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Une splendide présentation du parcours de venue à la création, durant la Grande Guerre, du compositeur Lucien Durosoir (1878 – 1955), ce 11 novembre : « Lucien Durosoir, des compositions muries par la guerre », par Anne-Charlotte Rémond en son Musicopolis, sur France-Musique

11nov

Ce 11 novembre 2022, pour le 104éme de l’achèvement de la Grande Guerre,

sur France-Musique, en son excellente émission Musicopolis,

Anne-Charlotte nous a présenté un splendide _ et parfaitementitement informé ! _ « Lucien Durosoir, des compositions muries par la guerre« ,

dont voici, à écouter, le passionnant podcast de 25′,

avec d’excellentes illustrations musicales idéalement choisies.

Une passionnante et très juste présentation _ bravo ! _ du parcours de maturation musicale, durant la Grande Guerre, et de venue à la création, à partir de 1919-1920, de ce compositeur tout à fait original qu’est Lucien Durosoir (1878 – 1955) en sa parfaite idiosyncrasie

_ sur ce parcours de maturation et venue à la création du compositeur Lucien Durosoir, cf en particulier ma propre contribution « Une poétique musicale au tamis de la guerre : le sas de 1919 _ la singularité Durosoir« , le 19 février 2011, au colloque « Lucien Durosoir, un compositeur moderne né romantique« , au Palazzetto Bru-Zane à Venise ; et le lien donne accès à la totalité des très riches contributions des 19 et 20 février 2011 de ce passionnant colloque à Venise…

En plus du « Deux musiciens dans la Grande Guerre » de Lucien Durosoir et Maurice Maréchal, paru aux Éditions Tallandier en 2015,

vient de paraître ce 11 novembre 2022, en traduction anglaise, « Ma chère Maman, mon cher Enfant _ The Letters of Lucien and Louise Durosoir (1914-1919)« , en une édition et une traduction de Elizabeth Auld, pour les Éditions américaines Blackwater Press…

Et pour qui désirerait découvrir au CD l’œuvre de Lucien Durosoir,

je me permets de recommander en priorité l’écoute de l’admirable CD de ses 3 « Quatuors à cordes » (de 1919, 1922 et 1934), en un enregistrement de décembre 2007, par le Quatuor Diotima ; soit l’extraordinaire CD Alpha 125, paru en 2008 ; CD auquel j’avais consacré le tout premier article de ce blog « En cherchant bien« , intitulé « « …

En voici, en écoute (9′ 53), un extrait,

soit le 1er mouvement « Ferme et passionné » du Quatuor n° 3, composé en 1934…

Ce vendredi 11 novembre 2022, Titus Curiosus – Francis Lippa

Une nouvelle splendeur discographique du merveilleux pianiste Steven Osborne : son décidément parfait CD « Debussy Early and Late Piano Pieces »…

27oct

Après ses déjà plus qu’excellents deux premiers albums Debussy publiés par Hyperion

en 2006 (« Préludes« ) _ le CD Hyperion CDA 67530 _

et 2017 (« Images. L’Isle joyeuse. Estampes. Masques. Chlidren’s Corner. D’un Cahier d’esquisses« ) _ le CD Hyperion CDA 68161 _,

enregistrés à Londres en janvier 2006 et octobre-novembre 2016,

voici que ce pianiste magnifique qu’est Steven Osborne vient à nouveau nous enchanter superlativement d’un troisième merveilleux CD Debussy, intitulé « Early and Late Piano Pièces«  _ le CD Hyperion CDA 68390 _, enregistré toujours à Londres, au mois d’août 2021,

qui,

pour notre tranquille sidération infiniment admirative de mélomane amoureux tout spécialement de l’infiniment subtil et doux répertoire français en sa plus parfaite idiosyncrasie et singularité remarquable,

vient de paraître ce bel octobre-ci 2022…

Comme, sous de tels doigts, tout cela chante…

De l‘œuvre complet pour piano seul de Claude Debussy (1862 – 1918),

ne restent plus à enregistrer à Steven Osborne _ quelles ont été les raisons de ses choix d’interprète d’une telle répartition, voilà, de ces œuvres pour piano seul de Debussy en 4 CDs ?.. _

que :

_ « Pour le Piano » (1894 – 1896, publiée en 1901), d’une durée d’environ 14′ ;

