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Ce que vient nous apprendre (ou pas) le livret militaire de Lucien Durosoir, classe 1898, matricule n° 322 ; et la confrontation de ses données avec ce que révèlent les lettres de Lucien Durosoir adressées à sa mère…

25déc

L’accès au livret militaire de Lucien-Jules-Henri Durosoir,

né à Boulogne-sur-Seine le  5 décembre 1878, fils de feu Léon-Octave Durosoir et Louise-Marguerite Marie, violoniste de profession, et résidant 5 rue de Laborde à Paris 8e, au moment de l’ouverture de ce livret,

vient nous livrer quelques intéressantes informations, en particulier, bien sûr, sur le parcours et la carrière militaires de Lucien Durosoir.

Et d’abord, sur la raison pour laquelle celui-ci, en dépit de son niveau culturel, est demeuré simple soldat (de deuxième classe) durant toute la durée de la guerre _ alors que, par exemple, un André Caplet, lui, né lui aussi en 1878 (le 23 novembre 1878), était sergent… _ : Lucien était « Dispensé – art. 21 – fils unique de veuve » par le conseil de révision…

D’autre part,

je remarque aussi, que le détail donné dans ce document-là des « Services et mutations diverses » de Lucien Durosoir dans « l’armée territoriale _ du 1er novembre 1912 au 1er novembre 1918 _ et dans la réserve « , n’apparaît pas nécessairement mentionné dans la correspondance échangée entre Lucien et sa mère, Louise ; et cela du fait que certaines des  mutations sont, et à plusieurs reprises, intervenues à des moments durant lesquels Lucien ne se trouvait pas au front, mais en permission au domicile familial du 45 rue du Moulin, à Vincennes ; et que le fils n’avait donc pas besoin d’en avertir par courrier écrit sa mère, pour l’informer, et en priorité, du changement d’adresse postale où lui adresser désormais le courrier : les transmissions de ces informations sur ces transferts d’affectation (et d’adresse où le joindre), s’étant faites à la maison, et n’ayant donc pas été mentionnées dans les lettres échangées _ et conservées _ entre le fils et sa mère.

Des lettres qui ont été précieusement _ pour nous qui y avons maintenant ce très précieux accès historiographique ! _ très soigneusement réunies et conservées chez elle, à Vincennes, puis à Bélus, par Louise Durosoir _ décédée à Bélus le 16 décembre 1934 _ ; puis, à Bélus, par son fils Lucien _ décédé à Bélus le 4 décembre 1955 _ ; et maintenant son petit-fils Luc…

Lucien Durosoir (classe 1898, matricule 322), apprenons-nous, en ce livret militaire ouvert en 1898, dispensé de service actif par le conseil de révision en tant que fils unique de veuve, a d’abord été versé dans la réserve de l’armée active le 1er novembre 1902 ; puis dans l’armée territoriale, le 1er novembre 1912. Rappelé à l’activité par décret présidentiel du 2 août 1914, Lucien Durosoir a rejoint le 23e Régiment Territorial d’Infanterie le 30 août 1914, à Cherbourg. Et il a été en activité aux armées du 13 novembre 1914 au 18 février 1919 :

après avoir été affecté au 23e Régiment Territorial d’Infanterie _ à Cherbourg, donc _, le 30 août 1914, il a été ensuite versé au 24e Régiment Territorial d’Infanterie _ au Hâvre, cette fois _, à une date hélas peu lisible sur le document _ ce fut en fait le 7 octobre 1914, apprenons-nous à la page 22 de « The Letters of Lucien and Louise Durosoir«  Et c‘est le 23 juin 1917 qu’il est ensuite passé au 274e Régiment d’Infanteriepuis le 10 octobre 1917, au 74e Régiment d’Infanterie, indique le livret militaire . Et c’est le 18 février 1919, que Lucien Durosoir a été mis en congé illimité de démobilisation ; et a pu rejoindre alors sa mère Louise à leur domicile du 45 rue du Moulin à Vincennes.

