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Question : lesquels des « Tirages Fresson » de Bernard Plossu, sont ceux que je préfère ?.. Et un second volet de conclusion, préparatoire à un repêchage d’images trop rapidement écartées…

15nov

Hier,

j’ai commencé à préparer-baliser mon terrain afin de prendre un peu de sain recul rétrospectif quant à mes préférences (subjectives) d’images, à partir de mes 2 listes de départ :

ma première liste de 13, puis ma liste complémentaire de 22… _ cf mon article du 5 novembre dernier : _ ;

d’autres images _ que ces 35 -là _ étant, et avec force et grande justesse, venues se rappeler à mon attention, parmi les 80 images de ce sublime « Tirages Fresson« , de Bernard Plossu, qui vient de paraître aux Éditions Textuel…

La variété très riche, déjà, des « genres » d’images,

soient, selon mon essai de classement :

d’abord les images « d’extérieurs« 

partagées entre :

_ les images « de nature » ;

_ les images « de villages » ;

_ les images de « villes et grandes métropoles » ;

_ ainsi, encore, que celles, un peu particulières, « avec vue sur la mer » ;

puis les images « d’intérieurs« ,

en la si puissante étrangèreté poétique de leur banalité presque la plus quotidienne,

assez souvent _ mais pas toujours, non plus ! _ ;

ainsi, aussi _ ne pas les oublier ! _les images que j’ai qualifiées de « tendant vers l’abstraction » _ et auxquelles ne manque jamais la faveur (ludique) très fidèle de leur auteur… ;

la variété très riche des « genres » d’images, donc,

auxquels il me semble possible de rattacher _ par commodité un peu facile de rangement _ chacune de ces diverses images, pourtant le plus souvent éminemment singulières !,

me semble ainsi constituer un premier élément,

et déjà assez important,

sur lequel s’appuyer, pour étayer _ fonder un peu en raison _ le large et très profond _ intense _ plaisir éprouvé

à la contemplation, page après page, de ce merveilleux album, si divers,  de 80 images…

Au passage, on lira aussi avec très grand profit (et immense plaisir) pour la très grande justesse de sa sensibilité !

le magnifique article sur son blog, le 24 octobre dernier, de Fabien Ribéry,

intitulé « Michel Fresson, le traducteur, par Bernard Plossu, photographe« .

Mais il me faut aussi un peu revenir maintenant sur certains de mes premiers choix

d’avoir écarté, de ces 2 sélections premières, certaines images :

ou bien parce que déjà bien connues _ et même célèbres : devenues quasi des « classiques » de Plossu _ par de précédentes publications ;

ou bien parce que trop vite jugées par moi _ probablement assez injustement ! _ un peu redondantes

par rapport à d’autres images au départ retenues, parmi les 13 ou parmi les 22 _ et parmi, donc, les 35 d’abord préférées sur les 80 de l’album…

Ces images ne méritaient pas pareille mise à l’écart _ même, comme ici, seulement pragmatique, et très relative : choisir un peu pour ne pas rien écarter du tout… _ ;

Il me fallait donc impérativement et dare-dare en repêcher certaines…

D’abord, certaines images, déjà, qui me semblaient « un peu trop » connues

_ mais seulement eu égard à leur très relatif ! (et très subjectif) coefficient circonstanciel de « surprise » du regardeur ! ;

soit un critère absolument pas universel, il faut bien le reconnaître… _,

que je n’avais donc pas _ et seulement pour cela _ retenues,

ni dans ma liste première de 13, ni dans ma liste complémentaire de 22 :

il s’agit des 8 images

_ chacune, et en sa stupéfiante singularité, plus admirable que l’autre _

des pages

28 : « Californie, États-Unis, 1980« ,

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29 : « Californie, États-Unis, 1977« ,

 37 : « Côte belge, Belgique, 1970« ,

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47  : « Françoise, Paris, France, 1988« ,

