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L’alchimie rendue évidente, solaire, de la sublime pureté ravélienne en le velours subtil de ses secrets, ou une révélation : une batterie d’éloges sur l’éclat jubilatoire du CD Roth-Tiberghien-Degout comportant la merveille des 2 Concertos pour piano et orchestre de Maurice Ravel…

30juil

Ce samedi 30 juillet 2022,

je consacre une troisième fois un article de mon « En cherchant bien » à l’admirable réalisation, pour Harmonia Mundi,  du CD « Maurice Ravel Concertos pour piano Mélodies« , le CD HMM 902612 des Siècles, avec Cédric Tiberhien et Stéphane Degout, sous la baguette de François-Xavier Roth.

Mes deux articles précédents, «  « et «  », dataient du 12 août 2020 et du 31 mai 2022.

En y ajoutant l’article de Jean-Charles Hoffelé, en son Discophilia, « Vers le sombre «, en date du 28 mai 2022 ;

et celui de Patrice Lieberman, sur Crescendo, « Ravel plus magique que jamais, avec Cédric Tiberghien, François-Xavier Roth et Les Siècles « , en date du 24 juin 2022…

Ce soir, 30 juillet, c’est l’article de Matthieu Roc intitulé « Stéphane Degout, Cédric Tiberghien, François-Xavier Roth et Les Siècles dans Ravel «, paru le 27 juillet dernier sur le site de ResMusica,

que je tiens à citer ici… :

François-Xavier Roth poursuit chez Harmonia Mundi son exploration de répertoire ravélien, avec le Concerto pour la main gauche, le Concerto en Sol, et la Pavane pour un Infante défunte. Mais le fil conducteur de ce disque est le piano de Cédric Tiberghien, qui accompagne aussi Stéphane Degout dans un florilège de mélodies.

Le programme commence avec un éblouissant _ voilà qui d’entrée est ditConcerto en Sol, explosif de joie, de couleurs, de contrastes enivrants _ voilà _ dans l’Allegramente. Les couleurs magnifiques _ oui _ de l’ensemble Les Siècles et ses splendides instruments d’époque _ c’est bien sûr important… _, le piano boisé et distingué (un merveilleux Pleyel de 1892) sous les doigts enchantés de Cédric Tiberghien _ oui, oui, oui _ nous entraînent vers l’ivresse _ ravélienne. L’introspection sereine et progressivement fantasque _ voilà : beaucoup de Ravel est là aussi, dans ce glissement à la fois contrôlé et éclaté… _ de l’Adagio assai nous reconduit tout naturellement vers l’espièglerie déjantée _ oui _ du Presto. Une interprétation ébouriffante et régénérante _ les deux.

La Pavane pour une infante défunte est insérée à mi-parcours, pour varier un peu l’écoute parmi les mélodies pour baryton et piano. Cédric Tiberghien y démontre comme on peut y être dansant, brillant, voire étincelant _ oui  _ tout en restant dans un registre nostalgique et méditatif _ vers le sombre... Un modèle d’équilibre, qui regarde moins vers Chabrier (Ravel dixit) que vers les Gymnopédies de Satie _ sans jamais y céder : seulement un regard…

Le Concerto pour la main gauche est encore l’occasion de jouer des contrastes _ oui _, de la brillance _ ravélienne _, des couleurs _ toujours. À partir des douleurs sombres des premiers accords _ voilà _, émerge progressivement une exubérance flamboyante qui les transcende et les balaye _ à la Ravel, profondément. La joie du son l’emporte _ voilà _ sur la souffrance et la mutilation, et c’est bien le sens de cette œuvre magnifique _ pour Paul Wittgenstein _ qui est exalté. Rien de lugubre ni de macabre _ assez aux antipodes de Ravel, en effet. Des interrogations, certes, même des tâtonnements _ oui _ admirablement rendus (l’Andante), mais les réponses sont tellement éclatantes et jouissives ! _ c’est tout à fait cela ; ou l’idiosyncrasie ravélienne… Encore une grande réussite pour François-Xavier Roth, qui sent la pulsation _ oui, vibrante _ de cette musique de Ravel comme personne, et qui sait y jouer des couleurs, des nuances _ voilà _ avec un bonheur réellement communicatif.