Voilà donc ce que nous apprend des services de Lucien Durosoir aux armées durant la « Campagne contre l’Allemagne » ce livret militaire.

Cependant une bien intéressante lettre de Lucien à sa mère datée du 1er mai 1918 (à la page 463), vient apporter un éclairage précieux sur quelques ambiguités _ au moins… _ de ce que recèlent, à la lecture, les rédactions de complément successives, sur son livret militaire, au fur et à mesure des mutations de Lucien, en divers régiments, au regard de ce qu’a écrit Lucien _ et qui nous a été conservé _ dans ses lettres de guerre à sa mère depuis le 4 août 1914. 

Ainsi m’étonnais-je de l’absence d’inscription de la mention sur ce livret militaire de Lucien de son affectation _ pourtant durable : de l’automne 1914 au 23 janvier 2017… _ au 129e régiment d’infanterie !

À la place de la mention de ce 129e régiment d’infanterie, est écrit ceci : « Affecté au 24e Régiment Territorial d’Infanterie« , à une date hélas peu lisible

Alors que, ainsi que l’indique la note de bas de page, page 31, d’Elizabeth Schoonmaker Auld, « Lucien left Le Havre on the 13 » (du mois d’octobre 1914), he was in Villemonble (« in front of Cunault’s home« ) when he wrote this letter (du 14 novembre 1914), and the next day they were near Reims. It was an immediate baptism of fire« …

Et de fait, le surlendemain, le 16 novembre 1914, Lucien _ « Since last night, I’m in the trenches. (…) We’ve been in the  trenches since yesterday« , écrit-il… _ prend soin de bien indiquer à sa mère l’adresse où lui adresser désormais le courrier : « 3rd company, 3rd section, 129th infantry regiment » (à la page 31). 

La question que je me pose est donc celle de la date _ et du lieu : Le Hâvre, au mois d’octobre 1914  ? La région de Reims, dans le département de la Marne, au mois de novembre 1914 ? _ de début de l’affectation de Lucien au 129e régiment d’infanterie

Est-ce le 6 octobre 1914, à son arrivée au Hâvre, en provenance de Cherbourg (et du 23e Régiment Territorial d’Infanterie) ? Mais au Hâvre, Lucien n’est-ce pas au 24e Régiment Territorial d’Infanterie que Lucien a été intégré ?..

Ou bien est-ce plutôt le 14 novembre 1914, à son arrivée, au front et dans les tranchées, dans les environs de Reims ?..

Ou pour le dire autrement, l’affectation de Lucien au 129e Régiment d’Infanterie a-t-elle eu lieu à son arrivée au Hâvre au mois d’octobre 1914 ? Ou bien lors de son transfert dans la Marne, près de Reims, au mois de novembre suivant ?..

En tout cas, voici ce que révèle la lettre du 1er mai 1918 de Lucien à sa mère, qui s’inquiétait d’anomalies dans les mentions d’affectations officielles de son fils à divers régiments (page 463) :

« Here is what must have happened. When the 129th had all those adventures, which you know about _ c’est-à-dire de graves mutineries _, at the beginning of June last year, I was sent to the division. In order to keep me _ en tant que violoniste très prisé des officiers mélomanes ! _, as the 129th was leaving the division, they transferred me to the 274th _ le 23 janvier 1917. Probably the modification of that transfer was not sent to the 129th, so I am still on their list. Recently they must have been reviewing the list and realized that I was not there ans asked the gendarmerie for more information. You gave them the wrong information : since the end of October _ en fait le 10 octobre 1917 _ I am no longer assigned to the 274th. That is when I was again transferred. The 274th was dissolved and the division wanted to keep me _ en tant que violoniste toujours très précieux auprès des officiers mélomanes… _, so I was transferred again, this time to the 74th. (…) You just need to tell them that I belong to the 74th Infantry (CHR), 5th Division, SP93. This little incident is proof of the state of the paperwork here« .