Plossu couleur Fresson

60 : « Grenoble, France, 1974« ,

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61 : « Madrid, Espagne, 1975″,

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67 : « Ranchos de Taos, Nouveau-Mexique, États-Unis, 1977« ,

Bernard Plossu

et 95 : « Mexico, Mexique, 1966″,

Bernard Plossu

de ce « Tirages Fresson » de 2020,

que je m’apprêtais _ bien à tort ! _ à citer ici comme écartées de mes tout premiers choix,

mais effectivement à tort puisqu’elles faisaient tout de même partie _ Ouf ! _ de ma liste complémentaire de 22

_ cf à nouveau mon article du 5 novembre dernier, qui les citaient très effectivement ! :  _ ;

et qui, de plus, étaient aussi _ et peut-être surtout ! _ co-présentes,

_ cf cette fois mon article du 4 novembre : _,

du moins pour 6 d’entre ces 8 -là… ;

soient les images des pages

28, légendée : « Californie, États-Unis, 1980« 

(page 98 du « Plossu Couleur Fresson » de 2007 ; et page 101 du « Couleurs Plossu » de 2013),

47, légendée : « Françoise, Paris, France, 1988« 

(page 131 du « Plossu Couleur Fresson » de 2007 ; et page 122 du « Couleurs Plossu » de 2013),

60, légendée : « Grenoble, France, 1974« 

(page 114 du « Plossu Couleur Fresson » de 2007 ; et page 82 du « Couleurs Plossu » de 2013),

61, légendée : « Madrid, Espagne, 1975« 

(page 95 du « Plossu Couleur Fresson » de 2007 ; et page 105 du « Couleurs Plossu » de 2013),

67, légendée : « Ranchos de Taos, Nouveau-Mexique, États-Unis, 1977« 

(page 106 du « Plossu Couleur Fresson » de 2007 ; et page 53 du « Couleurs Plossu » de 2013),

et 95, légendée : « Mexico, Mexique, 1966« 

(page 33 du « Plossu Couleur Fresson » de 2007 ; et page 65 du « Couleurs Plossu » de 2013),

de ce fabuleux « Tirages Fresson » de 2020,

co-présentes, donc, ces 6 – là, dans les albums

de 2007 « Plossu Couleur Fresson« , pour le Théâtre de la Photographie et de l’Image,

et de 2013 « Couleurs Plossu » , pour les Éditions Hazan ;

de même qu’une 7éme image,

celle de la page 37 de ce « Tirages Fresson« , légendée « Côte belge, 1970« ,

était déjà présente à la page 81 du « Couleurs Plossu » de 2013, légendée alors « Mer du Nord, 1970 » ;

et qu’une 8ème,

celle de la page 29 de ce « Tirages Fresson« , légendée « Californie, États-Unis, 1977« , 

était déjà présente à la page 115 du « Plossu Couleur Fresson » de 2007, légendée alors « Hiver en Californie, 1977« .

Aucune de ces 8 images ne faisaient donc partie _ Ouf ! _ des images non retenues par moi en mon article de base, du 5 novembre dernier :  !

Et ce rapide passage en revue rétrospectif a au moins permis de mieux re-regarder, certaines des images, sinon jusqu’ici inédites, du moins les plus frappantes, de Bernard Plossu

parmi ses fabuleux « tirages Fresson« …

Et demain, lundi,

je me consacrerai au choix _ une nouvelle fois difficile : tellement méritent la plus grande attention !des images que je désire repêcher

de mes deux premières sélections de 13, puis de 22, du 5 novembre dernier…

Ce dimanche 15 novembre 2020, Titus Curiosus – Francis Lippa

La splendeur des nuances de blanc de l’Acropole mise en valeur par un nouvel éclairage nocturne

01oct

Un intéressant article du Figaro,

intitulé « Athènes offre un nouvel éclairage à son Acropole, phare de la civilisation« ,

met le focus sur une splendide mise en valeur, par l’éclairage nocturne, des superbes nuances de blanc de l’Acropole,

lieu éminemment magique.

