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Tâcher de s’orienter dans la foisonnante « Vivaldi Edition » de Naïve, à propos des « Concerti per violino » non réunis en recueils publiés par Vivaldi lui-même…

27fév

Bien trop longtemps,

la bien malheureuse trop fameuse boutade de Luigi Dallapiccola (Pisino, Istrie, 3 février 1904 – Florence, 19 février 1975), bien malheureusement reprise par le presque vénitien pourtant Igor Stravinsky (Oranienbaum, 17 juin 1882 – New-York, 6 avril 1971), selon laquelle Antonio Vivaldi (Venise, 4 mars 1678 – Vienne, 28 juillet 1741) n’aurait fait que ré-écrire 500 fois le même concerto,

a contribué à décourager trop aisément hélas la curiosité des musiciens et des mélomanes envers l’œuvre foisonnante et profuse _ plus de 450… _ et admirable du génial prêtre roux…

En conséquence de quoi,

il est encore un peu difficile de s’orienter, même avec les intentions les meilleures du monde, dans le lacis encore demeuré confus dédalesque, à l’image du lacis des calli de Venise ?.. C’est pour se protéger des vents… _  sinon des œuvres elles-mêmes, du moins de leurs très nombreux enregistrements discographiques, surtout depuis l’assez phénoménal retour en grâce du Baroque musical, et de la musique même d’Antonio Vivaldi…

Cependant,

depuis le lancement de la « Vivaldi Naïve Edition«  _ dont le volume 1 a, semble-t-il, été le CD « Concerti da camera« , par l’ensemble L’Astrée, paru le 12 décembre 2000 ; puis le volume 2, la « Juditha Triumphans » d’Alessandro De Marchi, avec l’enchanteresse voix de Magdalena Kozena… Patrick Zelnick (qui avait fondé son label « Naïve«  fin 1997) emboîtant l’excellent pas qu’avais pris Yolanta Skura pour cette « Vivaldi Edition« , avec son label Opus 111, fondé, lui, en 1990 (les volumes 1 à 17 de cette collection, qui en est à ce jour au volume 68, ont été en effet publiés par ce label Opus 111, avant que le volume 18, celui des « Concerti per vari strumenti«  de l’ensemble Zefiro et Alfredo Bernardini, paraisse, lui, sous le label cette fois de Naïve, le 15 mars 2005) ; en s’appuyant sur les travaux musicologiques d’Alberto Basso, et Susan Orlando, à Turin… _,

voici qu’une bonne piste _ parmi d’autres bien sûr : je pense notamment aux admirables prestations du violon magique de Giuliano Camignola… _ de recherche discographique s’offre, prioritairement, à notre curiosité : je veux parler de ce monument discographique de la plus grande qualité que constitue  la magnifique et passionnante « Vivaldi Edition » de Naïve…

Il semble qu’à ce jour, ce 27 février 2022, cette « Vivaldi Naive Edition » comporte 68 volumes, dont les tous derniers parus sont, pour mémoire, les suivants :

_ volume 65 : « Il Tamerlano« , par l’Accademia bizantina dirigée par l’excellent Ottavio Dantone, paru le 25 septembre 2020


_ volume 66 : les « Concerti per fagotto V« , par L’Onda Armonica et Sergio Azzolini _ ce bassonniste magicien dont j’ai suivi les 5 volumes jusqu’ici parus de ces merveilleux Concerti per fagotto de Vivaldi ; et attends impatiemment le 6e et dernier… _, paru le 16 avril 2021


volume 67 : les « Concerti per violino IX _ Le Nuove Vie« , avec Boris Begelman et le Concerto italiano dirigé par Rinaldo Alessandrini, paru le 16 juin 2021


volume 68 : les « Concerti e cantate da camera« , avec Laura Polvorelli et l’ensemble L’Astrée dirigé par Giorgio Tabacco, paru le 12 novembre 2021.

