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Benjamin Alard « dans la lumière de Bach », ou l’art tout à fait humble de la très simple et pure spontanéité : un passionnant entretien d’un merveilleux interprète ouvert, intelligent et honnête…

29jan

En quelque sorte en complément à mon article enthousiaste du 21 janvier dernier «  » à propos de la réalisation enchanteresse en concert à Madrid (et à l’enregistrement live qui en a été fait en CD _ le CD Marchvivo MV 007 _),

le site ResMusica vient de publier, le 25 janvier dernier, un passionnant entretien de Cécile Glaenzer avec Benjamin Alard, très simplement intitulé « Rencontre avec Benjamin Alard : dans la lumière de Bach« , à propos, surtout, de son extraordinairement belle entreprise discographique en cours d’interprétation _ magistrale et hyper-vivante !!! _ de tout l’œuvre pour claviers _ au pluriel : clavecins, orgues, clavicordes, etc.  _ de Johann-Sebastian Bach…

Voici donc ce très bel entretien _ avec quelques farcissures miennes, en vert _ :

Rencontre avec Benjamin Alard, dans la lumière de Bach

Depuis 2019, l’organiste et claveciniste Benjamin Alard s’est lancé dans ce qui représente un véritable Graal pour beaucoup de musiciens : l’enregistrement de l’intégrale de l’œuvre pour clavier _ au pluriel, donc ! _ de Johann Sebastian Bach. Sept volumes _ chacun de plusieurs CDs ! _ d’une collection qui devrait en comprendre dix-sept sont déjà parus. La grande originalité de cette entreprise est qu’elle fait alterner les trois instruments à clavier pour lesquels Bach a écrit : l’orgue, le clavecin et le clavicorde.

ResMusica : Comment se construit un tel projet? Aviez-vous une idée de l’ensemble au départ, ou empruntez-vous des chemins de traverse ?

Benjamin Alard : Il y a d’abord eu un projet en 2010 avec le label Alpha, _ et Jean-Paul Combet _ qui a commencé avec l’enregistrement de la Clavier-Übung I et II, et qui devait être _ voilà ! _ une intégrale des œuvres pour clavier de Bach éditées à son époque. Mais ce projet n’est pas allé au-delà de ces deux premiers volumes. Après une période d’interruption, je me suis alors tourné vers un programme qui suivrait une trame chronologique autour des dates-clefs de la vie de Bach. Ce projet a peu à peu évolué, passant de quatorze volumes prévus à dix-sept volumes de trois ou quatre CD _ chacun, voilà. Ce qui a guidé mes choix, c’est à la fois la chronologie de la vie de Bach et les références _ aussi _ aux compositeurs antérieurs qui ont pu l’influencer. Il me semblait important de me laisser guider par les évènements marquants de sa biographie : perte des êtres chers, rencontres, naissances, éducation de son fils aîné … C’est ainsi que dans les premiers volumes, on entend des musiques de Buxtehude, Pachelbel, Grigny, Frescobaldi et beaucoup d’autres, pour comprendre ce qui fait le lit musical de ses jeunes années _ et c’est assurément important. Et plus il avance dans sa vie, plus il va développer un style qui lui est propre.

« Cela prend du temps de réussir à s’affirmer complétement et d’être suffisamment libre pour oser des choses »

RM : La question du choix des instruments est particulièrement passionnante _ évidemment _ pour ce répertoire. Les chemins de traverse, cela peut être la rencontre avec un instrument auquel vous n’aviez pas pensé a priori. 

BA : Oui, c’est très juste. Par exemple, je n’avais pas imaginé enregistrer le clavierorganum (instrument qui réunit un orgue et un clavecin sur le même clavier). C’est une rencontre avec cet instrument si particulier à l’occasion d’un concert à la Cité de la Musique qui m’a fait découvrir la richesse de ce mélange de timbres pour la polyphonie, puisqu’on peut à la fois tenir les sons (orgue) et les rendre très clairs (clavecin). On ne sait pas si Bach a joué ce type d’instrument, mais ça m’est apparu très intéressant. Bien sûr, c’est un risque d’emprunter des chemins aussi inhabituels, mais c’est aussi ce qui fait la force d’une rencontre avec un instrument _ oui ! Et j’ai la chance que le label Harmonia Mundi me suive dans ces expérimentations. Il y a eu aussi le clavecin à pédalier et, dans le prochain volume, le clavicorde à pédalier, une autre véritable rencontre. Je voulais surtout éviter de faire une intégrale « encyclopédique » ; ce qui m’importe est d’apporter une écoute différente, et aussi de contextualiser les œuvres _ voilà. Il faut se rappeler qu’à l’époque de Bach, l’orgue n’était pas utilisé aussi souvent, il fallait la présence d’un souffleur, c’était un luxe exceptionnel. Donc, la fréquentation des instruments domestiques _ oui ! _ comme le clavecin ou le clavicorde munis de pédalier était primordiale. Rappelons nous aussi que ces œuvres n’étaient pas faites pour être entendues en concert _ oui. Le concert, c’est comme la fréquentation d’un musée, les œuvres y sont décontextualisées.

RM : Avez-vous une totale liberté dans le choix des instruments?

BA : Oui, je me sens très libre dans cette aventure. Le dialogue avec la maison de disques est très important pour la question des instruments. Harmonia Mundi me fait confiance _ c’est bien. Par exemple, pour l’enregistrement du Clavier bien tempéré, la rencontre avec l’extraordinaire clavecin Haas, qui est un peu comme un véritable orchestre, avec des possibilités de registrations si nombreuses, cela permet une nouvelle approche des Préludes et Fugues. Je dois beaucoup à la rencontre avec les instruments, les facteurs et aussi les lieux _ oui. C’est un gros risque, parce que parfois je n’avais pas prévu d’enregistrer une pièce de cette façon, et il me faut changer des choses en fonction de l’instrument.

RM : Vous aviez déjà enregistré plusieurs disques consacrés à JS Bach il y a plus de dix ans, en particulier les sonates en trio et la Clavier-Übung dont on a parlé. Avez-vous évolué dans votre approche ?

BA : Oui, bien sûr. En ce qui concerne les sonates en trio que j’avais enregistrées à l’orgue, je les ai jouées ici sur le clavecin à pédalier ou le clavicorde à pédalier, ça donne forcément autre chose. En ce qui concerne les registrations à l’orgue, on ne sait pas vraiment comment on registrait à l’époque _ voilà. Tout est basé sur le « bon goût » et le choix de l’interprète. Pour les Partitas et le Concerto italien, j’avais enregistré un clavecin d’Anthony Sidey dont je n’avais pas utilisé toutes les possibilités à l’époque, en particulier un jeu de nasal dont je n’avais pas osé me servir. Cela prend du temps _ certes ! _ de réussir à s’affirmer complétement et d’être suffisamment libre pour oser des choses _ et pareille simplicité de franchise fait très plaisir à constater... Je pense qu’avec ce projet j’avance dans les découvertes, je mûris _ bien sûr ! Et c’est très bien !


RM : On vous imagine volontiers comme un musicien nomade, allant à la découverte d’instruments rares. Comment cette familiarité avec Bach oriente-t-elle le choix de vos programmes de concerts?

BA : Souvent, on me demande de ne faire que ça. J’essaie toujours d’associer Bach à autre chose _ bravo ! _, de susciter des rapprochements. Bach fascine, mais il peut être complexe à écouter pour le public, et il peut être intéressant de faire entendre autre chose avant pour aider l’écoute _ oui _ et permettre de contextualiser _ voilà, voilà ! _ les œuvres de Bach et les rendre plus faciles à entendre. A ce propos, je voudrais évoquer la question de l’enregistrement. Aujourd’hui, beaucoup de concerts sont enregistrés, soit pour être archivés, soit pour se retrouver en ligne. C’est parfois difficile d’accepter ça. Il y a deux ans _ le 1er février 2020, à Madrid _, j’ai joué en concert un programme consacré à la famille Couperin, concert enregistré ; on m’a demandé par la suite d’éditer un disque avec cet enregistrement et, après l’avoir réécouté, j’ai accepté _ merci ! et l’enregistrement est mafnifique _ et ce disque va sortir prochainement _ il est sorti ; cf mon article du 21 janvier, cité plus haut. Le rapport à l’enregistrement a énormément changé aujourd’hui où tout le monde peut s’enregistrer facilement. Qu’on soit d’accord ou non, il y a un changement qui est maintenant bien établi. Ce projet m’a permis de complètement changer mon rapport à l’enregistrement.

« Ce n’est pas un problème de laisser certaines imperfections, c’est la vie, ça laisse une plus grande sincérité musicale »

RM : De quelle façon?