La virtuosité jusqu’au-boutiste de Cédric Tiberghien se ressent aussi dans l’accompagnement des mélodies chantées par Stéphane Degout. Leurs esthétiques peuvent paraître complètement différentes _ certes, au départ de leur inspiration _ : autant Tiberghien va à fond dans son expressivité avec un toucher chantant, percussif, autant Degout semble gourmé, concentré sur sa ligne et les intentions qu’il veut donner à son phrasé. Et pourtant, ces deux discours se superposent très bien et s’enrichissent mutuellement _ oui. Les Don Quichotte à Dulcinée font pleurer dans sa chanson épique et rire dans la chanson à boire. Tiberghien donne une dimension cosmique à la prière, et décrit l’ivresse et les éructations de Don Quichotte avec un humour digne des Marx brothers. Stéphane Degout est évidemment parfait _ comme toujours : quel chanteur ! _ de noblesse, de grandeur et d’émotion à la fois contenue et délirante _ encore un trait éminemment ravélien.

Le sommet est atteint dans le Kaddish, morceau de bravoure ô combien difficile, donné ici en araméen et avec accompagnement de piano. Stéphane Degout réussit à ne pas trop prendre sa stature de prophète (ce qui lui serait pourtant facile), et à rester orant, concentré sur le sens de ce texte antique et admirable, prière de deuil et action de grâce. Les vocalises de la fin, faciles pour cet ancien baroqueux, rayonnent d’espoir _ oui _, et la louange exprimée est proprement admirable _ absolument.

Sainte et les Trois poèmes de Stéphane Mallarmé sont au même niveau dans ce programme riche et varié. Réellement, un disque exemplaire _ voilà _ : tous les interprètes y excellent, et Ravel triomphe _ oui, oui, oui.

Maurice Ravel (1875-1937) :

Concerto en Sol M. 83 ;

Pavane pour une infante défunte M. 19 ;

Concerto pour la main gauche M. 82 ;

Don Quichotte à Dulcinée M. 8441 ;

Deux Mélodies hébraïques A. 22 ;

Trois Poèmes de Stéphane Mallarmé M. 64 ;

Sainte M. 9.

Cédric Tiberghien, piano Pleyel 1892 ;

Stéphane Degout, baryton ;

ensemble instrumental Les Siècles, direction : François-Xavier Roth.

1 CD Harmonia Mundi.

Enregistré en décembre 2020 et septembre 2021 à la Philharmonie de Paris.

Livret en français et en anglais.

Durée : 73:54

Une réalisation discographique qui fait pleinement honneur au génie musical singulier et si personnel de Ravel,

homme aussi ferme et discret en sa vie que compositeur parfait à l’œuvre et en son œuvre. 

Et c’est par de telles splendides réussites musicales discographiques que le fascinant mystère Ravel révèle, peu à peu, lentement, à nous qui l’admirons, ses pudiques, discrets et suprêmement élégants, secrets…

Rendons grâce à ces musiciens et à leurs performances travaillées et inspirées, qui nous les font, ces subtils secrets, pas à pas, approcher, et délicatement musicalement, avec raffinement, mais sans maniérismes, solairement, comme ici, jouir de leur alchimie naturelle, spontanée, et tellement évidente en sa pureté ravélienne ainsi à la perfection révélée…

Ce samedi 30 juillet 2022, Titus Curiosus – Francis Lippa

Un Ravel « vers le sombre », en effet, par François-Xavier Roth et Les Siècles, Cédric Tiberghien et Stéphane Degout…

31mai

Oui,

j’approuve pleinement l’appréciation « Vers le sombre«  que Jean-Charles Hoffelé, en son Discophilia, porte sur l’admirable et absolument enthousiasmant CD « Concertos pour piano, Mélodies » _ écoutez-en ici de très éloquents extraits ! _

que nous offfrent ce mois de mai 2022 François-Xavier Roth et Les Siècles, Cédric Tiberghien ainsi que Stéphane Degout,

avec leur très beau CD Harmonia Mundi HMM 902612…

VERS LE SOMBRE

Le piano file, clavier léger de geste, savoureux de timbres. Accordé au souci philologique que François-Xavier Roth déploie au long de son parcours Ravel parvenu à son quatrième album, Cédric Tiberghien, dont je désespérais qu’il vienne enfin à Ravel, joue un élégant Pleyel « Grand Patron » de 1892. Une certaine nostalgie naturelle de son nuancier fait merveille dans les gris colorés de l’Adagio assai du Concerto en sol, Les Siècles raffinant un décor onirique.

