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Un riche passionnant commentaire détaillé « John Adams, l’oeuvre en coffret », du coffret de 40 CDs récemment publié par Nonesuch…

27sept

L’excellent blog musical et discographique du magazine belge Crescendo,

vient de publier, hier lundi 27 septembre 2022, sous la signature de Pierre-Jean Tribot, un riche, passionnant commentaire très détaillé, intitulé « John Adams, l’oeuvre en coffret« , du merveilleux coffret de 40 CDs que le label Nonesuch _ 075597932204 _ vient de faire paraître,

et un épatant outil de connaissance et/ou accession à l’œuvre de ce magistral compositeur américain contemporain qu’est John Adams, à l’occasion de ses 75 ans _ John Adams est né le 15 février 1947.

Cf ce que sur ce blog même j’avais indiqué en mes articles :

 

_ le 20 mars 2022 : « « …

_ le 27 mars 2022 : « « …

_ le 10 juillet 2022 : « « …

John Adams, l’œuvre en coffret 

LE 26 SEPTEMBRE 2022 par Pierre Jean Tribot

John Adams (né en 1947) : Christian Zeal and Activity, China Gates, Phrygian Gates, Shaker Loops, Common Tones in Simple Time, Harmonium, Grand Pianola Music, Harmonielehre, Tromba Lontana, Short Ride in the Fast Machine, The Chairman Dances, Nixon in China, Fearful Symmetries, The Wound-Dresser, Eros Piano, Five Songs, Berceuse élégiaque, The Black Gondola, The Death of Klinghoffer, El Dorado, Chamber Symphony, Hoodoo Zephyr, Violon Concerto, John’s Book of Alleged Dances, I Was Looking at the Ceiling and Then I Saw the Sky, Lollapalooza, Road Movies, Gnarly Buttons, Slominsky’s Earbox, Scratchband, Century Rolls, Hallelujah Junction, Naive and Sentimental Music, El Nino, American Berserk, Guide to Strange Places, On the Transmigration of Souls, The Dharma at Big Sur, My Father Knew Charles Ives, Doctor Atomic, A Flowering Tree, Son of Chamber Symphony, First Quartet, City Noir, The Gospel According to the Other Mary, Saxophone Concerto, Absolute Jet, Roll Over Beethoven, Scheherazade  2, I Still Play, Must the Devil Have All the Good Tunes ? Interprètes divers. 1985-2019. Livrets en anglais. 1 coffret de 40 CD Nonesuch. 075597932294

A l’occasion des 75 ans de John Adams, Nonesuch propose un plantureux coffret qui est une quasi intégrale des partitions du génial  compositeur américain. Certes, il n’y a rien de neuf ou d’inédit dans cette superbe boîte, mais ce coffret permet d’avoir une vision panoramique _ voilà _ d’une œuvre qui s’affirme comme une immense référence de notre temps particulièrement adulée des publics à travers le monde _ et assez peu accessible, eu égard à l’indisponibilité de la plupart de ces CDs américains Nonesuch ; il fallait le préciser !

Car John Adams, comme ses compères Philip Glass ou Steve Reich, c’est un phénomène de société dans le monde de la musique de notre temps _ ce n’est cependant pas là le plus important ! Les modes passent et trépassent… Chacune de ses créations est attendue, suivie et commentée par les fans et des acteurs du milieu musical. Certaines de ses partitions sont même devenues des tubes, régulièrement programmées, par les orchestres y compris les formations d’étudiants _ et alors ? _ ; on pense à Short Ride in the Fast Machine ou The Chairman Dances, et certaines de ses œuvres sont multi enregistrés comme Harmonielehre (1985)pièce orchestrale fondatrice _  oui _ dont il existe déjà 7 versions différentes ! _ dont celle, excellente, par Simon Rattle… Phénomènes quasi incroyables pour de la musique savante _ ah ! _ de notre temps ! Ce parcours artistique unique d’un jeune compositeur qui s’affirme au soleil de la Californie, leader d’une nouvelle génération de compositeurs américains et consacré compositeur en résidence auprès du Berliner Philharmoniker pour la saison 2016-2017 _ c’est prêter là bien de l’importance à la pauvre écume du buzz… 

De cette somme, il faut retenir des axes structurants à commencer par un amour du son _ certes, mais de la musique aussi ! _, que ce soit dans les partitions minimales de ses débuts comme l’envoûtant Harmonium pour chœur et orchestre, sorte de fresque ondoyante, ou dans les créations les plus récentes, à l’image du concerto pour piano  Must the Devil Have All the Good Tunes ? coursé échevelée, ébouriffante et endiablée entre le piano et l’orchestre. L’ultra virtuosité _ mais pas gratuite _ est également une marque de fabrique des partitions pour orchestre : la puissance horizontale de Harmonielehre ou la folie straussienne de City Noir, tryptique lyique et explosif, sorte de Vie de Héros des temps contemporains. On peut moins apprécier certaines partitions orchestrales _ ce n’est pas le cas de l’ami Karol Beffa, qui porte cette œuvre-ci aux nues _, comme El Dorado, Guide to Strange Places, ou Naive and Sentimental Music _ que j’apprécie beaucoup personnellement _ qui peuvent manquer de corps _ ah ! _, mais les textures orchestrales sont superbes _ ouf ! _ et taillées avec la plus haute compétence _ et donc… Tout comme il est loisible de trouver un côté démonstratif _ ah ! _ à Lollapalooza pour orchestre, ou au Concerto pour piano Century Rolls, mais comment ne pas admirer la puissance instrumentale _ wow… _ de la symphonie tirée de l’opéra Doctor Atomic. Le sens de la mélodie est aussi une grande qualité _ tiens donc _ de John Adams, équation si rare chez un musicien de notre temps _ de quelles écoles, donc ? _, on peut ainsi fredonner l’air simple de la Grand Pianola Music, l’air de baryton “Batter my heart” de l’opéra Doctor Atomic, ou la ligne chantante de Tromba Lontana, fanfare pour orchestre. On aime aussi l’humour et le second degré _ ouf !  _qui transparaissnt dans des plus petits formats à l’image du John’s Book of Alleged Dances pour quatuor à cordes ou Gnarly Buttons pour clarinette et petit orchestre.

L’Histoire _ certes _ est également au centre de la démarche artistique de John Adams. L’Histoire par les évènements comme les sujets d’opéras tirés de drames et d’actions de notre époque : la visite du président Richard Nixon à Mao Zedong dans Nixon in China, la prise d’otage des passagers du navire de croisière l’Achille Lauro pour l’opéra The Death Of Klinghoffer, le tremblement de terre de Los Angeles en 1994 pour le bref  I Was Looking at the Ceiling and Then I Saw the Sky ou la Nativité, histoire universelle pour El Nino, opéra oratorio multilingue, creuset de notre humanité.  Les drames de notre temps rattrapent même le compositeur par son On the Transmigration of  Souls, en hommage aux victimes des attentats du 11 septembre 2001, commande de plusieurs institutions de la ville de New York et créé par le New York Philharmonic sous la direction de Lorin Maazel en 2002. Cette partition pour grand orchestre, chœur mixte, chœur d’enfants et sons fixés sur une bande magnétique valut à John Adams le Prix Pulitzer et plusieurs Grammy Awards. Cette partition fut même une césure dans la notoriété de ce compositeur classé alors à l’avant-garde qui s’institutionnalisa  _ ah ! _ comme l’une des grandes figures de la musique des USA.