BA : Avant, à l’époque de mes premiers disques, il y avait le directeur artistique qui avait une empreinte forte sur l’enregistrement. Pour un disque, on disposait en gros d’une semaine d’enregistrement, c’était très confortable, il suffisait de faire confiance au directeur artistique. Peu à peu, pour des raisons principalement économiques _ de plus en plus pesantes et pressantes _, le directeur artistique et l’ingénieur du son sont devenus une seule et même personne, et la démarche est devenue plus analytique : on faisait une première prise, on écoutait, on discutait, on recommençait, on détaillait beaucoup. Aujourd’hui, lorsque je réentends mes disques d’il y a dix ans, comme la Clavier-Übung, je leur trouve ce côté analytique, moins spontané. J’ai laissé reposer tout ça, je n’ai plus enregistré que des disques en live _ voilà. Et quand il a été question de reprendre le projet d’intégrale, les conditions avaient beaucoup changé, je me suis retrouvé avec une semaine d’enregistrement pour trois ou quatre disques ! On a dû travailler vite, et j’ai expérimenté de nouvelles méthodes, comme d’enregistrer avec un casque sur les oreilles, ce qui m’a permis de me diviser en deux, d’avoir une oreille extérieure en même temps que le musicien s’exprime. On gagne beaucoup de temps. Cette manière de m’approprier ainsi le travail d’enregistrement _ voilà _, en parfait accord avec Alban Moraud (le preneur de son), permet de bien avancer. Cela demande un travail préparatoire colossal, mais on enregistre six disques en deux semaines _ mazette ! Et le résultat qui en ressort est plus vivant, plus spontané _ c’est très bien ! _, moins aseptisé. On corrige moins de détails, et l’ensemble gagne en patine. Plus on corrige, plus on risque de déstabiliser l’ensemble. Ce n’est pas un problème de laisser certaines imperfections, c’est la vie _ exactement ! _, ça laisse une plus grande sincérité musicale _ oui. C’est comme une photographie argentique où un petit défaut donne une âme à la photo alors que le numérique, avec sa définition trop parfaite, risque d’enlaidir parce qu’on découvre ce que l’œil ne voit pas _ excellente comparaison.

RM : Le dernier volume paru remet les chorals de l’Orgelbüchlein en situation : des préludes de choral qui introduisent la version chantée des textes luthériens. Comment avez-vous conçu ce programme original ?

BA: Ce travail a été initié avec Marine Fribourg il y a quelques années à Arques-la-Bataille, avec les chorals du Catéchisme. Pour l’Orgelbüchlein, il s’agit pour le compositeur de montrer ce qu’on peut faire à partir d’un choral, mais ça reste des préludes de chorals _ voilà _ destinés _ tout simplement, et très fonctionnellement… _ à introduire le chant d’assemblée. Il me paraissait donc important de connecter _ mais oui ! _ ces chorals avec la version chantée. Le chant du choral est au cœur _ mais oui _ de la foi luthérienne. J’ai choisi d’improviser l’accompagnement pour garder la spontanéité _ excellent ! _, et d’enchaîner le prélude et sa version chantée, comme au culte _ voilà. Après une première session avec l’ensemble Bergamasque, je me suis dit qu’il était indispensable de faire aussi appel à des voix d’enfants, comme c’était le cas à l’époque, et nous avons fait ce travail avec les enfants de la maîtrise de Notre-Dame. C’est très intéressant, parce que c’est l’orgue _ voilà _ qui donne l’impulsion _ c’est-à-dire l’élan de l’enthousiasme. Il y a eu un beau travail d’Alban Moraud pour reconstituer le son d’une assemblée, et c’est très réussi.

RM : Vous êtes pratiquement à la moitié du projet. Comment imaginez-vous la suite ?

BA : Avec le même appétit musical  _bravo ! _ que depuis le début ! Et en me laissant surprendre _ mais oui : accueillir ce qui vient et survient. Par exemple, je ne m’attendais pas à ce que le clavicorde apparaisse aussi tôt dans le déroulement de l’intégrale, c’est un peu la faute des mois de confinement _ forçant à la pratique la plus intime de la musique… Pour la suite, il y aura peut-être _ qui sait ? _ des instruments inattendus, utilisés de manière inattendue. Dans les prochains volumes, il y aura un chanteur pour une cantate en italien. Et puis la première version _ Wow ! _  du cinquième concerto brandebourgeois. J’espère pouvoir associer au projet des œuvres de musique de chambre _ mais oui _ et de petites cantates _ comme cela se pratiquait quasi au quotidien dans le cercle familial des Bach... _, pour montrer l’influence _ qui en résultait _ sur la musique de clavier. Avant tout, c’est l’écoute qui me guide. Je ne veux pas tout décider à l’avance _ bravissimo !!!

Crédit photographique : © Bernard Martinez

 

Un superbe entretien

avec un musicien magnifique, merveilleux, parfaitement honnête, ainsi que très intelligent…

Déjà accompli. Et c’est loin d’être fini…

Immense merci !

Ce dimanche 29 janvier 2023, Titus Curiosus – Francis Lippa

La « libre inspiration d’après Diderot » du « Mademoiselle de Joncquières » d’Emmanuel Mouret _ ou l’éloge d’un sublime amour vrai : un apport cinématographique magnifique à l’oeuvre de Diderot…

16jan

L’assez étonnant hasard _ eu égard à la série de mes présentes réflexions suivies autour d’Emmanuel Mouret et Denis Diderot ; cf mes tout récents articles des 8, 9, 13 et 15 janvier derniers : « « , « « , «  » et « «   _ de la programmation par Arte, ce jour, lundi 16 janvier 2023, à 13h 35, du film « Mademoiselle de Joncquières« , que j’avais seulement jusqu’ici vu et revu, à ma guise, en DVD,

me donne une magnifique occasion de me pencher davantage, et mieux que je ne l’avais fait jusqu’ici, sur le personnage même de Mademoiselle de Joncquières, telle qu’Emmanuel Mouret nous amène _ avec les yeux, aussi, du marquis des Arcis ! et ce point de vue-là est bien sûr capital ! D’autant que c’est aussi et surtout celui d’Emmanuel Mouret lui-même ; en étant celui qu’il désire, in fine (mais aussi, et c’est capital !, dès les premiers dialogues, de badinage amoureux apparemment très innocent, à l’ouverture de son film, avec les très significatifs – mais on ne s’en rendra vraiment compte que bien plus tard – échanges dont Emmanuel Mouret nous rend témoins – mais y prêtons-nous à ce moment toute l’attention nécessaire, à l’égard de personnages que nous commençons à peine à découvrir alors ? Probablement pas vraiment ! Car ce n’est alors pour nous, en ce tout début de film, qu’un innocent badinage amoureux, en un sublime lumineux parc de château… – entre Madame de La Pommeray et le marquis des Arcis faisant sa cour, sur les responsabilités effectives de ce qui vient déclencher la séduction amoureuse ; soit le dilemme suivant : est-ce bien le marquis qui entreprend délibérément et sciemment d’habiles (et peu honnêtes) manœuvres de séduction à l’égard des nombreuses et successives « victimes«  de son libertinage ?, ainsi que l’en accuse en badinant Madame de La Pommeraye ; ou bien plutôt n’est-ce pas lui qui, tout à fait innocemment (et très honnêtement même), se trouve à son corps défendant, innocemment – il faut y insister – séduit de facto par leurs charmes à elles ?, comme se défend – déjà –très clairement ici le marquis des Arcis – qui ne tombera vraiment amoureux, pour la première, et peut-être unique, fois, que quand il apprendra à connaître vraiment cette Mademoiselle de Joncqières par laquelle Madame de La Pommeraye avait cru vilainement l’abuser… –, mais nous ne sommes pas encore alors, nous spectateurs qui découvrons l’intrigue qui commence tout juste à se mettre en place, vraiment prêts à y accorder toute l’attention nécessaire…), nous faire prendre, nous spectateurs de son film, au moins en considération, sinon absolument le partager ; et cela à la différence du malicieux (et jubilatoire) jeu d’auteur de Diderot, au final volontairement bien plus ambivalent, lui – car, lui, Diderot, auteur, veut insister sur la très effective infinie diversité des points de vue des monades sur le monde : à la Leibniz… ; avec cette conséquence tant éthique que métaphysique que c’est à chacun d’entre nous d’y orienter et faire jouer notre propre libre-arbitre de personne plus ou moins responsable… –, de son « Histoire de Mme de La Pommeraye et du marquis des Arcis«  _ à la considérer tout du long de sa présence à l’écran,

dès le moment de son apparition, à elle, Mademoiselle de Joncquières, quand la marquise de La Pommeraye, qui l’a « recrutée« , lui fait passer l’épreuve de son « casting » pour le rôle de très jolie mais durablement inflexible « dévote » qu’elle lui destine _ à 32′ 04 du film _ celle qui n’est alors que la fille « d’Aisnon« , une catin de tripot, et jusqu’à son départ avec son époux, et pleinement devenue marquise des Arcis, pour rejoindre pour environ trois années la plus paisible campagne du marquis des Arcis, avant de regagner, rassérénés qu’ils pourront être alors, après ce raisonnable délai d’apaisement des bavardages mondains, leur maison de Paris _ à la minute 100′ de ce film de 105′.