C’est l’un des plus beaux moments de cet exaltant disque Ravel, partagé entre piano et voix. Stéphane Degout met son timbre noir à Don Quichotte, aux mystères des Mélodies hébraïques, surtout à des Mallarmé à tomber, où pour Soupir Cédric Tiberghien transforme son Pleyel en gamelan, empêchant de son clavier-couleurs que je puisse regretter la vêture instrumentale dont Ravel aura aquarellé l’original. Et quel raffinement dans les aigus du Placet futile.

Sombre disque qui va d’un mouvement implacable même pour une Pavane pour une infante défunte pourtant allégée, vers le Concerto pour la main gauche emporté entre fureur et rêve par Cédric Tiberghien, inspiré par les singularités de son Pleyel. Abîme vertigineux des cadences, marche de cauchemar, ciel noirci d’étoiles mortes, toute une poésie macabre qui se donne à entendre dans la nouvelle version éditée sous le contrôle de François Dru.

Puis Sainte, ce chef-d’œuvre ignoré, pur mystère de mélancolie. Ecoutez seulement.

LE DISQUE DU JOUR

Maurice Ravel (1875-1937)


Concerto pour piano et orchestre en sol majeur, M. 83
Don Quichotte à Dulcinée,
M. 84

2 Mélodies hébraïques,
M. A22

Pavane pour une infante défunte, M. 19
3 Poèmes de Stéphane Mallarmé, M. 64
Concerto pour la main gauche en ré majeur, M. 82
Sainte, M. 9

Cédric Tiberghien, piano
Stéphane Degout, baryton
Les Siècles
François-Xavier Roth, direction

Un album du label harmonia mundi HMM902612

Photo à la une : le pianiste Cédric Tiberghien – Photo : © Jean-Baptiste Millotui, en effet, 

 

Oui, en effet,

existe aussi le sombre _ délicat, jamais insistant ni complaisant, bien sûr _ de cette mélancolie ravélienne,

fort bien saisi et rendu ici par ces superbes interprètes…

Gratitude à eux. Merci !

Je dois cependant ajouter l’analyse tout à fait magnifique que fait de cet admirable CD, ce 31 mai, lui aussi, Charles Sigel, sous l’intitulé, à nouveau, « La Part d’ombre« , sur le site de ForumOpera.com :

CD
Par Charles Sigel | mar 31 Mai 2022 |

Il y a dans ce disque Ravel composé comme un récital tout à la fois sa sensualité et sa part d’ombre.
C’est surtout aux mélodies que nous nous arrêterons, parce que la voix est la vocation première de ForumOpera bien sûr, et aussi parce qu’elles offrent l’occasion de retrouver Stéphane Degout dans ses œuvres, dans une période décidément faste, après son sublime Jésus dans la Passion selon Saint Matthieu dirigée par Raphaël Pichon, et le non moins merveilleux Chant de la terre, de Mahler/Schönberg, tant admiré il y a peu.


© D.R.

« Une volupté un peu coupable »

Outre le plaisir d’entendre la complicité _ oui _ entre Stéphane Degout et le merveilleux Cédric Tiberghien, c’est celui des timbres _ oui ! _ qui ajoute à l’intérêt de ce disque : un piano Pleyel « Grand patron » de 1892, les cordes en boyaux et les instruments « d’époque » des Siècles, tous plus vénérables les uns que les autres, apportent leurs couleurs singulières _ oui!

Rien d’archéologique dans cette entreprise. Emile Vuillermoz, familier de Ravel, écrit ceci (que cite Marcel Marnat dans son indépassable biographie du compositeur (Fayard, 1986) : « Bien qu’il s’en défende, [Ravel] aime le son pour le son, ne faisant pas mystère de la volupté aigüe et un peu coupable qu’il recherchait en ouvrant, dans une maison de campagne longtemps abandonnée, un vieil instrument désaccordé dont les sons décalés créaient les plus savoureuses interférences », ajoutant : « Il est indiscutable que le timbre possède à lui seul une radioactivité qui peut nous donner une émotion artistique » _ merci pour cette très judicieuse citation.