Mais cette passion de l’histoire est aussi liée à celle de la musique _ enfin !! _ dont Adams est un fin connaisseur _ eh oui ! _ : Beethoven est décuplé et dynamité dans l’incroyable Absolute Jest pour quatuor à cordes et orchestre, Liszt ou Busoni sont orchestrés, Charles Ives, avec  le délicieux pastiche My Father Knew Charles Ives pour orchestre, est au cœur de cet hommage amoureux à ce pionnier de la musique américaine.

Le génie créatif de John Adams s’appuie _ aussi _ sur une fidélité _ bien sympathique, en effet _ à des artistes ou des institutions : les chefs d’orchestre Edo de Waart, Kent Nagano, Esa Pekka Salonen _ oui _, la violoniste Leila Josefowicz, le San Francisco Symphony Orchestra, le BBC Symphony Orchestra, le Los Angeles Philharmonic, qui mettent toutes leurs compétences artistiques et techniques au service des partitions du compositeur.

Le label Nonesuch, pierre angulaire de ce coffret _ absolument ! une autre fidélité, et cruciale ! _, accompagne John Adams depuis 1985 et le premier album : Harmonielehre sous la direction d’Edo de Waart au pupitre du San Francisco Symphony Orchestra, mais le coffret emprunte également quelques bandes à d’autres labels _ en effet _ DGG, San Francisco Symphony Media et Berliner Philharmoniker.  Certes ce n’est pas une intégrale, car il manque l’avant-dernier opéra The Girls of the Golden West (son dernier opéra Antony & Cleopatra vient _ lui _ juste d’être créé à l’opéra de San Francisco), et le bref I Still Dance, sorte de mouvement perpétuel pour orchestre, mais ce coffret est finalement indispensable _ bien sûr ! _, fenêtre essentielle _ oui, tout simplement ! _ pour l’art de notre temps.

L’objet est en lui-même une pièce de collection _ aussi… ; il est en tirage limité… _, complété des 2 généreux livrets, l’un consacré aux informations artistiques, et l’autre à la mise en perspective de l’art de John Adams.   

Son : 10  Notice : 10  Répertoire : 10  Interprétation : 10

Pierre-Jean Tribot

Un parcours d’écoute musicale fascinant autant que parfaitement réjouissant, voire jubilatoire !!!

Quel trésor de musique ouverte et festive ainsi accessible !

Merci beaucoup !!!

Ce mardi 27 septembre 2022, Titus Curiosus – Francis Lippa

A propos de l’opéra « La passagère » de Weinberg : un double CD Capriccio et un DVD Naxos pour une même production réalisée à Graz…

25sept

Crescendo vient, cette année 2022, de consacrer deux articles successifs, et chacun sous la plume de Jean Lacroix, à l’opéra  « La Passagère » de Mieczyslaw Weinberg,

le premier, le 15 février, intitulé « La Passagère de Weinberg, un opéra dans l’ombre funeste d’Auschwitz« , pour un double CD C 5455 paru au label Capriccio,

et le second, le 22 septembre, intitulé « Die Passagierin de Weinberg à Graz : un bouleversant choc émotionnel sur DVD« , pour un DVD Naxos 2. 110713 réalisé pour la même production à Graz…

La Passagère de Weinberg, un opéra dans l’ombre funeste d’Auschwitz

LE 15 FÉVRIER 2022 par Jean Lacroix

Mieczyslaw Weinberg (1919-1996) : La Passagère, opéra en deux actes, huit scènes et un épilogue, op. 97. Dshamilja Kaiser (Lisa), Nadja Stefanoff (Marta), Will Hartmann (Walter), Markus Butter (Tadeusz) et une quinzaine d’autres chanteurs. Chœurs de l’Opéra de Graz ; Orchestre Philharmonique de Graz, direction Roland Kluttig. 2021. Notice en allemand et en anglais. Livret complet en allemand, avec traduction anglaise. 156.00. Un album de deux CD Capriccio C5455.

La jeune résistante polonaise Zofia Posmysz, née en 1923, n’a que dix-neuf ans lorsqu’elle est arrêtée par la Gestapo. Après un passage par la prison de Cracovie, elle aboutit à Auschwitz, y subit des expérimentations médicales, mais est sauvée par un médecin du camp. Elle participe aux marches de la mort et se retrouve au camp de Ravensbrück. Elle est libérée par les soldats américains en 1945, devient journaliste et écrivaine. En 1962 _ la date est bien sûr à remarquer _ , elle écrit un texte, La Passagère de la Cabine 45, qui est adapté à la radio puis au cinéma. Dimitri Chostakovitch recommande ce récit au musicologue Alexander Medvedev qui en fait part à Mieczyslaw Weinberg, seul rescapé, rappelons-le, d’une famille décimée dans les camps de concentration nazis. Weinberg termine en 1968 _ voilà _ son opéra qui porte le titre La Passagère.

Mais l’œuvre n’est pas appréciée par le régime soviétique qui y voit peut-être un danger d’une dénonciation des goulags, et elle n’est pas jouée. Ce n’est que dix ans après la disparition du compositeur, en 2006 _ toujours ces dates importantes _, qu’une version de concert en est donnée. Une première scénique a lieu en 2010 _ voilà _ au Festival de Bregenz avec les Chœurs de la Philharmonie de Prague et l’Orchestre Symphonique de Vienne menés par Teodor Currentzis, avec Michelle Breedt dans le rôle de Lisa et Elena Kelessidi dans celui de Marta. Le spectacle est filmé sur DVD pour le label Neos, repris par Arthaus en 2015. Il est joué la même année au Grand Théâtre de Varsovie _ voilà _, puis sera donné à Francfort, à Chicago, à Houston ou à Detroit. Un nouvel enregistrement sur CD, une réalisation de l’Opéra de Graz en février 2021, est maintenant disponible. Zofia Posmysz, qui a survécu à l’horreur, est aujourd’hui âgée de 98 ans.

