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Le poids politique du choix du prénom officiel du roi ou de la reine (du Royaume Uni de Grande-Bretagne et Irlande du Nord) lors de son accession au trône : une confirmation de l’intuition de l’importance actuelle des prénoms « Stuart »…

12sept

Hier dimanche 11 septembre,

en mon article « « ,

j’avais émis quelques hypothèses quant au choix des prénoms des princes lors de leur naissance,

ainsi que quant au choix du prénom officiel que se donne, parfois différemment de son prénom jusqu’alors usuel, le nouveau roi ou la nouvelle reine, lors de son accession au trône,

bien sûr dans ces deux cas pour des raisons circonstancielles de poids politique de telles décisions…

Eh bien, ce lundi, je viens de recevoir une confirmation de mon intuition d’hier en entendant déclarer un journaliste bien informé _ je n’ai hélas pas retenu son nom ! _ à la télévision sur une chaîne d’informations en continu,

que la reine Elizabeth II avait un jour émis elle-même un important regret :

bien sûr pas celui d’avoir été prénommée à sa naissance, le 21 avril 1926, par ses parents « Elizabeth Alexandra Mary » ; Elizabeth étant le prénom de sa mère _ d’origine écossaise _ Elizabeth Bowes-Lyon , Alexandra, celui de son arrière-grand-mère paternelle Alexandra de Danemark (Copenhague, 1er décembre 1844 – Sandringham, 20 novembre 1925), qui venait de décéder _ elle était l’épouse et veuve du roi Edouard VII _, et Mary, celui de sa grand-mère paternelle Mary de Teck (Kensington Palace, Londres, 26 mai 1867 – Malborough House, Londres, 24 mars 1953) _ l’épouse et reine consort du roi George V ; _ ;

mais le regret de n’avoir pas choisi de changer de prénom officiel lors de son accession au trône, à la mort de son père, le roi George VI _ décédé le 6 février 1952 _, en vue de son couronnement alors à venir _ le 2 juin 1953 _ ;

ce prénom d’Elizabeth ne manquant pas de rappeler, certes une très grande reine, Elizabeth la première (1533 – 1603), mais aussi celle-là même qui avait fait décapiter, le 8 février 1587, son ancêtre Stuart _ à elle, à la treizième génération ; j’en ai donné le détail en mon article d’hier… _, la reine d’Écosse Marie Stuart (1542 – 1587)…

Le journaliste avait auparavant cité deux exemples de rois qui avaient décidé de prendre comme nom officiel de souverain,

non pas leur premier prénom de naissance : ainsi le roi Edouard VII (Londres, palais de Buckingham, 9 novembre 1841 – ibidem, 6 mai 1910), prénommé, comme son père Albert de Saxe-Cobourg (Rosenau, 26 août 1819 – Windsor, 14 décembre 1861), Albert _ Edouard n’étant que le second prénom du roi Edouard VII _ ;

ni leur prénom usuel, ainsi le roi Edouard VIII (Richmond Park, 23 juin 1894 – Paris, 28 mai 1972), dont le prénom usuel était David en fait, il avait été baptisé Édouard Albert Christian George Andrew Patrick David, le 16 juillet 1894…

Et poursuivant un peu plus avant cette piste de recherche,

j’ai découvert que le père de la reine Elizabeth II, le roi George VI (Sandringham, 14 décembre 1895 – ibidem, 6 février 1952), né le jour anniversaire du décès du Prince Albert, l’époux de la reine Victoria, avait été baptisé Albert Frederick Arthur George ; et que toute sa vie jusqu’à son accession au trône, il était familièrement appelé « Bertie« . Mais sa grand-mère maternelle, la duchesse Mary de Teck _ Londres, 26 mai 1867 – Londres, 24 mars 1953, épouse, le 6 juillet 1893, du futur George V (Malborough House, Londres, 3 juin 1865 – Sandringham, 20 janvier 1936, baptisé George Frederick Ernest Albert, le 7 juillet 1865)… _, n’appréciait pas ce prénom, Albert, qu’avait reçu le nouveau-né, et elle écrivit prophétiquement qu’elle espérait que le dernier prénom, George, « puisse supplanter le moins favorisé » ;

ce qui advint en effet à son avènement, à l’abdication du frère aîné de celui-ci, le roi _ éphémère, du 20 janvier 1936 au 11 décembre 1936, soit 10 mois et 21 jours… _ Edouard VIII, le 11 décembre 1936…

Ainsi avais-je émis, en mon article «  » d’avant-hier,

l’hypothèse qu’aux naissances de ses enfants, et tout particulièrement son premier-né, le 14 novembre 1948 ; mais aussi la seconde, le 15 août 1950, Elizabeth II leur avait choisi, en quelque sorte par fidélité-hommage à l’Écosse _ de sa lignée maternelle des Bowes-Lyon (et Glamis), ainsi que du cher château de Balmoral ; mais aussi à ses ancêtres Stuart (au premier rang desquels, bien sûr, la célébrissime infortunée Marie Stuart) _, des prénoms éminemment « Stuart » :

tels que les prénoms Charles et Anne.

Plus encore,

j’ai pensé qu’au décès de sa mère la reine Elizabeth qui vient de survenir ce 8 septembre 2022,

le prince de Galles Charles _ Philippe Arthur Georges _ a pris la décision, pour la succession de celle-ci sur le trône, d’assumer pleinement, lui, ce prénom « Stuart » donné par ses parents en tête de ses quatre prénoms à sa naissance le 14 novembre 1948, pour devenir pour l’Histoire le roi Charles III.

Une décision d’un certain poids face aux incertitudes qui pèsent sur le devenir tel qu’il se présente du Royaume Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord…

Le choix des prénoms, à la naissance d’un enfant, et davantage, forcément, à un avènement royal,

revêt donc toujours une importance, qu’il est toujours intéressant de décrypter.

