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Ecouter les Symphonies n° 2, 3, 6, 7, 8, 10, 12, 20 et 21 de Mieczyslaw Weinberg

14oct

Avant de porter une appréciation sur les 9 Symphonies de Mieczyslaw Weinberg _ d’entre 1946 et 1991 pour les dates de leur composition ; cf d’une part la liste des œuvres de Weinberg, et d’autre part le répertoire des CDs comportant chacune de ces œuvres, réalisé sur le très utile site de Claude Torres…dont il se trouve que je possède à ce jour au moins un enregistrement discographique,

il me faut commencer par en récapituler les détails discographiques,

_ par date de composition de l’œuvre, la Symphonie (et son numéro d’opus)

_ par date et lieu d’enregistrement du CD qui la comporte et que je possède

_ par chef dirigeant l’orchestre de l’enregistrement de ce CD

_ par date de parution du CD et nom du label de l’enregistrement écouté :

_ 1946 pour la Symphonie n°2 (Opus 30),

enregistrée à Vilnius au mois de décembre 2018,

Mirga Grazynité-Tyla dirigeant la Kremerata Baltica,

en un enregistrement Deutsche Grammophon 483 6566 paru en 2019.

_ 1949-1950 pour la Symphonie n°3 (Opus 45),

enregistrée à Birmingham au mois de juin 2021,

Mirga Grazynité-Tyla dirigeant le City of Birmingham Symphony Orchestra,

en un enregistrement Deutsche Grammophon 486 2402  paru en 2022.

_ 1963 pour la Symphonie n° 6 (Opus 79),

enregistrée à Saint-Petersbourg au mois de décembre 2010,

Vladimir Lande dirigeant le St-Petersburg State Symphony Orchestra,

en un enregistrement Naxos 8.572779, paru en 2012.

_ 1964 pour la Symphonie n° 7 (Opus 81),

enregistrée à Dortmund au mois de décembre 2020,

Mirga Grazynité-Tyla dirigeant le Deutsche Kammerphilharmonie Bremen,

en un enregistrement Deutsche Grammophon 486 2402, paru en 2022. 

_ 1964 pour la Symphonie n° 8 (Opus 83) « Polish Flowers« ,

enregistrée à Varsovie au mois de juin 2011,

Antoni Wit dirigeant le Warsaw Philharmonic Orchestra,

en un enregistrement Naxos 8.572873, paru en 2013.

_ 1968 pour la Symphonie n° 10 (Opus 98),

enregistrée à Neuhardenberg au mois de novembre 2012,

Gidon Kremer dirigeant la Kremerata Baltica,

en un enregistrement ECM 2368/69 4810669, paru en 2014.

_ 1975-1976 pour la Symphonie n° 12 (Op. 114) « In memoriam Dmitri Shostakovich« ,

enregistrée à Saint-Petersbourg au mois de juin 2012,

Vladimir Lande dirigeant le St-Petersburg State Symphony Orchestra,

en un enregistrement Naxos 8.573085, paru en 2014.

_ 1988 pour la Symphonie n° 20 (Op. 150),

enregistrée à Gotheborg au mois d’août 2011,

Thor Svendlund dirigeant le Gothenburg Symphony Orchestra,

en un enregistrement Chandos CHSA 5107, paru en 2011.

_ 1991 pour la Symphonie n°21 (Opus 152) « Kaddish« ,

enregistrée à Birmingham au mois de novembre 2018,

Mirga Grazynité-Tyla dirigeant le City of Birmingham Symphony Orchestra et la Kremerata Baltica,

en un enregistrement Deutsche Grammophon 483 6566, paru en 2019.

 

 

Ce vendredi 14 octobre 2022, Titus Curiosus – Francis Lippa

Découvrir et écouter vraiment aussi le volet symphonique de l’oeuvre sublime de Mieczyslaw Weinberg…

13oct

La toute récente parution, ainsi que l’écoute, du CD « Weinberg Symphonies n° 3 & 7 – Flute Concerto n°1 » (DG 486 2402),

placé _ un peu étrangement ! _ sous le nom _ pour la deuxième fois ! _ non pas du compositeur, Mieczyslaw Weinberg (Varsovie, 8 décembre 1919 – Moscou, 26 février 1996),

mais de sa chef d’orchestre Mirga Grazynité-Tyla _ par quel bizarre choix, à nouveau, du label Deutsche Grammophon, qui avait procédé de semblable manière lors de la parution, en 2019, du double (et admirable !) double CD DG 483 6566 des « Weinberg Symphonies n°2 & n° 21″ titrée « Kaddish«  : un chef d’œuvre !.. _,

m’a incité à écouter beaucoup plus attentivement l’ensemble discographique du volet symphonique de l’œuvre de ce compositeur _ que j’apprécie énormément ! _, dont je dispose à ce jour _ et qui se monte au nombre de 9 Symphonies, sur les 21 composées par Weinberg entre 1942 et 1991 : l’ultime, Op. 154, ayant été laissée inachevée en 1994… _, en ma discothèque personnelle :

soient les Symphonies

n° 2 (Op. 30 de 1946), par la Kremerata Baltica, sous la direction de Mirga Grazynité-Tyla (double CD Deutsche Grammophon 4836566), enregistrée à Vilnius au mois de décembre 2018 ;