L’action débute en 1960, sur un bateau en partance pour le Brésil sur lequel voyagent Lisa et son mari Walter qui est diplomate. Lisa croit reconnaître parmi les passagères une femme qu’elle croyait morte : Marta, qu’elle a connue au camp de concentration d’Auschwitz, où elle était gardienne, ce que son mari _ Walter, donc _ ignore. Pressée de questions, Lisa lui avoue son passé, ce qui crée une tension dans le couple. La suite va se dérouler entre réminiscences du camp et scènes sur le bateau _ voilà. Lisa culpabilise et devient angoissée, ne sachant comment Walter va réagir. Inquiet pour sa carrière _ de diplomate, donc _, ce dernier finira par la calmer en évoquant l’inéluctabilité du passé et la nécessité de l’oublier et de le laisser derrière soi. Parallèlement, l’histoire de la détenue Marta _ survivante d’Auschwitz _ se développe. A son arrivée à Auschwitz, Lisa_ la kapo _ l’a choisie pour confidente. Une liaison naît entre Marta et Tadeusz, un autre détenu. Lisa, dont l’attitude est ambigüe, autorise leur rencontre, mais Tadeusz en refuse une autre. Après une séquence de scènes de la vie quotidienne dans le camp, avec vexations puis sélection finale, marche des SS à l’appui, retour sur le bateau et au salon où dansent Lisa et Walter. La passagère inconnue est présente et réclame que l’on joue la valse favorite du commandant du camp de concentration. Lors de la scène suivante, Tadeusz est sollicité à Auschwitz par l’officier supérieur pour interpréter cette même valse. Il se borne à jouer la Chaconne de Bach, est condamné à mort et exécuté. Dans l’épilogue, Marta se souvient de Tadeusz et de ses codétenues. Elle promet de ne jamais les oublier. Un doute subsistera : est-elle vraiment l’ancienne prisonnière ?

Pour ce livret tragique, qui a dû évoquer en lui bien des douleurs liées au destin de ses proches, Weinberg a écrit une partition chargée d’un lyrisme sardonique _ voilà _, à la fois puissante et foisonnante, avec une orchestration abondante, riche en cuivres (six cors, quatre trompettes, trois trombones, un tuba), avec un saxophone, un célesta, une guitare, une batterie jazz et un accordéon. Mais cette abondance est contrôlée par une subtile expressivité, d’où émergent des moments de délicatesse et de mélancolie pleine d’émotion, mais aussi d’ironie. L’audition sur disque ne rend sans doute pas compte de l’impact que la version filmée de Currentzis donnait, avec une scène qui partageait l’action sur le bateau et la vie concentrationnaire. Mais elle reproduit bien la force d’un sujet qui se traduit par une énergie mélodique permanente _ voilà _, dans un discours postromantique et moderne à la fois, avec cette complémentarité populaire que Weinberg a toujours si bien exploitée _ oui ! Si le début de notre siècle rend enfin justice à ce compositeur de premier plan _ majeur ! _, il est certain que le volet opératique de son répertoire (sept oeuvres _ très méconnues _, parmi lesquelles Le Portrait d’après Gogol, L’Idiot d’après Dostoïevski, La Vierge et le Soldat, dont les livrets ont été rédigés aussi par Alexander Medvedev), est à approfondir _ certes…

Cette production de l’Opéra de Graz est des plus convaincantes. Dans le rôle de Lisa, la mezzo Dshamilja Kaiser, qui a passé plusieurs années comme membre permanente de cette maison autrichienne, investit avec vérité un personnage assailli par le retour du passé, la crainte de la réaction du mari et la culpabilité qui l’envahit. Le baryton Will Hartmann, qui s’est déjà produit à la Scala de Milan, à l’Opéra de Vienne ou à Covent Garden, campe un époux sidéré par la découverte du passé de son épouse, partagé entre cette nouvelle qui peut mettre en danger sa carrière et un réalisme qu’il juge nécessaire face au passé. Un certain cynisme conduit son action, bien rendue vocalement. La soprano Nadja Stefanoff, qui a été déjà Médée, Tosca et Norma, est émouvante en Marta, rescapée du camp, dont les souvenirs la poursuivent. Quant au baryton autrichien Markus Butter, auquel est attribué le rôle tragique de Tadeusz, il est poignant dans le courage qu’il déploie lors de son affrontement avec le commandant. Les autres protagonistes, nombreux, sont sans reproche. Menés avec conviction par Roland Kluttig, en poste à Graz depuis 2020, les chœurs et l’orchestre soulignent toute la capacité dramatique de cet opéra qui mérite une place de premier plan.

Si cette version s’impose sur le plan discographique pour sa dynamique émotionnelle, captée dans une prise de son bien définie, il est préférable, pensons-nous, de considérer que le DVD Arthaus dirigé par Currentzis, cité plus avant, devrait être la première étape pour découvrir une partition forte à laquelle les images apportent un surcroît de tragédie _ voilà ; mais l’opéra est aussi (ou d’abord) fait pour être aussi regardé…

Son : 9  Notice : 9  Répertoire : 10  Interprétation : 9

Jean Lacroix

Die Passagierin de Weinberg à Graz : un bouleversant choc émotionnel sur DVD

LE 22 SEPTEMBRE 2022 par Jean Lacroix

Mieczyslaw Weinberg (1919-1996) : Die Passagierin, opéra en deux actes, huit tableaux et un épilogue, op. 97. Dshamilja Kaiser (Lisa), Nadja Stefanoff (Marta), Will Hartmann (Walter), Markus Butter (Tadeusz), Tetiana Miyus (Katja), Mareike Jankowski (Hannah), Joanna Motulewicz (Bronka), et une douzaine d’autres chanteurs. Chœurs de l’Opéra de Graz ; Orchestre Philharmonique de Graz, direction Roland Kluttig. 2021. Notice et synopsis en anglais et en allemand. Sous-titres en allemand, en anglais, en japonais et en coréen, mais pas en français. 163.00. Un DVD Naxos 2. 110713. Aussi disponible en Blu Ray.

L’année dernière paraissait, en un album de deux CD (Capriccio C5455), l’opéra de Weinberg, Die Passagierin (La Passagère), capté à Graz les 11 et 12 février 2021. Voici maintenant la version en images de cette production, filmée aux mêmes dates _ voilà. Ce diptyque est complémentaire : le texte complet du livret, écrit en plusieurs langues (allemand, polonais, français, anglais, hébreu) n’est pas présent dans la structure DVD/Blu Ray ; il peut par contre être consulté dans l’album Capriccio, en traductions allemande et anglaise.

Nous avons consacré un long article, le 15 février dernier, à la version discographique ; nous renvoyons le lecteur à ce texte pour ce qui concerne les circonstances de la composition, son rejet par le régime soviétique et sa première scénique tardive en 2010, quarante-deux ans après sa conception. Nous avions alors conclu : « Si cette version s’impose sur le plan discographique pour sa dynamique émotionnelle, captée dans une prise de son bien définie, il est préférable, pensons-nous, de considérer que le DVD Arthaus dirigé par Currentzis devrait être la première étape pour découvrir une partition forte à laquelle les images apportent un surcroît de tragédie. » Mais voilà que la production filmée de Graz bouleverse les données ! _ ah ! Nous ne pensions pas si bien dire en précisant _ voilà _ que « les images apportent un surcroît de tragédie » : sans rien enlever aux qualités de la version de Teodor Currentzis, qui est la première dans l’ordre chronologique, avant la création russe en 2016, à Ekaterinenbourg (un DVD Dux dont nous n’avons pas eu connaissance _ je le possède _), celle de Graz ne laisse pas le spectateur intact sur le plan émotionnel _ voilà. Le niveau en est remarquable, à tous points de vue, avec une montée en puissance progressive dans l’acte II.