S’il m’a été facile de ne pas manquer les successives parutions des 5 premiers CDs de « Concerti par fagotto » de Sergio Azzolini _ et cela, sans perdre de vue, non plus, bien sûrs, les successifs enchanteurs CDs de l’Ensemble Zefiro, sous la direction du parfait hauboïste qu’est Alfredo Bernardini, avec le bassoniste Alberto Grazzi _,

la situation est bien plus compliquée pour ce qui concerne les enregistrements _ au nombre de 9 à ce jour : du premier d’entre eux paru le 1er juin 2005, au 9e, paru le 11 juin 2005 _ des plus nombreux encore « Concerti per violino » _ non assemblés en recueils _ d’Antonio Vivaldi, confiés par cette « Vivaldi Naive Edition » à divers ensembles orchestraux et à divers violonistes solistes virtuoses… 

Je les passe donc ici en revue :

_ volume I « La Caccia« , par Enrico Onofri et L’Accademia Monti Regalis, dirigée par Allesandro De Marchi, paru le 1er juin 2005 

_ volume II « Di Sfida« , par Anton Steck et Modo Anriquo, dirigé par Federico Maria Sardelli, paru le 10 juillet 2007

_ volume III : « Il ballo« , par Duilio Galfetti et I Barrochisti, dirigés par Diego Fasolis, paru le 2 mars 2009

volume IV : « L’Imperatore« , par Riccardo Minassi, à la tête de l’ensemble Il Pomo d’Or, paru le 17 avril 2012

volume V : « Per Pisendel« , par Dmitry Sinkovski, à la tête d’Il Pomo d’Oro, paru le 1er janvier 2012

_  volume VI : « La Boemia« , par Fabio Biondi, dirigeant son Europa galante, paru le 28 septembre 2018

_  volume VII : « Per il Castello« , par Alessandro Tampieri et L’Accademia bizantina dirigée par Ottavio Dantone, paru le 25 novembre 2019 

_  volume VIII : « Il Teatro« , par Julien Chauvin, dirigeant son Orchestre de la Loge, paru le 11 février 2020

_  volume IX : « Le Nuove Vie« , par Boris Begelman et le Concerto italiano dirigé par Rinaldo Alessandrini, paru le 11 juin 2021

Bien sûr, je ne saurais oublier les divers merveilleux et absolument sublimes _ et donc indispensables !!! _ CDs (Sony SK 51352, 87733 et 89362, parus en 2000, 2001 et 2002) du parfait Giuliano Carmignola _ né à Trévise le 7 juillet 1951 _, avec le Venice Baroque Orchestra, sous la direction d’Andrea Marcon, comportant des « Late Violin Concertos » de Vivaldi inédits jusqu’alors au disque, les Concertos RV 177, 191, 211, 222, 235, 251, 257, 258, 273, 295, 296, 375, 376, 386, 389 ;

ainsi que, pour Archiv Produktion cette fois, les CDs 474 5172 et 477 6005 , parus en 2005 et 2006, comportant les Concertos RV 190, 217, 278, 303, 325, 333 et 583…

Bref, il m’a été un peu difficile de suivre assez fidèlement, année après année, ces diverses parutions discographiques du violon vivaldien, dans la « Vivaldi Naive Edition » tout particulièrement ;

ce violon vivaldien dont l’inventivité est pourtant si diverse, si riche, si brillamment renouvelée, et véritablement enthousiasmante !..

Et merci tant aux musicologues qu’aux musiciens-interprètes, et aux maisons de disques, qui amènent régulièrement à nos oreilles un peu souvent distraites de si belles musiques !