Athènes offre un nouvel éclairage à son Acropole, phare de la civilisation

Le nouveau dispositif doit souligner les nuances de blanc des marbres qui composent les monuments et redonner du relief _ on peut parfaitement en juger sur la photo _ à l’ensemble.

Par AFP agence et Le Figaro
Publié il y a 6 heures
Le ministère de la Culture souligne que cet investissement est d'autant plus important et symbolique que le site archéologique a vu fondre sa fréquentation touristique.
Le ministère de la Culture souligne que cet investissement est d’autant plus important et symbolique que le site archéologique a vu fondre sa fréquentation touristique. Gavrill Papadiotis/Fondation Onassis

L’Acropole d’Athènes dispose d’une nouvelle «illumination à trois dimensions» visant à «revaloriser l’image du Rocher sacré», site antique emblématique dans le centre historique de la capitale, selon le ministère de la Culture. «En pleine pandémie, il est très important qu’Athènes offre à ses habitants et visiteurs, mais aussi à travers la planète, une image améliorée du Rocher Sacré», a indiqué la ministre Lina Mendoni dans un communiqué.

L’ancien éclairage conçu par un Français

Visitée par des millions de touristes chaque année, l’Acropole d’Athènes, où domine le temple du Parthénon (Ve siècle avant notre ère), a subi une réduction importante du nombre de ses visiteurs cette année, une des répercussions de l’épidémie de Covid-19. Le nouvel éclairage est signé par la designeuse Eleftheria Deko, qui avait conçu l’illumination des cérémonies d’ouverture et de clôture des jeux Olympiques d’Athènes en 2004.

Si les cariatides originales de l'Érechthéion ont été transférées au musée dans les années 1970, leurs copies placées sur le site disposeront d'un éclairage digne de leur légende.
Si les cariatides originales de l’Érechthéion ont été transférées au musée dans les années 1970, leurs copies placées sur le site disposeront d’un éclairage digne de leur légende. Gavrill Papadiotis/Fondation Onassis

Le nouveau spectacle _ de son et lumières _ «va offrir les nuances du blanc sur les parties extérieures et intérieures des monuments du site et montrer leur surface en relief, leur profondeur et leur plasticité», explique Eleftheria Deko, citée dans le communiqué ministériel. Outre le temple de Parthénon, dédié à Athéna, déesse de l’Antiquité, de nombreux monuments antiques qui se trouvent sur l’Acropole d’Athènes et autour du site, seront illuminés chacun à leur façon pour «refléter leur volume et leur géométrie», selon le ministère.

Le nouvel éclairage remplacera celui conçu par l’artiste français Pierre Bideau il y a seize ans à l’occasion des jeux d’Athènes. «Il ne se limite pas à l’aspect esthétique, mais améliore les infrastructures existantes et modernise l’installation électrique» du monument, relève le ministère.

L’inauguration du projet a eu lieu mercredi à 20 heures, heure locale, en présence du premier ministre Kyriakos Mitsotakis et de la présidente de la République Katerina Sakellaropoulou. L’événement a été diffusé sur le site du ministère et sur le site de la Fondation Onassis,qui parraine le projet.

Voilà qui n’est pas sans m’évoquer le Cantique des colonnes, de Paul Valéry :

CANTIQUE DES COLONNES

À Léon-Paul Fargue.

Douces colonnes, aux
Chapeaux garnis de jour,
Ornés de vrais oiseaux
Qui marchent sur le tour,

Douces colonnes, ô
L’orchestre de fuseaux !
Chacun immole son
Silence à l’unisson.

— Que portez-vous si haut,
Égales radieuses ?
— Au désir sans défaut
Nos grâces studieuses !

Nous chantons à la fois
Que nous portons les cieux !
Ô seule et sage voix
Qui chantes pour les yeux !

Vois quels hymnes candides !
Quelle sonorité
Nos éléments limpides
Tirent de la clarté !