C’est en regardant la version, très bien filmée, de cette production styrienne, mise en scène par l’Allemande Nadja Loschky qui a déjà fait ses preuves dans Mozart, Puccini, Dukas ou Britten, que l’on prend vraiment conscience _ je le note _ de l’agitation intérieure de Lisa, en voyage avec Walter, son mari diplomate, sur un bateau en partance pour le Brésil en 1960. Lisa a été gardienne à Auschwitz, ce que son mari ignore. Elle croit reconnaître, parmi les passagères, Marta, qui y fut prisonnière et envers laquelle elle avait eu une attitude ambigüe, la prenant pour confidente et favorisant ses amours pour un autre détenu, Tadeusz, tout en affichant une cruauté sadique ; Lisa croyait Marta morte à Auschwitz _ voilà. Le passé resurgit _ donc ici _, avec tout son poids accusateur. L’action va se dérouler entre réminiscences du camp de concentration et scènes sur le bateau _ voilà _, dans une atmosphère de plus en plus oppressante. Pendant tout le spectacle, il y a _ ici, en cette mise en scène-ci de Nadja Loschky _ la présence récurrente et muette d’une vieille femme qui ira jusqu’à revêtir l’uniforme des gardiennes du camp de la mort. Elle se charge _ là, sur le bateau voguant vers le Brésil _ de déplacements d’objets et de mises en place et assiste, ignorée de tous, au déroulement des faits. Etrange figure fantasmatique _ voilà _, aux mimiques remarquables, dont la signification n’est ni évidente ni expliquée. S’agit-il de Lisa au terme de son existence ? La question est ouverte. L’identité de la comédienne (Isabella Albrecht ?) n’est pas claire pour nous au sein de la copieuse distribution _ tiens, tiens : le livret du DVD mentionne pourtant bien explicitement : « Lisa as an old woman : Isabella Albrecht« … 

La production de Graz possède quatre atouts majeurs. La mise en scène, réaliste et sobre à la fois, plante un décor glauque _ voilà. A l’acte I, qui raconte le contexte _ du voyage sur le bateau voguant vers le Brésil _ et entraîne l’aveu du passé de Lisa à Walter, on éprouve l’impression d’être à fond de cale plutôt que dans un restaurant, avec des lumières bleu-vert sombres. Le vaste espace, souvent nu et dépouillé, parfois garni de chaises ou de tables, est constitué de casiers vides et d’armoires fermées, où chaussures et vêtements des condamnées seront consignés, de longs couloirs apparaissant ou disparaissant au fil du récit. Tout cela donne une sensation étouffante d’enfermement _ voilà. Le deuxième atout, c’est la crudité instrumentale _ oui _ instillée par la direction de Roland Kluttig au sein d’une abondante orchestration, puissante et percussive _ voilà. Le chef saisit à bras-le-corps la musique de Weinberg, aussi évocatrice dans le drame que dans la satire. Celle-ci est portée à son comble lors de la séquence de SS ridicules, assis sur des latrines à la scène 2, ou dans la pantomime qui précède la scène 4.

Cette direction véhémente offre au jeu scénique, troisième atout _ voilà _, une force expressive accentuée par l’investissement des chanteurs, qui se révèlent de parfaits comédiens _ et c’est évidemment capital. Les qualités vocales des uns et des autres, qu’il s’agisse de l’homogénéité des chœurs ou des prestations individuelles _ oui _, forment le quatrième atout. Les voix sont belles et bien distribuées _ c’est forcément important. La mezzo Dshamilja Kaiser est une Lisa affolée _ voilà _ par le retour de son passé : elle souligne parfaitement son ambivalence de gardienne, nourrie d’une froide cruauté, puis sans remords. Le baryton Will Hartmann est l’époux idéal de Lisa, sidéré _ oui _  par ce qu’il apprend et affolé _ oui _ par la crainte de voir sa carrière gâchée par son mariage avec une ancienne SS, mais cyniquement désireux d’oublier les faits _ voilà. Le couple Marta/Tadeusz, qui va vivre une histoire d’amour à Auschwitz avec l’aide consentante, mais non dépourvue de duplicité, de Lisa, est incarné par la soprano Nadja Stefanoff, extraordinaire de présence _ et c’est nécessaire _, et le baryton Markus Butter. Tous deux sont exemplaires de dignité humaine _ voilà ; cf là-dessus les indispensables récits (« Être sans destin« , « Le Chercheur de traces« …) d‘Imre Kertész _ dans cet univers de folie, mis à nu par les rôles des autres prisonnières dont la destinée n’a pour issue que la mort. Le reste de la distribution est impeccable. Parmi la quinzaine de rôles, qui ne méritent que des éloges, on saluera les prestations de la soprano Tetian Miyus et des mezzos Joanna Motulewicz et Mareike Jankowski. Chaque prisonnière va faire entrer le spectateur dans sa vie personnelle _ en la singularité de son expression, même si brève ici,  de personne _, par le biais d’un air mélancolique, d’un souvenir de jours heureux ou d’une invocation religieuse ; c’est poignant et interpellant _ voilà _, car la conscience de la disparition _ quasi _ inévitable _ avec si peu de chances de réchapper ; surtout pour elles qui n’y ont pas réchappé… _ est palpable à travers le chant, qui peut se concrétiser en un cri de désespoir ou de résignation.

La montée en puissance tragique ne cesse de grandir _ voilà, le temps que le met le souvenir tragique à traverser la chappe de plomb de l’oubli de toutes les années qui précèdent l’événement de ce resouvenir putride… _ _ pour trouver son apogée dans l’acte II, à partir de la scène 6, dans le baraquement des femmes _ d’Auschwitz _ où, après humiliations, la sélection impitoyable a lieu. Ironie morbide : les numéros de celles qui vont être exécutées sont annoncés et chaque plaque chiffrée est apportée par un serveur du restaurant du bateau. Le moment est _ proprement _ insoutenable : après les exécutions, les corps sont relégués dans de longs tiroirs d’armoires _ du bateau _, symboles des fours crématoires. Marta ne fait pas partie de l’élimination, un sort différent lui est réservé. Avant de le découvrir, la scène 7 se déroule sur le bateau : Lisa et Walter, décidés à tourner la page, sont dans le salon où des couples dansent. Marta demande à ce que l’on joue la valse préférée du commandant d’Auschwitz. Il n’y a plus d’hésitation à avoir : c’est bien la rescapée ! Lisa veut l’affronter, mais elle se dérobe.

La scène 8 est vraiment cruelle : retour à Auschwitz. Tadeusz, presque nu, est placé devant des cadavres alignés dans des casiers et sommé de jouer la fameuse valse au violon, mais il s’y refuse et se lance par défi dans la Chaconne de Bach. Sa mort sous les coups, même si elle est montrée de façon virtuelle, glace le sang. On distingue alors furtivement la présence de Marta, forcée d’y assister. Dans l’épilogue, Marta, qui a survécu, est seule en scène ; elle évoque le souvenir de Tadeusz et de ses amies disparues, et promet _ voilà _ de ne jamais les oublier _ pour annuler cette seconde mort perpétuelle que serait leur définitif oubli, sans noms… Ce désespoir, que l’on vit avec elle, on en mesure la dignité : elle n’a révélé à personne qui était réellement Lisa, préférant le silence et l’éloignement à l’accusation et à la vengeance _ voilà. 