Car jusqu’à ce nouveau regard d’aujourd’hui sur cet extraordinaire film d’Emmanuel Mouret,

mon attention s’était portée en priorité sur les patientes péripéties, centrales il est vrai, de la vengeance de Madame de La Pommeraye à l’égard de son amant, le marquis des Arcis, qui l’avait vilainement bien déçue et profondément blessée en son amour propre _ les réputations des personnes étant assurément puissantes dans le monde – et c’est là aussi un cadre social et moral tout à fait décisif de la situation que nous présente ici en son merveilleux film Emmanuel Mouret : même éloignés de tout (et de presque tous : sauf, pour ce qui concerne Madame de La Pommeraye, de ce bien précieux personnage inventé ici par Emmanuel Mouret par rapport au récit de Diderot, qu’est cette amie-confidente go-between, qui vient de temps en temps lui rapporter, alors qu’elle-même prend bien soin de se tenir retirée en la thébaïde de sa belle campagne, ce qui se bruisse dans Paris, où l’on voit tout… et rapporte tout !) ; en conséquence de quoi les regards du « monde » (mondain !) des autres pèsent de leur non négligeable poids pressant sur la conscience et le choix des actes de la plupart des personnes (qui y cèdent ; y compris donc Madame de La Pommeraye qui fait de ce qu’en dira-t-on l’arme tranchante de sa vengeance ; à part quelques très rares un peu plus indifférents (et surtout finalement résistants au poids de ces normes mondaines-là), tels qu’ici, justement, et le marquis des Arcis, et Mademoiselle de Joncquières, qui se laissent, au final du moins (et là est le retournement décisif de l’intrigue !), moins impressionner pour le choix de leur conduite à tenir par les normes qui ont principalement cours dans le monde, ainsi qu’Emmanuel Mouret le fait très explicitement déclarer, voilà, au marquis des Arcis à sa récente épouse, pour, en un très rapide mot, lui justifier son pardon (pour s’être laissée instrumentaliser en l’infamie ourdie par Madame de La Pommeraye : « Je me suis laissée conduire par faiblesse, par séduction, par autorité, par menaces, à une action infâme ; mais ne croyez pas, monsieur que je sois méchante : je ne le suis pas« , venait-elle de lui signifier… Emmanuel Mouret faisant alors explicitement dire au marquis, à 95′ 47 du déroulé du film, ce que ne lui faisait pas dire Diderot, mais qu’impliquait cependant, bien sûr, l’acte même, fondamental, du pardon de celui-ci envers son épouse : « _ Je ne crois pas que vous soyez méchante. Vous vous êtes laissée entraîner par faiblesse et autorité à un acte infâme. N’est-ce pas par la contrainte que vous m’avez menti et avez consent à cette union ? _ Oui monsieur _ Eh bien, apprenez que ma raison et mes principes ne sont pas ceux de tous mes contemporains : ils répugnent à une union sans inclination » ; c’est-à-dire que lui, marquis des Arcis, savait donc oser ne pas se plier aux normes courantes des autres, et se mettre au-dessus de ces normes communes, en acceptant et assumant pleinement, en conscience lucide et entière liberté, d’avoir fait, en aveugle piégé qu’il était au départ, d’une ancienne catin son épouse : « Levez-vous, lui dit doucement le marquis ; je vous ai pardonné : au moment même de l’injure j’ai respecté ma femme en vous ; il n’est pas sorti de ma bouche une parole qui l’ait humiliée, ou du moins je m’en repens, et je proteste qu’elle n’en entendra plus aucune qui l’humilie, si elle se souvient qu’on ne peut rendre son époux malheureux sans le devenir. Soyez honnête, soyez heureuse, et faites que je le sois. Levez-vous, je vous en prie, ma femme; levez-vous et embrassez-moi ; madame la marquise, levez-vous, vous n’êtes pas à votre place ; madame des Arcis, levez-vous…« … Oui, le marquis des Arcis, ainsi que sa désormais épouse, tous deux, savent, à ce sublime héroïque moment-ci, s’extraire, non seulement, bien sûr, de toute la gangue de leur passé, mais du bien lourd poids aussi des normes dominantes et des regards d’enfermement des autres… Ce qui est aussi, au final, ce que Diderot lui-même a voulu lestement et subtilement mettre en valeur en son magnifique récit à rebondissements qu’est ce « Jacques le fataliste et son maître » _ non publié cependant de son vivant, mais seulement laissé au jugement un peu plus distancié de la postérité…

Avec cette conséquence que les dames D’Aisnon, mère et fille

_ un peu trop confondues, au moins d’abord, en un quasi indissociable duo dans leur instrumentalisation terrible par la marquise ; la fille n’étant à son tour presque jusqu’à la fin qu’un docile instrument entre les mains de sa propre mère ; avant, au moment seulement de la décision de son mariage avec le marquis des Arcis, de commencer à regimber enfin, et à faire entendre une voix personnelle sienne ; elle jusqu’alors quasi en permanence muette, et presque toujours les yeux baissés ; la jeune fille ayant alors dû cette fois-là encore s’incliner malgré tout devant sa mère… Une parfaite libre parole sienne ne s’élevant enfin que lors de la confrontation frontale, face au marquis, quelques jours plus tard, celui-ci étant devenu son mari ; un mari qui, de colère et de honte (pour sa réputation ruinée), avait d’abord très précipitamment quitté Paris « sans qu’on sût ce qu’il était devenu« , puis, étant revenu « quinze jours«  plus tard (page 208) à leur domicile, en une sublime scène de vérité, auprès du feu ; et leur union charnelle n’ayant toujours pas été (dans le film, mais pas dans le récit rapporté par Diderot, et cela par profonde délicatesse de l’époux envers son épouse) consommée ; tous détails ayant leur poids sur le sens profond de l’affaire de ce bien « singulier mariage« 

Ainsi dans le récit de l’hôtesse donné par Diderot à la page 174 de l’édition Belaval, Folio n° 763, de « Jacques le fataliste et son maître« , voici comment le récit ainsi rapporté nous présente l’idée (et l’identité) des instruments de la vengeance que commence à élaborer et mettre au point Madame de La Pommeraye :  »À force d’y réver, voici ce qui lui vint en idée : Mme de La Pommeraye avait autrefois connue une femme de province (sans précision supplémentaire) qu’un procès (pour quels motifs ? Cela est laissé dans le vague par l’hôtesse qui le rapporte, en absence de davantage de connaissance de tout cela de sa part…) avait appelée à Paris, avec sa fille, jeune, belle et bien élevée (bonne éducation dont les raisons ne sont pas davantage ici précisées ; mais qui auront leur poids dans la présentation que va nous en donner le film…). Elle avait appris que cette femme, ruinée par la perte de son procès (toujours sans précisions…), en avait été réduite à tenir tripot« , nous dirions un bordel…

Nous voyons donc là combien le film d’Emmanuel Mouret donne, par le détail admirable des précisions qu’il vient, et cela tout au long du film, apporter, infiniment plus de consistance, et à l’intrigue même, déjà, mais aussi et surtout au caractère de ce personnage-pivot – voilà ! – qu’est sa Mademoiselle de Joncquières, doublement de noble extraction ici (et par son père duc « de Grimaud« , et par les parents de sa mère : son grand-père baron « Bolinsky » et sa grand-mère « comtesse de Montois« ), que le récit bien plus elliptique, via le récit bousculé de l’hôtesse, de Diderot, n’aidait guère, en effet, à étayer la puissante déclaration finale, à celui qui vient, il y a quinze jours à peine, de devenir son époux, de la toute nouvelle marquise des Arcis, à la page 210 : « Je me connais, et une justice que je me rends, c’est que par mes goûts, par mes sentiments, par mon caractère, j’étais née (voilà !) digne de vous appartenir«  _,

avec cette implication cruciale qui faisait que les dames D’Aisnon, mère et fille, étaient principalement et surtout de simples instruments de la perfide vengeance de Madame de La Pommeraye d’où la malicieuse remarque que fait dire au maître de Jacques, à la page 212, Diderot, Brecht avant Brecht en quelque sorte :

« Notre hôtesse, vous narrez assez bien ; mais vous n’êtes pas encore profonde dans l’art dramatique. Si vous vouliez que cette jeune fille intéressât _ vos deux auditeurs que sont alors Jacques et son maître, et par suite les lecteurs du conte de l’hôtesse rapporté par Diderot _, il fallait lui donner de la franchise, et nous la montrer victime innocente et forcée de sa mère et de La Pommeraye, il fallait que les traitements les plus cruels l’entrainassent, malgré qu’elle en eût _ davantage forcée, donc _, à concourir à une suite de forfaits continus pendant une année ; il fallait _ vraiment _ préparer ainsi ( voilà ! rendre un peu plus vraisemblable, voire un peu prévisible – et c’est ce travail-là que réussit très finement et admirablement le film d’Emmanuel Mouret –) le raccommodement _ final _ de cette femme avec son mari. Quand on introduit un personnage sur la scène, il faut que son rôle soit un : or je vous demanderai, notre charmante hôtesse, si la fille qui complote avec deux scélératesses est bien la femme supposée que nous avons vue aux pieds de son mari ? Vous avez bien péché contre les règles _ ici celle d’unité d’action _ d’Aristote, d’Horace, de Vida et de Le Bossu.« 

Ce à quoi le délicieux Diderot, qui tire les diverses ficelles de son récit à multiples emboîtements et rebondissements (et c’est bien le réalisme du rendu de la vie, qui, lui, l’intéresse, en son propre art du récit), fait joliment rétorquer du tac au tac à son truculent personnage de l’Hôtesse, pages 212-213 :

« Je ne connais ni bossu, ni droit : je vous ai dit la chose comme elle s’est passée, sans en rien omettre, sans rien y ajouter. Et qui sait ce qui se passait au fond du cœur (voilà !) de cette fille, et si, dans les moments où elle nous paraissait agir le plus lestement, elle n’était pas secrètement dévorée (in pectore, voilà…) de chagrin ? »

Et c’est bien cela, ce « fond du cœur«  gardé « secret«  là, de la jeune fille, que son mutisme, si bien montré (et d’abord si superbement incarné par le jeu très fin des acteurs) tout au long par les images du film, et sublimé par l’ardente intensité du rebondissement final de la très sincère déclaration contrite à son époux de Mademoiselle de Joncquières devenue marquise des Arcis, ainsi que le très effectif et très beau pardon (envers elle) ainsi que le remords (envers lui-même) de son époux le marquis, si parfaitement évidents à l’image, nous rend in fine si cohérents – voilà ! – en la tension, formidablement incarnée ainsi à l’écran, de leur puissant très haut différenciel dramatique…