n° 3 (Op. 45, de 1949-1950, révisée en 1959), par le City of Birmingham Symphony Orchestra, sous la direction de Mirga Grazynité-Tyla (double CD Deutsche Grammophon 4862402), enregistrée à Birmingham au mois de juin 2021 ;

n° 6 (Op. 79, de 1963), par le St-Petersburg State Symphony Orchestra, sous la direction de Vladimir Lande (CD Naxos 8.572779), enregistrée à Saint-Petersbourg au mois de décembre 2010 ;

n° 7 (Op. 81, de 1964), par le Deutsche Kammerphilharmonie Bremen, sous la direction de Mirga Grazynité-Tyla (double CD Deutsche Grammophon 4862402), enregistrée à Dortmund au mois de décembre 2020 ;

n° 8 (Op. 83, « Polish Flowers« , de 1964), par le Warsaw Philharmonic Orchestra, sous la direction d’Antoni Wit (CD Naxos 8. 572873), enregistrée à Varsovie au mois de juin 2011 ;

n°10 (Op. 98, de 1968), par la Kremerata Baltica, sous la direction de Gidon Kremer (double CD ECM 2368/69 4810669), enregistrée à Neuhardenberg au mois de novembre 2012 ;

n° 12 (Op. 114, « In memoriam Dmitri Shostakovich« , de 1975-1976), par le St-Petersburg State Symphony Orchestra, sous la direction de Vladimir Lande (CD Naxos 8.573085), enregistrée à Saint-Petersbourg au mois de juin 2012 ;

n° 20 (Op. 150, de 1988), par le Gothenburg Symphony Orchestra, sous la direction de Thor Svedlund (CD Chandos CHSA 5107), enregistrée à Gotheborg au mois d’août 2011; 

et n° 21 (Op. 152, « Kaddish« , de 1991). par le City of Birmingham Symphony Orchestra et la Kremerata Baltica, sous la direction de Mirga Grazynité-Tyla (double CD Deutsche Grammophon 4836566), enregistrée à Birmingham au mois de novembre 2018.

Existent à ce jour, semble-t-il _ si je me rapporte à l’excellent site, constamment remis à jour, de Claude Torres : Musiques régénérées, recensant avec une remarquable exhaustivité la discographie de Mieczyslaw Weinberg ; ainsi, bien sûr, qu’à la liste complète des Œuvres de Mieczyslaw Weinberg _des enregistrements CDs _ pas tous disponibles cependant sur le marché aujourd’hui… _ de la plupart des Symphonies de Weinberg, à l’exception de trois _ et pour des raisons que j’ignore _,

qui sont les Symphonies

n° 9 « Everlasting Times«  (Op. 93, de 1940-1967),

n° 11 « Festive Symphony«  (Op. 101, de 1969)

et n°15 « I believe in this earth » (Op. 119, de 1977)

Si ma propension personnelle m’attire davantage vers la musique de chambre, intime, subtile, et aux voix clairement dessinées, plutôt que vers la musique symphonique, parfois grandiloquente, confuse et trop bruyante à mon goût _ sauf dans la plus délicate, fine, subtile musique française : à la Debussy et Ravel ; mais c’est bien sûr là mon goût personnel… _,

il me faut dire ici que c’est l’extraordinaire réussite du double CD Deutsche Grammophon (de 2019) 483 6566 des Symphonies n° 2 & n° 21 « Kaddish« , sous la direction de Mirga Grazynité-Tyla ré-écouté avec avidité suite à l’audition toute récente du second CD (de 2022) de cette chef dirigeant les Symphonies 3 & 7 de Weinberg (dans le CD Deutsche-Grammophon 486 2402) _, qui m’a donné l’impérieux désir de mieux connaître en l’écoutant mieux le volet symphonique de l’œuvre de ce génial et si intensément bouleversant Mieczyslaw Weinberg, au sein de la discographie dont je dispose…

Mon conseil, donc, si je puis me permettre, pour entrer dans l’univers infiniment touchant (et poignant) _ si intimement expressif _ des Symphonies de Weinberg est celui de commencer par l’écoute de cette sublimissime (et, de fait, testamentaire, en 1991) _ comme sont aussi testamentaires ces bouleversants, eux aussi, chefs d’œuvre ultimes, en 1990 et 1992, que sont les merveilleuses « Symphonies de chambre n°3 et n°4« , Op. 151 (en 1990) et 153 (en 1992) ; à écouter dans les enthousiasmantes interprétations, au choix, ou bien de la Kremerata Baltica, sous la direction de Gidon Kremer, dans le double CD ECM 2538/39 481 4604, enregistré à Riga au mois de juin 2015 ; ou bien, de l’East-West Chamber Orchestra, sous la direction de Rostislav Krimer, dans les CDs Naxos 8.574063 et 8.574210, enregistrés à Minsk aux mois d’octobre 2018 et 2019… _ Symphonie « Kaddish » Op. 152, en six mouvements, de 56′ ;

 