Cette production de Graz est une expérience musicale et vocale très forte _ oui _, qui rend justice au génie _ voilà ! _ de Weinberg dont la famille a disparu, elle aussi, dans les camps de la mort. Mais c’est avant tout une aventure humaine qui laisse au fond du cœur et de l’âme du spectateur un goût amer de souffrance partagée _ via l’œuvre musicale, où s’adjoignent ici la force propre des images de la scène, ici captées au DVD. On pense alors avec une infinie émotion à celle qui a vraiment vécu cette épouvantable épreuve, la résistante polonaise Zofia Posmysz, qui n’avait que 19 ans lorsqu’elle fut internée à Auschwitz, puis participa aux marches de la mort. C’est à partir de son histoire, qu’elle a racontée dans un récit _ en 1962 _, que cet opéra _ achevé de composer en 1968 _ a vu le jour. La destinée a voulu qu’elle disparaisse le 8 août dernier, à l’âge de 98 ans, entre la parution de l’album Capriccio et la sortie du DVD _ voilà. Lorsque Marta prononce l’épilogue, une image récente de Zofia Posmysz _ qui vivait encore ces 11 et 12 février 2021, quand furent prises ces images, sur la scène de Graz _ apparaît sur un rideau de fond de scène. Ce témoignage filmé devient dès lors un hommage vibrant à sa mémoire.



Note globale : 10

Jean Lacroix

Mieczyslaw Weinberg est une compositeur essentiel, auquel j’ai consacré de multiples articles enthousiastes de ce blog…

Et transmettre l’excellence

est bien sûr, et à tous niveaux, un devoir culturel primordial et capital : fondamental…

Ce dimanche 25 septembre 2022, Titus Curiosus – Francis Lippa

Parmi l’offre discographique ravélienne (plus ou moins) récente, deux CDs de réunions d’oeuvres bien spécifiques : orchestrales, par John Wilson ; et pour violon et piano, par Elsa Grether et David Lively… Ou l’éloge du medium disque…

01sept

Ce soir du jeudi 1er septembre 2022, 

faisant une petite revue d’intéressantes _ ou enthousiasmantes ! _ productions discographiques ravéliennes des huit premiers mois de 2022,

je remarque d’une part le CD « Ravel Ma mère l’Oye Boléro (Premières recordings of original ballets) » du Sinfonia of London sous la direction de John Wilson _ le CD Chandos CHSA 5280  _

et d’autre part le CD « Ravel Complete Works for violin and piano » d’Elsa Grether, violon, et David Lively, piano et direction _ le CD Aparté AP295.


Pour le premier, c’est, en effet, un article de Bertrand Balmitgere, « Les Œuvres orchestrales de Ravel chez Chandos : le choc John Wilson« , paru sur le site Crescendo le 20 février 2022,

et pour le second, un article de Jean-Charles Hoffelé, « Paradis Ravel« , paru sur le site Discophilia, ce jour même, 1er septembre 2022,

qui ont sollicité et retenu ici mon attention _ mais j’aime tant Ravel…

Les œuvres orchestrales de Ravel chez Chandos : le choc John Wilson

LE 20 FÉVRIER 2022 par Bertrand Balmitgere

Maurice Ravel(1875-1937) :

La Valse, Ma Mère l’Oye (version ballet), Alborada del Gracioso, Pavane pour une infante défunte, Valses nobles et sentimentales, Bolero (version ballet 1928).

Sinfonia of London, John Wilson. 2021.

Livret en français, anglais et allemand.

83’45.

Chandos. CHSA 5280

 

La musique peut tout entreprendre, tout oser et tout peindre pourvu qu’elle charme et reste enfin, et toujours, de la musique. Comment ne pas penser à ces mots essentiels de Maurice Ravel _ restant à interroger ce que Ravel dit bien avec son expression de « rester enfin, et toujours, de la musique«  ; et ne pas devenir autre chose de parasite… _ alors que nous allons évoquer le dernier enregistrement consacré à une partie _ seulement _ de ses œuvres orchestrales par l’excellent chef britannique John Wilson à la tête du Sinfonia of London. Ce disque est une véritable tempête musicale et bouleverse _ voilà _ notre regard sur un pan essentiel _ oui ! _ du répertoire occidental du XXe siècle.

A qui doit-on ce bonheur ? A La fidèle restitution des intentions du compositeur par la Ravel Edition, à un orchestre en fusion ou au regard neuf que nous apporte Wilson ? En tout cas la rencontre de ces trois ambitions fait des merveilles pour ne pas dire des étincelles… Pour compléter notre propos nous vous renvoyons à l’interview très éclairante donnée _ à Pierre-Jean Tribot, pour Crescendo _ par le chef il y a quelques semaines _ le 22 janvier 2022 _ au sujet de cet opus _ discographique du label Chandos.

Armé d’une légitimité musicologique grâce au travail des équipes de François Dru _ je le connais et l’apprécie (et l’ai rencontré, au moment de ses très remarquables travaux pour Jean-Paul Combet et Alpha, il y a déjà pas mal d’années : il nous a même interviewés une heure durant pour France-Musique lors de célébrations musicales à Versailles, pour le dixième anniversaire du CMBV, en 1997)… _, Wilson peut laisser aller toute sa virtuosité et son allant qui n’ont de pair que celles de sa formation. Quel tandem !

Commençons notre tour d’horizon de ce qui est sûrement le disque de l’année 2022 _ rien moins ! C’est dire le niveau de l’enthousiasme de Bertrand Balmitgere … _avec Bolero (dans la version originale et inédite ballet 1928) qui est hors norme et justifie à lui seul _ voilà ! _ l’achat de cet album _ et c’est fait désormais. On en prend plein les oreilles pendant près de quinze minutes, une véritable invitation à la danse qui ne laissera personne stoïque. On en redemande !

Le plus dur est fait !? C’est que ce l’on peut se dire après une telle réussite, mais Wilson et ses Londoniens ne s’arrêtent pas là ! La Valse est renversante (c’est le principe vous me direz mais c’est tellement rare…) ! Un tourbillon de sonorités et d’émotions entremêlées, bien servi par des cordes tout simplement hallucinantes. Nous avons rarement entendu cela ces dernières années. Il faut également encenser la prise de son _ de Ralph Couzens _ qui est superlative et participe à la totale réussite de ce projet.

Le ballet intégral Ma Mère l’Oye (dans sa version originale inédite telle que restituée par la Ravel Edition _ et c’est bien sûr à relever aussi… _), les Valses nobles et sentimentales et Alborada del gracioso ne sont pas en reste, mais c’est Pavane pour une infante défunte qui achève de nous convaincre. Le rythme lent, élégiaque, sensuel nous étreint littéralement pendant six minutes. Les hautbois chantent, la douceur des harpes, la retenue des cordes, la grâce flûtes tout est là. C’est parfois si beau la tristesse et la mélancolie _ tout particulièrement chez Ravel…

Son : 10 – Livret : 10 – Répertoire : 10 – Interprétation : 10

Bertrand Balmitgère

PARADIS RAVEL

Une Sonate avec un Blues, une autre Sonate qui regarde Debussy dans les yeux, un hommage à Fauré, un éblouissant numéro de virtuosité qui n’en est pas un (Tzigane), voilà tout ce que Ravel aura destiné au violon _ voilà _, capturant dans son écriture absolument originale les possibilités de l’instrument dont il magnifie les ondoiements et les griffes de chat.

