahms ;

deux jours plus tard, pour la soirée de l’AbschlussKonzert, du 26 juin 2022, Lars Vogt tenait (et comment !) la partie de piano du Quatuor à cordes avec piano n°3 Op. 60 de Johannes Brahms, en forme de second sublime adieu de sa part, en chambriste cette fois _ avec le violon de Christian Tetzlaff, l’alto de Barbara Buntrock, et le violoncelle de Tanja Tetzlaff, ce dernier soir de concert à Heimbach, pour lui… _, à son merveilleux Spannungen Festival annuel _ une semaine de chaque mois de juin _, créé par lui 22 ans plus tôt, en 1998 _ pas de vidéo (ni ce CD) disponible de cet ultime concert à Heimbach, hélas jusqu’ici ;

mais je dispose toutefois d’une interprétation de ce Quatuor avec piano Op. 60, en ut mineur, de Brahms avec Lars Vogt au piano, et Antje Weithaas au violon, Kim Kashkashian à l’alto et Boris Pergamenschikow au violoncelle, enregistré live à Heimbach le 12 juin 1999, présent (c’est le CD n°7) dans le magique coffret « Spannungen : Musik im Kraftwerk Heimbach – Limited Edition – Kammermusik – Chamber Music«  de 14 CDs Avi Music 8553100 ; cf mon article du 14 novembre 2009 : « « 

Et voici que je je découvre encore ce que mon inattention m’avait jusqu’ici empêché de percevoir :

ainsi un CD « Schumann & Strauss : Melodramas » _ le CD Avi 8553204, sorti le 4 février 2022… _  de Lars Vogt au piano, avec sa fille Isabelle Vogt, narratrice, dans

_ de Robert Schumann, deux Ballades, le « Ballet of a Moorland Boy« , Op. 122 n°1, et « The Fugitives« , Op. 122 n°2 (publiées ensemble par Robert Schumann en 1853) ;

_ et, de Richard Strauss, « Enoch Arden« , Op. 38 (publié par Richard Strauss en 1897),

un CD paru pour le label Avi Music, le 4 février 2022, d’après des prises live en concert _ voir cette vidéo (de 2′ 35) _, aux sessions de 2017 et 2020 du Festival Spannungen à Heimbach

En forme de passage de témoin _ et partage ! _ de Lars Vogt, père musicien, à sa fille Isabelle, comédienne…

À suivre, pour de nouvelles découvertes « en cherchant bien » _ c’est-à-dire, encore et toujours, mieux…

Ce samedi 8 juillet 2023, Titus Curiosus – Francis Lippa

L’apport somptueux du coffret de 3 CDs Decca « The Unreleased Masters » de Jessye Norman (1945 – 2019)…

11avr

Jessye Norman (Augusta, 15 septembre 1945 – New-York, 30 septembre 2019) est sans conteste une chanteuse hors-norme, qui fait l’objet d’une très juste universelle admiration.

Or voici que vient de paraître un _ magnifique ! _ coffret de 3 CDs Decca 485 2984, intitulé « Jessye Norman The Unreleased Masters« , d’enregistrements de 1989, 1992, 1994 et 1998 _ avec Kurt Masur, James Levine et Seiji Ozawa _, que la cantatrice avait, de son vivant, refusé de laisser publier…


Voici le commentaire plus qu’intéressant qu’en donne _ et sous le titre « Jessye Norman (1945–2019) The unreleased masters 1989–1998«  _ François Lesueur, en date du 23 mars dernier, sur le site de Wanderer :

Jessye Norman (1945–2019) The unreleased masters 1989–1998 – DECCA

Jessye Norman (1945–2019) The unreleased masters 1989–1998

François Lesueur27 mars 2023

Jessye Norman (1945–2019) The unreleased masters 1989–1998 – DECCA

CD1 (studio recording)

WAGNER (1813–1883) : Tristan und Isolde (1865)

Prelude

Act I

“Westwärts schweift der Blick” (Seemann · Isolde · Brangäne)

“Frisch weht der Wind der Heimat zu” (Seemann · Isolde · Brangäne)