C’est en cela qu’Emmanuel Mouret rend merveilleusement bien à l’image l’esprit le plus profond de Diderot : le (un long moment) libertin Marquis des Arcis et la (un peu moins long moment, mais c’est qu’elle est plus jeune que lui) ci-devant catin d’Aisnon mademoiselle de Joncquières (« La corruption s’est posée sur moi, elle ne s’y est point attachée« , fait déclarer à celle-ci Diderot, à la page 210), en la très pénible épreuve de plus d’une année qu’a imposée à chacun d’eux la très vindicative Madame de La Pommeraye, qui, en leur ayant donné l’incroyable occasion « singulière » de leur improbable rencontre, leur a en réalité offert les circonstances et les moyens paradoxaux (« En vérité, je crois que je ne me repends de rien ; et que cette Pommeraye, au lieu de se venger m’aura rendu un grand service« , fait dire Diderot au marquis des Arcis à la page 211) de se révéler – voilà ! – l’un à l’autre, ainsi qu’à eux-mêmes aussi – mais oui ! –, le plus profond et le plus vrai, jusqu’alors enfoui et pas encore découvert, de leur cœur…

Ayant d’abord consenti à l’acceptation de sa mère de bien vouloir aider, par un sournois jeu de rôles (de catins, extraites de leur tripot, et si bien déguisées plusieurs mois de suite en inflexibles dévotes), Madame de La Pommeraye à piéger le marquis des Arcis afin de lui faire payer cher ce que Madame de La Pommeraye leur présentait comme une inconséquence traîtresse du marquis des Arcis, celle que, de demoiselle Duquênoi chez Diderot, Emmanuel Mouret a transformée, en son film, en Mademoiselle de Jonquières _ dont la mère, aussi, est une fille (apprenons-nous à 86′ 20 du film, par ce qu’en révèle cette mère à Madame de La Pommeraye ; et ces précisons-là, le marquis des Arcis, lui, ne les détiendra pas encore, au moment de son sublime pardon à sa jeune épouse..). née de l’union adultérine, voilà, d’une comtesse (la comtesse de Montois) et d’un baron (le baron Bolinsky) ; elle-même étant, à son tour, fille naturelle d’un duc (le duc de Grimaud) ayant abusé de la naïveté de sa mère, traitreusement trompée d’avoir cru, bien à tort, bernée qu’elle a été, avoir véritablement épousé ce duc, père de son enfant !

Ces divers noms étant absents du texte de Diderot, c’est-à-dire du truculent récit (indirect) de la plantureuse hôtesse de l’auberge du Grand-Cerf, qui n’entrait forcément pas en de  tels détails, n’ayant pas, et pour cause, reçu de témoignage direct de ces dames !.. : précisions bienvenues que permet et offre en revanche le film, en nous donnant, lui, directement accès, à nous spectateurs, à la parole de chacun des personnages de l’intrigue de ce « saugrenu«  et « singulier » (ces qualificatifs sont donnés par Diderot à la page 146, par l’hôtesse, puis par le maître de Jacques) mariage, dont s’enchante délicieusement à narrer les péripéties à rebondissements la truculente hôtesse de l’auberge du Grand-Cerf, que nous fait écouter, en nous tenant à son tour en haleine, nous ses lecteurs, Diderot ; récitante intermédiaireet indirecte que le film d’Emmanuel Mouret peut et doit, lui, se permettre d’effacer… _

Mademoiselle de Joncquières, donc, finit par proclamer _ d’abord auprès de sa mère, peu avant le mariage auquel elle se trouve acculée contre son gré et auquel elle accepte à contre-cœur, de consentir, se plier ; puis devant celui que la cérémonie qui vient d’avoir eu lieu a transformé en son mari (même si, et cela seulement dans le film, mais pas dans le récit de l’hôtesse et donc de Diderot, la délicatesse – en acte – du marquis des Arcis a repoussé le moment d’en faire, dans le lit désormais conjugal, charnellement sa femme), après ce qui devient dans le film d’Emmanuel Mouret, d’abord, une tentative de suicide (en s’étant jetée dans la Seine), puis une tentative de fuite (elle a été rattrapée) hors du domicile désormais conjugal : péripéties non présentes dans le récit de l’hôtesse chez Diderot (ni, a fortiori, à ce degré de tragique qui est celui du film..) ; actes tragiques qui viennent renforcer notre évidence de spectateurs de la profondeur des convictions de fond de Mademoiselle de Joncquières ; et que reconnaît alors, très vite, quasi immédiatement, dans le récit de l’hôtesse et de Diderot, comme dans le film d’Emmanuel Mouret, son mari le marquis des Arcis, touché au cœur quasi sur le champ, là, par ce que lui déclare là sa maintenant épouse, et qui, non seulement la désire plus que jamais, mais bien mieux encore l’aime profondément vraiment… _ sa profonde détestation du mensonge, et le très haut _ sublime ? _ souci de la dignité à reconquérir _ ou plutôt déjà reconquise, là, immédiatement aux yeux de son désormais époux, le marquis : sublimes, tous deux, ils se font, dés cet instant (proprement magique !), l’un à l’autre et mutuellemment, entière confiance ! _ de sa personne ;

que sait aussi lui reconnaître alors, donc, et pleinement, absolument, son maridéjà chez Diderot, mais très vite, et peut-être sans assez de détails, aux pages 210-211 de l’édition Belaval, Folio n° 763, de « Jacques le fataliste et son maître » _ comme viennent encore le reconnaître implicitement les remarques adventices finales de Diderot _ – en auteur soucieux de répondre à d’éventuelles objections d’insuffisance de vraisemblance de son récit – à propos du caractère un peu trop rapide et elliptique de son propre récit, et se permettant d’intervenir, lui, aux pages 214 à 216, une fois achevé le récit rapporté par lui de l’hôtesse : « Et vous croyez lecteur que l’apologie de Mme de la Pommeraye est plus difficile à faire ? Permettez donc que je m’en occupe _ intervient-il alors, et à son tour, après avoir donné la parole – déjà critique à l’égard de la partialité du récit de l’hôtesse – au maître de Jacques juste auparavant, aux pages 212 à 213  _ un moment« , intervient en effet en son récit Diderot, à la page 214 ; pour conclure son plaidoyer envers le point de vue de Madame de La Pommeraye ainsi, à la page 216 : « Si le premier mouvement (de ressentiment et volonté de se venger) des autres est court, celui de Mme de La Pommeraye et des femmes de son caractère est long. Leur âme reste quelquefois toute leur vie comme au premier moment de l’injure ; et quel inconvénient, quelle injustice y a-t-il à cela ? Je n’y vois que des trahisons moins communes ; et j’approuverais fort une loi qui condamnerait aux courtisanes celui qui aurait séduit et abandonné une honnête femme : l’homme commun aux femmes communes.« _ ;

mais de tels détails _ peut-être pas assez précisés par Diderot au fur et à mesure de son écriture alerte et volontiers désinvolte, mais c’est par profond souci de réalisme auprès de ses lecteurs !, dans ce que lui, Diderot, vient rapporter du récit déjà bousculé de l’hôtesse de l’auberge du Grand-Cerf à ses deux interlocuteurs que sont ses hôtes de passage Jacques et son maître _, les très belles images rouges _ et le jeu parfaitement sobre et retenu de ces parfaits acteurs que sont Alice Isaaz et Édouard Baer _ de cette sublime décisive séquence viennent fort heureusement les éclairer  :

 

« Levez-vous, lui dit doucement _ et tout est, en effet, éminemment doux dans ces images décisives du film… _ le marquis ; je vous ai pardonné : au moment même de l’injure j’ai respecté ma femme en vous ; il n’est pas sorti de ma bouche une parole qui l’ait humiliée, ou du moins je m’en repens, et je proteste qu’elle n’en entendra plus aucune qui l’humilie, si elle se souvient qu’on ne peut rendre son époux malheureux sans _ soi-même _ le devenir. Soyez honnête, soyez heureuse _ les deux étant absolument liés _, et faites que je le sois. Levez-vous, je vous en prie, ma femme; levez-vous et embrassez-moi ; madame la marquise, levez-vous, vous n’êtes pas à votre place ; madame des Arcis, levez-vous…«  ;

le film montrant magnifiquement tout cela par le jeu retenu, sobre, mais sublimement clair des deux acteurs que sont Alice Isaaz et Édouard Baer ; Emmanuel Mouret pouvant se permettre, de sa toujours très délicate élégance, de shunter le geste conclusif (« Embrassez-moi« ) de cette fondamentale séquence de mutuelle reconnaissance de dignité, et amour vrai, des deux époux…

Et qu’on relise alors ici ce que Diderot fait dire _ toujours en rapportant, ne l’oublions jamais, le récit volontairement un peu bousculé et précipité de l’hôtesse à ses deux interlocuteurs à l’auberge où celle-ci les reçoit _ immédiatement auparavant, page 210, à la toute récente épousée du marquis des Arcis :