Cette poésie fugace, cette opulence des couleurs, Elsa Grether les saisit du bout de l’archet, féline _ elle-même, donc, en son jeu _, subtile, d’une élégance sans failles, ravélienne absolument _ voilà _, et chantant comme les grands archets français, de Zino Francescatti à Jeanne Gautier, de Jacques Thibaud à Michèle Auclair, y auront chanté.

Le piano de David Lively n’est pas du genre à accompagner, d’ailleurs Ravel ne le lui permet pas : à lui l’imaginaire des timbres, soit gamelan, soit cymbalum, toujours impertinent, et poète aussi, et surtout un piano qui n’est pas qu’en noir et blanc : des couleurs, des respirations, des accents, du grand soleil et des sfumatos. Magnifique !, je rêve qu’il nous grave tout le piano solo, et les Concertos tant qu’à faire, car il a la sonorité naturellement ravélienne.

Tzigane fabuleux car jamais déboutonné, Première Sonate d’une eau de rêve, Sonate majeure pleine de fantasque, petites pièces parfaites (et de l’émotion dans les Mélodies hébraïques, même étranglées de pudeur), deux ajouts inédits, le songe du Concerto en sol pudiquement (et minimalement) arrangé par Samazeuilh _ je me souviens de lui aux derniers jours de sa vie (Bordeaux, 2 juin 1877 – Paris, 4 août 1967) : Gustave Samazeuilh, grand Monsieur très digne et extrêmement cultivé, était en effet un fidèle des conférences de la Société de Philosophie de Bordeaux, auxquelles il venait assister à l’Amphi Alline de la Faculté des Lettres, Cours Pasteur à Bordeaux, quand j’y étais étudiant… _, le Foxtrot de L’Enfant transformé café-concert par Asselin, quelle belle fête au cœur de l’été _ quel enthousiasme en cet article aussi…

LE DISQUE DU JOUR

Maurice Ravel (1875-1937)
L’Œuvre complète pour violon et piano

Concerto pour piano et orchestra en sol majeur, M. 83 (extrait : II. Adagio assai – arr. pour violon et piano : Samazeuilh)


Sonate pour violon et piano No. 2, M. 77

Pièce en forme de Habanera, M. 51 (arr. pour violon et piano : Théodore Doney)

Sonate pour violon et piano No. 1, Op. posth., M. 12

Berceuse sur le nom de Gabriel Fauré, M. 74

Five o’Clock Foxtrot (d’après “L’Enfant et les sortilèges, M. 71”)
(arr. pour violon et piano : André Asselin)


Kaddisch (arr. pour violon et piano : André Asselin)


L’Énigme éternelle (arr. pour violon et piano : Lucien Garban)


Tzigane, M. 76 (Rapsodie de concert)

Elsa Grether, violon
David Lively, direction

Un album du label Aparté AP295

Photo à la une : la violoniste Elsa Grether et le pianiste David Lively – Photo : © DRà 

Réussir à saisir et donner, au concert comme au disque, l’extrême subtilité, si discrète, de la singulière magie enveloppante de l’infini profond mystère ravélien, au-delà de son extrême précision artisanale et étonnamment lumineuse clarté,

n’est certes pas donné à tous les interprètes…

Il nous faut donc rendre infiniment grâce à ceux-ci,

et remercier aussi le disque de nous permettre d’approfondir la découverte et l’enchantement de ces musiques ainsi interprétées à chaque ré-écoute et re-découverte, oui ! _ pour peu que nous y soyions nous-mêmes assez réceptifs : cela varie aussi… _, à loisir, de ces œuvres, telles qu’eux-mêmes, les interprètes, les ont rencontrées, ressenties, et ainsi données à en partager l’écoute, lors des prises des séances d’enregistrement en studio, ou du live du concert,

grâce à la permanence un peu durable _ et renouvelable, améliorable surtout, en s’affinant… _, pour nous, mélomanes, de l’objet disque, ainsi écouté et ré-écouté…

La gratitude est grande…

L’enchantement _ miraculeux, ces rares fois-là, il faut le reconnaître, des prises de tels enregistrements (et j’en ai eu l’expérience personnelle : réussir les prises est toujours infiniment délicat et assez difficile)… _ étant à même ensuite, là, à notre écoute et ré-écoute du disque, de se renouveler et, mieux encore, enrichir, affiner, venir nous surprendre et ré-enchanter _ l’expérience-épreuve de la ré-écoute étant à la fois nécessaire, et l’indice-preuve (résistante) confirmant, ou venant infirmer, cela arrive, la qualité supérieure de l’interprétation de la musique…

Merci à de tels disques !

Ce sont eux que nous attendons et désirons avec ardeur…

Ce jeudi 1er septembre 2022, Titus Curiosus – Francis Lippa

Interpréter les Lieder de Schubert : Alice Coote, mezzo-soprano, avec le piano de Julius Drake, un admirable lumineux CD !

15août

Bien sûr ne manquent pas, au disque, de sublimes interprétations des sublimes Lieder de Schubert…

Alors comment situer en cette très belle discographie le récent « Schubert 21 Songs« , soit le CD Hyperion CDA 68169, de l’excellente mezzo-soprano Alice Coote, avec le piano hyper-attentif de l’excellent Julius Drake ?..

Eh bien, au plus haut !!! 

Quel sublime art de dire et de chanter

avec une telle fluidité, tendresse, lumineuse clarté, et parfaite justesse.

Pour ne rien dire du parfait accompagnement, avec une si délicate écoute en dialogue, de Julius Drake au piano…

Sur ce magnifique CD d’Alice Coote et Julius Drake,

je partage donc pleinement l’appréciation de Patrice Lieberman en son article « Alice Coote et Julius Drake touchent juste dans Schubert« ,

paru sur le site Crescendo le 8 août dernier…

Alice Coote et Julius Drake touchent juste dans Schubert

LE 8 AOÛT 2022 par Patrice Lieberman

Franz Schubert(1797-1828) : An den Mond, D.259; Wandrers Nachtlied I(Der du von dem Himmel bist), D.224; Im Frühling, D.882,Der Zwerg, D. 771;Ständchen, D. 957; Seligkeit, D.443; Abendstern, D.806; Der Tod und das Mädchen, D.531; Litanei über das Fest Aller Seelen, D.343; Rastlose Liebe, D.138; Ganymzed, D.544; An Silvia, D.891; Der Musensohn, D.764; Lachen und Weinen, D.777; Erlkönig, D.328; Nacht und Träume, D.827; Auf dem Wasser zu singen, D.774; Im Abendrot, D.799; Frühlingsglaube, D.686; Wanderers Nachtlied II (Über allen Gipfeln), D.768; An den Mond, D.2396. Alice Coote (mezzo-soprano); Julius Drake (piano). 2022. 71’36.Textes de présentation en anglais, textes chantés en allemand et anglais. Hyperion  CDA68169

C’est un très beau _ oui ! _ et généreux florilège du lied schubertien que nous offrent ici l’excellente mezzo Alice Coote et son non moins excellent compatriote et partenaire (on n’ose utiliser ici le terme d’accompagnateur), le subtil Julius Drake _ excellents, et même parfaits, tous deux, en ensemble, dans leur admirable perception de l’idiosyncrasie schubertienne : à saluer bien bas !