Mi-voix

Le plus beau, à notre goût, évidemment subjectif, ce sont les Trois poèmes de Stéphane Mallarmé, écrits en 1913 et créés en 1914 dans leur version avec ensemble de chambre. La version avec piano seul, qui se prive des charmes sonores exquis de l’orchestration ravelienne, met d’autant plus l’accent sur les textes de Mallarmé. Grâce à la diction parfaite _ oui _ de Stéphane Degout, on ne perd rien de leurs syllabes parfois absconses…
Le clair Pleyel fait des merveilles dorées des quelques arpèges d’introduction à Soupir, avant que la voix du baryton ne s’élève comme le blanc jet d’eau dont parle le poète… ne s’élève pas beaucoup d’ailleurs puisqu’elle restera dans d’intimes demi-teintes : Degout donne peu de volume et passe très souvent en registre de tête, disant autant qu’il les chante les mots subtils.

La seconde strophe sera encore plus improbable: un mi mineur indécis comme l’esprit du texte achoppe sur les accords dissonants tombant  sur « pâle et pur » et la voix monte vers « langueur infinie » comme s’il fallait mourir là et semble, sur les ponctuations dans le grave, errer à l’image de « la fauve agonie des feuilles ». Merveilleuse fusion _ oui _ entre les mots, la ligne musicale sinueuse et la voix du diseur qui se donne de faux airs fragiles.


Stéphane Degout © Julien Benhamou

Placet futile n’est que causticité moqueuse, préciosité faussement Louis XV et second degré. L’introduction module insaisissablement et la voix s’amuse à se faire considérable, puis elle ondule comme cet abbé de cour maniéré qui emberlificote ses métaphores et s’y perd. L’humour de Degout, qu’on admirait récemment en Ford d’un Falstaff lyonnais, s’y donne libre cours, la voix s’offre des éclats sur « bichon embarbé », puis s’en va onduler avec les « coiffeurs divins », que ne renierait pas Gonzalve, le rimailleur de L’Heure espagnole. Au passage toute la palette des couleurs de cette voix sont mises à contribution, sur un accompagnement impalpable du piano aux tonalités flottantes. _ oui, oui, oui.

Le mini-cycle s’achève avec Surgi de la croupe et du bond, qui, après traduction, n’est en somme que l’évocation énigmatique et pince-sans-rire d’un vase sans fleur et donc sans parfum, contemplé par un sylphe peint au plafond _ voilà. Tonalité suspendue et phrasé ondoyant, la voix se timbre à nouveau (mais pas trop) pour simplement dire les mots, plaisir mallarméen des consonnes et des voyelles, sur les notes cristallines du Pleyel et d’impalpables harmonies. Bel exercice d’effacement discret _ tout à fait ravélien _ de la part des deux interprètes.

Sainte mettait déjà en musique le poète de Valvins quelque vingt ans plus tôt (1896, Ravel avait 21 ans) et clora le disque dans sa simplicité. Quatre quatrains et des accords sages comme une procession, une ligne mélodique plus traditionnelle (fauréenne ?) et moins proche de l’intime du texte. Sobre legato, crescendo montant vers « Magnificat » puis lente descente jusqu’au silence. Effacement devant le mystère _ voilà.


© D.R.