Ce lundi 12 septembre 2022 _ jour de cérémonie à la cathédrale Saint-Gilles d’Edimbourg _,

Titus Curiosus – Francis Lippa

Quelques éléments à décrypter encore, parmi ceux dont témoigne la prolongation aux années 2015-2018 du Journal 2008-2014 de Jocelyne François

20mai

Ma lecture-décryptage du 4ème volume du Journal de Jocelyne François (2008-2018) _ qui paraît ces jours aux Moments Littéraires, en un Hors Série n° 4… _,

pâtit forcément incontestablement de mon ignorance actuelle des trois volumes précédents de ce Journal,

initié en 1961 avec « Le Cahier vert, journal 1961-1989« , et poursuivi avec « Journal 1990-2000, une vie d’écrivain » et « Le Solstice d’hiver, journal 2001-2007 » ;

tous parus au Mercure de France, successivement en 1990, 2001 et 2009.

Parce que le Journal _ en tant que genre, déjà _ n’indique pas nécessairement les moindres données biographiques aidant à _ ou permettant de _ identifier aisément, voire immédiatement, les personnes mentionnées au fil de la plume de son auteur ; personnes dont l’identité _ au moins contextuellement _ va immédiatement de soi au moins pour l’auteur même…

Alors que c’est le très lâche abandon _ le 9 juillet 2014, comme le signale l’entrée du 16 novembre 2014, à la page 125 _, vécu, par l’auteur qu’est Jocelyne François, comme une très injuste traitrise de la part de son éditrice, de la publication du volume du Journal consacré aux entrées des années 2008 -2014, aux Éditions du Mercure de France, qui a entraîné, en quelque sorte de soi-même, contre bien sûr le gré de l’auteur, la poursuite, faute de publication des entrées de ces sept années allant de 2008 à 2014, d’un volume s’augmentant en quelque sorte de lui-même, des entrées de quatre années supplémentaires, les années 2015 à 2018 ;

années marquées, et même gravement affectées, d’autre part, par diverses très graves maladies de l’auteur elle-même, ainsi que de sa compagne Claire _ elles se marient le 16 septembre 2015 à la mairie du Véme arrondissement à Paris (entrée du 19 novembre 2015, à la page 128) _ ;

et surtout par le décès de Claire le 26 janvier 2017 (entrée du 28 janvier 2017, à la page 138)…

Faute donc de diverses identifications de personnes, de dates, de lieux,

il se trouve que mon intelligence de lecteur pourtant attentif du mieux que je le peux, se trouve pour le moment encore victime de diverses incompréhensions, notamment concernant les liens enchevétrés de l’auteur avec d’une part son grand amour, Claire, et d’autre part son mari (et père de ses enfants), Gil,

faute de mieux disposer d’indications plus précises contextuelles _ dont disposent les lecteurs des trois volumes précédents…

Et cela en dépit de mes efforts pour capter ailleurs _ bien des outils sont en effet disponibles, et, en mes recherches diverses, j’en ai assez bien l’habitude ! ; mais elles n’ont jusqu’ici encore rien donné ! _ ces données _ d’identités, de dates, de lieux, etc. _ qui me manquent encore, pour le moment, pour combler les pièces manquantes de ce puzzle bio-géographique qui m’intrigue, et sollicite ma curiosité… 

 

Ce vendredi 20 mai 2022, Titus Curiosus – Francis Lippa

De petites avancées face aux blancs de la généalogie des Langlois originaires de Pont-de-l’Arche et Sèvres

14juin

En décidant d’affronter méthodiquement les blancs qui résistent, de leur mutisme, dans la généalogie réalisée par Bertand Langlois,

tant en aval des ancêtres bavarois Hastreiter et Kuntz d’Eschlkam, à la fontière de la Bohème, 

qu’en amont, en remontant de Robert Langlois de Sèvres (Sèvres, 16 février 1900 – Montreuil-aux-Lions, août 1944) _ ce Robert Langlois-ci étant le grand-père paternel de Bertrand et de Hervé Langlois, ainsi que de leur sœur et leur frère, dont j’ignore encore les prénoms _

à Robert Dubourg de Pont-de-l’Arche (Pont-de-l’Arche 1591 – Pont-de-l’Arche, 1666),

j’ai pu, à force d’un peu de patience dans le décryptage systématique de ces blancs, réaliser quelques petits progrès d’identifications au moins partielles…

Par exemple,

je sais dorénavant que l’enfant né _ même si j’en ignore toujours et le lieu et la date de naissance ; ainsi que l’identité de sa mère… _ du premier mariage de Hervé _ Alexandre-Yves _ Langlois

_ le frère de Bertrand Langlois, l’auteur de ces arbres généalogiques… _,

est un garçon Langlois.

J’ai pu aussi identifier le sexe _ le genre masculin ou féminin _ de chacun des individus dont les identités ont été cryptées par l’auteur de ces arbres généalogiques, Bertrand Langlois _ dont j’ignore les lieux et dates de naissance et mariage (avec Sylvie Poinsot) _  ;

et cela d’une génération à une autre

_ si bien qu’il est possible d’indiquer qui porte, et qui ne porte pas, le nom de Langlois à chaque génération, et en particulier les plus récentes, de cette famille Langlois ; même si la plupart des noms demeurent inaccessibles pour l’heure…

Ce qui m’a aidé à en apprendre davantage sur les identités de certains de ces descendants Langlois :

par exemple,

j’ai appris que le second des trois fils _ placé entre Thibaut, l’aîné, et Xavier Langlois, le troisième _ de Bertrand Langlois et de son épouse Sylvie Poinsot, Matthieu Langlois,

est né _ mais j’ignore où _ le 22 mai 1976,

et son épouse, Sophie-Marie Haguet, le 7 novembre 1975 ;

et que les trois fils de ces derniers se prénomment Corentin, Ernest et Artus…

Recherches, bien sûr, à poursuivre ;

avec patience, en espérant toujours que quelque nouvel indice me fera un peu avancer encore dans ces identifications de la parentèle plus ou moins proche, ou lointaine, de Théotime Langlois de Swarte, né à Céret en 1995 _ sans plus de précision _, ce si brillant jeune violoniste :

et je n’en sais guère davantage sur Théotime lui-même ;

sinon _ et ce n’est pas peu _ le nom de son épouse, la flûtiste (de Laburgade, dans le Lot) : Mathilde Latour…

Mathilde et Théotime se sont mariés, dans les Pyrénées-Orientales _ la réception a eu lieu à Pollestres, non loin de Perpignan _, le 27 juillet 2018.