La mélodie schubertienne n’a cessé d’attirer les plus grands chanteurs depuis l’aube de l’enregistrement sonore _ en effet _, et il est _ très _ bon – même si certains garderont pour toujours une indéfectible allégeance à certains interprètes d’un passé plus ou moins récent – de voir comment une des meilleures vocalistes de la génération moyenne aborde ce type de répertoire aujourd’hui _ mais oui !

Autant l’annoncer tout de suite, cette parution est une très belle réussite _ oui ! D’abord, par sa programmation intelligente qui mélange avec intérêt certains des Lieder les plus connus de l’auteur (Le Roi des Aulnes, La Jeune fille et la Mort, la célébrissime Sérénade) avec d’autres connus  ou moins connus, comme la Litanei über das Fest Aller Seelen (Litanie sur la Fête de Toussaint).

La mezzo britannique qui met son beau timbre soyeux _ oui _ au service de ce genre si piégeux qu’est le lied trouve avec un naturel confondant _ mais oui ! _ un heureux moyen terme _ oui, un très juste équilibre, en effet… _ entre la priorité accordée au beau chant ou celle à conférer à la déclamation dramatique plutôt qu’à la ligne mélodique. Sur le plan purement vocal, Alice Coote fait valoir un magnifique mezzo aux couleurs claires _ lumineusement et délicatement claires ! _ et aux registres homogènes _ voilà _ ainsi qu’une maîtrise technique irréprochable _ en  effet. Articulant toujours avec soin _ oui : comme c’est absolument nécessaire _, elle fait entendre parfaitement _ oui ! _ chaque mot des poèmes, impeccablement enchâssés dans une ligne mélodique menée, grâce à une respiration  parfaitement _ oui ! _ maîtrisée, avec une grande sûreté et sans la moindre distorsion _ toutes ces appréciations sont de la plus grande justesse… Qui plus est, elle se montre fine et sensible interprète d’une musique dont elle saisit le caractère d’intimité _ oui _ et de confidence _ oui _ à la perfection _ voilà. Si son approche générale est de ne pas faire de ces morceaux des mini-drames, elle se hasarde cependant à jouer les quatre protagonistes du Roi des Aulnes – le narrateur, l’enfant, le père et le Roi – en variant habilement son timbre pour chacun d’entre eux, mais sans _ jamais _ tomber dans la caricature.

De même, Alice Coote évite tout sentimentalisme _ oui _ dans la Sérénade rendue avec beaucoup d’élégance mais sans le moindre sentimentalisme, et elle est également sensible à l’agitation de Rastlose Liebe ou à l’entrain de Der Musensohn.

Dans Auf dem Wasser zu singen, elle rend très bien – parfaitement aidée par Julius Drake, partenaire aussi _ merveilleusement _ attentif qu’imaginatif –  le balancement du bateau comme le flux et le reflux de l’eau. La chanteuse se montre particulièrement prenante dans l’hymne panthéiste qu’est le splendide et profond Im Abendrot, sur un poème du peu connu Karl Lappe.

On l’aura compris: ce disque – dont on se demande d’ailleurs pourquoi Hyperion a attendu près de cinq ans pour le sortir – mérite _ absolument ! _ sa place dans la discothèque de tout amateur du genre.

Son 10 – Livret 9 – Répertoire 10 – Interprétation 9

Un admirable lumineux CD, donc,

et tout à fait indispensable !

Ainsi qu’à conseiller à qui désire découvrir en toute sa palette et intime évidence le sublime génie du lied de Schubert !

D’Alice Coote,

je possède le très beau _ et lumineux et tendre, lui aussi _ CD Hyperion CDA67962 « L’Heure exquise _ A French Songbook« , avec le piano de Graham Johnson, enregistré en octobre 2012

Ce lundi 15 août 2022, Titus Curiosus – Francis Lippa

Un intéressant entretien de Crescendo avec Matouš Vlčinský, producteur pour Supraphon, à propos d’un riche coffret « Karel Ančerl »…

01août

Le 2 février dernier,

sur le riche site de Crescendo,

Pierre-Jean Tribot a publié un très intéressant entretien intitulé « Karel Ančerl en perspective » avec le producteur, pour le label tchèque Supraphon, Matouš Vlčinský,

à propos d’un coffret de 15 CDs Supraphon consacrés au très brillant chef tchèque Karel Ančerl (Tucapy, 11 avril 1908 – Toronto, 3 juillet 1973) :

Karel Ančerl en perspective

LE 2 FÉVRIER 2022 par Pierre Jean Tribot

Le label Supraphon édite un coffret essentiel _ voilà ! _ qui propose des enregistrements du grand chef d’orchestre Karel Ančerl. Crescendo Magazine rencontre Matouš Vlčinský, producteur pour le label tchèque et cheville ouvrière de ce coffret. Une _ excellente _ occasion de revenir sur la place de cet immense musicien _ mais oui ! _ dans la postérité.

Que représente pour vous Karel Ančerl dans l’histoire de la musique tchèque et dans l’histoire de l’école de direction tchèque ?

Karel Ančerl est surtout connu aujourd’hui comme le chef d’orchestre qui a enchaîné sur le travail de Václav Talich à la Philharmonie tchèque ; par ailleurs il avait  été l’élève entre autres de Talich. Ančerl a été nommé chef de la Philharmonie tchèque en 1950 et est resté à ce poste 18 ans. Il a réussi à lui faire rejoindre les meilleurs orchestres du monde et à lui ouvrir la porte des plus grandes salles de concert mondiales. Mais il a aussi élargi considérablement le répertoire de la Philharmonie ; le centre de gravité du répertoire de Talich, c’était Dvořák, Smetana, Suk et Janáček, avec des incursions occasionnelles dans le classicisme tchèque et européen. Ančerl s’orientait de façon naturelle vers le XXe siècle, souvent vers l’œuvre de compositeurs vivants, tchèques et du monde entier. Il a fait entrer au répertoire _ rien moins que _ Schönberg, Ravel, Bartók, Stravinsky, Prokofiev, Honegger, Hindemith, Britten, etc. Et pour ce qui est des compositeurs tchèques, outre la génération plus âgée (Suk, Novák), il mettait souvent et volontiers au programme les œuvres de Bohuslav Martinů, Miloslav Kabeláč, Jaroslav Ježek et d’autres contemporains.