« Je ne suis pas encore digne _ au moment même où cette déclaration même vient révéler et fait immédiatement reconnaître aussi cette dignité-là, profonde et fondamentale, de sa personne ! _ que vous vous rapprochiez de moi ; attendez, laissez-moi seulement l’espoir du pardon _ et ce pardon est immédiat !.. Tenez-moi loin de vous _ ce ne sera pas pour longtemps : l’instant même de la réponse et du geste sublimes de son mari : « Embrassez-moi ; madame la marquise, levez-vous, vous n’êtes pas à votre place ; madame des Arcis, levez-vous« , pages 210-211… _ ; vous verrez ma conduite ; vous la jugerez _ et l’accord profond entre eux est alors instantané _ : trop heureuse mille fois, trop heureuse si vous daignez quelquefois m’appeler ! Marquez-moi le recoin obscur de votre maison où vous permettez que j’habite ; j’y resterai sans murmure. Ah ! si je pouvais m’arracher le nom et le titre qu’on m’a fait usurper, et mourir après ; à l’instant vous seriez satisfait ! Je me suis laissée conduire par faiblesse, par séduction, par autorité, par menaces, à une action infâme _ voilà ! _ ; mais ne croyez pas, monsieur, que je sois méchante ; je ne le suis pas _ non, elle ne l’est en effet pas _, puisque je n’ai pas balancé à paraître devant vous quand vous m’avez appelée, et que j’ose à présent lever les yeux sur vous et vous parler. Ah ! si vous pouviez lire au fond de mon cœur _ et voilà qu’à l’instant même le marquis, son mari, lit on ne peut plus clairement en son cœur !.. _, et voir combien mes fautes passées sont loin de moi ; combien les mœurs de mes pareilles me sont étrangères ! La corruption s’est posée sur moi, elle ne s’y est point attachée _ voilà ! La rédemption, par l’amour vrai du marquis qui admire son épouse, a eu lieu _ Je me connais, et une justice que je me rends, c’est que par mes goûts, par mes sentiments, par mon caractère, j’étais née digne de l’honneur _ voilà ! _ de vous appartenir. Ah ! s’il m’eût été libre de vous voir, il n’y avait qu’un mot à dire, et je crois que j’en aurais eu le courage. Monsieur, disposez de moi comme il vous plaira ; faites entrer vos gens : qu’ils me dépouillent, qu’ils me jettent la nuit dans la rue : je souscris à tout. Quel que soit le sort que vous me préparez, je m’y soumets : le fond d’une campagne, l’obscurité d’un cloître pour me dérober à jamais à vos yeux : parlez, et j’y vais. Votre bonheur n’est point perdu sans ressources, et vous pouvez m’oublier…« .

…surrise

C’est donc le parti de l’événement éminemment surprenant _ et bouleversant _ de la découverte de la très effective réalité bousculante, totalement imprévue et absolument impréparée _ une surprise ! _, d’un pur et tout à fait sincère amour _ honnête, digne et _ vrai, qui survient _ telle une mutuelle résilience réalisée réciproquement… _ d’une rencontre machiavéliquement machinée, au départ, contre eux deux,

que,

ici, pour cette ancienne catin forcée qu’avait été jusqu’alors Mademoiselle de Joncquières, « la ci-devant d’Aisnon« , et pour ce libertin avéré qu’avait été jusqu’alors le marquis des Arcis _ et de même, encore, qu’en chacun des autres films, au-delà des apparences délicieuses d’un virevoltant (ou parfois, aussi, maladroit) marivaudage, d’Emmanuel Mouret _,  prend ici on ne peut plus décidément parti Emmanuel Mouret.

Tel est donc, à mes yeux, le principal apport du film « Mademoiselle de Joncquières » d’Emmanuel Mouret, à l' »Histoire de Mme de La Pommeraye et du marquis des Arcis« , extraite du « Jacques le fataliste et son maître » de Denis Diderot.

Bravo !

Le résultat de cette « libre adaptation » _ comme l’indique à la volée, sur une superbe musique pour cet instrument rare qu’est le pantaléon, de Johann-Georg Reutter (Vienne, 6 avril 1708 – Vienne, 11 mars 1772), le très beau générique (rouge) d’ouverture du film : un pizzicato à ré-écouter ici par le magique dulcimer de Margit Übellacker et l’ensemble La Gioia Armonica, dirigé par Jürgen Banholzer (en le CD Ramée 1302 : ce très beau CD fait partie de ma discothèque personnelle) : une musique merveilleusement appropriée à la sublime délicatesse du film _ du texte de Diderot par l’art du cinéma d’Emmanuel Mouret

est tout simplement magnifique.

Délectez-vous-en !

Ce lundi 16 janvier 2023, Titus Curiosus – Francis Lippa

Pour répondre à la question « Qui, du marquis des Arcis et de la marquise de La Pommeraye, trompe (ou trompe le plus) l’autre ? »…

10jan

Voici quelques éléments de réponse à la question de mon article d’hier 8 janvier 2023 :

« « 

La question de la vérité, de l’honnêteté, de la sincérité, de la franchise _ et éventuellement de leurs divers degrés respectifs _ au sein des relations affectives, amoureuses _ et, au tout premier chef, matrimoniales, ou quasi, comme dans cette « histoire » un peu exceptionnelle-ci... _, court, en effet, tout au long du conte-récit de l’Histoire de Mme de La Pommeraye et du marquis des Arcis, qui occupe le centre et le cœur même de ce roman inclassable de Diderot qu’est son « Jacques le fataliste et son maître » ;

avec leurs envers, forcément : le mensonge, l’hypocrisie, la tromperie, la duperie, la fourberie, la malhonnêteté, la méchanceté, la scélératesse, etc. _ du monde comme il est et comme il va… _ ;

constituant un élément central et fondamental de l’anthropologie _ non spécifiquement théorisée, mais donnée à ressentir en cette forme-ci, romanesque (mâtinée aussi de théâtral, eu égard au caractère conversationnel des échanges dialogués permanents entre les trois interlocuteurs que sont là l’hôtesse de l’auberge du Grand-Cerf et ces deux de ses hôtes, que sont Jacques et son maître, sans compter les interventions aussi, à quelques reprises dans le récit, de l’auteur lui-même, Diderot, s’adressant à son lecteur !)… _ de Denis Diderot, à propos de l’affectivité (sentiments, émotions, passions, ainsi que pratiques érotiques et sexuelles, pour employer un vocabulaire qui n’était pas celui de l’époque…), concernant les liens _ dont celui, bien sûr, du mariage, mais aussi de ce que Diderot nomme le « libertinage«  ou encore « la galanterie pratiquée couramment, voire quasi universellement, elle aussi…  ; cf, par exemple, le très bref essai « Sur les femmes« , publié en ouverture (aux pages 7 à 22) du volume Folio n° 6556 de l’édtion d’Yvon Belaval de l’Histoire de Mme de La Pommeraye _ entre hommes et femmes :

questions intéressant au tout premier chef notre cher Diderot,

dont un des chefs d’œuvre marquant _ et même éblouissant _ est et demeure les admirables « Lettres à Sophie Volland » _ c’est d’ailleurs une sorte de scandale culturel présent que l’édition de poche, en Folio (n° 1547), de celles-ci, ne soit plus aujourd’hui disponible ! Pour ma part, de ces « Lettres à Sophie Volland«  (« Pour moi dans l’éloignement où je suis de vous, je ne sache rien qui vous rapproche de moi, comme de vous dire tout _ voilà ! _ et de vous rendre présente à mes actions par mon récit », écrivait Diderot..),  j’ai la chance de posséder l’édition Gallmard, en deux volumes, d’André Babelon, de 1938 ; et celle, au Club français du livre, d’Yves Florenne, de 1965. De même qu’un intéressant commentaire « Denis Diderot – Sophie Volland Un dialogue à une voix« , de Jacques Chouillet, chez Champion, en 1986.

La situation des liens affectifs et sentimentaux entre Mme de La Pommeray et le marquis des Arcis est dessinée, en son départ, aux pages 156 à 163 du récit de l’hôtesse de l’auberge du Grand-Cerf à Jacques et son maître avec lesquels s’est engagée une conversation suivie, interrompue fréquemment qu’elle est, mais sans cesse reprise et continuée, jusqu’au bout, par les forcément impérieux offices de l’hôtesse en son établissement, dans l’édition Belaval (Folio classique n° 763) :

« Ces deux hommes _ indique l’hôtesse à ses deux interlocuteurs, page 156, afin de présenter celui (« cet homme qui est là-bas« ) de  ces deux hommes-là, hôtes eux aussi, comme Jacques et son maître, de l’auberge, qui a fait, lui, « un bien saugrenu » mariage (avait-on lu à la page 146), dont l’hôtesse va s’enchanter à narrer délicieusement, pour Jacques et son maître qui l’écoutent, comme pour nous qui allons lire le récit qu’entame ainsi ce conte de Diderot… _ sont bons gentilshommes ; ils viennent de Paris et s’en vont à la terre du plus âgé. (…) Le plus âgé des deux s’appelle le marquis des Arcis _ voilà ! Nous voici introduits à cette histoire-ci du « saugrenu mariage« …. C’était _ on remarque bien sûr l’emploi ici, pas tout à fait anodin, de l’imparfait, dans ce récit de l’hôtesse  _ un homme de plaisir _ un libertin, donc _, très aimable, croyant peu à la vertu des femmes _ et donc en profitant et probablement abusant : « Il avait raison« , se permet de commenter ici Jacques, page 156 : Jacques est en effet lui aussi, même si ce n’est pas tout à fait au même niveau social que le marquis, une sorte d’expert en libertinage… M. le marquis en trouva pourtant une _ de femme _ assez bizarre _ c’est-à-dire en quelque sorte peu banale et passablement inattendue, à la différence de la manière dont se comporte le plus souvent la plupart des autres femmes… _ pour lui tenir rigueur. C’était une veuve qui avait des mœurs, de la naissance, de la fortune et de la hauteur _ eu égard à son rang et surtout à sa haute estime de soi. M. des Arcis _ pour elle _ rompit avec toutes ses connaissances, s’attacha uniquement à Mme de La Pommeraye, lui fit sa cour avec la plus grande assiduité, tâcha par tous les sacrifices imaginables _ voilà, rien moins ; en une une forme d’exploit... _ de lui prouver qu’il l’aimait _ d’un amour bien réel, profond et véritable : mais était-ce bien finalement le cas ?.. _, lui proposa même de l’épouser ; mais cette femme qui avait été si malheureuse avec un premier mari qu’elle… (…) qu’elle aurait mieux aimé s’exposer à toutes sortes de malheurs qu’au danger _ rien moins ! _d’un second mariage.