Et Mathilde et Théotime sont domiciliés, non loin de Pantin, en Seine-Saint-Denis : au Pré-Saint-Gervais

Ce lundi 14 juin 2021, Titus Curiosus – Francis Lippa

Deux sublimes « Journaux » de deux immenses écrivains : Jean Clair et Pierre Bergounioux, ou de merveilleuses « Variations Goldberg » autres que musicales…

21avr

A l’heure où j’écoute et ré-écoute les Variations Goldberg de Bach

dans la quasi parfaite version de Pascal Dubreuil (qui paraît chez Ramée : CD RAM 1404) _ d’une seule admirable jubilatoire coulée ; ne me gêne (un peu) que la lenteur, un peu excessive à mon goût, de l’Aria initiale ; tout le reste avance et « reprend » (= « varie », creuse, développe, approfondit) idéalement !!! Ad majorem gloriam Dei ! Quelle joie ! _,

ma seconde lecture attentive du très dense et infiniment riche La Part de l’ange _ Journal 2012-2015 de Jean Clair

m’incite à lui rendre immédiatement un peu, si peu que ce soit, ici, de la grâce reconnaissante qu’il donne ;

et cela en l’associant à un autre Journal _ ô combien différent ! pourtant ; à l’opposé, peut-être même… _ qui m’a enchanté, lui aussi _ et c’est peu dire (mais j’ai adressé aussitôt un mail de remerciement d’enchantement à l’ami Pierre Bergounioux) : quelle sublime attention rendue au quotidien des jours qui s’ajoutent, au fil des mois, saisons et années : dans la singularité de détail, comme vierge à (et pour) l’intensité de la perception, de ce qui se présente et advient, arrive (l’accident !), au sein de ce qui se répète et dure, provisoirement probablement _ telle la diminution constatée au fil des ans du nombre de truites pêchées dans les rivières et ruisseaux de Corrèze, pour prendre un seul exemple… _, intitulé, lui, Carnet de notes 2011-2015 :

ce sont ainsi deux célébrations _ les deux non sans tonalité mélancolique ! mais quelles qualités de joie de lecture ils nous procurent-donnent !!! _ des jours qui passent (et de leur qualité, non sans douleur, si précisément et lumineusement ressentie par ces deux grands auteurs-écrivants, si magnifiquement attentifs, et si richement cultivés, tous deux : source de la puissance de leur formidable perspicacité de décrypteurs du réel !..), au fil d’une histoire générale bien peu satisfaisante, elle ;

deux célébrations dont je désire ici, un peu, et forcément modestement, comme à mon tour, après eux, donner témoignage…

Déjà, la 4e de couverture de ce nouvel opus de Jean Clair présente et résume excellemment ;

la voici donc :

« La part de l’ange _ ou des anges _ est la part du fût occupée par l’«esprit» volatil d’une distillation _ de vins, d’alcools ; « on y entend le froissement d’un envol » (page 85). C’était aussi la part de l’oreiller laissée vide pour l’ange _ gardien _ qui veille sur le sommeil de l’enfant. C’était, dans les sociétés anciennes, l’offrande _ sacrificielle _ aux dieux, les prémices d’une récolte, pour assurer les moissons futures.


Une société moderne _ laïcisée surtout _ exclut le don _ inutile, en pure perte, et donc vain : gaspillé _ à des puissances invisibles, génies ou divinités _ y compris anges !.. Le prix _ de vente et d’achat _ y remplace la valeur _ au-delà même de la valeur d’usage comme de la valeur d’échange _, y compris pour ce qui est sans prix. Mais c’est se condamner à la stérilité et au désespoir _ c’est-à-dire le nihilisme ; soit, la thèse civilisationnelle fondamentale de Jean Clair à propos de notre Âge (d’hyper-échangeabilité)…


Historien de l’art, auteur d’expositions mémorables comme «Mélancolie» _ en 2005 _, l’auteur de ce Journal a été l’observateur _ minutieux, patient subtil et perspicace _ du changement : le Musée imaginaire _ de Malraux _ est _ maintenant _ devenu une _ simple _ salle de ventes. Il s’en explique _ pages 389 à 398 _, parmi d’autres souvenirs, dans un entretien avec Malraux _ de 1974 _ demeuré inédit _ sur le devenir contemporain de l’Art, cf aussi L’Hiver de la culture ; et mon article du 12 mars 2011 : OPA et titrisation réussies sur “l’art contemporain.


Comment un enfant grandi dans le silence du pays mayennais _ cf surtout La Tourterelle et le chat huant _ Journal 2007-2008 _ a-t-il pu finir ses jours sous la Coupole où l’on discute chaque semaine des mots du Dictionnaire? À l’origine de cette trajectoire, qui le laisse aujourd’hui désemparé _ cf là-dessus l’extraordinaire (et effrayant) chapitre intitulé Les Bibliothèques, pages 281 à 294… _, une double expérience : la psychanalyse, dont il est très jeune un patient, gardant le silence dont il connaît le prix, puis la découverte de la peinture qui, mieux que la littérature, garde elle aussi le silence.


Pour la première fois _ pas tout à fait : cf, déjà (en plus de Journal atrabilaire, en 2006), Lait noir de l’aube _ Journal, en 2007, et La Tourterelle et le chat huant _ Journal 2007-2008 _, Jean Clair donne comme sous-titre à son texte Journal 2012-2015, comme s’il reconnaissait que ses écrits littéraires parus chez Gallimard, depuis le Court traité des sensations en 2002, jusqu’au Dialogue avec les morts en 2011 _ cf mon article « Face à l’énigme du devenir (poïétiquement) soi, l’intensément troublant « Dialogue avec les morts » (et la beauté !) de Jean Clair : comprendre son parcours d’amoureux d’oeuvres vraies« , rédigé le 27 mars 2011 _ et aux Derniers jours en 2013 _ cf mon article « « La lumière plus chaude du soir » : la lucidité puissante de Jean Clair dans « Les Derniers jours » », rédigé le 29 octobre 2013 _, étaient les pans d’une même œuvre _ en effet, et dont je suis un passionné lecteur ! _, fascinante à plus d’un titre, qui le met au niveau des grands diaristes _ oui ! _, et dont La part de l’ange est le nouveau volume