Les derniers mots de Ravel

Don Quichotte à Dulcinée est la dernière composition de Ravel, datée de 1932-33, formant avec le Concerto en sol (1929-30) et celui pour la main gauche (1929-1931) son legs ultime.
Les trois mélodies sur des textes de Paul Morand s’appuient sur des rythmes de danses hispanisantes, successivement guajira, zortzico basque et jota aragonaise, et les imitations de guitare en tombent naturellement sous les doigts de Cédric Tiberghien sur ce Pleyel si léger, pour accompagner la voix de Stéphane Degout qui retrouve là toute sa superbe _ en effet.
Fière interprétation, cambrée, d’un beau métal pour la Chanson romanesque, avec la juste pointe de galanterie du « Madame » ; ferveur et legato de la Chanson épique, puissance à partir de « bénissez ma lame », puis douce piété de la dernière strophe, et allègement sensible de l’Amen final ; truculence de la Chanson à boire, éclatante à souhait, et rutilances du piano, dont on admire le rebond, le brillant et la pétulance, en dépit de ses 130 ans au compteur (mais il est vrai qu’on lui a offert une cure de jouvence). Belle interprétation évidemment, à laquelle manque l’on ne sait quoi de charme enivrant qu’y apportait un José van Dam, dont c’était un des morceaux de bravoure _ en effet.

Autre sommet, Kadisch, d’une sobre grandeur, s’appuie sur toute la solidité de la voix, et monte sans pathos jusqu’à d’admirables vocalises, puissantes, portant à la fois le désespoir et l’espoir. Plus aucun pittoresque ici, ni maniérisme, mais un appel à ce qu’il y a de plus grand, quelque chose de profondément humain et de surhumain en même temps _ oui, cela aussi très ravélien… La musique dans ce qu’elle a de plus illimité.
Le piano scande d’abord une note obsessionnelle, une manière d’appel, puis par une vague d’arpèges ascendants, semble libérer la prière, et enfin, sous les vocalises, sonne comme un glas sur un obsédant accord do-mi bémol, dans l’extrême grave. Et le Pleyel ajoute sa richesse de timbres et de couleurs à un chant d’une funèbre noirceur _ oui.
Après cela l’Enigme éternelle, la seconde des Mélodies hébraïques, avec sa fausse joie _ dans tout l’éclat discret de l’humble profondeur ravélienne _, viendra comme une manière de soulagement.


Le Pleyel Grand Patron 1892 © Atelier Galland

A la fin c’est l’ombre qui gagne

Deux mots sur le reste du programme, où le piano prend toute la lumière _ en effet, et comment !

La Pavane pour une Infante défunte sur le Pleyel de 1892, prise sur un tempo assez rapide, – mais après tout Ravel disait que c’est pour le plaisir seul de l’allitération qu’il l’avait dédiée à cette espagnole expirée, donc pas de raison d’en accentuer le côté funèbre – sonne dorée et limpide _ oui _, au-dessus d’amples graves voluptueux, et la différence entre les registres y est particulièrement audible : la ténuité aigrelette des aigus, l’éclat puissant et dru du médium, l’ampleur majestueuse des basses.


François-Xavier Roth © D.R.

Grâce aux instruments des Siècles, dont l’inventaire minutieux a quelque chose de poétique _ oui _, et à la direction ardente _ en effet : c’est très juste ! _ de François-Xavier Roth, le Concerto en sol est plus polychrome _ oui _ que jamais. Et on prête l’oreille aux moindres faiblesses du piano vénérable. On croit entendre de touchantes fragilités dans l’aigu, mais aussitôt la santé pétulante du centre du clavier et la profondeur des graves rassurent. Cédric Tiberghien est un coloriste subtil, on le sait depuis longtemps, ses arpèges et ses trilles en demi-teintes ont l’éclat méditerranéen d’un Bonnard _ oui. Il y a des graves percutants qu’on prend dans l’estomac, des flûtes agaçantes, des trompettes pétaradantes qui évoquent ironiquement un quartier de cavalerie le matin, de l’électricité dans l’air _ absolument…

Le mouvement lent demande une bonne installation d’écoute pour entendre les résonances de ce vieux Pleyel, qui pourront sembler un peu courtes. On y perd un peu de suavité et de fondant, mais on y gagne une sorte de fragilité, de nudité, d’émotion _ ravéliennes, elles aussi _, naissant d’une sonorité qui semble menacée… A partir de l’entrée des partenaires, la clarinette basse, la flûte (stridente à souhait), et surtout le cor anglais, promu partenaire privilégié d’un moment chambriste, ce sentiment craintif disparaîtra et ce son un peu grêle et mal assuré ajoutera une saveur de plus, sur le noble tapis des cordes en boyaux. Il y a quelque chose de bonhomme, d’agreste, dans cette palette de sons, et on aime définitivement la sonorité narquoise de ces bois français.
Plus aucune inquiétude pour le vieux monsieur plus que centenaire _ qu’est ce piano Pleyel « Grand patron«  de 1892… _ dans la frénésie du troisième mouvement, coruscant et acidulé. Basson français nasal, cors boisés, clarinettes sardoniques, glissando des trombones, tout cela éclate de saveur et d’impertinence _ ravéliennes elles aussi.