(…)

Cette femme vivait très retirée. Le marquis était un ancien ami de son mari ; elle l’avait reçu et continuait de le recevoir. Si _ par exception acceptableon lui pardonnait son goût efféminé pour la galanterie, c’était ce qu’on appelle un homme d’honneur _ déjà pour sa propre estime de soi.

La poursuite constante _ infiniment patiente et exclusive _ du marquis, secondée de ses qualités personnelles, de sa jeunesse, de sa figure, des apparences _ au moins, sinon de la réalité authentique : un doute pourrait donc demeurer… _ de la passion la plus vraie, de la solitude, du penchant à la tendresse, en un mot _ et c’est toujours l’hôtesse qui parle _, de tout ce qui nous livre _ nous, femmes _ à la séduction des hommes (…) eut _ ainsi _ son effet,

et Mme de La Pommeraye, après avoir lutté _ tout de même _ plusieurs mois contre le marquis, contre elle-même, exigé selon l’usage _ et en dépit de son refus, à elle, du mariage que lui proposait pourtant le marquis… _ les serments les plus solennels,  rendit heureux le marquis _ c’est-à-dire céda à son désir et devint sa maîtresse _,

qui aurait joui du sort le plus doux, s’il avait pu _ mais à la longue il ne le put pas... _ conserver pour sa maîtresse les sentiments _ d’amour profond, vrai et durable _ qu’il avait juré _ avoir _ et qu’on avait _ Mme de La Pommeraye _ pour lui. Tenez, monsieur, il n’y a que les femmes qui sachent aimer ; les hommes n’y entendent rien _ se permet de commenter alors la belle hôtesse à destination de ses deux interlocuteurs masculins, page 157. 

Au bout de quelques années _ le temps faisant son œuvre d’usure des sentiments masculins _, le marquis commença _ comme inexorablement, sinon fatalement… _ à trouver la vie de Mme de La Pommeraye trop unie _ uniforme, monotone, pas assez variée.  

(…)

À mille infimes détails s’accumulant peu à peu _ Mme de La Pommeraye pressentit _ alors _ qu’elle n’était plus aimée ; il fallu s’en assurer, et voici _ rapporte alors l’hôtesse, à la page 158 _ comment elle s’y prit. (…) Un jour, après dîner, elle dit au marquis : (…)

_ Mon ami, il y a longtemps que je suis tentée de vous faire une confidence ; mais je crains de vous affliger.

_ Vous pourriez m’affliger, vous ?

_ Peut-être ; mais le ciel m’est témoin _ et là, la duplicité de la marquise abuse ! _ de mon innocence… (…) Cela s’est fait sans mon consentement, à mon insu, par une malédiction _ un déterminisme, dirions-nous aujourd’hui _, à laquelle toute l’espèce _ femmes et hommes compris, donc ; et sans nulle exception individuelle ! _ est apparemment assujettie, puisque moi-même _ qui m’estime supérieure… _, je n’y ai pas échappé.  

(…)

_ De quoi s’agit-il ? (…) Mon amie, parlez ; auriez-vous au fond de votre cœur un secret pour moi ? La première de nos conventions ne fut-elle pas que nos âmes s’ouvriraient l’une à l’autre sans réserve ?

_ Il est vrai, et voilà ce qui me pèse ; c’est un reproche qui met le comble à un _ reproche _ beaucoup plus important que je me fais. Est ce que vous ne vous apercevez pas que je n’ai plus la même gaieté ? J’ai perdu l’appétit ; je ne bois et je ne mange que par raison ; je ne saurais dormir. Nos sociétés les plus intimes _ bigre ! _ me déplaisent. La nuit, je m’interroge et je me dis : Est-ce qu’il est moins aimable ? Non. Auriez-vous à lui reprocher quelques liaisons suspectes ? Non. Est-ce que sa tendresse pour vous est diminuée ? Non. Pourquoi, votre ami étant le même, votre cœur est-il donc changé ? car il l’est _ voilà… _ : vous ne pouvez vous le cacher ; vous ne l’attendez plus avec la même impatience ; vous n’avez plus le même plaisir à le voir ; cette inquiétude quand il tardait à revenir ; cette douce émotion au bruit de sa voiture, quand on l’annonçait, quand il paraissait, vous ne l’éprouvez plus.

(…) 

_ Marquis, (…) oui, mon cher marquis, il est vrai… Oui, je suis… Mais n’est-ce pas un assez grand malheur que la chose _ d’un tel désamour, même si ce mot-là ne vient pas sous la plume de Diderot… _ soit arrivée, sans y ajouter encore la honte, le mépris _ de soi : et c’est bien là le plus grave _ d’être fausse, en vous le dissimulant ? Vous êtes le même, mais votre amie est changée ; votre amie vous révère, vous estime autant et plus que jamais ; mais… mais une femme accoutumée comme elle à examiner de près ce qui se passe _ réellement _ dans les replis les plus secrets de son âme et à ne s’en imposer sur rien, ne peut se cacher que l’amour _ lui, voilà ! _ en est sorti. La découverte est affreuse, mais elle n’en est pas moins réelle. La marquise de La Pommeraye, moi, moi, inconstante ! légère ! Marquis, entrez en fureur, cherchez les noms les plus odieux, je me les suis donnés d’avance ; donnez-les-moi, je suis prête à les accepter tous…, excepté celui de femme fausse, que vous m’épargnerez, je l’espère, car en vérité je ne le suis pas _ proclame-t-elle au moment même où elle amorce ainsi la construction de son piège à venir par la sournoise manœuvre perfide de cette fausse confidence, sous couvert de la plus grande sincérité réciproque ; quand elle vient ainsi prêcher auprès du marquis le faux aveu d’un désamour sien, afin de mettre à jour ainsi et obtenir de lui le vrai de son effectif désamour à lui… Qui trompe donc qui, ici ?.. Cela dit, Mme de La Pommeray _ joignant à peine théâtralement le geste à la parole _ se renversa sur son fauteuil et se mit à pleurer. Le marquis se précipita à ses genoux, et lui dit : « Vous êtes une femme charmante, une femme adorable, une femme comme il n’y en a point _ un trait bien sûr capital, tant pour le thème du rare « mariage saugrenu » (qui viendra) sur lequel entend broder l’hôtesse, que pour l’anthropologie de fond de Diderot lui-même quant à l’héroîsme de certains assez rares caractères supérieurs, que lui, Diderot, ne peut se cacher d’admirer… Votre franchise, votre honnêteté _ c’est un comble de duperie réussie de la part de la marquise, qui est en train de mentir ! _ me confond et devrait me faire mourir de honte. Ah! quelle supériorité _ et là le marquis, ainsi dupé, ne croit pas si bien dire… _ ce moment _ de fausse franchise de la marquise _ vous donne sur moi ! _ nous ne tarderons pas à en découvrir l’enchaînement presque parfait des suites (jusqu’à l’extraordinaire très inattendu retournement final de l’affaire dans le récit). Que je vous vois grande et que je me trouve petit ! _ mais c’est en fait dans l’art du perfide mensonge, et non pas dans la généreuse et ouverte franchise !, que la marquise est grande, et même diabolique… _ c’est vous qui avez parlé la première, et c’est moi qui fus coupable _ de désamour réel _ le premier. Mon amie, votre _ fausse _ sincérité _ affichée _ m’entraîne ; je serais un monstre _ et le marquis ne l’est pas du tout, en effet _ si elle ne m’entraînait pas _ ce qu’obtient à la perfection le subterfuge de la fausse sincérité ici de la marquise _, et je vous avouerai que l’histoire _ inventée de toutes pièces par la marquise de La Pommeraye, du désamour _ de votre cœur est mot à mot l’histoire _ du désamour _du mien. Tout ce que vous vous êtes dit, je me le suis dit : mais je me taisais, je souffrais, et je ne sais quand j’aurais eu le courage de parler.

_ Vrai, mon ami ?
_ Rien de plus vrai
_ l’aveu du marquis ainsi recherché par la marquise, est donc on ne peut plus clairement obtenu ici par ce stratagème de la fausse confidence de la marquise ; et c’est en toute innocence et naïveté que le marquis vient ici de se livrer et se perdre…  _ ; et il ne nous reste qu’à nous féliciter réciproquement selon un très efficace faux parallélisme _ d’avoir perdu en même temps le sentiment _ d’amour _ fragile et trompeur _ car illusionné donc… _ qui nous unissait _ jusque là.

(…)

Jamais vous ne m’avez paru aussi aimable, aussi belle que dans ce moment _ de faux aveu et fausse contrition _ ; et si l’expérience du passé ne m’avait rendu aussi circonspect, je croirais vous aimer plus que jamais.« 

Et le marquis en lui parlant ainsi lui prenait les mains et les lui baisait.. _ commente l’hôtesse, page 162.

Mme de La Pommeraye renfermant en elle-même _ voilà donc comment se poursuit ici la dissimulation _ le dépit mortel _ rien moins ! _ dont elle était déchirée, reprit la parole _ poursuit son récit l’hôtesse (et l’auteur, Diderot, en marquant ainsi la césure), page 162 _ et dit au marquis : « Mais, marquis, qu’allons-nous devenir ?