_ à la toute fin du chapitre La parole, aux pages 344-345, Jean Clair explique cette situation sienne de diariste, en effet, de son réel :

« Est-ce pour la même raison _ cette stupeur, cette impossibilité à dire, à narrer des histoires, à composer des dialogues comme ceux qu’on lit, étagés et séparés par de petits tirets, dans les livres d’aujourd’hui _ que je me cantonne _ cf le mot de Samuel Beckett à l’enquête de Libération : « Bon qu’à ça !«  _ dans la réalité qui m’entoure. Il m’est difficile de raconter des événements que je n’ai pas vécus, de feindre _ par la fiction, donc _ des sentiments que je n’ai pas éprouvés, de rapporter des mots que j’ai peut-être entendus mais que j’ai oubliés. A quoi bon raconter des histoires ? »…

Le 4e volume de Journal intitulé Carnet de notes de Pierre Bergounioux, cette fois-ci ne couvre plus dix ans (Carnet de notes 1980-1990, Carnet de notes 1991-2000, Carnet de notes 2001-2010), comme faisaient les trois premiers volumes, mais cinq ans : 2011-2015 ; et son achevé d’imprimer est daté de janvier 2016 _ les achevés d’imprimer des précédents volumes portaient, eux, et c’est à relever !, les dates de mars 2006, août 2007 et janvier 2012 : cela ne fait donc que depuis dix ans seulement que nous pouvons accéder à ce chef d’œuvre absolu de Pierre Bergounioux qu’est son Carnet de notes

C’est que pour Pierre Bergounioux le temps (de sa vie) semble maintenant _ mais depuis quand, au fait ? depuis toujours ? depuis son passage à l’écriture de ce Journal, précisément ?.. _ s’accélérer, face au vieillissement du corps, à la détérioration de la santé et aux signaux annonciateurs (cardiaques principalement) de la finale disparition physique, scandant de plus en plus les notations toujours merveilleusement précises et détaillées de son Journal…

En recherchant dans mon agenda, je m’avise que c’est en 2012 _ seulement ! _ que j’ai découvert-lu son Journal (celui de 2001-2010, tout d’abord), après avoir écouté, sur la route entre mon lieu de travail et mon domicile, une longue interview de l’auteur sur France-Culture, qui m’avait en partie passablement agacé, irrité même, par la noirceur de son pessimisme ; ce qui ne m’avait pas empêché de vouloir le lire ; et donné, l’ayant lu, le désir très puissant de lire en suivant les deux premiers volumes parus (1980-1990 et 1991-2000). J’ai joint alors l’auteur par téléphone pour lui dire de vive voix toute mon admiration.

Alors que le Journal publié de Jean Clair est pour l’essentiel un raboutage thématique _ comme en témoignent le découpage en chapitres, ainsi que les titres donnés à la plupart (22 /25) de ces chapitres : les mots, le sol, la langue, la valeur, Caput mortuum, l’origine, les météores, le garde-temps, les rêves, les visages, le jardin des espèces, les voiles, le camouflage, la porte, Choses vues, les figures, les bibliothèques, Cari Luoghi, la parole, Finis Europæ, l’ordure, l’envol de l’ange ; s’ajoutent seulement un Fragment d’un Journal I, un Fragment d’un Journal II et une Coda _ de pages effectivement écrites au fil des jours

_ cf pages 66-67 : « (Car s’il me faut reprendre cette belle métaphore du journal, il me semble que le travail de ce journal-ci s’écarte de celui des paysans qui traçaient jour après jour un sillon, et alignaient le tracé de leurs pas selon l’écoulement des heures _ ce qui caractérise le Journal de Pierre Bergounioux ! _, mais plutôt, dans ce temps sans passé ni futur _ à dimension d’éternité, donc _ de la création littéraire, qu’il se rapproche du second aspect du travail des champs, celui de la « reprise », de l’assemblage de morceaux disparates, venus de temps et de lieux différents, un travail donc qui ressemble à celui de la couturière _ voilà ! _ qui travaille avec des restes, qui rapièce et raboute, si bien que le « Journal », écrit, n’aura rien d’un journal au sens du quotidien des charrues, mais proposera plutôt dans son déroulement, une fois rebâtie _ voilà ! _, l’image _ seconde, et non brute _ d’une continuité idéale qui n’a jamais été.)« … _,

et avec peu de liens nets et avérés avec des événements précis et détectables de l’actualité (et au fil de celle-ci),

le Journal de Pierre Bergounioux est, lui, strictement chronologique, et très étroitement lié aux mille détails-accidents éminemment sensibles (intensément, mais toujours sobrement _ et avec pudeur _, ressentis par lui) des travaux et des jours, ainsi que des saisons, et tout ce qu’en ressent l’auteur en en faisant le récit en son écriture magnifique (et qui se veut assez objective : dénuée de pathos !) _ ce qui me rappelle les merveilleuses notations (si poétiques aussi…) sur les saisons, au Japon, en l’an mil, de Sei Shonagon, en son sublime Notes de chevet Jusqu’aux horaires précis de lever qui sont scrupuleusement notés par cet inlassable travailleur et annoteur, aux antipodes de l’hédonisme, qu’est Pierre Bergounioux…

En effet ce tout récent, tout frais _ publié dès janvier 2016 par Verdier à peine l’encre de la page du 31 décembre 2015 achevée de sécher… _ Carnet de notes 2011-2015 de Pierre Bergounioux, est tout particulièrement marqué, scandé, par les problèmes de santé, et au premier chef ceux de Mam, la mère de Pierre, qu’un accident vasculaire cérébral survenu le 7 août 2012 contraint à quitter sa maison (puis l’hôpital) de Brive pour une maison de retraite, à Saint-Rémy-lès-Chevreuse _ à 4 kilomètres du domicile de Pierre et sa compagne Cathy à Gif-sur-Yvette _, où Mam va résider désormais, de son arrivée le 15 octobre 2012, jusqu’à son décès, trois ans plus tard, le 12 novembre 2015 ; mais les ennuis de santé assaillent de plus en plus, aussi, Pierre lui-même _ né en mai 1949 _, victime d’une hypertension récurrente ; Cathy, sa compagne, aussi ; ainsi que leurs enfants et petit-enfants…