Avec cette conséquence qu’il me semble que la formidable lectrice-éditrice-traductrice qu’est Elizabeth Schoonmaker Auld pourra, lors d’une réédition à venir, par Blackwater Press, de ce monumental travail qu’est ce « Ma Chère Maman, Mon Cher Enfant _ The letters of Lucien and Louise Durosoir 1914 – 1919« , demander que soit repris et corrigé, à la page 22, entre les lettres de Lucien Durosoir des 5 (pages 21-22) et 6 octobre (page 22) 1914, son inter-titre en gros titre :

« On October 6, Lucien and his régiment left the Cherbourg area for Le Havre, a distance about 220 kilometers, where they were attached to the garrison of the 129th Infantry Regiment » ;

car il me semble que c’est bien au 24e Régiment Territorial d’Infanterie, alors stationné dans la région du Hâvre, que Lucien, qui faisait alors « part of 159 from our regiment going to Le Havre » (page 22), « our regiment, the 23rd territorial » (page 5), qui stationnait jusqu’alors dans la région de Cherbourg, a bien alors été transféré ;

et que ce ne sera que le 15 novembre suivant, « at 6:30 p.m. » (lettre du 15 novembre 1914, à la page 31), qu’il rejoindra, au front, dans les tranchées, et sous le feu des « Boches » (« the first trench is barely 400 meters from the German lines« , écrit-il dans sa lettre du 16 novembre 1914, à la page 32), le 129e régiment d’infanterie, positionné alors dans la région de Reims, auquel il avait compris, l’avant-veille, le 13 novembre, sa prochaine affectation : « Just this minute, I was told that I have tonight or tomorrow morning to join, I believe, the 129th near Reims« , en son courrier du 13  novembre (à la page 31)…

C’est à ce genre d’avancée que m’amène le souci méthodique du lecteur curieux et scrupuleux, quasi maniaque de la plus grande justesse possible de vérité, que je suis, de rechercher systématiquement cette plus grande précision possible _ et c’est parfois très difficile, voire impossible ; et je dois alors, au moins provisoirement, renoncer… _, des identités des personnes (qui ?), des lieux (où ?) ainsi que des dates (quand ?) lorsque ceux-ci, identités, lieux et dates, sont seulement évoqués ou floutés dans les récits, les Journaux, et les Correspondances, qui me passionnent…

Car rechercher est effectivement passionnant.

Voilà.

Ce dimanche 25 décembre 2022, Titus Curiosus – Francis Lippa

En comparant les nécessaires choix éditoriaux de « Deux Musiciens dans la Grande Guerre », en 2005, et « Ma Chère Maman, Mon Cher Enfant _ the Letters of Lucien and Louise Durosoir 1914-1919″, en 2022 : l’apport considérable de ce nouveau travail d’édition (et traduction en anglais) d’Elizabeth Schoonmaker Auld…

19déc

Si l’on compare ce que nous offrent, de la correspondance de guerre de Lucien Durosoir _ échangée avec sa mère Louise Durosoir _,

les éditions de « Deux Musiciens dans la Grande Guerre« , en 2005, aux Éditions Tallandier _ et par Luc Durosoir _, d’une part

_ en 185 pages (sur les 358 que comporte au total le livre : les autres pages étant consacrées aux Carnets de guerre du violoncelliste Maurice Maréchal) _,

et de « Ma Chère Maman, Mon Cher Enfant _ the Letters of Lucien and Louise Durosoir 1914-1919« , en 2022, aux Éditions Blackwater Press _ et par Elizabeth Schoonmaker Auld _, d’autre part

_ en la moitié environ, soit 269 pages (sur les 538 que comporte au total le livre : l’autre moitié environ étant consacrée aux lettres de l’« interlocutrice«  de Lucien : sa mère, Louise) _,

il nous faut bien mesurer l’apport considérable de ce très remarquable travail d’Elizabeth Schoonmaker Auld,

déjà en nombre de lettres retranscrites, ainsi qu’en nombre de pages,

qui sont ainsi offertes à notre désir de connaissance…

Outre l’accès _ très important _ que nous offre désormais l’édition d’Elizabeth Schoonmaker Auld aussi aux lettres de Louise Durosoir, l' »interlocutrice » de son fils bien aimé