_ Nous ne nous en sommes imposés _ n’étant pas entrés dans le lien du mariage _ ni l’un ni l’autre ; vous avez droit à toute mon estime ; je ne crois pas avoir entièrement perdu le droit _ et là le marquis se leurre complètement ; le piège de la marquise fonctionne ainsi à plein… _ que j’avais à la vôtre : nous continuerons de nous voir, nous nous livrerons à la confiance _ totalement perdue de la marquise, puisque désormais inversée en implacable haine vengeresse féroce ! _ de la plus tendre amitié. Nous nous serons épargnés _ que non ! l’illusion du malheureux marquis est totale… _ tous ces ennuis, toutes ces petites perfidies _ le marquis ignore ainsi la très grande perfidie du « singulier mariage » que va très bientôt lui mitonner très minutieusement et très patiemment l’infiniment « vindicative » marquise _, tous ces reproches, toute cette humeur, qui accompagnent communément _ mais la marquise n’a décidément rien de ce « commun« -là ; et le marquis se méprend du tout au tout sur la « singularité«  de caractère de la marquise…  _ les passions qui finissent ; nous serons uniques dans notre espèce » _ mais ce ne sera pas de cette espèce de tolérance, voire pardon, dont à ce moment le marquis des Arcis pense faire partie… ; et la rare « singularité«  finale qui sera in extremis la sienne, le marquis, lui, constamment si léger, n’en a, pour le moment, pas le moindre petit début de pressentiment, même s’il sait bien qu’il est, à ses yeux du moins, parfait « homme d’honneur«  Le génie de Diderot auteur de ce conte est là tout simplement magnifique. Vous recouvrerez toute votre liberté _ libidinale _, vous me rendrez la mienne que non ! et le marquis est loin de se douter si peu que ce soit du piège que la marquise entreprend dès maintenant de penser à échafauder, mettre au point, et qui va implacablement se refermer sur lui _ ; nous voyagerons dans le monde ; je serai le confident de vos conquêtes _ galantes _ ; je ne vous cèlerai rien des miennes, si j’en fais quelques unes, ce dont je doute fort, car vous m’avez rendu difficile _ mais c’est lui qui, in fine, sera en efft « conquis« , par l’incroyable rédemption sublime de la catin par laquelle la marquise va croire piéger le malheureux marquis et très cruellement le perdre aux yeux de tous (un point qui est décisif), ainsi que de lui-même. Cela sera délicieux ! _ oui, en effet ; mais pas du tout comme se le figuraient à cet instant et l’innocent marquis, et la vindicative marquise, entreprenant dès à présent, de penser à  comment se venger de cet amour sien si vilainement trahi par la déplorable inconstance du marquis... Vous m’aiderez de vos conseils _ mais ils seront incroyablement perfides ! _, je ne vous refuserai pas les miens _ assez experts en fait d’art de la galanterie et du libertinage _ dans les circonstances périlleuses où vous croirez en avoir besoin. Qui sait ce qui peut arriver ? _ et nous lecteurs de ce récit de l’hôtesse, et du conte de Diderot qui la fait délicieusement parler ici, n’allons, en effet, mais pas du tout comme se l’imagine ici le malheureux personnage du marquis, être au bout de nos, en effet, délicieuses et sublimes surprises…

(…)

Après cette conversation _ poursuit alors son récit, page 163, l’hôtesse _, ils se mirent à moraliser sur l’inconstance _ universelle, banalement « commune«  _ du cœur humain, sur la frivolité _ naïve, inconséquente _ des serments, sur les liens _ bien trop fragiles _ du mariage…« 

La suite, de la page 173 à la page 213 de « Jacques le fataliste et son maître« , va consister en ce récit à rebondissements, par l’hôtesse à Jacques et à son maître, du détail cruellement efficace et précis de la mise en place et réalisation méticuleuse du piège du « saugrenu« , ou « singulier« , mariage, que va tendre la très « vindicative » Mme de La Pommeraye au malheureux _ puis, in fine, heureux, car incroyablement chanceux ! :« il a été plus heureux que sage », commente joliment, page 213, au final du récit de l’hôtesse, le maître de Jacques _ marquis des Arcis, avec son incroyable sublimissime renversement amoureux final…

Soit le conte superbe d’une ingénieuse trompeuse finalement trompée en le renversement, du tout au tout, du sens du résultat tellement imprévisible et imprévu par elle, comme par le marquis, et par tous, de sa perfide vengeance :

« _ En vérité, je crois que je ne me repends de rien ; et que cette Pommeraye, au lieu de se venger, m’aura rendu un grand service. Ma femme, allez vous habiller, tandis qu’on s’occupera de faire vos malles. Nous partons pour ma terre, où nous resterons jusqu’à ce que nous puissions reparaître ici sans conséquence pour vous et pour moi « , dira le marquis à son épouse, à la page 211 ;

et « Ils passèrent presque trois ans de suite absents de la capitale« ajoute alors à son récit l’hôtesse.

Ce à quoi répond alors Jacques, à la page 212 : 

« _ Et je gagerais bien que ces trois ans s’écoulèrent comme un jour, et que le marquis des Arcis fut un des meilleurs maris et eut une des meilleures femmes qu’il y eût au monde« …

À la page 173 de Jacques le fataliste et son maître, Diderot fait reprendre à l’hôtesse le récit qui avait été interrompu à la page 163 (« Messieurs, il faut que je vous quitte. Ce soir, lorsque toutes mes affaires seront faites, je reviendrai et je vous achèverai cette aventure, si vous en êtes curieux… » _ et comment le sont-ils ! _) :

L’hôtesse : (…) Vous rappelez-vous où nous en étions ?

Le maître : Oui, à la conclusion de la plus perfide des _ fausses _ confidences _ de la marquise.

L’hôtesse : M. le marquis des Arcis et Mme de La Pommeraye s’embrassèrent, enchantés _ mais pas du tout pour les mêmes raisons _ l’un de l’autre _ elle, la dupeuse appâteuse, et lui, le dupé appâté _, et se séparèrent.

Plus la dame s’était contrainte _ à masquer au marquis ses véritables sentiments _ en sa présence, plus sa douleur fut violente quand il fut parti. Il n’est que trop vrai, s’écria-t-elle _ ainsi à part soi _, il ne m’aime plus !…

(…)

Je vous ai dit que cette femme avait de la fierté ; mais elle était bien autrement _ à un bien plus haut degré, donc, et très peu ordinaire _ vindicative _ voilà ! Lorsque les première fureurs furent calmées, et qu’elle jouit _ mais oui _ de toute la tranquillité _ indispensable _ de son indignation _ fait alors raconter à l’hôtesse le merveilleux Diderot, page 174 _, elle songea à se venger, mais à se venger d’une manière _ vraiment absolument _ cruelle, d’une manière à effrayer tous ceux qui _ en ayant eu connaissance _ seraient tentés à l’avenir de séduire et de tromper une honnête femme  _ comme le marquis des Arcis avait si vilainement procédé avec elle. Et cet enjeu social de réputation est en effet vital pour chacun des divers protagonistes de cette affaire. Elle s’est vengée _ annonce par anticipation dès ce moment de son récit l’hôtesse, à la page 174 _, elle s’est cruellement vengée ; sa vengeance a éclaté _ et de fait nous découvrirons le très précis détail de ce qui va suivre, jusqu’à la page 207, des modalités hyper-raffinées de ce comment de la vengeance de la marquise de La Pommeraye à l’égard du malheurux marquis des Arcis _ et n’a corrigé personne _ mais nous verrons aussi pour quelles surprenantes, imprévues et supérieures raisons _ ; nous n’en avons pas été depuis moins vilainement séduites et trompées _ indique malicieusement l’hôtesse à laquelle on ne saurait décidément la faire…

En ce qu’elle pense, mais bien à tort, être la conclusion définitive de sa vengeance contre le marquis des Arcis,

Madame de la Pommeray fait venir chez elle, le lendemain même _ et c’est bien sûr le moment décisif _ de la noce du marquis avec Melle Duquênoi (« c’était son nom de famille« , avons-nous appris à la page 197 ; cette « Melle Duquênoi, ci devant la d’Aisnon » _ D’Aisnon est son nom de catin, au tripot de l’hôtel de Hambourg, rue Traversière, avons-nous appris aussi à la page 207 _, est-il répété à la page 213), celui-ci, le marquis tout fraîchement marié, donc ;

et « on le reçut avec un visage où l’indignation se peignait dans toute sa force ; le discours qu’on lui tint ne fut pas long ; le voici :

« Marquis, lui dit-elle _ rapporte le récit de l’hôtesse, à la page 207 _, apprenez à me connaître _ le naïf marquis a décidément manqué de la plus élémentaire perspicacité.

Si les autres femmes s’estimaient assez _ ce qui n’est hélas pas le cas… _ pour éprouver _ toute la puissance de _ mon _ juste _ ressentiment, vos semblables _ masculins _ seraient moins communs.

Vous aviez acquis une honnête femme que vous n’avez pas su conserver ; cette femme, c’est moi ; elle s’est vengée en vous en faisant épouser une _ indigne _ digne de vous.

Sortez de chez-moi, allez rue Traversière à l’hôtel de Hambourg, où l’on vous apprendra le sale métier que votre femme et votre belle-mère ont exercé pendant dix ans, sous le nom d’Aisnon« .

La surprise et la consternation de ce pauvre marquis ne peuvent se rendre« , etc., etc.

_ et commencent alors, pour le marquis, quelques jours (« quinze jours, sans qu’on sut ce qu’il était devenu« , apprenons-nous du récit de l’hôtesse, à la page 208) de fuite (loin de chez lui, à Paris ; « cependant, avant de s’éloigner, il avait pourvu à tout ce qui était nécessaire à la mère et à la fille, avec ordre d’obéir à madame comme à lui-même« , lit-on pages 208-209) et de calvaire, notamment (mais pas seulement) social, pour sa réputation désormais bien ruinée.