_ « La plus que lente » (1910), d’une durée d’un peu plus de 4′ ;

_ « Berceuse héroïque » (novembre 1914), d’une durée d’environ 4′ aussi ;

_ et enfin « 12 Études » (5 août – 20 septembre 1915), d’une durée d’environ 45′ ;

ce qui promet un quatrième CD de piano seul de Debussy d’une durée d’un peu plus d’une heure…

 

Avec impatience discographique, donc, de notre part…

Ce jeudi 27 octobre 2022, Titus Curiosus – Francis Lippa

Découvrir le génie puissant et singulier, profond, de László Lajtha (Budapest, 1892 – Budapest, 1963) en son Quatuor avec piano Op. 6 (de 1925), dans l’interprétation splendide, intense et profondément poétique, du jeune Notos Quartett…

30août

Je remercie très vivement l’excellent article « Divertissement et chef d’œuvre » de Jean-Charles Hoffelé, sur son site Discophilia, le 22 août dernier,

de m’avoir fait découvrir _ et adorer ! _ ce chef d’œuvre intense et profond, marquant, qu’est le Quatuor avec piano, Op. 6, de Laszlo Lajtha (Budapest, 30 juin 1892 – Budapest, 16 février 1963),

dans l’interprétation elle-même profonde et intense, percutante ainsi qu’infiniment poétique, du jeune Notos Quartet,

en le très récent excellent CD « Paris Bar« , du label Sony Classical 19439986682.

DIVERTISSEMENTS ET CHEF-D’ŒUVRE

Paris, jonction des années vingt-trente, un parfum de folle époque règne encore _ par delà le traumatisme indélébile de la Guerre Mondiale _, quelques musiciens étrangers, installés au bord de la Seine, s’en emparent ; rythmes vifs, écriture faisant la part belle aux danses du temps, harmonies pimentées, cela se retrouve, avec quelques touches éclatantes toute polonaises, dans la brillante Suite-Divertissement qu’Alexandre Tansman écrit en 1929 pour le Quatuor Belge, formation regroupée autour du piano de Marcel Maas.

Les harmoniques chaudes, belles comme celles des fauves, l’écriture dansante, toujours sur les pointes, les motifs savoureux et évidemment cette suractivité qui est la marque de fabrique du Polonais _ un compositeur absolument majeur ! _, éclatent au long des six mouvements, mais courrez d’abord aux étrangetés mystérieuses du Nocturne, un peu Bartók. Les Notos y sont prodigieux de vivacité, de précision, d’humour et de lyrisme lorsqu’il faut, tout comme pour le Divertissement de Jean Françaix, partition délicieusement piquante, un peu mozartienne aussi par l’allégement de l’écriture.

Puis vient le chef-d’œuvre _ le voilà !!! _, le vaste nocturne inquiet _ oui _ qu’est le Quatuor avec piano de László Lajtha, pièce manquante du génial trio de Budapest qui ne devrait plus tarder à rejoindre _ contre notre paresseuse incuriositéBéla Bartók et Zoltán Kodály dans leur empirée _ à mieux reconnaître !

L’œuvre est d’une beauté aussi suffocante qu’amère _ oui _, ces splendeurs sombres sont si émouvantes dans la lecture intense _ voilà _ des Notos qu’on a peine à croire qu’il s’agit du premier enregistrement de cet opus majeur _ oui ! _ des années vingt où ce génie trop oublié affirmait d’emblée son inextinguible singularité _ oui, oui, oui.

LE DISQUE DU JOUR

Paris Bar

Jean Françaix (1912-1997)
Divertissement


Alexandre Tansman (1897-1986)
Suite-divertissement


László Lajtha (1892-1963)
Quatuor avec piano, Op. 6

Notos Quartett

Un album du label Sony Classical 19439986682

Photo à la une : les membres du Notos Quartett – Photo : © DR

Les deux autres œuvres de ce splendide et nécessaire CD du Notos Quartett _ Sindri Lederer, violon ; Andrea Burger, alto, Philip Graham, violoncelle ; et Antonia Köster, piano ; l’enregistrement a eu lieu à Leipzig en février 2021… _ ,

la Suite-Divertissement (de 1929) d’Alexandre Tansman ( Łódź, 11 juin 1897 – Paris, 15 novembre 1986), et le Divertissement (de 1933) de Jean Françaix (Le Mans, 23 mai 1912 – Paris, 25 septembre 1997),

loin d’être, comme leurs titres pourraient l’incliner à penser, superficielles ou simplement anecdotiques,

complètent superbement le très vivant, passionnant et très juste portrait réalisé par les jeunes musiciens du Notos Quartett

de ce bouillant Paris de l’après Première Guerre Mondiale _ années vingt, début des années trente : les années de composition du principal de l’œuvre de mon cher Lucien Durosoir (Boulogne-sur-Seine, 5 décembre 1878 – Bélus, 4 décembre 1955)  _, si puissamment attractif alors tout particulièrement pour des musiciens originaires d’Europe orientale… 