Si froides et dorées
Nous fûmes de nos lits
Par le ciseau tirées,
Pour devenir ces lys !

De nos lits de cristal
Nous fûmes éveillées,
Des griffes de métal
Nous ont appareillées.

Pour affronter la lune,
La lune et le soleil,
On nous polit chacune
Comme ongle de l’orteil !

Servantes sans genoux,
Sourires sans figures,
La belle devant nous
Se sent les jambes pures.

Pieusement pareilles,
Le nez sous le bandeau
Et nos riches oreilles
Sourdes au blanc fardeau,

Un temple sur les yeux
Noirs pour l’éternité,
Nous allons sans les dieux
À la divinité !

Nos antiques jeunesses,
Chair mate et belles ombres,
Sont fières des finesses
Qui naissent par les nombres !

Filles des nombres d’or,
Fortes des lois du ciel,
Sur nous tombe et s’endort
Un dieu couleur de miel.

Il dort content, le Jour,
Que chaque jour offrons
Sur la table d’amour
Étale sur nos fronts.

Incorruptibles sœurs,
Mi-brûlantes, mi-fraîches,
Nous prîmes pour danseurs
Brises et feuilles sèches,

Et les siècles par dix,
Et les peuples passés,
C’est un profond jadis,
Jadis jamais assez !

Sous nos mêmes amours
Plus lourdes que le monde
Nous traversons les jours
Comme une pierre l’onde !

Nous marchons dans le temps
Et nos corps éclatants
Ont des pas ineffables
Qui marquent dans les fables…

Ce jeudi 1er octobre 2020, Titus Curiosus – Francis Lippa

Musiques de joie : la formidable jubilation musicale de la frénésie retenue, contenue, de La Valse de Ravel ; par Jean Martinon, par Martha Argerich et Nelson Freire, et par Beatrice Rana