“Weh, ach wehe ! Dies zu dulden” (Brangäne · Isolde)

“Wie lachend sie mir Lieder singen” (Isolde · Brangäne)

Act II

“Isolde ! Geliebte ! – Tristan ! Geliebter!” (Tristan · Isolde)

“Doch es rächte sich der verscheuchte Tag” (Isolde · Tristan)

“O sink hernieder, Nacht der Liebe” (Tristan · Isolde)

“Einsam wachend in der Nacht” (Brangäne · Isolde · Tristan)

“Unsre Liebe ? Tristans Liebe ? Dein’ und mein’” (Tristan · Isolde)

“So starben wir, um ungetrennt” (Tristan · Isolde · Brangäne)

Act III

“Mild und leise wie er lächelt” (Isoldes Liebestod) (Isolde)

Jessye Norman (Isolde,)

Hanna Schwarz (Brangäne)

Thomas Moser (Tristan)

Ian Bostridge (Seemann)

Kurt Masur / Leipzig Gewandhaus Orchestra

CD2 (live recording)

STRAUSS (1864–1949) : Vier letzte Lieder (1948)

WAGNER : Wesendonck-Lieder (1857–1858)

Jessye Norman

James Levine / Berliner Philharmoniker

CD3 (live recording)

HAYDN (1732–1809) : Scena di Berenice Hob. XXIVa:10

Recitativo : “Berenice, che fai?”

Cavatina : “Non partir, bell’idol mio”

Recitativo : “Me infelice!”

Aria : “Perché, se tanti siete”

BERLIOZ (1803–1869) : Cléopâtre H.36

Allegro vivace con impeto – Récitatif : “C’en est donc fait!”

Lento cantabile : “Ah ! qu’ils sont loin ces jours, tourment de ma mémoire”

Méditation : Largo misterioso : “Grands Pharaons, nobles Lagides”

Allegro assai agitato : “Non ! … non, de vos demeures funèbres”

Allegro non troppo – Recitativo misurato : “Dieux du Nil”

BRITTEN (1913–1976) : Phaedra Op.93

Prologue : “In May, in brilliant Athens”

Recitative : “My lost and dazzled eyes saw only night”

Presto : “You monster ! You understood me too well”

Recitative : “Oh Gods of wrath”

Adagio : “My time’s too short, your highness”

Jessye Norman

Boston Symphony Orchestra / Seiji Ozawa

Parution du coffret Jessye Norman (1945–2019) The unreleased masters 1989–1998 – DECCA
..;

Fallait-il publier ces inédits de Jessye Norman restés sans lendemain, ou bien respecter son choix de ne jamais les rendre publics ? La question reste une nouvelle fois entière à l’écoute de ce coffret que sa maison de disque, Decca, vient de sortir quatre ans après sa disparition.

Savoir que quelques scènes issues du Tristan und Isolde avaient été gravées en studio en 1998 était intolérable pour certains fans prêts à tout entendre de leur soprano fétiche, même le plus discutable. Qu’en aurait-elle pensé, elle si exigeante ? Nous ne le saurons jamais. Fort heureusement ce coffret comporte de réelles pépites _ oui ! _ qui dissiperont facilement ces petites polémiques. Les nombreux admirateurs de Jessye Norman savaient que leur idole avait enregistré de larges extraits de Tristan und Isolde en prévision d’une intégrale qui ne vit jamais le jour. Depuis le « Liebestod » enregistré très tôt avec Colin Davis jusqu’à celui donné en concert avec Karajan à Salzbourg en 1988, il n’était pas impossible d’imaginer la soprano américaine s’essayer au rôle dans le calme ouaté du studio, à l’écart du public et de la scène qu’elle n’aura finalement pas le courage d’affronter. Ces essais restés sans lendemain paraissent donc aujourd’hui près de quatre ans après la mort _ le 30 septembre 2019 _ de la diva qui refusa de les voir publiés de son vivant. Faut-il s’en réjouir ou le regretter ? C’est toujours un dilemme, car de tels inédits remettent en question le choix de l’artiste qui devrait en principe être respecté, tout en satisfaisant le plaisir égoïste de fans à la recherche permanente de nouveaux documents. Fallait-il aller à l’encontre de l’avis de Jessye Norman qui n’était pas convaincue du résultat de sa prestation, ou sortir ce coffret sous couvert de lui rendre hommage ?