Et si je me permets de rapprocher ainsi ce profond Quatuor avec piano Op. 6 de László Lajtha, composé en 1925, et créé à Budapest le 23 janvier 1927, de l’œuvre si singulier de Lucien Durosoir,

c’est pour ce que ces œuvres singulières si intensément poétiques surmontent de la Guerre Mondiale qui les a tous deux si puissamment marqués en leur humanité…

Un CD tout à fait important, en conséquence… 

Ce mardi 30 août 2022, Titus Curiosus – Francis Lippa

Ecouter avec attention la singulière musique de George Crumb (1929 – 2022)

21août

La lecture de l’article élogieux « George Crumb enregistré en live à Deauville » de Patrick Jézéquel, paru hier 20 août sur le site ResMusica, à propos du CD B Records comportant « Black Angels«  LBM040, par le Quatuor Hanson, ainsi que « Music for a summer evening« , par les pianistes Philippe Hattat _ cf mes divers articles à son propos, dont, par exemple, celui du 14 avril dernier : « «  _ et Théo Fouchenneret et les percutionnistes Emmanuel Jacquet et Rodolphe Théry,

m’a vivement incité à aller regarder quels CDs du compositeur George Crumb (Charleston, 24 octobre 1929 – Media, 6 février 2022), recelait jusqu’ici ma discothèque :

au moins 2 CDS Bridge de la « Complete Crumb Edition » :

le volume Seven _ Bridge 9139 _, paru en 2003, avec justement « Black Angels » ainsi que « Unto the Hills » ;

et le volume Nine _ Bridge 9170 _, paru en 2005, avec « Ancient Voices of Children« , « Eine Kleine Mitternachtmusik » et les livres I à IV des « Madrigals« …

Ce qui me fournissait l’occasion d’écouter déjà ce « Black Angels » (de 1970) de George Crumb, par le bien connu Miró Quartet _ par eux (et avec le violoncelliste Matt Haimovitz), je possède le CD « Epilogue« , comportant le Quatuor Op. 80 de Felix Mendelssohn et le Quintette D.956 de Franz Schubert, OX2006, du label Oxingale Records, enregistré à Banff, Alberta, en janvier 2001, et paru en 2004… _, en cet enregistrement _ de référence _ pour le label Bridge, à New-York, les 26-27 juin 2003 ;

sur you-tube, et entre autres vidéos accessibles de ce singulier « Black Angels « ,

voici par exemple celle (de 21′ 42) par l’Ensemble Intercontemporain, enregistrée à la Cité de la Musique à Paris le 3 avril 2011 ; mais on en trouve plusieurs autres, tout à fait excellentes, enregistrées par divers ensembles américains…

Et du « Music for a summer evening » de George Crumb (de 1974),

voici une passionnante vidéo _ à regarder avec attention _ (de 38′ 31) enregistrée à Cleveland le 25 juin 2015 par les pianistes Roman Rabinovich et  Orion Weiss, et les percutionnistes Scott Christian et Marc Damoulakis…

Et il faut aussi écouter la remarquable vidéo (de 2′ 37) de présentation de leur travail par les excellents interprètes, à Deauville, de ce présent très intéressant CD B-Records LBM040…

Et j’ajoute que ma discothèque comprend aussi un autre CD George Crumb _ Naxos 8.559290 _ comportant « Songs, Drones, and Refrains of Death » (de 1962-68) et « Quest » (de 1994)… 

Voici donc l’article très précis de Patrick Jézéquel sur ce récent CD live à Deauville du label B Records :

George Crumb enregistré en live à Deauville

Deux œuvres du compositeur américain George Crumb jouées en public en 2021 au 20e Août Musical de Deauville par le Quatuor Hanson, deux pianistes et deux percussionnistes : l’occasion de (re)découvrir cette musique à nulle autre pareille, tendue, parcourue de symboles, de sonorités insolites, de citations et de références extramusicales. Tout un monde physique et métaphysique à habiter.