20mai

Il y a quelque chose d’une frénésie rageuse mais retenue, contenue,

dans La Valse de Ravel,

composée dans la solitude montagneuse de Lapras, près de Lamastre, en Ardèche,
entre le tout début de décembre 1919 et le 15 avril 1920
50 pages de musique en quatre mois et demi de travail acharné : Ravel est un perfectionniste.
A Lapras, dans les Cévennes,
en la résidence secondaire de son ami André-Ferdinand Hérold,
où Ravel s’était réfugié, pour pouvoir travailler vraiment au calme dans une solitude absolue _ sans voir personne _,
au sortir de la Grande Guerre,
et marqué, aussi _ à jamais _, par la perte de sa mère, le 5 janvier 1917.
Car ce n’est qu’un peu plus tard, en janvier 1921, que Maurice Ravel achètera sa petite maison de Montfort-L’Amaury, Le Belvédère :
« C’est à son amie Georgette Marnold, fille de son ami critique musical Jean Marnold, que revient le mérite d’avoir trouvé le Belvédère en décembre 1920. Le 25 mars 1920, le musicien lui avait confié _ la lettre se trouve aux pages 688-689 de l’indispensable Intégrale de la Correspondance de Maurice Ravel réunie très efficacement par Manuel Cornejo _ la mission de lui trouver une maison en ces termes :
Je me suis si bien fait à la solitude – un peu mortelle, c’est vrai : mais ça ne me gêne pas – que je vais vous prier de vous enquérir d’une bicoque à 30 km au moins de Paris. Vous avez le temps : je ne compte pas rentrer avant fin avril. […] Je pense quelquefois à un admirable couvent, en Espagne. Mais, sans la foi, ce serait complètement idiot. Et le moyen d’y composer des valses viennoises et autres fox-trotts »…
Ravel n’avait plus rien pu composer depuis son Trio,
à Saint-Jean-de-Luz, rue Sopite, l’été 1914.
La Valse pour orchestre _ est une commande chorégraphique,
à partir d’un projet déjà ancien, 
dont Ravel réalisera d’abord par commodité pratique de composition _ une version pour piano seul ;
ainsi, ensuite, qu’une transcription _ afin d’y inscrire durablement et conserver, pour le piano aussi, quelque chose de proprement orchestral : on sait le génie ravelien de l’orchestration..pour piano à quatre mains.
L’œuvre, avant de prendre ce titre
assez archétypique : « une espèce d’apothéose de la valse viennoise
à laquelle se mêle dans mon esprit l’impression d’un tourbillon fantastique et fatal » :
le moindre mot, comme toujours chez Ravel, est capital ! Qu’on y médite !.. _
de La Valse,
fut d’abord, dans la tête de Ravel, intitulée Wien.
Et de fait, ce fut bien à Vienne, en Autriche,
que fut interprétée pour la première fois, et avec grand succès, la version pour piano à quatre mains de La Valse,
par Maurice Ravel et son ami Alfredo Casella, le 23 octobre 1920 ;
et cela pour la plus grande joie du compositeur…
Quant à l’œuvre symphonique chorégraphique
commandée dans l’optique d’un ballet (destiné au départ à Serge Diaghilev ; et qui n’en voulut hélas pas, au final : Ravel et lui se fâchant alors définitivement !..) ; 
et l’œuvre fut dédicacée, in fine, à l’amie Misia Sert _,
sa première a eu lieu à la salle Gaveau, à Paris, le 12 décembre 1920,
par l’Orchestre Lamoureux.
 En tête de la partition Ravel a écrit le descriptif _ très explicitement onirique _ suivant :
« Des nuées tourbillonnantes laissent entrevoir, par éclaircies, des couples de valseurs. Elles se dissipent peu à peu : on distingue une immense salle peuplée d’une foule tournoyante. La scène s’éclaire progressivement. La lumière des lustres éclate au ff. Une Cour impériale, vers 1855. »
Soit une démarche à la fois fantastique et ombrée de nostalgie _ qui semble anticiper de quelques années le chef d’œuvre d’exil au Brésil, très loin de Vienne _ du pur viennois, lui, qu’était Stefan Zweig,
le merveilleux et essentiel Le Monde d’hier _ Souvenirs d’un Européen
Et on remarquera que le tapuscrit du Monde d’hier fut expédié par Zweig à son éditeur le 21 février 1942,
soit la veille même des suicides conjoints de Stefan Zweig et son épouse, à Petropolis, au Brésil, le 22 février 1942.
Soit un legs en quelque sorte testamentaire de la part du viennois. 
Pour cette rayonnante Valse orchestrale-ci de Maurice Ravel,
j’ai choisi l’interprétation _ magistrale de frénésie contenue, suprêmement élégante en la sensualité si charnelle de ses frémissements presque jusqu’à la fin retenus… ;
la personnalité complexe (et résolument tenue secrète) de Maurice Ravel, tant l’homme que le compositeur, demeure mystérieuse ;
et c’est seulement en sa musique qu’elle se laisse, encore discrètement, entrevoir… _
de Jean Martinon
à la tête du Chicago Symphony Orchestra,
enregistrée à Chicago, par Decca, le 16 mai 1967
soit le CD n° 10 du coffret RCA 88843062752.
L’écouter ici avec ce bienvenu podcast de youtube.
C’est une merveille absolue de sensualité.
Quelle intelligence de chef
si intensément ravelien !
Pour la version pour piano à 4 mains de La Valse,
j’ai déniché cette vidéo d’une interprétation brillante, forcément, de Martha Argerich et Nelson Freire en octobre 2003 à Tokyo ;
et cette autre, par les mêmes, et plus merveilleuse encore, prise vingt et un ans plus tôt, à Munich, en 1982.
Et pour la version pour piano seul,
j’aime beaucoup l’interprétation de Beatrice Rana en son récent CD Warner Classics 0190295411091, en 2019 ;
ainsi que cette vidéo prise le 3 juin 2019.
On comprend ainsi assez bien ce qui a pu conduire, ensuite, Ravel à composer, en 1928,
et sur commande de la danseuse Ida Rubinstein,
en un assez similaire projet chorégraphique,
son encore plus vertigineux Bolero.
Je remarque ainsi, au passage, le lien très profond qui unit Maurice Ravel
au plus consubstantiel, probablement, du génie de l’esprit français,
je veux dire la tendresse la plus sensuelle inscrite en la légèreté la plus aérienne de l’envol,
parfois jusqu’au vertige, mais le plus souvent, sinon toujours contenu, du moins retenu, élégant, jamais sauvage,
de la danse
_ et je pense ici, aussi, au très lucide Degas, danse, dessein du magnifiquement subtil, et très sensuel, lui aussi, Paul Valéry, publié en 1936 :
la France (les Suites pour clavecin de Louis Couperin, Rameau, Degas, Ravel, Valéry) est d’abord une civilisation… _ :
le lien très consubstantiel de cette musique française à la danse…
Et Ravel, comme Rameau, et comme Louis Couperin,
fait très profondément corps musicalement à ce génie français de la joie de la danse.
En leur si parfaite élégance sensuelle, ces trois Valses-ci de Maurice Ravel
sont superbement, et « à la française », jubilatoires…
Ce mardi 28 avril 2020, Titus Curiosus – Francis Lippa