François-Xavier Roth © D.R.

Qu’importe le flacon ?

Le Concerto pour la main gauche est l’autre sommet de ce disque _ oui. Faisant appel à un orchestre énorme (à la différence de celui en sol qui n’a besoin que d’un effectif restreint), c’est ici un festival de sonorités intrigantes, roboratives, voluptueuses, mais aussi angoissées/angoissantes _ oui. De quelle terreur, de quel pressentiment, à l’image de celles de La Valse _ mais oui ! ces deux œuvres composées pour l’apocalys joyeuse de Vienne… _, sont-elles le signe ?

Ce Concerto avait déjà fait l’objet d’un enregistrement « historiquement informé » en 2005, par Claire Chevallier sur un piano Erard de 1905 et Jos Van Immerseel dirigeant Anima Eterna sur instruments « d’époque ». Le piano n’avait pas de son et la direction était languissante, le tout dégageait un ennui profond. Conclusion : qu’importe le flacon, si l’on n’a pas l’ivresse.
Ici, l’ivresse on l’aura _ oui ! _, mais sans doute l’aurait-on tout autant avec les mêmes interprètes sur des instruments standard… N’empêche, ça sonne très bien (et la prise de son est d’une clarté exemplaire), mais c’est surtout l’élan _ oui _ qui emporte l’adhésion.

Les premiers grondements des contrebasses, les premiers grincements du contrebasson sont d’une profondeur tellurique_ oui. Puis des cors d’outre-tombe _ voilà _ apparaissent dans la pénombre _ seulement… _, les violoncelles ondulent et le cor anglais peut préluder au premier tutti. Après ce frontispice, le piano semble monter des entrailles de la terre _ oui _ : des basses vrombissantes, roulant sinistrement, la main solitaire essayant de partir à l’assaut du médium mais retombant à chaque fois…


Cédric Tiberghien © Frances Marshall

Cédric Tiberghien, qui a joué maintes fois ce concerto sur Steinway, se délecte de toute évidence _ oui _ à faire mugir le vieux Pleyel. On aime son toucher liquide et la douceur rêveuse des passages où le piano joue en solitaire, les accelerando venus de très loin, les ascensions difficultueuses du clavier, comme pour se libérer, ces martèlements énergiques jamais durs _ en effet _, la finesse de la petite harmonie, le cor anglais onirique, cette petite flûte pointue qui esquisse un jeu d’enfant avec le piano, le basson songeur qui rappelle celui de l’Apprenti sorcier, la scansion de plus en plus oppressante (qui fait penser au Boléro, composé peu de mois auparavant), les cuivres radieux. Par moment, comme les micros sont tout près, on perçoit (et c’est touchant) la mécanique de la pédale. Surtout, on entend les vocalises légères et la grande cadence rêveuse qui amènent la lumière finale.

Marguerite Long raconte que Ravel, à qui elle demandait lequel de ses Concertos il préférait, avait répondu malicieusement : « Le vôtre [celui en sol ], il est plus Ravel »… Manière _ ravélienne _ de dire sans le dire que c’était de celui pour la main gauche, effrayant et prémonitoire, qu’il était le plus proche.

 

Tout cela est de superbe écoute

de ce CD indubitablement marquant en la discographie ravélienne !