La musique de George Crumbest une musique qui n’enferme pas : c’est une invitation à investir son propre imaginaire par le truchement du sien. Ainsi, dès le début de Black Angels / Thirteen Images from the Dark Land (1970), où les cordes du Quatuor Hanson trouent violemment le silence par leurs staccatos et glissandos suraigus et criards, redoublés mais pianissimo, jusqu’au mutisme. Dans cette première section, « Threnody I : Night of the Electric Insects », d’une minute et demie, les insectes électriques sont les Black Angels du titre général, à comprendre métaphysiquement comme les anges déchus, et, politiquement par le compositeur Robert Greenberg, comme les hélicoptères américains qui ont noirci le ciel du Vietnam. Le titre est assez explicite, il s’agit d’un thrène, et l’opus a été composé en 1970, « in tempore belli », comme l’a noté George Crumb. La pièce était d’ailleurs écrite originellement pour « quatuor électrique » et réclamait un maximum de réverbération. En réalité, elle est toujours interprétée par un quatuor amplifié et dérivé. Dans le livret, Anton Hanson explique avoir travaillé avec le réalisateur en informatique Étienne Dumoulin afin de trouver l’équilibre qui ne nuirait pas à la grande expressivité des motifs. Auprès des cordes et de l’électronique s’invitent, sporadiquement, gongs, maracas, verres de cristal, cris et chuchotements. Ici, le rôle traditionnel du violoniste a éclaté. Quant au sous-titre – Treize Images du Pays sombre –, il indique une succession de tableautins plutôt qu’une véritable narration, même s’il y trois parties – « Departure », « Absence » et « Return », qui sont, de l’aveu du compositeur, les trois étapes du voyage de l’âme. Chacune de ces parties comporte un « Threnody » numéroté : autant de points de suspension (sections 1, 7 [symboliquement le Bien] et 13 [symboliquement le Mal) de l’arche que forme la composition entière, ainsi que l’indique encore le musicien. Il est vrai que l’ensemble donne une impression de flottement, de fuite dans le silence – comme une sorte de vie après la mort, cette dernière planant continument. Comme on le voit, la symbolique du nombre est ici importante, à tel point que Black Angels se présente comme un palindrome musical, car les effectifs des treize sections sont successivement les suivants : quatuor, trio, duo, solo, duo, trio, quatuor, trio, duo, solo, duo, trio, quatuor. De la même façon, hauteurs, intervalles, durées, références et citations ont une forte valeur symbolique et entrent en résonance avec les titres auxquels ils appartiennent : sons saturés, musique bruitiste (section 4, « Devil Music »), triton (section 4), les « trilles du Diable » de la sonate en sol mineur de Tartini (section 7, « Threnody II : Black Angels ! »), le « Dies Irae » du Requiem grégorien (section 5, « Danse Macabre »), le début du deuxième mouvement du Quatuor La Jeune Fille et la Mort de Schubert (section 6, « Pavana Lachrymae », première de la deuxième partie, « Absence »), une (sublime) sarabande originale (section 8, « Sarabanda de la Muerte Oscura »), glissandi aller-retour en pizzicati (sections 11 et 12, « Ancient Voices » et « Ancient Voices [Echo])… La pièce se referme sur ce sur quoi elle s’était ouverte : « Threnody III : Night of the Electric Insects ». On l’aura compris : cette musique très expressive, hantée par de multiples fantômes, mixant très habilement les techniques et les époques, ménage sans cesse des effets saisissants. La mise en son est magnifique.