Ce dimanche 27 février 2022, Titus Curiosus – Francis Lippa

La plus récente actualité discographique du courageux et audacieux « exploreur » du répertoire baroque Johannes Pramsohler, de son Ensemble Diderot, et de son label Audax…

07déc

Aujourd’hui, 7 décembre 2021,

voici le neuvième article que, depuis le 28 avril 2018, je viens consacrer au courageux et inventif violoniste baroque italien Johannes Pramsohler, son Ensemble Diderot, et son label discographique Audax…

 1°  le 28 avril 2018 : 

2° le 13 mai 2018 :  

3° le 2 août 2018 : 

4° le 19 octobre 2018 : 

5° le 26 juin 2019 : 

6° le 19 juillet 2019 : 

7° le 11 août 2019 : 

8° le 15 octobre 2020 : 


Aujourd’hui donc, 7 décembre 2021,

je veux revenir sur deux parutions discographiques relativement récentes, en son label Audax, du violoniste Johannes Pramsohler et son Ensemble Diderot :

_ le CD « The Berlin Album » (Audax 13726), enregistré à Toblach les 6-7-8-9-10 décembre 2019, et paru en 2020,

et comportant des Sonates en trio de Georg-Anton Benda (1722 – 1795), Johann-Gottlieb Graun (1703 – 1771), Johan-Philipp Kirnberger (1721 – 1783), Johann-Abraham-Peter Schulz (1747 – 1800) et Johann-Gottlieb Janitsch (1708 – 1763) ; ainsi qu’une Fugue de la princesse Anna-Amalia de Prusse (1723 – 1787),

interprétées par Johannes Pramsohler et Roldan Bernabé, violons, Gulrim Cho, violoncelle, et Philippe Grisvard, clavecin et pianoforte ;

_ le CD « Concertos pour violon _ The beginnings of the violin concerto in France » (Audax 13782), enregistré à Toblach les 16-17-18 décembre 2020, et paru lui aussi en 2020,

et comportant des Concertos de Jacques Aubert (1689 – 1753), Jean-Marie Leclair (1697 – 1764), Jean-Baptiste Quentin (ca. 1690 – ca. 1742), André-Joseph Exaudet (1710 – 1762) et Michel Corrette (1707 – 1795),

interprétés par Johannes Pramsohler, Roldan Bernabé, Mario Konaka et Simone Pirri, violons, Georges Barthel, flûte, Alexandre Baldo, alto, Gulrim Cho, violoncelle, François Leyrit, contrebasse, et Philippe Grisvard, clavecin et pianoforte.

Pour « The Berlin Album« ,

je renvoie à cette intéressante chronique, intitulée « La Trilogie berlinoise« , de Sébastien Holzbauer, du 27 décembre 2020, sur le site « Muse baroque » :

CDS & DVDS, CRITIQUES

La trilogie berlinoise (The Berlin Album, Pramsohler, Ensemble Diderot – Audax)

Ich bin ein Berliner

 
The Berlin Album, sonates en trio de Benda, Graun, Kirnberger, et alii

Georg Anton Benda (1722–1795) : Trio sonata in E Major
Johann Gottlieb Graun (1703–1771) : Trio sonata in A Major, GWV Av:XV:41 (scordatura) 
Johann Philipp Kirnberger (1721–1783) : Trio sonata in D Minor
Princess Anna Amalia of Prussia (1723–1787) : Fugue in D Major
Johann Abraham Peter Schulz (1747–1800) : Trio sonata in A Minor
Johann Gottlieb Graun : Trio sonata in G Major “Melancholicus & Sanguineus”, GWV A:XV:11
Johann Gottlieb Janitsch (1708–1763) : Trio sonata in G Major