Musiques de joie : la Musica callada de Federico Mompou à l’écoute de la quintessence acérée et voluptueuse de l’intime

11avr

Le magnifique Josep Colom

m’a non seulement fait découvrir les Sonatas de Manuel Blasco de Nebra

(Séville, 2 mai 1730 – Séville, 12 septembre 1784)

_ cf mon article d’hier : _,

mais aussi la Musica callada de Federico Mompou

(Barcelone, 16 avril 1893 – Barcelone, 30 juin 1987)

en sa superbe intégrale de L’Œuvre pour piano de Mompou,

un coffret de 4 CDs Mandala 5021/24, publiée en 1993.

Música callada signifie Musique tue,

gardée pour soi dans le silence :

du moins le silence imposé à la parole, et au verbiage…

La joie selon Mompou

_ cf aussi la pièce très justement intitulée pour appeler la joie, extraite de Charmes, composée en 1921, en hommage affiché à Paul Valéry _

n’est pas exubérante, ni, a fortiori, dionysiaque ;

mais elle aspire,

en sa brièveté _ toute scarlatienne _à la quintessence fugace de l’intime…

Rien qui pèse, rien qui dure ni se répète, rien qui insiste…

Seulement l’intensité sobre et brûlante-froide

du pur instant magiquement saisi au vol

par le geste musical

qui croise alors Kairos.

Ce que réaliseront à la perfection,

en 1959, 1962,1965 et 1967,

les 28 pièces des quatre cahiers successifs de la Música callada, de Mompou.

Alors, quel interprète choisir ?

J’hésite entre

l’interprétation parfaite de justesse et élégance

du splendide coffret L’Œuvre pour piano, Mandala MAN 5021/24,

de Josep Colom,

enregistré en 1991-92 ;

et la version de l’inestimable coffret Complete Piano Works, Ensayo, puis Brilliant Classics 65 15,

de Federico Mompou lui-même,

enregistré en 1974 ;

et disponible tout entier (mais oui !) en podcast sur you tube…

La joie dont il s’agit n’a certes rien ici

ni de l’esprit du Baroque _ à la Scarlatti _,

ni de celui de l’Empfindsamkeit, ou du Sturm und Drang _ à la Carl Philipp Emanuel Bach _ ;

et c’est la toute première,

de ma collection de « Musique de joie« ,

à être issue du redoutable XXème siècle ;

mais cette joie musicale-là a quelque chose de la joie oxymorique,

tout à la fois acérée et voluptueuse,

du poème Charmes de Paul Valéry (en 1922)

comme du rare et éblouissant Canticó de Jorge Guillen (en 1928).