Mieczyslaw Weinberg, récapitulant en quelque sorte, au soir de sa vie de compositeur, et surtout sublimant là, en cette musique si incroyablement profonde, les tragiques parcours de vie de lui-même ainsi que des siens,

de par l’Ukraine, la Moldavie, la Pologne, pour ses parents ; 

puis, pour lui-même _ né à Varsovie le 8 décembre 1919 _à partir de septembre 1939 et l’invasion de la Pologne par les Nazis, et l’expansion de la Shoah, en ses errances de fuite et difficilement, plusieurs fois, rescapé _ d’Hitler, puis de Staline _, par la Biélorussie (Minsk), la Russie (Moscou), l’Ouzbékistan (Tachkent), avant de pouvoir s’installer à demeure, et vivre, et créer, et pouvoir jouer aussi, tant bien que mal, sa musique, à Moscou ;  où, malade, le compositeur décèdera, à l’âge de 76 ans, le 26 février 1996…

Et quelle musique ! que nous commençons enfin, ces toutes dernières années, notamment par le disque, et par la grâce de telles interprétations de la plus haute exigence, à bien mieux découvrir, œuvre splendide après œuvre splendide, et apprécier enfin, sans préjugés d’aucune sorte, pour elle-même ; et comme sa qualité singulière, forte et intense, le mérite vraiment… 

Ce jeudi 13 octobre 2022, Titus Curiosus – Francis Lippa

Ecouter le magistral jeu de violon d’Ewelina Nowicka dans la flamboyante « Rhapsodie sur des thèmes moldaves », Op. 47/3, de Mieczyslaw Weinberg : une fois avec le piano de Milena Antoniewicz, et une autre avec l’Amadeus Chamber Orchestra de la Radio Polonaise, dirigé par Agnieszka Duczmal…

11oct

Des trois pièces _ 1, 2 et 3 _ de la « Rhapsodie sur des thèmes moldaves« , Op. 47 de Mieczyslaw Weinberg (1949/1952),

la troisième a donné lieu à deux versions, l’une pour violon et piano, et l’autre pour orchestre avec un violon soliste,

interprétées, au disque, les deux, par la violoniste polonaise virtuose, née à Gdansk le le 26 octobre 1892, Ewelina Nowicka :

_ la première _ d’une durée de 10′ 13 _,

avec la pianiste Milena Antoniewicz, en un CD Recart 0006, enregistrée à l’université Adam Mickiewicz de Kalisz, en 2012 _ ou 2013 : sans davantage de précision ; le CD est paru en 2013 _ ;

_ la seconde _ d’une durée de 11′ 16 _,

avec l’Amadeus Chamber Orchestra de la Radio Polonaise, sous la direction d’Agnieszka Duczmal, en un CD CPO 777 887-2, enregistrée à l’Université Adam Mickiewicz de Poznan, le 2 février 2012 _ le CD est paru en 2015.

Ces deux interprétations sont magistrales.

Pour écouter,

sinon ces deux interprétations ci-dessus, avec le violon d’Ewelina Nowicka,

voici deux liens

à deux interprétations accessibles par podcasts sur Internet :

_ pour la version pour violon et piano,

ceci (de 10′ 44)

par le violon d’Elena Prokhorova et le piano d’Olga Makarova ;

_ et pour la version pour orchestre et violon soliste,

ceci (de 10′ 47)

par le violon de Linus Roth et le Württemberg Chamber Orchestra Heilbronn, dirigé par Ruben Gazarian

Ce mardi 11 octobre 2022, Titus Curiosus – Francis Lippa

A propos de l’opéra « La passagère » de Weinberg : un double CD Capriccio et un DVD Naxos pour une même production réalisée à Graz…

25sept

Crescendo vient, cette année 2022, de consacrer deux articles successifs, et chacun sous la plume de Jean Lacroix, à l’opéra  « La Passagère » de Mieczyslaw Weinberg,

le premier, le 15 février, intitulé « La Passagère de Weinberg, un opéra dans l’ombre funeste d’Auschwitz« , pour un double CD C 5455 paru au label Capriccio,

et le second, le 22 septembre, intitulé « Die Passagierin de Weinberg à Graz : un bouleversant choc émotionnel sur DVD« , pour un DVD Naxos 2. 110713 réalisé pour la même production à Graz…

La Passagère de Weinberg, un opéra dans l’ombre funeste d’Auschwitz

LE 15 FÉVRIER 2022 par Jean Lacroix

Mieczyslaw Weinberg (1919-1996) : La Passagère, opéra en deux actes, huit scènes et un épilogue, op. 97. Dshamilja Kaiser (Lisa), Nadja Stefanoff (Marta), Will Hartmann (Walter), Markus Butter (Tadeusz) et une quinzaine d’autres chanteurs. Chœurs de l’Opéra de Graz ; Orchestre Philharmonique de Graz, direction Roland Kluttig. 2021. Notice en allemand et en anglais. Livret complet en allemand, avec traduction anglaise. 156.00. Un album de deux CD Capriccio C5455.