 …
Ensemble Diderot :
Johannes Pramsohler & Rodan Bernabé, violons,
Gulrim Choi, violoncelle,
Philippe Grisvard, clavecin et pianoforte.
1 CD Audax, enr. décembre 2019.
Johannes Pramsohler et ses fidèles, à qui l’on doit l’exhumation méthodique _ oui _ de répertoires rares _ oui _, ont décidé de s’aventurer sur des terres encore plus inconnues, vers l’Est et la lointaine Germanie, au royaume de Prusse. Poursuivant leur tour d’Europe de la sonate en trio après Dresde, Paris, puis Londres, l’ensemble Diderot aborde Berlin, ou plutôt Potsdam, et avance dans le siècle des Lumières par rapport à ses opus précédents. Evitant soigneusement les principaux acteurs musicaux du temps (Frederic II ou Carl Philipp Emanuel Bach), nos explorateurs ont décidé d’aborder un répertoire trop méconnu, celui des partitions de la Princesse Amélie de Prusse, de Johann Abraham Peter Schulz, sans renier des compositeurs de la demi-obscurité tels Benda, Kirnberger le théoricien, Graun (attention ce n’est point Carl Heinrich) ou Janitsch.
On goûte un album doux et rêveur _ en effet _, à l’épanchement mélodique et la souplesse toute solaire, d’un soleil givré hivernal, pastel, aux reflets argentés. Les archets de Johannes Pramsohler & Rodan Bernabé, gracieux et souples, tressent le cocon réconfortant d’une bonne tasse de thé. Par rapport aux remarquables Paris Album ou London Album précédents (Audax), une atmosphère nouvelle, celle de l’Empfindsamkeit prédomine, mélange d’intimité chaleureuse, d’épanchement psychologique, mais aussi de sorte de sentimentalisme galant et légèreté préromantique. Avouons que ces compositions ne sauraient égaler la profondeur d’un Sébastien de Brossard, Henri Purcell ou Telemann des albums précités.
Toutefois, avec conviction, l’Ensemble Diderot tire le meilleur _ oui _ de ses œuvres élégantes et se fait le tenant de la ligne claire : textures aériennes, clarté confondante des pupitres, équilibre favorisant les aigus. Partout règne le même raffinement, d’une mondanité libre _ c’est tout à fait cela. Il en surgit parfois de manière inattendue un éclair plus torturé à l’instar du Larghetto de Benda, ou du très noble Affetuoso de Graun dans la sonate en trio cyclothymique justement intitulée Melancholicus & Sanguineus, sans conteste l’une des plus originales et personnelles du programme. Ce mouvement est interprétée avec un abandon ciselé, suivi d’un Allegro carré italianisant avec que la sonate ne se conclue sur un Allegro di molto à la simplicité virtuose et jubilatoire.

On découvre également à la seconde écoute _ bienvenue, en effet _ du disque des détails insoupçonnés. La sonate en trio de Kirnberger débute sur un Andante archaïsant aux chromatismes soignés, tandis que l’Allegro avec ses entrées fuguées rappelle l’écriture d’un Bach. On ajoutera enfin que l’Ensemble Diderot a choisi de varier de manière bienvenue le soutien harmonique, et Philippe Grivart passe ainsi avec le même naturel du clavecin au pianoforte. On regrettera enfin que la captation ne donne pas la part belle au violoncelle discret de Gulrim Choi, trop en retrait. Sensible, communicatif, ce Berlin Album dissimule derrière son apparente simplicité des délices pour les oreilles attentives. A quand la suite du Grand Tour ? Saint-Petersbourg peut-être ?
Sébastien Holzbauer
Technique : enregistrement clair et précis, avec un soin tout particulier apporté aux violons et aux aigus du spectre.

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 Et pour ce qui concerne le CD des « Concertos pour violon _ The beginnings of the violin concerto in France« ,
voici une courte vidéo du Largo du Concerto à cinq instruments d’Exaudet. 
Ainsi que ces brefs commentaires des magazines BBC Music et Gramophone, rapportés par le site Boxset.me, en date du 8 octobre 2021 :

 

Une aventure de recherche musicale d’œuvres demeurées méconnues et assez peu interprétées,

de la part de ce passionné, et toujours intéressant, qu’est Johannes Pramsohler.