La magie opère également dans la superbe Makrokosmos III / Music for a summer evening pour deux pianos amplifiés et percussions (1974), mais différemment puisqu’ici importent surtout les recherches sonores et que les instruments sont autres. La référence à Bartók et la source d’inspiration qu’a été sa Sonate pour deux pianos et percussion vont d’ailleurs dans ce sens. Dans le livret, le percussionniste Rodolphe Théry insiste sur l’importance que revêtait pour George Crumb les sonorités métalliques et la dimension circassienne du jeu de l’interprète induite ici par l’étonnante variété des percussions : xylophone, timbale, tam-tam, claves, wood-blocks, cymbales, crotales, cloches tubulaires, bols tibétains, pierres de prière tibétaines, flûte à coulisse, ou encore mâchoire d’âne. En même temps, les titres des cinq mouvements sont très évocateurs : « Nocturnal Sounds [The Awakening] », « Wanderer-Fantasy », « The Advent », « Myth » et « Music of the Starry Night ». Bref, un monde très habité – et comment ! – où priment tout au long le travail sur le timbre et l’expressivité. Et en même temps… Comment ne pas saisir d’emblée que tout ici est mystère et que tout est à la fois nécessaire ? Le compositeur lui-même parle de « drame cosmique » (à ce propos, il faut de nouveau saluer le travail sur la sonorisation, laquelle ouvre un espace infini). Écouter la musique de George Crumb n’est jamais un simple divertissement, au sens pascalien, mais une épreuve qui peut nous emmener loin. Justement, embarquons ! Tout d’abord pour les « Nocturnal Sounds [The Awakening] », où s’entendent les traits précipités et si brefs des deux pianos sonorisés auxquels font échos les percussions. Tout un monde sonore grouillant qui ne développe rien, mais finit par enfler avant de disparaître dans le decrescendo de sons cristallins. C’est certain, Bartók est présent par le caractère essentiellement percussif de ce mouvement. « Wanderer-Fantasy » s’ouvre sur le son solitaire de la flûte à coulisse, comme l’appel d’un berger céleste, que rejoint un piano discret et un peu mélancolique, légèrement soutenu par diverses percussions, l’ensemble évoquant un carillon. Puis réexposition par la flûte à coulisse de sa mélopée venue d’une autre sphère. Conclusion avec les pianos, qui dans le grave, ont la solennité, le hiératisme et le caractère sombre de la Sonate de Bartók. Encore plus énigmatique et plus beau est le troisième mouvement : « The Advent ». C’est une véritable cérémonie, comme une lente procession (un avènement dit le titre), qui marie des voix flottantes doublant les notes faites par les cloches tubulaires et les pianos grattés directement sur les cordes comme des guitares avec les ongles ou la pulpe des doigts. Du jamais ouï ! « Myth », moins emphatique, n’en est pas moins cérémoniel, mais l’on est passé du côté de l’Orient, plus précisément du Japon, avec ses cris comme des kiaïs, ses soupirs, son archet courant sur une cymbale, ses roulements de timbale, ses claves de plus en plus fortes, ses furtifs bols tibétains, sa flûte méditative… : tout une liturgie où chacun prend le relais sur fond de silence. « Music of the Starry Night », le dernier des mouvements et le plus long (12:16), est une œuvre en soi, résumant tout l’art de George Crumb. C’est, entre passages nocturnes et intrusions brutales de percussions métalliques, une pluie rafraîchissante tombant d’un ciel étoilé (le titre). Johann Sebastian Bach s’entend brièvement, fondu dans un halo de bruits d’ailes battant à toute volée. Se souvenir est si important pour Crumb ! Et son inventivité est à chaque minute incroyable. Rêvons-nous, sommes-nous bien éveillés ? À quel point l’étrangeté peut nous paraître familière, si belle et si plénière !

L’originalité et la profondeur de la musique, la qualité d’interprétation, l’amplification par l’électronique, la prise de son, le témoignage enthousiaste des musiciens dans le livret, sans oublier la jolie pochette cartonnée grise et jaune, tout concourt à faire de ce disque une très heureuse surprise. Le résultat est exceptionnel _ et c’est bien sûr à relever !

George Crumb (1929-2022) :

Black Angels / Thirteen Images from the Dark Land (1970) ;

Makrokosmos III / Music for a Summer Evening pour deux pianos amplifiés et percussions (1974).

Quatuor Hanson (Anton Hanson, violon ; Jules Dussap, violon ; Gabrielle Lafait, alto ; Simon Dechambre, violoncelle) ;

Philippe Hattat et Théo Fouchenneret, piano ; Emmanuel Jacquet et Rodolphe Théry, percussions.

1 CD B Records. Enregistré à Deauville, à la chapelle des Franciscains, les 7 et 10 juillet 2021.

Notice français-anglais.