Ce mardi 31 mai 2022, Titus Curiosus – Francis Lippa

Penser une révolution qualitariste : une étape du très sagace cheminement du penser philosophique de Pascal Chabot, et son très bienvenu « Discours de la Méthode » pour le XXIe siècle…

27mai

Avec le « Traité des libres qualités » de Pascal Chabot, un ouvrage paru aux PUF le 4 septembre 2019,

nous tenons un passionnant très riche « Discours de la méthode«  _ « pour bien conduire sa raison et chercher la vérité dans les sciences« , et même un peu plus loin que « dans les sciences«  : pour comprendre aussi, voire surtout, en la finesse des liens qui la marquent, voire la constituent, la vie contemporaine en toute la très riche complexité de sa plus quotidienne quotidienneté… _ de notre XXIème siècle…

Déjà,

afin d’entrer un peu précisément dans le propos de ce livre majeur,

et, en plus de lire attentivement, bien sûr, les 9 pages de l’ « Introduction » de ce livre (aux pages 15 à 23) _ constituée d’un très éclairant important avant-propos méthodologique intitulé « Puissances de l’abstrait« , suivi du programme de ce travail, baptisé, lui, « Carte de navigation » : au sein de la profuse complexité qualitative dont il faut démêler les entrelacs (de divers enchevêtrements de liens) encore bien trop confus pour nos esprits… _,

on peut également commencer par accéder à  la vidéo (de 32′ 46) du passionnant entretien, pour France-Culture, le 11 septembre 2019, de Pascal Chabot avec Olivia Gesbert : « Pour une révolution qualitariste » ;

ainsi qu’au texte de l’entretien qu’a eu Pascal Chabot avec Nicolas Celnik (publié dans le Libération du 15 septembre 2019) : « Il faut penser la qualité comme une nouvelle figure du bien« …

 

Ce vendredi 27 mai 2022, Titus Curiosus – Francis Lippa

En m’efforçant de suivre les étapes du passionnant parcours de recherche-penser en philosophe exigeant de comprendre au plus près la complexité enchevêtrée du réel, de Pascal Chabot…

26mai

En m’efforçant de mieux connaître, étape après étape, le passionnant et très éclairant parcours de recherche-penser vraiment en philosophe, de Pascal Chabot,

soucieux de comprendre au plus près, et avec le plus lucide recul possible, le réel, en le plus délicat et détaillé déchiffrement de la complexité de ses détails enchevêtrés,

et à la suite de mon article d’hier 25 mai « « ,

à propos de ce décisivement éclairant essai « Avoir le temps _ essai de chronosophie« , paru le 3 février 2021 ;

j’ai à la fois repris ses essais précédents, tous parus aux PUF _ et qui figuraient en ma bibliothèque personnelle _ :

« Global burn-out« , paru le 9 janvier 2013 ;

« L’Âge des transitions« , paru le 4 mars 2015 ;

« Exister, résister. Ce qui dépend de nous« , paru le 6 septembre 2017 ;

et me suis, aussi, immédiatement procuré son « Traité des libres qualités« , paru le 4 septembre 2019 _ cette parution ayant malencontreusement, et j’ignore pour quelles raisons, échappé alors à mon attention ! _ : un essai très riche et très fouillé ;

ainsi que son « Six jours dans la vie d’Aldous Huxley« , qui, lui, vient tout juste de paraître, toujours aux PUF, ce 4 mai 2022 :

éclairant lui aussi, et d’un autre biais, l’histoire de ce qui a pu concourir, à sa façon _ ici l’audace d’un penseur singulier très audacieux tel que Aldous Huxley (1894 – 1963)_ , à enrichir sa propre imageance, à lui, Pascal Chabot, de philosophe exigeant… :

Et ce très bref essai de 51 pages est un très bel et émouvant hommage à quelqu’un, Aldous Huxley, qui a bien essayé _ à la Montaigne, dirai-je _, de, en la vie, au jour le jour, année après année, de sa propre personne, « bien faire l’homme« …

Les derniers mots de cet essai, à la page 51,

rendent hommage aux « bulles d’air dont nous avons besoin pour ne pas étouffer sous la masse d’informations et de contraintes qui enserrent nos vies. Et c’est bien ce qu’est la culture : un vaste réservoir d’oxygène. Il est ainsi des passés qui vivifient le présent » et l’aident, non seulement à se connaître, mais aussi à s’inventer et un peu mieux se construire,

plus dignement et librement…

C’est ainsi que j’ai pu identifier quelques uns des outils de déchiffrement, donc,

que Pascal Chabot, essai par essai successifs, s’est peu à peu à la fois par sa propre imageance, ainsi que par hybridation à diverses lectures majeures qui l’ont nourri _forgés et donnés :

ainsi et surtout : « transition« , « libres qualités », et « schèmes« , tels que ceux de « Destin« , « Progrès« , « Hypertemps« , « Délai » et « Occasion » _ ou Kairos _etc.