_ ainsi, par comparaison, dans la correspondance accessible aujourd’hui de Madame de Sévigné avec sa fille adorée Madame de Grignan, nous font hélas défaut les lettres de son « interlocutrice« , Madame de Grignan, détruites par sa fille : a ainsi tristement disparu une très importante partie du cacaractère « conversationnel«  de ces toujours, pourtant, si vivantes lettres de Madame de Sévigné… _,

il faut reconnaître que Luc Durosoir, en 2005, avait dû se résoudre _ pour diverses raisons éditoriales circonstancielles, à ce moment-là : raisons qu’il me faudra préciser… _ à traiter différemment les « Lettres du front de Lucien Durosoir » des années 1914 et 1915, très détaillées et soigneusement datées (dont des extraits choisis assez substantiels sont assez abondamment donnés aux pages 19 à 153) de ce « Deux Musiciens dans la Grande Guerre » de 2005,

des lettres de celui-ci des années 1916, 1917, 1918 et 1919, bien davantage survolées, en ce volume _ afin d’y faire place aussi aux 128 pages (page 215 à page 343) des « Carnets de guerre de Maurice Maréchal _ 3 mai 1914 _ 5 novembre 1918 » : en 2005, le nom du violoncelliste Maurice Maréchal (1892 – 1964) était bien connu des mélomanes ; alors que celui de Lucien Durosoir (1878 – 1955) était encore totalement inconnu !.. _, et hélas délestées de leurs remarques musicales _ supposées probablement moins intéressantes alors pour de futurs lecteurs passionnés davantage d’Histoire que de Musique… _  et dont les extraits simplement aboutés et beaucoup plus courts étaient seulement classés par mois d’envois _ Elizabeth Schoonmaker Auld nous rendant accessible aussi l’essentiel de ces bien intéressantes informations musicales… _, aux pages 155 à 213 de ce « Deux Musiciens dans la Grande Guerre« …

Le complément que vient donc nous offrir, cette année 2022, ce monumental travail éditorial-ci d’Elizabeth Schoonmaker Auld, est donc considérable ;

et à la hauteur de ce que les éditions de l’ensemble des partitions, d’une part,

et les enregistrements de tout l’œuvre composé par Lucien Durosoir, au disque _ ainsi, bien sûr, que des performances de concert _, d’autre part,

par les formidables efforts de Luc et Georgie Durosoir,

ont pu déjà donner à beaucoup mieux appréhender _ et mesurer… _ la très haute qualité musicale de l’œuvre musical laissé par Lucien Durosoir, réalisé _ sereinement et avec fermeté ; sans pression de quelque superficiel souci de réception immédiate que ce soit… _, par le compositeur qu’il a été entre 1919 et 1950.

Et afin de bien mesurer l’énorme apport de ce nouveau traitement éditorial de la correspondance accompli par Elizabeth Schoonmaker Auld, par rapport à celui réalisé naguère par Luc Durosoir en son travail pionnier de 2005,

il n’est que de comparer un peu attentivement les 2 pages de « Traitement éditorial » de Luc Durosoir, aux pages 27 et 28 de son « Deux Musiciens dans la Grande Guerre » en 2005,

avec les 2 pages de l’ « Editorial Treatment »  d’Elizabeth Schoonmaker Auld, aux pages ix et x de son présent « Ma Chère Maman, Mon Cher Enfant _ the Letters of Lucien and Louise Durosoir 1914-1919« …

Le gain qui en résulte est en effet proprement considérable ;

et un caractère très important de la nouvelle présentation de ces lettres croisées entre le fils Lucien et sa mère Louise, était que soit « maintained the conversational aspect » de ces lettres échangées entre ces deux formidables interlocuteurs.