Voici, pages 1175 à 1177, le récit de la journée du 14 novembre 2015 :

« Debout à six heures. Le chagrin _ de la mort de Mam, décédée le matin du 12 novembre, l’avant-veille _ veillait à mon chevet. J’apprends encore _ par la radio probablement ; moi ce fut par la télévision, à 23 heures, le 13, au retour d’un concert Durosoir auquel j’avais assisté à Hendaye _ que de nouveaux attentats _ après ceux de janvier (Charlie Hebdo, etc.) _ ont été perpétrés hier soir _ 13 novembre _, à Paris. Il y aurait plus de cent morts. L’état d’urgence a été décrété. Pareille chose ne saurait être sans effet sur l’ensemble de l’activité _ dont ce qui était prévu des siennes… Un courriel du Collège de France, envoyé dès minuit, m’avise que la deuxième journée du colloque, sur Barthes _ où Pierre devait intervenir _, est annulée. Je suppose qu’il en ira de même pour la conférence sur le climat, à l’Assemblée _ autre intervention programmée de Pierre Bergounioux pour ce 14 novembre. Mais en l’absence d’informations, Cathy me descend _ de leur maison de Gif _ à Courcelle _ la station du RER la plus proche de chez eux _, à huit heures moins le quart. Je verrai sur place. Nous étions à mi-chemin _ entre la maison et la gare _ lorsque le portable tinte. C’est un SMS de la Maison des écrivains. Le Parlement sensible ne siègera pas non plus _ à l’Assemblée Nationale. Nous rentrons _ donc. Il me semble vivre une période de grand malheur. Mam nous a quittés et des fous furieux abattent des gens par dizaines, dans les rues _ sans plus de notation là-dessus…

Et ce n’est pas fini. Je viens à peine d’entamer l’abondant et triste courrier dont il faut s’occuper après un décès, quand Paul _ le fils cadet de Pierre et Cathy _ téléphone. Soulef _ l’épouse de Paul, enceinte de leur second enfant _ a fait un malaise. Les pompiers l’ont conduite aux urgences du Kremlin-Bicêtre _ hôpital où exerce Jean, le frère aîné de Paul. Il voudrait être auprès d’elle, mais il a Sarah _ leur fille _ sur les bras. Nous partons la chercher. On roule facilement. Nous sommes à Cachan _ au domicile de Paul et Soulef _ dans la demi-heure, embarquons les petits _ soient Paul et sa fille Sarah _, déposons Paul devant l’entrée de l’hôpital _ du Kremlin-Bicêtre _ et rentrons _ à Gif _ avec la demoiselle _ Sarah. Elle réclame son père _ Paul _ d’un ton plaintif et Cathy va lui sacrifier sa journée, avec une brève interruption pendant que l’autre _ Sarah _ fait la sieste, pour arrêter des cultures, à l’institut _ à Orsay, où Cathy est chercheuse en biologie.

Je rédige une lettre après l’autre, cherche des adresses dans les papiers, sur Internet. Mam était affiliée à plusieurs caisses de retraite, un peu partout dans le pays, Brive, Tulle, Limoges, Chartres, Paris. Tout était soigneusement classé et elle continue, par delà la mort, à me faciliter la vie. IL n’est pas loin de six heures du soir lorsque j’ai dépêché, à peu près, cette corvée. Mais il s’agissait de Mam et rien, alors, ne me coûte. Je pense continuellement à elle, avec une peine infinie, des bouffées de détresse.

Soulef a pu quitter l’hôpital en milieu d’après-midi. Mais elle est toujours nauséeuse _ elle est enceinte (de son second enfant) _ et doit rester allongée.

J’étais couché lorsque j’entends, à l’étage, les cris et les pleurs de Sarah, la voix de Cathy qui tente, sans succès, de la consoler puisque, l’instant d’après, elle descend, la petite sur le dos. Nous allons la ramener chez elle _ à Cachan _, comme la dernière fois. Nous rassemblons vêtements, chaussures, jouets et repartons pour Cachan. Très peu de circulation à dix heures du soir. Nous roulons sous un ciel qu’on croirait peint, un vélum sur lequel un artiste de très grande taille aurait dessiné des nuages de couleur claire, aux bords nets, sur fond noir. Nous restituons la petite à ses parents et reprenons aussitôt la route (Cathy a fait le voyage en robe de chambre).

Pour la première fois depuis trois ans, j’étais ici _ à Gif _ et je ne suis pas monté à Saint-Rémy _ à la maison de retraite où résidait Mam depuis le 15 octobre 2012. Et la douleur _ cardiaque _ me reprend avec une véhémence intacte.«

Bien sûr, le style de Journal de Jean Clair et le style de Journal de Pierre Bergounioux ont peu à voir l’un avec l’autre ;

et leur culture _ leurs références : ouvertes comme à l’infini chez l’un comme l’autre ! _ est assez dissemblable ;

ainsi que le détail de l’argumentaire de leur sévère diagnostic civilisationnel.

Et pourtant ce sont, tous deux, de merveilleux écrivants inlassables formidables décrypteurs des micro-signes de l’époque,

tous deux d’une très grande probité, et d’une inépuisable richesse…

À se mettre, lecteur, dans les pas de leur démarche d’écrire-penser _ si généreusement curieuse, toujours, et si subtilement attentive _, cette démarche si précise et si fine, si probe aussi, d’observation droite du réel et d’analyse impitoyablement perspicace de ce réel auxquels ils ont, personnellement, et toujours de près, d’abord, à faire, ici et maintenant, sous leurs yeux et sous leurs doigts et mains, tous deux ;

mais élargissant, tous deux, la vision de l’analyse à tout ce qui vient constamment leur donner, comme à profusion de lucidité, le geste optique de recul d’élucidation _ ce va-et vient entre le microscope et le télescope dont parle Proust à la fin du Temps retrouvé _, puisé à leur inépuisable fond de culture si judicieusement convoqué,

les lire est une source renouvelée d’intelligence sensible et de découverte de vérité.