Ce mardi 7 décembre 2021, Titus Curiosus – Francis Lippa

Un premier commode récapitulatif de mon parcours de recherche autour du bienveillant entourage familial gascon de Louis Ducos du Hauron, inventeur génial de la « photographie de couleurs »

14déc

Pour commodité,

voici un récapitulatif provisoire des articles de mon blog « En cherchant bien« 

témoignant de mon parcours de recherche _ step by step _,

à partir du mercredi 2 décembre dernier,

à propos de l’environnement familial,

en Gascogne principalement _ mais aussi en Algérie, puis en région parisienne _,

de Louis-Arthur-Montalembert Ducos du Hauron (Langon, 8 décembre 1837 – Agen, 31 août 1920),

ce génial inventeur _ trop méconnu encore _ de la « photographie de couleurs » :

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

De prometteurs contacts de proches de l’inventeur

laissent espérer de nouveaux progrès de la connaissance concernant les conditions affectives et matérielles de ses recherches et géniales découvertes photographiques …

Ce lundi 14 décembre 2020, Titus Curiosus – Francis Lippa

Musiques de joie : la joie paradoxale du sombre et incisif Quatuor de Debussy par le Parkanyi Quartet

14juin

Le plutôt ombrageux Claude Debussy (Saint-Germain-en-Laye, 22 août 1862 – Paris, 25 mars 1918)

_ cf aussi l’encre acerbe de son Monsieur Croche _

n’a pas la réputation d’être particulièrement un joyeux,

y compris, et bien sûr d’abord et surtout, en sa musique…

Et encore n’ai-je pas lu les 449 pages du récent ouvrage de Benjamin Lassauzet, paru aux Éditions Hermann au mois de juillet 2019, L’Humour de Claude Debussy


Pourtant sa musique

non particulièrement joyeuse, en effet,

génère beaucoup de joie,

sinon à l’interpréter, pour le musicien ou chanteur

qui vient physiquement l’incarner,

du moins à l’écoute attentive _ et exigeante _ du mélomane…

J’en veux pour exemple

ce chef d’œuvre puissant et subtil qu’est son Quatuor à cordes,

en sol mineur,

créé le 29 décembre 1893 à la Société Nationale de Musique, à Paris.

Alors quelle interprétation au disque choisir ici ?

J’opte, et après écoute de plusieurs CDs,

_ de même que pour mon choix à propos du Quatuor de Ravel _

pour l’incarnation, incisive et puissante, du Párkányí Quartet

_ István Párkányí et Heinz Oberdorfer, violons, Ferdinand Erblich, alto, et Michael Müller, violoncelle _,

enregistrée à Deventer, aux Pays-Bas, en décembre 2003 ;

soit, à nouveau, le superbe CD Praga Digitals PRD 250 312.

Debussy réclame une forte présence d’incarnation.

Si Debussy n’a pas le charme poli, élégant, soyeux, de Ravel,

sa musique, tout autant d’esprit français,

est d’une merveilleuse et constamment inventive _ sans formules à suivre et dérouler, ou répéter _ subtilité

qui nous comble, elle aussi, d’une enivrante puissante joie musicale.

De ce Quatuor en sol mineur de Claude Debussy,

voici aussi un très éloquent podcast, en 1958, par le Budapest String Quartet

_ Joseph Roisman et Alexander Schneider, violons, Boris Kroyt, alto, et Mischa Schneider, violoncelle.

Ce dimanche 14 juin 2020, Titus Curiosus – Francis Lippa

L’inventivité de Johannes Pramsohler

26juin

Sur le site Res Musica,

une intéressante interview de l’inventif Johannes Pramsohler,

JOHANNES PRAMSOHLER, VIOLONISTE POUR SORTIR DES SENTIERS BATTUS

par Maciej Chiżyński


Le violoniste Johannes Pramsohler s’est affirmé ces dernières années comme l’un des instrumentistes les plus inspirés, tout autant que les plus inspirants dans le domaine de la musique baroque. Ayant fondé l’Ensemble Diderot et son propre label, Audax Records _ voilà ! _, il a maintenant la liberté dans le choix du répertoire qu’il voudrait aborder et présenter au public.