Jusqu’à un extraordinaire renversement _ presque final ; car Diderot nous proposera encore, in extremis en ce récit, un autre regard, en quelque sorte alternatif à celui de l’hôtesse (selon le point de vue, cette fois, du maître de Jacques), sur toute cette affaire de « saugrenu mariage«  telle que vient de la narrer l’hôtesse de l’auberge du Grand-Cerf ; et c’est nous, lecteurs, que Diderot-auteur, in fine, laisse libres de faire notre propre jugement sur les divers protagonistes, en toute dernière instance… _ des situations _ tant matrimoniales qu’affectives, galantes, amoureuses… _ des personnes,

dont s’enchante, bien plus encore que, déjà, son savoureux personnage de la malicieuse, délicieuse et plantureuse hôtesse de l’auberge du Grand-Cerf, qui aime tant raconter,

cet admirable conteur et profond philosophe de l’humain qu’est notre cher, magnifique et merveilleux, Denis Diderot : homme de subtile  profonde vérité.

Ce lundi 9 janvier 2023, Titus Curiosus – Francis Lippa

Lire Diderot : qui, du marquis des Arcis et de Madame de la Pommeraye, trompe l’autre, dans le récit qu’en donne l’hôtesse du Grand-Cerf, dans le conte de « Jacques le fataliste et son maître » de Diderot ? : quelques précisions sur le personnage de l’Hôtesse de l’auberge du Grand-Cerf…

08jan

L’art subtil et très plaisant de la complexité des récits admirablement enchâssés _ de façon à stimuler et tenir en haleine tout du long la curiosité du lecteur soucieux de connaître les péripéties, les ressorts, et la fin de l’histoire : à la façon de ce qui peut stimuler, attiser et entretenir l’amant en remettant toujours à un peu plus tard la venue à la satisfaction de son désir (ou entretenir son amour) ; cf le bien connu « Et le désir s’accroît quand l’effet se recule » de Corneille (en son « Polyeucte, martyr« , I, 1)  _ dans le « Jacques le fataliste et son maître » de Denis Diderot, est désormais bien connu, et même universellement admiré aujourd’hui.

Et tout particulièrement l’art magistral, si vivant, avec ses multiples très efficaces « effets de réel« , à destination du lecteur, de Diderot lui-même, l’auteur premier et final de cet ensemble de récits et dialogues enchâssés, d’entremêler si subtilement les discours de l’Hôtesse, bien occupée, d’abord, par l’urgence immédiate de ses divers offices, de l’auberge du Grand-Cerf, et de ses deux interlocuteurs très attentifs et curieux que sont Jacques et son maître ; mais aussi les interventions dans le récit de l’auteur lui-même _ Diderot _  de ce conte à très plaisants et astucieux enchâssements, que constitue, en ses suites à l’apparence de très réjouissants impromptus, ce roman assez singulier qu’est « Jacques le fataliste et son maître« 

Avec ses malicieux mais aussi on ne peut plus sérieux, et infiniment graves, enjeux de réalisme et de vérité, in fine :

avec, de la part de l’homme Diderot lui-même, le souci de l’auteur infiniment libre et inventif qu’il est, de  cerner au près et au plus juste, les paradoxales complexes vérités du cœur humain…

Ainsi Diderot à son écritoire, en homme pré-freudien... _ « accoutumé comme lui à examiner de près ce qui se passe dans les replis les plus _ infinitésimalement, à la Leibniz… _ secrets de son âme (et à ne s’en imposer _ non plus : sa liberté est essentielle ! _ sur rien)« ,

selon cette même capacité que lui, auteur, en s’aidant du plaisant discours si vivant et à rebondissements qu’il fait prononcer à son personnage virevoltant de l’Hôtesse, très occupée par les charges de son office à l’auberge du Grand-Cerf, mais aussi toute passionnée qu’elle est de raconter aux curieux et attentifs Jacques et son maître, qu’elle sait constamment tenir en haleine sous le charme de son art très délié de conteuse, car c’est celle-ci, la pérorante hôtesse (élevéee à la haute école de Saint-Cyr _ confie-t-elle, à la volée, à ses interlocuteurs, à la page 181 : « Je raconte volontiers les aventures des autres, mais non pas les miennes. Sachez seulement que j’ai été élevée à Saint-Cyr, où j’ai peu lu l’Évangile et beaucoup de romans. De l’abbaye royale à l’auberge que je tiens il y a loin« … ; indication de Diderot-auteur qui permet d’asseoir la vraissemblance (à la fois par l’extraction de celle-ci d’une noblesse pauvre (justifiant son éducation à l’école royale de Saint-Cyr), mais aussi de sa lecture assidue de romans…) de l’assez peu ordinaire capacité de pénétration du cœur humain (ainsi que des mœurs de la plus haute noblesse, telle celle de la marquise de La Pommeray et du marquis des Arcis) de ce personnage plantureux et volubile de l’hôtesse-aubergiste… _) qui prononce ces paroles pour caractériser Madame de La Pommeraye,

vient-il prêter cette assez rare capacité de penser _ à la page 160 de son « Jacques le fataliste et son maître » en l’édition Belaval du Foli classique n° 763 _ au personnage _ peu ordinairement à un tel degré de perspicacité _ introspectif _ et terrifiant, pour lors, en la perfidie du poids terrible des effets que celle-ci, la marquise, va, par la menée patiente et suivie de son complexe stratagème, provoquer et en retirer aux dépens de son (déjà ancien) amant, le malheureux marquis des Arcis, qu’elle piège en ce très « singulier mariage«  avec une catin, qui finit par se produire (« Il vaut mieux épouser que de souffrir. J’épouse. (…) Je ne puis être plus malheureux que je ne le suis« , finit par se résoudre ainsi le marquis des Arcis, à la page 204). Le piège ourdi par la marquise de La Pommeraye a ainsi fonctionné ; ce marquis des Arcis qui présente pas mal de traits de Diderot lui-même, en personne !.. _ de Madame de La Pommeraye,

dont cette hôtesse s’emploie à narrer, par le menu des ressorts patiemment mis en place, la machiavélique perfide machination dans cette « histoire du mariage singulier« , ou « bien saugrenu » _ les deux expressions se trouvent dans les paroles prononcées par l’hôtesse, puis par le maître de Jacques, à la page 146 _ qui constitue le fil conducteur de ce conte de l' »Histoire de Mme de La Pommeraye » et du marquis des Arcis, placé par Diderot au cœur même de son « Jacques le fataliste et son maître » :

 

la marquise de La Pommeraye, dit ainsi l’Hôtesse, à la page 160 :

« une femme accoutumée comme elle à examiner de près ce qui se passe dans les replis les plus secrets de son âme et à ne s’en imposer sur rien« …

Pour se parfaire une idée de la richesse du regard de Diderot-auteur sur les complexités et paradoxes du cœur humain,

il n’est que de constater l’intervention in extremis, tout à la fin du récit, aux pages 214 à 216, de l’auteur qu’est Diderot lui-même dans le récit de ce conte, pour « contrer » le parti-pris _ celui de l’hôtesse-narratrice… _ qui semblait l’emporter au regard du lecteur, de la défaite finale _ défaite délicatement accentuée dans le tout dernier plan de la séquence ultime du merveilleux film d’Emmanuel Mouret, dont les images montrent excellemment beaucoup de traits demeurés silencieux dans le récit de l’hôtesse rapporté par Diderot !!! Et c’est là le pouvoir du cinéma, comme ici à son meilleur ! _ de Madame de La Pommeraye, en un exposé s’employant à vanter aussi les mérites, en fait de singularité, et même d’héroïsme de caractère _ par rapport à ceux des deux protagonistes, assez héroïques, et chacun dans  son genre, de ce bien « saugrenu mariage » final qui constitue bien le fil conducteur de tout le récit de l’hôtesse… _, de cette dernière, je veux dire Madame de La Pommeraye, en sa formidable « vindicativité » vengeresse, et infiniment patient esprit de suite, à l’égard de ce que celle-ci estime avoir constitué la foncière fourberie malhonnête de celui qui l’avait vilainement trompée, le trop léger et lâche marquis des Arcis…

Pour ne rien dire, pour le moment du moins, de celle qui apparaît dans le récit de l’hôtesse _ et sous la plume de l’auteur, Diderot _, sous le nom de « Mademoiselle Duquênoi, ci-devant la d’Aisnon » ;

et sous celui de « Mademoiselle de Joncquières » dans le di beau film éponyme d’Emmanuel Mouret…

Mais qu’en est-il, en vérité ?

À suivre, par conséquent…

Ce dimanche 8 janvier 2023, Titus Curiosus – Francis Lippa

L’avènement du somptueux « Printemps » bouleversant de Gérard Poulet et Jean-Claude Vanden Eynden au Palais des Dégustateurs

18mar

Une nouvelle fois Éric Rouyer nous offre un enregistrement discographique somptueusement hors pair, pour la simple et pure beauté d’une interprétation la plus honnête et juste possible des œuvres ainsi données à l’écoute du public.

Ainsi en va-t-il du merveilleux « Printemps » pour violon et piano n°5, op. 24, de Beethoven, pour le CD PDD 026 du Palais des Dégustateurs,

tel que donné ainsi par un juvénile parfait Gérard Poulet et un solidement protecteur Jean-Claude Vanden Eynden…

Ce vendredi 18 mars 2022, Titus Curiosus – Francis Lippa

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