Prenons les sessions d’enregistrement de mars/avril 1998 d’abord pour ce qu’elles sont : des essais réalisés en prévision d’une éventuelle intégrale. Au pupitre, Kurt Masur dirige les forces du Gewandhaus de Leipzig avec l’intensité et l’analyse musicale qui ont toujours été associées à son nom. Dès le prélude où la tranquillité des cordes surprend par leur couleur et leur velouté, le chef instaure une lecture sagement réfléchie et très personnelle du chef‑d’œuvre de Wagner. Sa battue puissante et enveloppante est le gage des grands maîtres, capables en un clin d’œil de faire fusionner les timbres de tout un orchestre que l’on pensait éparpillés, après les avoir entendus se déployer si distinctement les uns après les autres. La sélection du 1er acte débutée par l’intervention asexuée et précieuse du tout jeune Bostridge _ voilà _ en Matelot, laisse la place aux échanges entre l’Isolde d’une Norman agitée, arrogante de ton, face à la Brangaene d’Hanna Schwarz, très en retrait. L’association de ces deux voix n’est sans doute pas la meilleure, mais après tout la mezzo est là pour donner la réplique à la soprano qui dialogue avec un chef qu’elle connait bien et dont l’accompagnement sur mesure est là pour la mettre sur un piédestal. Entourée d’un orchestre aux sonorités sensuelles, Jessye Norman mord à pleine dents dans le texte au risque de manger parfois des mots dans l’état d’exaltation où elle se trouve et de laisser passer de grands aigus plus arrachés qu’il ne faudrait, ou de paraître crispée sur le « Rahe » (vengeance).

Arrêté brusquement, ces premiers pas n’ont rien de compromettants mais nous interrogent tout de même : le rôle d’Isolde est-il écrit dans les meilleures notes de la cantatrice et n’est-il pas arrivé un peu tard dans sa carrière ? L’écoute se poursuit avec le duo du second acte. Thomas Moser s’avère d’emblée en grande forme _ oui _ avec un Tristan au registre élancé et au timbre clair. Les retrouvailles du couple après l’absorption du philtre d’amour remplacé par celui de mort par Brangaene, sont explosives, le premier ut d’Isolde superbe, le second également, allégé et visé juste. Masur veille sur ces deux protégés avec un soin paternel, jouant avec une délicatesse chambriste l’introduction du « O sink hernieder » que les deux chanteurs attaquent pianissimo et poursuivent à l’unisson avec une poésie et un galbe vocal magnifiques, se stimulant l’un l’autre. Toute cette partie comme en apesanteur, digne des titulaires les plus aguerris est malheureusement compromise par les appels prosaïques d’une Hanna Schwarz qui ne peut se substituer aux plus grandes, Christa Ludwig en tête. Les choses se corsent dans la conclusion qui met en évidence une Norman aux limites de sa résistance, qui ne parvient pas dans cette section à parer son instrument contre les assauts vengeurs d’une partition dévorante et termine avec une voix blanche et un phrasé heurté trahis à plusieurs reprises par une diction confuse, que même la présence de son partenaire ne peut masquer. Pour finir le « Mild und leise », quoique vocalement profus et élégamment chanté, laisse l’auditeur un peu sur sa faim au lieu de l’entraîner vers les cimes d’une transfiguration annoncée. Rien de honteux ou de dégradant dans ces passages choisis, révélés post-mortem, mais comment ne pas ressentir un certain sentiment de trahison, là où l’artiste avait cru bon de ne jamais autoriser la parution de ce qui pour elle n’en valait pas la peine…