« La crise du disque a profondément changé le rapport entre label et artistes. »



ResMusica : Vous avez étudié auprès de grands maîtres du violon, notamment Reinhard Goebel et Rachel Podger. En quoi leur approche est-elle différente ?


Johannes Pramsohler : Je ne suis pas vraiment un « élève » de Reinhard Goebel au sens propre, car je n’ai jamais eu de cours de violon avec lui. J’ai eu la chance de travailler avec lui dans plusieurs projets d’orchestre ; et seulement depuis un an, je suis dans sa classe d’« interprétation historiquement informée » au Mozarteum de Salzbourg. Reinhard part toujours de l’analyse de l’œuvre, et il cherche une « vérité » dans la musique avec une grande passion. Il donne la priorité absolue à la fidélité au texte. L’approche de Rachel Podger est plus spontanée et plus libre. J’avais déjà suivi un cursus en violon moderne, mais je n’ai eu l’impression de vraiment comprendre la technique violonistique qu’au cours de mes années d’étude avec elle. Je suis gaucher, et elle m’a guidé avec beaucoup d’intelligence et de sensibilité pour acquérir une solide technique de l’archet. Finalement, les deux se ressemblent dans la technique violonistique avec un bras droit parfaitement maitrisé et le poignet bas et contrôlé.

RM : Sur quel violon jouez-vous ?


JP : J’ai la chance de jouer sur le magnifique Pietro Giacomo Rogeri construit à Brescia en 1713, qui appartenait à Reinhard Goebel. C’est un violon avec un spectre harmonique très riche et équilibré qui est mon « partenaire » sur scène depuis maintenant dix ans. Reinhard me dit toujours : « Le violon connaît déjà l’œuvre, maintenant il faut juste que tu le travailles ». (rires) Pour mes projets avec des orchestres modernes, j’ai la chance d’avoir la possibilité de jouer de magnifiques Stradivarius et Guadagnini de la collection de la Royal Academy of Music de Londres.


RM : Vous avez fondé votre propre label. Pourquoi l‘avez-vous fait ?


JP : Généralement, les artistes enregistrent des disques pour laisser une trace ou avoir une « carte de visite ». Pour moi, cela se double d’une envie d’enrichir le répertoire.
La crise du disque a profondément changé le rapport entre label et artistes. Les stratégies de long terme avec des engagements sur plusieurs disques ne sont plus possibles ; et de surcroît, l’artiste doit dorénavant apporter une majeure partie du financement au label. Mes choix artistiques sont de plus difficiles à défendre auprès de directeurs de maisons de disques qui recherchent une rentabilité immédiate _ hélas. Avec Audax Records, j’ai une totale liberté, du programme jusqu’à la pochette, et même le marketing. Et le concept à 360° que nous poursuivons avec l’Ensemble Diderot permet de rester très flexible _ c’est bien.


RM : Quel est l’objectif du label Audax ? Qu’est-ce qui distingue cette étiquette des autres maisons de disques se spécialisant dans le domaine de la musique ancienne et baroque ?



JP :
Audax Records est un label d’artistes. C’est la plateforme d’expression des musiciens de l’Ensemble Diderot _ voilà. Il est géré par nous-mêmes, et chaque projet est construit avec soin et passion. L’objectif principal est d’enrichir le paysage musical avec des enregistrements d’œuvres méconnues voire inédites _ c’est bien ! _ et de proposer des programmes surprenants et toujours aussi un peu « didactiques ». Nous construisons des projets qui sortent des sentiers battus avec une réelle exigence musicale et musicologique, mais nous ne nous adressons pas à une « niche ». Nous nous adressons au public le plus large possible en le guidant vers de nouveaux territoires : la compréhension et l’illustration de l’entourage _ oui _ d’un compositeur connu (comme Bach ou Haendel), une plongée dans la vie musicale d’une ville, d’un pays ou d’une époque, ou encore la connaissance d’un genre musical précis _ soit un élargissement.