Elizabeth Schoonmaker Auld, ajoutant malicieusement, page ix, à propos des conversations beaucoup plus intimes qui ont eu lieu, de vive voix _ et sans menace de regard et d’éventuelle censure de la part des autorités militaires _, entre la mère et le fils aux moments des permissions du soldat, retournant alors au domicile familial de Vincennes, ceci :

« One would like to have had a microphone on the wall to capture their discussions ; Lucien was free to talk about things he couldn’t describe in his letters. We have only the letters after each home leave as clues to their conversations » _ en effet !

Et j’attirerai ici, au passage _ et il me faudra bien sûr y revenir ! Car c’est très important pour mieux cerner les deux personnalités de fond de Lucien et de Louise…_, l’attention portée à la personne de la demoiselle Muller _ le nom de celle-ci n’est prononcé que deux fois dans les lettres échangées entre Lucien et sa mère Louise : une première fois, dans la lettre du 1er avril 1917 de Lucien à sa mère, page 341 du livre ; et le 3 mai, dans une autre lettre de Lucien à sa mère (page 359) _ d’Abainville _ village paisible (éloigné du front de Verdun et Les Éparges) du sud du département de la Meuse dans lequel Lucien séjourne aux mois de février-mars 1917 (cf les pages 329 à 338), et où il donne divers concerts dans les villages voisins d’Abainville : Gondrécourt, Houdelaincourt, Delouze, Bonnet, Badonvilliers, tous villages limitrophes de celui d’Abainville...

Et ils se trouve que je connais personnellement un peu cette (belle) région, une sorte de verdoyante petite Suisse, qui est la région natale de mon beau-père, né à Osne-le-Val, en la toute proche Haute-Marne. Mon épouse et moi-même, et notre fille aînée, avions rendu visite, l’été 1977, à la sœur de mon beau-père, à Thonnance-lès-Joinville (Haute-Marne), et à sa belle-sœur, à Toul (Meurthe-et-Moselle): nous étions donc passés par Abainville pour rejoindre la douce vallée, aux belles prairies, de la belle Meuse « endormeuse » afin de rejoindre Toul… Fin de l’incise.

C’est le 13 février 1917 que Lucien arrive et s’installe au riant village _ de 500 habitants alors _ d’Abainville (pages 330-331), en arrière du front. Mais c‘est lors de son séjour de permission, à Vincennes, entre le 9 ou 19 mars et le 24 ou 25 mars 1917, que, de vive voix, Lucien osera parler à sa mère Louise des sentiments éprouvés pour cette Melle Muller d’Abainville…

Mais au retour de Lucien dans l’Est _ Lucien se trouve à Nancy au moins le 26 mars, pour un concert auquel il participe, en une salle magnifique d’au moins 800 places (page 339) ; mais Lucien a-t-il alors définitivement quitté Abainville ? Ou pas encore ?.. Ce n’est pas clairement mentionné en aucune des lettres de Lucien qui suivent… _, si le nom d’Abainville revient à diverses reprises dans les lettres échangées entre Lucien et sa mère Louise _ le 6 avril (page 345), le 7 avril (pages 342 et 343), le 8 avril (page 343), le 11 avril (page 345), le 19 avril (page 353), le 5 mai (page 360) _,

c’est pour évoquer, au passé, et sans prononcer son nom _ une fois seulement, Lucien, le 3 mai (page 359)… _ cette Melle Muller d’Abainville : cette « jeune femme qui était douce, timide, charmante« .

Et cela nous dit beaucoup aussi des choix, tant disons « affectifs« , que disons « de travail« , auxquels a dû se résoudre Lucien à ce tournant de sa vie d’adulte, déjà au milieu de sa vie, et, pour l’heure, encore en pleine guerre ; en ce printemps 1917 de la Grande Guerre, Lucien, né le 5 décembre 1878, a en effet atteint sa 39e année de vie… Et tant sa vie affective que sa vie professionnelle de musicien violoniste virtuose sont alors réduites à rien.