Fort heureusement le reste de cet album contient de vrais trésors _ oui. Les Vier letzte Lieder de Strauss donnés en direct à Berlin en mai 1989 en font indéniablement partie. Dirigés par James Levine à la tête du flamboyant Berliner Philharmoniker, ils sont une alternative pour le moins solide à ceux gravés en 1982 avec Masur et le Gewandhausorchester Leipzig pour Decca, souvent présentés comme un must. Plus rapide et moins sombre, cette version inédite nous permet de retrouver la voix souveraine de la diva, qui déploie dès les premières phrases du « Frühling » les grandes orgues de son instrument enchanteur avec une « Wie ein Wunder vor mir » somptueux, allège le « Du kennst mich wieder » et donne à son phrasé des allures de petite fille à l’arrivée du printemps. Ici pas d’inquiétude ou de tourment, mais un plaisir calme et une plénitude vocale qui ne font planer aucun doute sur les pensées de la narratrice. Si dans « September » Levine laisse filtrer dans son commentaire orchestral l’annonce de l’automne et des jours plus courts, c’est parce qu’il donne l’impression de déposer délicatement sur les épaules de sa cantatrice un « châle musical » pour qu’elle ait moins froid. Le « Augen zu » triple piano se fait comme il se doit sourd et extatique tandis que le cor conclut majestueusement le lied. Tout à coup tout s’assombrit, devient mélancolique avec « Beim Schlafengehen », on frissonne aux accents de la soprano qui laisse le violon en solo, transpercer l’espace et venir nous toucher en plein cœur, avant que sa voix de velours ne reprenne le large, en majesté. « Im Abendrot » est pris dans un tempo retenu mais sans langueur affectée ; « O Weiter » est clamé comme une surprise, sans dramatisme avec quelque chose de rassurant, comme une confiance revenue. Norman file la phrase comme si elle ne devait jamais s’interrompre, Levine étire les dernières notes de son orchestre : c’est somptueux _ voilà !

D’une pareille eau sont les Wesendonck de Wagner (Berlin toujours mais en novembre 1992) au cours desquels la diva ne cherche pas à assombrir son timbre, pour rester résolument soprano et pouvoir ouvrir grand les voiles. Calme et tempête, torpeur et pas feutrés, Levine manie le mystère jouant sur le même registre que son impressionnante soliste entre rêve étrange et murmure. Rien ne manque à cette lecture déclamée dans un allemand soyeux où chaque mot est articulé, sculpté, taillé comme une pierre précieuse, sauf les appels de Brangaene que Jessye Norman aurait pu, aurait dû chanter, pour suspendre un peu plus le temps à l’issue du dernier lied, « Traüme », repris plus tard dans Tristan und Isolde.

Dernier des trois cds, trois scènes pour soprano et orchestre puisées dans trois siècles de musique : Haydn, Berlioz et Britten. Captées elles aussi en concert, au cours de l’année 1994 à Boston, elles démontrent non seulement la variété des répertoires auxquels aimait à se mesurer la Norman et son adaptabilité musicale. La direction un peu sèche d’Ozawa n’obère heureusement pas notre plaisir à écouter la cantate Berenice, dont la soprano assume crânement l’écriture émaillée de vocalises lancées avec vigueur. A l’exception du dernier aigu contestable, ce document est à chérir, comme la Cléopâtre vécue avec un frémissement et une intériorité de chaque instant. S’il ne fallait en garder qu’une, ce serait surement Phaedra d’après Racine dirigée par un Ozawa inspiré, où la voix aussi vive qu’incisive de la diva fait des merveilles. Sa manière de nous susurrer à l’oreille pour avouer qu’elle s’est empoisonnée avec le crescendo vers l’aigu souligné par des cordes grinçantes, juste avant le silence, est inoubliable et mérite à elle seule l’acquisition de ce coffret en hommage à l’un des plus grandes interprètes du XXème siècle _ voilà.

C’est tout simplementement somptueux !

Ce mardi 11 avril 2023, Titus Curiosus – Francis Lippa

Chercher sur mollat

parmi plus de 300 000 titres.

Actualité
Podcasts
Rendez-vous
Coup de cœur