La jeune résistante polonaise Zofia Posmysz, née en 1923, n’a que dix-neuf ans lorsqu’elle est arrêtée par la Gestapo. Après un passage par la prison de Cracovie, elle aboutit à Auschwitz, y subit des expérimentations médicales, mais est sauvée par un médecin du camp. Elle participe aux marches de la mort et se retrouve au camp de Ravensbrück. Elle est libérée par les soldats américains en 1945, devient journaliste et écrivaine. En 1962 _ la date est bien sûr à remarquer _ , elle écrit un texte, La Passagère de la Cabine 45, qui est adapté à la radio puis au cinéma. Dimitri Chostakovitch recommande ce récit au musicologue Alexander Medvedev qui en fait part à Mieczyslaw Weinberg, seul rescapé, rappelons-le, d’une famille décimée dans les camps de concentration nazis. Weinberg termine en 1968 _ voilà _ son opéra qui porte le titre La Passagère.

Mais l’œuvre n’est pas appréciée par le régime soviétique qui y voit peut-être un danger d’une dénonciation des goulags, et elle n’est pas jouée. Ce n’est que dix ans après la disparition du compositeur, en 2006 _ toujours ces dates importantes _, qu’une version de concert en est donnée. Une première scénique a lieu en 2010 _ voilà _ au Festival de Bregenz avec les Chœurs de la Philharmonie de Prague et l’Orchestre Symphonique de Vienne menés par Teodor Currentzis, avec Michelle Breedt dans le rôle de Lisa et Elena Kelessidi dans celui de Marta. Le spectacle est filmé sur DVD pour le label Neos, repris par Arthaus en 2015. Il est joué la même année au Grand Théâtre de Varsovie _ voilà _, puis sera donné à Francfort, à Chicago, à Houston ou à Detroit. Un nouvel enregistrement sur CD, une réalisation de l’Opéra de Graz en février 2021, est maintenant disponible. Zofia Posmysz, qui a survécu à l’horreur, est aujourd’hui âgée de 98 ans.

L’action débute en 1960, sur un bateau en partance pour le Brésil sur lequel voyagent Lisa et son mari Walter qui est diplomate. Lisa croit reconnaître parmi les passagères une femme qu’elle croyait morte : Marta, qu’elle a connue au camp de concentration d’Auschwitz, où elle était gardienne, ce que son mari _ Walter, donc _ ignore. Pressée de questions, Lisa lui avoue son passé, ce qui crée une tension dans le couple. La suite va se dérouler entre réminiscences du camp et scènes sur le bateau _ voilà. Lisa culpabilise et devient angoissée, ne sachant comment Walter va réagir. Inquiet pour sa carrière _ de diplomate, donc _, ce dernier finira par la calmer en évoquant l’inéluctabilité du passé et la nécessité de l’oublier et de le laisser derrière soi. Parallèlement, l’histoire de la détenue Marta _ survivante d’Auschwitz _ se développe. A son arrivée à Auschwitz, Lisa_ la kapo _ l’a choisie pour confidente. Une liaison naît entre Marta et Tadeusz, un autre détenu. Lisa, dont l’attitude est ambigüe, autorise leur rencontre, mais Tadeusz en refuse une autre. Après une séquence de scènes de la vie quotidienne dans le camp, avec vexations puis sélection finale, marche des SS à l’appui, retour sur le bateau et au salon où dansent Lisa et Walter. La passagère inconnue est présente et réclame que l’on joue la valse favorite du commandant du camp de concentration. Lors de la scène suivante, Tadeusz est sollicité à Auschwitz par l’officier supérieur pour interpréter cette même valse. Il se borne à jouer la Chaconne de Bach, est condamné à mort et exécuté. Dans l’épilogue, Marta se souvient de Tadeusz et de ses codétenues. Elle promet de ne jamais les oublier. Un doute subsistera : est-elle vraiment l’ancienne prisonnière ?

Pour ce livret tragique, qui a dû évoquer en lui bien des douleurs liées au destin de ses proches, Weinberg a écrit une partition chargée d’un lyrisme sardonique _ voilà _, à la fois puissante et foisonnante, avec une orchestration abondante, riche en cuivres (six cors, quatre trompettes, trois trombones, un tuba), avec un saxophone, un célesta, une guitare, une batterie jazz et un accordéon. Mais cette abondance est contrôlée par une subtile expressivité, d’où émergent des moments de délicatesse et de mélancolie pleine d’émotion, mais aussi d’ironie. L’audition sur disque ne rend sans doute pas compte de l’impact que la version filmée de Currentzis donnait, avec une scène qui partageait l’action sur le bateau et la vie concentrationnaire. Mais elle reproduit bien la force d’un sujet qui se traduit par une énergie mélodique permanente _ voilà _, dans un discours postromantique et moderne à la fois, avec cette complémentarité populaire que Weinberg a toujours si bien exploitée _ oui ! Si le début de notre siècle rend enfin justice à ce compositeur de premier plan _ majeur ! _, il est certain que le volet opératique de son répertoire (sept oeuvres _ très méconnues _, parmi lesquelles Le Portrait d’après Gogol, L’Idiot d’après Dostoïevski, La Vierge et le Soldat, dont les livrets ont été rédigés aussi par Alexander Medvedev), est à approfondir _ certes…