Tout sera donc à construire et re-construire, une fois la paix revenue ; et par étapes successives ; et en ayant à faire face, aussi et bientôt, à l’accident domestique _ chute dans un escalier _ qui rendra sa mère impotente et complètement dépendante de ses soins : ce qui viendra ruiner le projet de Lucien de rejoindre à Boston, comme premier violon, l’orchestre que dirigeait désormais son ami Pierre Monteux…

Mais ce sera là une autre histoire, celle du devenir-compositeur de Lucien Durosoir _ cf mon article « Une poétique musicale au tamis de la guerre : le sas de 1919 – la singularité Durosoir«  pour le colloque « Lucien Durosoir : un compositeur moderne né romantique » du Palazzetto Bru-Zane à Venise en février 2011, qui met l’accent sur l’importance décisive pour le devenir-compositeur de Lucien Durosoir de ce que je nomme le « sas«  de l’année 1919…

Avant, suite au décès de sa mère le 16 décembre 1934, et le principal de l’œuvre de musique alors achevé, l’acte au moins aussi important pour lui de fonder, le 17 avril 1935 _ Lucien est alors en sa 57e année… _, à Bélus, sa propre famille…  

Ce lundi 19 décembre 2022, Titus Curiosus – Francis Lippa

La conversation (de musique aussi et surtout) quasi ininterrompue de Lucien Durosoir et sa mère Louise : une lecture en cours du « Ma Chère Maman, Mon Cher Enfant _ the Letters of Lucien and Louise Durosoir 1914 – 1918″, édité et traduit par Elizabeth Schoonmaker Auld…

18déc

 

Voici le courriel que je viens d’adresser à mon amie Georgie Durosoir,

suite à ma seconde lecture du « Ma Chère Maman, Mon Cher Enfant ¨the Letters of Lucien and Louise Durosoir 1914 – 1918« ,

édité et traduit par Elizabeth Schoonmaker Auld, qui vient de paraître aux Éditions Blackwater Press.

Chère Georgie,

 
dans le cadre de ma recherche et dans le protocole de ma petite méthode d’attention aux plus petits détails bio-géographico-historiques,
j’aurais besoin des précisions biographiques suivantes (identité à la naissance, dates et lieux de naissance, de mariage et de décès) de quelques membres de la famille de Lucien Durosoir (Boulogne-sur-Seine, 5 décembre 1878 – Bélus, 4 décembre 1955) : 
_ ses parents (mariés en 1876) :
Léon-Octave Durosoir (décédé en 1890)
et Louise-Marguerite Marie (x, 2 mars 1856 – Bélus, 16 décembre 1934) ;
 
_ ses grands-parents paternels Durosoir :
x Durosoir
et son épouse x x ;
 
_ ses grands-parents maternels Marie : 
Jean-Baptiste Marie
et son épouse Charlotte x
 
Ces précisions m’échappant jusqu’ici…
 
 
Je compte aujourd’hui consacrer un article aux avancées de ma lecture du passionnant monument de Biz :
sur cette passionnante et richissime«  conversation » ininterrompue (en dépit des éloignements forcés de la guerre) entre Lucien et sa mère,
par leurs échanges quasi quotidiens de lettres _ quand Lucien n’était pas (brièvement !) de passage lors de ses rares permissions, de 1914 à 1919 _, 
puis, au retour de Lucien, de 1919 à 1934, par ses très importantes œuvres de musique,
dont Louise était la principale et quasi unique « interlocutrice » et réceptrice…
 
4 mois et un jour après le décès de sa mère (à Bélus, le 16 décembre 1934), 
c’est le 17 avril 1935 que Lucien Durosoir (né le 5 novembre 1878, à Boulogne-sur-Seine) épouse à Bélus Hortense Datcharry (née le 1er juillet 1916, à Bélus) ;
et le 4 octobre 1936 et le 27 octobre 1937 naîtront chez eux, aux « Vieux Chênes », à Bélus leurs deux enfants, Luc et Solange.
 