Merci à eux deux !

Et à leur art _ obstiné ! _ de si merveilleusement « varier« , hic et nunc, à dimension d’éternité…

Titus Curiosus, ce lundi 18 avril 2016

Mathias Enard, ou le creuseur pudique : face à l’énigme de l’oeuvre et les secrets du coeur (à partir de l’exemple de Michel-Ange à Rome _ et Istanbul !!!)

11sept

Voici, ce jour, une réflexion sur la présentation par Mathias Énard de son roman-fable-enquête Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants

soit un essai _ de réflexion artistique, entée sur des recherches d’érudition, tant à Rome (Mathias Énard fut pensionnaire de la Villa Médicis en 2005-2006) qu’à Istanbul, et très « en profondeur« , la réflexion artistique comme la recherche documentaire, de la part du probe, fin et patient Mathias Énard _ pour combler un trou de quatre mois dans la biographie de Michel-Ange :

d’avril 1506

_ quand, fuyant Rome (« Michel-Ange a quitté Rome sur un coup de tête, le samedi 17 avril, la veille de la pose de la première pierre de la nouvelle basilique San Pietro« , page 13), suite à une mésentente grave avec son employeur-commanditaire l’assurément peu commode pape-guerrier Jules II (« Il était allé pour la cinquième fois consécutive prier le pape de bien vouloir honorer sa promesse d’argent frais. On l’a jeté dehors« , ibidem…), le sculpteur, florentin, vient se réfugier à Florence, auprès des Médicis _,

à septembre 1506

_ on retrouve en effet le sculpteur à Bologne (possession pontificale, mais à ce moment-là en révolte contre l’autorité du pape), au mois de septembre 1506 ; deux mois plus tard, le 10 novembre 1506, Jules II reconquiert par les armes cette cité (qu’il connaît bien pour en avoir été jadis le cardinal-évêque : de 1483 à 1499) ; et très vite le pape et l’artiste se seront réconciliés ; mais, plutôt que de continuer à faire travailler en priorité le sculpteur au projet de son gigantesque tombeau pour la nouvelle basilique Saint-Pierre, Jules II préfère (l’architecte Bramante souhaitant aussi éloigner Michel-Ange _ un rival _ du chantier de la reconstruction de Saint-Pierre) lui confier la mission _ titanesque _ de peindre l’immense plafond de la chapelle sixtine : Jules II s’en soucie tout spécialement, en effet, car la chapelle sixtine, construite de 1477 à 1483, est une création de son oncle, le pape Sixte IV della Rovere (pape de 1471 à 1484) ; mais le bâtiment vient de souffrir d’importants dégâts causés par de récentes constructions adjacentes (d’une part, l’édification des appartements Borgia, pour le pape Alexandre VI ; d’autre part, le chantier _ colossal _ de la réfection de Saint-Pierre, qui avait débuté le 18 avril 1506) ; et c’est Michel-Ange, le peintre, qui va se consacrer à ce plafond de la Sixtine, de mai 1508 à octobre 1512…

présentation

donnée le mercredi 8 septembre 2010, dans les salons Albert-Mollat,

en dialogue avec Francis Lippa…

Rencontrer _ in vivo ! _ un artiste qu’on a un peu essayé de bien lire _ et qu’on va continuer d’essayer de bien lire : car en ce cas de l’artiste (« vrai« , donc !) Mathias Énard, l’œuvre (vraie ! ainsi qu’elle se révèle à l’épreuve de cette lecture…) ne se réduit certes pas à ce qui pourrait, d’elle, se résumer : elle y résiste et tient la route « vraiment«  ! c’est en cela qu’elle est, chose toujours un peu rare (et digne d’admiration !), une « œuvre vraie« _ ;

et avoir la chance, en plus, de disposer d’un peu le temps afin de s’entretenir (un peu, ici encore : une bonne heure et demi…), de dialoguer avec lui _ le podcast de l’entretien dure 62 minutes _, sur ce qui anime la démarche d’où sourd, jaillit, procède son propre créer,


c’est avancer un peu sur ce que Gaëtan Picon et Albert Skira formulèrent, naguère _ magnifiquement ! _, comme « les sentiers _ ce ne sont pas des boulevards ! _ de la création«  _ et que s’efforce de prospecter, modestement et en douceur (forcément ! rien ne s’y obtient en « forçant«  !), la poïétique :

sur ce chantier, j’essaie de mettre quelques petits pas, ici-même, en ce blog-ci, dans ceux, si fins, d’un Paul Valéry, ou d’un Gaston Bachelard, hier, d’une Baldine Saint-Girons, aujourd’hui (cf son tout récent et très important Le Pouvoir esthétique, aux Éditions Manucius : une analyse ultra-fine et lumineuse des pouvoirs sur la sensibilité !)… _ ;

et qu’ils entamèrent d’éclairer-explorer, avec une merveilleuse délicatesse _ quels trésors recèle la collection de ce nom, « les sentiers de la création« , aux Éditions Skira ; hélas interrompue ; et somnolant désormais sous une pellicule plus ou moins fine de poussière dans les bibliothèques, quand elle ne sollicite pas plus activement les « actes esthétiques«  _ pour reprendre le concept de Baldine Saint-Girons en son précédent maître-livre, L’Acte esthétique, aux Éditions Klincksieck _ d’un peu actives mises à contribution, fécondes, d’une culture vive : en chantier (musaïque) de création…