Mais il faut mentionner déjà les années d’avant-guerre : dans les années 1930, Ančerl s’est établi dans le contexte européen comme un spécialiste de musique contemporaine. À Munich, il assistait Hermann Scherchen pour préparer la production de l’opéra en quarts de ton de La Mère de Hába. Des invitations à des festivals de musique contemporaine n’ont pas tardé à suivre : à Vienne, à Paris, Amsterdam, Strasbourg et Barcelone. Si j’essaie de résumer : Karel Ančerl a ouvert la Philharmonie tchèque à la production musicale mondiale et il a contribué à faire découvrir la musique tchèque aux meilleurs orchestres mondiaux. Avec l’ère Talich, celle d’Ančerl dans l’histoire de la Philharmonie tchèque est sans conteste la période où l’orchestre connaît l’évolution qualitative la plus franche.

Comment avez-vous sélectionné les enregistrements radio réédités ? Je suppose que ce n’est qu’une partie du legs préservé par les archives de la Radio ?

Nous avons opéré un choix d’après trois paramètres : le répertoire, la qualité interprétative et l’état technique de l’enregistrement. Je ne voulais pas faire doublon avec le répertoire qui est déjà publié avec une haute qualité technique dans la collection Ančerl Gold Edition (note : collection éditoriale qui est parue chez Supraphon entre 2002 et 2008 et rassemble 48 CDs d’enregistrements de Karel Ančerl). Mais la collection qui paraît maintenant saisit peut-être encore mieux le répertoire avec lequel la Philharmonie d’Ančerl se présentait à ses concerts d’abonnement. Ančerl donnait beaucoup d’œuvres de ses contemporains, et certaines d’entre elles ne résistent plus au regard actuel. Nous avons été contraints de renoncer à d’autres enregistrements à cause de leur très mauvaise qualité technique. Elle est parfois due à un matériel de mauvaise qualité ou à de la « maladresse » lors de la captation elle-même, d’autres bandes magnétiques ont souffert au fil des décennies d’avoir été copiées à plusieurs reprises.

En quoi Karel Ančerl est-il différent en concert et en studio ?

Je commencerais par ce qui reste le même : l’énergie, la passion et l’engagement _ voilà qui est rn effet très important. Les différences sont prévisibles : les enregistrements de studio sont fignolés dans le détail, tandis qu’en concert parfois la mise en place ou la justesse échappent un peu. Il faut se rappeler qu’à l’époque les enregistrements live étaient réellement une captation d’un seul concert sans possibilité de retouches après coup. La technologie d’aujourd’hui permettrait certaines corrections, mais nous avons décidé sur ce plan de ne pas toucher aux enregistrements et de leur laisser leur pleine valeur documentaire. Malgré cette imperfection, je dois dire que certains de ces enregistrements ont une atmosphère extrêmement vivante _ voilà _ impossible à créer en enregistrant en studio. On espère que l’auditeur y trouvera la récompense d’une certaine imperfection technique.

Si on regarde la liste des œuvres présentées dans ce coffret, il y a beaucoup de musique contemporaine, du moins contemporaine du chef. Est-ce un reflet de son activité de concerts ou bien un choix de votre part pour mettre en exergue des œuvres qu’il n’a pas enregistrées en studio ?

Ančerl était considéré dès les années 1930 comme un spécialiste de musique contemporaine. Il se moquait même un peu des auditeurs « traditionnels » pour qui la musique finissait au plus tard avec la Première Guerre mondiale, et qui se froissaient avec toute nouveauté. Il aimait la musique dans toute son amplitude, et beaucoup d’œuvres de ses contemporains ont bénéficié d’une exécution, parfois même à l’étranger, grâce à son engagement personnel. En ce sens il était très progressiste, et les jeunes compositeurs tchèques d’aujourd’hui regrettent peut-être de ne pas avoir « leur Ančerl ». C’est ainsi que, grâce à lui, quantité d’œuvres contemporaines n’ont pas fini réduites à n’être que des partitions poussiéreuses dans des archives, mais qu’on les connaît par des enregistrements _ c’est en effet important. Cette musique lui était certainement proche aussi grâce à ses études de musique en quarts et sixièmes de ton avec Alois Hába, et -on le sait peu- parce qu’il avait étudié la percussion, ce qui lui a donné un sens frappant du rythme _ une remarque décisive ; je suis personnellement très sensible au rythme.

Les enregistrements de ce coffret ont été réalisés entre 1949 et 1968. Le style du chef a-t-il évolué entre ces deux dates ?

Le style, je ne sais pas, mais je dirais que sa compréhension s’est approfondie, en particulier dans le domaine du répertoire romantique. Mais ce qui, à coup sûr, s’est développé, c’est la compréhension avec l’orchestre. Au début, la Philharmonie tchèque était vis-à-vis d’Ančerl en opposition ; les musiciens, après l’émigration de leur chef Rafael Kubelík, avaient choisi pour son successeur Karel Šejna, et voilà qu’Ančerl est apparu avec le décret de sa nomination par le ministère de la Culture. Ils le percevaient comme un intrus, et il a fallu des années pour qu’ils surmontent leur vexation et commencent à percevoir les qualités _ vraiment _ exceptionnelles d’Ančerl. Je pense qu’on peut sentir dans les enregistrements ce processus d’« adoucissement » et de rapprochement progressifs. Le paradoxe est que la nomination d’Ančerl n’était due alors ni à son adhésion au parti communiste ni à une faveur particulière du ministre de la Culture, mais à une initiative du violoniste David Oïstrakh, appuyée sur son expérience artistique forte avec le chef _ encore une remarque très intéressante.

Avec le passage du temps, les noms de grands artistes du passé tombent parfois dans le brouillard de l’oubli. Le nom de Karel Ančerl est-il toujours vivant parmi la jeune génération d’artistes en République tchèque ?

Je crois que oui. Je connais plusieurs jeunes artistes excellents qui continuent de revenir aux enregistrements d’Ančerl et y trouvent une forte source d’inspiration. Personnellement, je considère l’époque Ančerl _ 1950 – 1968 _ comme la période la plus marquante de la Philharmonie tchèque _ rien moins ! _ tout au moins jusqu’à la « seconde venue » de Jiří Bělohlávek. Tant que de jeunes artistes y chercheront une inspiration musicale et passeront au-dessus des limites techniques de l’époque, Ančerl restera toujours d’actualité.

Quelle est la politique éditoriale de Supraphon vis-à-vis des enregistrements historiques et d’archives ? Avez-vous des projets futurs dans ce domaine ?

Je resterai à un niveau général : nous souhaitons poursuivre notre découverte d’enregistrements historiques non encore édités et la réédition d’enregistrements déjà parus qui ont une qualité interprétative exceptionnelle. Pour les projets de l’ampleur de ce coffret Ančerl, ça dépend souvent de l’obtention d’un subside, mais je crois que nous avons encore des choses à découvrir.

Nous remercions vivement Marianne Frippiat pour la traduction de ce texte.

Le détail du coffret sur le site de Supraphon : www.supraphon.com/articles/383-karel-ancerl

Propos recueillis par Pierre-Jean Tribot

Crédits photographiques : Supraphon Archives

À suivre !

Tout à fait personnellement, j’apprécie beaucoup la culture et la musique tchèques ;

de même que j’adore Prague.

Et je profite de cette occasion « tchèque » – ci pour adresser un très vivant salut à mon ami Vaclav Jamek !

Ce lundi 1er août 2022, Titus Curiosus – Francis Lippa

 

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