Cette production de l’Opéra de Graz est des plus convaincantes. Dans le rôle de Lisa, la mezzo Dshamilja Kaiser, qui a passé plusieurs années comme membre permanente de cette maison autrichienne, investit avec vérité un personnage assailli par le retour du passé, la crainte de la réaction du mari et la culpabilité qui l’envahit. Le baryton Will Hartmann, qui s’est déjà produit à la Scala de Milan, à l’Opéra de Vienne ou à Covent Garden, campe un époux sidéré par la découverte du passé de son épouse, partagé entre cette nouvelle qui peut mettre en danger sa carrière et un réalisme qu’il juge nécessaire face au passé. Un certain cynisme conduit son action, bien rendue vocalement. La soprano Nadja Stefanoff, qui a été déjà Médée, Tosca et Norma, est émouvante en Marta, rescapée du camp, dont les souvenirs la poursuivent. Quant au baryton autrichien Markus Butter, auquel est attribué le rôle tragique de Tadeusz, il est poignant dans le courage qu’il déploie lors de son affrontement avec le commandant. Les autres protagonistes, nombreux, sont sans reproche. Menés avec conviction par Roland Kluttig, en poste à Graz depuis 2020, les chœurs et l’orchestre soulignent toute la capacité dramatique de cet opéra qui mérite une place de premier plan.

Si cette version s’impose sur le plan discographique pour sa dynamique émotionnelle, captée dans une prise de son bien définie, il est préférable, pensons-nous, de considérer que le DVD Arthaus dirigé par Currentzis, cité plus avant, devrait être la première étape pour découvrir une partition forte à laquelle les images apportent un surcroît de tragédie _ voilà ; mais l’opéra est aussi (ou d’abord) fait pour être aussi regardé…

Son : 9  Notice : 9  Répertoire : 10  Interprétation : 9

Jean Lacroix

Die Passagierin de Weinberg à Graz : un bouleversant choc émotionnel sur DVD

LE 22 SEPTEMBRE 2022 par Jean Lacroix

Mieczyslaw Weinberg (1919-1996) : Die Passagierin, opéra en deux actes, huit tableaux et un épilogue, op. 97. Dshamilja Kaiser (Lisa), Nadja Stefanoff (Marta), Will Hartmann (Walter), Markus Butter (Tadeusz), Tetiana Miyus (Katja), Mareike Jankowski (Hannah), Joanna Motulewicz (Bronka), et une douzaine d’autres chanteurs. Chœurs de l’Opéra de Graz ; Orchestre Philharmonique de Graz, direction Roland Kluttig. 2021. Notice et synopsis en anglais et en allemand. Sous-titres en allemand, en anglais, en japonais et en coréen, mais pas en français. 163.00. Un DVD Naxos 2. 110713. Aussi disponible en Blu Ray.

L’année dernière paraissait, en un album de deux CD (Capriccio C5455), l’opéra de Weinberg, Die Passagierin (La Passagère), capté à Graz les 11 et 12 février 2021. Voici maintenant la version en images de cette production, filmée aux mêmes dates _ voilà. Ce diptyque est complémentaire : le texte complet du livret, écrit en plusieurs langues (allemand, polonais, français, anglais, hébreu) n’est pas présent dans la structure DVD/Blu Ray ; il peut par contre être consulté dans l’album Capriccio, en traductions allemande et anglaise.

Nous avons consacré un long article, le 15 février dernier, à la version discographique ; nous renvoyons le lecteur à ce texte pour ce qui concerne les circonstances de la composition, son rejet par le régime soviétique et sa première scénique tardive en 2010, quarante-deux ans après sa conception. Nous avions alors conclu : « Si cette version s’impose sur le plan discographique pour sa dynamique émotionnelle, captée dans une prise de son bien définie, il est préférable, pensons-nous, de considérer que le DVD Arthaus dirigé par Currentzis devrait être la première étape pour découvrir une partition forte à laquelle les images apportent un surcroît de tragédie. » Mais voilà que la production filmée de Graz bouleverse les données ! _ ah ! Nous ne pensions pas si bien dire en précisant _ voilà _ que « les images apportent un surcroît de tragédie » : sans rien enlever aux qualités de la version de Teodor Currentzis, qui est la première dans l’ordre chronologique, avant la création russe en 2016, à Ekaterinenbourg (un DVD Dux dont nous n’avons pas eu connaissance _ je le possède _), celle de Graz ne laisse pas le spectateur intact sur le plan émotionnel _ voilà. Le niveau en est remarquable, à tous points de vue, avec une montée en puissance progressive dans l’acte II.