Un voyage musical on ne peut plus singulier, ainsi,

au cœur irradiant du présent…

Ce samedi 11 avril 2020, Titus Curiosus – Francis Lippa

Cette mine d’intuitions passionnantes qu’est le « Dictionnaire amoureux de l’esprit français », du turco-suisse Metin Arditi

07mar

Le mardi 26 février dernier,

et suite à mon écoute, le dimanche 24, de l’émission Musique émoi, d’Elsa Boublil,

qui lui était consacrée

_ cf mon article  _,

j’avais brièvement présenté

mon très vif plaisir de l’entame

_ jusqu’à la page 167 / 661, ce premier soir de lecture : j’en arrivais à l’article Debussy, après l’article Dada _

de ma lecture de ce très riche travail

_ de l’helvéto-turc Metin Arditi (né à Ankara le 2 février 1945) _,

sur un sujet qui de très loin, moi aussi, et depuis très longtemps,

me travaille :

je veux dire

les mystères et arcanes de ce « esprit français« 

auquel je suis tellement sensible, moi aussi, dans les Arts

_ et sans nationalisme aucun (ni encore moins de sourcilleuse exclusivité !), est-il utile que je le précise ?!

Il s’agit seulement du simple constat renouvelé chaque fois

et non sans surprise

_ je ne le recherche en effet pas du tout ! Non, mais cela vient me tomber dessus,

et me ravir et combler… _

de ce qui vient au plus profond secrètement me toucher,

et me fait fondre de délectation :

telle la reconnaissance d’affinités intenses comme congénitales…

Voici,

pour aller d’emblée à l’essentiel de ce que vais un peu discuter,

le résumé

Dans ce dictionnaire, l’écrivain sélectionne des traits selon lui exemplaires de la culture française, comme le culte de l’élégance, le sens de l’ironie et l’art de la conversation _ rien à redire, bien sûr, à cet excellent choix-ci. Les entrées abordent aussi bien les institutions, les personnalités et des aspects historiques, de l’Académie française à Louise de Vilmorin, en passant par la haute couture, l’impressionnisme et Jacques Prévert.

puis la quatrième de couverture de ce Dictionnaire amoureux de l’esprit français, de Metin Arditi,

publié aux Éditions Plon et Grasset :

Dictionnaire amoureux de l’Esprit français :

« Je voudrais bien savoir, dit Molière _ plaidant ici pro domo _, si la grande règle de toutes les règles n’est pas de plaire. » Partant de ce constat, Metin Arditi examine d’une plume tendre _ en effet _ les formes dans lesquelles s’incarne cet impératif de séduction _ oui… _ : le goût du beau _ davantage que du sublime _, le principe d’élégance _ oui, toujours ! a contrario de la moindre vulgarité _, le sens de l’apparat _ un peu survalorisé par l’auteur, selon moi _, mais aussi le souci de légèreté _ fondamental, en effet _, l’humour _ oui, avec toujours un léger décalage… _, l’art de la conversation _ très important : civilisateur _, un attachement historique à la courtoisie _ parfaitement ! _, l’amour du trait _ d’esprit et parole, seulement _ assassin, la délicatesse _ c’est très, très important aussi !!! l’égard et ses formes, envers l’autre _ du chant classique « à la française » _ la quintessence peut-être du goût français _, un irrésistible penchant pour la théâtralité _ surévalué à mon goût, à contresens de la délicatesse et de la discrétion, selon moi _, l’intuition du bon goût _ oui ! _, la tentation des barricades _ à l’occasion, faute de parvenir à assez se bien faire entendre _, une obsession du panache _ surévaluée, elle aussi, comme le penchant à la théatralité : le panache de Cyrano illustrant la couverture du livre ! _, et, surtout, une _ sacro-sainte et irrépressible ! _ exigence de liberté _ oui, cela, c’est incontestable : ne jamais être comdamné à emprunter des voies toutes tracées, ou disciplinaires ; mais disposer d’une capacité permanente d’invention, et de singularité. En un mot, le bonheur à la française _ oui : à savourer assez paisiblement et durablement en sa profonde et somme toute discrète intensité. À l’heure où chacun s’interroge sur la délicate question de l’identité _ mais non assignable à des traits fermés et une fois pour toutes donnés, invariants… _, ce dictionnaire rappelle que l’esprit français est, surtout, un inaltérable cadeau _ d’ouverture et fantaisie. Une lecture qui fait plaisir… et pousse à réfléchir _ et discuter, entamer le dialogue.