Durée : 61:10

À suivre…

Ce dimanche 21 août 2022; Titus Curiosus – Francis Lippa

Ré-écouter en continu le puissamment charmeur et envoûtant « El Dorado » de John Adams (de 1991), dans l’enregistrement de Kent Nagano (en 1993, pour Nonesuch), en suivant aussi les analyses qu’en donne, avec admiration et lucidité tranquille, Karol Beffa en son passionnant et très riche « L’Autre XXe siècle musical » : pour contribuer à cerner l’idiosyncrasie de sa puissante imageance à travers les inventives hybridations de ses compositions…

10juil

Ce dimanche matin, et comme pour saluer le très beau temps et la chaleur californienne promise et à venir,

je mets sur ma platine le magique et troublant « El Dorado » de John Adams , en 1991,

tel qu’interprété par le Hallé Orchestra sous la direction de Kent Nagano, en un superbe enregistrement en juillet 1993, à Manchester _ soit le CD 14 du superbe merveilleux coffret de 40 CDs de l’Intégrale Nonesuch 075597932294 de nouveau disponible ! Quel trésor ! _,

en suivant aussi les pages d’analyse que lui consacre Karol Beffa, aux pages 181 à 200, de son indispensable « L’Autre XXe siècle musical »

_ cf aussi la vidéo de mon très détaillé entretien avec Karol Beffa, sur ce livre, à la Station Ausone (de la librairie Mollat) à Bordeaux, le vendredi 25 mars dernier, accessible aussi en mon article du 7 avril suivant : « « 

Outre son talent, d’abord, bien sûr, de compositeur, mais aussi, ensuite, d’interprète (au piano, ou à la direction d’orchestre), ainsi, encore, que d’enflammé improvisateur au piano,

Karol Beffa est un magnifiquement compétent écouteur-mélomane ainsi qu’analyseur merveilleusement fin de musique,

et un très efficace partageur _ communiquant et pédagogue _ de tout cela !

Que de talents réunis _ et si efficacement inter-connectés _ en ce très remarquablement sur-doué de la musique !!!

Ce n’est donc peut-être pas tout à fait un hasard, si, pour Marcel Bluwal et la télévision, en 1982, le petit Karol Beffa, âgé alors de 8 ans, a interprété le rôle de l’enfant Mozart _ écouter ici son témoignage rétrospectif là-dessus le 13 novembre 2020 sur France-Musique…

Bien sûr, jouir de la musique de l' »El Dorado » de Johns Adams, ne passe pas nécessairement, et loin de là (!), par la lecture de l’analyse que sait si finement en donner Karol Beffa.

Et il est même très fortement déconseillé de commencer par là !

La jouissance de la musique est d’abord une délectation de la sensibilité la plus ouverte et accueillante à l’inouï, et impromptue qui soit…

L’analyse compétente et sereine _ dénuée de pathos _ n’est en quelque sorte qu’un luxe supplémentaire pour une écoute peut-être un peu plus affinée _ mais ce n’est même pas sûr : à chacun de savoir aussi la transcender en son écoute la plus sensible et ouverte possible de la musique rencontrée… _, tel celui d’une belle cerise sur un surtout très délicieux gâteau…

Voilà :

découvrir et arpenter tout l’œuvre enregistré sur disques, ici pour Nonesuch, de John Adams, à défaut de l’écouter live au concert, est une chance à saisir désormais bien plus accessible.

Et, oui, John Adams est bien un compositeur admirable de cet « autre XXe siècle musical » un moment discrédité,

qui se situe, en sa création éminemment singulière, et nécessairement hybride aussi, tout à fait dans la lignée des grâces somptueuses d’un  Debussy et d’un Ravel, notamment _ en ce chapitre « El Dorado » de son livre, c’est à trois reprises, pour Debussy, et quatre reprises, pour Ravel, que Karol Beffa évoque ces noms pour les relier au plus intime de l’œuvre si puissamment charmeur et envoûtant, en son idiosyncrasie propre, de John Adams…

Cet article-ci de ce dimanche matin

prolonge celui du mercredi 30 mars dernier « « , qui permettait d’accéder aux podcasts des écoutes de la partie I (« The Machine in the Garden« , 12′ 40), et la partie II (« Soledades« , 16′ 09), de l’ « El Dorado » de John Adams en ce même enregistrement pour Nonesuch, sous la direction de Kent Nagano, à Manchester, en juillet 1993

Ce dimanche 10 juillet 2022, Titus Curiosus – Francis Lippa

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