Eh bien voilà la chance qui m’est échue en l’espèce de la rencontre,

mercredi après-midi dernier, 8 septembre, sur l’estrade des salons Albert-Mollat,

en l’espèce d’un dialogue (nourri de curiosités ajointées)

avec l’auteur

et de Zone, et de Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants,

ce creuseur d’énigmes magnifique

qu’est le très patient et tranquille, solide, posé, Mathias Énard…

En ce dernier opus _ dont le chantier lui a pris au moins deux années, depuis l’amorce de l’« idée« , lors de son séjour romain (en 2005-2006) à la Villa Médicis, nous a-t-il confié, en mettant la main, en la (belle) bibliothèque de la Villa, sur le volume des Vies… de Vasari comportant le récit de la vie de Michel-Ange, puisque c’est ainsi que démarra l’enquête !.. ; et dont le fruit, ce livre-ci, Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants, vient de paraître ce mois d’août aux Éditions Actes-sud _,

c’est à l’énigme de la création si puissante de Michel-Ange _ sculpteur, peintre, architecte ; ainsi que poète : ses Sonnets et (autres Poésies : Madrigaux, Poésies funéraires, Épigrammes, Élégies, Canzone, ainsi que Stances…) franchissent trop peu le seuil de la connaissance (et a fortiori celui de la délectation) des amateurs d’Art : considérablement moins que son œuvre plastique, en tout cas ! _ que vient se confronter la curiosité probe, patiente, et plus encore profonde, du chercheur-artiste, ou artiste-chercheur _ puisque c’est surtout ce processus-là que les circonstances de son parcours l’ont un peu amené à privilégier, désormais, comme lui-même, en parfaite simplicité, l’a indiqué, spontanément mercredi, en prenant des distances avec les missions universitaires auxquelles il s’était d’abord plié et adonné _, Mathias Énard.

A qui se demande

comment l’auteur-artiste passe du souffle formidable, (quasi) d’un seul tenant

_ ou d’une seule « tenue«  de la part de qui narre : en une phrase unique, « dans le souffle« , d’un narrateur (tel que celui de Zone…), qui (se) repasse (mentalement) en revue, lors d’un voyage en train (récapitulatif !), entre les gares de Milan et de Rome, toute la complexité où s’est faite (construite) et défaite (déconstruite) sa vie _ a-t-il une œuvre, lui ?.. c’est un agent auxiliaire, de grade subalterne… _, et, en particulier, ses relations (complexes et parfois d’une violence extrême) aux autres, de travail _ pas mal en Orient : voilà pour l’« éléphant«  ! _, de guerre _ voilà pour les « batailles«  et pour les « rois«  ! _, et aussi (avec ses trois compagnes successives, en particulier) d’« amour«  _ « et autres choses semblables« , ainsi que Rudyard Kipling se l’est entendu dire de son interlocuteur l’aède indien, dans Au hasard de la vie ; ainsi que le rapporte l’épigraphe de Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants _ : mais avec quelles finesses d’inflexions (d’hémioles, dirait-on en musique) : c’est un chef d’œuvre walt-whitmanien que cette coulée une et unique de souffle ! _,

comment l’auteur-artiste passe du souffle formidable, (quasi) d’un seul tenant

_ de narration se confrontant (lui et son Soi en gestation) à l’étrangeté poignante (et difficultueuse) de l’altérité ! quasi monstrueuse, en son pouvoir de fascination… _

des 516 pages de Zone,

au feuilletage discret, léger, rapide _ mais toujours aussi fort et puissant ! _,

des feuilles de carnet (de recherche de traces _ en vue d’approcher, lui, d’un peu mieux éclairer, sinon percer à jour vraiment, pour lui, les énigmes de sens d’une œuvre si riche en une vie d’artiste si étendue et si féconde en chefs d’œuvre, et si divers, que l’œuvre colossal de Michel-Ange… _ en bibliothèques et archives, principalement à Rome _ aux Archives vaticanes _ et, ensuite aussi, à Istanbul _ aux Archives de l’empire ottoman _) du narrateur-chercheur-reconstitueur (en son penser),

mais qui apprend à méditer aussi _ pour lui ; et pour nous lecteurs, à sa suite, qui sommes conviés au récit tout à fait provoquant de sa recherche, en la curiosité stimulée, à notre tour, de notre lecture… _, sur les signes évanescents

_ presque complètement silencieux (ils ne sont pas bavards d’eux-mêmes : il faut y être attentif pour espérer accéder à si peu que ce soit de ce qu’ils laissent transparaître, tout de même, de leurs puissants secrets…) _,

de l’Art,

des 155 pages, allegro vivace, de Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants,

à qui s’interroge, donc,

la réponse de l’auteur-artiste,

dans l’en-direct vivant du dialogue improvisé,

se fait toute simple (et sans le moindre chi-chi, a fortiori) :

chaque livre a le nombre de pages

et le style

que lui donne, tout simplement, son sujet _ c’est-à-dire le questionnement à propos d’une énigme ! _ qui vient s’emparer de lui _ devenant l’enquêteur _,

et qui l’attelle, un bon moment, à sa mission de le mettre (= donner, offrir, rendre), ce sujet « prenant » _ cette énigme à éclairer un peu ! puis l’enquête sur elle, en l’altérité de ce à quoi celle-ci ose venir se mesurer… _, par écrit, en son écrire (de narration) :

musical _ d’où la verve du rythme du récit…

Ainsi,

si Zone a été l’achèvement en forme d’apothéose faulknérienne (à mes yeux, du moins) de la recherche de Mathias Énard à propos de l’énigme si profondément entée en nous, en leurs séquelles qui paraissent ne plus bien vouloir accepter d’en finir « vraiment« , des guerres (intestines fratricides) du XXème siècle sur le continent européen (et ses appendices sud- et est- méditerranéens…),


ainsi, donc,

voici qu’aujourd’hui Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants apparaît _ au lecteur passionné (et fouilleur patient aussi : mobilisé…) que je suis… _ comme la confrontation de la curiosité probe et ultra-fine de Mathias Énard

avec l’énigme des liens entre

le Grand Art du génie de l’artiste-à-l’œuvre connu de nous sous le nom de Michel-Ange,

d’une part ;

et,

d’autre part,

les frémissements secrets _ tant aux autres (l’homme est un taiseux) qu’à lui-même aussi, pour le plus enfoui… _ du cœur de l’homme de chair, avec ses puissantes pulsions (dans les parages de l’Autre !), qu’il était

en sa vie d’homme…

L’homme et l’artiste ;

la vie et l’œuvre _ en tensions complexes à démêler à l’infini ;

sus au simplisme !