C’est en regardant la version, très bien filmée, de cette production styrienne, mise en scène par l’Allemande Nadja Loschky qui a déjà fait ses preuves dans Mozart, Puccini, Dukas ou Britten, que l’on prend vraiment conscience _ je le note _ de l’agitation intérieure de Lisa, en voyage avec Walter, son mari diplomate, sur un bateau en partance pour le Brésil en 1960. Lisa a été gardienne à Auschwitz, ce que son mari ignore. Elle croit reconnaître, parmi les passagères, Marta, qui y fut prisonnière et envers laquelle elle avait eu une attitude ambigüe, la prenant pour confidente et favorisant ses amours pour un autre détenu, Tadeusz, tout en affichant une cruauté sadique ; Lisa croyait Marta morte à Auschwitz _ voilà. Le passé resurgit _ donc ici _, avec tout son poids accusateur. L’action va se dérouler entre réminiscences du camp de concentration et scènes sur le bateau _ voilà _, dans une atmosphère de plus en plus oppressante. Pendant tout le spectacle, il y a _ ici, en cette mise en scène-ci de Nadja Loschky _ la présence récurrente et muette d’une vieille femme qui ira jusqu’à revêtir l’uniforme des gardiennes du camp de la mort. Elle se charge _ là, sur le bateau voguant vers le Brésil _ de déplacements d’objets et de mises en place et assiste, ignorée de tous, au déroulement des faits. Etrange figure fantasmatique _ voilà _, aux mimiques remarquables, dont la signification n’est ni évidente ni expliquée. S’agit-il de Lisa au terme de son existence ? La question est ouverte. L’identité de la comédienne (Isabella Albrecht ?) n’est pas claire pour nous au sein de la copieuse distribution _ tiens, tiens : le livret du DVD mentionne pourtant bien explicitement : « Lisa as an old woman : Isabella Albrecht« … 

La production de Graz possède quatre atouts majeurs. La mise en scène, réaliste et sobre à la fois, plante un décor glauque _ voilà. A l’acte I, qui raconte le contexte _ du voyage sur le bateau voguant vers le Brésil _ et entraîne l’aveu du passé de Lisa à Walter, on éprouve l’impression d’être à fond de cale plutôt que dans un restaurant, avec des lumières bleu-vert sombres. Le vaste espace, souvent nu et dépouillé, parfois garni de chaises ou de tables, est constitué de casiers vides et d’armoires fermées, où chaussures et vêtements des condamnées seront consignés, de longs couloirs apparaissant ou disparaissant au fil du récit. Tout cela donne une sensation étouffante d’enfermement _ voilà. Le deuxième atout, c’est la crudité instrumentale _ oui _ instillée par la direction de Roland Kluttig au sein d’une abondante orchestration, puissante et percussive _ voilà. Le chef saisit à bras-le-corps la musique de Weinberg, aussi évocatrice dans le drame que dans la satire. Celle-ci est portée à son comble lors de la séquence de SS ridicules, assis sur des latrines à la scène 2, ou dans la pantomime qui précède la scène 4.

Cette direction véhémente offre au jeu scénique, troisième atout _ voilà _, une force expressive accentuée par l’investissement des chanteurs, qui se révèlent de parfaits comédiens _ et c’est évidemment capital. Les qualités vocales des uns et des autres, qu’il s’agisse de l’homogénéité des chœurs ou des prestations individuelles _ oui _, forment le quatrième atout. Les voix sont belles et bien distribuées _ c’est forcément important. La mezzo Dshamilja Kaiser est une Lisa affolée _ voilà _ par le retour de son passé : elle souligne parfaitement son ambivalence de gardienne, nourrie d’une froide cruauté, puis sans remords. Le baryton Will Hartmann est l’époux idéal de Lisa, sidéré _ oui _  par ce qu’il apprend et affolé _ oui _ par la crainte de voir sa carrière gâchée par son mariage avec une ancienne SS, mais cyniquement désireux d’oublier les faits _ voilà. Le couple Marta/Tadeusz, qui va vivre une histoire d’amour à Auschwitz avec l’aide consentante, mais non dépourvue de duplicité, de Lisa, est incarné par la soprano Nadja Stefanoff, extraordinaire de présence _ et c’est nécessaire _, et le baryton Markus Butter. Tous deux sont exemplaires de dignité humaine _ voilà ; cf là-dessus les indispensables récits (« Être sans destin« , « Le Chercheur de traces« …) d‘Imre Kertész _ dans cet univers de folie, mis à nu par les rôles des autres prisonnières dont la destinée n’a pour issue que la mort. Le reste de la distribution est impeccable. Parmi la quinzaine de rôles, qui ne méritent que des éloges, on saluera les prestations de la soprano Tetian Miyus et des mezzos Joanna Motulewicz et Mareike Jankowski. Chaque prisonnière va faire entrer le spectateur dans sa vie personnelle _ en la singularité de son expression, même si brève ici,  de personne _, par le biais d’un air mélancolique, d’un souvenir de jours heureux ou d’une invocation religieuse ; c’est poignant et interpellant _ voilà _, car la conscience de la disparition _ quasi _ inévitable _ avec si peu de chances de réchapper ; surtout pour elles qui n’y ont pas réchappé… _ est palpable à travers le chant, qui peut se concrétiser en un cri de désespoir ou de résignation.

La montée en puissance tragique ne cesse de grandir _ voilà, le temps que le met le souvenir tragique à traverser la chappe de plomb de l’oubli de toutes les années qui précèdent l’événement de ce resouvenir putride… _ _ pour trouver son apogée dans l’acte II, à partir de la scène 6, dans le baraquement des femmes _ d’Auschwitz _ où, après humiliations, la sélection impitoyable a lieu. Ironie morbide : les numéros de celles qui vont être exécutées sont annoncés et chaque plaque chiffrée est apportée par un serveur du restaurant du bateau. Le moment est _ proprement _ insoutenable : après les exécutions, les corps sont relégués dans de longs tiroirs d’armoires _ du bateau _, symboles des fours crématoires. Marta ne fait pas partie de l’élimination, un sort différent lui est réservé. Avant de le découvrir, la scène 7 se déroule sur le bateau : Lisa et Walter, décidés à tourner la page, sont dans le salon où des couples dansent. Marta demande à ce que l’on joue la valse préférée du commandant d’Auschwitz. Il n’y a plus d’hésitation à avoir : c’est bien la rescapée ! Lisa veut l’affronter, mais elle se dérobe.