Lucien accomplissant ainsi, peu après le décès de sa mère Louise (à Bélus, le 16 décembre 1934) son second projet de résilience de vie d’après la terrible et longue guerre,
après ce que l’on peut considérer comme le principal de son œuvre de musique (de 1919, pour ses 4 « Aquarelles », pour violon et piano, à 1934, pour son « Vitrail », pour alto et piano, et sa « Berceuse », pour flûte et piano), dont sa mère est l’ « interlocutrice » musicale quasi unique,
le projet de fonder _ même tardivement : en décembre 1936, Lucien aura 58 ans… _ une famille et lui transmettre ses valeurs…
 
La coexistence de ces deux projets, éminemment vitaux pour lui, s’étant avérée un peu difficile du fait du puissant pouvoir (économique aussi : Lucien ayant cessé de se produire en concerts, afin de _ outre composer ! _ s’occuper pleinement de sa mère devenue impotente après son grave accident domestique…) qu’a continué d’exercer sur lui sa mère, qui ne cessait pas, lui a-t-il dit et à plusieurs reprises, de le traiter toujours « comme un petit garçon de 8 ans » . Car aux yeux de celle-ci, l’œuvre de musique de son fils constituait une priorité absolue, sacro-sainte.
 
Mais Lucien ne s’est jamais laissé, en aucune circonstance difficile, abattre ou dissuader en ce qui lui tenait décidément très à cœur…
 
 
Et Luc, et avec vous Georgie, avez magnifiquement repris le flambeau de Lucien
en donnant à lire, jouer et écouter universellement l’œuvre splendide et singulière de musique créé et laissé en son tiroir, pour plus tard, par Lucien Durosoir…
 
Je vous embrasse,
 
Francis
Ce dimanche 18 décembre 2022, Titus Curiosus – Francis Lippa

Le monumental travail d’Elizabeth Schoonmaker Auld, en son édition-traduction (en anglais) des Lettres de guerre de Lucien et Louise Durosoir : « Ma Chère Maman, mon Cher Enfant _ The Letters of Lucien and Louise Durosoir 1914 – 1919″, aux Editions Blackwater Press _ disponibles en France…

12déc

C’est un considérable extraordinaire monument à Lucien et Louise Durosoir _ à leurs personnes mêmes, je veux dire _ que vient de réaliser Elizabeth Schoonmaker Auld,

« Biz » ,

avec ce monumental travail de lecture, choix éditorial, ainsi que de traduction en anglais _ à destination d’abord d’un lectorat anglophone ; mais plus large évidemment aussi… _,
aboutissant à ce merveilleux livre de 544 pages « Mon Cher Enfant, ma Chère Maman, The Letters of Lucien et Louise Durosoir 1914 – 1919 » (Blackwater Press).
Qui vient constituer un extraordinaire apport (de témoignage profond) à qui s’intéresse au vécu des Poilus de la Grande Guerre, ici à travers les deux sensibilités hautement cultivées de Lucien et Louise Durosoir ;
et au-delà donc de ce qui peut intéresser déjà des musicologues attachés à l’œuvre musical si singulier de Lucien Durosoir compositeur (dont le travail de composition va de 1919 à 1950),
et aussi, plus largement, des mélomanes amoureux de musique profonde, juste et vraie, comme celle de Lucien Durosoir…
J’en ai profité pour relire mes deux contributions aux Actes du Colloque « Lucien Durosoir, un compositeur moderne né romantique » du 19 février 2011 au Palazetto Bru-Zane à Venise  ;
et suis assez surpris de ne pas en avoir honte, ni en éprouver de regrets, comme je m’y attendais _ mais ma position est forcément très partiale…
Exactement comme ce que je viens d’éprouver _ ni honte, ni regret _ à la relecture de mon texte perdu et retrouvé (en novembre 2022) de janvier 2006 « Lire ‘Liquidation’ d’Imre Kertész : ce qui dure d’Auschwitz » …
Bien sûr, mon écriture n’y est pas simple, mais je m’y reconnais tout entier ;
et surtout cette écriture me semble respecter le plus justement possible l’idiosyncrasie des auteurs dont je m’essaie à présenter-élucider les œuvres en la singularité de leur puissante voire sublime imageance.
Le temps n’est pas passé, ici ; rien n’a vraiment vieilli.
Le temps nous est bien une richesse reçue avec la vie, et dont il nous faut, chacun, essayer de saisir quelque chose de l’ordre, oui, de l’éternité
pour reprendre l’articulation, éminemment pratique, sensitive, voire expérimentale, que leur donne la pensée géniale d’un Spinoza…
Et que figure excellemment le malicieux petit dieu Kairos, généreux mais tranchant, du fait de l’absolument irrattrapable de l’irréversibilité du temps passant…
Car c’est cela avoir à apprendre à vivre sa vie passagère, et en cultiver les vraies richesses…
Et c’est aussi pour ces raisons-là que, au delà de sa si belle œuvre musicale qui nous touche si intensément _ cf mon article du 4 juillet 2008 « «  à propos du CD Alpha 125 des sublimissimes « Quatuors à cordes » de Lucien Durosoir par le Quatuor Diotima… _,
c’est la personnalité même, extraordinaire, de Lucien Durosoir (1878 – 1955) que j’admire et apprécie-aime du plus près, en sa fondamentale humilité-discrétion, et vérité exigeante aussi et surtout.
Voilà,
Francis
Ce lundi 12 décembre 2022, Titus Curiosus – Francis Lippa