« Je ne cherche jamais activement des œuvres inédites : elles me tombent dans les mains ! »



RM : Quels critères choisissez-vous en abordant le répertoire méconnu ? Comment vous procurez-vous les partitions ?


JP : Je m’intéresse beaucoup aux biographies _ oui _ des compositeurs ; et ça m’amène aussi à lire les catalogues des bibliothèques _ c’est bien. J’ai des contacts étroits avec des musicologues du monde entier _ oui _ qui me permettent de trouver des réponses très vite à mes questions. C’est un travail continu qui a pour but de comprendre _ systématiquement, en proifondeur _ un compositeur ou une époque. Je ne cherche jamais activement des œuvres inédites – elles me tombent dans les mains en quelque sorte au cours de mes recherches. Ensuite, une chose mène à la suivante _ voilà ; tout s’enchaîne _ avec toujours de nouvelles idées de programmes.


RM : Combien de temps à l’avance démarrez-vous la mise en œuvre de vos projets discographiques ? Ces projets ont-ils un dénominateur commun ?


JP : La plupart des programmes subissent un temps de « maturation » d’environ cinq ans _ wow ! On commence par une idée et on essaie d’intégrer les œuvres dans nos programmes de concert ; et, peu à peu _ voilà _, le projet discographique se construit. On a beaucoup de projets qui ne voient jamais le jour. Le dénominateur commun est de ne jamais cesser d’être curieux _ oui ! _, ainsi qu’avoir une franche passion _ oui ! _ pour la musique.


Johannes_Pramsohler


RM : Vous trouvez également du temps pour donner des concerts, en solo, et avec l’Ensemble Diderot. Qu’est-ce que vous avec joué récemment ?


JP : Je viens de faire un programme Mozart avec un orchestre symphonique. Un Academie-Konzert comme le faisait Mozart à Vienne dans les années 1780 en mélangeant un concerto, de la musique de chambre, un air de concert, et le tout encadré par les mouvements d’une symphonie. J’aime travailler avec des orchestres « modernes », je trouve important de rester ouvert et curieux, et ces projets m’enrichissent aussi pour mon travail avec mon propre groupe.


À la Royal Academy of Music de Londres, j’ai récemment joué l’intégrale des sonates de Bach. Avec l’Ensemble Diderot, nous sommes en pleine tournée pour le lancement de nos deux disques The London Album et The Paris Album avec des sonates en trio du XVIIe siècle français et anglais.


La tournée de Didon et Énée de Purcell avec une mise en scène de Benoît Benichou se poursuit pour l’Ensemble Diderot qui s’est, pour l’occasion, élargi de son propre chœur. Il sera donné au Festival d’Hardelot, ainsi qu’en tournée sur la saison 2020-2021.


RM : Pourriez-vous nous annoncer vos prochaines activités musicales, et surtout les parutions discographiques ?



JP :
Notre prochain grand projet avec l’Ensemble Diderot est une production scénique de L’Offrande musicale de Bach. Damien Caille-Perret construit une scénographie sensible avec trois immenses écrans, et Pierre Nouvel va créer des vidéos illustrant l’œuvre d’une nouvelle façon, presque « immersive ». On donnera ce spectacle en tournée en Italie, Autriche et France durant l’automne 2019, de même que cinq représentations à l’Athénée Théâtre Louis-Jouvet à Paris en mai 2020.


Sinon on se penchera dans les prochaines années encore sur la musique du XVIIe avec le désir d’approfondir davantage notre connaissance des débuts de la sonate. La musique française ne manquera pas avec notamment un nouvel enregistrement des magnifiques sonates en trio de Leclair _ c’est bien ! Nous commençons également un travail important sur la musique berlinoise du milieu du XVIIIe avec plusieurs projets discographiques.


Crédits photographiques : Portrait 1 © Julien Benhamou ; Portrait 2 © Johannes Pramsohler

Ce mercredi 26 juin 2019, Titus – Curiosus – Francis Lippa

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