La scène 8 est vraiment cruelle : retour à Auschwitz. Tadeusz, presque nu, est placé devant des cadavres alignés dans des casiers et sommé de jouer la fameuse valse au violon, mais il s’y refuse et se lance par défi dans la Chaconne de Bach. Sa mort sous les coups, même si elle est montrée de façon virtuelle, glace le sang. On distingue alors furtivement la présence de Marta, forcée d’y assister. Dans l’épilogue, Marta, qui a survécu, est seule en scène ; elle évoque le souvenir de Tadeusz et de ses amies disparues, et promet _ voilà _ de ne jamais les oublier _ pour annuler cette seconde mort perpétuelle que serait leur définitif oubli, sans noms… Ce désespoir, que l’on vit avec elle, on en mesure la dignité : elle n’a révélé à personne qui était réellement Lisa, préférant le silence et l’éloignement à l’accusation et à la vengeance _ voilà. 

Cette production de Graz est une expérience musicale et vocale très forte _ oui _, qui rend justice au génie _ voilà ! _ de Weinberg dont la famille a disparu, elle aussi, dans les camps de la mort. Mais c’est avant tout une aventure humaine qui laisse au fond du cœur et de l’âme du spectateur un goût amer de souffrance partagée _ via l’œuvre musicale, où s’adjoignent ici la force propre des images de la scène, ici captées au DVD. On pense alors avec une infinie émotion à celle qui a vraiment vécu cette épouvantable épreuve, la résistante polonaise Zofia Posmysz, qui n’avait que 19 ans lorsqu’elle fut internée à Auschwitz, puis participa aux marches de la mort. C’est à partir de son histoire, qu’elle a racontée dans un récit _ en 1962 _, que cet opéra _ achevé de composer en 1968 _ a vu le jour. La destinée a voulu qu’elle disparaisse le 8 août dernier, à l’âge de 98 ans, entre la parution de l’album Capriccio et la sortie du DVD _ voilà. Lorsque Marta prononce l’épilogue, une image récente de Zofia Posmysz _ qui vivait encore ces 11 et 12 février 2021, quand furent prises ces images, sur la scène de Graz _ apparaît sur un rideau de fond de scène. Ce témoignage filmé devient dès lors un hommage vibrant à sa mémoire.



Note globale : 10

Jean Lacroix

Mieczyslaw Weinberg est une compositeur essentiel, auquel j’ai consacré de multiples articles enthousiastes de ce blog…

Et transmettre l’excellence

est bien sûr, et à tous niveaux, un devoir culturel primordial et capital : fondamental…

Ce dimanche 25 septembre 2022, Titus Curiosus – Francis Lippa

Linus Roth poursuit ses interprétations intenses et profondes de Weinberg : et maintenant le magnifique CD « Light in darkness »

24juil

La déjà riche discographie Weinberg du violoniste Linus Roth _ cf mon article d’hier : « «  _

vient de s’enrichir d’un tout nouvel opus, le très beau CD « Light in darkness« .

Après la totalité des 6 Sonates pour violon et piano (+ la Sonatina Op. 46 ; le Rhapsodie sur des Thèmes Moldaves Op. 47 n°3) ; ainsi que 3 Pièces :  Nocturne, Scherzo et Sen o Lalce), avec Linus Roth et José Gallardo au piano,

soit le triple CD « Complete Sonatas and Works for violin and piano » Challenge Classics CC 72567, paru en 2013 ;

le Concertino Op. 42 pour violon et cordes et la Rhapsodie sur des Thèmes Moldaves Op.47 n°3, avec Linus Roth et le Wurttenberg Orchestra Heilbronn dirigé par Ruben Gazarian,

présent dans le CD « Wartime Consolations » Challenge Classics CC 72680, paru en 2015 ;

les 3 Sonates pour violon seul, Op. 82, Op. 95 et Op 126, par Linus Roth,

soit le CD « Solo Sonatas for violin » Challenge Classics CC 72688, paru en 2016 ;

et le Concerto pour violon et orchestre Op. 67, avec Linus Roth et le Deutsche Symphonie-Orchester Berlin dirigé par Mhikel Kütson,

présent dans le CD « Violin Concertos » Challenge Classics CC 72627, paru en 2017 ;

toujours de Mieczyslaw Weinberg,

le CD « Light in Darkness » Evil Penguin Classic 2021 EPRC 0044 qui vient de paraître en 2022

nous propose cette fois :

le Trio avec piano Op. 24, avec Linus Roth, José Gallardo, au piano, et Danjulo Ishizaka, au violoncelle ;

et la Sonate pour 2 violons Op. 69, avec Linus Roth et Janusz Wawrowski ;