Une splendide présentation du parcours de venue à la création, durant la Grande Guerre, du compositeur Lucien Durosoir (1878 – 1955), ce 11 novembre : « Lucien Durosoir, des compositions muries par la guerre », par Anne-Charlotte Rémond en son Musicopolis, sur France-Musique

11nov

Ce 11 novembre 2022, pour le 104éme de l’achèvement de la Grande Guerre,

sur France-Musique, en son excellente émission Musicopolis,

Anne-Charlotte nous a présenté un splendide _ et parfaitementitement informé ! _ « Lucien Durosoir, des compositions muries par la guerre« ,

dont voici, à écouter, le passionnant podcast de 25′,

avec d’excellentes illustrations musicales idéalement choisies.

Une passionnante et très juste présentation _ bravo ! _ du parcours de maturation musicale, durant la Grande Guerre, et de venue à la création, à partir de 1919-1920, de ce compositeur tout à fait original qu’est Lucien Durosoir (1878 – 1955) en sa parfaite idiosyncrasie

_ sur ce parcours de maturation et venue à la création du compositeur Lucien Durosoir, cf en particulier ma propre contribution « Une poétique musicale au tamis de la guerre : le sas de 1919 _ la singularité Durosoir« , le 19 février 2011, au colloque « Lucien Durosoir, un compositeur moderne né romantique« , au Palazzetto Bru-Zane à Venise ; et le lien donne accès à la totalité des très riches contributions des 19 et 20 février 2011 de ce passionnant colloque à Venise…

En plus du « Deux musiciens dans la Grande Guerre » de Lucien Durosoir et Maurice Maréchal, paru aux Éditions Tallandier en 2015,

vient de paraître ce 11 novembre 2022, en traduction anglaise, « Ma chère Maman, mon cher Enfant _ The Letters of Lucien and Louise Durosoir (1914-1919)« , en une édition et une traduction de Elizabeth Auld, pour les Éditions américaines Blackwater Press…

Et pour qui désirerait découvrir au CD l’œuvre de Lucien Durosoir,

je me permets de recommander en priorité l’écoute de l’admirable CD de ses 3 « Quatuors à cordes » (de 1919, 1922 et 1934), en un enregistrement de décembre 2007, par le Quatuor Diotima ; soit l’extraordinaire CD Alpha 125, paru en 2008 ; CD auquel j’avais consacré le tout premier article de ce blog « En cherchant bien« , intitulé « « …

En voici, en écoute (9′ 53), un extrait,

soit le 1er mouvement « Ferme et passionné » du Quatuor n° 3, composé en 1934…

Ce vendredi 11 novembre 2022, Titus Curiosus – Francis Lippa

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