À suivre…

Ce jeudi 26 mai 2022, Titus Curiosus – Francis Lippa

« Ce qu’on peut savoir ou supposer des circonstances de l’assassinat de Pasolini », quarante-sept ans après la nuit de la Toussaint 1975 : un lucidissime chapitre complémentaire à la biographie de Pier-Paolo Pasolini (1922 – 1975) par René de Ceccatty, en ouverture de l’année du centenaire de la naissance de cet artiste majeur

12fév

En ouverture de l’année Pasolini,

pour le centenaire de la naissance, le 5 mars 1922 à Bologne, du cinéaste, romancier, poète, théoricien de l’art et de la littérature qu’a été Pier-Paolo Pasolini (Bologne, 5 mars 1922, Ostie, 2 novembre 1975),

en _ et par _ la _ très bienvenue _ réédition en la collection « Biographies » de la collection Folio, de son « Pasolini« , qui paraitra le 17 février prochain,

René de Ceccatty vient nous offrir, en complément-supplément à son texte parfait de 2005, un magistral nouveau chapitre de 39 pages, intitulé « Une ordalie » _ aux pages 241 à 279 de cette nouvelle édition _,

qui vient faire un lumineux point sur « ce qu’après quarante-sept ans d’enquête et d’approfondissements journalistiques ou judiciaires on peut savoir ou supposer des circonstances _ encore non complètement, et c’est bien peu dire !, élucidées ; et cela pour de multiples et complexes raisons, magistralement démêlées, une à une, ici, en cet extraordinairement lumineux nouveau chapitre… _ de l’assassinat de Pasolini« .

Ce chapitre est lui-même précédé par une très courte présentation, de 15 lignes,

que je me permets de reproduire ici _ et en sa brièveté, on y reconnaîtra l’intelligence-perspicacité de son auteur à démêler et éclairer lucidissimement les plus embrouillées des complexités _ :

« Depuis 2005, où a paru cette biographie, de nombreux éléments nouveaux _ oui ! _ ont _ peu à peu _ été _ effectivement, au fil des ans et des questionnements posés, et des diverses recherches menées, par les uns et par les autres _ découverts _ voilà ! _ sur les circonstances _ à absolument préciser, débrouiller, tant demeure décidément encore bien épais et lourd de confusions leur embrouillamini… _ de la mort de Pasolini _ voilà : la nuit du 1er au 2 novembre 1975, en un parcours allant d’un dîner le soir dans une trattoria du quartier San Lorenzo, de Rome, au cadavre découvert à l’aube sur un boueux terrain vague d’Ostie  _ par des journalistes, des avocats, des enquêteurs de toutes sortes.

Nous avons souhaité faire le point _ voilà : le plus complet, honnête et clair possible _ sur ces convictions, hypothèses ou questions qui ont été formulées dans des articles, des livres, des émissions de radio et de télévision, des blogs, des films.

Ces suppositions _ faute de certitudes matérielles absolument conclusives _, plus ou moins argumentées _ et c’est déjà extrêmement intéressant à découvrir et éclairer, repenser _, ne modifient pas radicalement le récit de la vie de Pasolini, mais jettent une lumière différente _ voilà ! ; et tout à fait passionnante en ces lucidissimes efforts de démêlement de ces très complexes imbroglios… _ (que nous ne pouvons toutefois pas déclarer définitive _ tant que demeurent tant de mystères à élucider, tant de mensonges à percer, et tant de flous, parfois volontaires et malveillants, à dissiper, faute d’éléments factuels décisifs restant encore à découvrir, pour parvenir à la recomposition enfin satisfaisante et objectivement conclusive, de cet assez extraordinaire puzzle… _) sur ses dernières lettres ou même ses derniers mois.« 

Soit un nouveau travail _ de nature, encore, biographique : complémentaire, et passionnant _ magnifique.

Ce samedi 12 février 2022, Titus Curiosus – Francis Lippa

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