Voici aussi le texte accompagnant le podcast de l’émission Musique émoi du dimanche 24 février dernier,

qui reprend ces diverses thématiques :

Metin Arditi, amoureux  comme personne de  l’esprit français, examine d’une plume légère et souvent espiègle les  diverses formes dans lesquelles s’incarne en France le désir de plaire.

« On ne considère en France que ce qui plaît », dit Molière, « C’est la grande règle, et pour ainsi dire la seule ».


Partant de cet indiscutable constat, l’auteur de ce dictionnaire,  lui-même amoureux  comme personne de l’esprit français, examine d’une  plume légère et souvent espiègle les diverses formes dans lesquelles  s’incarne en France le désir de plaire : au fil des siècles se sont  développés le goût du beau, bien sûr, mais aussi le principe d’élégance,  le sens de l’apparat, le souci de légèreté, l’humour, l’art de la  conversation, un attachement historique à la courtoisie, la délicatesse  du chant classique « à la française », le penchant pour la théâtralité,  l’amour du juste, le goût des barricades, du panache, oui, du panache,  et, surtout, une exigence immodérée de liberté. Ce dictionnaire parle de  Guitry et de Piaf, de Truffaut et de Colette _ oui _, mais aussi de Teilhard de  Chardin, Pascal, Diderot, Renan, Péguy, les prophètes qui ont nourri  les artistes de leur pensée et les ont libérés dans l’exercice de leurs talents.


L’esprit français a aussi ses interdits. Ne jamais être lourd…  Ne pas faire le besogneux… _ c’est en effet capital ! Et Nietzsche vénérait tout spécialement cet aspect-là de l’esprit français… Comment plaire, sinon ?


Au fil des pages, ce dictionnaire rappelle que le goût des belles choses a _ aussi _ un prix _ économique, financier _, qu’un tel bonheur ne vient pas sans facture _ à régler in fine ! À défaut,  l’esprit français ne serait pas ce qu’il est… _ assez impécunieux…  Sans vouloir  transformer un pays qui, c’est heureux, n’est pas transformable, on  pourrait peut-être imaginer, ça et là _ mais c’est bien un vœu pieux ! une pure vue de l’esprit… _, quelques mesures aptes à diminuer _ mais est-ce vraiment réaliste ? _ le montant de l’addition.


À l’heure où chacun s’interroge sur la délicate question de l’identité du pays, ce dictionnaire rappelle combien l’esprit français est un  cadeau _ sans prix, eu égard au bonheur (d’être vraiment d’esprit français).

 

Je regrette aussi que manquent en ce Dictionnaire amoureux

certaines entrées

que pour ma part je trouve bien plus essentielles

que Sacha Guitry ou Edmond Rostand,

telles

Joachim du Bellay, Montaigne, Marivaux, Chardin, Monet, Paul Valéry, Pierre Bonnard, Charles Trenet, par exemple,

qui,

les uns comme les autres,

ont si merveilleusement _ et idiosyncrasiquement : un trait lui aussi bien français ! _ su chanter

l’incomparable douceur de notre France.

En tout cas,

j’éprouverais un très vif plaisir à dialoguer de tout cela

avec Metin Arditi,

s’il venait à Bordeaux.

Ce jeudi 7 mars, Titus Curiosus – Francis Lippa

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