complétés par 2 Chansons sans paroles (de 1947), avec Linus Roth et José Gallardo ;

et le Largo de la Sonatensatz II WoO, avec Linus Roth et José Gallardo…

Linus Roth a rencontré pour la première fois la musique de Mieczysław Weinberg (1919-1996) en 2010, lorsqu’on lui a demandé de jouer son trio avec piano lors d’un festival de musique de chambre. Après la première répétition, Roth a été impressionné et ému par l’intensité et l’énergie _ voilà ! _ de la musique et touché par la beauté de cette composition, qui était nouvelle pour lui. Non seulement les caractéristiques de l’agitation intérieure – , les gouffres profonds et l’obscurité dans cette musique – étaient évidentes, mais aussi celles de l’espoir qu’elle contenait, qui transparaissait encore et encore _ gouffres profonds, obscurité et espoir… Ne sachant presque rien de la biographie de Weinberg ou d’autres œuvres à ce stade, Roth a quitté le festival en espérant que Weinberg aurait pu composer autre chose pour violon. C’est alors qu’un coffre au trésor _ mais oui ! _ s’est ouvert pour Roth : un concerto pour violon avec orchestre symphonique et un avec orchestre de chambre, 3 sonates solo, 7 sonates pour piano, beaucoup d’autres pièces, et un certain nombre d’œuvres de chambre. Une grande partie de cela n’avait jamais été enregistrée auparavant _ voilà… _, et Roth a immédiatement senti que la découverte de cette musique était un grand coup de chance. Quand un musicien a-t-il l’occasion de découvrir toute une œuvre de premier ordre, mais oubliée ?! L’idée était évidente de s’attaquer à l’enregistrement complet _ mais oui ! _ de toutes les œuvres pour violon. Ce projet étant désormais achevé, Roth a voulu revenir ici sur sa première rencontre avec la musique de Weinberg, le Piano Trio, op. 24. Après que Weinberg et sa femme aient pu déménager à Moscou en 1943 avec l’aide de Chostakovitch, il a écrit le Trio pour piano, op. 24 en 1945, créé au Conservatoire de Moscou en 1947. Weinberg, qui était lui-même un pianiste exceptionnel, l’a joué avec Dmitri Zyganov (violon) et Sergei Shirinsky (violoncelle), tous deux membres du célèbre Quatuor Beethoven. Cet enregistrement est basé sur une copie du manuscrit de 1945, qui contient toutes les idées originales sur la dynamique, le phrasé et les caractéristiques de la composition. Le Prélude d’ouverture du Trio fait preuve d’une grande assurance et d’un caractère déterminé, mais se termine brusquement par l’Aria, interprétée par un violon solitaire et parfois fragile avec des interférences du piano. Le deuxième mouvement, la « Toccata », a un élan fascinant dès le début, une caractéristique typique du style de composition de Weinberg, qu’il emploie à plusieurs reprises avec beaucoup d’habileté et d’effet. Les séquences de notes se précipitent sauvagement sur l’auditeur. Le troisième mouvement suit, intitulé à juste titre « Poème ». Le piano élève d’abord sa voix plaintivement dans un long monologue avant que le violon et le violoncelle ne filent une mélodie émergeant du silence, menant à un point culminant brillant qui à son tour ramène à la mélodie d’ouverture. Le finale est également virtuose pour les trois instruments. Il contient une fugue remarquable et des séquences sonores qui rappellent profondément Chostakovitch, mais sous une forme très différente. Ici aussi, Weinberg utilise un dispositif stylistique propre à sa musicalité : il se cite et retravaille le thème d’ouverture du premier mouvement. Une valse interpolée sur un ton plaintif est suivie d’un chant du cygne après un avertissement et des notes de basse grave du piano. Après tout le grand drame inhérent à ce trio, Weinberg envoie un rayon de lumière à l’auditeur sous la forme des harmoniques brillantes et soutenues des cordes. Comme tant de ses œuvres, celle-ci se termine en pianissimo et morendo, une caractéristique typique de nombreuses mesures finales de Weinberg. Jusqu’à peu de temps avant sa mort en 1996, les œuvres de Weinberg étaient régulièrement jouées avec beaucoup d’enthousiasme par des artistes russes, et maintenant elles atteignent lentement mais sûrement la scène internationale des concerts _ enfin ! Son trio pour piano, ainsi que ses nombreuses autres œuvres, montrent son immense maîtrise de toutes les formes, genres et styles de composition – toujours marqués par des événements de sa propre vie fatidique, tels que la fuite, l’expulsion, le meurtre de sa famille et le danger constant à sa propre existence. et maintenant ils atteignent lentement mais sûrement la scène internationale des concerts. Son trio pour piano, ainsi que ses nombreuses autres œuvres, montrent son immense maîtrise de toutes les formes, genres et styles de composition – toujours marqués par des événements de sa propre vie fatidique, tels que la fuite, l’expulsion, le meurtre de sa famille et le danger constant à sa propre existence – et maintenant ils atteignent lentement mais sûrement la scène internationale des concerts.

Ce dimanche 24 juillet 2022, Titus Curiosus – Francis Lippa

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