Cf

et apprendre à méditer sur cela,

par exemple, le célèbre mais trop mal compris trop souvent

Contre Sainte-Beuve de Marcel Proust…

Car

c’est l’Art qui crée en partie importante _ ça n’est jamais ex nihilo, non plus… _ la singularité

qui va se construire (mais pas mécaniquement !) de l’artiste !

L’artiste découvrant lui aussi peu à peu ce processus _ expressif, sur ces denses et compliqués aventureux « sentiers de la création«  _ de métamorphose _ de son Soi _ qui le traverse et le déborde _ lui, son (petit) Moi, ainsi que les pulsions (sauvages) de son Ça ; et aussi son Sur-Moi… ; cf aussi Nietzsche : sur « la petite«  et « la grande raison« , in l’important Aux Contempteurs du corps, au livre premier d’Ainsi parlait Zarathoustra _ et lui échappe en grande partie _ aussi lucide s’efforce-t-il de devenir ! Bataille qualifie très justement ce processus de création d’« impouvoir«  (de l’artiste)_,

en son regard, plus ou moins acéré, et questionnant _ interrogateur _ aussi ce qu’il fait _ et pas seulement l’altérité à laquelle il ose, aventurier, se confronter…


C’est avec infiniment d’humilité (et douceur tranquille, en son intranquillité même ! _ à l’écritoire…) que Mathias Énard approche la lumière de sa bougie

(artisanale : il la compose de tout ce qu’il peut assembler-rassembler _ en partie, aussi, comme il se doit (et cela comme pour tout un chacun d’entre nous tous), de bric et de broc : avec les divers moyens du bord !.. _ en sa culture et historique et artistique : très fouillées et très fines, les deux _ un travail de micro-chirurgie !)

Mathias Énard approche la lumière de sa bougie

_ avec tout ce que lui a appris sa propre longue et lente fréquentation, intense, passionnée, infusée et murie, et de la Perse

et de la Turquie :

d’où la rencontre, ici, sur ces pages au moins, de Michel-Ange

avec le calligraphe-poète

(et secrétaire, au Divan, du grand vizir Atik Ali Pacha),

Mesihi :

Mesihi dont il pense, même, identifier les traits

en la figure et le corps déployé

d’Adam

sur le sublime plafond de la Sixtine… ;

Mathias Énard nous a-t-il ainsi confié en cette belle conférence de mercredi ! et c’en fut là un temps très fort !!! _


Mathias Énard approche la lumière de sa bougie, donc

_ je reprends et poursuis _,

de cette énigme de l’œuvre _ sidérant, il est vrai _ michel-angelesque _ quelle poigne ! _,

sans chercher _ certes pas ! _, à réduire _ nous sommes ici à mille lieux d’un réductionnisme grossier et  vulgaire ! _ cet Art _ de l’artiste ! _

au misérable « petit tas de secrets » de l’homme en sa vie,

et ses rencontres (de tous genres !),

avec leur part (déjà) ombreuse,

sinon sombre _ voire carrément noire… _

d’altérité.


C’est à l’aune de l’Idéal d’Art,

très haut, et très puissant,

bien au contraire,

que Mathias Énard envisage et aboute les brindilles des rencontres _ glanées en sa recherche d’archives, ou bien imaginées : par les secours conjugués de sa culture et de son propre imaginer d’écrivain ! _ de la vie d’homme de notre « Michelagnolo Buonarroti« …

Au-delà des circonstances, déjà hautes en couleurs et batailleuses, des rapports de l’artiste commandité avec ses très hauts et très puissants commanditaires (chefs de guerre manieurs de sabre : comme le furent et Jules II della Rovere et Bayazid II de la dynastie des Osmanli),

c’est au côtoiement (et aboutage) incommensurablement plus fin et plus complexe des sensibilités du poète et calligraphe _ Mathias Énard met l’accent sur cette part fondamentale de cet art, dont hélas rien (de son pinceau et de sa main…) n’aura été préservé-conservé, pour nous _ Mesihi (né à Pristina, au Kosovo, vers 1470 ; et mort le 30 juillet 1512 à Istanbul : moins d’un an après la mort sur le champ de bataille de Gökçay, le 5 août 1511, de son protecteur le grand vizir Atik Ali Pacha)

et de l’artiste multiforme Michel-Ange (né au château de Caprese, près d’Arezzo, le 3 mars 1475 ; et mort à Rome le 18 février 1564)

_ Mesihi avait environ trente-six ans ; et Michel-Ange, trente-et-un _

que nous fait nous approcher, en son écriture _ d’enquête _ précise, rapide et légère, probe _ très loin tant de la moindre complaisance à la rhétorique que de l’hystérie _ le pudique, mais très patiemment curieux chercheur de sens et de beauté _ les deux conjoints : c’est un artiste ! _, Mathias Énard,

en ce superbe bijou qu’est Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants

Et l’auteur lui-même de se pourlécher à l’avance _ avec nous _ de ce que la gent _ un peu trop, parfois, ou souvent _ pressée _ par utilitarisme ! _ de la meute journalistique _ ah l’inculture du résultat !.. _

va très bientôt _ « un mois« , a-t-il même estimé mercredi 8 septembre… _ intégrer désormais dans sa bio officielle de Michel-Ange

le séjour stambouliote et le début de construction de « son » pont sur la Corne d’Or,

à la façon dont des lecteurs des Onze de Pierre Michon ont accouru en nombre contempler au Louvre le tableau qui y était décrit en ses plus menus détails… ;

ou à celle dont le malheureux _ pressé et sectateur de l’utilitarisme de l’efficacité, probablement, lui aussi : Time is money ! _ expert en économie internationale (des Affaires) qui fréquente les allées du pouvoir, a plagié, à propos de l’œuvre rédigé de Spinoza, notre confrère philosophe bordelais, Patrick Rödel, pour son Spinoza, ou le masque de la sagesse (aux Éditions Climats : la couverture prévenait pourtant : « biographie imaginaire » !) : ouaf ! ouaf ! ouaf !



Tel est donc, avec deux jours et deux nuits (de réflexion-méditation) de recul,

ce que je puise

dans ma rencontre-conversation avec ce créateur-artiste passionnant important qu’est Mathias Énard.


Titus Curiosus, ce 11 septembre 2010

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